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Matériaux pour l’histoire de notre temps

2012/4 (N° 108)

  • Pages : 88
  • Éditeur : BDIC

ALERTES EMAIL - REVUE Matériaux pour l’histoire de notre temps

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En attribuant en 2012 son prix de la paix à l’Union européenne, le Comité Nobel a voulu souligner la place centrale que l’intégration européenne occupait depuis six décennies dans le processus de pacification de l’espace européen. Cette interprétation historique qui ferait de la paix l’un des principaux moteurs de la construction européenne a été diffusée dès l’origine par les pères fondateurs des Communautés européennes, puis validée par les historiens spécialistes de ce champ de recherche, à l’exemple de René Girault qui reconnaissait au début des années 1990 le rôle éminemment pacificateur de l’intégration européenne : « Les vieux antagonismes ont été surmontés à l’exemple de la vieille rivalité franco-allemande. Qui l’aurait imaginé, il y a cinquante ans ! Sans verser dans un optimisme béat, il faut reconnaître la profonde évolution des mentalités européennes » [1][1] René Girault, « Les trois sources de l’identité et....

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Cette lecture de l’histoire de l’Europe contemporaine, souvent jugée trop « occidentale », fait aujourd’hui débat chez les historiens, certains d’entre eux considérant volontiers que l’on « ne peut plus se contenter de célébrer les mérites de la croissance d’après-guerre, le miracle de la réconciliation franco-allemande, et les vertus de la stabilité des frontières et des institutions politiques » [2][2] Henry Rousso, « Les dilemmes d'une mémoire européenne »....

L’histoire de l’Europe contemporaine EN DÉBAT

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Depuis la fin de la Guerre froide, un important courant historiographique a ainsi proposé une analyse du passé européen profondément renouvelée, nous invitant à repenser l’histoire du vieux continent sous un jour nettement plus sombre. Eric Hobsbawm a fait naître, dans son Âge des extrêmes, l’idée d’un « court vingtième siècle » (s’étendant de la Première Guerre mondiale à la chute du Bloc communiste) qui aurait essentiellement « vécu et pensé en termes de guerre mondiale, même lorsque les armes se taisaient et que les bombes n’explosaient pas » [3][3] Eric J. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes. Histoire du court.... Mark Mazower a pour sa part décrit l’Europe comme le « continent des ténèbres » [4][4] Mark Mazower, Dark Continent: Europe’s Twentieth Century,... et les notions de « brutalisation » [5][5] George L. Mosse, Fallen Soldiers. Reshaping the Memory... ou de « culture de guerre [6][6] Stéphane Audoin-Rouzeau, Annette Becker, « Vers une... » ont été successivement forgées pour dépeindre une Europe tragique, « à feu et à sang », déchirée selon Enzo Traverso par une « guerre civile » de trente ans (1914-1945) [7][7] Enzo Traverso, À feu et à sang. De la guerre civile.... Tony Judt a également voulu, en s’intéressant à l’histoire européenne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, s’éloigner de toute vision trop « occidentale » ou « irénique », qui décrirait « le redressement inespéré de l’Europe après 1945 sur le mode de l’autocongratulation, voire un ton lyrique. […] Un continent irénique et pacifique avait surgi, “tel un Phénix”, des cendres de son passé meurtrier – et suicidaire. Comme bien des mythes, ce tableau assez flatteur de l’Europe dans la seconde moitié du XXe siècle […] pèche largement par omission » [8][8] Tony Judt, Après-guerre, une histoire de l’Europe depuis 1945,.... Car non seulement l’Europe de l’Est n’y trouverait pas sa place, mais ce « mythe » tendrait à oublier que l’Europe de l’Ouest n’est pas « née du projet optimiste, ambitieux et progressiste que se plaisent de nos jours à imaginer rétrospectivement les Euro-idéalistes. Elle est la fille vulnérable de l’angoisse » [9][9] Ibid., p. 19.. Cette interprétation de l’histoire européenne, violente et tragique, fait donc de la guerre la matrice d’un XXe siècle sanglant. Dans cette perspective, les périodes de retour à la paix deviennent des « sorties de guerre », c’est-à-dire « une sorte de guerre après la guerre » [10][10] Bruno Cabanes, « Comment les soldats français sont.... De la même manière, les vingt années qui séparent la fin de la Première Guerre mondiale du début de la Seconde se retrouvent englobées dans un même tout historique, une « ère de catastrophes » [11][11] Eric J. Hobsbawm, op. cit., p. 25-26., « trente et un ans de guerre mondiale » [12][12] Ibid., p. 45..

