Mondes en développement
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4301-5
136 pages

p. 71 à 85
doi: en cours

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Varia

no 121 2003/1

2003 Monde en développement Varia

Redressement économique et réforme financière des pays asiatiques après la crise de 1997 : la contribution du Japon à la restauration de la stabilité économique

Masayuki Imai  [(*)]
Le développement économique des pays d’Asie de l’Est jusqu’au milieu des années 1990 a été surestimé, en particulier par la Banque mondiale qui évoquait «le miracle du développement économique». En 1997, ces pays ont été confrontés à une crise économique et monétaire, d’origine interne et externe, notamment dans le cadre du système monétaire international. Si le redressement des pays asiatiques a été plus rapide que prévu, le rôle du Japon dans la coopération régionale s’est vu limité sous l’influence conjointe du FMI et des Etats-Unis. La sortie de crise a suscité, pour la première fois, des mouvements de rapprochement entre les pays asiatiques et la promotion d’une coopération régionale a été recherchée, spécialement aux plans financier et monétaire Mots-clés : crise économique et monétaire, Asie de l'Est, système monétaire international, redressement, rôle du Japon, coopération régionale. Economic development of East Asian countries has been till the middle of 1990’s overestimated, particularly by the publication of the World Bank, with the expression of «Miracle of economic development». They have been faced with the monetary crisis in 1997 and the economic recession in the successive years. The causes of the crisis were found inside of each country as well as in the international monetary system supervise by IMF group. Asian countries have followed the road to recovery more quickly than it was anticipated. During this process, Japanese role for the regional cooperation has been limited under the influence of IMF group and United States. However, it is obvious that, for the first time after this crisis, the Asian countries recognized the necessity of regional cooperation by applying the financial and monetary way among them. Keywords : economic development, monetary crisis, recession, japanese rôle, egional cooperation.
A la suite de la crise monétaire et financière de 1997, suivie par la récession économique de 1998, les pays asiatiques membres de l’ASEAN (Association des nations du Sud-Est asiatique), ont connu, dans leur ensemble, un redressement remarquable. Nombre d’économistes soutiennent que leur croissance se poursuivra durant les années à venir grâce à une structure de base très stable. Ils se fondent sur l’analyse des capacités et des potentialités industrielles et sur les efforts consacrés à réformer le système monétaire et financier de ces pays. Par ailleurs, ils ont appliqué des méthodes d’analyse afin de définir les perspectives de ces économies pour le proche avenir. Dans les deux premières parties, les modalités du redressement et celles de la réforme structurelle seront examinées.
Le type de croissance économique traditionnelle doit être en grande partie adapté, puisque, comme nous le montrerons, nombre de pays asiatiques ont suivi, au cours des deux dernières décennies, un modèle fondé sur la stratégie d’industrialisation orientée vers l’exportation. Plus récemment, après la crise économique et financière, une démarche active de coopération et d’intégration régionale a été amorcée par ces nations. Jusqu’alors dépendant politiquement et économiquement des Etats-Unis [1], le Japon a rompu avec cette position, en tissant, pour la première fois, des liens étroits avec ses voisins. La troisième partie expliquera les aspects de cette profonde évolution.
Malgré l’obtention par les pays asiatiques de résultats appréciables liés aux réformes, il apparaît que ces améliorations ne seront pas suffisantes pour se protéger dans le futur contre une spéculation internationale, susceptible de trouver des moyens plus sophistiqués pour attaquer les points faibles d’une économie.
A cet égard, la coopération entre les pays de la région constitue une des solutions majeures permettant de maintenir le cours de leurs monnaies dans le cadre d’un développement durable.
Stimulés par l’avancée réussie de l’Union européenne en matière d’intégration régionale, les pays d’Asie ont intensifié, à l’intérieur de la région les échanges et les investissements au cours de ces dix dernières années, cette tendance se prolongeant après la crise. Immédiatement après celle-ci, une réduction du montant des investissements directs japonais a été observée dans des pays de l’ASEAN; cela résultait de la forte récession économique enregistrée au Japon du redéploiement de ses capitaux au profit du marché chinois. Cependant, la part des nouveaux investissements japonais réalisés dans les pays partenaires asiatiques s’est accrue. Depuis leur confrontation à la crise, les pays asiatiques ont pris conscience de l’importance de la coopération régionale entre eux, celle-ci étant beaucoup plus visible que durant les deux décennies précédentes.
 
