Mil neuf cent
Société d’études soréliennes

I.S.B.N.sans
210 pages

p. 27 à 41
doi: en cours

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Y a-t-il des tournants historiques ? 1905 et le nationalisme : La problématique

n° 19 2001/1

2001 Mil neuf cent Y a-t-il des tournants historiques ? 1905 et le nationalisme : La problématique

Tournant, inflexions, ruptures : le moment internationaliste

Anne Rasmussen
 
1900. Le tournant internationaliste est-il pensable ?
 
 
À questionner l’existence d’un moment nationaliste qui connaîtrait le point haut de son étiage dans la première décennie du xxe siècle, on rencontre fatalement un faisceau d’éléments qui semble résister à l’hypothèse : l’internationalisme. Faut-il l’interpréter comme structure pérenne de longue durée – n’en est-il pas en effet question, sous des désignations diverses, depuis le xviiie siècle ? – à l’image des structures braudéliennes qui « deviennent des éléments stables d’une infinité de générations : elles encombrent l’histoire, en gênent, donc en commandent l’écoulement [1] », ou bien au contraire faut-il y voir l’objet temporaire d’un regain, d’un point d’orgue situé, d’une mutation circonstancielle, qui suscite des interrogations en tout point semblables à celles que fait naître le nationalisme ?
La notion de « tournant », quand on l’applique à l’internationalisme du début du xxe siècle, présente une valeur heuristique toute particulière. Si l’on invoque un changement d’âge intellectuel, deux tournants peuvent être discutés.
Premier tournant, celui qui ferait advenir la succession – est-elle d’ordre logique, d’ordre chronologique ? – entre un moment internationaliste et un moment nationaliste et qui contribuerait à résoudre la contradiction dialectique entre les deux termes. S’agirait-il d’une authentique rupture, d’un tournant ou de simples inflexions entre la perception de l’unification mondiale, technique, intellectuelle et idéologique, et l’affirmation de la différenciation culturelle et nationale croissante que la Grande Guerre rendrait ensuite manifeste ?
Second tournant, celui qui interviendrait au sein même de la notion d’internationalisme, et qui distinguerait – c’est une des hypothèses développées ici – deux âges, en tension, de l’internationalisme, avec leurs caractéristiques propres qui se déclinent, successivement, dans la première décennie du siècle autour d’une charnière chronologique que l’on situera dans les années 1905-1907.
La discussion sur la notion de tournant est également stimulante parce qu’elle résonne de manière réflexive. Elle mobilise les catégories des historiens : elle fournit une béquille historiographique à qui fait profession de penser le changement et qui, étudiant les années d’avant-guerre, doit intégrer les pratiques internationalistes dans l’analyse classique d’une Europe en proie à l’exacerbation des nationalismes, au seuil de la période des « guerres en chaîne » quand chaque secteur d’activité se fait le relais des conflits d’intérêts, des compétitions et des impérialismes nationaux. L’analyse historique a besoin d’outils intellectuels pour rendre compte de la possibilité même de la Grande Guerre et de l’explosion des passions qu’elle suscite entre élites nationales. Rétrospectivement, la spectaculaire désagrégation des formes de l’internationalisme pendant la guerre jette un soupçon radical sur les discours et les comportements d’avant le conflit et la tentation est grande de les réduire à des manifestations rhétoriques sans profondeur sociale.
