Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle 2004/1
Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle
2004/1 (n° 22)
210 pages
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Enquête sur l'enquête

Vous consultezLes enquêtes de psychologie de l’enfant, une industrie

AuteurÉlisabeth Chapuis du même auteur



Promu sujet d’investigation, à la faveur notamment de la vulgarisation de l’évolutionnisme, l’enfant fut l’objet de nombreuses études monographiques avant d’être livré à la curiosité scientifique des premiers psychologues positivistes de la fin du xixe siècle. Stanley Hall inaugure avec le Child’s Study Movement[1] [1] Stanley Hall, Contains of Children’s mind, Princeton,...
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une nouvelle méthode d’investigation à grande échelle, l’enquête scolaire. De vastes campagnes d’investigations seront lancées triomphalement aux États-Unis et le modèle, reposant sur la participation d’instituteurs, assistants-psychologues pour l’occasion, en est aussitôt exporté en Europe. La technique de l’enquête par questionnaires porta un temps l’espoir d’une extension au grand nombre de faits d’observation minutieusement et rigoureusement recueillis sur des populations entières d’élèves.

2 C’est Alfred Binet qui, en France, est l’instigateur en 1894 de l’utilisation du questionnaire comme outil de recherche en psychologie de l’enfant et ce sont les écoliers qui, pour beaucoup, constituèrent les populations visées par ses travaux. Mais à partir de 1900, il chercha le moyen de mettre à l’épreuve à grande échelle le programme d’investigation qu’il s’était fixé. Une succession d’enquêtes (on en dénombre dix-sept), portant sur des thématiques diverses, mais à résonance nettement plus pédagogique que psychologique, touchèrent des populations de plusieurs dizaines de milliers d’élèves au point que l’on peut parler d’une véritable industrie de l’enquête entre 1900 et 1904[2] [2] Nous donnons en annexe une liste (qui n’est sans doute...
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. Toutefois, les résultats sont si peu convaincants que Binet évolua rapidement d’une position de partisan prudent – initiant quelques enquêtes, participant à leur élaboration, recommandant l’essai avant diffusion – à une position où, à partir de 1904, de concert avec Ribot, il s’affirma de plus en plus critique. À l’initiative des pédagogues de la Société libre pour l’étude psychologique de l’enfant, à laquelle Binet était associé, ces enquêtes se poursuivirent jusqu’en 1909 malgré le désaveu nuancé de ce dernier.

Objectifs et méthodologie de l’enquête

3 À l’origine, ces enquêtes sur les enfants semblent répondre à deux objectifs distincts et reposent sur des méthodes de collectes particulières : il s’agit soit de susciter l’observation d’enfants par un adulte, soit de solliciter de la part d’enfants le compte rendu écrit d’auto-observations.

4 Dans le premier cas, l’instituteur auxiliaire psychologue est invité à observer des comportements en utilisant la codification proposée par le questionnaire en guise de grille d’observation. Le procédé étant considéré comme analogue à un enregistrement sur le vif, on espère récolter ainsi cette moisson de faits bruts qui faisaient alors défaut aux psychologues positivistes s’intéressant à l’enfance.

5 Dans le deuxième cas, les enfants sont invités à donner leur témoignage sous la forme de rédactions faites en classe. Cette fois, on espère recueillir à la source, comme cela se pratique avec les adultes dans la technique de l’interview ou du questionnaire d’introspection écrit, des informations sur les sentiments moraux, les idéaux, « les manières de sentir » de l’enfant. Pour ne rien simplifier, cette double ambition est parfois entremêlée dans la même enquête, comme par exemple dans les enquêtes sur le caractère, sur le mensonge, la colère.

6 Les enquêtes pionnières de Binet sont diffusées par voie de presse et tirées à part. Celles qui furent produites à partir de 1900 (dans le cadre de la Société libre) parvinrent aux instituteurs par la voie hiérarchique : inspecteurs d’Académies et départementaux, directeurs d’écoles. Cet aspect fortement pyramidal et centralisé, s’il a permis une bonne transmission et un bon retour des protocoles d’enquête, n’a sans doute pas peu contribué à en biaiser les résultats.

Les enquêtes pionnières d’Alfred Binet en psychologie de l’enfant

7 Psychologue expérimentaliste, directeur du Laboratoire de psychologie physiologique de la Sorbonne, Binet s’est intéressé à des champs très variés mais avec une constante : son intérêt pour les phénomènes supérieurs et complexes du psychisme dont relèvent, par exemple, ses travaux sur l’intelligence, la suggestibilité, la mémoire ou la création artistique. Son intérêt pour les enfants peut être situé au moment de la naissance de ses filles autour de 1885. C’est aussi à cette époque qu’il s’engage dans l’étude d’écoliers. Ses filles, toutes deux suivies sans relâche jusqu’à l’adolescence, comme les écoliers qui se prêtent en nombre à de multiples observations et expérimentations, firent l’objet de très nombreuses publications novatrices[3] [3] Alfred Binet, « La perception des longueurs et des nombres...
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. En 1894, Binet publie une enquête sur « le caractère des enfants », dont le texte paraît une première fois dans un quotidien populaire à gros tirage, le Petit Journal, puis dans la Revue philosophique[4] [4] Revue philosophique, XXXVII, 1894, p. 344-346 ; Alfred Binet,...
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au moyen de tirés à part adressés à tout demandeur.

8 L’objectif affiché est théorique : « Connaître – écrit Binet – la loi de formation du caractère ». Les vingt-trois points évoqués par l’enquête doivent permettre le recueil de matériaux bruts livrés à la sagacité du psychologue par des observateurs attentifs et familiers des enfants. Étrangement, Binet cite les difficultés à collecter les réponses – dans « L’introduction à la psychologie expérimentale », il avance le chiffre du millier[5] [5] Alfred Binet, « Introduction à la psychologie expérimentale...
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. Mais sans s’expliquer sur d’éventuelles difficultés d’exploitation, il ne publia aucun résultat.