1. MOUVEMENT VERS LA RÉFORME DES PAYS ASIATIQUES ET ANALYSE DES CAUSES DE LA CRISE
 
 
1.1 Problèmes essentiels et perspectives des économies asiatiques
Jusqu’à la crise monétaire et financière, la forte croissance de l’économique était présentée comme le « miracle d’Asie de l’Est » ; la crise a suscité des avis prudents sur les perspectives économiques des pays de la région. L’ensemble sera, toutefois, capable de conserver un taux de croissance relativement soutenu, en raison des éléments suivants :
  1. la solidité des « fondamentaux [2]» de l’économie asiatique, qui a maintenu une croissance importante sur les trois dernières décennies, reste, en pratique, inchangée, même après la crise monétaire;
  2. les pays de ce continent ont la possibilité d’utiliser efficacement des avantages offerts par la révolution des technologies de l’information;
  3. l’amélioration des structures industrielles et des relations intrarégionales démontre que l’Asie est capable de s’adapter en fonction de l’évolution des avantages comparatifs.
1.2 Approfondissement de l’interdépendance régionale en Asie
En 1997, selon les données du commerce extérieur de dix pays asiatiques, (4 membres de l’ASEAN, 4 nouveaux pays industriels (NPI), Chine et Japon), 46% des exportations et 50% des importations étaient intrarégionales. Consécutives à une série d’améliorations des structures industrielles, les relations étroites entre le commerce et l’investissement qui se sont développées sous une forme multilatérale, ont été à l’origine d’un mouvement cyclique du commerce et de l’investissement dans la région. Il est prévu que le degré de dépendance régionale en Asie croîtra davantage encore dans le futur, suivant l’expansion possible du marché mondial et les progrès des accords de libre-échange, telle que la zone de libre-échange de l’ASEAN (AFTA). L’économie asiatique est entrée dans une nouvelle phase où les divisions verticale et horizontale du travail s’adaptent à l’expansion de chacun des marchés domestiques et à l’architecture des réseaux induits par la technologie ; elle a atteint une interdépendance forte, inconnue jusqu’alors. L’unité économique et sociale s’est également renforcée. La reprise économique récente est donc attribuée à une augmentation des exportations dans la région.
1.3 Causes de la crise : l’exemple de la Thaïlande
Nous résumons les causes de la crise en Asie et le processus de reprise, considéré officiellement comme ayant été plus rapide que prévu.
Pour la Thaïlande, le FMI et d’autres institutions financières internationales [3] ont mis en avant cinq causes :
  1. Le système de taux de change n’était pas adéquat, le taux était fixé par rapport au dollar, alors que des mesures de libéralisation des capitaux étaient appliquées,
  2. Les réserves en devises n’étaient pas suffisantes. Les réserves en dollars de la Banque centrale ne pouvaient contenir une attaque spéculative sur le marché des changes,
  3. Le système financier n’était pas stable,
  4. Il manquait une structure de contrôle pour les entreprises et pour les banques,
  5. Le capitalisme, marqué par une forme de népotisme, prévalait dans la plupart des pays asiatiques, et surtout en Indonésie.
Les facteurs énumérés ci-dessus ont été couramment observés dans les pays d’Asie frappés par la crise monétaire et financière. La Thaïlande, qui fut la première touchée, a été choisie à titre d’exemple typique pour analyser les développements suivants :
