2003
Monde en développement
Varia
Concentration urbaine et industrialisation
Maurice Catin
Christophe Van huffel
[(*)]
Depuis le travail pionnier de Williamson, un certain nombre d’auteurs ont
montré que la concentration urbaine dans un pays tend à s’accroître au cours du
décollage économique et de la phase d’industrialisation pour ensuite se réduire
relativement au-delà d’un niveau de revenu par tête d’environ 5000 $ (de 1985).
Cet article met l’accent, en utilisant les enseignements de la nouvelle économie
géographique, sur le fait que l’inégale répartition spatiale des activités et
l’urbanisation à long terme, dans les pays en développement, sont largement
déterminées par l’étape de développement dans laquelle se situe le pays et
l’évolution des spécialisations productives associées. Mots-clés :
concentration urbaine, industrialisation, économie géographique, inégalité de répartition, spécialisations productives.
Since the pioneer work of Williamson, several authors have shown that urban
concentration in a country tends to increase during the economic take-off and
the industrialisation, and to decrease beyond a given per capita income of about
5000 $ (of 1985). This article provides an insight, using the new economic
geography’s findings, on the fact that in developing countries, the unbalanced
spatial distribution of activities and long-term urbanisation largely rest on the
development stage and the associated evolution of productive specialisation
characterizing a country. Keywords :
urban concentration, industrialisation, economic take, off, economic geography, spatial distribution of activities, inequality.
La problématique de l’évolution des inégalités urbaines-régionales a été
abordée de différentes manières par la littérature théorique et empirique.
Sur le plan des dynamiques longues, Williamson (1965) fournit un travail
pionnier en montrant que les inégalités inter-régionales de revenu augmentent
puis se réduisent au cours du développement, prenant ainsi la forme d’une
courbe en U inversé. A la suite de Williamson, un certain nombre travaux
empiriques, sous des approches différentes, se sont particulièrement focalisés
sur le degré de concentration urbaine consécutif au processus de
développement. Ces travaux convergent largement vers ce que Mac Kellar et
Vining ( 1995) ont appelé la « règle des 5000 $» qui veut qu’au-delà de ce seuil de
revenu par tête, la concentration urbaine tende à se réduire, ou du moins à se
ralentir.
Le constat qui peut être fait à l’issue de ces travaux est qu’il existe une
géographie de la croissance et que le degré de concentration urbaine dépend de
l’étape de développement dans laquelle se situe un pays donné. Concernant les
pays en développement, nous identifions trois étapes du processus de
développement qui couvrent de manière schématique le passage d’une
économie pré-industrielle à une économie produisant des biens industriels
« banalisés » puis « technologiques ». Plusieurs travaux récents, plus ou moins
inspirés de la nouvelle économie géographique, permettent de saisir les forces
d’agglomération et de dispersion qui jouent de manière différenciée au cours de
ces différentes étapes et d’expliquer ainsi les grandes trajectoires de
concentration urbaine que peuvent connaître les pays au cours de leur
développement.
1. L'ÉVOLUTION DES INÉGALITÉS URBAINES RÉGIONALES AU COURS DU DÉVELOPPEMENT
1.1 Le travail pionnier de Williamson ( 1965) : la forme en « U »
inversé de l’évolution des inégalités régionales
Williamson (1965) est un des premiers à proposer une analyse empirique qui
tente de décrire l’évolution des inégalités spatiales au sein d’un pays donné au
cours du processus de développement. L’hypothèse de départ retenue par
Williamson consiste à supposer que les premiers stades du développement ont
plutôt tendance à générer un différentiel de revenu croissant entre le « Nord » et
le « Sud », autrement dit entre régions centrale et périphérique. Avec la poursuite
du développement, ces tendances au déséquilibre se réduisent, d'où finalement
l'existence d'une forme en « U » inversé des inégalités régionales qui accompagne
le sentier de croissance national.
Williamson étudie tout d’abord les inégalités régionales caractérisant les pays
situés à différents niveaux de développement (d’après les 7 groupes donnés par
Kuznets, 1955). 24 pays sont pris en compte à partir de données disponibles sur
la période 1949-1961. Comme mesure de l’inégalité de revenu inter-régionale,
Williamson considère le coefficient de variation qui évalue la dispersion du
niveau de revenu par tête régional par rapport à la moyenne nationale (chaque
région étant pondérée par sa part dans la population totale). Il faut noter que
Williamson doit se contenter de données relativement hétérogènes pour son
étude : l’unité régionale est variable en fonction des définitions administratives
de chaque pays (Etats, provinces, municipalités, départements), la mesure du
développement régional diffère aussi selon les pays (revenu par tête, revenu
médian par famille, revenu personnel par tête, PNB par tête).
Une analyse en coupe transversale des disparités régionales est également
réalisée pour les années 1950 et 1960 aux Etats-Unis, sur les 46 Etats et à partir
des comtés au sein de chaque Etat. L’intérêt est de disposer d’un échantillon
beaucoup plus large, avec des données plus fiables et plus homogènes mais où,
certes, les écarts de développement entre les différents Etats américains sont
beaucoup plus réduits que dans l’approche internationale.
Un autre groupe de tests est proposé par l'auteur sur des séries temporelles, afin
d’estimer dans quelle mesure l’expérience de chaque pays sur le long terme est
cohérente avec les résultats obtenus en coupe transversale. Les données
disponibles ne permettent ici de traiter qu’une dizaine de pays, et seuls les
Etats-Unis, la France et l’Allemagne disposent de données suffisantes pour
englober les trois stades supposés du dualisme régional (croissant, stable, puis
décroissant). Williamson utilise des variables proxies (telle que la part de la
main-d’œuvre agricole dans la main-d’œuvre régionale totale comme mesure du
niveau de développement) pour étendre les séries temporelles de certains pays
(Canada, Italie, Brésil… ).
De manière générale, les analyses en coupes transversale et temporelle
permettent de confirmer l’hypothèse de départ de Williamson. La relation entre
niveau de développement et degré d’inégalité régionale est dans l’ensemble
significative, le schéma évolutif des inégalités régionales prenant une forme en
« U » inversé. En « cross-section », les pays situés dans les premières et les
dernières étapes du développement font état d’inégalités régionales moins
prononcées que dans les pays des groupes intermédiaires, pour lesquels les
inégalités régionales apparaissent beaucoup plus importantes. En séries
temporelles, et pour les pays aujourd’hui développés dont les données sont
disponibles, on retrouve bien ce phénomène d’accroissement des inégalités
régionales au cours des premières phases du développement puis, au-delà d’un
certain seuil, une réduction des inégalités.
Si la thèse de Williamson semble globalement confirmée par les différents tests
empiriques proposés, l’analyse des mécanismes explicatifs reste limitée. On
trouve quelques tests isolés qui mettent par exemple en avant le rôle de la taille
du pays (le degré d’inégalité est d’autant plus grand que la superficie du pays est
importante). De manière générale, pour Williamson, différents facteurs
conduisent à expliquer la croissance des inégalités régionales durant les
premières phases du développement : (i) une mobilité de la main-d’œuvre vers
la région centrale, (ii) une mobilité du capital orientée du Sud vers le Nord afin
de profiter des économies d’agglomération, limitant ainsi la localisation des
activités et les investissements en périphérie, (iii) des effets de diffusion limités,
à la fois du fait d’une centralisation des pouvoirs publics au Nord et d’une
diffusion restreinte du progrès technologique et des multiplicateurs de revenu.