9 Cette première investigation ne décourage pas son auteur qui se lance deux ans plus tard dans une enquête sur « la peur chez les enfants ». On peut avancer diverses raisons au choix de ce thème a priori surprenant : le questionnaire des Henri sur « les premiers souvenirs de l’enfance » l’année précédente avait permis de mettre en évidence la prédominance des souvenirs d’émotions violentes et tout particulièrement la peur. À cette occasion, Binet lui-même, interrogé en tant que caution scientifique, avait montré que ce thème avait pour lui des résonances personnelles, ce qui est aussi attesté par les souvenirs qu’il a confiés à sa fille Madeleine[6] [6] Madeleine Binet, « Souvenirs sur Alfred Binet », Bulletin...
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, qui le font apparaître comme un enfant angoissé et timide, souffre-douleur de ses camarades de pensionnat. La peur explorée par le questionnaire de Binet est une peur morbide, ayant trait à des faits imaginaires ou à l’occurrence très improbable de dangers réels : il s’agit donc de l’angoisse. Binet présente les résultats de ce travail qu’il a mené seul de bout en bout, dans le deuxième tome de l’Année psychologique[7] [7] « Questionnaire sur la peur chez les enfants », l’Année...
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, ce qui témoigne de l’importance qu’il y attache. Pour la première fois de façon aussi systématique, le questionnaire repose sur la participation d’instituteurs se faisant observateurs d’enfants. La méthode, mixte ici, joint aux observations d’enfants peureux par les instituteurs, des rédactions faites en classe par les écoliers, à partir de cette consigne : « Raconter les circonstances où ils ont éprouvé ce sentiment [la peur] avec le plus de force ». Les écoliers sont ainsi valorisés dans l’exercice de ce que Binet semble considérer alors comme une introspection provoquée[8] [8] Jacqueline Carroy, Hypnose, suggestion et psychologie. L’invention...
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.

10 Les résultats déçoivent Binet qui ne reçoit que cent dix réponses, reflétant souvent l’incompréhension des instituteurs qui, semblant craindre un contrôle sournois de leur pratique professionnelle, dénient toute manifestation de peur chez leurs élèves[9] [9] Binet cite cette réponse collective : « La directrice...
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, ce qui, du coup, leur permet de dresser un portrait avantageux de l’École républicaine comparée au milieu familial, frustre et maltraitant ! Cette deuxième enquête de Binet est intéressante à un double titre : elle nous informe sur la psychologie de son auteur qui, dans la conduite de son interrogation, infléchit le thème initial de la peur à l’angoisse et elle révèle à Binet le conformisme des maîtres et leur résistance au questionnement, ce qui constitua l’une des limites de son utilisation du questionnaire dans ce contexte.

Une industrie de l’enquête

11 Appelé en 1900 au titre de conseiller scientifique à la Société libre pour l’étude psychologique de l’enfant[10] [10] Créée en 1899 par Ferdinand Buisson à la demande des...
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, que dirige Ferdinand Buisson, avec qui il avait déjà collaboré en 1893 lors de l’« Enquête sur le caractère », Binet en devint vite le président (1902). Il a ainsi guidé les premiers pas de cette jeune société qui se propose de défricher ou d’approfondir les connaissances sur l’enfant dans le but d’améliorer à terme le rendement pédagogique. Binet s’employa à développer l’esprit scientifique qui faisait défaut aux membres de la Société libre, chercheurs de bonne volonté mais naïfs et dénués de toute formation[11] [11] Cf. A. Binet, l’Année psychologique, XI, 1904-1905, p. ...
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. En retour, la société et son Bulletin pouvaient offrir à Binet la possibilité de réaliser un programme scientifique conçu depuis 1891 avec Henri Beaunis au laboratoire de psychologie physiologique de la Sorbonne, par la mise à l’épreuve à grande échelle de la technique du questionnaire d’enquête. Car, écrivait Binet en 1894, les sujets susceptibles de répondre au psychologue ne se précipitent pas et « l’indifférence du public », lui semble alors « le principal obstacle à la réussite des enquêtes »[12] [12] Cf. A. Binet, l’Année psychologique, I, 1894-1895, p. ...
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. Le relatif isolement de Binet dans la communauté scientifique française et son manque de reconnaissance académique[13] [13] Binet fut évincé de chaires prestigieuses du fait d’une...
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lui rendent précieux cet appui de la communauté enseignante, qui lui ouvre largement l’école comme terrain expérimental.

12 L’idée que l’école constitue un champ d’observation vient d’ailleurs s’appuyer sur la tradition pédagogique française des journaux de classe où les maîtres doivent consigner quotidiennement les observations qu’ils font de leurs élèves comme le leur rappellent avec insistance les parutions successives du Manuel général de l’Instruction primaire, dirigé par Ferdinand Buisson. Il y a donc au départ coïncidence d’intérêts entre Binet et un courant majoritaire à la Société libre qui voue une vive admiration aux sociétés pédagogiques américaines participant du Child’s Study Movement qui s’affiche bruyamment à l’Exposition universelle de 1900 à Paris.

13 Les trois premières enquêtes de la Société libre parues en 1900 portent sur « le sentiment de la colère », « les enfants indisciplinés et rebelles » et « les altérations de la vérité ». L’auteur de ces enquêtes, resté anonyme, est vraisemblablement Binet, même s’il ne les revendique pas nommément employant un « nous » dont il use volontiers, mais peut-être aussi a-t-il souhaité rester en retrait en raison du fait que la nature pédagogique et morale des thèmes abordés reflète davantage les préoccupations des éducateurs que les siennes.