  • Les pays d’Asie du Sud-Est (ici limités aux quatre membres de l’ASEAN affectés par la crise) ont connu une croissance remarquable du début des années 80 au milieu des années 90, suivant les expériences des NPI d’Asie (Hong-Kong, Corée du Sud, Singapour et Taïwan). Dans le rapport de la Banque mondiale (1994), publié sous le titre évocateur du « Miracle d’Asie de l’Est », des économistes néoclassiques, notamment monétaristes, ont apprécié la croissance de ces pays résultant d’une politique mêlant mécanismes d’économie de marché et régulation résultant de l’intervention gouvernementale,
  • Les partenaires commerciaux des quatre pays de l’ASEAN, tels que les Etats-Unis, le Japon et la Chine, ont des marchés ou des structures industrielles se caractérisant par une croissance ou un déclin rapide. Cette irrégularité s’est répercutée chez les quatre pays de l’ASEAN en crise qui ont également connu des fluctuations marquées entre croissance soutenue et récession,
  • La Thaïlande a obtenu une croissance remarquable au début des années 90, par suite de son industrialisation centrée sur l’industrie lourde durant la décennie des années 80. Il est toutefois à noter que sa balance des paiements a été continuellement en déficit au début des mêmes années 90, depuis que les exportations traditionnelles de produits de son industrie légère ont perdu en compétitivité par rapport aux produits fabriqués en Chine,
  • Dans ce contexte, la Thaïlande a été obligée d’attirer des devises étrangères et, dans le même temps, de se conformer aux recommandations de libéralisation des mouvements de capitaux prônées par le FMI,
  • L’afflux massif de capitaux étrangers sur le marché émergent thaïlandais s’est traduit entre 1993 et 1996 par la formation d’une « bulle financière »,
  • Une spéculation internationale visa le baht Thaïlandais début 1997, et elle atteint ses objectifs durant l’été,
  • En définitive, c’est la conjugaison d’un ensemble de facteurs qui a provoqué la crise, y compris des causes macroéconomiques associées à la finance internationale (un brusque mouvement international de capitaux), microéconomiques et structurelles internes (la vulnérabilité des secteurs financier et d’entreprise), signifiant que les crises étaient jumelles.
  • Même si les organisations internationales comme le FMI, l’OCDE et la Banque mondiale ont insisté, parmi les origines de la crise, sur l’immaturité du système financier et monétaire, y compris le capitalisme empreint de népotisme, la crise ne se serait pas produite sans les attaques spéculatives des groupes internationaux. Le FMI a expliqué que le gouvernement thaïlandais n’avait pas suivi son avertissement préalable concernant un risque possible [4]. Il est, toutefois, curieux d’observer que le FMI ait recommandé la libéralisation des mouvements de capitaux, malgré la vulnérabilité bien connue du système financier thaïlandais. Aucun économiste n’a critiqué le comportement contradictoire du FMI depuis le début de la crise. Les mesures proposées par le FMI n’ont été ni appréciées ni satisfaisantes. Tout au contraire, plusieurs conditionnalités, imposées par cette institution sur la base des méthodes traditionnelles consistant à réduire la demande, ont aggravé la crise et engendré davantage de confusion.
 