A l’inverse, au cours des phases ultérieures du développement, l'accélération du
processus de croissance et le développement de marchés de capitaux au Sud,
l’apparition de déséconomies externes au Nord, ou encore les politiques
publiques de redistribution concourent à limiter progressivement les écarts
Nord/Sud.
1.2 Concentration et déconcentration urbaines : la règle des 5000 $
Un ensemble de travaux empiriques, à la suite de Williamson, ont été proposés
par Wheaton et Shishido (1981) puis Hansen (1990), Mac Kellar et Vining
(1995), Ades et Glaeser (1995), Moomaw et Shatter (1996), Henderson ( 2000),
Henderson, Shalizi et Venables ( 2001) notamment, plus particulièrement axés
sur le degré de concentration urbaine provoqué par le processus de
développement. Il se dégage de tous ces travaux un relatif consensus pour ce
que Mac Kellar et Vining (1995) ont appelé « la règle des 5000 $» : dans un pays,
au-delà de ce seuil de revenu par tête, il semblerait en effet que la concentration
urbaine tende à se réduire ou du moins à se ralentir. Le seuil dégagé de 5000 $
(de 1985) à partir duquel la déconcentration urbaine se manifeste correspond à
un niveau de produit par tête de 2000 $ (de 1970) mis en évidence par Wheaton
et Shishido (1981).
Différents indicateurs de la concentration urbaine sont retenus dans ces
approches. Wheaton et Shishido (1981) utilisent un indicateur de Hirschman-Herfindahl comme mesure de la concentration urbaine, basé sur la part de
chaque ville dans la population urbaine nationale. Mac Kellar et Vining (1995)
s’intéressent eux à la répartition de la population totale et pas seulement
urbaine. L’indice retenu correspond à la différence entre le taux de croissance
de la population en région centrale et le taux de croissance de la population
totale. Ceci correspond (au différentiel de taux de croissance naturel près) au
taux de migration net de la région centrale. Henderson (2000) teste, quant à lui,
la relation entre croissance économique et degré de concentration urbaine
mesurée par la taille relative de la ville primatiale (« primacy »), c’est-à-dire la part
de la plus grande ville dans la population urbaine nationale. En suivant la loi
« rang-taille » de Zipf, Henderson estime que la taille de la plus grande ville
permet de définir d’une certaine manière la taille de l’ensemble des autres villes
et constitue un indicateur représentatif de la concentration urbaine. Ades et
Glaeser ( 1995) cherchent à déterminer les facteurs explicatifs de la primatie au
travers d’une étude en coupe transversale internationale portant sur 85 pays
entre les années 1970 et 1985. Moomaw et Shatter ( 1996) envisagent de
comparer les déterminants de trois aspects de l’urbanisation : le taux
d’urbanisation, la concentration métropolitaine (part de la population urbaine
vivant dans des villes de plus de 100000 habitants) et la primatie.
Il semblerait donc que de manière globale les mécanismes économiques
conduisent naturellement le phénomène de concentration urbaine à s’accroître
durant les premières phases du développement, puis à s’amenuiser lorsque les
pays arrivent à un certain niveau d’industrialisation. Ce schéma évolutif de la
concentration urbaine suggère aussi l’existence d’un degré « optimum » de
concentration urbaine, lui aussi variable selon l’étape de développement
considérée. Pour Henderson (2000), le degré optimal de concentration urbaine
correspond au degré de concentration qui permet, toutes choses égales par
ailleurs, la croissance la plus forte. La spécification économétrique retenue par
Henderson met en relation le niveau de primatie avec le taux de croissance, et
ce pour des niveaux de revenu par tête différents. Les résultats montrent que la
concentration urbaine est bénéfique dans les premières étapes du
développement du fait de l’exploitation des économies d’échelle puis tend, si
elle se maintient, à entraîner des pertes de croissance au cours des étapes
ultérieures. Les tests réalisés par Henderson ( 2000) et Henderson, Shalizi et
Venables ( 2001) montrent que ce degré optimal de concentration urbaine
s’accroît avec le niveau de revenu jusqu’à un seuil de 5000 $ par tête (de 1987)
pour se réduire légèrement au-delà. Pour ces pays à revenu intermédiaire où le
degré optimum de concentration urbaine atteint son maximum, Henderson
estime qu’environ un quart de la population urbaine totale est alors concentrée
dans la ville primatiale. Henderson (2000) s’attache même à évaluer les pertes
en terme de croissance dues à un décalage entre le niveau effectif de
concentration urbaine et le degré optimal correspondant. Les coûts d’une
concentration urbaine excessive sont substantiels puisque pouvant aller jusqu’à
1,5 point de taux de croissance annuel moyen selon l’auteur. L’effet de la
concentration urbaine atteint dans les tests la même ampleur sur la croissance
que l’influence des variables comme le capital humain ou le taux
d’investissement. De ce point de vue, dans l’ensemble des 72 pays retenus en
1990,30 pays d’après Henderson ont une concentration urbaine satisfaisante,
24 présentent une concentration urbaine excessive comme l’Argentine, le
Panama, le Costa Rica, le Chili, la Corée, la Thaïlande, le Congo ou encore la
Grèce, le Portugal et l’Irlande.
La conclusion qui se dégage de ces différents travaux empiriques, bien que
limités et encore exploratoires, est qu’il existe une géographie de la croissance
économique qui ne peut être ignorée si l’on examine l’inégale répartition
spatiale des activités et l’urbanisation à long terme, notamment dans les pays en
développement (PED), et que le degré de concentration urbaine est largement
déterminé par l’étape de développement dans laquelle se situe le pays, même s’il
peut être modulé par des situations et des politiques économiques particulières.
2. CONCENTRATION URBAINE ET ÉTAPES
DU DÉVELOPPEMENT
Lorsque sont effectuées des comparaisons internationales, à revenu par tête
donné, la dimension du pays constitue un facteur explicatif relativement
important du degré de concentration urbaine. Wheaton et Shishido (1981)
retiennent comme variable la « taille du marché potentiel » non agricole. La
relation avec le niveau de concentration urbaine s’explique, en suivant la théorie
des aires de marché de Lösch ( 1954), par le fait qu’une superficie plus
importante incite à multiplier le nombre de centres de production afin de
réduire les coûts de transport. Une autre variable géographique est prise en
compte par un indicateur de dispersion des terres agricoles, afin de capter l’effet
de la diffusion spatiale du marché sur le degré de concentration. Cet effet
négatif de la taille du pays sur la concentration est aussi confirmé par
Henderson (2000) et par Moomaw et Shatter (1996) au travers d’une variable de
taille de la population. Concernant l’effet de la taille du pays sur la population
de la ville primatiale, les résultats de Ades et Glaeser (1995) se démarquent des
autres auteurs : lorsque la superficie d’un pays est plus importante par rapport à
un autre de 10 %, la population primatiale tend à être supérieure de 1,2 %
(à population donnée). Les auteurs expliquent cette relation positive par le fait
que la superficie plus grande d’un pays correspond à une plus faible densité de
la population et donc à un accroissement des coûts de transport pour fournir
les régions périphériques.