14 Ces enquêtes sont diffusées au moyen de questionnaires publiés dans l’Année psychologique et dans le Bulletin interne de la Société libre[14] [14] Cf. l’Année psychologique, VI, 1899-1900, et Bulletin...
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, où parurent aussi les résultats. Ce sont toutes les trois des enquêtes faisant appel à des observations régulières d’écoliers, doublées par moments de témoignages rédigés par les écoliers eux-mêmes. L’ambition initiale était de s’adresser aux éducateurs aussi bien qu’aux chefs de familles. De fait, il n’y aura pas de réponses individuelles, mais uniquement des réponses d’instituteurs canalisés par leurs supérieurs.

15 L’objectif de l’« Enquête sur le sentiment de la colère » chez l’enfant est de dresser une typologie de la colère ou du coléreux, en relation avec des facteurs héréditaires, circonstanciels ou de milieu.

16 L’objectif de l’« Enquête sur les altérations de la vérité ou enquête sur le mensonge » est d’étudier le développement du sens moral chez l’enfant. Sa connaissance est jugée comme un préalable essentiel à la conduite pédagogique dans la mesure où l’éducation morale, au même titre que l’éducation intellectuelle et physique, fait partie intégrante de la pédagogie mise en place par les ordonnances Ferry d’août 1882. Ce thème semble aussi faire écho aux recherches de Binet relativement à la validité du témoignage enfantin[15] [15] Cf. La suggestibilité, Paris, Schleicher, 1900. ...
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.

17 Enfin, l’« Enquête sur l’indiscipline », comme « révolte et insubordination déclarée », fait porter l’interrogation sur la genèse (sociale, physiologique, familiale) et les aspects caractéristiques de cette conduite éminemment problématique dans le champ scolaire.

18 La présentation des questionnaires montre constamment une alternance entre questions ouvertes et questions fermées et fait appel à une rédaction par l’enfant. Par exemple : « Quels sont les signes physiques des colères de cet enfant ? L’enfant était-il rouge ou pâle ? Les changements de coloration ont-ils alterné ou non ? » Ou bien : « Quels sont les motifs de colère que vous avez observés ? » À propos du mensonge, il est demandé : « L’enfant pense-t-il que le mensonge, quel qu’en soit le mobile, est toujours condamnable ou pense-t-il au contraire, qu’on peut, ou qu’on doit mentir ou dissimuler la vérité pour rendre service ? » « Posez-lui la question sous cette forme sans lui dire quel est votre sentiment : si possible, faites lui écrire la réponse et envoyez-la »[16] [16] Cf. l’Année psychologique, VI, 1899-1900, p. 605. Voir...
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.

19 Systématiquement, les rapporteurs font état de leurs réserves. Certaines questions ayant été mal libellées, de façon confuse ou ambiguë, les réponses sont difficilement classables, ce qui conduit à éliminer quelques-unes des 150 à 200 réponses recueillies pour chaque enquête. Parfois c’est la sincérité de l’enfant scripteur qui est mise en doute : l’enfant ayant fait ce travail comme un devoir et ayant répondu ce qu’il pensait que son maître voulait lui voir répondre.

20 Les rapporteurs tentent ensuite de se livrer à une analyse différentielle des réponses selon le sexe, l’âge, le caractère, l’intelligence, l’hérédité familiale et le milieu en s’appuyant sur des références théoriques incontournables alors, comme l’étude psychologique sur L’hérédité ou La psychologie des sentiments de Théodule Ribot[17] [17] Théodule Ribot, L’hérédité. Étude psychologique,...
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. On obtient ainsi, par exemple, le portrait de « l’enfant-colère » reconnaissable chez 75 des 189 sujets interrogés présentant une étiologie à prédominance héréditaire (parents alcooliques, violents, épileptiques, hystériques) aggravée par des « causes morales » de nature éducative. Le rapporteur de l’enquête sur le mensonge incrimina également en dehors de l’excès d’imagination ou du calcul par intérêt, le caractère pernicieux de l’éducation familiale. De la même façon, le rapporteur de l’enquête sur « l’indiscipline » présenta, sous réserve, un essai de classification de ses causes au premier rang desquelles il place, lui aussi, la mauvaise éducation… Puis, comme toujours à l’issue d’un constat de carence éducative, le rapport se termina par des conseils d’hygiène morale et physique.

21 Les réflexions issues de ces enquêtes font l’objet de discussions animées sur des thèmes qui agitent alors l’actualité comme l’obligation scolaire, l’uniformité des programmes, l’individualisation de l’enseignement ou l’intérêt du maniement des sanctions. D’autres enquêtes ultérieures partirent de ce type de préoccupations.

22 Malgré les difficultés d’exploitation régulièrement soulevées, ces enquêtes se poursuivirent jusqu’en 1909, avec pour certaines d’entre elles la récolte d’impressionnantes quantités de matériaux. L’enquête sur « la plus belle action » de Roussel (1902) reçoit ainsi 3643 rédactions d’élèves dont les enquêteurs doutent qu’elles n’aient pas été influencées par les maîtres, tant elles traduisent une imagerie édifiante et stéréotypée ; l’enquête sur « les récompenses » (1904) fait état de 44 000 réponses dont le rapporteur avoue ne pouvoir « tirer quelque conclusion éclatante » ; l’enquête sur « les révélations de l’écriture courante » (1904) recueille, elle, 593 réponses constituées de 42 items chacune, qui inspirent cette conclusion désenchantée : « Nous avons manipulé beaucoup de feuilles, fait beaucoup de totaux, calculé beaucoup de tant pour cent et vous allez nous reprocher d’arriver à vous les mains vides ! »

23 En 1905, on retiendra encore une ambitieuse enquête portant sur les avantages et les inconvénients « de l’écriture droite ou penchée ». De vifs enjeux stratégiques se nouaient alors autour de cette question, faisant l’objet de débats ministériels et de discussions entre hygiénistes et pédagogues. En conclusion, l’« étude expérimentale » montre qu’on ne peut se prononcer en faveur de l’un ou l’autre type d’écriture : celui-ci n’a pas d’incidence sur la rectitude du dos, pas plus que sur la vitesse ou la lisibilité. Le débat sur l’écriture « nationale » peut donc être clôs ! La dernière enquête répertoriée porte sur « la paresse » et 457 instituteurs y participent en 1909. Mais le mot n’ayant pas été défini au préalable, les réponses sont inutilisables.

