Mondes en développement
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4432-1
128 pages

p. 33 à 49
doi: en cours

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no 125 2004/1

2004 Monde en développement

Économie du Tourisme : Quels acteurs ? Pour quel développement ? Le cas tunisien à la lumière de l’exemple hongrois  [1]

Magalie Mollet  [2] Houda NEFFATI  [3]
Cet article examine les enjeux et les moyens du développement de l’industrie touristique tunisienne à la lumière de l’exemple hongrois. Le tourisme tunisien a connu une croissance spectaculaire dans les années 60 grâce aux interventions répétées de l’Etat. Il souffre actuellement d’un manque de rentabilité et risque de voir ses parts de marché diminuer au profit de destinations concurrentes. Ces tendances soulignent la nécessité, pour la Tunisie, de poursuivre le processus de restructuration et de mise à niveau du secteur amorcé au milieu des années 80 : amélioration qualitative et quantitative de l’offre, diffusion d’un tourisme durable et introduction de modes de promotion et de commercialisation innovants. Des défis similaires ont été relevés depuis 10 ans par la Hongrie grâce à un recours massif à l’investissement direct étranger et au développement de la coopération internationale et de partenariats entre les secteurs public et privé. Le pays compte aujourd’hui parmi les premières destinations mondiales et offre un tourisme diversifié, flexible et de qualité. Mots-clés : Tourisme, Tunisie, Hongrie, analyse SWOT, IDE, coopération, partenariats. This paper deals with the stakes and means of tourism development in Tunisia compared with the Hungarian example. The Tunisian Tourism has known a spectacular growth during the 60s due to a strong State’s interventionism. It is currently affected by a lack of profitability and sees its market shares decreasing. These tendencies underline the necessity for Tunisia to continue the reconstruction and levelling process started in the middle of the 80s : qualitative and quantitative improvement of the offer, diffusion of sustainable tourism and introduction of new promotion and marketing methods. Similar challenges have been taken up for 10 years by Hungary thanks to a massive resort to foreign direct investment and the development of international co-operation and partnerships between the public and private sectors. The country is now among the first world destinations and offers a diversified, flexible and quality tourism. Keywords : Tourism, Tunisia, Hungary, SWOT analysis, FDI, co-operation, partnerships.
 
INTRODUCTION
 
 
Depuis plus d’une décennie, l’économie tunisienne s’est engagée dans un processus de restructuration et de mise à niveau de son tissu productif. Le tourisme, branche clé du pays, constitue un support privilégié de cet ajustement. Ce secteur est porteur de dynamiques susceptibles de se diffuser à l’ensemble de l’économie et peut être considéré comme un point d’ancrage favorable [4] au développement durable. Le développement du tourisme balnéaire, dans les années 50, fait de la Tunisie une destination pionnière des vacanciers européens. Le pays a profité alors de sa popularité sur les principaux marchés émetteurs de l’Ouest pour acquérir une position dominante. Dans les années 80/90, la Tunisie draine toujours d’importants flux touristiques en provenance d’Europe de l’Ouest, mais une part conséquente de son marché est absorbée par l’émergence de nouveaux produits ou destinations [5]. Afin d’accroître son attractivité et de renouveler son image, l’industrie touristique tunisienne va avoir à diversifier et à améliorer la qualité de son offre, à investir dans le capital humain et les infrastructures, et à se préoccuper de l’environnement. Ces aspects soulignent l’importance et la nécessaire combinaison des actions publiques, privées et de la coopération internationale, ainsi que l’identification précise des acteurs et des stratégies qu’ils poursuivent.
La présente analyse vise à identifier les spécificités du secteur du tourisme en Tunisie. L’examen des forces et des faiblesses de ce secteur, ses opportunités et menaces, permettra de comprendre les orientations stratégiques menées actuellement. Le cas tunisien est apprécié au regard du modèle hongrois de développement du tourisme. La forte attractivité et la diversification de l’offre hongroise au cours de cette dernière décennie, le rôle joué par les investisseurs étrangers dans la restructuration de cette branche et les réformes entreprises sont autant d’aspects mis en perspective.
 