En même temps, cette notion de tournant s’inscrit au cÅ“ur même des catégories des acteurs, des contemporains du début du siècle : parce que la notion d’internationalisme, encore davantage que celle de nationalisme, fait intervenir un prosélytisme, des formes de militantisme : ce sont des combats que l’on mène pour assurer la domination d’idées, de pratiques, pour susciter la rupture, le changement ou l’avènement de nouveaux paradigmes. Alors qu’il existe en effet, de longue date, la nation sous le nationalisme, nulle « Internation », selon le mot forgé par Péguy dans un article de la Revue Blanche en 1899 [2], ne fonde encore l’internationalisme. Celui-ci ne se caractérise que par une seule « tension vers », un « être-pour », c’est-à-dire par un investissement dans le futur. Tel est le canon de l’action internationale selon Jaurès : « Dans les réunions internationales du prolétariat socialiste, les hommes […] vivent déjà, par une sorte d’anticipation passionnée, dans l’humanité future [3] » – un canon qui n’est pas propre au mouvement ouvrier, mais partagé par de multiples formes fédératives. L’internationalisme est ainsi fondamentalement une notion inscrite dans le temps : elle est avant tout vision de l’avenir, qu’elle prenne la forme de l’eschatologie révolutionnaire ou de la téléologie de la société mondialement unifiée par les sciences et les techniques qui ne manquera pas, on en est sûr, de se réaliser dans les termes de l’internationalisme scientifique, politique ou juridique. Projetée comme ce qui va inéluctablement devenir dominant, la notion intègre ainsi intimement l’idée même de tournant, de rupture avec l’état précédent.
L’avènement d’un tournant ne peut toutefois se penser que dans les termes dont disposent les contemporains pour l’analyser. Deux sources d’inspiration majeures alimentent au xixe siècle les manières de penser le changement dans l’ordre intellectuel. Première source, la référence naturaliste, structurée par le paradigme de l’évolution et qui déploie tout l’outillage intellectuel des métaphores de l’organisme [4]. En est issue une vision du temps progressiste, qu’elle inscrit dans une courbe cumulative de l’accroissement. Celle-ci permet différentes représentations du changement : la somme arithmétique des faits qui s’ajoutent les uns aux autres, où les scansions prennent place dans un temps linéaire et continu, mais aussi, son négatif, la discontinuité radicale de l’histoire intellectuelle qui verrait se succéder des périodes de développement explosif du progrès et des périodes de stagnation et de glaciation, au gré des interventions extérieures d’un nouveau protagoniste dans le jeu de la nature, l’environnement. La référence organique fournit une grille de lecture invoquée de manière centrale dans la compréhension du développement scientifique, alors emblématique du changement intellectuel :
Les idées peuvent sembler revenir sans cesse au même point du spectre intellectuel. Mais on trouvera toujours que les idées ont atteint un niveau plus élevé et qu’elles se sont mues non dans un cercle, mais dans une spirale […] La croissance de la science est celle d’un être vivant. Comme dans un embryon, une phase suit une autre phase, et chaque membre ou chaque corps se présente successivement sous des apparences différentes, bien qu’ils soient tout le temps le même membre ou le même corps, ainsi la conception scientifique d’une époque semble différer de celle de l’époque suivante [5].
Deuxième source de métaphore, la référence politique a amplement nourri au xixe siècle une pensée de la rupture radicale, de la discontinuité temporelle, celle de la révolution, qui en vient à être identifiée à la manière française de vivre le changement historique. Mais le paradigme politique s’inscrit lui aussi dans les horizons du progrès et de la décadence, auxquels Mil neuf cent a naguère consacré un dossier [6].
Ainsi, la notion de tournant est-elle indissociable des processus de mutation des « régimes d’historicité » qui rendent signifiante, comme l’ont montré les travaux de François Hartog et de Paul RicÅ“ur, la transformation du rapport d’une société avec le temps historique. Le « moment 1900 » n’échappe pas à cette injonction que font peser les représentations et les cadres intellectuels dont dispose une époque sur la manière de vivre l’histoire.
 