24 On est frappé de cette sorte d’acharnement à poursuivre pendant des années de lourds travaux, dont le succès sans cesse remis en question est reporté sur une enquête ultérieure qui jouirait enfin de conditions idéales. Sans doute les pédagogues de la Société libre et Binet lui-même ont-ils du mal à renoncer à cet outil qui, dans son principe, doit valoriser et généraliser l’observation de l’enfant ce qui semble alors la clé du succès pédagogique.

Les questionnaires en question

25 On l’a vu, ces enquêtes aux matériaux abondants et disparates déçoivent régulièrement les utilisateurs qui s’interrogent : comment traiter ce matériel ? Comment se fier aux réponses reçues ?

26 Dès sa présentation de l’enquête sur le caractère des enfants en 1894, Binet annonçait d’emblée les risques que présentait ce procédé :

27

Nous ne nous dissimulons pas qu’en étudiant une question aussi délicate que celle du caractère par le moyen de questionnaires, nous exposons notre étude à des erreurs nombreuses. Il est dangereux de se servir d’intermédiaires que l’on ne connaît pas[18] [18] Revue philosophique, XXXVII, 1894. ...
suite
.

28 À la fin de l’article, Binet sans doute peu sûr de lui, se recommande de Ribot cautionnant l’« utilité » de ces recherches pour parvenir à « une connaissance scientifique des diverses formes du caractère » selon le modèle américain. Ce même Ribot, au Congrès international de psychologie à Paris en 1900, citait parmi les avancées de la psychologie de l’enfant, les enquêtes par questionnaires[19] [19] Théodule Ribot, « La psychologie de 1896 à 1900. Communication...
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. Il en dénonça radicalement l’usage quatre ans plus tard[20] [20] Cf. J. Carroy, op. cit. ...
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, avisé sans doute des déboires rencontrés à la Société libre dont il est membre, comme il l’est également au comité de rédaction de l’Année psychologique (même si sa participation paraît plus honorifique que réelle, puisqu’il n’y signe rien), donc très au fait des recherches et des publications de ses collaborateurs.

29 On pointe qu’au-delà de 1901, Binet ne fait plus place aux enquêtes de la Société libre dans les colonnes de l’Année psychologique[21] [21] Cf. Élisabeth Chapuis, « Les questionnaires d’enquête...
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, ce qui traduit bien la défaveur dans laquelle celles-ci sont tombées à ses yeux. Les résultats de ces enquêtes ne connurent plus dès lors qu’une diffusion interne dans les colonnes du Bulletin. Un article de juillet 1902[22] [22] Bulletin de la Société libre pour l’étude psychologique...
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révèle une tension accrue entre partisans et adversaires de ce procédé. L’inspecteur Belot, qui est le porte-parole des premiers, lance une nouvelle enquête – « sur la gronderie » – afin d’instruire le dossier qui apparaît comme la première tentative de légitimation de l’enquête par questionnaires. Belot résume alors les trois critiques principales dont les questionnaires ont été l’objet :

30

1° Ils font prendre à l’éducateur le rôle gênant et redoutable de confesseur ; 2° Ils risquent de soulever des récriminations […] des protestations, des résistances, voire même des vengeances explicables, sinon justifiées ; 3° Ils donnent des résultats sans valeur, ils sont un vrai trompe-l’œil, car les réponses enfantines, ainsi provoquées, manquent de précision et de sincérité.

31 Avant l’enquête de Fuster-Binet en 1903-1904, on peut voir là l’amorce d’une mise en examen de la fiabilité de l’enquête, donc un essai de validation d’une méthode chère à la Société libre et sur laquelle elle a cru asseoir sa légitimité.

32 C’est donc l’année suivante, en 1903, que débuta une enquête à fort enjeu épistémologique, portant sur « la concordance entre deux observateurs », diligentée par Marie Fuster et Alfred Binet. Il s’agit d’une enquête critique dont l’objet même est la définition des conditions de possibilité de tout travail d’enquête reposant sur la participation d’instituteurs. Du coup, Binet lui donne clairement sa caution au moment du lancement :

33

La Commission des Sentiments moraux […] se propose en effet, de saisir dans ses nuances et ses variations individuelles la vie émotionnelle des enfants, c’est-à-dire un ensemble de phénomènes […] qui se prêtent mal à l’expérimentation ; et ce sont ces phénomènes-là surtout qu’il nous faudrait bien connaître, car le sentir est ce qu’il y a de plus fondamental non seulement chez l’homme, mais encore et surtout peut-on dire, chez l’enfant.

34 Cependant, poursuit-il, avant de mener l’étude des « facultés affectives », la Commission « a tenu à s’éclairer sur une question préliminaire », d’ordre méthodologique, dont dépend la pertinence de toute étude menée

35

d’une manière indirecte, par l’intermédiaire des observateurs d’enfants […] La question est de savoir si ces observateurs, si intelligents qu’ils soient, pourront nous donner autre chose qu’une impression toute subjective, variant de l’un à l’autre, ou au contraire s’ils pourront faire des observations ayant un caractère d’objectivité[23] [23] Ibid. , 14, 1904. ...
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.