2. LE REDRESSEMENT ET LES VOLETS À AMÉLIORER
 
 
Dans le but d’assurer la stabilité des systèmes économique et financier nécessaires pour rendre la croissance durable, il faut mettre en œuvre les politiques suivantes :
  • principalement, une réforme de la structure financière interne;
  • un renforcement du système financier international;
  • une étroite collaboration régionale.
2.1 La réforme des secteurs financier et monétaire
Il est essentiel pour les pays d’Asie, non seulement de satisfaire aux conditions du rétablissement de leurs économies, mais aussi de saisir les occasions ainsi créées, afin d’accélérer les réformes structurelles. Les mesures spécifiques énumérées ci-dessous sont à prendre en compte :
  1. le renforcement des fonctions des institutions financières;
  2. la promotion d’un financement aux entreprises de petites et moyennes dimensions;
  3. le développement des marchés obligataires nationaux;
  4. la mise en œuvre plus rigoureuse des lois sur la faillite;
  5. le renforcement du « Corporate Governance».
2.2 La libéralisation des mouvements de capitaux
Cette libéralisation est importante pour promouvoir l’économie de marché. Le contrôle des mouvements de capitaux ne peut pas se substituer aux saines politiques macroéconomiques et structurelles, mais il constitue une option dans le cas d’entrées subites et massives de capitaux à court terme dans des économies dont les systèmes financiers ne sont pas suffisamment développés. La Malaisie fournit un bon exemple de pays qui, juste après la crise, ont adopté simultanément deux types de contrôles, celui des mouvements de capitaux et celui de l’octroi de crédits par le secteur bancaire. Le succès de la Malaisie résulte de l’adoption de mesures préventives prises contre les sorties importantes de capitaux, consistant à réglementer le change du ringgit malais contre les autres monnaies, pour les non-résidents.
2.3 Le renforcement du système monétaire international
La réforme du FMI
La réforme du FMI est essentielle pour construire un système financier international qui ne succombera pas facilement aux crises monétaires. Le FMI proposa à la Thaïlande, à l’Indonésie et à la Corée du Sud d’augmenter leurs taux d’intérêt nationaux, pour prévenir l’exode de capitaux. Cette politique de relèvement des taux d’intérêt entraîna de sérieux problèmes internes, en provoquant des difficultés de financement bancaire pour les sociétés privées; dans le même temps, malgré des taux d’intérêt élevés, l’exode des capitaux ne s’est pas arrêté. En conséquence, certains pays ont profondément douté des politiques proposées par le FMI et la Corée, par exemple, a décidé de ne pas suivre, en définitive, la proposition du Fonds.
Les points à améliorer d’urgence
Les principales mesures énumérées ci-dessous sont étroitement liées à une réforme du FMI :
  1. améliorer la conditionnalité;
  2. prêter une attention plus soutenue aux brusques mouvements de capitaux internationaux de grande envergure, lorsque le FMI exerce sa surveillance ou élabore des programmes;
  3. privilégier la prévention des crises à leur gestion;
  4. accroître la transparence et améliorer les procédures de prise de décision du FMI;
  5. augmenter la ligne de crédit contingenté;
  6. réviser l’allocation de quotas;
  7. développer un mécanisme complémentaire à l’assistance du FMI.
Plus d’un demi-siècle s’est écoulé depuis la création du FMI. Bien que nombre d’économies émergentes, y compris celles d’Asie, soient devenues des puissances économiques importantes, l’institution internationale accorde à ces nations une quote-part, un droit de vote et une représentation au Conseil qui restent limités. Des réformes s’imposent dans ces domaines, afin de refléter avec plus de pertinence la réalité économique des pays membres. Ce type de proposition n’a pas été exprimé au sein du FMI, ni même dans les critiques formulées par d’anciens membres de sa direction [5].
2.4 Une collaboration intrarégionale étroite
♦ L’importance de la coopération
La crise monétaire asiatique a mis en évidence les conséquences de l’interdépendance croissante des échanges et des investissements dans la région. Entravant les relations économiques intrarégionales, elle s’est propagée rapidement à l’ensemble des pays, avec un effet multiplicateur. L’instauration de systèmes économiques et financiers stables, susceptibles de permettre une croissance économique durable, suppose, au préalable, la promotion d’une coopération régionale.
Durant la crise monétaire et financière, la coopération régionale s’est développée entre les pays d’Asie. En novembre 2000, à Manille, lors de la réunion du sommet de l’ASEAN + Trois (Japon, Chine et Corée du Sud), les représentants de ces pays ont convenu de « renforcer le dialogue, la coordination et la collaboration en vue d’établir une politique commune en matière financière, monétaire et fiscale ». Cet accord a constitué un premier pas, extrêmement important, en direction d’un renforcement de la coopération régionale en Asie.
♦ La création d’une zone de libre-échange