Du climat à la structure
 
 
Les contributions réunies dans ce dossier sur le tournant intellectuel discutent de la pertinence d’un moment historique unifié par l’existence de caractéristiques communes qui témoigneraient d’une emprise nationaliste. À celle-ci ne correspond nullement une déprise internationaliste. Au contraire, le quart de siècle qui précède la guerre identifie clairement une séquence où la référence internationale s’impose et caractérise ce que les historiens d’alors identifiaient comme un âge au sens d’Auguste Comte, une époque dans l’acception péguyste, ou un moment selon le terme adopté par Taine dans sa recherche d’une théorie des lois en histoire, moment défini comme une période connaissant un développement organique, qu’il associe à la définition de milieux et de races. Au tournant du siècle, l’avènement d’une nouvelle échelle de l’espace de circulation est devenue pensable, croyable, représentable. Cette invasion de la référence internationale, on peut la cerner par la perception qui s’en manifeste, dans des strates de la société et des sphères de pensée très diverses. En témoigne, par exemple, le mathématicien Gaston Darboux, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, dans le Journal des savants de janvier 1901 :
Si quelque amateur de statistique cherchait à faire le compte des mots qui, au cours de l’année 1900, ont été employés le plus grand nombre de fois, je crois que des recherches, même superficielles, le conduiraient à mettre en bon rang sur la liste le mot international [7].
La première décennie du siècle reproduira à l’envi dans la presse le leitmotiv : qu’elle se fasse sur le mode de la célébration optimiste :
Comme un fil rougi, le désir d’une entente internationale sur tous les domaines de la vie traverse la société actuelle. Ce désir a été réalisé en partie : la poste, le télégraphe, le chemin de fer, la navigation, le commerce et tant d’autres branches de l’activité humaine appartiennent au domaine international et fonctionnent de façon internationale. Il s’agit à présent de diriger l’élément intellectuel, l’art et la science, dans la voie de la concentration internationale [8].
Ou sur le ton de la déploration réactive vilipendant le mondialisme, rouleau compresseur de l’âme nationale qui se dissout dans un grand tout international indistinct et acculturé. C’est l’état d’esprit de Barrès dès 1892 : « Cela est certain, nous allons vers une culture qui sera plus cosmopolite que nationale ». Bref, le sociologue belge de l’Université nouvelle de Bruxelles, Guillaume de Greef, peut en faire le constat en 1904 : les sociétés sont entrées dans « l’ère de la mondialité [9] » et la presse entérine : « Nous nageons aujourd’hui en plein internationalisme », « l’internationalisme est en marche et il ne reculera devant aucune conquête » [10]. On pourrait multiplier les citations, elles révéleraient un outillage mental cher à Lucien Febvre, signalé par « tout ce qui la distingue des époques précédentes » et fabriqué « avec tous les matériaux dont elle dispose » [11] où, à n’en pas douter, ici, l’international jouerait un grand rôle. Mais l’accumulation de citations, aussi nombreuses soient-elles, ne saurait suffire à attester de représentations dominantes, car nulle représentativité ne saurait être ici invoquée. Les acteurs de l’internationalisme ne manquent pas de le mentionner, tel Robert Michels qui récuse en 1909 toute réalité internationaliste dans les partis ouvriers et met en cause l’élitisme qui en est au fondement : « De nos jours, l’internationalisme n’a une valeur de réalité que dans les cerveaux d’une mince minorité d’hommes supérieurs [12] ». Le tournant ne se manifeste pas par une onde de changement qui glisserait uniment et partout à la même allure. Il faut restituer à la notion d’internationalisme que les contemporains utilisent sa complexité. Elle est multiforme, contradictoire souvent, mêlant les définitions, passant de l’une à l’autre, désignant échanges internationaux, coopération, solidarité, universalisme, circulation, influences, emprunts, transferts. Ce sentiment diffus repose sur une pierre angulaire : un sentiment très largement partagé de l’inexorabilité et de la nécessité du processus d’internationalisation. « Tout cela peut de nos jours encore paraître une utopie, mais l’évolution se dirige indubitablement dans ce sens [13] ». Dans la rhétorique commune, l’internationalisme est de l’ordre du fait : c’est avant tout une pratique. Tel est le propos du moraliste laïque Ferdinand Buisson, dans un rapport qu’il présente au congrès de la paix de Lille en 1905 :