36 Cette question, Binet l’a déjà souvent posée, comme ici, lorsqu’il s’interroge sur la manière dont les enseignants jugent leurs élèves : « Est-il bien démontré […] que ce professeur ne s’est pas trompé en portant un jugement sur l’intelligence de ses élèves[24] [24] L’Année psychologique, VII, 1900-1901, p. 319. ...
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? »

37 C’est pour tenter de répondre à ces interrogations que sera entrepris ce long travail, l’enquête comportant plusieurs remaniements minutieusement étudiés et trois versions, qui seront appliquées entre 1903 et 1905. Un dispositif original, inventé pour l’occasion, permet de mettre en comparaison deux observateurs indépendants affrontant leur jugement sur un même objet, préfigurant ainsi « la méthode des juges ». Ce dispositif est ainsi conçu :

38

[La Commission] a fait dresser un questionnaire très long et très minutieux sur le caractère des enfants. Ce questionnaire est composé de plusieurs colonnes d’épithètes ; le nombre de ces épithètes est supérieur à 150, c’est dire que l’analyse a été poussée jusqu’aux nuances les plus délicates. Le correspondant qui se sert du questionnaire pour établir un caractère d’enfant doit simplement rayer l’épithète qui ne convient pas[25] [25] Cf. Bulletin de la Société libre pour l’étude psychologique...
suite
.

39 Les questionnaires ont été remis à deux maîtres connaissant le même élève et toute précaution a été prise pour qu’ils ne puissent pas se concerter. Le premier essai a lieu au cours du premier trimestre 1904[26] [26] Comme l’autorise la comparaison des deux rédactions que...
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. Jugé décevant, il est suivi peu après d’un second essai comportant plusieurs améliorations : liste d’épithètes réduites aux moins ambiguës, possibilité de suspendre le jugement par un « je ne sais pas » ou d’émettre un avis nuancé (« non, un peu, assez, beaucoup ») par une graduation des réponses sur une échelle de 1 à 4. C’est dans l’Année psychologique que Binet peut évoquer les premiers résultats du dépouillement effectué à partir d’une investigation menée dans des écoles de la banlieue parisienne. Confrontés à des épithètes qualifiant sentiments, intelligence et qualités physiques[27] [27] Cf. Bulletin de la Société libre pour l’étude psychologique...
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, ces couples d’instituteurs doivent dresser un portrait de l’enfant en biffant celles qui ne lui conviennent pas. Dans trois cas sur quatre, les jugements sont identiques et les rapporteurs se déclarent satisfaits même si parfois tous deux se disent surpris : ainsi, contrairement à leur attente, les questions qui portent sur l’intelligence n’ont pas entraîné une meilleure entente entre les maîtres que celles portant sur le caractère. En revanche, les rapporteurs, constatant

40

que l’immense majorité des ratures portent sur des défauts, et que la grande majorité des termes maintenus désignent des qualités […] en déduisent que les maîtres […] se sont donné l’auto-suggestion de flatter leurs élèves en obéissant à un optimisme dont la pédagogie a besoin, mais que la science exacte réprouve[28] [28] Ibidem. ...
suite
.

41 Les réponses apparaissent comme le reflet de la psychologie des observateurs bien plus que de celle de leurs élèves.

42 Les résultats de l’essai suivant (1905) affichent un accord supérieur entre juges : quatre cas sur cinq (contre 3 contre 4). Au demeurant, et en dépit de mises en garde répétées, les choix des instituteurs trahissent encore « l’optimisme pédagogique » dénoncé précédemment. Dans sa conclusion, optimiste elle aussi, le rapporteur relève qu’après une phase de défaveur, les questionnaires « à condition d’être bien employés », devraient à l’avenir pouvoir être de nouveau considérés comme « d’excellents outils ».

43 De soigneuses procédures méthodologiques (plusieurs essais) ont permis le repérage de biais imprévus. Si l’avis des maîtres peut être considéré comme autorisé dans quatre cas sur cinq, il faut prendre en compte de leur part, un préjugé systématiquement favorable aux élèves. Cela semble donc remettre en cause la mobilisation des instituteurs comme auxiliaires du psychologue et ruiner définitivement ce type d’investigation. Mais n’est-il pas paradoxal qu’il ait fallu recourir encore à une enquête – réussie et convaincante celle-là – pour la discréditer aux yeux de ses utilisateurs ?

44 À l’époque où cette enquête décisive n’était encore qu’en chantier, en 1904, Binet, anticipant les résultats, publie un texte féroce contre l’invasion des questionnaires à l’américaine dans la psychologie française :

45

Les Américains qui ont déjà une littérature psychopédagogique si copieuse – surtout copieuse – ont mis à l’épreuve bien des procédés. Ils ont fait d’abord des enquêtes par questionnaires […] Notre Société a quelque temps suivi cet exemple et elle a édité plusieurs questionnaires […] Il a semblé que ce mode d’investigation qui a surtout l’avantage d’une certaine facilité d’exécution, ne donne pas des solutions bien précises, parce que les correspondants qui emploient les feuilles des questionnaires restent pour nous des inconnus dont on discerne mal les capacités d’observation et d’analyse […] On ne s’en est pas rendu compte d’abord à la Société, quand j’en ai fait discrètement la remarque […] Maintenant je crois que la majorité s’en aperçoit[29] [29] Cf. Bulletin de la Société libre pour l’étude psychologique...
suite
.