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Si cette historiographie a beaucoup enrichi notre compréhension de l’époque contemporaine, elle ne suffit peut-être pas à rendre compte de toute sa complexité. C’est pourquoi Jay Winter, spécialiste de la Grande guerre, a cru nécessaire de s’intéresser également aux « rêves de paix et de liberté » du XXe siècle, notant en ouverture de son ouvrage que « l’histoire du vingtième siècle est presque toujours écrite comme l’histoire d’une série de catastrophes. Pendant plus de quatre décennies, j’ai moi-même contribué à cette vision apocalyptique du passé récent. Mais depuis plusieurs années, j’ai senti que ce récit historique dominant était incomplet » [13][13] Jay Winter, Dreams of Peace and Freedom Utopian Moments.... Un autre éminent spécialiste du premier conflit mondial, John Horne, a proposé pour sa part de s’intéresser aux trois après-guerres du XXe siècle (ceux des deux Guerres mondiales et celui de la Guerre froide) et a formulé l’hypothèse qu’ils constituaient les véritables tournants du siècle : « une autre Europe s’est tissée durant ces trois périodes d’après-guerre, une Europe qui a fini par s’imposer à cause de ses forces de reconstruction et de ses capacités de réconciliation. À la lumière de cette hypothèse, on pourrait proposer une lecture un brin plus optimiste du XXe siècle européen que celle d’un continent vouée à la barbarie » [14][14] Horne John, « Guerres et réconciliations européennes.... En introduction à un dossier spécial consacré à « l’Europe et la paix au XXe siècle » et publié en 2008 par la revue Contemporary European History, Holger Nehring et Helge Pharo ont spécifiquement cherché à mettre en valeur les processus de retour à la paix et les modalités de son maintien, en les décrivant comme la constante négociation entre différents acteurs (gouvernements, groupes de pression, mouvements politiques ou sociaux, etc.) [15][15] Holger Nehring et Helge Pharo, « Introduction: A Peaceful.... De son côté, l’historien américain James J. Sheehan [16][16] James J. Sheehan, Where have all the Soldiers Gone?..., spécialiste reconnu de l’histoire allemande du XIXe siècle, s’est employé à démontrer le passage des Européens d’une culture politique marquée à la fin XIXe siècle par le militarisme (les États européens donnant alors la priorité à la défense de la patrie et à la préparation de la guerre) à une culture de paix désormais dominante à la fin du XXe siècle, caractérisée par l’attachement fondamental des États à la prospérité et au bien-être de leurs concitoyens. La violence de masse expérimentée au cours des deux guerres mondiales a bien entendu joué un rôle fondamental dans cette profonde transformation des sociétés européennes, qui s’est accompagnée d’une coopération croissante entre États européens dans la seconde moitié du XXe siècle, repoussant durablement de l’horizon européen le spectre de la guerre.

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On comprend alors que la notion de « culture de guerre » qu’ont mis en valeur de nombreux travaux historiques menés au cours des dernières décennies ne peut nous dispenser d’évaluer le rôle tenu par les imaginaires et les pratiques de paix dans les sociétés européennes des XIXe-XXe siècles et de déterminer ainsi les contours d’une « culture de paix » [17][17] Cf. l’« introduction » de Robert Frank, dans Pietro... en Europe à l’époque contemporaine. Le présent numéro de Matériaux entend donc participer à sa manière à cette réflexion en cours qui, éloignée de tout regard rétrospectif déterministe, cherche à faire ressurgir pour chaque époque tous les champs des possibles, les logiques de guerre comme les logiques de paix.

LA PAIX, parent pauvre de l’histoire contemporaine

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Il est vrai que l’histoire de la paix souffre, particulièrement en France, de ne pas avoir suffisamment retenu l’attention des historiens des relations internationales. Le « tropisme réaliste » [18][18] Robert Frank, « Histoire et théories des relations... qui marque incontestablement leurs travaux les a conduits à se pencher de manière privilégiée sur l’histoire des conflits, leurs origines ou leurs conséquences sur l’évolution du système international. D’où leur présence assez discrète dans le champ des « peace studies », qui a été davantage porté par l’histoire sociale, l’histoire du genre ou, plus récemment, l’histoire transnationale, expliquant l’accent placé jusqu’ici sur les militantismes et les cultures pacifistes.

