2004
Mil neuf cent
Lectures
Lectures
Jacqueline Pluet-Despatin, Michel Leymarie et Jean-Yves Mollier (dir.), La Belle Époque des revues, 1880-1914, Paris, Éd. de l’IMEC, 2002, 435 p.
Les revues sont un objet de recherche un peu paradoxal. Si elles sont reconnues comme un terrain privilégié de l’histoire intellectuelle, littéraire, politique et culturelle (en 1987 les Cahiers Georges Sorel ont consacré un numéro spécial aux revues dans la vie intellectuelle), leur étude pose néanmoins quelques problèmes méthodologiques que cet ouvrage ne néglige pas, d’où sa portée.
Dans son article « Un modèle matriciel : les revues de culture générale », Thomas Loué évoque d’abord le problème de la définition même de l’objet, le plus souvent pratiquée négativement – la revue n’est ni un livre ni un journal – et qui peut aller, dans son acceptation large, « du bulletin municipal à la “grande” revue parisienne à vocation internationale ». Loué étudie les revues généralistes, encyclopédiques et académiques dont le modèle est la Revue des Deux Mondes, à laquelle il a consacré sa thèse, en indiquant les écueils d’une telle entreprise, qu’il appelle habilement « l’illusion monographique », à savoir « les pièges du catalogue déroulant une suite d’études de cas ». Il entend échapper à ce piège en analysant les revues dans le temps long et en interrogeant sur les modalités de fonctionnement de l’espace public. C’est ainsi qu’il explique la survivance du modèle de la revue encyclopédique – dont les origines se trouvent au début du xixe siècle – dans la Belle Époque qui a vu l’émergence de la culture de masse : le succès du modèle élitiste de la revue de forme « académique » témoigne de la résistance de l’élite à cette culture de masse, en même temps qu’il engendre des concurrences. La Revue des Deux Mondes, nous rappelle Loué, a connu deux apogées : les années 1860-1870 et les années 1930, c’est-à-dire la période proto-démocratique et celle de la crise démocratique, tandis que la Belle Époque était pour elle le temps des désarrois.
Car la Belle Époque est une période d’expansion extraordinaire de cet espace des revues, comme s’accordent à montrer toutes les études réunies dans ce livre, et que Jean-Yves Mollier résume ainsi dans la conclusion : « Ce qui frappe […], c’est l’impression qu’entre 1880 et la Grande Guerre, chaque catégorie sociale et chaque profession ont voulu disposer de leur propre source d’information ». La lecture de cet ouvrage permet en effet de mesurer la richesse et la diversité de ce phénomène sous des angles différents qui vont de la revue d’avant-garde littéraire aux revues politiques, scientifiques, sans oublier les revues appartenant à d’autres espaces nationaux.
Ce large panorama fait de ce livre une source susceptible d’intéresser des chercheurs dans des domaines très divers des sciences sociales ; pour qui se consacre à l’histoire de l’édition et des périodiques, il est indispensable. On espère, néanmoins, qu’après avoir tant investi dans l’étude des aspects matériels, institutionnels et sociologiques des revues, on reviendra, armé par ces acquis essentiels, à la lecture de ces revues aussi comme source de représentations et d’idées, comme une clé permettant d’accéder à des problématiques qui vont au-delà de la seule revue.
Yaël Dagan
Revue trimestrielle de droit civil, 4, octobre-décembre 2002
Une fois n’est pas coutume, nous rendrons compte ici de la livraison d’une revue, juridique de surcroît. Reprenant les actes d’un colloque tenu en 2002, la Revue trimestrielle de droit civil, véritable institution doctrinale créée en 1902 par les professeurs Adhémar Esmein, Charles Massigli – directeur de thèse de René Cassin –, Raymond Saleilles et Albert Wahl, jette dans ce numéro un regard rétrospectif sur son histoire centenaire.
On sait qu’à la différence des revues que nous avons l’habitude de fréquenter, les publications juridiques présentent souvent un double visage. Tout en accueillant ou en suscitant les débats doctrinaux et scientifiques, elles ont également une vocation pratique. S’adressant aux professionnels du droit – avocats, magistrats, fonctionnaires – elles entendent contribuer, à leur manière, à la formation de la norme juridique. Ce caractère double est parfaitement mis en évidence dans cette livraison de la RTDC qui nous renvoie à ses propres origines tout en nous projetant vers les défis auxquels sont aujourd’hui confrontées les revues de droit : l’adaptation aux nouvelles exigences des professions juridiques, l’édition électronique, le caractère très concurrentiel de ce secteur, etc.
Dans cet ensemble d’intérêt, il est vrai, inégal, on signalera les articles de Jean-Louis Halpérin, « Les expériences éditoriales étrangères au début du xxe siècle », de Philippe Rémy, « Cent ans de chroniques » ou de Jean-Louis Sourioux, « Cent ans d’articles ».