46 Le Bulletin étant sorti en janvier, il y a donc antériorité de Binet dans la dénonciation des questionnaires[30] [30] Déjà dans la conclusion de L’étude expérimentale de...
suite
par rapport à l’article fameux de Ribot dans le numéro inaugural du Journal de psychologie normale et pathologique, qui sort en mai[31] [31] Une lettre d’Alfred Binet à Jean Larguier des Bancels...
suite
avec 300 abonnés. Toutefois les enquêtes continuèrent au moins jusqu’en 1909 et Binet ne cessa pas de s’y intéresser tout en tentant d’en dissuader « ses collaborateurs » de la Société libre et en leur refusant la plate-forme d’une diffusion dans l’Année psychologique[32] [32] Revue philosophique, XXXVII, 1894. ...
suite
. Cet attachement ambigu de Binet au questionnaire nous semble lié à des intérêts de carrière, mais aussi à un fort espoir de validation empirique. Si l’utilisation de l’enquête à des fins de recherche fondamentale en psychologie sur le terrain scolaire lui semble devoir être définitivement condamnée après 1903-1904 (dates du début de l’enquête sur la concordance entre observateurs), en revanche, l’utilisation de l’enquête dans le cadre limité d’un sondage approfondi effectué sans intermédiaire lui paraît conserver tout son intérêt, comme il le montra dans l’enquête sur l’enseignement de la philosophie (1907) ou comme l’ont manifesté les enquêtes sur les souvenirs d’enfance de 1895 et de 1903, car c’étaient là des enquêtes sur de faibles contingents, menées de bout en bout par une même personne. Mais perdant l’avantage du nombre, quel est l’intérêt d’une enquête par questionnaire ? D’ailleurs la recherche fondamentale en psychologie du développement ne s’intéressera pas au questionnaire, lui préférant l’observation et l’expérimentation doublées parfois de l’interview du sujet selon une voie également indiquée par Binet que reprendra Jean Piaget plus tard[33] [33] Cf. les ouvrages de Jean Piaget La naissance de l’intelligence...
suite
. En revanche, les questionnaires seront encore utilisés dans le champ scolaire en tant qu’instruments de sondage d’opinion comme dans une enquête de 1911 sur les goûts des écoliers[34] [34] Cf. Paul Lapie, L’école et les écoliers, Paris, Alcan,...
suite
.

Annexe

Annexe

Liste des premières enquêtes psychologiques françaises

47 La date indiquée est celle de la première mention dans une publication. Le titre de l’enquête est suivi de son auteur et des références bibliographiques ; le cas échéant, des références aux articles qui font état de l’enquête, du type de population visé par l’enquête et du nombre de réponses recueillies. Nous indiquons par une astérisque les enquêtes inexploitées, en projet ou dont les résultats ne sont pas publiés ou ne le sont que partiellement. Le soulignement signale des enquêtes qui ont eu un rôle pionnier à l’époque.

Abréviations

48 A.P. : l’Année psychologique. Celle-ci porte deux dates, celle de rédaction et celle de publication des travaux.

49 Bull. : Bulletin de la Société libre pour l’étude psychologique de l’enfant.

50 R. Ph. : Revue philosophique.

51 Société libre : Société libre pour l’étude psychologique de l’enfant.

52 1877 * Lettre sur un questionnaire d’hérédité psychologique ; A. de Candle ; R. Ph., XXIII, 1877, p. 659.

53 1888-1892 Enquête internationale sur les hallucinations ; H. Sidgwick, Londres, Society for psychical research ; 16 000 réponses provenant de Grande-Bretagne (H. Sidgwick), 3943 réponses de France, de Belgique, de Suisse, et d’Italie (L. Marillier), 6311 réponses des États-Unis (W. James, R. Hodgson) ; A. Binet, Introduction à la psychologie expérimentale, 1894, p. 143.

54 1890 * Projet de questionnaire psychophysique ; J. Héricourt ; R. Ph., 1, 1890, p. 445.

55 1891 Enquête sur les idées générales ; T. Ribot ; R. Ph., 2, 1891, p. 376 ; 103 réponses d’adultes ; présentation au Congrès de psychologie expérimentale, Londres, 1892, A. Binet, Introduction à la psychologie expérimentale, 1894, p. 143, T. Ribot, L’évolution des idées générales, 1897.

56 1891 Enquête sur l’audition colorée et les schèmes visuels ; É. Claparède et T. Flournoy ; T. Flournoy, Les synopsies, 1891 ; A. Binet, Introduction à la psychologie expérimentale, 1894, p. 143.

57 1892 Note sur les questionnaires psychologiques individuels ; H. Beaunis ; Travaux du laboratoire, 1893, p. 51-81, présentation au Congrès de psychologie expérimentale, Londres, 1892.

58 1892 Essais sur le langage intérieur ; G. Saint-Paul, Lyon, Storck ; Revue scientifique, 1892, A. Binet, Introduction à la psychologie expérimentale, 1894, p. 143.

59 1893 * Questionnaire sur l’audition colorée ; Gruber ; R. Ph., 1, 1893, p. 449, A. Binet, Introduction à la psychologie expérimentale, 1894, p. 143, Bull., 8, 1902 ; adultes.

60 1893 * Questionnaire sur la mémoire visuelle ; H. Beaunis et A. Binet ; Revue scientifique, 1893, A. Binet, Introduction à la psychologie expérimentale, 1894, p. 143.

61 1893 * Enquête sur la mémoire musicale ; Courtier ; A. Binet, Introduction à la psychologie expérimentale, 1894, p. 143.

62 1893 Enquête sur les joueurs d’échecs et les grandes mémoires ; A. Binet ; Revue des Deux Mondes, 15 juin 1893, p. 826-860 ; R. Ph., XXXVII, 1894, A. Binet, Introduction à la psychologie expérimentale, 1894, p. 143.

63 1894 Enquête sur le caractère des enfants ; A. Binet ; le Petit Journal, 1894, 12 réponses ; R. Ph., 1, 1894, p. 344, Travaux du Laboratoire de psychologie physiologique, 1893, p. 51-53 ; diffusion interne à l’administration de l’Instruction publique ; 1000 réponses d’adultes en majorité instituteurs.

64 1895 Enquête sur les premiers souvenirs de l’enfance ; V. et C. Henri ; A.P., I, 1894-1895 ; R. Ph., 1, 1895, p. 231, A.P., III, 1896-1897 ; 123 réponses d’adultes.

65 1896 Questionnaire sur la peur chez les enfants ; A. Binet ; A.P., II, 1895-1896 ; entre 110 et 250 réponses d’instituteurs.

