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Matériaux pour l’histoire de notre temps

2006/2 (N° 82)

  • Pages : 138
  • Éditeur : BDIC

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Faire un catalogue est un travail entre bibliographie et encyclopédie, qui concerne la description des livres et leur classement. Pendant toute une période, cataloguer était un travail presque anatomique. Comme l’on considérait comme morts les livres d’une collection, le contenu d’une bibliothèque n’était inventorié qu’après coup, dans la plupart des cas à partir de l’alignement des livres sur les étagères. On examinait les collections de l’extérieur comme un cadavre, puis on le disséquait de l’intérieur à partir des pages de titre. Sous cet angle, le travail de catalogage présuppose l’achèvement de la mise en collection. Ce caractère anatomique prévaut toujours là où il y a des collections closes. Mais, dans le monde moderne, l’usage des livres est généralisé, et cataloguer sert à la description continue d’une production de livres toujours croissante. Puisque les livres et leurs contextes se transforment sans cesse, les intérêts bibliographiques ainsi qu’encyclopédiques deviennent par nécessité flexibles pour mieux satisfaire aux besoins des lecteurs — eux aussi hétérogènes et changeants. Dans ce sens, cataloguer veut dire communiquer et « in-former » (dans le sens de la Bildung), c’est-à-dire formation d’un savoir intellectuel et pratique. Pour faire une variation sur un thème de Fichte : dis-moi la description bibliographique de tes livres et je te dirai quel type de penseur tu es.

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La tâche d’inventorier la production actuelle des livres, de la ranger et la cataloguer, constitue aujourd’hui l’essentiel du travail des bibliothécaires. Ils devront concilier les buts parfois divergents des systèmes de bibliographie (la description des livres) et d’encyclopédie (le classement des livres), afin de faire connaître les textes. Aujourd’hui, beaucoup de catalogues fonctionnent en réseau et sont disponibles en ligne. Divers moteurs de recherche et méta-catalogues rendent possible plusieurs stratégies de recherche d’un livre. L’exigence actuelle est la combinaison des stratégies de recherche (pour les rendre compatibles) et la disponibilité générale des résultats. Cette combinaison résulte en une standardisation, aussi bien de la description bibliographique que du classement encyclopédique des livres. Le risque dans toute cette création collective d’une « bibliothèque globale » (peut-on dire aussi : universelle ?) est qu’elle passe par une aggravation de la norme, tant au niveau technique qu’au niveau intellectuel.

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À la lumière de ces problèmes actuels, mes remarques tentent de caractériser le travail concret de deux bibliothécaires avant la lettre : le duc Auguste de Brunswick-Lunebourg et Gottfried Wilhelm Leibniz. Le duc était le fondateur et premier catalogueur d’une collection immense des livres ; le philosophe devait se retrouver — une génération plus tard — responsable pour cette même collection toujours située à Wolfenbüttel.

Le duc Auguste : bibliothécaire humaniste

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C’était la plus grande bibliothèque du XVIIe siècle et donc du monde : la bibliothèque du duc Auguste, installée à Wolfenbüttel en 1644. Lors du décès de son fondateur en 1666, seules les collections du pape à Rome et de l’empereur à Vienne pouvaient rivaliser avec elle, et aucune d’elles n’avaient de catalogue si complet, précis et complexe. Le duc Auguste a très probablement été le premier collectionneur dans toute l’histoire des bibliothèques qui écrivit lui-même son catalogue. Il achetait des livres à grande vitesse et voulait éviter les doubles (Doppelanschaffungen). Connaître les livres déjà entrés dans la collection était donc préalable à tout achat. Mais ce catalogue était beaucoup plus qu’un simple registre. Il était un regard exact et insolite, une pratique inhabituelle et innovante du traitement des livres. À la même époque vers la fin du XVIIe siècle, à Vienne, Peter Lembeck entreprenait le catalogage rétrospectif de la collection impériale et se trouvait dans l’incapacité de jauger la quantité des livres. Le duc Auguste, au contraire, tenait si bien le compte des siens que l’on pouvait savoir très exactement, au moment de sa disparition, que sa collection comprenait 135 400 titres en 31 300 volumes.

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Le plan du duc Auguste était surtout pratique : il collectionnait avec méthode et diligence. Nous chercherions en vain une justification pour son activité : dans aucune trace écrite, dans aucune lettre, il tente de qualifier son entreprise. Si on la juge à son résultat, il semblerait qu’il visait une collection universelle des textes capables de répondre à toutes les questions des toutes les disciplines. Vue sous un autre angle, sa bibliothèque représentait sa cour : elle était un jardin des savoirs à montrer aux visiteurs [1][1] U.J. Schneider, « Bücher und Bewegung in der Bibliothek....