Certains facteurs institutionnels peuvent aussi expliquer une concentration plus
forte lors des premières étapes du développement. Chez Wheaton et Shishido
(1981), le ratio « dépenses du gouvernement central/dépenses publiques totales »
permet de capter le rôle joué par le degré de centralisation administrative sur la
localisation de l’emploi et de la population. Une autorité politique décentralisée
contribue de manière générale à réduire le phénomène de concentration
économique. Henderson (2000) construit une variable « degré de fédéralisme »
représentative du degré d’autonomie locale. Un degré de décentralisation plus
élevé affecte bien la concentration à la baisse, même si l’effet estimé semble
relativement faible. Moomaw et Shatter (1996) dégagent un effet surtout positif
sur la primatie lorsque la ville primatiale est également la capitale du pays
concerné. En ce sens, Ades et Glaeser ( 1995) estiment que la ville primatiale est
en moyenne 42 % plus grande lorsqu’elle est aussi la capitale. Ades et Glaeser
montrent aussi que les pays à régimes dictatoriaux connaissent des villes
primatiales 45 % plus grandes que les autres. La dimension historique paraît ici
particulièrement frappante : pour les pays dénommés « nouvelles démocraties »
(d’abord sous un régime dictatorial puis démocratique à partir des années 1970),
les villes primatiales sont en moyenne 40 % plus grandes que celles des pays
connaissant un régime démocratique depuis plus longtemps.
On peut retenir aussi que, pour un pays donné, la géographie physique
constitue souvent la source initiale de l’agglomération et s’explique par des
avantages naturels ou le « reflet de l’histoire » : regroupement des individus près
des côtes, des grands axes ou d’une source de matières premières, sites protégés
ou favorisés d’une manière ou d’une autre. Krugman (1993) fait néanmoins
remarquer que la géographie physique ne pousse pas réellement à
l’agglomération mais est plutôt déterminante quant aux lieux possibles où cette
agglomération s’effectuera. Elle agit donc comme un point focal en
complémentarité avec les autres facteurs de concentration.
Au-delà, ce qui paraît novateur dans les travaux empiriques récents et les
modèles théoriques inspirés plus ou moins par la nouvelle économie
géographique, c’est d’essayer de retracer de manière stylisée l’évolution des
inégalités régionales et les trajectoires de concentration urbaine qui caractérisent
un pays donné et de les expliquer par des facteurs ou des mécanismes associés
à des grandes étapes de son développement.
Dans la courbe en cloche mise en évidence dans les travaux empiriques, trois
grandes étapes paraissent au moins devoir être considérées pour les PED
jusqu’au « seuil de 5000 $» (voir figure n°1) : une étape 1, préindustrielle,
caractérisée par un revenu par tête et une concentration urbaine faibles, une
étape 2 où le décollage et le processus d’industrialisation poussent à la
concentration urbaine et à la polarisation des activités, une étape 3 où le
creusement des inégalités régionales et la concentration urbaine se ralentissent
plus ou moins avant de se réduire.
Figure 1.
La courbe en U inversé et les étapes du développement
Les différents modèles issus de la nouvelle économie géographique, si on les
restitue sous cette problématique, convergent largement pour faire apparaître
les grandes forces de polarisation et de dispersion urbaines-régionales, aux trois
étapes qui viennent d’être énoncées : modèle centre/périphérie de Krugman
(1991a, 1991b), son extension par la prise en compte de différentes formes
d’économies d’agglomération et des dynamiques de croissance endogène (voir
la revue de la littérature donnée dans Catin et Ghio, 2000); son extension à des
étapes de développement successives (Catin et Ghio, 1999); modèles
multirégionaux d’agglomération industrielle de Fujita et Thisse (2001,2002);
modèle d’économie géographique urbaine appliqué aux PED de Krugman et
Livas Elizondo (1996) et ses prolongements (Ghio et Van Huffel, 1999; Catin,
Ghio et Van Huffel, 2001,2002; Alonso-Villar, 2001); typologie « historique » de
Duranton (1997,1999), etc. Les grands mécanismes à l’œuvre dans la forte
montée de la courbe en cloche puis son ralentissement peuvent être
généralement énoncés.
2.1 Le processus dispersion/concentration urbaine
Réduite à l’essentiel, l’explication économique du phénomène urbain réside
dans l’existence de rendements d’échelle croissants dans le secteur
manufacturier ou tient à l’offre de biens publics locaux qui, tels la sécurité
publique ou les infrastructures, facilitent les échanges (Gérard-Varet et Thisse,
1997; Thisse et van Ypersele, 1999). De manière générale, un arbitrage entre
économies d’échelle dans les activités économiques et coûts de transport (de
transaction) des biens et des personnes gouverne la production et la distribution
des biens dans l’espace. Dans une économie préindustrielle où les coûts liés à la
distance sont relativement élevés, il y a un grand nombre de petites
agglomérations dans l’espace représentant autant de points d’offre avec un
poids économique faible. L’éloignement géographique conduit à cloisonner les
marchés locaux, à dupliquer dans l’espace les activités économiques satisfaisant
une demande de proximité et à réduire différentes formes de concurrence interrégionales (étape 1). A partir de cette situation, la réalisation d’économies
d’échelle et la réduction des coûts de transport vont conduire à un petit nombre
d’unités de production et d’agglomérations urbaines de grande taille. Ce schéma
de forte polarisation où se combinent baisse des coûts de transport et hausse de
la productivité (permise par les économies d’échelle) décrit l’étape 2 où
urbanisation et industrialisation vont de pair.
Les mêmes fondements se retrouvent dans les modèles d’organisation urbaine
de Christaller et Lösch (Catin, 1994) : un espace géographique homogène se
différencie, par un processus de concentration de la production, sous la seule
action des économies d’échelle et de la distance. Dans un état donné de
technologie et de concurrence, les économies d’échelle techniques définissent
pour un produit donné la taille minimum « optimale » de production d’un
établissement (pour laquelle le coût de production est minimum) et la
dimension correspondante du marché permettant d’écouler cette production.
Le degré de concentration de la production et la spécialisation urbaine seront
d’autant plus marqués que les économies d’échelle sont importantes et les coûts
de transport bas.
Le passage de la ville préindustrielle à la ville industrielle correspond à une
mutation parallèle des structures de production. Les modèles de production
artisanaux et décentralisés du monde préindustriel sont remplacés par des
technologies industrielles beaucoup plus intégrées verticalement (Duranton,
1999). La spécialisation verticale et la concentration de la main-d’œuvre dans
des unités de production plus grandes et plus intenses en capital supplantent la
spécialisation horizontale des technologies artisanales et l’importance des
marchés locaux. Le commerce des biens agricoles contre des biens
manufacturés est dépassé par les échanges de biens manufacturés entre les
villes. La baisse des coûts de transport élargit les marchés et permet une
meilleure exploitation des économies d’échelle internes et externes. Comme le
dit de manière imagée Duranton, la « tyrannie de la distance » joue un rôle
prédominant dans les économies préindustrielles, aussi bien pour la production
des biens agricoles que pour la production des matières premières et des biens
manufacturés.
Sous une autre forme, le modèle de base de Krugman (1991a, b) offre aussi, de
par la prise en compte du rôle joué par les économies d’échelle et les coûts de
transport sur la localisation industrielle, une approche stylisée des deux
premières étapes considérées et notamment de la concentration urbainerégionale des activités industrielles dans la période d’industrialisation, par
exemple, d’après l’auteur même, de ce qui a été l’« industrial belt » américain de
la deuxième moitié du XIXe siècle. L’économie est constituée de deux secteurs,
un secteur agricole à localisation fixe et rendements constants et un secteur
industriel « moderne » formé d’industries « banalisées » permettant l’exploitation
d’économies d’échelle. L’importance des coûts de transport est une incitation à
produire près du marché. Les économies d’échelle ont un impact de sens
opposé en incitant les producteurs à concentrer géographiquement leur activité.