On mentionnera surtout l’article de Christophe Jamin, professeur de droit à Lille, intitulé : « Les intentions des fondateurs », qui montre la genèse de la revue, née du désir de conforter l’influence de la doctrine sur le droit positif aux fins de provoquer chez les juges « la solution désirable ». On voit ici à l’Å“uvre le projet des professeurs de droit qui entendent aller au-delà du seul enseignement et assumer ainsi un rôle social actif. Mais ce projet était aussi le fruit d’une ambition intellectuelle que M. Jamin explicite : par l’analyse systématique des arrêts, donner une assise objective et rationnelle à la jurisprudence qui peut parfois paraître comme une suite désordonnée de décisions judiciaires. Un tel projet rompait avec l’école traditionnelle du droit civil qui reposait sur l’exégèse du code civil ne conférant à la jurisprudence qu’un rôle subalterne.
De la sorte, les fondateurs de la RTDC entendaient susciter des vocations et attirer à eux de jeunes étudiants en donnant à l’étude du droit civil un caractère plus vivant et plus concret. Ce projet de rapprochement du Palais de justice et de la faculté de droit par la mise en avant de la jurisprudence intervenait à un moment où l’enseignement du droit civil voyait sa position hégémonique au sein des études juridiques mise à mal par l’ouverture aux sciences économiques (l’agrégation d’économie politique est créée en 1896), par la montée en puissance du droit public grâce au développement de l’activité contentieuse du Conseil d’État ou par l’émergence d’institutions concurrentes comme l’École libre des sciences politiques. Toutes ces évolutions illustraient d’ailleurs celles d’une société où l’État prenait une place croissante et où le droit devait faire face à des bouleversements sociaux et des situations concrètes de plus en plus en complexes et difficiles à appréhender juridiquement. Pour prendre un seul exemple, M. Jamin évoque la manière dont Albert Wahl défendit l’idée, dans une note anonyme, que la grève ne rompait pas l’exécution du contrat de travail mais se bornait à en suspendre l’exécution ce qui conduisit son éditeur à exprimer ouvertement des réserves. On mesure le chemin parcouru depuis un siècle !
Ce voyage dans le passé proposé par la RTDC peut être lu comme une invitation à engager plus avant une histoire intellectuelle du droit, en particulier autour de 1900, alors que, outre la RTDC, deux des principales revues juridiques françaises voyaient le jour : la Revue générale de droit international public et la Revue du droit public et de la science politique. Une telle histoire intellectuelle qui gagnerait à associer juristes et historiens prendrait évidemment tout son sens dans la question plus vaste de la construction de l’État de droit en France.
Éric Thiers
Marie-Claude Blais, Au principe de la République. Le cas Renouvier, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des idées », 2000, 436 p.
C’est à un retour aux sources que Marie-Claude Blais nous invite dans cet ouvrage issu d’une thèse menée sous la direction de Marcel Gauchet. Car le but ultime de ce voyage dans l’Å“uvre du philosophe Charles Renouvier (1815-1903) est bien la découverte des principes premiers de notre République à travers le parcours d’un penseur qui lia toujours sa démarche spéculative aux vicissitudes de l’histoire.
Écrivons le d’emblée, nous ne pourrons ici que retracer très partiellement les grandes lignes d’un travail d’une richesse et d’une étendue de vue en tous points remarquables. Entre une introduction biographique et une stimulante conclusion où elle évoque l’influence de Renouvier sur la construction de la République comme réalité et représentation, M.-C. Blais nous plonge dans ce large fleuve qu’est l’Å“uvre du fondateur, en 1868, de l’Année philosophique puis, en 1872, de la Critique philosophique. Il serait difficile d’établir la liste complète des questions traitées par Renouvier et restituées dans cet ouvrage : la famille, le droit pénal, les relations internationales, les institutions, l’éducation évidemment. Le principal mérite de ce travail est de montrer en quoi ces préoccupations très diverses s’inscrivent dans un projet marqué au sceau de la cohérence et d’une grande ambition : fonder philosophiquement la République.
Tel fut le combat de Renouvier qui, jeune polytechnicien, assista aux soubresauts républicains de la première moitié du xixe siècle, à l’échec de 1848, s’engagea contre l’Empire et contribua à asseoir intellectuellement le régime républicain après 1870.