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L’acquisition des livres était un travail pénible car Auguste ne les achetait qu’un par un, il n’acquérait jamais des collections. Une correspondance extensive avec des agents et des érudits de toute l’Europe lui permettait de trouver les œuvres qu’il désirait. Depuis le début (c’est-à-dire vers 1604 quand Auguste, à l’âge de 25 ans, s’installa à Hitzacker sur l’Elbe) les achats se font à un rythme accéléré, qui ne faiblit jamais. Durant les quarante années qui suivirent 1625, c’est-à-dire après l’invention du catalogue nommé « le catalogue de roue à livre », il accumula des livres et, en même temps, en réalisa le classement [2][2] Maria von Katte, « Herzog August und die Kataloge seiner Bibliothek ».... Chaque jour, à l’exception des dimanches, une dizaine de titres (en moyenne) entraient dans la collection, ce qui équivalait à environ trois volumes.

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De la phase initiale de Hitzacker, il ne nous reste aucune trace du bâtiment destiné à héberger la bibliothèque. À Wolfenbüttel, les gravures de Merian (1651) nous montrent des étagères (pas des armoires !) à hauteur variable pour faciliter le rangement des livres. Un système de cotes était en place pour les identifier. En raison du glissement régulier des livres sur les étagères à l’arrivée des nouvelles acquisitions, le catalogue servait comme instrument de repérage — un véritable livre de livres — et permettait de trouver facilement tous les titres enregistrés.

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Le catalogue du duc était remarquable tant du point de vue de la qualité de l’écriture que de celle de la description bibliographique. Auguste copiait presque toujours les titres entiers — même raccourcis ils prenaient au moins deux lignes — et ajoutait lieu et date. Il écrivit le catalogue lui-même jusqu’à la page 3692, lorsque, à l’âge de presque soixante-dix ans, une maladie des yeux l’empêcha de continuer [3][3] Jill Bepler, « Cultural Life at the Wolfenbüttel Court 1635-1666 »,.... Après une opération et un rétablissement, ce furent ses scribes qui achevèrent le catalogue, lequel compta éventuellement 7 200 pages en folio.

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Dans un premier temps, le caractère extraordinaire du catalogue d’Auguste consiste en deux points :

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  • dans le fait qu’il croît simultanément avec la collection. Par son éducation et sa culture, Auguste était un humaniste : pour lui, lire voulait dire écrire. Écrire le catalogue signifiait un travail de lecture — et parfois plus, car il ne faut pas oublier qu’Auguste était aussi un auteur [4][4] Sammler – Fürst – Gelehrter. Herzog August zu Braunschweig.... Le catalogue coexistant avec la collection fit de la bibliothèque un réseau où la réception et la production du savoir étaient en liaison étroite ;

  • dans le fait qu’il ne contient que des descriptions bibliographiques complètes. À la différence d’une conception de la bibliothèque que Konrad Gesner avait développée un siècle auparavant [5][5] Helmut Zedelmaier, Bibliotheca universalis und Bibliotheca..., Auguste ne traitait pas ses livres comme des réservoirs d’informations qu’il fallait extraire, il les respectait comme des êtres autonomes et les mit en contact par le biais de son catalogue. Dans sa bibliothèque, les livres agissent comme des individus engagés dans un dialogue. Ainsi s’explique le fait qu’Auguste utilisa le dos des livres pour informer les lecteurs de leur contenu, les invitant ainsi à se mêler à la conversation des livres entre-eux.

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De même que pour sa collection, le duc Auguste, n’avait pas de programme défini pour son catalogue. Il ne nous laisse pas d’autre choix que celui de l’analyser à la fois dans sa fonction, puis dans son rapport avec le classement de la collection tout entière, et enfin dans son système des renvois.

La topique à la place du système

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Pour sa toute première collection de livres commencée en 1604, Auguste employa un catalogue alphabétique. En 1625, il abandonna ce système pour établir le « catalogue de roue à livre », nommé ainsi d’après le pupitre mouvant sur lequel il le mit [6][6] Yorck-Alexander Haase, « Die Geschichte der Herzog.... Il enregistra tout d’abord tous les livres acquis jusqu’à l’an 1625, qu’il classa ensuite suivant un ordre plus ou moins disciplinaire. Il disposait ses livres selon 18 classes que l’on trouve déjà esquissées sur une feuille vide de l’ancien catalogue alphabétique. Une rédaction de la liste l’amène évidemment à changer les noms de certaines classes (par exemple Astronomica au lieu d’Astrologica, Oeconomica au lieu de Rustica, etc.) et à modifier la hiérarchie (Poetica monte plus haut) — ce qui témoigne très probablement de la préparation du deuxième catalogue dit « de roue à livre ». Car, dans ce catalogue, les classes qui figurent au début sont : Theologica, Juridica, Historica, Bellica, Politica, Oeconomica, Ethica, Medica, Geographica, Astronomica, Musica, Physica, Geometrica, Arithmetica, Poetica, Logica, Rhetorica, Grammatica, Quodlibetica, Manuscripta.