Les activités industrielles réalisent des économies d’échelle dont le montant est
une fonction croissante de leur part dans l’économie. Ces économies d’échelle
sont considérées comme trop faibles à la première étape (régions préindustrielles) pour contrebalancer l’importance des coûts de transport. Dans la
deuxième étape, le développement industriel et des infrastructures, entraînant
une diminution du coût de transport, permettent des gains de productivité
induite, une intensification des échanges inter-régionaux de biens banalisés, un
exode de la main-d’œuvre agricole vers l’industrie. L’ensemble de ces facteurs
conduit à une concentration géographique de l’industrie.
L’accroissement de la production et de la productivité industrielles dans une
région passe par une augmentation de la division du travail et du nombre de
variétés produites
[1] : les effets d’entraînement inter-sectoriel au sein de
l’industrie (« multiplicateurs d’offre »)
[2] sont synonymes d’économies d’échelle
externes aux firmes de type pécuniaire et amènent une baisse du coût moyen de
production. Ces externalités pécuniaires peuvent être assimilées à des
économies de localisation, économies d’échelle externes aux firmes mais
internes à l’industrie banalisée. On peut ajouter qu’un certain nombre
d’économies d’urbanisation peuvent être aussi considérées de manière implicite.
Il s’agit d’économies externes pécuniaires liées à la taille du marché domestique
et au niveau d’infrastructures régionales.
Dans cette optique, si l’on suit l’interprétation donnée par Catin et Ghio (1999)
du modèle de Krugman, le schéma de croissance industrielle régionale peut être
décrit de la manière suivante (voir figure n°2) : une productivité supérieure dans
une région entraîne un accroissement du nombre de créations d’entreprises
industrielles et du volume de la production. La hausse du revenu régional lié à
l’accroissement de la production pousse au développement de nouvelles
entreprises (« multiplicateurs d’offre et de demande finale »). La localisation de
nouvelles entreprises, du fait d’économies d’échelle externes pécuniaires,
rétroagit sur la productivité. Ce processus de croissance recoupe différentes
appellations dans la littérature : les « causalités circulaires et cumulatives » de
Myrdal, les « effets d’entraînement amont et aval » de Hirschman, les
« rétroactions positives » de Arthur, les « complémentarités » de Matsuyama.
On doit ajouter que l’effet de productivité, outre qu’il relaye et amplifie l’effet
multiplicateur en même temps qu’il en est tributaire, a un impact sur la
compétitivité. Lorsque la productivité est supérieure dans une région, cette
dernière bénéficie d’une meilleure compétitivité-prix qui accroît son volume
d’exportations et de production, donc le nombre de créations d’entreprises et le
revenu régional.
Les trois boucles interconnectées de croissance sous-jacentes au modèle de
Krugman, productivité-multiplicateur-compétitivité, ont été développées dans
Catin (1993,1995a, 1995b). La boucle de productivité (boucle 1 : productionproductivité) joue sur les multiplicateurs régionaux (boucles 2.1 et 2.2 ) en
augmentant le revenu régional et la variété des biens offerts mais agit aussi sur
la compétitivité-prix de la région (par la baisse du coût moyen de production)
(boucle 3 ); les effets multiplicateurs et de compétitivité rétroagissant sur la
productivité régionale.
Figure 2.
Les mécanismes de la croissance industrielle régionale, d’après
Les faits stylisés pris dans le passé ou dans les pays en développement actuels
abondent pour exprimer les liens entre concentration urbaine et
industrialisation dans cette phase du développement. Comme l’ont observé de
nombreux historiens du développement, la forte croissance des métropoles et
des villes industrielles, reposant sur un nombre particulier d’activités, est une
des caractéristiques les plus saillantes dans la période de la révolution
industrielle. En Angleterre, avec Londres qui dépasse les 2 millions d’habitants
au milieu du XIXe siècle, ce sont surtout les villes nouvelles (Leeds, Sheffield,
Manchester, Birmingham) qui explosent avec le développement industriel. De
manière générale, le taux d’urbanisation en Angleterre passe entre le début et la
fin du XIXe siècle de 30 à 70 %. En Europe, la part de la population urbaine se
situe à 10 % en 1300,12 % en 1800, puis triple en 100 ans : elle passe à 38 % en
1900 (puis 52 % en 1950). En France, la région parisienne (l’Ile-de-France) qui
représente 6 % de la population nationale en 1850 passe à quelque 13 % en
1911 (et 17 % en 1954). Hors région parisienne, la disparité entre les régions de
l’Est et de l’Ouest, prises globalement,
[3] modérée au XVIIIe siècle quand
l’agriculture était l’activité dominante, s’est particulièrement accusée dans le
courant du XIXe siècle et le début du XXe siècle. La population des régions de
l’Ouest qui se sont modérément industrialisées et urbanisées, à la différence de
celles de l’Est, et où la vocation agricole demeure, a subi une baisse relative
importante : elle est passée de 49,5 % de la population française en 1851 à 42,9
% en 1911 (et 38,8 % en 1954) (voir Catin et Van Huffel, 2003).
En parallèle de la concentration des activités et de la population, les progrès
dans les transports s’accélèrent à partir des années 1830. L’invention du chemin
de fer est une rupture fondamentale, si on se souvient qu’aucun progrès
important dans le domaine des transports terrestres n’avait eu lieu depuis la
domestication du cheval, à une époque incertaine de la préhistoire. On ne se
déplaçait pas plus vite à l’époque de Napoléon que de Jules César. La limite
supérieure de 15 km/h sur de longues distances n’avait pas changé depuis des
millénaires (Brasseul, 2001). D’ailleurs, avant le chemin de fer, l’insuffisance des
transports terrestres a toujours donné un avantage aux nations et aux régions
maritimes, car le transport par voie d’eau était jusque là plus efficace et moins
coûteux. Kim ( 1995) montre bien que le fort mouvement de spécialisation
régionale de l’industrie américaine s’est produit avant la première guerre
mondiale, en même temps que le rapide développement du système de
transport et de l’intégration économique nationale.
Il est bien établi, d’après les comparaisons souvent effectuées, qu’un rapport
inverse lie de manière générale la part de la population agricole et le taux
d’urbanisation des pays
[4]. En Afrique, 60 % de la population vit dans des villes
de moins de 10 000 habitants en 1990 et 3,3 % seulement dans des villes de
plus d’un million d’habitants contre 8,6 % en Asie de l’Est, 17,6 % en Europe
et 28,3 % en Amérique du Nord (De Sa et Brot, 1994). Moomaw et Shatter
(1996) mettent en évidence les éléments suivants : lorsque la part relative de
l’emploi industriel s’accroît, le taux d’urbanisation et la concentration
métropolitaine se voient renforcés. A l’inverse, lorsque c’est la part relative de
l’emploi agricole qui augmente, la population tend à se redistribuer vers les aires
rurales ou les petites aires urbaines, réduisant ainsi la concentration
métropolitaine. L’évolution de l’activité économique de l’agriculture vers
l’industrie joue également sur le degré de primatie chez Ades et Glaeser (1995),
contrairement aux résultats non significatifs obtenus par Moomaw et
Shatter ( 1996) : une augmentation (de 1 %) de la main-d’œuvre non agricole
conduit aussi à une augmentation (de 2,5 %) de la population primatiale.