Critique du rousseauisme, Renouvier s’engage contre la violence politique, héritage de la Révolution et se propose de clarifier la doctrine républicaine en l’extirpant de sa gangue jacobine. Il en appelle à la légalité et à un certain pragmatisme, à une politique du possible qui servira de corps de doctrine aux Opportunistes dans les années 1880. Pour autant cette pragmatique de l’action ne le conduit pas à transiger avec certaines données fondamentales. Ici apparaît la figure de Kant dont Renouvier fut le principal introducteur en France. Celui-ci développe, comme l’écrit l’auteur, une « théorie rigoureuse de l’éthique transportée en politique ». Un peu à la manière d’un Péguy pour la révolution, Renouvier remonte le courant en cherchant dans la convention que l’homme passe avec lui-même, dans la construction de sa personnalité, le fondement de l’unité et du contrat social. Cet appel à la morale individuelle comme préalable à la constitution du politique puise dans une vision de l’histoire résolument anti-hégélienne. Pour Renouvier, notre devenir étant marqué par sa discontinuité, l’histoire, comme affrontement des consciences avec elles-mêmes, est le théâtre de la liberté. De cette continuité philosophiquement établie entre la morale et la politique, émerge la notion d’État de droit dont les prémices se laissent entrevoir en France à la fin du xixe siècle.
Cette tentative de conciliation entre la morale et la politique renvoie à la volonté de Renouvier d’articuler ensemble les deux composantes individualiste et sociale de la République. Rejetant le socialisme d’un Saint-Simon perçu comme autoritaire, il puise dans la pensée de Fourier et de Proudhon pour faire sienne l’idée d’association. La mise en évidence d’un tel courant anti-jacobin dans le socialisme français n’est pas chose nouvelle. Mais, dans le contexte actuel où l’on s’interroge vivement sur la compatibilité entre une certaine forme de libéralisme et les idées socialistes, le retour à une pensée aussi rigoureuse que celle de Renouvier semble de nature à prémunir contre la logorrhée confuse qui aujourd’hui pollue trop souvent ce questionnement utile.
Reste enfin le chapitre qui clôt l’ouvrage : « La République des principes ». Il constitue une forme de pont entre une histoire des idées exigeante et une histoire intellectuelle qui s’intéresse à la circulation de ces idées, à leur influence et aux hommes et femmes qui en font le commerce. M.-C. Blais montre que la république marcha bien sûr deux jambes – le positivisme mais aussi le criticisme – et Renouvier joua dans la construction de ce second pan de la culture républicaine un « rôle discret mais considérable ». L’auteur renoue alors le fil, de Lachelier à Alain en passant par Boutroux, Liard et Durkheim. Elle montre ainsi comment « le retour de la philosophie » à la fin du xixe siècle en France ne fut pas pure et stérile spéculation intellectuelle : l’État républicain sut recycler la critique philosophique pour asseoir son autorité.
En tentant sans cesse d’élucider les fondements théoriques et les conditions pratiques d’une politique républicaine, Renouvier laisse apparaître la figure du philosophe citoyen sous notre République, mû par une grande ambition intellectuelle et une conscience aiguë du possible. On serait tenté de conclure : Renouvier ou le triomphe de la pensée modeste. Le travail de M.-C. Blais, par sa forme même, s’inscrit, à l’évidence, dans cette voie.
Éric Thiers
Bernadette Bensaude-Vincent et Christine Blondel (dir.), Des savants face à l’occulte 1870-1940, Paris, La Découverte, coll. « Sciences et société », 2002, 232 p.
En 1895, Mathieu Dreyfus assiste aux séances au cours desquelles la « somnambule magnétique » Léonie confirme par ses visions l’innocence du capitaine. Au tournant du siècle, pendant deux décennies, la médium Eusapia Palladino devient la « diva des savants » en se prêtant, dans toute l’Europe, à des centaines d’expériences livrées sur la nature de ses « forces psychiques » à l’origine d’effets physiques multiples – lévitation, apparitions d’objets, attouchements, etc. En 1905, le monde scientifique bruisse, parfois sur un mode ironique, des récits du physiologiste Charles Richet, bientôt prix Nobel : ses observations rigoureuses menées à la villa Carmen à Alger attestent, selon lui, l’existence des fantômes. Il leur donnera suite en créant une nouvelle science des pouvoirs supranormaux de la pensée, la métapsychique.
S’il y eut bien un « moment 1900 » dans la vie intellectuelle française, l’engouement pour les phénomènes occultes, bien au-delà de la culture populaire, en fut assurément une des composantes. C’est ce « moment spirite » que ce livre collectif reconstitue avec brio, en prenant pour angle d’analyse la rencontre très particulière qui eut alors lieu entre la science et l’occulte. Comme le soulignent les deux maîtres d’Å“uvre, B. Bensaude-Vincent et C. Blondel, il s’agit rien moins que d’une « épistémè embrassant toute la culture » tendant à l’intégration des phénomènes spirites – tables tournantes, communication avec les esprits, les somnambules et les fantômes – au sein de la science légitime. Cet apogée du tournant du siècle eut lieu dans une fenêtre de courte durée. Au xixe siècle, le succès populaire du mouvement spirite, lancé par la publication du Livre des Esprits d’Allan Kardec en 1857, n’avait guère eu d’écho chez les scientifiques, héritiers des contempteurs du magnétisme. Après la Première Guerre mondiale, le processus de « bannissement de l’occulte » hors de la science académique est enclenché, et trouvera des soutiens militants durant les années 1930 dans le mouvement rationaliste engagé contre les pseudo-sciences qui cherchent alors de nouveaux modes d’expression, dans la radiesthésie par exemple.