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En dehors des classes qui correspondent à une discipline, il y avait une classe formelle de Manuscripta et une autre, sans qualification aucune : les Quodlibetica. Au XVIIe siècle, le système général de division des sciences ou des disciplines n’existait pas encore, ainsi que le démontre très bien la recherche exhaustive d’Alfredo Serrai dans la Storia della bibliografia[7][7] Alfredo Serrai, La storia della bibliografia, 11 vol., Rome,.... Plusieurs ordres de groupement semblables à celui d’Auguste, qui n’est pas très original, coexistaient. Chez ce dernier, on retrouve les trois facultés universitaires de Théologie, de Droit et de Médecine, accompagnées des disciplines comprises dans les cycles du trivium (logique ou dialectique, rhétorique et grammaire) et du quadrivium (astronomie, musique, géométrie et l’algèbre). Sont ajoutés quelques domaines de savoir dont on voit l’intérêt pour le gouvernement ducal : des œuvres d’histoire (Historica), de guerre (Bellica), de la politique et de l’économie. Même l’éthique est une discipline de cour dans la mesure où elle traite des questions de mœurs : Auguste y incluait les romans. Géographie et physique sont des connaissances empiriques d’un vif intérêt pour une économie consacrée à l’exploitation du sol. La poésie est, comme l’éthique, une discipline de la maîtrise esthétique et morale de soi-même et des autres. Beaucoup des princes à l’époque possédaient des collections de livres susceptibles d’un pareil classement.

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Du point de vue de la pratique bibliothécaire, il serait vain de rechercher l’origine de ce système de classement. Évidemment, Auguste aurait pu les trouver chez Konrad Gesner qui proposait un système presque identique. Mais Auguste n’avait pas vraiment besoin d’emprunter un système, lui-même étant un érudit et un auteur. Dans les faits, son choix reflète ses expériences savantes ainsi que ses intérêts de collectionneur. Ce qui n’empêche d’ailleurs aucunement que les classes finissent par se diviser à l’extrême comparativement à la quantité. Dans la masse des 135 000 titres, reliés en près de 32 000 volumes, nous trouvons dans la plus grande classe les œuvres de théologie avec 40 000 titres, avant les Quodlibetica et leurs 17 500 titres, dont la plupart sont des ouvrages collectifs aux contenus divers. Viennent ensuite les classes des Historica avec 16 000 titres, les Juridica avec 12 000 et les Ethica avec 7 000 titres. Les autres classes varient entre 2 000 et 7 000 titres. Les plus petites classes sont les Geographica (1 000 titres), les Bellica (900 titres), les Logica (400 titres) et les Oeconomica (300 titres).

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Il est évident que la collection du duc correspond à un classement à dominante topique ; il s’agit moins d’un système structuré selon une disposition exclusive que d’une structure réceptive ou d’un arrangement.

Duc Auguste de Brunswick-Lunebourg

Le mouvement dans les étagères

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Le catalogue définissait la cote, ce qui veut dire que chaque volume devait être relié à une classe et, à l’intérieur de la classe, à un format. Il y avait deux séries numérotées, l’une pour le format in-folio, l’autre pour les formats in-quarto et les plus petits. Le lieu exact dans les étagères était défini strictement par la taille du volume, en fonction d’une économie d’espace. Aujourd’hui encore, la collection se présente de la même manière. Les nouvelles acquisitions devaient être mises entre des volumes déjà en place ; par conséquent, « le nouveau » devait rompre la série numérotée, ce que Auguste « répare » par un « point » dans la cote. Ce système était susceptible d’applications à l’infini. Si, par exemple, un volume dans la classe des Historica devait être rangé après la cote 59, il pouvait adopter le numéro 59.1, 59.2 ou même 59.1.1.

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Pour mieux expliquer ce système, prenons les écrits de Descartes (1596-1650), dont la bibliothèque de Wolfenbüttel possède des premières éditions en très grand nombre [8][8] Cf. Matthijs van Otegem, A Bibliography of the Works.... Chez Auguste, les écrits de Descartes ne sont pas accueillis individuellement, mais — à une exception près — reliés à des écrits d’autres auteurs. Il y a même deux éditions des œuvres intégrées dans des gros volumes in-quarto (Quod. 81.1 et 118.5). L’auteur « Descartes » a donc une existence dans les étagères et dans le catalogue différente de celle qu’il a dans l’index alphabétique (qui ne donne pas les titres). L’index alphabétique ne fait que renvoyer du simple nom aux pages du catalogue correspondantes. Qui veut chercher un écrit précis est obligé d’ouvrir le catalogue partout où l’index alphabétique indique le nom de l’auteur en question. En d’autres termes : le rapport entre catalogue et livre n’est pas direct. Car les classes ne représentent pas d’ordre strict circonscrivant les livres de façon thématique. Le catalogue d’Auguste n’est pas un instrument d’identification, bien au contraire : il est d’abord et principalement le registre d’acquisition des livres par le duc.