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Cette « peace history » s’est surtout développée en Grande-Bretagne, en Allemagne, dans les pays scandinaves, au Canada et aux États-Unis, pays dans lequel elle a émergé dès les années 1960, non sans un certain esprit militant [19][19] Peter van den Dungen et Lawrence S. Wittner, “Peace.... En France, les chercheurs sont globalement demeurés en marge de ce champ de recherche [20][20] Il existe néanmoins un ouvrage de synthèse de Maurice... : il est frappant de constater que les milieux pacifistes français sont bien mieux étudiés hors de nos frontières [21][21] Voir à ce sujet les nombreux travaux produits par les..., que les principales figures françaises qui ont œuvré en faveur de la paix internationale et qui ont souvent été récompensées par un prix Nobel de la paix, tels Frédéric Passy, Paul d’Estournelles de Constant [22][22] Voir Laurent Barcelo, Paul d'Estournelles de Constant..., Léon Bourgeois [23][23] Voir notamment Alexandre Niess, et Maurice Vaïsse (dir.),..., et même Aristide Briand, le « pèlerin de la paix » [24][24] Sur le cas d’Aristide Briand, voir les remarques de..., n’ont que trop rarement fait l’objet d’études d’envergure, ou encore que la question si importante du règlement de la paix établi au lendemain de la Grande Guerre a été surtout réévaluée par des chercheurs anglophones [25][25] Citons notamment Manfred F. Boemeke, Gerald D. Feldman,.... Les réticences des historiens français à « penser la paix » trouvent une partie de leur explication dans le discrédit général qui a frappé le mouvement de la paix à la suite de la défaite de juin 1940 et de l’occupation allemande : l’imprégnation profonde du pacifisme dans la société française de l’entre-deux-guerres a été jugée la cause de l’effondrement de 1940, comme en témoigne cet extrait de L’étrange défaite de Marc Bloch, dans lequel l’auteur se demandait « comment des hommes à qui le pacifisme et l’antimilitarisme avaient été enseignés dans l’école même auraient-ils pu se muer sur l’heure en guerriers à la fois disciplinés et combatifs ? » [26][26] Marc Bloch, L’Étrange défaite, Franc-Tireur, 1946,.... D’autre part, un certain nombre de pacifistes, souvent parmi les plus radicaux des années 1930, ont été plus ou moins compromis dans la collaboration avec l’Allemagne et cette dérive d’une minorité de pacifistes a entraîné, après-guerre, l’assimilation abusive entre militantisme pour la paix et compromission avec l’occupant. Le combat pour la paix souffre, enfin, de s’être largement identifié, pendant la période de la Guerre froide, à l’action menée par les partis communistes européens : le Kominform n’affirmait-il pas que l’URSS dirigeait le camp de la paix, et le Mouvement de la paix, qui s’organisa en avril 1949, lors d’un congrès mondial des « partisans de la paix » tenu à la salle Pleyel, n’était-ils pas d’abord un relais de la politique soviétique ?

Le défilé des délégations devant le monument élevé à la mémoire d'Aristide Briand, Hommage de Léon Blum à Aristide Briand lors de l’inauguration du monument conçu par Paul Bigot (1870-1942), Coll. BDIC

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Marquée durablement par les effets cumulés du « syndrome de 1940 », de la collaboration, et de son instrumentation par le Bloc soviétique, la paix a donc longtemps constitué un objet d’étude peu volontiers abordé par les historiens français. Mais depuis plus d’une décennie, grâce notamment à l’apport des médiévistes et des modernistes [27][27] Voir par exemple Olivier Christin, La paix de religion...., un nouvel intérêt est apparu autour de l’objet “paix” qui tend désormais à se normaliser.

« L’EUROPE ET LA PAIX », une histoire en chantier

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C’est dans ce contexte qu’un réseau d’historiens et de civilisationnistes, français et étrangers, s’est constitué en 2011 autour d’un projet de recherche sur “L’Europe et la paix” (EUROPAX), à l’initiative de Gérard Bossuat (Université de Cergy-Pontoise) et de l’auteur de ces lignes. Rattaché à l’UMR 8138 “IRICE” (Paris-1, Paris-IV, CNRS), ce groupe de recherche a tenu une première journée d’études à l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne le 13 janvier 2012 ainsi qu’un séminaire à l’Université Paris-IV Sorbonne (au premier semestre 2012) dont les principaux résultats fournissent la matière du présent numéro. À travers la dizaine d’études de cas proposée au lecteur, nous espérons ainsi montrer l’intérêt qu’il peut y avoir pour les historiens d’appréhender le passé européen au miroir de la paix. Mais cette recherche restant encore assez largement à mener, notre volonté a été prioritairement de dégager un certain nombre de pistes de réflexion qui devront être ensuite approfondies.

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Il faudra d’abord fournir un effort de définition du mot « paix », car il renvoie à une telle variété de conceptions et d’expériences qu’il paraît finalement plus facile de parler de la guerre que de la paix. C’est pourquoi cette dernière a été souvent définie par opposition à la guerre : en 1762, le Dictionnaire de l’Académie française, caractérisait la paix comme « l’état d’un peuple qui n’est point en guerre [28][28] Dictionnaire de l'Académie Française, Paris, 4èmeédition... », formulation que l’on retrouve à peu près exactement dans les mêmes termes au début du XXe siècle dans le Petit Larousse illustré[29][29] « État d’un pays qui n’est point en guerre », in Claude.... Mais pour « penser la paix » il serait toutefois utile « si ce n’est [de] rompre tout lien entre guerre et paix, du moins, [de] donner à la paix la primauté, faire comme si elle ne s’épuisait pas dans sa relation à la guerre » [30][30] « Introduction » dans La paix, textes choisis et présentés.... Car dans un effort de définition plus positive de la paix, on doit admettre qu’elle n’est pas seulement un répit entre deux guerres, mais davantage un état qu’il s’agit d’établir entre les hommes. Selon cette approche, la paix n’est pas un état naturel ; elle doit être « instituée par la volonté » [31][31] Ibid., p. 12-13.. Déclarer la paix ne suffit pas à « faire la paix », au contraire de la guerre dont la déclaration est « perlocutoire », c’est-à-dire qu’« elle produit la guerre par le fait même de la dire » [32][32] Ibid., p. 27.. La paix doit donc être établie, puis maintenue, ce qui en fait un processus essentiellement dynamique qui ne peut être apprécié que sur le long terme : la véritable paix est une paix « durable », pour ne pas dire avec Kant, « perpétuelle ».