Mac Kellar et Vining (1995), comme Wheaton et Shishido (1981), mettent aussi
l’accent sur l’importance prise par les économies d’échelle et les économies
d’agglomération, qui impliquent une plus grande efficacité productive de la
concentration durant les premières étapes du développement. Au cours des
étapes ultérieures, l’apparition de déséconomies d’agglomération tend à jouer en
faveur d’une certaine diffusion des activités. Dans une étude sur les villes
indiennes, Shukla ( 1996) montre, à l’instar de Becker et alii (1992), qu’une
hausse sensible de l’efficacité productive est due à l’urbanisation et que la
productivité dans les villes d’un million d’habitants est supérieure de 51 % à
celle des villes de 10 000 habitants. D’une manière ou d’une autre, toutes les
études indiquent que la productivité et le taux d’urbanisation sont largement
corrélés et interdépendants, du moins jusqu’à une certaine taille des villes (voir
les nombreuses études analysées dans Scott, 2002), même si la mesure des
revenus urbains et ruraux dans les PED laisse souvent une grande marge
d’appréciation et dépend des méthodes adoptées (voir, par exemple, Davanzo
et Kusnic, 1984). Les travaux de comptabilité locale de Yatta ( 2003) montrent
que, même en tenant compte de l’ensemble du secteur informel à côté du
secteur moderne, la productivité est trois à quatre fois plus importante dans la
partie agglomérée que dans l’hinterland des villes ouest-africaines. En Chine, le
décollage récent fait nettement apparaître le creusement des disparités
régionales au profit des régions côtières, où se conjuguent industrialisation et
urbanisation, investissements directs étrangers, différentiel de productivité et
économies d’agglomération, avec une diffusion limitée de la croissance de ces
régions vers les régions centrales et laissant complètement à l’écart les régions
reculées de l’Ouest (voir Brun, Combes et Renard, 2002).
Si l’on compare l’industrialisation européenne au XIXe siècle et les PED
actuels, Puga (1998) montre, à partir d’un modèle basé sur celui de Krugman
(1991a, b), que la combinaison entre coûts de transport relativement élevés,
faible degré d’économies d’échelle et faible réservoir de main-d’œuvre agricole
en Europe au XIXème siècle (la population agricole en Europe ne croît que de
35 % entre 1800 et 1880) n’a pas poussé à une concentration excessive des
activités au sein d’une seule localisation. Au contraire, l’industrialisation plus
tardive des PED se réalise dans un environnement différent, caractérisé
comparativement par des coûts de transport plus faibles, des niveaux
d’économies d’échelle potentiellement plus élevés et un réservoir de maind’œuvre beaucoup plus important qui permet d’alimenter le développement des
grandes villes (la croissance de la population agricole dans les PED entre 1800
et 1980 a été de 250 % pour une croissance des surfaces cultivées de 40 %). Ces
conditions initiales ont donc conduit à une urbanisation davantage
déséquilibrée dans les PED, avec un degré de primatie supérieur.
De manière générale, il se dégage des analyses empiriques sur les PED
aujourd’hui (Lau, 1996; Young, 1994 et 1995… ) que les gains de productivité
qui accompagnent l’industrialisation à cette étape de développement dépendent
largement de l’accumulation du capital dans des industries banalisées, à bas
salaires, et de l’exploitation d’économies d’échelle. Cet aspect retrouve les
conclusions de la plupart des études qui ont analysé les relations économies
d’échelle/économies d’agglomération à l’aide de fonctions de production
régionales : les régions à faible densité d’activités et à industries jeunes sont
caractérisées par les plus forts rendements d’échelle, et ceux-ci tendent à se
réduire globalement lorsque le développement et la taille industrielle des régions
atteignent un certain stade (voir Catin, 1991).
2.2 Le processus concentration/décentralisation urbaine
Dans l’étape 3 considérée, les inégalités urbaines et régionales se creusent
encore avec la croissance économique mais avec une intensité plus limitée. Des
forces centrifuges se manifestent qui viennent progressivement atténuer
l’extension des polarisations spatiales initiales. Des régions périphériques
particulières connaissent un certain décollage industriel qui contrebalance la
concentration de l’activité économique dans le ou les centres urbains majeurs.
A ce stade de développement, un double processus se manifeste affectant les
pôles urbains-industriels : des phénomènes de congestion et un redéploiement
de leurs spécialisations productives.
Avec la densité accrue de la population et des activités économiques, un certain
phénomène de congestion tend à se développer dans la grande ville industrielle
qui fait augmenter les coûts de production (salaires, terrains… ). En particulier,
la rareté du foncier urbain pousse la ville à s’étendre et entraîne des coûts de
transport pendulaire (domicile-travail) importants. Ce sont alors les coûts de
transport pendulaire et de déplacement intra-urbain qui freinent la croissance
urbaine beaucoup plus sûrement que le coût d’acheminement (inter-urbain,
international) des marchandises. Les contraintes qui se réduisent avec le progrès
des transports sur le marché des biens sont contrariées par les contraintes qui se
manifestent sur le marché du sol. Dans la grande ville industrielle, la « tyrannie
du sol » remplace la « tyrannie de la distance » (Duranton, 1999).
Les valeurs foncières et les coûts de migration alternante de la main-d’œuvre
variables avec la distance à parcourir constituent d’ailleurs le fondement des
modèles monocentriques d’économie urbaine de type Alonso-Muth développés
dans les années soixante. S’ils paraissent obsolètes sur différents plans (voir
Derycke, 2000), leur logique reste intéressante (Duranton, 1999). Les agents
doivent se rendre au centre de la ville pour travailler (centre d’affaires appelé
« Central Business District ») et maximisent en terme de choix d’habitation leur
utilité sous contrainte de budget. La concurrence pour habiter proche du centre
et minimiser les coûts de transport donne naissance à une rente foncière
différentielle. Chaque individu supplémentaire localisé dans la ville a pour effet
d’augmenter marginalement le coût de transport moyen. Il exerce ainsi une
externalité pécuniaire négative sur les autres, puisque l’augmentation du coût de
transport induite par l’habitant marginal engendre une hausse de la rente
foncière. Ainsi, à l’équilibre, la rente foncière augmente à mesure qu’on
s’approche du centre. En habitant plus loin du centre, un individu paye un coût
de transport plus élevé mais une rente foncière plus faible. A infrastructure et
revenu donnés, la croissance urbaine s’arrête lorsqu’un agent additionnel n’est
pas prêt à payer plus que la rente agricole pour s’installer en ville.
De manière empirique, Henderson, Shalizi et Venables ( 2001) ont estimé que
les prix immobiliers et les temps de déplacement pendulaires sont de 100 %
plus élevés pour une aire métropolitaine de 5 millions d’habitants que pour une
ville de 100.000 habitants.
Bairoch ( 1985) note que dans une ville de 100.000 habitants (en faisant
l’hypothèse de 35.000 habitants par km2), il est possible de se déplacer de
n’importe quel point de la ville au centre en moins de 15 minutes, alors que
dans une ville d’un million d’habitants, ce même déplacement peut prendre
jusqu’à une heure. La Banque mondiale (1993) a tenté de chiffrer le coût
économique de l’expansion de la ville de Bangkok : près de 33 % du produit
brut ne serait pas réalisé par suite de la lenteur des déplacements; en l’absence
de mesures appropriées, notamment en matière d’infrastructures intra-urbaines,
cette perte pourrait atteindre 60 % (voir De Sa et Brot, 1994).