Compte tenu des différences substantielles de niveau de développement entre les pays et de l’existence de délicats problèmes de politique intérieure propres à chacun d’entre eux, il serait à la fois efficace et réaliste, pour la création d’une zone de libre-échange en Asie, d’adopter une approche graduelle et par étapes, où les accords bilatéraux de libre-échange seraient combinés avec l’AFTA. Dans tous les cas, il convient de poursuivre avec vigueur l’intégration régionale, de concert avec le renforcement du système d’échange multilatéral, ainsi que la promotion de la coopération régionale.
♦ La création de marchés obligataires
Afin d’établir un mécanisme de recyclage des capitaux à long terme, permettant le transfert d’un pays de la région disposant d’un excédent de capitaux vers un autre qui en manque, il est nécessaire de faire des efforts au niveau de la grande région pour développer des marchés obligataires, incluant des moyens susceptibles de stimuler les marchés obligataires internationaux existants à Tokyo, Hong Kong et Singapour.
♦ Le mécanisme pour maintenir la stabilité des taux de change dans la région
La dépendance de nombreux pays asiatiques par rapport aux échanges extérieurs est beaucoup plus grande que celle des pays européens. Le commerce intérieur de la région s’est accru à tel point qu’il représente environ 50% de l’ensemble des échanges. A ce stade, l’Asie doit étudier la création d’un mécanisme monétaire de stabilisation régionale, qui assurera aux pays concernés que les taux de change de la région reflètent les « fondamentaux » de l’économie et qu’ils évolueront de manière stable. Au regard d’un mécanisme de stabilisation des taux de change intérieurs de la région, il serait, là encore, à la fois efficace et réaliste d’adopter une approche multilatérale par phases, en combinant des accords bilatéraux et régionaux.
Dans cette perspective, les pays de l’ASEAN ont décidé d’abroger, avant 2018, les tarifs douaniers au sein de l’AFTA, achevant par cette disposition la création d’une zone de libre-échange à cette date. S’inspirant de l’expérience de l’Union européenne, ils considèrent que pour accroître les échanges et les investissements dans la zone, la stabilité des taux de change est aussi importante que le niveau des tarifs douaniers. Une des options possibles pour ces pays consiste à lier les taux de change des monnaies nationales à un panier commun de monnaies, avec une marge de fluctuation suffisamment large par rapport à celui-ci.
♦ La promotion du dialogue politique régional
La mise en place d’un système de stabilisation des taux de change dans une région suppose d’y promouvoir le dialogue politique entre les partenaires, pour s’assurer que les politiques nationales, au plan macroéconomique et dans d’autres domaines, sont compatibles avec une harmonisation des taux de change.
Il est également essentiel d’établir des relations de confiance mutuelle propices à des échanges constructifs, en utilisant les cadres existants et en établissant des réseaux pour un dialogue politique multilatéral dans différents secteurs, sous des formes et à des niveaux variés.
A l’occasion du sommet de l’ASEAN+trois (Japon, Chine et Corée du Sud), tenu à Manille en novembre 1999, les représentants de ces pays sont convenus de renforcer le dialogue politique. Sur la base d’une proposition japonaise, la réunion des ministres des Finances de l’ASEAN+trois, en mai 2000, a entrepris l’examen de la situation économique de chaque pays.
♦ Un réseau régional de coopération financière
De nombreuses relations de coopération entre les autorités monétaires des membres de l’ASEAN peuvent être relevées, comme par exemple l’accord de swap entre le Japon et la Corée du Sud, ou entre le Japon et la Malaisie, dans le cadre de la nouvelle initiative MIYAZAWA [6]. Un accord sur la facilité de rachat de dollars a été instauré entre différents pays asiatiques, dont le Japon, ainsi que des accords de swap au sein de l’ASEAN. Dans le but de renforcer le cadre de la coopération régionale entre les autorités monétaires, il conviendrait de constituer des réseaux pour la coopération financière multilatérale, tant par l’extension que par la combinaison des coopérations bi- et multi-latérales.
Lors de la réunion des ministres des Finances de l’ASEAN+trois, tenue à Chiang Mai en mai 2000, un accord a été obtenu sur les points suivants :
  1. Utiliser le cadre de l’ASEAN + trois pour promouvoir les échanges de données compatibles et les informations sur les flux de capitaux,
  2. Etendre l’accord de swap de l’ASEAN, établir un réseau de swaps bilatéraux et un accord de facilités de rachat entre l’ASEAN, la Chine, le Japon et la
  3. Corée du Sud (Initiative Chiang Mai).
Les réserves officielles des membres de l’ASEAN+trois atteignaient plus de US $ 700 milliards à la fin de l’année 1999. Il serait plus significatif pour la stabilité des monnaies de la région et des marchés financiers, que les pays s’inscrivant dans ce cadre s’engagent dans une coopération monétaire étroite en mutualisant une part de leurs réserves en devises étrangères. Les swaps entre monnaies d’Asie et les accords de rachat de titres asiatiques pourraient contribuer à étendre les transactions entre monnaies de la région, s’ils s’accompagnaient du développement des marchés des changes et de systèmes de règlement. De tels accords de swap peuvent aider à prévenir des attaques spéculatives sur les places financières asiatiques.
 