66 1900 Enquête sur le sentiment de la colère chez l’enfant ; P. Malapert ; A.P., VI, 1899-1900, et IX, 1902-1903, Bull., 1 et 10 ; 197 réponses de membres de la Société libre, d’instituteurs, d’inspecteurs.

67 1900 * Enquête sur les altérations volontaires ou involontaires de la vérité par l’enfant ; Buisson, Duprat ; Bull., 1, 6 et 9 ; 200 à 250 réponses de membres de la Société libre, instituteurs, inspecteurs, parents. Reprise en 1903 sous le titre, Enquête sur le mensonge chez l’enfant, Duprat et Société libre, Archives de psychologie, 3, 1904 ; instituteurs et enfants.

68 1900 Enquête sur les enfants indisciplinés et rebelles ; Fuster, Fiévet, Société libre ; A.P., V, 1899-1900, Bull., 1, 7 et 8 ; 141 réponses d’instituteurs et d’inspecteurs.

69 1902 * Enquête sur la gronderie ou enquête sur les enfants grondés ; Kuhn, Société libre, Belot rapporteur ; Bull., 8 et 9 ; élèves.

70 1902 Enquête sur le souvenir le plus ancien ; G. Dumesnil, V. Henri, Société libre, Belot rapporteur ; Bull., 8 ; 320 à 400 réponses d’élèves des écoles. Reprise et remaniée en 1902 ; 727 réponses d’élèves.

71 1902 Enquête sur la plus belle action ; Roussel, Société libre, Malapert rapporteur ; Bull., 8 et 9 ; 3643 réponses d’élèves.

72 1903 * Enquête sur l’évolution du sens de la probité chez l’enfant ; Aurivel ; Bull., 12 ; instituteurs.

73 1903 Enquête sur le premier souvenir de l’enfance ; G. Dumesnil, Société libre ; Bull., 12 et 14 ; 34 réponses d’étudiants et de normaliens.

74 1903 * nquête sur l’éducation simultanée des normaux et des anormaux ; A. Binet ; Bull., 24 et 25 ; instituteurs.

75 1903 Enquête sur les révélations de l’écriture courante chez les écoliers ; Belot, Commission de graphologie de la Société libre ; Bull., 15 et 18 ; 593 réponses d’écoliers.

76 1903 Étude de la concordance pouvant exister entre deux observateurs ; Fuster, Féjard, Lacabe, A. Binet, Commission de graphologie, Binet rapporteur ; Bull., 14, 16, 17, A.P., X, 1904-1905 ; 68 réponses d’instituteurs. Reprise et remaniée, Bull., 21 et 24 ; 48 réponses d’instituteurs. Reprise et remaniée, Bull., 24 ; 218 réponses d’instituteurs.

77 1904 Enquête sur les récompenses ; Cornuel, Société libre ; Bull., 8, 12 et 14 ; 44 000 réponses d’élèves.

78 1904 * Enquête par questionnaire sur l’écriture droite ou penchée ; Mutelet, Commission de la pédagogie, sous-commission de l’écriture, Société libre ; Bull., 22, 23, 25, 30, 31, 32, 35, 36 ; questionnaires adressés à des administrations et à des instituteurs et recueil de 155 copies d’élèves.

79 1904 Questionnaire sur les jeux scolaires ; G. Tarde, A. Binet, Dejean de la Batie et Commission des jeux, R. Cousinet, Briquet rapporteur ; Bull., 16, 19, 21, 22 et 52 ; 13 réponses d’instituteurs.

80 1905 Enquête sur l’influence de l’école sur le langage de l’enfant ; Belot, Commission de la pédagogie ; Bull., 24, 25, 27 et 35 ; 23 réponses d’instituteurs.

81 1905 * Questionnaire ministériel de recensement des anormaux et arriérés de l’intelligence ; Vaney, Société libre.

82 1906 Enquête sur le vocabulaire connu des enfants ; Belot puis les frères Anfray, instituteurs, membres de la Société libre ; Bull., 29, 30, 35, Journal de psychologie normale et pathologique, 1907 ; 6035 réponses d’élèves.

83 1907 * Enquête sur l’évolution des enfants à la maison ; A. Binet ; A.P., XIII, 1906-1907 ; parents.

84 1907 * Enquête sur l’enseignement de la philosophie ; A. Binet ; A.P., XIV, 1907-1908, compte rendu de Binet à la Société française de philosophie, 1907 ; professeurs de philosophie.

85 1909 Enquête sur la paresse ; E. Bocquillon, Commission des qualités et des défauts de l’enfant, Société libre ; Bull., 55 et 56 ; 457 réponses d’instituteurs ; A. Binet, Idées modernes sur les enfants, 1909, p. 200-205.

 

Notes

[ 1] Stanley Hall, Contains of Children’s mind, Princeton, 1883.Retour

[ 2] Nous donnons en annexe une liste (qui n’est sans doute pas exhaustive) des premières enquêtes psychologiques françaises que nous avons pu répertorier en consultant les revues spécialisées depuis 1876 jusqu’à 1909, année de la dernière enquête recensée.Retour

[ 3] Alfred Binet, « La perception des longueurs et des nombres chez les enfants », Revue philosophique, XXIX, 1890, p. 68-81 ; Id., « Perception d’enfants », ibid., XXX, 1890, p. 582-611.Retour

[ 4] Revue philosophique, XXXVII, 1894, p. 344-346 ; Alfred Binet, « Enquête sur le caractère des enfants », in Travaux du Laboratoire de psychologie physiologique des Hautes études, Paris, Alcan, 1893, p. 51-53.Retour

[ 5] Alfred Binet, « Introduction à la psychologie expérimentale », in Les méthodes d’observation, Paris, Alcan, 1894, p. 131-144 (chap. 8).Retour