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Seulement, s’agissant des moyens d’établir et de maintenir la paix, la réflexion et la pratique renvoient à de multiples solutions. C’est pourquoi les spécialistes ont régulièrement cherché à établir des classifications afin d’y voir un peu plus clair. La dernière tentative en date est celle de Bruno Arcidiacono qui a cru repérer dans les nombreux plans de pacification perpétuelle rédigés entre le XVIIe et le XXe siècle un certain nombre de « modèles éternellement récurrents, quoique sous des habillages en partie rénovés » [33][33] Bruno Arcidiacono, Cinq types de paix. Une histoire.... Il distingue ainsi « cinq types de paix » : la paix hégémonique (marquée par la supériorité d’une entité sur toutes les autres), la paix d’équilibre (entre deux puissances majeures – système bipolaire – ou plusieurs entités de poids équivalent – système multipolaire), la paix d’union politique ou fédérative (par laquelle les contractants confient à une autorité commune, distincte et supérieure à eux-mêmes, un certain nombre de compétences, dont celle de statuer sur la guerre ou la paix), la paix de droit international ou paix confédérative (c’est-à-dire une Communauté d’États entièrement souverains, régie par le droit et non plus par la force), la paix directoriale (par laquelle les « grandes puissances » décident d’instaurer un régime de coopération entre elles). Cet effort de typologie tout à fait stimulant est à rapprocher de certaines tentatives plus anciennes visant à catégoriser les discours sur la paix, notamment celle effectuée dans l’entre-deux-guerres par le philosophe allemand Max Scheler qui, au cours d’une conférence prononcée en 1927 [34][34] Max Scheler, L’idée de paix et de pacifisme, Paris,..., distingua jusqu’à huit variantes de pacifisme : 1°) le « pacifisme héroïque » (c’est-à-dire la non-violence), 2°) le pacifisme chrétien –catholique ou protestant, 3°) le pacifisme économique (le libre échange conduisant à la paix), 4°) le pacifisme juridique, 5°) le pacifisme marxiste et socialiste, 6°) le pacifisme impérial (celui de l’empire universel), 7°) le pacifisme bourgeois et 8°) le pacifisme culturel des élites. Toutes ces catégories ont été affinées par la suite par d’autres auteurs, notamment Raymond Aron, Roger Chickering, Norman Ingram ou Martin Ceadel, etc., mais elles sont toutes discutables et discutées, et il est difficile d’aboutir à une typologie qui soit universellement admise [35][35] Pour une présentation de ces différentes typologies,....

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Pour sa part, le présent numéro a fait le choix de réfléchir au problème de la paix sur un plan purement européen, en mettant l’accent sur l’un des remèdes à la guerre qui a été de longue date débattu par les Européens : celui de la paix par l’unification politique de l’Europe, des projets du XIXe siècle (Carol Bergami), de la Grande Guerre (Landry Charrier), ou de l’entre-deux-guerres (Daniela Preda), à l’Europe unie devenue réalité, qu’il s’agisse du Conseil de l’Europe (Pauline Bonino) ou de l’Europe communautaire (Marie-Thérèse Bitsch, Ludwig Roger, Jenny Raflik, Gérard Bossuat).

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Toutefois, la question de la paix par l’Europe ne suffisant par à épuiser le problème de la paix en Europe, il nous a paru utile de faire apparaître d’autres approches : le triomphe de la « paix par le droit » établie au lendemain de la Grande Guerre et qui ne fut pas sans susciter l’inquiétude des diplomates français (Stanislas Jeannesson), la vision « réaliste » d’une paix dictée par l’intérêt national tchécoslovaque et que porta Edouard Beneš (Antoine Marès), ou encore la paix envisagée comme instrument de propagande par le réseau européen d’associations anticommunistes « Paix et Liberté » au temps de la guerre froide (Bernard Ludwig).