Cet ouvrage montre, sous la forme d’alertes récits, combien des catégories qui nous semblent aujourd’hui bien distinctes, sous la bannière de la science et de l’occulte, disposaient alors de frontières poreuses et incertaines. Si tous les scientifiques ne devinrent pas d’authentiques prosélytes, comme Charles Richet ou l’astronome Camille Flammarion qui aspirait à faire du spiritisme une science, ils furent nombreux ceux qui, tels Pierre et Marie Curie, Édouard Branly ou Paul Langevin, prirent au sérieux les forces de l’esprit, devenues objets d’étude et d’expérimentation. Les médiums entrèrent au laboratoire pour y être examinés. Si cette rencontre improbable eut lieu, c’est aussi parce que l’état de la science le permettait. Un des propos les plus originaux des articles ici réunis est de mettre en valeur la puissance du merveilleux scientifique et des imaginaires qu’il suscite, jusque dans la culture savante. En 1900, la psychologie expérimentale suscite de nouveaux objets de recherche, autour du rêve, de l’hypnose et de l’hystérie. Avec l’électricité, la TSF, le téléphone, la radioactivité, les rayons X, la physique force les frontières du réel sans dissiper les mystères de l’impalpable et du rayonnement. Autant de conditions par lesquelles les phénomènes étranges constituèrent non seulement un nouvel objet soumis au microscope et au scalpel, mais travaillèrent en retour les pratiques scientifiques, la cartographie du savoir et l’autorité de la preuve.
Nul doute que ce livre, savant et plaisant, éclaire de ses feux follets la compréhension de la fin de siècle intellectuelle et de la place éminente que la science y occupait.
Anne Rasmussen
André Suarès, Idées et visions et autres écrits polémiques, philosophiques et critiques. 1897-1923 et Valeurs et autres écrits historiques, politiques et critiques. 1923-1948, Robert Parient (ed.), Paris, Éd. Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2002, 1002 et 981 p.
Heureuse initiative que la publication en deux volumes d’une riche sélection des écrits, pour beaucoup introuvables, d’André Suarès (1868-1948). Car s’il est aujourd’hui méconnu, Suarès fut au début du siècle considéré à l’égal d’un Gide ou d’un Claudel. La lecture de ces textes, fort bien mis en perspective par Robert Parient, ne pourra que convaincre de la pertinence du jugement d’André Malraux qui plaçait Suarès au centre de son Panthéon personnel.
De ces textes variés, publiés de 1897 à 1948, on ressort à la fois charmé par l’évocation délicate des senteurs de cédrat et de myrrhe de la terre corse au détour d’un portrait de Napoléon particulièrement inspiré, ému par l’hommage sans concession rendu en 1915 à Péguy, « ce petit homme de France », ou impressionné par la prescience de Suarès qui évoque, dès 1935, le sort annoncé des Juifs européens, dans Ses vues sur l’Europe. Qu’on juge aussi de la vigueur de son style lorsqu’il qualifie, par exemple, Mein Kampf « d’explosion de miasmes, de délire démoniaque, de livre des primates odieux, d’office d’extermination ».
Suarès apparaît tel un prophète au physique étrange. Parient le compare au Drogo du Désert des Tartares, retranché du monde, à l’écart des doctrines, intransigeant, vibrant de colère, comme une sentinelle de la civilisation. Car l’Å“uvre et la vie de Suarès furent avant tout des combats : pour la justice lors de l’Affaire Dreyfus – on se délectera du portrait cruel de Barrès, « grand talent sans aucun caractère », « cadavre raisonnant » ; pour la patrie en 1914-1918, avec la publication de violents pamphlets comme Les commentaires de la guerre des Boches en 1915 ; contre le nazisme dès le début des années trente, ce qui lui valut, outre ses origines, d’être traqué par la Gestapo pendant l’Occupation.
Mais en dehors même de ses écrits politiques, Suarès, qui fut, rappelons-le, à l’initiative de la bibliothèque Jacques Doucet, est aussi l’auteur de véritables poèmes en prose comme Le voyage du Condottiere, de textes sur la musique – Debussy, Ravel – passion qu’il partage avec Romain Rolland, son condisciple de la rue d’Ulm, de portraits fulgurants de Cervantès, Shakespeare ou Baudelaire.
C’est une forme de plongée dans la culture française et plus largement européenne que ce parcours éclectique entre littérature, politique, art, voyages. Se voulant conquérant de la beauté, brûlant de réformer la Cité, Suarès apparaît comme une synthèse parfaite de l’intellectuel du premier xxe siècle. Il nous montre aussi la principale limite de la posture de prophète intransigeant qui fut la sienne : la solitude presque absolue. Comme le souligne Robert Parient, Suarès fut, pour l’essentiel, un « écrivain sans public ». Cette réédition, espérons-le, réparera cette injustice.
