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Méditerranée

2015/2 (125)


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Je voudrais dire sur Maurice des choses que nous pensons tous, sur son amitié et ses qualités humaines, sur ses rapports avec les autres, proches ou lointains.

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Je voudrais aussi dire combien dans sa vie professionnelle et scientifique, en particulier au sein de notre institut de géographie de l’université d’Aix-Marseille, il a été un enseignant et un chercheur de haute capacité, un compagnon de travail toujours compréhensif et entraînant.

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De l’homme de cœur qu’a été Maurice Jorda, de l’homme passionné mais d’une passion intellectuelle contrôlée par la raison, fidèle à ses très fortes convictions humanistes et sociales, à son communisme des « pères fondateurs », nous savons tous qu’il a toujours été constant et sûr.

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Sa passion de l’histoire, en général, et de celle de la Révolution de 1789-1792 surtout, à celle des crises du socialisme contemporain, cette passion a été partagée par lui avec ses amis dans des discussions éclairées par une constante volonté de tolérance.

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Ces discussions avaient souvent pour cadre leur belle maison de Bouc-Bel-Air, d’où, par les grandes verrières, ou depuis leur jardin, il observait les batailles des pies féroces et des écureuils, qu’il nous décrivait ensuite.

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Il a profondément aimé la nature, la nature provençale et, peut-être plus encore, la nature montagnarde des Alpes du Sud.

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Un souvenir inoubliable et très caractéristique pour ma femme et moi-même, est celui où, marchant vers 2 200 ou 2 400 mètres d’altitude dans des alpages et des pierriers de la Chaîne de la Blanche, quelque part derrière le Laverq, nous avons vu au-dessus de nous, dévalant les pentes, un personnage d’une surprenante agilité… « C’est Maurice ! » me suis-je écrié après quelques secondes d’observation. C’était bien lui, souriant et amical !

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Sa vie d’enseignant-chercheur ou de chercheur-enseignant a été d’une grande richesse et d’une grande productivité. Enseignant, il a passionné des générations d’étudiants, les entraînant, après les cours et les travaux pratiques, dans des sorties de terrain qui ont enthousiasmé non seulement les « géomorphologues » mais aussi les géographes dits « humains ».

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Car Maurice était un géographe « physicien » très ouvert aux autres disciplines, très interdisciplinaire. Il a beaucoup utilisé et pratiqué la géologie, particulièrement celle du Quaternaire, la climatologie et les « ambiances climatiques » passées et présentes. Il a beaucoup étudié l’environnement végétal, et spécialement la forêt dans ses avancées puis ses reculs successifs. Il a utilisé l’hydrologie : les accidents climato-hydrolographiques si fréquents dans les montagnes duranciennes, la Bléone et le Verdon. Les crues et leurs conséquences, les glissements de terrain, ont été longuement étudiés par lui. Et aussi, de façon très significative, les sciences humaines : la géographie rurale et le monde paysan producteur et destructeur de paysages ; l’histoire en général, aussi bien celle des hommes des millénaires passés, du Paléolithique à l’âge du bronze et du fer avec l’anthropisation croissante des espaces, que celle du présent avec le grand recul humain paysan.

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Toutes ses recherches ont été menées solitairement mais aussi, et beaucoup, en collaboration, dans le cadre d’études concertées avec des collègues « physiciens » et morphologues, en particulier avec Mireille Provansal et Jean Vaudour ou avec des archéologues et des préhistoriens comme André d’Anna ou André Müller, avec des chercheurs étrangers, en particuliers allemands.

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Maurice a toujours été, dans le cadre du « Laboratoire de géographie physique », dirigé par son « patron » et maître initial Pierre Gabert, un collègue et ami que l’on aimait à trouver et retrouver dans notre « monde » géographique de l’institut de géographie – ou ex‑Institut – d’Aix en Provence.

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À sa femme, à ses enfants, nous disons toute notre peine.


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