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Les études rassemblées dans ce numéro démontrent donc que la question de la paix n’est pas seulement un problème pour « pacifistes », même si l’œuvre de ces derniers doit être réévaluée à l’aune de la variété et de l’inventivité des méthodes qu’ils ont préconisées ; la paix est une question qui concerne tous les Européens. D’ailleurs, si ce numéro traite de manière privilégiée du cas des milieux politiques, diplomatiques ou intellectuels, nombre d’autres acteurs mériteraient une enquête complémentaire, tels les milieux religieux, les milieux économiques, les opinions publiques, etc., afin d’envisager de manière plus exhaustive l’étude d’une (ou de) culture (s) de paix chez les Européens des XIXe et XXe siècle. Comme le souligne Oliver P. Richmond, la paix “n’a pas de signification en soi […]. On doit être attentif à qui parle de la paix, et comment, ainsi qu’à qui la construit, et pourquoi [36][36] Oliver P. Richmond, “Patterns of Peace”, Global Society,... ».

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En procédant à de larges incursions dans l’histoire du XIXe siècle et du premier XXe siècle, le présent numéro a également cherché à souligner tout l’intérêt qu’il y a d’envisager la question de la paix dans une perspective à long terme, afin d’historiciser le rapport entre les Européens et la paix et de mieux comprendre comment l’accumulation de réflexions et d’expériences, comment l’élaboration progressive de certains « modèles » de paix, permettent d’éclairer l’histoire européenne depuis 1945.

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Toutefois, même si l’historien peut constater, avec Jean-Pierre Bois, que « cinq à huit siècles d’efforts ont apporté à la paix des progrès irréversibles » [37][37] Jean-Pierre Bois, op. cit., p. 555., il doit cependant se garder de toute démarche téléologique qui conduirait à voir dans l’actuelle Union européenne l’aboutissement d’un processus de pacification européenne qui plongerait directement ses racines dans l’Europe de l’époque moderne. Même si les plans d’unification européenne des siècles passés peuvent anticiper par bien des aspects les contours de l’Europe actuelle, l’historien doit être méfiant à l’égard de continuités qui pourraient paraître trop évidentes, car la réalité est toujours beaucoup plus complexe. Afin d’échapper à une lecture irénique de l’histoire européenne, il est nécessaire d’interroger, pour chaque époque et chaque société, la place occupée par l’idée de paix au sein de son système de valeurs, tout en identifiant les modèles d’organisation des rapports internationaux qui ont alors progressivement émergé. Il s’agit d’historiciser finement le processus d’« invention de la paix » par les Européens, en essayant d’éclairer la formule que le juriste Henry Maine utilisa en 1888 : « La guerre semble aussi vieille que l’humanité, mais la paix est une invention moderne » [38][38] Michael Howard, The Invention of Peace and the Reinvention.... Si les historiens sont généralement enclins à identifier « l’invention » de la paix en Europe en rapport avec les mouvements de libéralisation économique et de démocratisation des sociétés européennes [39][39] Voir Michael Howard, op. cit. et ne sont pas loin d’admettre que « sur le long terme, sans verser dans une vision téléologique » on peut percevoir « la “dynamique historique” de la démocratie, de la paix et de la justice internationale » [40][40] Robert Frank, “L’historiographie des relations internationales:..., une étude plus systématique permettrait de comprendre à quel moment l’aspiration à la paix a suffisamment pénétré la culture politique européenne pour constituer une « force profonde » agissant sur les relations internationales [41][41] Pierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle font du....

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L’étude de l’Europe et de la paix nous amène donc fort logiquement à poser la question du rôle de l’Europe sur la scène internationale. Dans ses rapports avec les autres régions du monde, l’Europe n’a pas toujours été considérée comme une puissance pacificatrice, même si l’œuvre de paix a souvent servi à justifier l’expansion coloniale de la France, ainsi qu’en témoignent les propos du sénateur de la Meuse Charles Humbert en 1913 : « Nos armes […] ont apporté dans l’Afrique occidentale, jadis ravagée par les marchands d'esclaves et les conquérants noirs, une paix dont nos sujets apprécient profondément les bienfaits » [42][42] Charles Humbert, L’Œuvre française aux colonies, Paris,.... Devenue aujourd’hui un espace de paix, l’Europe cherche à faire oublier son passé colonial et à défendre les valeurs puisées dans l’héritage des Lumières. De ce point de vue, la paix semble constituer un domaine dans lequel l’Europe peut se prévaloir d’une longue tradition : « C’est en Europe, et dans son excroissance en Amérique du nord, que s’est développée la réflexion sur la guerre et la paix qui constitue maintenant l’essentiel du discours mondial sur le sujet. Nous continuons de penser la paix et la manière de l’établir dans des termes qui tirent leur origine de l’Europe des Lumières et souvent avec peu de changement depuis cette époque » [43][43] Michael Howard, op. cit., p. 7 [Traduction de l’au..., écrit Michael Howard, spécialiste britannique d’histoire militaire.