1. INDUSTRIE DU TOURISME EN TUNISIE ET EN HONGRIE
 
 
L’industrie du tourisme occupe une place importante dans le développement des économies tunisienne et hongroise. En Tunisie, elle génère près de 6% du PIB, et affiche un taux de croissance proche de celui de l’économie nationale. Avec des recettes s’élevant en 2001 à plus de 2300 millions de dinars, le tourisme couvre près de la moitié du déficit commercial tunisien. En Hongrie, le tourisme fait vivre plus de 300 000 personnes, génère un dixième du PIB et croît à un rythme deux fois supérieur à celui de l’économie (Tanczer, 2002 ; HCSO, 2002). Depuis 1960, le tourisme en Tunisie a connu une croissance spectaculaire. La part de marché [6] du secteur a été multipliée par 6 et le nombre d’établissements par 10, les capacités d’hébergement par 50, le nombre de nuitées par 80 et le nombre de touristes étrangers par 100 environ.
En Hongrie, sous le régime socialiste, le pays comptait déjà parmi les destinations privilégiées de milliers de visiteurs est-européens, 10% des touristes étrangers vers le Conseil d’Assistance Economique Mutuel se rendaient en Hongrie dans les années 80. Avec la multiplication des initiatives individuelles, la privatisation des petits hôtels, restaurants et cafés, puis la vente des grandes chaînes hôtelières, le secteur a progressivement glissé vers le secteur privé. Lors de la dernière décennie, les recettes en devises du tourisme ont quadruplé. Son taux de croissance est aujourd’hui le double de la moyenne de l’économie et il constitue la principale activité rentable des régions les moins développées du pays.
1.1 La Demande Touristique
Sous l’effet conjugué de la crise économique et des évènements du 11 septembre 2001, le tourisme international a enregistré un recul important (arrivées internationales - 1,3%). Le Moyen-Orient a été le plus touché avec une baisse de 8,8% des arrivées. La Tunisie a enregistré un manque à gagner important en 2001 en accueillant 5,4 millions de touristes et 2,5% du flux vers la Méditerranée [7]. Jusqu’au milieu des années 90, le développement du tourisme tunisien a reposé sur une clientèle attirée par la douceur du climat, les vestiges archéologiques et une infrastructure de transport satisfaisante. Le taux moyen de croissance par année entre 1994 et 2000 a été globalement de 4,1%. La demande touristique tunisienne a augmenté en même temps qu’une demande internationale et surtout européenne, tirée par l’expansion des voyages à forfait aérien selon la formule du "tout -compris". D’après les statistiques des années 2000 et 2001 de l’ONTT (office national du tourisme tunisien), les indicateurs touristiques ont connu des évolutions diverses. Les entrées de non-résidents (+ 6,5 %) ont augmenté, en particulier grâce aux flux maghrébins, tout comme les recettes du secteur (+ 12%). En revanche, on peut observer une baisse des entrées d’européens (-0,2%), des nuitées (-0,3%), du taux d’occupation relatif (-0,6%), et de la durée moyenne des séjours (-0,5%). Bien que résistante aux aléas de la conjoncture internationale, l’industrie du tourisme tunisien reste en deçà de ses potentialités. Les taux moyens de croissance par année sur ses différents marchés ont été globalement positifs. Grâce à la politique de promotion initiée en 1995, le pays a gagné des parts de marchés en Europe de l’Est et du Sud [8]. Cette évolution est contrariée en 2001 et l’on assiste à une modification des flux par nationalité, avec une explosion du tourisme maghrébin en général et libyen en particulier (+ 48,4%).
Les touristes en Tunisie se répartissent en quatre catégories : vacances, affaires, visite d’amis et parents et autres motifs. Les vacanciers se subdivisent en trois segments, selon le type de vacances : séjour balnéaire, séjour dans le désert et circuits. Cette distinction est spécifique au modèle tunisien et renseigne sur la dynamique de cette industrie : types de produits commercialisés, distribution géographique des bénéfices et des ressources. Elle permet d’observer la mobilité des touristes à travers le pays et il semblerait que les touristes des nouveaux marchés, notamment ceux d’Europe de l’Est ont tendance à préférer des produits de type "circuit". Le tourisme balnéaire reste le motif principal du séjour et l’hôtel le type d’hébergement préféré. Depuis 1995, on observe que la part des hôtels 1 et 2 étoiles a tendance à stagner, la part des 3 étoiles décline de 48% à 42% alors que la part des 4 étoiles passe de 22% à 29%. La part des clubs de vacances, bien que faible, a tendance à progresser.