Éric Thiers
Françoise Balard, Geneviève Straus. Biographie et correspondance avec Ludovic Halévy 1855-1908, Paris, Éd. du CNRS, 2002, 448 p.
La famille Halévy ne cesse de susciter la curiosité. Françoise Balard s’est fait l’historienne des relations entre la célèbre Geneviève Straus, égérie de Marcel Proust et de Ludovic Halévy qu’il n’est pas besoin de présenter. Puisant à diverses sources publiques et privées, elle propose une édition annotée de cinq cent seize lettres échangées entre les deux personnages, cousins et amis, entre 1862 et 1908, date du décès de Ludovic. Cette publication de documents apporte beaucoup d’éléments nouveaux sur le milieu artistique des années 1880-1900 et plus encore sur les affaires domestiques de cette illustre famille. La proximité affective étonnante des deux cousins limite en effet quelque peu l’objet de leurs échanges aux affaires domestiques et familiales. Il se dessine ainsi peu à peu un portrait psychologique entrelacé de l’esprit « Mérimée-Halévy » qui intriguait Marcel Proust.
Ce lourd volume se clôt par une intéressante conclusion, nettement plus réussie que l’introduction. En effet, l’auteur paraît très dépendante dans ce premier texte de la mémoire familiale lorsqu’elle présente les protagonistes de ces lettres. Elle ignore curieusement les travaux scientifiques pourtant nombreux depuis les années 1960, en France comme à l’étranger, sur Ludovic, Daniel ou Élie, mais aussi sur la famille Blanche. Les raisons de ce choix ne paraissent pas très claires, qui plus est dans une édition à dimension scientifique. Il est caractéristique que l’ouvrage le plus souvent cité au demeurant fort intéressant, soit Entre le théâtre et l’histoire. La famille Halévy (1760-1960), dans lequel tous les descendants actuels de la famille Halévy ont écrit leurs souvenirs de ces illustres aïeuls. On regrettera enfin que la période intitulée « L’affaire Dreyfus 1897-1898 » soit finalement si pauvre en allusions réelles à l’affaire, pour une famille qui s’y intéressa très tôt et s’y engagea courageusement. Assurément la dépression profonde de Ludovic Halévy à cette époque y est pour beaucoup. L’auteur de ce volume n’y est donc pour rien même si les notes de cette époque auraient pu être plus soignées : la lettre 221 ne peut être datée de janvier 1898 puisqu’elle mentionne la seconde condamnation de Dreyfus (à l’été 1899) ; l’affaire « n’éclate » pas en 1896, mais un an après la découverte de Picquart ; dans la lettre 302 l’expert n’est pas Siry, mais le célèbre chartiste Arthur Giry.
Sébastien Laurent
Bernard Duchatelet, Romain Rolland tel qu’en lui-même, Paris, Albin Michel, 2002, 447 p.
Il faut se réjouir de la publication de cette biographie de Romain Rolland. Bernard Duchatelet, professeur de littérature, grand spécialiste du célèbre auteur de Jean-Christophe, livre là le fruit de nombreuses années de travail. Il est impossible de penser prendre en défaut sa connaissance parfaite de l’Å“uvre du personnage. Incontestablement, il s’agit là d’un ouvrage extrêmement complet, reposant non seulement sur la connaissance érudite de l’Å“uvre mais aussi sur celle de l’individu. Grâce au travail méritoire des éditions Albin Michel qui publient depuis 1948 les Cahiers Romain Rolland, comprenant de nombreuses éditions annotées de sa correspondance, l’homme privé est désormais bien connu. Mais il fallait certainement la maîtrise des ressorts de l’Å“uvre écrite de Rolland qui est celle de B. Duchatelet pour en dresser un portrait aussi passionnant. Sur quelles traces le biographe a-t-il voulu marcher ? Sainte-Beuve ou Proust ? Refusant le scepticisme proustien du Contre Sainte-Beuve, l’auteur penche plutôt du côté de la démarche du grand critique. C’est en effet vers la vie intime de Rolland qu’il s’est tourné pour essayer de comprendre l’Å“uvre et son sens. Le projet biographique est clairement annoncé dès l’avant-propos : « Il est nécessaire de faire à la fois l’histoire extérieure, anecdotique, et l’histoire intérieure d’un homme » (p. 11). Ainsi prend sens le sous-titre du livre, tel qu’en lui-même. S’il ne néglige pas la dimension extérieure, l’auteur voit en elle une caractéristique « anecdotique ». Ceci explique la nature particulière du livre, essentiellement centré sur la dimension psychologique d’un personnage tourné dès le plus jeune âge vers l’introspection et l’idéalisme. Pour autant, l’auteur ne néglige aucunement le contexte politique et culturel ainsi que son évolution, mais son parti pris l’amène à le traiter en élément secondaire, influant assez peu sur son héros qui ne quitte jamais le premier plan du tableau, comme si celui-ci en maîtrisait parfaitement la perspective. On voit ainsi Rolland croiser de nombreux individus ainsi que des groupes, des cercles souvent peu connus des non-spécialistes rollandiens et sur lesquels l’on aurait aimé en savoir parfois un peu plus. Ainsi, parmi d’autres, d’Alphonse de Chateaubriant, de Louis Gillet ou encore de Gaston Thiesson.