À un grand fait mis en lumière par le xixe siècle s’ajoute et s’oppose aujourd’hui de plus en plus un autre grand fait. Au principe des nationalités vient faire contrepoids le principe plus nouveau de l’internationalité […]. Nous devons simplement [le] constater comme un fait, comme un moment de l’histoire des sociétés humaines sur la terre [14].
Ainsi le concept d’internationalisme est intégré dans une vision historique globale guidée par la flèche du progrès. Il est une étape dans le futur esquissé des sociétés et le signe de leur marche en avant. Alors qu’un siècle plus tôt, pour Condorcet préoccupé par le devoir de diffusion des savoirs des Lumières, l’histoire constituait l’espace privilégié dans lequel se déployait le pouvoir de connaissance de l’homme, au début du xxe siècle, c’est désormais l’espace géographique et territorial – l’au-delà des frontières – qui fournit la première référence à cette mise en valeur de nature intellectuelle.
Ce qui nous intéresse ici, ce sont les mécanismes à l’Å“uvre dans la formation du lieu commun, au sens strict, car ce topos est aussi un espace collectif. Quels intermédiaires culturels sont sollicités ? Comment coexistent-ils avec la perception d’un moment « national » ? On peut appliquer à l’étude de l’internationalisme la méthode que Marcel Mauss préconisait, à la même époque, en 1904, pour construire une sociologie des faits religieux :
Il n’y a pas, en fait, une chose, une essence appelée Religion : il n’y a que des phénomènes religieux, plus ou moins agrégés en des systèmes qu’on appelle des religions et qui ont une existence historique définie, dans des groupes d’hommes et dans des temps déterminés [15].
L’objectif devient ainsi de montrer l’adéquation entre des pratiques culturelles et des idées qui s’élaborent au sein même de ces pratiques. Dans cette perspective, le tournant, notion qui permet d’intégrer la durée et une part de continuité dans la discontinuité, est moins à rechercher dans la chronologie – même si celle-ci rend lisible la somme des inflexions en les cristallisant –, que dans les déplacements qui s’opèrent dans la configuration de l’internationalisme, du politique à la sphère culturelle, du culturel au politique.
Énonçons brièvement quelques résultats de cette enquête appliquée aux diverses manifestations de l’internationalisme [16]. Les années 1890 avaient apporté un changement de climat : en la matière, les Å“uvres littéraires sont souvent explicites. Les écrivains mettent en scène la « société internationale », de Henry James, avec son roman Un épisode international, à Paul Bourget, avec Cosmopolis, « roman de vie internationale », qui décrit en 1893 la société cosmopolite mondaine et nobiliaire qui prend résidence autour des lacs de Suisse et voyage à travers les salons des grandes capitales européennes.
Dans la décennie suivante, telle n’est plus l’acception classique que recouvre l’expression « vie internationale ». Gaston Darboux n’envisage plus des personnes ou des genres de vie mais des structures : l’exposition universelle de 1900, les congrès internationaux et les offices qui en sont les organes permanents, l’organisation associative pour la coopération intellectuelle et scientifique, les projets d’exhaustivité bibliographique (classification, catalogage, accessibilité) [17] ou la création de superstructures expertes comme celles dont l’acte de naissance date de 1901, l’Association internationale des Académies et le système des prix Nobel [18].
 