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Il existe par exemple un livre qui avait quitté les presses parisiennes de l’association des librairies « La veuve de Jean Camusat et Pierre Petit » en l’an 1647 portant le titre : Les méditations métaphysiques de René Descartes. Envoyé à Wolfenbüttel par l’agent parisien Abraham Wicquefort, il est relié chez Auguste et muni d’une cote parmi les Theologica. Dans le catalogue, on le trouve sous la cote Theologica 36.1, relié avec un livre sur la théologie juive datant de la même année. Dans un deuxième exemplaire, acquis probablement plus tard, les Méditations de Descartes se trouvent dans la classe Logica sous le numéro 2.2.1, entre la Logica tripartita de Francisco González publié en 1639 (Log. 2.1) et des commentaires sur Aristote des jésuites de Coimbra, publié en 1607 (Log. 2.2). Ces deux ouvrages ont donc dû accueillir le philosophe français.

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Pour trouver les autres écrits de Descartes, il faut consulter l’index alphabétique. La plupart se trouvent parmi les Quodlibetica, réunis physiquement avec des textes d’autres auteurs et de disciplines différentes. Ce qui vaut pour les écrits plus anciens comme le Discours de la méthode de 1637 (Quod. 64.25 (1)) ou les Principes de la philosophie dans une édition de 1647 (Quod. 83.2 (1)), vaut également pour des écrits plus récents, achetés ultérieurement, telle la Geometria de 1649 (Quod. 205.3 (1)), De l’homme dans une édition de 1662 (Quod. 237.11 (3)), ainsi qu’un volume de Correspondance de 1657 (Quod. 27.8 (3) et Quod. 51.3 (1)). Cette même classe contient aussi les textes des Opera Philosophica publiés à Amsterdam en 1650, reliés avec un écrit sur l’anatomie (de Jean Pecquêt) et un autre sur « le divin dans le corps humain » (de Gerôme Jordan), ce qui a probablement motivé leur rangement loin de la classe Logica dans la classe comparativement gigantesque de Quodlibetica (Quod. 118.5 (2)).

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Les mêmes écrits ne font pas toujours partie de la même classe : « La lettre de Descartes à Voêt (Voetium) » de 1644 ne figure pas seulement parmi les Quodlibetica (Quod. 578.4), mais aussi (dans une autre édition) parmi les Poetica (Poet. 196.28 (5)). Les Passiones Animae de 1650 dans l’édition des œuvres sont rangées parmi les Quodlibetica (Quod 81.1 (4)), mais elles se trouvent aussi parmi les Ethica (Eth. 19.3 (3)) et les Historica (Hist. 441.15). Les éditions latines des Méditations dans une édition de 1644 sont classées en Theologica (Theol. 163.23 (2)) . Dans une autre édition de 1650, elles se trouvent parmi les Quodlibetica (Quod 81.1 (1)).

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Dans la bibliothèque du duc Auguste les écrits de Descartes prennent donc place dans les classes Ethica, Logica, Theologica et Quodlibetica. Leur présence dans cette dernière classe est due principalement à la reliure. Auguste nommait Quodlibetica ce qui ailleurs était appelé Miscellanea ou Varia : une classe pour tous les textes qui n’entrent pas facilement dans une classe. Cette classe des livres hors classe fournissait un point de rassemblement des écrits philosophiques mais, dans la majorité des cas, elle accueillait tout simplement les ouvrages collectifs ; il faut ajouter : des ouvrages collectifs produits par le collectionneur ! Cent ans après Auguste le catalogue de la bibliothèque universitaire de Helmstedt rangeait les écrits de Descartes dans la classe « scriptores universae philosophiae » : à cette date, on donnait aux œuvres philosophiques une propre classe. Au XVIIIe siècle, on disposait le savoir selon les subdivisions universitaires et académiques, tandis qu’au XVIIe siècle la philosophie était moins une discipline à part, et pouvait sans problème être représentée par les disciplines du Quadrivium et du Trivium.

Le réseau dynamique des renvois

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Si la bibliothèque d’Auguste ne témoignait guère d’un ordre disciplinaire des livres, le système des renvois ne contribuait pas non plus à renforcer leur cohérence objective. La fonction du catalogue était plutôt de réparer les disséminations des auteurs et des œuvres. Le désir ducal de localiser les livres — qui nous préoccupe en premier lieu puisque nous pensons la bibliothèque à partir de la consultation — se limitait chez lui à une indexation élémentaire et double : d’un côté, on allait de l’index alphabétique au catalogue, de l’autre côté, à l’intérieur du catalogue, d’un titre à un autre.

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Les renvois nous font voyager dans les pages du catalogue. Prenons au hasard la page 1649 et voyons une œuvre de théologie, suivie par un titre d’histoire (celle de l’évêché de Constance), lequel chez Auguste figure comme première partie d’un volume composé de trois écrits. Le titre en est Chronick des Bisthums Costantz..., paru en 1627. Grâce aux recherches de Maria von Katte nous savons que la page du catalogue avait été écrite la même année. Il s’agit donc à l’époque d’une parution récente et le duc range le livre parmi les Historica , lui donnant la cote 515.1.