En résultat, compte tenu des coûts de transport intra et inter-urbains, les coûts
de congestion peuvent provoquer une certaine délocalisation des activités
productives situées dans les grandes agglomérations. A partir du modèle de
Krugman (1991a, b), Brakman et alii ( 1996) montrent que les externalités
négatives liées à la congestion, lorsque la production industrielle augmente,
peuvent rendre profitable la décentralisation d’un certain nombre de firmes vers
la périphérie. Le secteur industriel, après s’être aggloméré, se disperse car, en
quelque sorte, « la périphérie développe une forme d’avantage comparatif en
termes de coût du facteur travail » (Fujita et Thisse, 2001) : un cycle « dispersionagglomérationdispersion », ou dit autrement « une forme en U inversé de la
relation entre agglomération et coût de transport » (inter-régional), tendent à se
produire en considérant les éléments susceptibles de créer un différentiel de
prix des facteurs entre régions.
De manière plus précise, les régions urbaines industrielles délaissent surtout les
activités dont la compétitivité repose sur des bas salaires et des économies
d’échelle techniques. L’industrie jusque là largement spécialisée dans la
production et l’exportation de produits banalisés évolue vers des activités de
plus haute technologie. Les économies d’agglomération que procurent le
potentiel industriel et le capital humain accumulés favorisent la localisation
d’activités technologiques, la réalisation de gains de productivité autonome liés
à une main-d’œuvre qualifiée et à des investissements d’innovation, le
développement d’une compétitivité structurelle (hors prix). En termes de
mécanismes de croissance, des effets d’entraînement « technologiques » se
manifestent et relayent d’une certaine manière les effets d’entraînement intersectoriels par les échanges; les dynamiques de productivité et de compétitivité,
sous des formes différentes que dans l’étape 2, prennent une importance
relativement supérieure, les effets multiplicateurs de demande interne une
importance moindre avec la plus grande intégration inter-sectorielle interrégionale et le développement des échanges internationaux (Catin, 1995a).
En résumé, le redéploiement des spécialisations productives que connaissent les
grandes villes industrielles à cette étape de développement occasionne un
double mouvement contraire : la délocalisation d’un certain nombre d’industries
banalisées pousse à la déconcentration urbaine, la localisation d’industries
technologiques renforce la concentration urbaine, la résultante de ces deux
forces est une baisse d’intensité dans le processus de concentration urbaine.
Un autre aspect important est à associer : le mouvement de concentration
urbaine qui accompagne la croissance économique dans l’étape 2 repose
largement sur une accumulation du capital physique, le mouvement de
concentration urbaine dans l’étape 3 repose plus sur l’accumulation du capital
humain. Dans les foyers de développement, la croissance industrielle est
extensive dans l’étape 2, elle est intensive dans l’étape 3.
Sur le plan historique, l’étude proposée par Simon et Nardinelli ( 2002) sur le
capital humain et le développement des villes américaines depuis 1900 est
particulièrement illustrative sur ce plan : il apparaît que les villes
manufacturières ayant des niveaux de capital humain plus élevés au début du
XXe siècle ont connu une croissance plus importante que les autres,
principalement du fait des spillovers culturels et des externalités de connaissance
géographiquement limités dans ces aires métropolitaines au départ. Ces résultats
confirment l’importance prise par le capital humain à une étape de
développement intermédiaire comme celle considérée à l’étape 3. De manière
générale d’ailleurs, pour deux historiens de l’économie, Abramovitz et David
( 1996), le progrès technique a été déterminant pour la croissance économique
au cours des deux derniers siècles, mais il a changé de nature. Pendant le XIXe
siècle, il transite par le capital matériel et l’augmentation de l’intensité
capitalistique. A partir des années 1920, le progrès technique tend à accroître la
part du capital intangible (éducation, formation, activités d’innovation… ) parmi
les facteurs de production. Ainsi, la croissance du capital physique par heure
travaillée participe aux deux tiers de la croissance de la productivité du travail au
cours de la seconde moitié du XIXe siècle et seulement entre 20 et 25 % au
XXe siècle.
Si on considère les pays en développement actuels, Moomaw et Shatter (1996)
retiennent dans leur analyse empirique une variable d’éducation qui prend en
compte le taux d’alphabétisation des plus de quinze ans. Cette variable semble
positivement liée à l’urbanisation, et plus particulièrement à la primatie.
Henderson (2000) estime que ce type de relation peut s’expliquer par le fait
qu’un plus haut degré d’éducation est associé à un niveau technologique plus
avancé, ce niveau technologique expliquant lui-même une concentration plus
forte dans la grande ville.
On peut noter que les nouvelles théories de l’économie géographique de la
croissance et de l’innovation ont largement mis l’accent sur le capital humain et
les externalités de connaissance locales comme un des fondements majeurs de
la concentration spatiale. En la matière, elles recouvrent parfaitement des
approches antérieures consacrées aux pays en développement (Lasuen, 1973;
Clapp et Richardson, 1984; etc.). De manière générale, la capacité d’absorption
des connaissances et les éléments socio-culturels liés aux compétences, aux
comportements d’entreprise et d’innovation se développent et s’accumulent à
travers de lents processus d’apprentissage et se nourrissent d’informations,
d’interactions, d’investissements dans la formation et la recherche, de « turnover » de la main-d’œuvre, qui sont au départ essentiellement attachés à la
grande métropole. De ce point de vue, la taille du marché du travail urbain
donne lieu à des économies d’agglomération spécifiques qui peuvent intervenir
aussi bien sur la productivité du travail que sur la productivité de l’accumulation
de capital humain (Palivos et Wang, 1996; Black et Henderson, 1999)
[5].
Les « Nouveaux Pays Industrialisés » d’Asie se positionnent plus ou moins dans
l’étape 3 ici envisagée. Comparée à l’Amérique latine ou à l’Afrique, la
concentration urbaine-régionale de la population et des activités est ainsi plus
élevée mais, en évolution, moins forte. Lee et Wang ( 1998) montrent qu’à partir
des années 1980, la productivité totale des facteurs augmente plus mais que la
croissance économique est inférieure dans les trois grandes régions
métropolitaines de la Corée (Séoul et Pusan notamment). Une décentralisation
importante des industries vers des zones suburbaines, voire des provinces
périphériques, est observée. Les relations quadratiques suggèrent que des
déséconomies d’urbanisation apparaissent à partir d’un certain seuil de
population urbaine, affectant notamment les secteurs dont la croissance repose
particulièrement sur l’utilisation du capital et des inputs matériels
[6]. Henderson,
Lee et Lee (2001) montrent, en parallèle de la réduction de la concentration
spatiale en Corée, l’émergence de processus de reconcentration et de
spécialisation industrielles dans certaines villes secondaires et le rôle des
économies d’urbanisation (externalités de type Jacobs, définies par la diversité
du tissu économique) pour la localisation des industries de haute technologie.
De manière générale, les exemples de Séoul, Hong Kong, Taïpei, Singapour ou
encore Bengalore en Inde, font nettement apparaître un développement basé
sur des activités technologiques, à forte capacité d’exportation, et/ou des
services supérieurs aux entreprises, commerciaux et financiers.