Durant les neuf premiers mois de l’année 2002,24,2 millions d’étrangers ont visité la Hongrie. L’Office National des Statistiques a relevé une baisse de 5% du nombre de ressortissants européens. Cette baisse a cependant été compensée par la hausse du tourisme national ; 4,8 millions de touristes nationaux et étrangers ont passé 15 millions de nuitées dans les établissements d’hôtellerie et de para-hôtellerie. Les recettes d’hébergement ont fléchi de 1% par rapport à l’année précédente, à l’exception des hôtels de très grand luxe. Actuellement, la Hongrie draine 3 à 4% des mouvements touristiques internationaux mais ne participe qu’à hauteur de 1% aux recettes mondiales [9]. 61% des nuitées passées par les visiteurs en hôtel ou assimilés sont concentrées dans deux régions : Budapest et les environs du Lac Balaton ; 37% d’entre elles s’étalent sur juillet et août. Le tourisme en Hongrie est donc concentré dans l’espace et dans le temps, alors que le pays peut se prévaloir de plus de 6 000 sites d’attrait touristique et d’une saisonnalité potentiellement plus longue. Malgré les données favorables et en dépit du développement dynamique constaté ces dernières années, la Hongrie n’est pas à même de tirer profit, dans de bonnes conditions, des possibilités économiques que recèle le tourisme. Elle pourrait perdre des parts de marché par rapport aux destinations concurrentes (Autriche, Pologne, République tchèque, Croatie… ) si elle n’étend pas l’offre existante.
Les principales destinations concurrentes de la Tunisie sont le Maroc, l’Egypte, la Grèce et la Turquie. La Tunisie, le Maroc et la Grèce, destinations méditerranéennes populaires préférées des touristes Ouest-européens perdent leurs parts de marché respectives malgré une hausse du nombre de visiteurs. Les tragiques évènements de 1998 et 1999 en Egypte [10] et en Turquie [11] expliquent la chute du nombre des visiteurs sur ces années. Pourtant, ces deux destinations enregistrent une croissance positive de leurs parts de marché par rapport au total du nombre de visiteurs sur les 5 destinations en terme de tourisme balnéaire. Cette nouvelle tendance souligne la nécessité, notamment pour la Tunisie, d’améliorer l’offre en termes d’installation et de qualité, de s’aligner sur les prix pour une qualité équivalente, d’introduire de nouveaux produits plus attrayants, d’exploiter un réseau marketing plus étendu, et d’être attentif aux nouvelles tendances proposées par les concurrents. De nouveaux impératifs apparaissent, parmi lesquels la nécessité d’étudier les attitudes, les itinéraires et le degré de satisfaction aux services offerts, de collecter les données de base pour analyser le potentiel touristique des produits à développer et de comprendre les touristes en provenance des pays dont le potentiel est prometteur (Espagne, Italie, Pologne, Pays-Bas) et enfin, de cerner les problèmes du tourisme tunisien par rapport aux destinations concurrentes. De nombreux efforts sont accomplis dans ce sens actuellement.
1.2 L’offre touristique
La Tunisie regorge de sites archéologiques, quartiers historiques urbains ou Médinas (littoral et intérieur du pays), sites berbères (Sahara) et musées. La Hongrie dispose d’un patrimoine historique et artistique important, le nombre et la variété des musées et festivals en font une destination privilégiée des amateurs de culture. D’après les registres, on trouve en Hongrie près de 300 monuments ou sites historiques, dont plus de 50 châteaux. Le tourisme d’affaires tunisien et hongrois a connu un développement récent, mais il reste concentré autour des capitales. En régions, les centres de congrès sont presque inexistants et leurs capacités d’accueil restent limitées. Actuellement, vingt pays accueillent trois conférences internationales sur quatre. En 1999, la Hongrie occupait sur cette liste la 15e place. Quant à la liste mondiale des villes de congrès, Budapest est placée régulièrement parmi les 20 premières, et sur la liste européenne, parmi les 15 premières.
Les activités de sport et de loisir entrent pour une faible part dans le tourisme hongrois mais se développent rapidement en Tunisie, notamment en ce qui concerne le golf, la plaisance et les jeux d’argent. Il existe 8 terrains de golf exploités par le secteur privé, 7 marinas dont 2 en construction et 5 casinos ouverts à une clientèle étrangère.
Alors que les produits de santé et de bien-être occupent une place centrale dans le tourisme hongrois, leur développement en Tunisie est récent. La thalassothérapie se développe dans les grands hôtels et devient un complément attractif du produit de base. Le thermalisme est une activité plus ancienne et trois centres sont fréquentés par une clientèle tunisienne. Ce tourisme souffre d’un défaut de qualité des équipements. Le thermalisme et le tourisme de Santé occupent une place de choix en Hongrie. Le pays, grande puissance européenne des sources thermales, possède des atouts géothermiques. On dénombre plus de 800 sources actives d’eau chaude, dont près du tiers sont utilisées en thermalisme. Il existe environ 350 établissements balnéaires publics dans lesquels se trouvent plus de 1 200 bassins. Toutefois, seul un tiers de ces bassins répond aux normes modernes de santé et de technologie.
Le tourisme vert n’est pas encore développé en Tunisie, même si huit zones disposent du statut de parc national et quinze sont désignées comme réserves pour la protection de la faune et de la flore (Cazes, 1992). Cette forme de tourisme se développe en Hongrie et 177 700 hectares ont été classés officiellement parcs nationaux. Dans le même temps, 26 200ha sont classés réserves naturelles. La superficie totale des sites classés est supérieure à 466 600ha. Au total 670 600 ha, soit 7,6% de la superficie nationale, sont protégés (Ratz, Puczkó, 1998).
 