Le tournant organisateur
 
 
Cette nette inflexion qu’on pourrait qualifier de « tournant organisateur » affecte en effet les trois références majeures qui constituent l’horizon de l’internationalisme des premières années du xxe siècle : le politique, l’universel humanitaire et juridique, la science et toutes les pratiques intellectuelles qu’elle recouvre.
Dans le domaine du politique, c’est bien sûr la Deuxième Internationale qui est emblématique de l’effort internationaliste [19]. En action depuis 1889, elle s’incarne dans les congrès de 1900, 1904, 1907 et 1910 et se dote dans la première décennie du siècle de structures organisationnelles : le Bureau socialiste international, créé en 1900, assure à partir de la nomination de Camille Huysmans au poste de secrétaire, en 1905, la continuité des activités de l’Internationale dans l’intervalle des congrès, et la Commission socialiste interparlementaire, dès 1904, a pour tâche de coordonner les activités parlementaires socialistes du monde entier [20]. Le mouvement ouvrier ne forme pas le tout de l’internationalisme politique. Les courants d’ambition universelle investissent le cadre international : chacun scelle son identité en se fédérant par-delà les frontières dans de grandes organisations structurées, en réunissant des congrès ou en formant des ligues internationales : libres-penseurs depuis 1880 (Fédération internationale de la libre-pensée), sionistes en 1897 (premier congrès sioniste international et Organisation sioniste internationale, à Bâle), francs-maçons en 1902 (Bureau international des relations maçonniques, qui succède au premier congrès maçonnique international de 1889), positivistes en 1908 (premier congrès positiviste international), pour ne rien dire des universalismes religieux qui font du cadre international leur horizon « naturel » et réactivent diverses formes collectives, depuis le Parlement des religions réuni à Chicago en 1893 jusqu’aux manifestations religieuses tenues à l’exposition de Saint-Louis en 1904.
Dans la sphère de l’universel humanitaire, l’internationalisme désigne ici tout le courant d’organisation juridique de la vie internationale qui, au nom d’une morale universelle, a pour ambition la formation d’une société de droit entre les nations et développe à cette fin des instruments juridiques comme la création d’instances « supranationales » (le terme apparaît en 1901). Les conférences de La Haye, en 1899 et 1907, sont les premières tentatives de régulation de ce droit nouveau. La deuxième conférence internationale de la paix, en 1907, réunit quarante-quatre États et se préoccupe de codifier le règlement arbitral des conflits [21]. Cet universel à fondement juriste s’inscrit aussi dans l’émergence d’un internationalisme expert et technicien, qui a vu le jour à partir des années 1870, dans des conventions signées entre États réunissant leurs représentants officiels dans des « unions administratives internationales » ou des « bureaux internationaux » de coopération fonctionnelle. De multiples groupements d’intérêts, sur l’unification internationale des vis et filetages, l’écartement des voies ferrées, le gabarit des voitures, la répression de la traite des blanches, la défense sanitaire, le système postal et télégraphique, ou la propriété littéraire et artistique, ont ainsi donné lieu à des interventions publiques, dans le contexte général de l’aménagement technique du globe. Les conférences intergouvernementales, initialement à caractère diplomatique, instituent des bureaux dont la gestion devient ensuite strictement administrative, sous le contrôle des délégués des offices techniques. Les ambassadeurs se retirent et les bureaux deviennent des organes de renseignements servant de liaison entre les offices nationaux, sans pouvoir décisionnel. Dans la première décennie du siècle, ceux-ci se multiplient, pour atteindre le nombre de cinquante-six dans l’avant-guerre, dont les fonctionnaires internationaux reçoivent leurs subsides des États.
Dans l’univers scientifique également, la mutation, quantitative autant que qualitative, est ici clairement identifiée dans la première décennie, avec le passage d’un seuil très lisible autour de 1905. Les symptômes en sont : l’explosion du nombre des associations internationales scientifiques et de coopération intellectuelle de 1905 à 1914, tandis que, dans le même temps, les sociétés savantes nationales connaissent un spectaculaire repli [22] ; la floraison de nouvelles formes de communication, des congrès aux revues, qui se déploient non seulement en réponse à des processus savants liés aux disciplines, mais aussi autour de la notion en plein essor de travail intellectuel qu’il s’agit d’adapter aux nouvelles conditions de la société internationale [23]. Ces théories de l’organisation mêlent divers ordres : une conception universaliste, affichée comme idéologie de la science, une méthode (normalisation des objets techniques, centralisation des procédures, systématisation de la documentation), sa matérialisation (des services, des collections), un réseau fondé sur la multiplication d’institutions similaires devant s’étendre à tous les lieux et à toutes les spécialités. Pour le dire brièvement, un passage du paradigme de la circulation des savoirs à celui du rendement de l’information, définissant l’objectif d’un monde de la science contrôlé et totalement organisé.
Mais ces mutations ne sauraient se réduire à la création de structures. Même quand elles sont limitées à d’étroits cercles, elles aspirent toutes à la création de groupes d’opinion, de solidarités informelles, de milieux militants. Surtout, elles tendent à proposer leur projet organisateur en modèle pour la cohésion de l’ensemble de la société. « L’humanité tend de plus en plus à former une vaste association » souligne le prix Nobel de chimie Wilhelm Ostwald en 1910. Le fonctionnement de l’internationalisme est proposé comme modèle universel à la société mondialisée et l’association comme principe organisateur d’ensemble, suscitant un besoin impérieux de coordonner, d’unifier, de régler et de lutter contre les excès de la différenciation et des désordres qu’ils entraînent. L’État professionnel international a déjà ses cadres, mentionne Maxime Leroy en 1910, « il manque à ces résultats d’être coordonnés, concentrés, subordonnés les uns aux autres sur la double base du minimum d’effort et du maximum de rendement [24] ». À la faveur du succès des théories organicistes, ressurgit la vieille idée de l’unité dans la multiplicité. La cohésion des cellules organiques, inégales et différentes, s’organise sous forme d’une coordination dynamique et finaliste dans un tout social unitaire : la division du travail, la différenciation des fonctions, la concentration des activités spécialisées sont autant de signes distinctifs du progrès, qui emprunte la forme privilégiée de l’internationalisation. L’internationaliste est défini par la fonction qu’il remplit dans le groupe mondial auquel il appartient. La relation qui unit d’abord le savant à sa communauté professionnelle, puis, extrapolée à la société internationale, de l’individu au groupe, est réélaborée par un nouveau lien social fait de solidarité et de sociabilité. Celui-ci, de fondement tout intellectuel, ne remet cependant en cause à aucun moment le lien national.
 