3. POSITION, RÔLE ET OBLIGATIONS DU JAPON AU SEIN DE LA RÉGION
 
 
3.1 Les mesures immédiates prises par le Japon
En coopération avec le FMI et d’autres institutions, le Japon est intervenu pour soutenir les pays frappés par la crise monétaire et confrontés à une insuffisance de réserves en devises, selon la répartition suivante, en milliards US $ :
Les dates correspondent à celles publiées officiellement par le FMI.


IMGIMG Thaïlande Indonésie Corée 
(août 19...IMGIMF
Thaïlande Indonésie Corée (août 1997) (octobre 1998) (décembre 1997) FMI 4 10 21 Japon 4 5 10 Banque mondiale 3 4,5 10 Banque asiatique de 3,5 4 développement Etats-Unis 3 5 Singapour 5 Autre groupe ( 1) 4 Autre groupe ( 2) 1 Autre groupe ( 3) 5 Total 16 31 55

Les autres groupes de donateurs sont les suivants :
  1. Australie, Hong-Kong, Malaisie, Singapour
  2. (montant par pays, un milliard US $)
  3. Indonésie, Corée
  4. (par pays, 500 millions US $)
  5. Australie, Canada, France, Allemagne, Royaume-Uni
  6. (par pays, un milliard US $)
Le volume total de l’aide d’urgence ne fut pas suffisant pour faire face aux besoins [7].. Par la suite, à la demande de la Malaisie, le Japon offrit son soutien, au titre de son aide publique au développement (APD), environ 140 milliards de yens par an, pour 1998 et 1999. La Malaisie, qui refusa la proposition du FMI et appliqua de sévères contrôles aux mouvements de capitaux, fut disqualifiée comme bénéficiaire de l’APD, et l’aide publique du Japon pour ce pays s’éleva seulement à 20 milliards de yens environ (100 millions US $).
Les pays asiatiques ont dénoncé cette situation, en expliquant, par ailleurs, que le Japon ne s’était pas remis de sa récession économique des années 1990 et qu’il n’ouvrait pas suffisamment ses marchés aux importations. Beaucoup d’entreprises japonaises ont annoncé d’énormes déficits pour leurs investissements directs étrangers dans la région, à la suite de la brusque chute des taux de change des monnaies nationales.
Les pays d’Asie escomptaient que le soutien japonais se prolongerait sur une longue période, et ils prenaient des dispositions pour promouvoir une coopération entre eux et avec le Japon. Ce dernier a pratiqué une politique d’aide spéciale de sortie crise, et il a octroyé 68 milliards US $ au titre de l’APD pour des pays de l’ASEAN, jusqu’en août 1999.
3.2 Initiatives du Japon en faveur de la stabilité monétaire internationale
( 1) Proposition du Fonds Monétaire Asiatique de 1997
Le Japon proposa, en août 1997, de créer un Fonds Monétaire asiatique (FMA), en vue d’aider les pays frappés par la crise, en leur accordant des fonds d’urgence. Cependant, cette proposition ne fut pas accueillie favorablement par le FMI et les Etats-Unis, pour les trois raisons suivantes :
  1. Le FMA aurait créé une seconde organisation internationale ayant le même objet que le FMI depuis la Seconde Guerre Mondiale;
  2. Le FMA aurait posé un problème du type aléa moral dans les pays bénéficiaires, parce qu’ils auraient pu obtenir, même en cas d’échec de leurs politiques, des fonds d’urgence les conduisant à mettre en œuvre une politique irresponsable dans la région;
  3. Il n’existe aucun plan écrit et détaillé relatif au FMA. En 1997, un projet a été proposé, conjointement par le Japon et la Thaïlande, mais ses modalités n’ont pas été bien expliquées aux autres pays d’Asie.
( 2) La nouvelle initiative MIYAZAWA, en automne 1998
En septembre 1998, K. Miyazawa, a proposé d’apporter une aide d’urgence aux pays frappés par la crise. Cette proposition ne différait pas du projet initial de FMA, pourtant même les Etats-Unis l’ont accepté.
Deux raisons, au moins, expliquent l’adoption du plan MIYAZAWA (Shinohara, 1999). Premièrement, la crise financière asiatique s’étant propagée à la Russie et au Brésil au cours de l’été 1998, les autorités américaines se sont inquiétées, craignant une extension à l’ensemble du monde. Deuxièmement, face à l’ampleur de la crise, la Chine s’est ralliée à la proposition MIYAZAWA.