2. FORCES, FAIBLESSES, OPPORTUNITÉS ET MENACES DU TOURISME TUNISIEN ET HONGROIS
 
 
En Tunisie, comme en Hongrie, les opportunités offertes par le secteur du tourisme sont loin d’être complètement exploitées ; un examen des forces, faiblesses, atouts et menaces du secteur est nécessaire à la compréhension des stratégies conduites par les autorités responsables et à la mise en valeur des possibilités économiques que recèle le tourisme.
2.1 Forces et faiblesses de l’industrie touristique
Les points forts dont dispose le secteur du tourisme en Tunisie pour améliorer sa qualité et promouvoir sa diversification comprennent des ressources naturelles et construites très variés : climat, plages, paysages. Le tourisme tunisien peut offrir des produits à contenu émotionnel et culturel fort, dans le cadre de forfaits adaptés aux différents profils de touristes. L’image de la Tunisie peut s’améliorer rapidement par une politique de communication plus efficace sur les marchés émetteurs. De même, les principaux atouts du secteur en Hongrie reposent sur la diversité de ses attractions (Budapest, Balaton, eaux thermales et curatives, culture… ), dont une grande partie peut encore être valorisée. Sa localisation géographique centrale en Europe lui permet de drainer un flux de touristes important. Des ressources croissantes sont affectées au marketing international, au développement des infrastructures et à la protection de l’environnement. La branche du tourisme accumule des compétences et une expérience professionnelle à laquelle s’ajoute l’intérêt croissant des investisseurs privés locaux et étrangers. Les investisseurs du secteur ne semblent pas influencés par le pessimisme général. Une trentaine de nouveaux hôtels sont en cours d’achèvement à Budapest grâce à des investissements de 664 millions d’euros. Ces hôtels classés entre 4 et 5 étoiles doubleront le nombre de chambres actuelles. Celui-ci passera de 3 000 à environ 7 500. La raison de l’engouement pour ce type d’investissements est une rentabilité attractive. Il y a peu, les immeubles de bureau et les centres commerciaux offraient des investissements prometteurs avec leurs 7 ans d’amortissement et leurs 14% à 15% de profit, tandis qu’actuellement ce taux est descendu au-dessous de 10%. En revanche les investissements hôteliers promettent un rendement stable supérieur à 12% et un amortissement moyen de 10 à 15 ans.
Les points faibles en Tunisie concernent la structure globale du secteur et particulièrement la concentration de l’industrie touristique sur le tourisme des vacances balnéaires. Il y a très peu de nuitées à l’intérieur du pays et les ressources naturelles et culturelles ne sont pas mises en valeur dans certaines régions. De plus, la capacité balnéaire est inexploitée en dehors de la haute saison. Face à la faible diversification des produits touristiques, la très forte saisonnalité de la fréquentation, la motivation des touristes souvent axée sur la plage, le soleil, la qualité de l’hébergement, ainsi que le coût réduit du séjour et les contacts très réduits avec la population, les responsables tunisiens ont réorienté la stratégie de développement du secteur touristique : encouragement à la formule "appartement-hôtel" , surtout prisée par les touristes du Moyen-Orient ; développement de la plaisance ; développement de la pratique du golf ; encouragement à d’autres formes de tourisme (tourisme de congrès, tourisme culturel) ; tentatives pour attirer une clientèle de seniors en basse saison ainsi et une clientèle jeune, en développant la capacité d’accueil extra hôtelière et les auberges de jeunesse ; création d’équipements moyen standing pour les vacanciers tunisiens ; développement du tourisme saharien. L’autre grande faiblesse concerne la qualité des produits offerts par ce secteur. À côté de la médiocrité des services essentiels offerts par certains hôtels et restaurants, s’ajoute la pauvreté du produit culturel sur certains sites culturels. L’industrie hôtelière se trouve dans un cercle vicieux en faisant des économies sur les frais de fonctionnement et la qualité des services pour maintenir les tarifs bas imposés par le système des forfaits des voyages organisés. Le niveau du service, ainsi que les standards d’hygiène, sont très bas dans plusieurs établissements. Par conséquent, l’entretien est déficient et le service décevant, ce qui crée l’insatisfaction des clients et un faible taux de retour. Tant que la qualité du service ne sera pas améliorée, le problème de bas prix persistera.
Enfin, la concurrence ne semble pas être surveillée et l’information reste insuffisante concernant le niveau de qualité des produits, les innovations et les stratégies de commercialisation de pays tels que la Turquie, l’Egypte, la Grèce et le Maroc. L’autosatisfaction des professionnels du secteur a entraîné une dépendance excessive à l’égard du tourisme balnéaire, pour lequel les réseaux de commercialisation ciblant le tourisme de masse dans les pays européens sont bien implantés.
En Hongrie, la faille du secteur réside principalement dans sa faible rentabilité à l’échelon international. Celle-ci est avant tout liée aux insuffisances des infrastructures existantes. Les infrastructures de base – transport et protection de l’environnement – sont peu développées. Le niveau et le volume médiocre des infrastructures touristiques - peu d’établissements de haut niveau - créent un obstacle à la croissance des recettes. Se surajoutent le faible niveau d’exploitation des possibilités que pourraient représenter d’autres attractions touristiques et l’absence de produits complexes englobant plusieurs éléments compétitifs et attirant une clientèle solvable et exigeante. Trois autres faiblesses doivent également être mentionnées : la reconnaissance limitée du pays hors des frontières et donc la dépendance de son industrie à un petit nombre de marchés ; la forte saisonnalité du secteur, sa concentration disproportionnée autour du lac Balaton et à Budapest, et la courte durée des visites ; enfin la stagnation du tourisme domestique.
2.2 Opportunités et menaces
Les opportunités qui s’offrent au secteur sont importantes et dépendent largement de la volonté des différents acteurs à améliorer la qualité de leurs produits. Cette évolution permettrait à la fois de réduire la dépendance de la Tunisie vis-à-vis des tours-opérateurs spécialisés dans le tourisme de masse et de développer de nouvelles parts de marché autour d’une clientèle plus exigeante et ayant un niveau de revenu plus élevé. Les produits complémentaires aux vacances balnéaires (golf, thalassothérapie, casinos, plaisance), mais aussi le développement des installations pour le tourisme d’affaires, permettent cette évolution. De plus, des circuits culturels de qualité favoriseraient la mobilité des touristes vers l’intérieur du pays, tout en exploitant et en mettant en valeur les ressources culturelles et naturelles de ces régions.
La menace la plus importante vient du fait que les différents acteurs du secteur ne sont pas tous mobilisés sur la nécessité et l’urgence de l’amélioration de la qualité des produits offerts. De nouveaux partenariats sont à développer entre les secteurs public et privé, afin de mettre à niveau les différents sites. La mise au standard international de l’économie tunisienne concerne aussi son patrimoine : sites archéologiques, musés, médinas, monuments contribuent fortement à l’attractivité du pays et au renouvellement en profondeur de son image. Etant une destination méditerranéenne connue, qui a pu maintenir sa place sur le marché au cours des dernières années en bénéficiant des revers rencontrés par les pays concurrents, la Tunisie risque de voir ses parts de marchés s’éroder au fur et à mesure que d’autres destinations d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient pénètrent les marchés européens. En tant que destination de masse, il est possible que la Tunisie ne réussisse pas à renouveler son image sans résoudre le problème de qualité, et sans affirmer une différenciation claire de ses produits et de leur promotion sur les marchés émetteurs. Elle pourrait rester ainsi soumise aux prix imposés par les toursopérateurs et être identifiée comme une destination à bas prix pour un tourisme balnéaire de masse.
En termes d’opportunités, la Hongrie peut s’appuyer sur le marketing national pour augmenter ses réseaux de représentation à l’étranger ; coordonner régionalement les structures organisationnelles et renforcer le rôle du gouvernement en tant que lien à cette coordination ; développer de nouveaux produits ou programmes ; favoriser le développement soutenable ; accroître et accélérer la coopération entre le secteur public et le privé et développer le marché domestique par un système de chèques-vacances. La Hongrie dispose de nombreux atouts pour valoriser son tourisme : réserves importantes en matière de tourisme balnéaire, évènements culturels, tourisme lié aux traditions [12], richesses naturelles, parcs nationaux, sports comme l’hippisme et la chasse, le tourisme vinicole et gastronomique [13]. Deux menaces principales pèsent sur le secteur du tourisme hongrois. La première à trait à l’accroissement de la concurrence entre les régions en matière de tentative d’attraction des visiteurs ; la seconde concerne la standardisation des produits touristiques offerts au niveau mondial et la baisse des coûts de transport qui pourraient banaliser le pays.
 