Mais ne boudons pas notre plaisir car le pari de l’auteur est gagné et les grands ressorts de la vie de Rolland bien démontrés : l’influence précoce et durable de la mère (il y a à cet égard un livre dans le livre sur les relations curieuses de Romain Rolland avec les femmes) ; un tiraillement constant, commun à de nombreux écrivains et intellectuels, entre la solitude nécessaire à l’Å“uvre et l’engagement, souvent polémique, dans les grands débats contemporains ; le souci précoce de la construction d’une « Å“uvre ». Tout au long de sa vie court chez cet esprit laïc un idéalisme artistique évoluant progressivement vers un questionnement religieux que les relations – passionnantes – avec Claudel à la fin des années 1930 et au cours de la guerre ne mèneront pourtant pas à la conversion. L’on découvre également les grandes étapes de sa carrière littéraire avec une notoriété apparaissant vers 1905-1906 grâce à la Vie de Beethoven et aux premières parties de Jean-Christophe publiées par Péguy. En 1912, il quitte l’enseignement public, vivant désormais de sa plume. Il est récompensé en 1913 par le grand prix de littérature de l’Académie française, en 1916 par le prix Nobel de littérature (décerné pour l’année 1915). Désormais, il devient « au-dessus de la mêlée » une référence intellectuelle européenne, mais aussi mondiale. Le livre de B. Duchatelet dresse ainsi un très vaste panorama de ses relations intellectuelles dans le vaste monde, sur presque tous les continents. Le pacifisme neutraliste affirmé haut et fort pendant la Grande Guerre s’accompagne d’un regard sympathique sur la révolution bolchevique, tout en maintenant ses distances avec le régime soviétique. L’on débouche alors sur le grand mystère de l’homme : comment expliquer la conversion vers 1927-1928 à la soviétophilie chez un auteur qui refusa de prendre parti pendant l’affaire Dreyfus et pendant le premier conflit mondial ? Incontestablement sa compagne Maria Pavlona Koudacheva qu’il épousa en 1934 joua un rôle majeur dans l’évolution du nouveau compagnon de route. Mais cette conversion est antérieure à la grande cause antifasciste qui amena auprès de l’URSS tant d’intellectuels. La conversion de Rolland fut d’ailleurs de courte durée, jusqu’à la seconde vague des procès staliniens et le pacte germano-soviétique acheva de la dissoudre. Elle demeure néanmoins l’une des grandes questions sans réponse du livre que l’auteur décrit mais ne parvient pas à expliquer. L’on voit très bien que Rolland, parfaitement informé des méthodes staliniennes dès le début des années trente veut croire par-dessus tout à sa nouvelle utopie. Peut-être est-ce finalement l’idéalisme radical, ancien et profond de cet homme qui, confronté à la plus forte et terrible incarnation des espoirs de justice sociale du siècle, ne lui permit pas de résister ?
Sébastien Laurent
Rosemonde Samson, L’Alliance républicaine démocratique. Une formation de centre (1901-1920), Rennes, Pur, 2003, 562 p.
Résultat du travail d’une thèse d’État, ce gros livre s’articule autour d’une idée simple, que l’auteur s’emploie à démontrer : il existe des valeurs caractéristiques du centre en politique ou, pour le dire autrement, il existe une « culture centriste » et, au lendemain de la loi sur les associations de 1901, au temps naissant des partis politiques modernes, l’Alliance républicaine démocratique fut le creuset de cette culture.
Les hommes qui la constituèrent élaborèrent en effet progressivement un corpus doctrinal, dont Rosemonde Samson repère la généalogie qui, passant par le « Juste Milieu » de la monarchie de Juillet, remonterait jusqu’à Benjamin Constant. L’horreur du désordre, le rejet de tout dogmatisme, un profond libéralisme les ancrent dans la mémoire des droites. Les références ressassées à la Révolution française, aux droits naturels, au suffrage universel, la défense de la laïcité, le souci de la promotion sociale par l’école, en revanche, les situent dans la lignée des gauches. On pourrait objecter que, du parti radical et radical-socialiste à la Fédération républicaine, les doctrines des partis de cette époque composent toutes avec ce double héritage, qui constitue la culture politique commune des Français de cette époque. L’auteur répond que nulle part ailleurs que chez les « alliancistes » cette composition n’est aussi équilibrée ; et c’est de la mise en évidence de cet équilibre qu’elle tire celle de l’existence du centre en politique. Même s’il n’est pas encore objectivé à l’époque : entre 1901 et 1920, en effet, le « centre » ne fait pas partie du vocabulaire politique courant.