3.4 Responsabilités du Japon dans le redressement financier et économique régional
( 1) L’internationalisation du yen
Celle-ci est devenue un objectif pour le Japon après des discussions officieuses datant du début des années 1980. En avril 1999, un rapport du Conseil du Japon pour les changes et autres transactions a proposé le renforcement du rôle du yen comme monnaie internationale, en annonçant qu’il contribuerait à la stabilité des places financières internationales et des économies nationales, surtout en Asie.
Pourtant, dans un futur proche, le yen ne peut pas devenir une monnaie-clé dans cette région à la place de dollar US, tant que les autres pays asiatiques, en particulier la Chine, ne le souhaitent pas. Dès 1971, la création d’une « zone yen » était à l’ordre du jour. En 1981, l’auteur proposait au gouvernement japonais de recommander aux pays asiatiques de conserver leurs réserves extérieures en yens. Ce retard sur la politique financière est dû à une extrême dépendance vis-à-vis du dollar US.
( 2) Le redressement de l’économie japonaise et sa croissance stable
Durant la décennie 1990, le Japon a continuellement souffert de la récession économique, alors que la croissance stable de son économie est importante pour l’ensemble des autres économies de la région. Dans ce but, ce pays a consenti beaucoup d’efforts à son redressement en procédant à la rénovation de ses structures mais, désormais, les autres pays de la région attendent, en particulier, une reprise de ses importations.
( 3) Le rôle des sociétés et des institutions financières japonaises
Les sociétés japonaises devraient promouvoir les transferts de technologie et stimuler la constitution de réseaux industriels régionaux sur le long terme. Dans le même temps, les institutions financières japonaises devraient veiller à améliorer leurs situations financières et préparer des stratégies à moyen et long terme en vue de restaurer et de renforcer l’intermédiation financière sur le continent.
3.4 L’assistance japonaise aux autres pays d’Asie
( 1) L’aide au niveau national
Le développement institutionnel et des ressources humaines constitue, pour les pays d’Asie, une des clés, tant pour réformer le secteur financier et celui des entreprises que pour développer le réseau de protection sociale. A cet effet, le Japon devra offrir à ces pays l’assistance technique, y compris l’envoi d’experts et de spécialistes de la gestion des ressources humaines, afin, notamment, de soutenir les autorités financières et des autres institutions.
( 2) L’aide au niveau global
Même si le FMI a commis une grave erreur, le rôle de cette institution, de la Banque mondiale et de la Banque asiatique de Développement, à travers leur assistance technique, continuera à être déterminant pour le contrôle des politiques des pays asiatiques, en conformité avec les standards et les codes internationaux, et pour la réforme des secteurs financiers et de celui des entreprises. Dans ce but, le Japon devrait continuer à apporter son soutien actif aux institutions financières internationales.
( 3) L’aide au niveau régional
En tenant compte des avis formulés dans la région, le Japon devrait prendre des initiatives pour renforcer la coopération, y compris la promotion des échanges et des investissements, en développant les activités liées à la finance et les marchés obligataires régionaux, et en favorisant le dialogue politique et les réseaux de coopération financière. Il est souhaitable que le Japon renforce son assistance technique et financière dans le cadre de la coopération régionale. Ce pays devrait également fournir une aide aux projets des autres pays asiatiques, tel que celui concernant le développement de la sous-région du Grand Mékong. Enfin, le dialogue politique demeure le plus important de tous les facteurs.
 