3. ENJEUX DU DÉVELOPPEMENT DE L’INDUSTRIE TOURISTIQUE : IDE, PARTENARIAT ET COOPÉRATION INTERNATIONALE
 
 
Les derniers plans de développement tunisien et hongrois accordent une place essentielle à l’industrie touristique et à ses effets d’entraînement sur l’emploi [14], les opportunités d’affaires internationales et la mise à niveau des tissus productifs. Les objectifs visés par les 9ème et 10ème plans en Tunisie et dans le cadre du plan Széchenyi en Hongrie s’articulent autour des axes suivants : le renforcement de la capacité concurrentielle via une amélioration de la qualité et une campagne de commercialisation efficace, l’amélioration de la rentabilité, la consolidation et le développement des produits nouveaux et l’exploration de nouveaux marchés potentiels [15], la protection de l’environnement, et le renouvellement de l’image touristique traditionnelle. Les autorités tunisiennes ciblent également la mise à niveau des entreprises du secteur la promotion des ressources humaines, le contrôle des installations sanitaires et la consolidation du contrôle du secteur privé dans le domaine du tourisme.
3.1 Les enjeux
Diffusion d’un tourisme durable Les objectifs d’amélioration de la qualité des services et de la diversification des produits touristiques sont renforcés par les objectifs qui visent l’insertion spatiale du secteur dans son environnement. L’ambition des tunisiens et des hongrois est de garantir un tourisme durable (RATZ T., PUCZKO L., 1998). Il s’agit d’identifier des orientations et des méthodes de croissance limitant les effets négatifs du développement du tourisme sur l’environnement social, culturel et naturel des deux pays. En effet, le tourisme est une activité fortement urbanisante. Sur le plan démographique, on a assisté en Tunisie à une croissance rapide des villes littorales et à une intensification des flux migratoires depuis l’intérieur des terres vers les zones littorales. Sur le plan spatial, le tourisme a contribué à l’extension des villes et à la genèse de véritables quartiers ou zones touristiques plus ou moins linéaires. La création d’emplois serait susceptible de diminuer la pression migratoire qui pèse sur les zones rurales, en particulier dans le sud du pays. Des tentatives de réorientation du développement touristique national ont été menées ces dernières années et de nombreux programmes d’aménagement [16] sont en cours de réalisation, qui devraient porter la capacité du pays de 150 000 à 360 000 lits en 2016-2020. L’aménagement s’est réalisé en profondeur (une bande côtière de 5 kilomètres de long, mais une superficie de 310 hectares). Le montage juridico-financier a fait intervenir des partenaires multiples : organismes internationaux, pouvoirs publics tunisiens et investisseurs étrangers. Les superficies concernées s’étendent sur plusieurs centaines d’hectares, les capacités d’hébergement, comprises entre 15 000 et 30 000 lits, sont réparties entre plusieurs dizaines d’unités hôtelières et de résidences secondaires. De plus, le tourisme tunisien s’est développé dans un contexte global de ressources en eau modeste au regard d’une consommation en croissance rapide. De fortes disparités géographiques existent entre les zones de disponibilité en eau (le nord-ouest du pays, pour l’essentiel) et les zones de forte consommation (le littoral oriental). Ce fait accentue les tensions locales et régionales. Le centre concentre plus du tiers des consommations pour moins de 15% des ressources. Si la part de consommation en eau par le tourisme demeure relativement limitée au regard de son importance dans le PIB, la localisation du tourisme, presque exclusivement balnéaire, renforce la demande des littoraux de l’Est et nécessite d’importants transferts. De fait, dans le Sahara, des arbitrages deviennent nécessaires. Enfin, si le tourisme saharien est amené à se développer, alors l’évaluation des besoins en eau à long terme doit être entreprise.
La concentration du tourisme hongrois engendre également d’importantes disparités sociales et environnementales. Pour une meilleure diffusion des flux et des revenus du tourisme, le gouvernement mise sur le développement de capacités d’hébergement supplémentaires, la valorisation et la protection du patrimoine culturel et folklorique régional et le développement du tourisme rural.
Commercialisation et promotion des produits touristiques Le développement et le renouvellement du tourisme tunisien et hongrois nécessitent de nouvelles politiques de communication, de promotion et de commercialisation de leurs produits. La Tunisie cherche des méthodes de communication innovantes pour transformer en profondeur l’image du pays et accroître son attractivité. La politique générale de promotion pourrait, les prochaines années, se concentrer sur différents types de tourisme de qualité, tout en préservant les efforts pour maintenir le marché de masse des vacances balnéaires. En février 2000, un nouveau système de classification des hôtels a été établi et devrait entrer en vigueur. La restauration reste très peu variée et en dehors de quelques zones touristiques et des hôtels il y a peu de restaurants. Les prestations de services divers de bonne qualité et les activités de loisirs ne sont disponibles que sur certains sites touristiques. Les centres d’information ne disposent pas toujours de toute l’information attendue. De nouvelles méthodes pour communiquer selon les pays émetteurs de touristes, les produits ciblés, l’âge, le sexe sont à adopter. Les ressources touristiques tunisiennes culturelles, historiques ou naturelles sont moins connues que les ressources des pays concurrents. Une publicité cohérente, continue et répétée est nécessaire sur une sphère plus large, incluant les pays non francophones. Un travail important reste à accomplir pour développer l’information touristique sur Internet notamment (par pays avec des stratégies marketing distinctes, par type de tourisme, localisation des sites, calendrier des différentes manifestations culturelles...). La moyenne des dépenses des visiteurs, et non leur nombre, pourrait servir de critère pour l’allocation du budget de promotion à chaque marché. Le développement de bases de données permettrait de suivre l’évolution des différents marchés et d’améliorer l’efficacité des actions de promotion, de s’intéresser aux marchés lointains et de comprendre les raisons profondes de la si forte saisonnalité des activités touristiques. Une meilleure analyse économique du secteur et des données sur les profils socio-économiques des touristes, leurs préférences, leur degré de satisfaction est nécessaire.