On peut enfin ajouter que dans une étape ultérieure de développement, avec le
retournement de la courbe en cloche et la réduction des disparités urbaines, les
externalités de connaissance tendent à se diffuser largement en relation avec la
baisse des coûts de transport inter-régionaux et l’amélioration de la capacité
d’absorption des firmes. Le modèle de Catin, Ghio et Van Huffel ( 2002)
montre bien que les forces centrifuges semblent à ce stade largement
déterminées par la nature et l’intensité des externalités de connaissance, après
avoir exercé une tendance à la polarisation dans l’étape précédente. On peut
aussi penser que les politiques de formation et de création/diffusion des
connaissances jouent ici un rôle particulier dans les processus de convergence
urbaine et régionale.
L’histoire économique des pays aujourd’hui industrialisés, comme la réalité des
pays en développement actuels, font nettement apparaître, avec
l’industrialisation, une forte polarisation des activités productives et une
croissance urbaine déséquilibrée au profit de quelques grandes métropoles.
Dans une économie préindustrielle déjà, lorsque la « tyrannie de la distance »
s’affaiblit, la concentration de l’activité économique en un petit nombre de lieux
se renforce. Le mouvement de concentration urbaine qui accompagne
fondamentalement l’industrialisation repose largement au départ sur une
accumulation du capital physique, dans des unités de production plus grandes,
la baisse des coûts de transport et l’extension des marchés, l’exploitation
d’économies d’échelle internes et externes produites par l’agglomération et la
migration de la population active des régions périphériques. Des effets de
demande (multiplicateurs), de productivité et de compétitivité agissent comme
des mécanismes cumulatifs de croissance et de diversification de l’activité,
renforçant la concentration géographique de la production et de la population.
Dans la grande ville industrielle, la densité accrue de la population et de
l’activité économique tend à induire progressivement des phénomènes de
congestion affectant notamment les valeurs foncières et les coûts de transport
intra-urbains. Confrontées à la montée relative des coûts de production, des
industries connaissent un certain mouvement de délocalisation vers des centres
urbains moins denses. L’activité économique, jusque là largement spécialisée
dans la production et l’exportation de produits banalisés, évolue vers des
activités plus technologiques. A partir d’une certaine étape de développement,
la croissance repose sur l’accumulation de capital humain et les externalités de
connaissance locales, la réalisation de gains de productivité liés à une maind’œuvre qualifiée et à des investissements d’innovation, le développement d’une
compétitivité hors-prix. Le mouvement de concentration urbaine au profit des
méga agglomérations se ralentit ainsi sous l’effet conjugué de forces centrifuges
et centripètes, jusqu’à montrer un certain retournement lorsque des centres
périphériques se développent plus rapidement avec la diffusion des externalités
de connaissance et le redéploiement des facteurs de production.
Le schéma en trois étapes qui vient d’être évoqué permet de situer le jeu de
quelques grands facteurs qui à long terme conditionnent l’évolution ascendante
de la fameuse courbe en cloche des inégalités urbaines-régionales. Il permet de
réunir de manière stylisée et dans une approche intégrée divers enseignements
de la nouvelle économie géographique, en économie urbaine et régionale, dans
l’histoire économique et l’analyse des pays en développement actuels. Il n’est
qu’une esquisse qui mérite de nombreux prolongements, non abordés ici, sur
les modalités d’urbanisation et les processus d’évolution de l’armature et des
réseaux urbains, sur le rôle de l’ouverture et de l’intégration internationale, sur
la place des politiques économiques voulant concilier efficacité économique,
meilleure répartition et équité régionale.
***
·
ABRAMOVITZ M., DAVID P., (1996), « Technological change and the rise of intangible
investments : the US economy’s growth-path in the twentieth century », dans Employment and
Growth in the Knowledge-based Economy, OECD Documents, OCDE, Paris.
·
ADES A. F., GLAESER E. L., ( 1995), « Trade and circuses : explaining urban giants », Quarterly
Journal of Economics, 110,195-227.
·
ALONSO-VILLAR O., (2001), « Large metropolises in the Third World : an explanation », Urban
Studies, 38,8,1359-1371.
·
BAIROCH P., (1985), De Jéricho à Mexico, villes et économie dans l’histoire, Paris, Gallimard.
·
BANQUE MONDIALE, ( 1993), Toward Environmental Strategies of Cities.
·
BECKER C. M., WILLIAMSON J. G., MILLS E. S., ( 1992), Indian urbanization and economic growth
since 1960, John Hopkins University Press, Baltimore, MD.
·
BLACK D., HENDERSON V. J., ( 1999), « A theory of urban growth », Journal of Political Economy,
107,252-284.
·
BRAKMAN S., GARRETSEN H., GIGENGACK R., VAN MARREWIJK C.,
WAGENVOORT R., ( 1996), « Negative feedbacks in the economy and industrial location »,
Journal of Regional Science, 36,4,631-651.
·
BRASSEUL J., ( 2001), Petite histoire des faits économiques et sociaux, Armand Colin.
·
BRUN J. F., COMBES J. L., RENARD M. F., ( 2002), « Are there spillover effects between
coastal and noncoastal regions in China ?», China Economic Review,
13,161-169.
·
CATIN M., ( 1991), « Economies d’agglomération et gains de productivité », Revue d’Economie
Régionale et Urbaine, 5,565-598.
·
CATIN M., (1993), « Performances à l’exportation, structures de production et niveau de
développement des régions », Revue d’Economie Régionale et Urbaine, 4.
·
CATIN M., (1994), « Spécialisations spatiales », contribution à l’Encyclopédie d’économie spatiale, sous
la dir. de Auray J. P., Bailly A., Derycke P. H., Huriot J. M., Bibliothèque de Science
Régionale, Economica, 233-238.
·
CATIN M., (1995a), « Les mécanismes et les étapes de la croissance régionale », Région et
Développement, 1,11-28.
·
CATIN M., ( 1995b), « Productivité, économies d’agglomération et métropolisation », Revue
d’Economie Régionale et Urbaine, 4,663-681.
·
CATIN M., GHIO S., ( 1999), « Les étapes du développement régional : un modèle d’économie
géographique », dans Catin M., Lesueur J. Y., Zenou Y. (dir.), Emploi, concurrence et concentration
spatiales, Economica, 245-279.
·
CATIN M., GHIO S., (2000), « Economies d’agglomération, concentration spatiale et croissance »,
dans Baumont C., Combes P. P., Derycke P. H., Jayet H. (dir.), Economie géographique : les
théories à l’épreuve des faits, Economica, 81-110.
·
CATIN M., GHIO S., VAN HUFFEL C., ( 2001), « Intégration économique, investissements
directs étrangers et concentration spatiale dans les pays en développement », Région et
développement, 13,11-46.
·
CATIN M., GHIO S., VAN HUFFEL C., (2002), « Investissements directs étrangers, diffusion
technologique et concentration spatiale dans les pays en développement », Région et
Développement, 16,55-84.
·
CATIN M., VAN HUFFEL C., ( 2003), « Inégalités spatiales et développement économique :
le cas français ( 1850-2000)», Revue d’Économie régionale et urbaine (à paraître).
·
CLAPP J. M., RICHARDSON H. W., ( 1984), « Technological change in information-processing
industries and regional income differentials in developing countries », International Regional
Science Review, 9,3,241-256.
·
DAVANZO J., KUSNIC M., ( 1984), « Regional income differencies and the definition of income
: the case of Malaysia », International Regional Science Review, 9,1,59-73.