[ 6] Madeleine Binet, « Souvenirs sur Alfred Binet », Bulletin de la Société Alfred Binet et Théodore Simon, 503, 1968, p. 201-207, et Id., « Extrait du journal de Madeleine Binet », ibid., 607, 1986, p. 5-9.Retour

[ 7] « Questionnaire sur la peur chez les enfants », l’Année psychologique, II, 1895-1896, p. 223-254.Retour

[ 8] Jacqueline Carroy, Hypnose, suggestion et psychologie. L’invention de sujets, Paris, Puf, 1991.Retour

[ 9] Binet cite cette réponse collective : « La directrice de l’école et ses adjointes, après avoir délibéré sur la question, ont été d’accord pour affirmer qu’elles n’ont jamais remarqué chez les élèves le moindre signe de peur » (l’Année psychologique, II, 1895-1896, p. 224).Retour

[ 10] Créée en 1899 par Ferdinand Buisson à la demande des étudiants de pédagogie de la Sorbonne, cette société de « psychologie expérimentale » (A. Binet, l’Année psychologique, VI, 1899-1900, p. 600), ouverte à tous – éducateurs, médecins, scientifiques, pères de famille, etc. – est composée pour beaucoup d’inspecteurs de l’Instruction publique, de professeurs et d’instituteurs. Voulant se démarquer des nombreuses sociétés savantes et des « clubs intellectuels », où l’argumentation seule tient lieu de preuve, Binet la définit comme une « société coopérative de travail » (ibid., X, 1903-1904, p. 117). Après divers changements de noms, l’actuelle société Alfred Binet a fêté en novembre 1999 son centenaire.Retour

[ 11] Cf. A. Binet, l’Année psychologique, XI, 1904-1905, p. 116-130.Retour

[ 12] Cf. A. Binet, l’Année psychologique, I, 1894-1895, p. 144.Retour

[ 13] Binet fut évincé de chaires prestigieuses du fait d’une formation atypique pour un psychologue à cette époque puisqu’il est physiologiste et non médecin et philosophe comme le sont Pierre Janet et Georges Dumas. Voir Élisabeth Chapuis, Binet, la psychologie individuelle et l’enfant, thèse, Paris, Université de Paris VII-Denis Diderot, 1998.Retour

[ 14] Cf. l’Année psychologique, VI, 1899-1900, et Bulletin de la Société libre pour l’étude psychologique de l’enfant, 1, octobre 1900.Retour

[ 15] Cf. La suggestibilité, Paris, Schleicher, 1900.Retour

[ 16] Cf. l’Année psychologique, VI, 1899-1900, p. 605. Voir aussi Paulin Malapert, « Enquête sur le sentiment de la colère chez l’enfant », ibid., IX, 1902-1903, p. 1-40.Retour

[ 17] Théodule Ribot, L’hérédité. Étude psychologique, Paris, Delagrange, 1873, et Id., La psychologie des sentiments, Paris, Alcan, 1896.Retour

[ 18] Revue philosophique, XXXVII, 1894.Retour

[ 19] Théodule Ribot, « La psychologie de 1896 à 1900. Communication inaugurale », in ive Congrès international de psychologie. Paris, 20-26 août 1900, Paris, Alcan, 1901.Retour

[ 20] Cf. J. Carroy, op. cit.Retour

[ 21] Cf. Élisabeth Chapuis, « Les questionnaires d’enquête en psychologie de l’enfant. Le rôle des revues », in Actes du congrès de Cheiron-Europe, centenaire de l’Année psychologique, dactylogr., 1994, p. 59-67.Retour

[ 22] Bulletin de la Société libre pour l’étude psychologique de l’enfant, 8, 1902, p. 183-184.Retour

[ 23] Ibid., 14, 1904.Retour

[ 24] L’Année psychologique, VII, 1900-1901, p. 319.Retour

[ 25] Cf. Bulletin de la Société libre pour l’étude psychologique de l’enfant, 14, 1904.Retour

[ 26] Comme l’autorise la comparaison des deux rédactions que lui consacre Binet dans le Bulletin de la Société libre pour l’étude psychologique de l’enfant de janvier 1904 où il utilise un futur et dans l’Année psychologique publiée en mai-juin où il utilise un passé.Retour

[ 27] Cf. Bulletin de la Société libre pour l’étude psychologique de l’enfant, 16, 1904.Retour

[ 28] Ibidem.Retour

[ 29] Cf. Bulletin de la Société libre pour l’étude psychologique de l’enfant, 14, 1904, et l’Année psychologique, X, 1903-1904, p. 121-122.Retour

[ 30] Déjà dans la conclusion de L’étude expérimentale de l’intelligence (Paris, Schleicher, 1903), il notait : « Non seulement il faut rejeter toute épreuve rapide sur des anonymes, mais encore on doit préférer les expériences que l’on peut faire sur des personnes dont le caractère et l’existence nous sont connus. » (P. 184.)Retour

[ 31] Une lettre d’Alfred Binet à Jean Larguier des Bancels datée du 27 mai 1904 (Fonds Larguier des Bancels, Département des manuscrits, Université de Lausanne) évoque la sortie du premier numéro d’un concurrent, le Journal de psychologie normale et pathologique, de Janet et Dumas, en 1904.Retour

[ 32] Revue philosophique, XXXVII, 1894.Retour

[ 33] Cf. les ouvrages de Jean Piaget La naissance de l’intelligence (1936), La construction du réel (1937) et La formation du symbole chez l’enfant (1945), tous chez Delachaux et Niestlé à Lausanne.Retour

[ 34] Cf. Paul Lapie, L’école et les écoliers, Paris, Alcan, 1923. Je remercie D. Merllié pour m’avoir signalé cette référence.Retour

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Élisabeth Chapuis « Les enquêtes de psychologie de l'enfant, une industrie », Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle 1/2004 (n° 22), p. 77-94.
URL :
www.cairn.info/revue-mil-neuf-cent-2004-1-page-77.htm.