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Par l’exemplarité de son modèle de construction pacifique d’un ensemble économique et politique régional à partir d’États longtemps rivaux, l’Union européenne souhaite incontestablement inspirer l’organisation d’autres ensembles régionaux dans le monde [44][44] Voir Laurent Cohen-Tanugi, L’influence normative internationale..., tout en mettant « en œuvre une nouvelle conception de la puissance, qui repose sur la force de la norme et non sur la norme de la force » [45][45] Serge Champeau, « Quand l’Union européenne se donnera-t-elle.... Dans le discours officiel de l’Union européenne, cette dernière est ainsi présentée comme un « continent divisé qui fut un théâtre de guerre et une exportatrice de guerre » et qui « est devenu […] un exportateur de paix » [46][46] Discours prononcé par Richard Jones, ambassadeur de.... Il est vrai que l’Union européenne agit surtout aujourd’hui comme « puissance normative » ou « soft power » en jouant un véritable rôle global dans la définition des règles de la gouvernance mondiale et dans l’élaboration d’un ordre juridique international, notamment en matière de droits de l’Homme. Mais l’Europe est-elle devenue une puissance pacifique faute de pouvoir être encore une grande puissance militaire ? Si l’Europe ne s’interdit pas de participer à la défense ou au rétablissement de la sécurité par la force, on peut facilement admettre que « l’Union européenne excelle davantage dans son rôle de “puissance civile” ou “puissance normative” que dans un rôle de puissance politique et militaire pour lequel elle agit, au mieux, en doublure de Washington » [47][47] Maxime Lefebvre, « Comment mieux affirmer la diplomatie.... Toutefois, en replaçant le rapport de l’Europe à la paix dans la longue durée historique, le rôle « pacifique » que l’Europe entend aujourd’hui jouer sur la scène internationale peut apparaître moins comme un rôle de substitution tenu par une puissance jadis hégémonique que la réappropriation d’un véritable héritage de réflexions et d’expériences de paix, malencontreusement subverti par deux guerres mondiales.

Notes

[1]

René Girault, « Les trois sources de l’identité et de la conscience européennes au XXe siècle », in René Girault (éd.), Identité et conscience européennes au XXe siècle, Paris, Hachette, 1994, p. 201.

[2]

Henry Rousso, « Les dilemmes d'une mémoire européenne » (chap. 12), in Christian Delacroix, François Dosse, et Patrick Garcia (dir.), Historicités, La Découverte, 2009, p. 204.

[3]

Eric J. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle, Bruxelles, Editions complexe, 1999, p. 44.

[4]

Mark Mazower, Dark Continent: Europe’s Twentieth Century, Londres, Allen Lane, 1998 ; trad. fr., id., Le Continent des ténèbres. Une histoire de l’Europe au XXe siècle, Paris/Bruxelles, IHTP-CNRS/ Complexe, coll. « Histoire du temps présent », 2005.

[5]

George L. Mosse, Fallen Soldiers. Reshaping the Memory of the World Wars, New York, Oxford University Press, 1991.

[6]

Stéphane Audoin-Rouzeau, Annette Becker, « Vers une histoire culturelle de la première guerre mondiale », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, n°41, janvier-mars 1994, p. 5-8.

[7]

Enzo Traverso, À feu et à sang. De la guerre civile européenne (1914-1945), Paris, Stock, 2007.

[8]

Tony Judt, Après-guerre, une histoire de l’Europe depuis 1945, Paris, Armand Colin, 2007, p. 18.

[9]

Ibid., p. 19.

[10]

Bruno Cabanes, « Comment les soldats français sont sortis de la première guerre mondiale », Cahiers du Centre d’études d’histoire de la défense, n°24, 2005, p. 123.

[11]

Eric J. Hobsbawm, op. cit., p. 25-26.

[12]

Ibid., p. 45.

[13]

Jay Winter, Dreams of Peace and Freedom Utopian Moments in the Twentieth Century, New Haven & London, Yale University Press, 2006, p. 1. Traduction de l’auteur.

[14]

Horne John, « Guerres et réconciliations européennes au 20e siècle », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2009/4, n° 104, p. 3.

[15]

Holger Nehring et Helge Pharo, « Introduction: A Peaceful Europe? Negotiating Peace in the Twentieth Century », Contemporary European History, 17 (2008), p. 277-289.

[16]

James J. Sheehan, Where have all the Soldiers Gone? The Transformation of Modern Europe, Boston and New York, Houghton Mifflin, 2008.

[17]

Cf. l’« introduction » de Robert Frank, dans Pietro Causarano, Valeria Galimi, et al. (dir.), Le XXe siècle des guerres, Paris, Éd. de l'Atelier/Éd. Ouvrières, octobre 2004, p. 297.

[18]

Robert Frank, « Histoire et théories des relations internationales », in R. Frank (dir.), Pour l’Histoire des relations internationales, Paris, PUF, 2012, p. 46.

[19]

Peter van den Dungen et Lawrence S. Wittner, “Peace History: An Introduction”, Journal of Peace Research, vol. 40, n°4, 2003, p. 363–375.

