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S'inscrire Alertes e-mail - Matériaux pour l’histoire de notre temps Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezAvant-propos
AuteurGeneviève Dreyfus-Armand du même auteur
Coordinatrice du numéro.1 Le présent numéro de Matériaux pour l’histoire de notre temps est constitué des interventions présentées lors du colloque international « Les Années 68 : une contestation mondialisée », tenu dans la belle salle de conférences de l’Université Paris-Ouest Nanterre-La Défense (anciennement Paris-X Nanterre), les 19 et 20 mars 2008. Ce colloque a été organisé à l’initiative de l’UMR IRICE[1][1] Unité mixte de recherche Identités, relations internationales...
suite, animée par Robert Frank, et de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, dans le cadre des activités scientifiques menées au sein de la Structure fédérative de recherche « Archives et histoire des relations internationales » qui y était implantée.
2 Ce colloque s’insère dans une série de manifestations scientifiques intitulées « Les Années 1968 au-delà des mythes » qui se sont déroulées dans plusieurs villes en 2007 et 2008 : Paris, Reims, Dijon, Lyon et Saint-Denis. Le propos, collectif, était de poursuivre la recherche et la réflexion sur les années 1960 et 1970, désignées par l’année 1968 qui, dans nombre de pays dont la France, marque le point culminant des mouvements de contestation[2][2] Terme emprunté à Bernard Lacroix (« Les jeunes et l’utopie :...
suite. En effet, ces années d’effervescence sont des objets d’histoire comme les autres, d’autant que des sources nouvelles sont désormais accessibles. Pour sa part, la BDIC a contribué à la collecte et à la mise à disposition des chercheurs de nombreux fonds d’archives privées — dont celles déposées par l’Unef ou par l’association Mémoires de 68 —-, auxquels se sont ajoutés divers types de documents : journaux, bulletins, tracts, brochures, affiches, peintures ou photographies, comme celles d’Élie Kagan et de Jean Pottier[3][3] Geneviève Dreyfus- Armand, « Les Années 68 à la BDIC...
suite. Parallèlement à la veille documentaire sur les événements français, les conservateurs rassemblaient, sur les pays dont ils avaient la charge, la documentation la plus diverse sur les manifestations de cette « fièvre décennale », aux États-Unis, en Allemagne, en Italie, en Pologne, en Tchécoslovaquie ou au Mexique.
3 Aussi, dans le cycle de colloques de l’année 2008, il était logique que ce soit l’UMR IRICE et la BDIC qui se penchent sur l’aspect international de la contestation et s’interrogent sur la manière dont le « Mai » français s’était nourri d’échos étrangers et comment il alimenta en retour la contestation internationale. Du point de vue de la discipline historique, les travaux sur les « événements » français ont véritablement commencé, dans l’Hexagone, vingt ans après faits[4][4] 1968, Exploration du Mai français, René Mouriaux, Annick...
suite, poursuivis dix ans plus tard avec une approche temporelle et spatiale plus large[5][5] Les Années 68. Le temps de la contestation, Geneviève...
suite L’année 2008 a été porteuse également de nombreuses publications, auxquelles ce cycle de colloques n’est pas étranger. La BDIC a aussi publié un ouvrage[6][6] Les Années 68. Un monde en mouvement. Nouveaux regards...
suite destiné à être le catalogue d’une exposition qui, pour des raisons techniques, n’a pu se tenir sous une forme classique mais sera présentée en ligne [7][7] La BDIC a cependant, en cette même année 2008, mis à...
suite.
4 Le présent numéro de Matériaux pour l’histoire de notre temps vient donc en complément indispensable de ce dernier ouvrage. Car la dimension internationale demandait à être approfondie. L’espace « 68 » fut vaste, il s’étendit sur plusieurs continents, dans de nombreux pays. Les mouvements de contestation des sociétés apparus alors ont présenté des similitudes, ils ont noué des liens, mais ils n’ont pas été de simples répliques les uns des autres. Ailleurs non plus, pas plus qu’en France, le temps de « 68 » ne s’est réduit à la seule année calendaire 1968. Même si, dans divers pays, la contestation a pu culminer en 1968, les chronologies n’ont pas été strictement concordantes avec celle de la France.