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Dans la marge de droite, il y a trois renvois qui commencent tous avec un « p. » pour « pagina ». Des renvois indiquent donc d’autres pages du catalogue où se trouvent d’autres livres auxquels Auguste veut rattacher le premier. Prenons le troisième renvoi : nous voilà sur la page 689 avec une autre œuvre du même auteur, Caspar Brusch. Comment expliquer ce renvoi ? Auguste a dû remarquer, lors de la description bibliographique du livre sur l’histoire de l’évêché de Constance, en consultant l’index alphabétique, que Caspar Brusch figurait déjà dans son catalogue avec une autre œuvre — ce qu’il signale avec un renvoi. Ce renvoi n’est pas réciproque car nous ne trouvons aucun renvoi dans l’autre sens (de la page 689 à la page 1649), et cela bien que d’autres renvois s’y trouvent. Prenons celui tout en haut de la page 722. Nous voyons là un titre de 1553, toujours de Caspar Brusch. Nous repérons en plus un renvoi à la page 3924, cette fois-ci non pas dans la marge, mais directement à côté de la cote (ce renvoi n’est d’ailleurs pas de la main du duc Auguste, mais de celle, en 1649, de Heinrich Julius Willershausen). Le renvoi nous conduit à la page 3924 où nous retrouvons dans un autre volume du catalogue, écrit beaucoup plus tard. Ce que ce renvoi fait effectivement, c’est indiquer le prochain livre dans les étagères. Le renvoi à côté de la cote n’indique généralement que le prochain numéro de cote, donc ici de la cote 456 à la cote 456.1 Dans le catalogue d’Auguste nous avons ainsi sauté presque 3 000 pages et parcouru environ vingt ans pour que le nouveau livre soit rangé entre les cotes déjà existantes — ce qui est rendu manifeste par le point dans le numéro de cote. Telle est la force d’encadrement qui reporte les titres des uns aux autres, encadrement instauré par le système des renvois inscrits en marge ou à côté de la cote. C’est ainsi que l’on voyage incessamment sur ces 7 200 pages du catalogue.

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Le catalogue constitue l’attestation d’une pratique qui accompagne le rangement des livres selon un protocole détaillé et les met ensemble dans un, ou plutôt deux, manuscrits : l’ordre des étagères où se côtoient les livres signés, et le catalogue où des renvois additionnels déploient un réseau de livres. Ce réseau est le réseau privé d’un lecteur privilégié, incarné par le seul Auguste. En effet, ce que nous avons nommé jusqu’alors « catalogue » n’en est pas un, strictement parlant, car il ne fonctionne pas comme instrument de la recherche générale pour un lecteur anonyme. Bien plus qu’un outil bibliothécaire, le soi-disant « catalogue » d’Auguste était un moyen de localisation de « ses » livres, organe de sa propre « memoria localis » dans le grand continuum du savoir collectionné. Plus tard, au XVIIIe siècle, l’orientaliste Johann David Michaelis, chargé de la bibliothèque universitaire de Göttingen, remarquera qu’un catalogue devrait servir d’aide-mémoire, notamment pour ceux qui ne possèdent pas cette « memoria localis » [9][9] Johann David Michaelis, Lebensbeschreibung vom ihm.... Dans le cas d’Auguste le catalogage est apparenté à un exercice solitaire : il ne permet pas de recherche de livres normale ou normalisée.

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En résumé, les descriptions bibliographiques d’Auguste peuvent être qualifiées de la façon suivante :

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  • elles mettent en avant les volumes, non pas les auteurs ou les disciplines. Le dialogue humaniste entre livres-témoins nous présente la surface neutre et non spécialisée d’une description bibliographique presque semblable aux notices des catalogues électroniques d’aujourd’hui : pas de préférence du sujet (d’auteur) ni de l’objet (du texte) ; le texte est plutôt regardé comme remplissant toute la bibliothèque en continuité ;

  • les livres sont reliés par des renvois qui résulte du travail des index, lui-même non représenté dans le catalogue. Selon une expression moderne, ces renvois constituent des « hyper-liens » dans la mesure où le catalogueur relie les descriptions bibliographiques selon un système de repérage intellectuel.

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Nonobstant tous ses avantages, c’était précisément la structure ouverte et non-spécialisée (parce que non organisée par auteurs et disciplines) que rendait le catalogue d’Auguste inutilisable pour tous ceux qui allaient le consulter après lui.