[20]

Il existe néanmoins un ouvrage de synthèse de Maurice Vaïsse, La Paix au XXe siècle, Paris, Belin, 2004.

[21]

Voir à ce sujet les nombreux travaux produits par les historiens nord-américains, par exemple Sandy E. Cooper, “Pacifism in France, 1889-1914: International Peace as a Human Right”, French Historical Studies, vol. 17 n°2 (1991), p. 359-386 ; Michaël Clinton “Coming to Terms with ‘pacifism’: the French Case, 1901-1918”, Peace & Change, vol. 26, n°1 (2001), p.1-30 ; Norman Ingram, The Politics of Dissent: Pacifism in France, 1919-1939, Oxford, Clarendon Press, 1991 ; Carl Bouchard, Le citoyen et l'ordre mondial, 1914-1919 : le rêve d'une paix durable au lendemain de la Grande guerre, en France, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, Paris, Pedone, 2008.

[22]

Voir Laurent Barcelo, Paul d'Estournelles de Constant (Prix Nobel de la Paix 1909) : l'expression d'une idée européenne, Paris, L’Harmattan, 1995 ; Stéphane Tison (dir.), Paul d’Estournelles de Constant, Prix Nobel de la Paix 1909. Concilier les nations pour empêcher la guerre (1878-1924), Rennes, PUR, (à paraître en 2013).

[23]

Voir notamment Alexandre Niess, et Maurice Vaïsse (dir.), Léon Bourgeois, du solidarisme à la Société des Nations, Langres, Editions Dominique Guéniot, 2006 ; Marc Sorlot, Léon Bourgeois 1851-1925 : un moraliste en politique, Paris, Éditions Bruno Leprince, 2005.

[24]

Sur le cas d’Aristide Briand, voir les remarques de Jacques Bariéty, « Aristide Briand : les raisons d’un oubli », in Antoine Fleury (dir.), en collaboration avec Lubor Jilek, Le Plan Briand d’Union fédérale européenne, Berne, Peter Lang, 1988, p. 1-13 ; ainsi que Maurice Vaïsse, « Oublié, Briand ? La mémoire du « pèlerin de la paix » en France depuis les années 1960, in Jacques Bariéty (dir.), Aristide Briand, la Société des Nations et l’Europe, 1919-1932, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2007, p. 448-454.

[25]

Citons notamment Manfred F. Boemeke, Gerald D. Feldman, Elisabeth Glaser (dir.), The Treaty of Versailles. A reassessment after 75 years, Cambridge, Cambridge University Press, 1998 ; Michael Dockrill, John Fischer (dir.), The Paris Peace Conference, 1919. Peace without victory?, Basingstoke, Pelgrave, 2011 ; Margaret MacMillan, Les Artisans de la Paix, Paris, Livre de Poche, 2006 ; Norman A. Graebner et Edward M. Bennett, The Versailles Treaty and its Legacy. The failure of the Wilsonian Vision, New York, Cambridge University press, 2011. Signalons également sur le sujet la thèse en cours de Vincent Laniol sous la direction de Robert Frank (Université Paris-1).

[26]

Marc Bloch, L’Étrange défaite, Franc-Tireur, 1946, cité dans Maurice Vaïsse, « Le pacifisme français dans les années trente », Relations internationales, n°53, printemps 1988, p. 37.

[27]

Voir par exemple Olivier Christin, La paix de religion. L'autonomisation de la raison politique au XVIe siècle, Paris, Le Seuil, 1997 ; Dominique Barthélemy, L’An mil et la paix de Dieu. La France chrétienne et féodale (980-1060), Paris, Fayard, 1999 ; Claire Gantet, La paix de Westphalie : une histoire sociale, XVIIe-XVIIIe siècles, Paris, Belin, 2001 ; Nicolas Offenstadt, Faire la paix au Moyen-Âge. Discours et gestes de paix pendant la guerre de cent ans, Paris, Odile Jacob, 2005 ; Lucien Bély, L’art de la paix en Europe, Naissance de la diplomatie moderne, XVIe-XVIIIe siècle, Paris, PUF, 2007 ; Jean-Pierre Bois, La paix, histoire politique et militaire 1435-1878, Paris, Perrin, 2012.

[28]

Dictionnaire de l'Académie Française, Paris, 4èmeédition (1762), p. 283, disponible en ligne à l’adresse http://portail.atilf.fr/ dictionnaires/ACADEMIE/index.htm.

[29]

« État d’un pays qui n’est point en guerre », in Claude Augé (dir.), Petit Larousse illustré, 185e édition, 1922, p. 707.

[30]

« Introduction » dans La paix, textes choisis et présentés par Mai Lequan, Paris, Flammarion, 1998, p. 11.

[31]

Ibid., p. 12-13.

[32]

Ibid., p. 27.