5 Les différents articles de ce numéro s’interrogent sur les trajectoires des idées, des représentations et des personnes comme sur celles des répertoires d’action, afin de tenter d’esquisser des réponses aux questionnements posés : la manière dont les « années 68 » en France ont été marquées par des références internationales, la façon dont le Mai français a été lu et interprété à l’étranger et les modalités selon lesquelles les divers pays ont participé à cette vaste vague de contestation. Savoir aussi comment l’imaginaire politique de toute une génération a été marqué par un certain nombre d’idéaux et de mythes communs, incarnés par quelques personnalités emblématiques de la rupture, ardemment souhaitée, avec le « vieux monde ».
6 Dans son bel article sur « Les temps de 68 » paru dans l’ouvrage de la BDIC cité plus haut et qui, il convient de le mentionner, reprend les réflexions présentées à la fin de ce colloque de mars 2008, Robert Frank conclut de la façon suivante : « Les “années 68” sont encore des années d’enchantement, celles qui sont marquées par l’optimisme de l’interaction entre temps des mutations et temps de la contestation : voilà ce qui permet d’en préciser la chronologie et incite à ne point la prolonger jusqu’aux années 1980. Cet enchantement du monde repose sur une ambivalence fondamentale : un rêve de justice et de libération, en même temps qu’un aveuglement plus ou moins important, un manque de lucidité chez ceux qui rêvaient de justice, face aux totalitarismes communistes. De ce point de vue, les années 68 sont un phénomène occidental — Europe centrale comprise — dont la cristallisation commence en Asie et finit en Asie : leur début est marqué par la guerre du Vietnam qui lance l’ère de la contestation en 1965, et leur fin arrive avec la tragédie du Cambodge qui ouvre l’ère du désillusionnement[8][8] Robert Frank, « Les Temps de 68 », in Les Années 68. ...
suite. »
7 Ce numéro de Matériaux pour l’histoire de notre temps est donc délibérément international : il commence par présenter l’historiographie en langue anglaise sur le Mai français et aborde les horizons internationaux de la contestation au travers de deux aspects, l’Internationale situationniste et l’influence chinoise sur certains mouvements français. Ensuite, il étudie l’impact de Mai sur les relations entre Français et dissidents des pays de l’Est et il se penche sur les perceptions et les résonances des événements français dans divers pays : Allemagne, Italie, Grande-Bretagne, Suisse, Corée du Sud, Brésil et Argentine. La complexité des situations apparaît bien, où l’on voit que s’il y a bien une circulation des idées et des pratiques, chaque mouvement de contestation s’enracine dans des spécificités locales.
Notes
[1] Unité mixte de recherche Identités, relations internationales et civilisations européennes (Université de Paris-I Panthéon-Sorbonne, Université de Paris-IV Panthéon-Assas et CNRS). 
[2] Terme emprunté à Bernard Lacroix (« Les jeunes et l’utopie : transformations sociales et représentations collectives dans la France des années 1968 », in Mélanges offerts au professeur Jacques Ellul, Paris, Puf, 1983, pp. 719-742). 
[3] Geneviève Dreyfus- Armand, « Les Années 68 à la BDIC », in Les Années 68. Un monde en mouvement. Nouveaux regards sur une histoire plurielle (1962-1981), BDIC/Syllepse, 2008, pp. 7-10. 
[4] 1968, Exploration du Mai français, René Mouriaux, Annick Percheron, Antoine Prost, Danielle Tartakowsky (dir.), 2 vol., Paris, L’Harmattan, 1992. 
[5] Les Années 68. Le temps de la contestation, Geneviève Dreyfus-Armand, Robert Frank, Marie-Françoise Lévy, Michelle Zancarini-Fournel (dir.), Bruxelles, Complexe, 2000. 
[6] Les Années 68. Un monde en mouvement. Nouveaux regards sur une histoire plurielle (1962-1981), BDIC/Syllepse, 2008. 
[7] La BDIC a cependant, en cette même année 2008, mis à disposition une partie de ses collections pour des expositions : à Paris, dans une galerie dédiée au graphisme, à Tulle, lors de la Décade de cinémaorganisée par l’association Autour du 1er-Mai et le Centre culturel français d’Alger a présenté une exposition préparée par la BDIC sur les « Années 68 ». 
[8] Robert Frank, « Les Temps de 68 », in Les Années 68. Un monde en mouvement. Nouveaux regards sur une histoire plurielle (1962-1981), op. cit., pp. 36-62. 
Résumé
POUR CITER CET ARTICLE
Geneviève Dreyfus-Armand « Avant-propos », Matériaux pour l’histoire de notre temps 2/2009 (N° 94), p. 1-2.
URL : www.cairn.info/revue-materiaux-pour-l-histoire-de-notre-temps-2009-2-page-1.htm.