Avec une grande précision, l’auteur s’attache à suivre les prises de position des « alliancistes » tout au long des années 1901-1920. On les voit soutenir le ministère d’Émile Combes avant de réprouver « l’affaire des fiches », soutenir le gouvernement Clemenceau, tant dans son application de la loi de 1905 que dans la répression des mouvements sociaux, soutenir enfin – mais en s’en inquiétant – le gouvernement Caillaux. On les voit surtout accéder aux plus hautes fonctions de l’État : les présidents de la République Émile Loubet, Armand Fallières et Raymond Poincaré étaient de l’Alliance, comme ce fut le cas de cinquante et un ministres ou secrétaires d’État dans les cabinets formés entre celui de Waldeck-Rousseau (1899-1902) et celui de Georges Leygues (1920). Ce qui autorise R. Samson à poser la question : plutôt que d’une République radicale, ce temps ne fut-il pas celui d’une République centriste ?
Là pourtant n’est peut-être pas le plus intéressant. À cette analyse des idées et des comportements politiques, l’auteur joint en effet une étude fouillée des réseaux qui se sont assemblés pour constituer l’Alliance, et de ceux auxquels elle a donné naissance.
L’Alliance républicaine démocratique a ainsi longtemps revêtu la forme de l’association plutôt que celle du parti, faisant d’elle un lieu de sociabilité, dans la continuité de la tradition républicaine du xixe siècle, plutôt qu’un mouvement politique moderne. Un fait digne de remarque, à l’appui de cette thèse : la formation a toujours veillé à ce que ses instances dirigeantes soient composées à nombre égal de parlementaires et de non parlementaires – plutôt une association de notables, donc, qu’un parti politique.
D’ailleurs, note finement l’auteur, au risque de faire exploser son propre objet, à bien y regarder, l’Alliance républicaine démocratique a-t-elle vraiment existé ? Ni au Sénat, ni à la Chambre, les parlementaires qui y étaient affiliés (on compte 39 députés en 1902, 130 en 1919) ne s’en présentaient jamais comme les porte-parole. Les candidats à la députation, dans leurs professions de foi, ne se réclamaient presque jamais d’elle. Tropisme des libéraux, qui les conduit à refuser l’embrigadement ? Peut-être. Témoignage, en tout cas, d’une culture politique originale que l’entre-deux-guerres conduisit progressivement au déclin.
Sylvain Venayre
Marco E.L. Guidi et Luca Michelini (dir.), Marginalismo e socialismo nell’Italia liberale. 1870-1925, Annali [de la Fondation Giangiacomo Feltrinelli], XXXV, 1999 [paru en 2001], 618 p.
Cet ouvrage, qui comprend vingt et une contributions (d’historiens de la culture et d’historiens de l’économie), traite du rapport entre le socialisme italien et l’économie néo-classique, dite aussi marginalisme ou économie pure. Un tel sujet serait mince en ce qui concerne le socialisme français. Trois remarques résument l’importance et la spécificité du cas italien.
Premièrement, les universités italiennes donnèrent naissance à une école marginaliste particulièrement solide qui tirait son prestige de la fondation de sa discipline en science autonome (avec à la clé la création des chaires d’économie), de sa prétention à la neutralité analytique qui accréditait son statut scientifique (le positivisme ambiant aidant), et de son libéralisme anti-étatique qui la reliait à la tradition économique classique.
Deuxièmement, la participation des professeurs et des étudiants au mouvement socialiste italien fut massive précisément au moment – la seconde moitié des années 1890 – où les nouvelles doctrines économiques triomphèrent dans les universités en battant en brèche l’école historique, qui inspirait la politique interventionniste de l’État, et la sociologie anti-naturaliste et progressiste d’Achille Loria qui, dans son déclin, emporta avec elle un autre point de vue historiciste, le marxisme. Pour beaucoup, ce libéralisme intégral apportait la science au socialisme. L’aura de Maffeo Pantaleoni, qui fut le fondateur du marginalisme en Italie et qui eut pour étudiants nombre de socialistes, joua un rôle de diffusion plus grand encore que les écrits de Vilfredo Pareto, « exilé » à Lausanne
[1]. Le libre-échangisme de cette école, naturellement bourgeoise, alla de pair avec le méridionalisme du socialisme anti-turatien et en favorisa l’alliance politique (côté bourgeois : Attilio Cabiati, Edoardo Giretti, Antonio De Viti De Marco, Luigi Einaudi, Vittorio Racca – qui préfaça deux livres de Sorel en Italie, mais ne fut pas socialiste, contrairement à ce qui est indiqué).