Le développement du système d’information touristique hongrois repose actuellement sur 4 piliers : le réseau Tourinform, la Banque Nationale de Données Touristiques, l’accueil téléphonique de Tourinform et Internet. Aujourd’hui, l’un des principaux obstacles au développement du système d’informations touristiques est l’absence d’implication des petites et moyennes entreprises. Les pouvoirs publics souhaitent mettre en place un système basé sur la communication intégrée, dont la banque de données pourra être utilisée simultanément par plusieurs sous-systèmes d’utilisateurs professionnels ou de grand public, avec un large choix : territorial, régional, municipal, thématique. Ils désirent également raccorder les réseaux hongrois aux réseaux internationaux et européens.
3.2 Investissement direct étranger (IDE), partenariats et coopération internationale
Le saut qualitatif envisagé par les autorités tunisiennes, et l’ensemble de la profession, est contrarié par une conjoncture difficile. Un ensemble de réformes est nécessaire pour favoriser l’expansion et la rentabilité du secteur. A la lumière de l’exemple hongrois, trois axes sont à privilégier : l’IDE dans le secteur, la coopération internationale et le partenariats public/privé. En effet, l’augmentation de la capacité hôtelière est envisageable si elle concerne un réaménagement des sites existants et/ou permet aux régions de l’intérieur du pays d’en profiter. La faible rentabilité de certains hôtels, voire leur fort endettement, reste occulté par la réussite de quelques hôtels haut de gamme ne souffrant pas de la forte saisonnalité. L’ensemble du secteur semble être victime de la pratique de prix bas, les emprisonnant dans un cercle vicieux, et de l’aménagement de qualité insuffisante de l’environnement hors des hôtels. Si l’on ajoute à ces éléments l’esprit de "l’affaire familiale", il est aisé de comprendre les problèmes de rentabilité rencontrés par certains promoteurs. La rénovation et l’aménagement des stations balnéaires pourraient s’appuyer sur une ouverture de l’immobilier commercial, ainsi qu’un meilleur accès aux capitaux étrangers et au savoir-faire en termes de projets. L’objectif est d’obtenir un plus grand nombre d’investisseurs tunisiens travaillant avec des partenaires financiers, des concepteurs, des sociétés de gestion hôtelière de réputation mondiale. La mise à niveau qualitative, essentielle à l’autonomisation du secteur, profiterait ainsi d’une implication plus importante d’experts internationaux. Enfin, une ouverture de la part des aménageurs et des hôteliers tunisiens aux normes, aux innovations en matière de conception, et aux mécanismes de financement utilisés à l’étranger est à encourager.
Les IDE dans le tourisme tunisien et hongrois La Hongrie a choisi, dès 1990, de concevoir la privatisation au premier chef comme un moyen de moderniser son économie, au travers de l'injection de capitaux, d'équipements et de savoir-faire. Cette privatisation s'est donc faite, pour l'essentiel, à destination d'investisseurs étrangers, qui sont à la fois les propriétaires de la majorité ou de la totalité du capital, et des opérateurs des entreprises qu'ils contrôlent financièrement. Simultanément, l’adoption d’une législation favorable à l’investissement direct étranger a permis la venue des investisseurs étrangers, facilitant l’adaptation des firmes hongroises aux standards occidentaux. Les IDE sont entrés dans le secteur du tourisme, par rachat (chaîne d’hôtels Danubius, Pannonia) et sur sites vierges ( Accor). Il y avait néanmoins un risque politique à choisir ce type de privatisation, celui de paraître spolier la population en faisant passer les richesses accumulées "au nom du peuple entier" aux investisseurs privés étrangers. Accor est la société la mieux implantée en Hongrie. Son plus grand concurrent est le Groupe Danubius, mais d’autres acteurs sont aussi présents : l’Hôtel Intercontinental, Marriott, Hilton. Le marché est très concurrentiel, surtout à Budapest où les segments haut et moyen de gamme sont proches de la saturation. Les chaînes étrangères sont aussi présentes en province, ainsi à Székesfehérvár, à Szeged et sur le lac Balaton, avec 5 hôtels. Un effort d’investissement dans l’hôtellerie haut de gamme paraît être cohérent avec l’objectif de faire du pays un pôle important en matière de tourisme de conférence et d’entreprises. Des appels d’offres aux fonds publics sont lancés, afin de financer la transformation du patrimoine architectural provincial et d’assurer la constitution d’un réseau de type "relais et châteaux" avec les investisseurs étrangers.
En Tunisie, les incitations aux investissements destinés à la fois aux Tunisiens et aux étrangers et les lois les régissant sont incluses dans le code d’incitations aux investissements. La structure des incitations à l’investissement favorise la construction des hôtels et semble négliger les autres types de projets (restaurants, clubs de sport...). Sa récente réorientation, et en particulier l’insertion de ses avantages pour ce qui concerne la petite entreprise, montre la toute nouvelle implication de nouveaux acteurs dans le secteur du tourisme. Pour attirer les investisseurs étrangers, la mise en place d’une procédure considérée par ces derniers comme étant suffisamment transparente pour garantir leurs intérêts est nécessaire. Il est capital de les informer en organisant des séminaires dans les grandes capitales et en diffusant le plus largement possible toutes sortes d’information. La qualité des investissements étant la priorité, les incitations préférentielles pour les promoteurs nationaux ne semblent pas nécessaires. Le traitement préférentiel peut être alloué aux projets de plus petite taille, dans la restauration, les loisirs ou encore pour favoriser les médinas et plus généralement le développement régional. De 1990 à 2002, les investissements directs étrangers [17] en Tunisie sont passés de 77,5 millions de dinars [18] à près de 1167,3 millions de dinars. 2503 entreprises étrangères ou mixtes sont opérationnelles en Tunisie (contre 906 en 1990), avec un stock d'investissements étrangers de près de 18,1milliards de dinars en 2002 (contre 6,9 en 1990). Le partenariat est important : près de la moitié de ces entreprises s’est associée à des Tunisiens, sous forme de joint-ventures. 86% des entreprises sont originaires des pays de l'Union européenne. Toutefois, en 2002 seules neuf grandes entreprises étrangères sont présentes dans le secteur touristique, dont quatre françaises, une allemande, une britannique et deux américaines. Les IDE dans le secteur touristique sont passés de 24,6 en 1998 à 97,2 MTND en 2001, alors que les IDE sont passés de 849,1 à 700 MTND en 2001, accusant une forte baisse entre 2000 (1137,7 MTND) et 2001. La hausse enregistrée dans le secteur touristique est due à une forte implication des libyens avec 66,3 MTND. Sur les 755 hôtels dont est équipée la Tunisie, 81 sont gérés par des compagnies hôtelières internationales. Le développement de partenariats dans ce secteur permettrait d’enrichir les pratiques tunisiennes, tout en ciblant l’exploitation de nouveaux segments de marché (Neffati, Richet, 2004).