Inflexions et ruptures : le tournant des langues internationales
 
 
Un seul exemple sera brièvement exposé ici à l’appui de ce tournant organisateur, celui de la langue. Les liens étroits qui unissent langue et nation sont manifestes en 1900. Comme le souligne Jaurès, la nation est non seulement le cadre et le support de la langue qui en est son émanation culturelle, mais l’histoire du xixe siècle a en outre montré que la langue avait constitué un noyau dur du développement des nationalismes. De nombreux mouvements de résurrection de langues disparues, de rénovation culturelle, ou même de constructions linguistiques nouvelles, en concurrence et en opposition aux langues dominantes, celles des puissances impériales et coloniales, ont alimenté l’affirmation des nationalités [25] et l’élaboration des « communautés imaginées [26] ». À son tour, subvertissant les catégories symboliques de la nation, l’internationalisme se saisit de la langue, afin de pourfendre ce qui est perçu, non sans fondement, comme un babélisme croissant. Plusieurs argumentaires sont associés dans ce combat contre la multiplicité des langues, vécue comme anarchie dommageable au bien commun. Il s’agit de rendre possible la communication pour favoriser l’entente entre les nations, selon l’idée chère au xviiie siècle que l’ignorance engendre l’incompréhension mutuelle, la disharmonie, voire l’affrontement :
L’usage d’une langue internationale ne servirait pas seulement à rompre les difficultés de la communication internationale, elle finirait pas étendre celle-ci, et par elle les relations commerciales, puis les haines internationales finiraient par s’adoucir, ne pas se comprendre étant le premier des malentendus. Avec la haine tendrait à disparaître la guerre. La langue internationale serait donc le plus puissant instrument pour une nouvelle campagne de civilisation [27].
Il s’agit aussi de répondre à la demande fonctionnaliste nouvelle que fait émerger la multiplication des échanges de toute nature, en proposant des vecteurs adaptés à cette communication. On déplore, comme le mathématicien Charles Méray, que les Européens soient « séquestrés intellectuellement par la diversité des langues [28] ». A contrario, l’adoption d’une langue commune doit « répondre au besoin, tous les jours plus impérieux, d’intercompréhension, besoin accru sans cesse par les rapprochements matériels fournis par la science (trains rapides, téléphone, télégraphie sans fils) [29] ». Dans la première décennie du siècle, au carrefour de milieux multiples, se dessine ainsi une conjoncture intellectuelle particulièrement propice au débat sur la langue internationale, qui connaît un retentissement social certain. À la manière d’autres manifestations de l’internationalisme, la langue internationale n’est pas identifiée au nombre des utopies ou des anticipations chères au tournant de siècle, mais elle nourrit au contraire la conviction commune que sa réalisation est d’un avènement inéluctable, dans un proche avenir. Ses prosélytes se recrutent non seulement dans le militantisme socialiste ou anarchiste mais aussi, et surtout, dans des milieux numériquement plus fournis, ceux de la science, de l’éducation, des professions techniques, du tourisme, voire même de l’armée. « L’on peut dès à présent croire au succès de la langue internationale auxiliaire, dont la diffusion résoudrait toutes les difficultés », mentionne parmi bien d’autres la Revue internationale de l’enseignement en 1909 [30]. Cette cristallisation intellectuelle se traduit par un mouvement sans précédent de créations de nouvelles langues, qui se veulent auxiliaires, c’est-à-dire secondes par rapport à la langue maternelle, et internationales, compréhensibles par tous. Près de 120 projets voient ainsi le jour des années 1880 à l’avant-guerre, qui sont tous en concurrence car, de langue véhiculaire internationale, il ne peut y en avoir qu’une seule. L’idée même de langue internationale étant peu remise en question, les questions qu’elle suscite portent sur les modalités du choix de celle-ci – voie privée ou voie publique, recours à l’arbitrage international – et sur l’évaluation des mérites respectifs des divers types de systèmes de langue possibles, langue artificielle, comme le volapük, ou langue empruntant au fonds commun des langues dites « naturelles ».
Comme dans d’autres domaines d’application de l’internationalisme, on peut observer que cette question de la langue internationale subit de sensibles transformations lors du tournant organisateur, entre le milieu de la première décennie et les années 1910. Ayant conscience que l’adoption idéaliste d’une langue ne pourrait fonctionner sans que son usage ne corresponde à des préoccupations d’intérêt politique, économique ou professionnel, et surtout sans qu’elle soit profondément ancrée dans une histoire ou un territoire (condition qui permet dans le même temps le succès, encore infime, de l’hébreu renaissant), les militants de la langue internationale ont cherché deux types d’enracinement, auxquels correspondent deux manières de penser l’internationalisme, et dont chacun connaît, successivement, son moment privilégié au cours de la première décennie du siècle.