·
DERYCKE P. H. (dir.), ( 2000), Structure des villes, entreprises et marchés urbains, L’Harmattan, Paris.
·
DE SA L. M., BROT J., ( 1994), « Dynamique de la transformation des villes. Analyse
statistique comparative », Mondes en Développement, 85,22,39-51.
·
DURANTON G., ( 1997), « La Nouvelle Economie Géographique : agglomération et dispersion »,
Economie et Prévision, 131,5,1-24.
·
DURANTON G., ( 1999), « Distance, sol et proximité : analyse économique et évolution urbaine »,
dans Bailly A., Huriot J. M. (dir.), Villes et croissance, Anthropos, 91-131.
·
FUJITA M., THISSE J. F., ( 2001), « Agglomération et marché », Cahiers d’Economie et Sociologie
Rurales, 58/59,11-57.
·
FUJITA M., THISSE J. F., ( 2002), Economics of agglomeration, Cambridge, Cambridge University
Press.
·
GERARD-VARET L. A., THISSE J. F., (1997), « Economie publique locale et économie
géographique », Annales d’Economie et de Statistique, 47,1-17.
·
GHIO S., VAN HUFFEL C., ( 1999), « Politiques de libéralisation commerciale dans les pays en
développement et niveaux d’infrastructures : les effets sur l’hyperconcentration urbaine »,
dans Catin M., Lesueur J. Y., Zenou Y., Stratégies, concurrence et mutations industrielles,
L’Harmattan, Paris.
·
HANSEN N., ( 1990), « Impacts of small and intermediate-sized cities on population distribution :
issues and responses », Regional Development Dialogue, 11,60-76.
·
HENDERSON J. V., ( 2000), « The effects of urban concentration on economic growth », NBER
working paper, n° 7503.
·
HENDERSON V. J., LEE T., LEE Y. J., ( 2001), « Scale externalities in Korea », Journal of Urban
Economics, 49,479-504.
·
HENDERSON J. V., SHALIZI Z., VENABLES J., (2001), « Geography and development »,
Journal of Economic Geography, 1,81-105.
·
HUGON P., ( 1989), Economie du développement, Dalloz.
·
KIM S., ( 1995), « Expansion of markets and the geographic distribution of economic activities :
the trends in US regional manufacturing structure, 1860-1987 », Quarterly Journal of Economics,
110,4.
·
KRUGMAN P.R., (1991a), Geography and trade, Leuven University Press and the MIT Press,
Cambridge, Mass.
·
KRUGMAN P.R., (1991b), « Increasing returns and economic geography », Journal of Political
Economy, 99,483-499.
·
KRUGMAN P.R., ( 1993), « On the number and location of cities », European Economic Review.
·
KRUGMAN P., LIVAS ELIZONDO R., ( 1996), « Trade policy and the Third World
metropolis », Journal of Development Economics, 49,137-150.
·
KRUGMAN P., VENABLES A. J., ( 1995), « Globalization and the inequality of nation », Quarterly
Journal of Economics, 110,857-880.
·
KRUGMAN P., VENABLES A. J., ( 1996), « Integration, specialisation and adjustment », European
Economic Review, 40,959-967.
·
KUZNETS S., ( 1955), « Economic growth and income inequality », American Economic Review,
45,1.
·
LASUEN J. R., ( 1973), « Urbanization and development : the temporal interaction between
geographical and sectoral clusters », Urban Studies, 10,163-188.
·
LAU L., ( 1996), « The sources of long-term economic growth : observations from the experience
of developed and developing countries » dans Landau R., Taylor T., Wright G. (eds), The
mosaic of economic growth, Stanford University Press.
·
LEE Y. J., WANG H., ( 1998), « Urbanisation and regional productivity in Korean
manufacturing », Urban Studies, 35,11,2085-2099.
·
LÖSCH A., ( 1954), The economics of location, Yale University Press.
·
LUCAS R. E., ( 2001), « Externalities and cities », Review of Economic Dynamics, 4,245-274.
·
MAC KELLAR F.L., VINING D.R., ( 1995), « Population concentration in less developed
countries : new evidence », Papers in Regional Science, 74,3.
·
MITRA A., (2000), « Total factor productivity growth and urbanization economies : a case of
Indian industries », Review of Urban and Regional Development Studies, 12,2,97-108.
·
MOOMAW R. L., SHATTER A. M., ( 1996), « Urbanization and economic development : a bias
toward large cities ?», Journal of Urban Economics, 40,13-37.
·
PALIVOS T., WANG P., ( 1996), « Spatial agglomeration and economic growth », Regional Science
and Urban Economics, 26,645-669.
·
PUGA D., ( 1998), « Urbanization patterns : Europeans versus Less Developed Countries », Journal
of Regional Science, 38,2,231-252.
·
SCOTT A. J., ( 2002), « Regional push : towards a geography of development and growth in low and middle-income countries », Third World Quarterly, 23,1,137-161.
·
SHUKLA V., ( 1996), Urbanization and economic growth, Oxford University Press, Delhi.
·
SIMON C.J., NARDINELLI C., (2002), « Human Capital and the Rise of American Cities, 1900-1990 », Regional Science and Urban Economics , 32,59-96
·
THISSE J. F., VAN YPERSELE T., ( 1999), « Métropoles et concurrence territoriale », Economie et
Statistique, 326/327,6/7,19-30.
·
WHEATON W., SHISHIDO H., ( 1981), « Urban concentration, agglomeration economies, and
the level of economic development », Economic Development and Cultural Change, 30,1,17-30.
·
WILLIAMSON J.G., ( 1965), « Regional inequality and the process of national development :
a description of the patterns », Economic Development and Cultural Change, 13,2.
·
YATTA F. P., ( 2003), « Les enseignements des études de cas sur les villes ouest-africaines et les
économies locales (Ecoloc)», Région et Développement, 17, à paraître.
·
YOUNG A., ( 1994), « Lessons from the East Asian NICs : a contrarian view », European Economic
Review, 38,964-973.
·
YOUNG A., ( 1995), « The tyranny of numbers : confronting the statistical realities of the East
Asian growth experience », Quarterly Journal of Economics, 110,641-680.
[(*)]
(*) CRERI, Université de Toulon et du Var - Faculté de Sciences Économiques et de Gestion
c
creri@ univ-tln. frBP 132 - F-83957 La Garde Cedex
[1]
C’est-à-dire du nombre de biens différenciés, compte tenu des hypothèses de concurrence
monopolistique.
[2]
Productions intermédiaires et liaisons verticales input-output explicitement introduites en
correspondance par Krugman et Venables ( 1995,1996).
[3]
Ainsi scindées de part et d’autre d’une ligne le Havre-Marseille.
[4]
Bien sûr, dans le passage à la deuxième étape, un surplus agricole suffisant favorise le développement
des centres urbains et des activités manufacturières. Une typologie des liens entre le processus
d’urbanisation et le déficit alimentaire en Afrique est proposée dans Hugon ( 1989).
[5]
Lucas ( 2001) propose un modèle urbain où, sans paradoxe, les valeurs foncières représentent d’une
certaine manière le montant des externalités liées à l’accumulation du capital humain.
[6]
L’étude de Mitra ( 2000) sur les Etats indiens tend aussi à faire apparaître l’existence de déséconomies
d’urbanisation à partir d’un seuil de population urbaine affectant notamment les industries de
main-d’œuvre (produits alimentaires, textile, chimie de base).