Troisièmement, il n’est pas sans importance que les avancées électorales du socialisme mirent à l’ordre du jour la politique de gestion municipale. Elles furent l’occasion de multiples débats sur le rapport entre dépenses publiques et satisfaction sociale à l’aune duquel furent soumis le principe de la municipalisation des services et le calcul de la pression fiscale (Giovanni Montemartini, Enrico Leone, Arturo Labriola). La grève, le syndicalisme, la coopération, la lutte de classe en général furent considérés, au grand dam de l’orthodoxie marginaliste bourgeoise qui évolua vers le nationalisme, comme des mécanismes essentiels de rééquilibrage entre les facteurs travail et capital (Enrico Leone, Alfonso De Pietri-Tonelli, Agostino Lanzillo).
C’est dans ce contexte théorique, bien italien, que prit corps l’hypothèse d’un « socialisme de marché » qui ne manquera pas d’être discutée plus tard en écho aux débats sur la planification en Union soviétique.
Willy Gianinazzi
Florin Turcanu, Mircea Eliade. Le prisonnier de l’histoire, préface de Jacques Julliard, Paris, La Découverte, coll. « L’espace de l’histoire », 2003, 540 p.
Ce gros livre se lit presque d’une traite tant il captive. L’auteur – un jeune professeur roumain – manie aussi admirablement le français que l’art de l’intrigue biographique et de sa mise en contexte historique. Les lumières et les ombres alternent dans le parcours de Mircea Eliade (1907-1986), qui fut un historien des religions mais aussi un prolifique auteur de romans. Tout jeune, avide de savoir et déjà convaincu d’une mission à accomplir – scientifique ou mystique, on ne sait trop –, il prend pour modèle un anti-conformiste tel Giovanni Papini, puis étudie en Inde pendant trois ans qui le consacreront comme un connaisseur du yoga (tantrique), devient un intellectuel en vue dans la Roumanie des années trente, y professe un antisémitisme caractérisé et s’y engage en pronazi, mais passe tranquillement les années de la guerre à l’ambassade de Londres, puis à Lisbonne en admirateur de Salazar. Il s’installe en France dans l’après-guerre où, appuyé par Georges Dumézil mais desservi par les informations prises à son sujet, il tente en vain d’être nommé à l’École pratique des hautes études, avant de devenir enfin, de 1956 à sa mort, un professeur reconnu à Chicago. Le biographe se voit contraint de projeter une ombre supplémentaire au tableau. Eliade, soit dit sans outrance, fut un dissimulateur et un menteur : pour protéger sa carrière, jamais il ne fit les comptes avec son propre passé.
La pensée d’Eliade a évolué tout comme son rapport à la politique. Il y a pourtant une continuité et une cohérence que le livre sobrement descriptif de Turcanu – introduit par les bonnes questions du préfacier – laisse poindre.
Eliade s’installa dans la posture de l’intellectuel non engagé qui doit sa clairvoyance à l’appartenance à une petite élite, soustraite à l’appareil d’État, qui proclame la primauté du spirituel et croit que depuis tout temps les changements sont le fait de minorités éclaireuses. Sa quête du sens profond de l’« expérience religieuse » l’amena à rechercher des « archétypes » archaïques universels – et ce avant de rencontrer Carl G. Jung aux séminaires d’Eranos au Monte Verità d’Ascona (lieu mythique pour l’auteur tessinois de ces lignes). Archétypes qui devaient protéger l’homme de l’histoire, reçue comme lieu de la souffrance et de la terreur. Son engagement politique, favorisé par le milieu intellectuel réactionnaire qu’il fréquentait, ne fut rien d’autre qu’une plongée de l’intellectuel dans l’histoire qui demande, en dehors de toute considération profane démocratique ou humaniste, la conjonction de la Nation à Dieu dans un cadre à la fois épiphanique, sacrificiel et apocalyptique. Le nazisme et l’antisémitisme en actes fournirent ce cadre. La débâcle de 1945 et par suite son désengagement amenèrent Eliade à formuler on ne peut plus clairement son refus de l’histoire, refus qui englobait les religions historiques juive et chrétienne (Le mythe de l’éternel retour). Plus tard, il sembla entreprendre une réévaluation de l’histoire à travers l’idée que les mythes, loin d’être fixistes, pouvaient être sources d’esprit créateur et « rendre le monde ouvert » (Aspects du mythe). Au total, l’Å“uvre d’Eliade fut moins une anthropologie religieuse qu’une approche religieuse de la religiosité – au léger relent ésotérique et mystérique – qui gagne à demeurer cantonnée au seul domaine qui lui sied, celui tout simplement de la culture.
Willy Gianinazzi
[1]
Voir également Luca Michelini,
Marginalismo e socialismo : Maffeo Pantaleoni (1882-1904), Milan, Franco Angeli, 1998.