Le premier internationalisme linguistique se cristallise avec le succès du mouvement espérantiste. Après le reflux patent des projets de langues entièrement artificielles, que l’échec du volapük manifeste dès 1890, l’espace intellectuel est libre pour l’entreprise espérantiste. Celle-ci prône une langue qui est le fruit d’une création – celle de l’homme providentiel de l’espérantisme, le Docteur Zamenhof – dont la quintessence est l’internationalité : son lexique, pensé comme patrimoine commun des nations, est composé de racines qui empruntent aux langues latines, germaniques et slaves et ses principes grammaticaux sont animés par la recherche de la plus grande simplicité, gage d’un apprentissage rapide et accessible à tous. L’idéal dépasse ici clairement la communication langagière, affirmant une profession de foi mondialiste, prônant l’adhésion à une morale internationaliste, à un ensemble de valeurs qui ont tendance à s’ériger en principe spirituel. Ainsi, avec la portée sociale incontestable de la nouvelle langue, apparaît la notion de « peuple espérantiste », exprimant la communauté idéale, modèle de la société future, non sans analogie avec le peuple élu : « un peuple international, disséminé sur toute la terre, […] une supernation installée au sein des nations [31] ». De la même façon que l’identité nationale est traditionnellement investie dans une langue, bien au-delà du simple désir de communication, il s’agit là d’inventer une identité internationale qui se reconnaîtrait dans la langue auxiliaire. Alors que les associations qui font de leur objectif la recherche d’une langue internationale la fondent sur la coordination d’intérêts et de projets communs (la langue est en aval et non plus en amont de la relation), la doctrine espérantiste dépasse l’idéal interlinguiste traditionnel d’une communication réussie pour placer au cÅ“ur de la langue son « idée interne », selon la formule chère à ses adeptes. Dans l’espérantisme, au terme de l’évolution, la langue fait la communauté et devient elle même la relation sociale.
Le second internationalisme linguistique, en forte concurrence à partir de 1905 avec le précédent, est mis en valeur tout particulièrement chez les adeptes d’un espéranto réformé, l’ido. Ceux-ci revendiquent une méthode et un usage scientifiques de la langue internationale. Tentant de s’identifier à une nomenclature scientifique qui fonde une correspondance univoque entre le signe et l’idée, inspirée de la combinatoire leibnizienne, cette langue a pour ambition d’être le produit et l’instrument de la communauté savante. Loin du culte de l’immédiateté espérantiste, l’ido est fondé sur la confiance en la rationalité scientifique et tire son origine de l’attribution aux « savants de profession [32] » de la prérogative qui consiste à établir le langage, selon un modèle saint-simonien ou comtiste. Logiciens, philosophes, mathématiciens, linguistes, sous la conduite du philosophe Louis Couturat, spécialiste de Leibniz, se font les défenseurs de cette langue, fondée sur un système de dérivation purement logique : « Par son système de dérivation comme dans le reste de sa structure, la langue internationale n’est pas autre chose qu’un extrait purifié et idéalisé, une quintessence des langues européennes [33] ». L’ido s’appuie sur la conviction d’un rôle prospectif de la langue, destiné à construire l’avenir de la communauté internationale. Elle doit être affranchie des contraintes de la tradition, des « mauvaises habitudes » du passé, qui affectent tout langage national. Les retombées profiteront plus tard au plus grand nombre, irrésistiblement gagné au modèle social éclairé des scientifiques. Elle participe de la sorte totalement de l’utopie organisatrice et de la croyance en la rationalité fondamentale de l’activité des hommes et de leurs créations, liées à la recherche de l’efficacité par la communication, au rendement scientifique par l’économie et la simplification des formes, et par là à l’idéologie énergétiste.
Robert Castel, analysant un texte de Michel Foucault, appelait dans sa suite à penser le changement sur un mode non évolutionniste. La notion de tournant, qui articule la valeur temporelle du changement à l’idée de système de représentation, à un moment dominant, aide à le penser. Rappelons, au risque de simplifications, quelques conclusions que son application à l’internationalisme du premier xxe siècle peut inspirer.
1. Plutôt que de tenter d’identifier un tournant fondé chronologiquement, il semble plus fructueux d’opérer des déplacements restituant des logiques intellectuelles, au détriment d’une vision étroitement idéologique qui conduirait à s’en tenir à l’internationalisme socialiste.
2. Ce serait par conséquent une illusion rétrospective que d’établir le tournant, ou la rupture, d’un moment dominant internationaliste à un paradigme nationaliste qui prendrait le dessus à un moment donné. Les deux coexistent parce qu’ils se fondent sur des univers mentaux distincts. Au fondement de cet internationalisme – qui, répétons-le, a peu à voir avec ses formes prolétariennes –, on ne trouve pas un rejet du cadre ni de l’idée nationale, mais un autre ordre intellectuel. Quelques traits le caractérisent : la définition d’un espace de circulation, de la marchandise autant que des savoirs – espace international, mais non pas mondial : limité à l’Europe augmentée, à partir de la première décennie surtout, des États-Unis ; des formes d’échange intellectuel ; une communauté internationale élargie certes par rapport au cadre national, mais restreinte à des élites limitées, qui recréent de petites sociétés de sociabilité, fondées sur l’interconnaissance, dans la crainte d’être dissoutes dans la professionnalisation de masse de l’activité intellectuelle et scientifique ; un idéal enfin, là encore marqué d’un sceau passéiste, d’unification des savoirs en butte à la spécialisation, pour lesquels l’espace international peut offrir l’espoir du champ unifié de leur recomposition unitaire.
3. Dans ces conditions, la mesure d’un tournant peut être mise en Å“uvre dans une dynamique propre à l’idée internationale. Le tournant organisateur qui l’affecte voit le passage d’un internationalisme mondialiste et affectif, sentimental, voire idéologique et pacifiste, à un internationalisme scientifique, rationalisateur, énergétiste, visant le rendement intellectuel dans un espace géographique au-delà des frontières.
4. Toutefois, Fernand Braudel le soulignait, les représentations mentales « sont aussi prisons de longue durée ». Un des carcans dont on est ici le plus dépendant, et peut-être prisonnier, c’est l’aspect presque entièrement discursif des pratiques qui entrent en jeu dans l’internationalisme, du fait de sa projection exclusive dans le futur. C’est-à-dire des pratiques qui nécessiteront un saut qualitatif radical lors du passage à la guerre, qui fera quitter, cette fois, l’ordre des discours, pour entrer dans celui de l’atteinte portée aux corps.
 