Développement de partenariats publics / privés Pour atteindre les différents objectifs fixés au secteur, la coopération d’une série d’acteurs publics et privés est nécessaire.
En Hongrie, pour renforcer la coopération actuelle et future entre les secteurs public et privé, la Compagnie de développement du tourisme (CDT) a été créée en 1994 pour soutenir la division Tourisme du Ministère des Affaires Economiques. Elle collecte l’information sur la Hongrie, promeut la rencontre de l’offre et de la demande, et les revenus du tourisme. Les sièges régionaux de la CDT gèrent et coordonnent les activités des organismes des neuf régions hongroises. Son département de recherche analyse les données et les informations sur les tendances internationales et les marchés potentiels.
En Tunisie, le développement du tourisme culturel dépend fortement d’une collaboration étroite entre l’ONTT, le Ministère de la Culture, L’Institut National du Patrimoine, l’Agence de mise en valeur du Patrimoine et de Promotion Culturel, le comité culturel national et les comités culturels régionaux afin d’améliorer la gestion des sites culturels, l’encadrement des touristes. Une plus grande collaboration, pour la conception et l’aménagement des parcs nationaux entre l’ONTT, le Ministère de l’Agriculture et le Ministère de l’Agriculture, le Ministère de l’Environnement et des Ressources Hydrauliques est souhaitable pour le développement du tourisme vert. Il convient d’améliorer la collaboration de l’ONTT avec les ONG étrangères impliquées dans le tourisme culturel et la protection de l’environnement. Il est nécessaire, dans ce cadre, de sensibiliser la population à l’importance du tourisme dans l’économie tunisienne. Des efforts sont à développer via l’enseignement pour une ouverture sur d’autres cultures et d’autres langues, mais aussi par la mise en valeur du patrimoine culturel et sa nécessaire préservation. Les visites scolaires des sites touristiques sont à encourager, démystifiant ainsi l’activité touristique, et sensibilisant dès le plus jeune âge à l’histoire du pays et à sa diversité culturelle. Les liens entre développement du tourisme, emplois, mise en valeur des ressources, notamment du patrimoine culturel sont à expliciter, évitant ainsi certaines formes de rejets ou plus généralement un manque de motivation pour l’amélioration des services touristiques. La coopération entre public et privé peut aussi se concrétiser par la collaboration entre le TCB et l’ONTT pour le développement du tourisme de congrès, en diffusant l’information sur les tendances actuelles du tourisme des affaires et en aidant les professionnels du secteur à construire leurs stratégies sur ce segment en pleine expansion. Pour le renforcement des ressources humaines, il convient de rapprocher les professionnels du secteur et les écoles hôtelières au niveau national et international et de renforcer la coordination entre l’ONTT, la Fédération tunisienne de l’hôtellerie et la Fédération Tunisienne des Agences de Voyage. La qualité étant la cible du développement du secteur, l’amélioration des ressources humaines en demeure la clé.
Le développement de la formation continue publique et privée, ainsi que l’établissement de normes concernant l’emploi et les qualifications dans le secteur seraient source de motivation et d’implication plus forte des personnels. Des efforts importants ont été accomplis dans ces domaines depuis la fin des années 90. Enfin, la nécessité de généraliser l’enseignement de l’informatique n’est plus à démontrer (système de réservation, comptabilité...).
Coopération internationale Les activités des agences internationales, des bailleurs de fonds et agences de coopération bilatérales soutenant le tourisme tunisien sont très limitées. Certaines agences de développement sont directement impliquées pour améliorer la gestion et la présentation des ressources culturelles de la Tunisie et soutiennent, de ce fait, indirectement le secteur du tourisme en améliorant son offre. Ainsi, la commission européenne, à travers le programme MEDA participe à la restauration et à la revalorisation de plusieurs sites historiques [19]. La Banque mondiale, via le Projet de Gestion et de Valorisation du Patrimoine Culturel, finance une étude ayant pour objet d’analyser les ressources culturelles du pays, afin d’en améliorer la gestion (sélection et financement de sites spécifiques). La coopération française se concentre ces dernières années sur la formation des compétences dans le domaine du tourisme. Plusieurs actions sont liées à la gestion des ressources culturelles et du patrimoine. L’assistance allemande participe à la valorisation de sites archéologiques et de musés. Elle a aussi contribué à l’étude de la stratégie de développement du littoral et de parcs nationaux et musés écologiques.
En Hongrie, le programme communautaire ACCESS a pour objectif de faciliter le développement des structures locales nécessaires à la cohésion économique et sociale et à une meilleure qualité de vie. Il cofinance des actions menées en partenariat entre l'Union européenne et les PECO. Parmi les actions soutenues : planification urbaine et rurale, amélioration des services locaux, des systèmes sanitaires, des transports, des communications, développement du tourisme environnemental, promotion du patrimoine naturel et culturel. Le programme ISPA finance les projets d'infrastructure dans les domaines de l'environnement et des transports.
Au cours de la période 2000-2002, l'assistance financière globale au titre de l'ISPA à la Hongrie atteindra un montant annuel de 87,7 millions d'euros. La Hongrie a présenté trois grands projets d'amélioration du réseau ferroviaire et trois projets d'assistance technique ont déjà été approuvés. Le projet Handbook for “Learning Areas in the tourism industry” a été adopté récemment pour permettre une augmentation des compétences dans le secteur du tourisme. Le “Learning Areas” - plates-formes impliquant tous les détenteurs d’enjeux du secteur du tourisme et de l’éducation dans un processus d’apprentissage et d’innovation, pour la coopération, et la compétitivité- est l’application concrète d’une nouvelle approche éducative pour les secteurs diversifiés. Elle favorise le dialogue entre les institutions d’éducation et les détenteurs d’enjeux du secteur et permet aux entreprises de développer en continu les capacités de la maind’œuvre existante.
 