Le catalogue dit « de Leibniz » et la logique de l’invention

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Dès 1700, on relève les inconvénients du catalogue d’Auguste pour la recherche. C’est ainsi que le bibliothécaire Lorenz Hertel, installé par Leibniz à Wolfenbüttel, se plaint de l’incommodité du catalogue alors qu’il recherchait un certain écrit de Ciceron car il devait sans cesse feuilleter l’index alphabétique : « Pourquoi cet ordre a été adopté par le feu Auguste, je ne trouve aucun renseignement[10][10] Cf. Elisabeth Wedderkopf, Entstehungsgeschichte und.... » Les titres auxquels renvoyaient les indications des index ainsi que les renvois dans le catalogue même n’étaient représentés que par le numéro des pages, et non par un quelconque texte. Les anciens instruments de recherche avaient besoin d’être modifiés.

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Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716), responsable de la bibliothèque de Wolfenbüttel entre 1691 et 1716, année de sa mort, a beaucoup travaillé pour cette collection. Il l’enrichit considérablement, mais, surtout, la rendit plus accessible par l’élaboration d’un catalogue alphabétique des titres. Avec Leibniz, la bibliothèque pu enfin être utilisée. Il mit fin aux dialogues des livres classés à la manière humaniste d’Auguste et les rendit capables de parler surtout à ceux qui les recherchaient et en avaient besoin. Grâce au catalogue de Leibniz, on allait pouvoir effectivement trouver un livre sur les rayonnages de Wolfenbüttel sans recourir au système des renvois entre index. Leibniz créa avec son catalogue un instrument général de recherche qui a conservé sa valeur jusqu’au XXe siècle.

Gottfried Wilhelm Leibniz
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Cependant, Leibniz lui-même louait le travail d’Auguste. Dans une lettre de juillet 1691, il écrit que le catalogue d’Auguste est tout à fait fiable et que pour établir un catalogue nouveau on n’avait pas besoin de prendre les livres en main : « […] j’insiste sur le fait que le Catalogus Alphabeticus generalis envisagé par nous ne devrait pas partir des livres in natura, mais des Catalogis prioribus, ce qui a deux avantages, primo une plus grande exactitude et secundo une plus grande vitesse. La plus grande exactitude est redevable à la diligence et aux soins qu’a pris son éminence ; je doute fort que ce travail pourrait être refait en peu de temps et qu’on pourrait arriver à pareil jugement. » On recopia donc les 7 200 pages du catalogue pour extraire les titres un par un et les classer ensuite selon l’ordre alphabétique des auteurs. Ce travail prit au moins 5 ans et a été terminé en 1709. Celui que l’on appela « catalogue de Leibniz » constitua pour 250 ans l’accès privilégié à la collection ducale. Il demeura l’instrument-clé de son utilisation. Par-delà, il annonçait une nouvelle logique du savoir. Là où Auguste localisa des écrits et des volumes, Leibniz définit des auteurs et des oeuvres. Tandis qu’Auguste réalisait des renvois sur plusieurs niveaux, Leibniz n’avait besoin que de la simple cote pour relier l’ordre des livres au catalogue.

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C’est l’utilisation de la bibliothèque, rendue possible par le catalogue de Leibniz, qui modifia la relation entre collection et catalogue. Avec le catalogue alphabétique des titres, le bibliothécaire prit sa place entre la bibliothèque et le lecteur, entre l’accumulation du savoir et la curiosité intellectuelle. Grâce à ce nouvel instrument, la logique de la recherche devint indépendante de l’ordre du savoir. Les stratégies de recherche s’effectuaient désormais indépendamment de la structure interne de la machine à savoir qu’est la bibliothèque : questionner les livres devenait une opération qui pouvait se situer en dehors de la bibliothèque.

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En résumé, la transformation qu’apporte le catalogue de Leibniz peut être caractérisée comme suit :

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  • la description bibliographique se fait indépendamment du rangement matériel des livres et de la chronologie de leur acquisition ; les renvois deviennent moins nécessaires. Le catalogue acquiert une existence autonome vis-à-vis de la collection avec laquelle il ne partage plus la supposition de l’unité centrale de repérage car il classe par écrits et non plus par volumes ;

  • le nouvel ordre alphabétique par auteurs des descriptions bibliographiques introduit une réalité nouvelle extérieure au catalogue : l’auteur comme inventeur. Là où l’ordre des livres n’indiquait que des grands domaines du savoir, le catalogue nous montre désormais une galerie d’érudits et de chercheurs, complétée par la liste de leurs publications. Chez Auguste, l’unité de la bibliothèque était le volume, à l’intérieur duquel cohabitaient très souvent des textes et des auteurs peu compatibles. Chez Leibniz, on trouve une toute autre idée de l’unité élémentaire : non pas une unité complexe, mais simple : un écrit d’un auteur.

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Comme bibliothécaire, Leibniz n’était pas moins pragmatique que le célèbre Auguste ; aussi le catalogue alphabétique des titres n’a-t-il pas besoin d’une justification métaphysique. Cependant, le changement qui s’effectua avec la mise en fiches du « catalogue de roue à livre » est radical : l’époque des éditeurs, relieurs et collecteurs cède la place à l’époque des auteurs et des écrits originaux.