NOTES
 
[1]Fernand Braudel, cité in Jacques Revel (ed.), Fernand Braudel et l’histoire, Paris, Hachette littératures, coll. « Pluriel », 1999, p. 16.
[2]1er février 1899, Œuvres en prose complètes, Paris, Gallimard, coll. « La Pléiade », I, 1987, p. 189.
[3]Jean Jaurès, « L’action internationale », la Petite République, 19 mars 1899, in Action socialiste. Première série, Paris, Georges Bellais, 1899, p. 556.
[4]Voir Judith E. Schlanger, Les métaphores de l’organisme, Paris, J. Vrin, 1971, et Isabelle Poutrin (dir.), Le xixe siècle. Science, politique et tradition, Paris, Berger-Levrault, 1995.
[5]Sir Michael Foster, « The Growth of science in the Nineteenth century », Annual Report of the Smithsonian Institution for 1899, Washington, 1901, p. 175.
[6]Progrès et décadence, Mil neuf cent. Revue d’histoire intellectuelle, 14, 1996.
[7]Gaston Darboux, « L’Association internationale des Académies », Journal des savants, janvier 1901, p. 11.
[8]Courrier de la Conférence de la paix, juin 1907.
[9]Guillaume de Greef, L’ère de la mondialité. Éloge d’Élie Reclus, Bruxelles, Rousche et Feron, 1904 ; voir aussi Maxime Leroy, « L’ère de la mondialité », Grande Revue, 10 mai 1910, p. 193-196.
[10]« Internationalisme », Journal du Jura, 1er octobre 1908.
[11]Lucien Febvre, Le problème de l’incroyance au xvie siècle. La religion de Rabelais, Paris, Albin Michel, 1968, p. 12.
[12]Robert Michels, « La politique étrangère et le socialisme », le Mouvement socialiste, mai 1909, p. 333.
[13]Rodolphe Broda, « Vers la Fédération universelle », les Documents du progrès, 2, 1908, p. 618.
[14]Ferdinand Buisson, « Rapport présenté au Congrès de la paix de Lille, avril 1905 », in F. Buisson, un moraliste laïque, Paris, Alcan, 1933, p. 119.
[15]Marcel Mauss, Œuvres. Les fonctions sociales du sacré, Paris, Éd. de Minuit, 1968, p. 93-94.
[16]Pour plus de développements, voir Anne Rasmussen, L’Internationale scientifique 1890-1914, thèse de doctorat, Paris, EHESS, 1995.
[17]Création de l’Institut international de bibliographie à Bruxelles en 1895.
[18]Voir Brigitte Schroeder-Gudehus, « Division of labour and the common good : the International Association of Academies, 1899-1914 », in C.G. Bernhard et al. (dir.), Science, Technology and Society in the Time of Alfred Nobel, Nobel symposium 52, Oxford, Pergamon Press, 1981, p. 3-20 ; Elisabeth Crawford, La fondation des prix Nobel scientifiques, 1901-1915, trad. fr. Paris, Belin, 1988.
[19]Voir la contribution de Gilles Candar dans ce numéro.
[20]Annie Kriegel, « Août 1014 : nationalisme et internationalisme ouvriers », Preuves, mars 1967, p. 25-38.
[21]August Schou, Histoire de l’internationalisme, III, Du congrès de Vienne jusqu’à la Première Guerre mondiale, Oslo, H. Aschehoug, 1963 ; F.S.L. Lyons, Internationalism in Europe 1815-1914, Leyde, A.W. Sijthoff, 1963 ; Georges-Patrick Speeckaert, Le premier siècle de la coopération internationale. 1815-1914, Bruxelles, Union des associations internationales, 1980.
[22]Robert Fox, « The Savant confronts his peers : scientific societies in France, 1815-1914 », in Id., The Culture of Science in France 1700-1900, Aldershot, Variorum, 1992, p. 241-282 ; Id., « Learning, politics and polite culture in provincial France : the Sociétés Savantes in the nineteenth century », ibid., p. 543-654.
[23]Elisabeth Crawford, « The universe of international science 1880-1939 », in Tore Frängsmyr (dir.), Solomon’s House Revisited : The Organization and Institutionalization of Science, Nobel symposium 75, Canton MA, Science History Publications, 1990.
[24]M. Leroy, « L’ère de la mondialité », art. cit., p. 193.
[25]Anne-Marie Thiesse, La création des identités nationales. Europe xviiie-xxe siècles, Paris, Éd. du Seuil, 1999.
[26]Benedict Anderson, Imagined Communities : Reflections on the Origin and Spread of Nationalism, Londres-New York, Verso, 1982.
[27]Raoul de la Grasserie, De la possibilité et des conditions d’une langue internationale, Paris, J. Maisonneuve, 1892, p. 55.
[28]Charles Méray, « L’espéranto, langue auxiliaire artificielle de M. le Dr Zamenhof ouvrant les plus larges perspectives à la littérature scientifique internationale », l’Enseignement mathématique, 4, 15 juillet 1900, p. 289.
[29]Guilbeau, « L’esperanto ou Lingvo internacia », l’Année linguistique, 2, 1904, p. 305.
[30]A. Leclère, « L’internationalisation de l’enseignement », Revue internationale de l’enseignement, LVIII, 1909, p. 436.
[31]Bibliothèque de l’École normale supérieure, fonds Louis Couturat, pièce 73a : Émile Boirac, Mémoire présenté au comité de la Délégation pour l’adoption d’une langue auxiliaire internationale, 1907.
[32]Louis Couturat, Otto Jespersen, Richard Lorenz, Wilhelm Ostwald, Leopold von Pfaundler, préface collective à La langue internationale et la science, Paris, Delagrave, 1902, p. III.
[33]Louis Couturat, « Sur l’application de la logique au problème de la langue internationale », in T. Elsenhans, Bericht über den III. Internationalen Kongress für Philosophie zu Heidelberg, 1908, Heidelberg, Carl Winter’s, Universitätsbuchhandlung, 1909, p. 415.
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