CONCLUSIONS
 
 
1- Même si les pays asiatiques ont connu un redressement plus rapide que prévu, la forte crise monétaire et financière suivie de la dépression économique a eu des conséquences importantes qui ne seront ni oubliées, ni sous-estimées, puisqu’elles ont entraîné tant de dommages et de souffrances pour des dizaines de millions de personnes.
2- Chaque pays a adopté la politique requise et a réalisé des réformes structurelles. Au-delà des relatifs succès enregistrés, les stratégies de croissance économique devraient être infléchies et réorientées vers une croissance stable, fondée sur l’amélioration du bien-être, au lieu d’une croissance économique rapide accompagnée de la formation d’une bulle économique, comme dans le passé.
3- Le point le plus important, à réaliser aussi rapidement que possible, est la réforme du FMI et l’amélioration de l’actuel système monétaire international. Même si nulle autre institution n’est en mesure de jouer le rôle du FMI, les quotes-parts des pays membres, comme le caractère bureaucratique de cette institution, devront être modifiées. En outre, comme le Royaume-Uni et le Japon l’ont proposé ensemble, le système de contrôle des mouvements spéculatifs de capitaux des groupes internationaux devra être renforcé. Les actions de ces groupes devront être soumises aux règles du droit pénal devant la Cour de justice internationale; sinon, ils répéteront des manœuvres similaires, voire plus sophistiquées, qu’ils utiliseront contre un pays, même après des réformes structurelles. A défaut, l’économie « de casino », manipulée par des capitalistes monopolistes américains propagera une mondialisation sans ordre, qui conduira au chaos et au terrorisme.
4- Malgré cette crainte, le capitalisme américain accélère la mondialisation, d’où la nécessité pour les pays asiatiques de promouvoir la coopération régionale, seule méthode susceptible de les protéger.
5- Les pays asiatiques doivent prendre conscience que le dollar n’est pas une monnaie internationale clé, mais qu’elle n’est que la monnaie des Etats-Unis. Ces opinions pourraient être considérées par certains comme radicales, irréalistes ou nationalistes; l’intégration économique asiatique, assortie de relations économiques solides avec l’Union européenne, ne représente-t-elle pas une solution efficace pour se prémunir des risques liés à la stratégie de mondialisation américaine ?
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NOTES
 
[(*)] Professeur, Faculty of Business Administration, Tokyo University, Japon mma@ imai-pps. ip
[1] Ce pays était considéré comme « une petite Amérique» par certains pays d’Asie.
[2] Par exemple, parmi différents indicateurs, les taux élevés et continus d’épargne et d’investissement dans le domaine de l’éducation.
[3] Cette institution a publié à plusieurs reprises, ses opinions et ses critiques sur les causes de la crise asiatique. Parmi les organisations internationales, la Banque mondiale et l’OCDE ont exprimé un même avis que le FMI, mettant l’accent sur les causes internes à chaque pays. Au contraire, la Banque asiatique de développement a relevé une cause provoquée par les investisseurs internationaux.
[4] Shirai ( 1999, pp. 103-105). L’auteur a considéré la liberté des mouvements de capitaux au plan international comme une condition de fond et il a justifié l’avertissement préalable du FMI.
[5] La «réforme du FMI» selon Shirai ( 1999) n’a pas, par exemple, inclus de telles propositions.
[6] Ministre des Finances du Japon.
[7] La Thaïlande, par exemple, avait un besoin de réserves en devises étrangères dix fois supérieur au montant reçu.
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Shirai ( 1999, pp. 103-105). L’auteur a considéré la liber...
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La «réforme du FMI» selon Shirai ( 1999) n’a pas, par exem...
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La Thaïlande, par exemple, avait un besoin de réserves en ...
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