Conclusion

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Il serait trop facile de contraster les classes du duc Auguste — très vite devenues inutilisables par la pratique même de l’acquisition — aux projets des « catalogues réels » installés à partir de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. On dit que Leibniz lui-même avait essayé, à partir des doubles de fiches copiés du « catalogue de roue à livre », de créer un tel catalogue « réel » articulant un système des disciplines plus rigoureux. Au XVIIIe siècle, on n’était nulle part satisfait avec les rangements des livres dans les bibliothèques (rangement dans la plupart des cas selon la provenance) et on cherchait — à Göttingen ou à Helmstedt, à Leipzig ou à Halle — à réaliser un lien privilégié entre livre et discipline : à y installer des rapports définitifs [11][11] Cf. U.J. Schneider, « Ordnung als Schema und als Operation. Die.... La différence entre ces entreprises universitaires et celle d’Auguste est que cette dernière ne permettait pas de différencier les classes à l’intérieur de chacune d’elles. Les 40 000 titres de Teocalli n’étaient pas subdivisés davantage.

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Restent quelques questions non résolues : est-ce un processus de différenciation qui nous mène du jardin topique à la forêt systématique, organisée et classée telle une plantation ? Y a-t-il une analogie entre les changements dans la manière de cataloguer les livres et l’accroissement dans la production des livres, d’autant plus que les livres, au moins depuis le XVIIIe siècle, nous représentent eux-mêmes le monde sous une figure scientifique différenciée ? Entre le travail « dialogisant » du duc Auguste et les catalogues professionnels et « disciplinés » après 1750, il y a un pas important et décisif qu’il ne faut pas oublier. Cette étape intermédiaire de la transformation est l’introduction (dans la description bibliographique) de la nouvelle unité élémentaire de l’auteur et de l’œuvre. Cette introduction articulée par le catalogue de Leibniz ouvre une nouvelle infinité — celle de la production littéraire — et une nouvelle variété — celle de l’originalité ou de l’individualité.

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Dans ses écrits métaphysiques, Leibniz voulait sans cesse réconcilier les « vieux » philosophes avec les « modernes ». Il n’aimait pas les voir en compétition vis-à-vis de la vérité éternelle. Cependant, en matière de science, il se montrait vivement intéressé par les contributions individuelles, comme en témoigne le débat avec Newton. En tant que bibliothécaire enfin, Leibniz ne pouvait viser l’utilisation générale de la bibliothèque que par la réorganisation radicale du catalogue et par l’introduction du principe régnant de « l’autorité » (ou de l’auteur), principe toujours en valeur aujourd’hui. Il y avait eu bien sûr des catalogues alphabétiques avant Leibniz. Auguste lui-même en commença un en 1611 et n’abandonna ce système que pour ne plus cesser de réécrire le catalogue entier. C’est précisément cette réécriture qui devint la nécessité principale et continue pour le catalogue de Leibniz comme pour tous les catalogues analogues : une incessante réinvention de la bibliothèque, une transformation répétée du savoir dans des limites toujours incertaines et vagues. Ce qui est vrai au niveau technique pour les catalogues alphabétiques — accroissement oblige — est d’autant plus vrai au niveau intellectuel du classement des livres. Le catalogue de Leibniz nous montre le conflit entre la logique de recherche et la topique de la collection. Partout où les livres sont classés, la question de savoir où mettre un auteur ne perdra jamais de sa pertinence. L’identité de l’auteur sera toujours en conflit avec la définition objective, disciplinaire ou « réelle » des livres. Il fallait attendre les versions digitalisées des textes et des images pour voir les prérogatives de l’auteur réduites et le texte — dans toute sa complexité et son hostilité aux classements — mis de nouveau au premier plan. On pourrait même avancer la thèse qu’aujourd’hui, dans la mesure où les bibliothèques visent à décrire tout l’univers des textes dans un seul médium (« open access catalogues » et « full text databases » online), on est entré dans un état des choses proche de celui mis en place par le duc Auguste. Celui-ci rassemblait une deuxième fois dans son catalogue — qui était un livre — les livres de sa collection, créant un texte uni qui les comprenait tous. S’il avait eu plus de mains pour écrire, il aurait produit un catalogue encore plus détaillé, un livre des livres encore plus complet, à la limite — lire et écrire faisant un — un texte qui ne représenterait plus la collection des livres, mais la remplacerait. N’est-ce pas là l’illusion qui règne parmi les catalogueurs électroniques ?

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Ce fantasme ne détruit pas l’entreprise de Leibniz, car ce dernier avait pour but de permettre l’utilisation des livres. Remplacer la bibliothèque par un catalogue de la même grandeur n’aurait pas contribué à faciliter l’utilisation, mais plutôt à noyer les lecteurs dans la mer des lettres. Reste à se demander si aujourd’hui nous ne souffririons pas davantage de l’explosion des textes dans les bibliothèques devenues accessibles par l’Internet ou de l’hétérogénéité des classements qui leur sont imposés [12][12] Ce texte fait suite à mon article « Der Ort der Bücher.... U.J.S.