[33]

Bruno Arcidiacono, Cinq types de paix. Une histoire des plans de pacification perpétuelle (XVIIe-XXe siècle), Paris, PUF, 2012, p. XVI.

[34]

Max Scheler, L’idée de paix et de pacifisme, Paris, Aubier, 1953. Voir aussi Olivier Agard, « Max Scheler et l'idée de pacifisme », Les cahiers Irice, 2/2011 (n°8), p. 137-158, [en ligne] http:// www.cairn.info/revue-les-cahiers-irice- 2011-2-page-137.htm.

[35]

Pour une présentation de ces différentes typologies, voir Carl Bouchard, op. cit., Paris, Pedone, 2008, p. 17-21.

[36]

Oliver P. Richmond, “Patterns of Peace”, Global Society, 20/4 (2006), p. 369 [Traduction de l’auteur] ; voir aussi Mikkel Vedby Rasmussen, The West, Civil Society and the Construction of Peace, Basingstoke, Palgrave, 2003, p. 16.

[37]

Jean-Pierre Bois, op. cit., p. 555.

[38]

Michael Howard, The Invention of Peace and the Reinvention of War, Londres, Profile, 2000, p. 1 [Traduction de l’auteur].

[39]

Voir Michael Howard, op. cit.

[40]

Robert Frank, “L’historiographie des relations internationales: des “écoles” nationales”, in R. Frank (dir.), Pour l’histoire, op. cit., p. 53.

[41]

Pierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle font du « sentiment pacifiste » l’une des forces profondes qu’ils étudient au huitième chapitre de leur Introduction à l’histoire des relations internationales, Paris, Armand Colin, 1991 (4e édition), p. 245-282.

[42]

Charles Humbert, L’Œuvre française aux colonies, Paris, Emile Larose, 1913, p. 24.

[43]

Michael Howard, op. cit., p. 7 [Traduction de l’auteur].

[44]

Voir Laurent Cohen-Tanugi, L’influence normative internationale de l’Union européenne : une ambition entravée, Les notes de l’IFRI, n°40, Paris, IFRI, 2002.

[45]

Serge Champeau, « Quand l’Union européenne se donnera-t-elle vraiment les moyens d’être un soft power ? », 21 novembre 2012, [en ligne]http://www.globernance.org/s-champeau-quand-l%E2%80%99union-europeenne-se-donnera-t-elle-vraiment-les-moyens-d%E2 %80%99etre-un-soft-power-2/

[46]

Discours prononcé par Richard Jones, ambassadeur de la Délégation de l’Union européenne pour la Suisse et la principauté du Liechtenstein, Berne, 10 décembre 2012, [en ligne] http://eeas.europa.eu/delegations/switz erland/documents/more_info/speeches/ 2012-12-0_speech_friedensnobelpreis.pdf [Traduction de l’auteur].

[47]

Maxime Lefebvre, « Comment mieux affirmer la diplomatie européenne ? », Fondation Robert Schuman, Question d’Europe n°202, 18 avril 2011, [en ligne] http://www.robert-schuman.eu/doc/ques- tions_europe/qe-202-fr.pdf

Résumé

Français

Depuis la fin de la Guerre froide, un important courant historiographique a proposé une analyse du passé européen profondément renouvelée, nous invitant à repenser l’histoire du vieux continent sous un jour nettement plus sombre. Toutefois les notions de « cultures de guerre » et de « brutalisation » mis en valeur par ces travaux historiques récents ne peuvent dispenser les historiens d’évaluer le rôle tenu par les imaginaires et les pratiques de paix dans les sociétés européennes des XIXe-XXe siècle et de déterminer ainsi les contours d’une « culture de paix » en Europe à l’époque contemporaine.

English

« EUROPE AND PEACE ». MILESTONES FOR A RE-EXAMINATION OF EUROPEAN HISTORY IN THE 19TH-21ST CENTURIES Since the end of the Cold War, a major historiographical trend has proposed an analysis of European past profoundly renewed, inviting us to rethink the history of the old continent in a much darker light. However, the notions of “war culture” and “brutalization” highlighted by these recent historical works do not dispense historians from examinating the role played by the representations and practices of peace in European societies in the nineteenth and twentieth centuries and thus from defining the outlines of a “culture of peace” in contemporean European history.

Plan de l'article

  1. L’histoire de l’Europe contemporaine EN DÉBAT
  2. LA PAIX, parent pauvre de l’histoire contemporaine
  3. « L’EUROPE ET LA PAIX », une histoire en chantier

Pour citer cet article

Guieu Jean-Michel, « Editorial : L'EUROPE ET LA PAIX. Jalons pour une relecture de l'histoire européenne des XIXe-XXIe siècles », Matériaux pour l’histoire de notre temps, 4/2012 (N° 108), p. 1-6.

URL : http://www.cairn.info/revue-materiaux-pour-l-histoire-de-notre-temps-2012-4-page-1.htm


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