CONCLUSION
 
 
En 2001, la croissance, d'ordinaire soutenue, du tourisme international s'est enrayée et les arrivées internationales ont baissé de 0,6 %, suite au tassement économique des grands marchés émetteurs de tourisme, partiellement lié aux évènements du 11 septembre 2001. Le marché tunisien a connu un manque à gagner important à un moment crucial. La Hongrie persévère dans l’amélioration de la qualité de ses produits et suit de très près les évolutions de la demande mondiale.
Le saut qualitatif envisagé en Tunisie nécessite une demande soutenue et l’entrée de nouveaux acteurs, ainsi que le développement de partenariats du secteur public et privé. Le renouvellement en profondeur de l’image de cette industrie sur les marchés émetteurs devient impératif pour permettre à ce secteur de s’autonomiser et de jouer son rôle pleinement dans le développement économique de la Tunisie. L'image devient un facteur crucial dans le choix d'une destination. L’intégration des sites touristiques, la mise en avant de la culture, des traditions et du patrimoine national permettent une réduction de l’incertitude et une meilleure appréhension de ce secteur par la population locale. Des campagnes de promotion susceptibles de rétablir la confiance auprès des consommateurs et des milieux d'affaires et de développer l'assurance-qualité et la certification des produits sont nécessaires. Des stratégies comparables ont permis à la Hongrie d’offrir un tourisme diversifié, flexible et de qualité, peu affecté par la conjoncture internationale.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  CAZES G. (1992) Fondements pour une géographie du tourisme et des loisirs, Paris, Bréal.
·  HCSO (2002) Statistical Yearbook of tourism - Hungarian, Budapest, Central Statistical Office.
·  LOZATO-GIOTARD J.P (1990) Méditerranée et Tourisme, Paris, Masson Géographie.
·  NEFFATI H., RICHET X. (2004) "L’attractivité comparée des investissements directs étrangers de la Tunisie et de la Hongrie", Région et Développement, 19, à paraître.
·  ONTT (2002) "Le tourisme en chiffres 2001", République Tunisienne, Ministère du Tourisme, des Loisirs et de l'Artisanat.
·  RATZ T., PUCZKO L. (1998) "Rural Tourism and Sustainable development", Paper presented in the Rural Tourism Management : Sustainable Options, International Conference, SAC, Auchincruive, Scotland, September.
·  TANCZER A. (2002) "Priorities in Tourism in Hungary", 6th International Forum on Tourism Statistics, Budapest, September.
 
NOTES
 
[1] Une version plus développée de l’article est disponible sur simple demande aux auteurs.
[2] Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle - C.I.E.H., mmollet@ wanadoo. fr
[3] Université de Paris Sud 11 et C.I.E.H.-Université de Paris 3 Sorbonne Nouvelle neffati. algorithmics@ wanadoo. fr
[4] Turquie, Egypte – tourisme thermal, aventure/découverte, congrès,…
[5] 17,5% des recettes d’exportations de biens et services de la Tunisie. l dinar = 0,745 EUR (moyenne 2002). MD= millions de dinars, MdsD = milliards de dinars.
[6] En Hongrie, en 2001, la situation aggravée par un contexte national défavorable, a paradoxalement peu affecté le tourisme. Les recettes du secteur ont enregistré une hausse de 19,7% par rapport à l’année précédente et le pays reste la 12ème destination la plus populaire dans le monde avec 30,7 millions de visiteurs.
[7] Devant Chypre ( 2%), l’Egypte et le Maroc ( 1,2%), mais derrière la Grèce et la Turquie qui détiennent, respectivement, 5,9% et 5% des flux méditerranéens.
[8] Plus 41,2% pour la Pologne, 15,1% pour l’Espagne et 18,4% pour le Japon
[9] Un touriste dépense en moyenne six fois plus par jour en Autriche que sur le territoire hongrois.
[10] Attentat contre des touristes à Louxor en 1998.
[11] Kidnapping de touristes en 1998 et tremblement de terre en 1999.
[12] Festival d’été des cerises de Nagykör, Festival des bergers de Kev à Túrkeve, Journées du poisson de Tiszafüred.
[13] Route des vins de Villány.
[14] On peut s’attendre à un impact fort sur les zones rurales et le Sud, si la stratégie de développement du secteur est mise en œuvre. En 2001, le tourisme a généré 82 000 emplois directs (ED) et 300 000 emplois indirects (EI), contre 40 000 ED et 160 000 EI au milieu des années 90.
[15] Golf, plaisance, tourisme saharien, tourisme d’affaires, tourisme culturel et archéologique, parc naturel.
[16] La réalisation de ces projets s’inspire des exemples d’El Kantaoui et de Tabarka-Montazah. La démarche suivie consiste à cibler une clientèle assez fortunée.
[17] Source : FIPA –Tunisia 2002
[18] MTND : millions de dinars tunisiens l TND = 0,704 USD = 0,745 EUR = 88,492 JPY (moyenne 2002)
[19] Ce programme a permis le développement d’une dizaine de circuits destinés à présenter des aspects de l’histoire et de la culture tunisienne.
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Devant Chypre ( 2%), l’Egypte et le Maroc ( 1,2%), mais der...
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Golf, plaisance, tourisme saharien, tourisme d’affaires, to...
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La réalisation de ces projets s’inspire des exemples d’El K...
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Source : FIPA –Tunisia 2002 Suite de la note...
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MTND : millions de dinars tunisiens l TND = 0,704 USD = 0,7...
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