Notes

Je remercie Antonia Birnbaum et Olivier Ouzilou pour l’avoir rendu lisible en français.

[1]

U.J. Schneider, « Bücher und Bewegung in der Bibliothek von Herzog August » in Sammeln, Ordnen, Veranschaulichen. Zur Wissenskompilatorik in der Frühen Neuzeit, éd. par Frank Büttner, Markus Friedrich et Helmut Zedelmaier, München, Lit., 2003, pp. 111-127.

[2]

Maria von Katte, « Herzog August und die Kataloge seiner Bibliothek » in Wolfenbütteler Beiträge 1, 1972, pp. 168-199. Cet article demeure la base pour toute recherche sur la bibliothèque du duc Auguste.

[3]

Jill Bepler, « Cultural Life at the Wolfenbüttel Court 1635-1666 », in A Treasure House of Books. The Library of Duke August of Brunswick-Wolfenbüttel, Wolfenbüttel, 1998, pp. 131-146.

[4]

Sammler – Fürst – Gelehrter. Herzog August zu Braunschweig und Lüneburg 1579-1666, Wolfenbüttel, 1979. Catalogue d’une exposition.

[5]

Helmut Zedelmaier, Bibliotheca universalis und Bibliotheca selecta. Das Problem der Ordnung des gelehrten Wissens in der frühen Neuzeit, Cologne, Böhlau, 1992.

[6]

Yorck-Alexander Haase, « Die Geschichte der Herzog August Bibliothek in sechs Stationen dargestellt », in Wolfenbütteler Beiträge 2, 1973, pp. 17-42.

[7]

Alfredo Serrai, La storia della bibliografia, 11 vol., Rome, Bulzoni, 1988-2001, vol. 4 , 1993, pp. 5-271.

[8]

Cf. Matthijs van Otegem, A Bibliography of the Works of Descartes, 2 vol., Utrecht, 2002.

[9]

Johann David Michaelis, Lebensbeschreibung vom ihm selbst abgefaßt, Leipzig, Rinteln, 1793, p. 87.

[10]

Cf. Elisabeth Wedderkopf, Entstehungsgeschichte und Einrichtung alter Kataloge der Herzog August-Bibliothek Wolfenbüttel (thèse non publiée), Hamburg, 1951, p. 9.

[11]

Cf. U.J. Schneider, « Ordnung als Schema und als Operation. Die Bibliothek Herzog Augusts », in : Foucault und die Künste, éd. par Peter Gente, Suhrkamp, Frankfurt am Main, 2004, pp. 315-338.

[12]

Ce texte fait suite à mon article « Der Ort der Bücher in der Bibliothek und im Katalog am Beispiel von Herzog Augusts Wolfenbütteler Büchersammlung », in Archiv für Geschichte des Buchwesens 59, 2005, pp. 93-106.

Résumé

Français

Est ici analysé le passage du catalogue pratique (ordre topographique), œuvre du duc August (1579-1666), au catalogue rationnel (ordre alphabétique/systématique) réalisé plus tard par Leibniz (1646-1716), à partir de l’exemple de la bibliothèque de Wolfenbüttel. Illustrations de l’action de cataloguer entre bibliographie (description du livre) et encyclopédie (inscription dans un ordre méthodique/thématique), les pratiques de catalogage du duc August et de Leibniz orientent, chacune à sa façon, toutes deux le lecteur. Mais à l’inverse du catalogue « humaniste » du duc August, celui de Leibniz tend à rendre la logique de la recherche indépendante de l’ordre du savoir.

English

From Duke August’s “garden of books” to Leibniz’s catalogue : what system of knowledge ? The transformation of Duke August’s (1579-1666) practical catalogue (topographical order) to Leibniz’s (1646- 1716) later rational catalogue (alphabetical and systematic order) is discussed by reference to the example of the Wolfenbüttel Library. As illustrations of cataloguing activity between bibliography (book description) and encyclopedia (insertion in a methodical and topical order), the cataloguing practices of Duke August and Leibniz both guide (each in their own way) the reader. But contrary to Duke August’s “humanist” catalogue, Leibniz’s catalogue tends to keep the logic of research independently of the order of knowledge.

Plan de l'article

  1. Le duc Auguste : bibliothécaire humaniste
  2. La topique à la place du système
  3. Le mouvement dans les étagères
  4. Le réseau dynamique des renvois
  5. Le catalogue dit « de Leibniz » et la logique de l’invention
  6. Conclusion

Pour citer cet article

Schneider Ulrich Johannes, « Quel système de savoir ? Du « jardin des livres » de la bibliothèque du duc Auguste au catalogue de Leibniz », Matériaux pour l’histoire de notre temps, 2/2006 (N° 82), p. 8-14.

URL : http://www.cairn.info/revue-materiaux-pour-l-histoire-de-notre-temps-2006-2-page-8.htm


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