2004
Monde en développement
Économie du Tourisme : Quels acteurs ? Pour quel développement ? Le cas tunisien à la lumière de l’exemple hongrois
[1]
Magalie Mollet
[2] Houda NEFFATI
[3]
Cet article examine les enjeux et les moyens du développement de l’industrie
touristique tunisienne à la lumière de l’exemple hongrois. Le tourisme tunisien
a connu une croissance spectaculaire dans les années 60 grâce aux interventions
répétées de l’Etat. Il souffre actuellement d’un manque de rentabilité et risque
de voir ses parts de marché diminuer au profit de destinations concurrentes.
Ces tendances soulignent la nécessité, pour la Tunisie, de poursuivre le processus de
restructuration et de mise à niveau du secteur amorcé au milieu des années 80 :
amélioration qualitative et quantitative de l’offre, diffusion d’un tourisme durable
et introduction de modes de promotion et de commercialisation innovants. Des
défis similaires ont été relevés depuis 10 ans par la Hongrie grâce à un recours
massif à l’investissement direct étranger et au développement de la coopération
internationale et de partenariats entre les secteurs public et privé. Le pays
compte aujourd’hui parmi les premières destinations mondiales et offre un
tourisme diversifié, flexible et de qualité.
Mots-clés :
Tourisme, Tunisie, Hongrie, analyse SWOT, IDE, coopération, partenariats.
This paper deals with the stakes and means of tourism development in Tunisia
compared with the Hungarian example. The Tunisian Tourism has known a
spectacular growth during the 60s due to a strong State’s interventionism. It is
currently affected by a lack of profitability and sees its market shares
decreasing. These tendencies underline the necessity for Tunisia to continue the
reconstruction and levelling process started in the middle of the 80s :
qualitative and quantitative improvement of the offer, diffusion of sustainable
tourism and introduction of new promotion and marketing methods. Similar
challenges have been taken up for 10 years by Hungary thanks to a massive
resort to foreign direct investment and the development of international co-operation and partnerships between the public and private sectors. The country
is now among the first world destinations and offers a diversified, flexible and
quality tourism.
Keywords :
Tourism, Tunisia, Hungary, SWOT analysis, FDI, co-operation, partnerships.
Depuis plus d’une décennie, l’économie tunisienne s’est engagée dans un
processus de restructuration et de mise à niveau de son tissu productif.
Le tourisme, branche clé du pays, constitue un support privilégié de cet
ajustement. Ce secteur est porteur de dynamiques susceptibles de se diffuser à
l’ensemble de l’économie et peut être considéré comme un point d’ancrage
favorable
[4] au développement durable. Le développement du tourisme
balnéaire, dans les années 50, fait de la Tunisie une destination pionnière des
vacanciers européens. Le pays a profité alors de sa popularité sur les principaux
marchés émetteurs de l’Ouest pour acquérir une position dominante. Dans les
années 80/90, la Tunisie draine toujours d’importants flux touristiques en
provenance d’Europe de l’Ouest, mais une part conséquente de son marché est
absorbée par l’émergence de nouveaux produits ou destinations
[5]. Afin
d’accroître son attractivité et de renouveler son image, l’industrie touristique
tunisienne va avoir à diversifier et à améliorer la qualité de son offre, à investir
dans le capital humain et les infrastructures, et à se préoccuper de l’environnement.
Ces aspects soulignent l’importance et la nécessaire combinaison des actions
publiques, privées et de la coopération internationale, ainsi que l’identification
précise des acteurs et des stratégies qu’ils poursuivent.
La présente analyse vise à identifier les spécificités du secteur du tourisme en
Tunisie. L’examen des forces et des faiblesses de ce secteur, ses opportunités et
menaces, permettra de comprendre les orientations stratégiques menées
actuellement. Le cas tunisien est apprécié au regard du modèle hongrois de
développement du tourisme. La forte attractivité et la diversification de l’offre
hongroise au cours de cette dernière décennie, le rôle joué par les investisseurs
étrangers dans la restructuration de cette branche et les réformes entreprises
sont autant d’aspects mis en perspective.
1. INDUSTRIE DU TOURISME EN TUNISIE
ET EN HONGRIE
L’industrie du tourisme occupe une place importante dans le développement
des économies tunisienne et hongroise. En Tunisie, elle génère près de 6% du
PIB, et affiche un taux de croissance proche de celui de l’économie nationale.
Avec des recettes s’élevant en 2001 à plus de 2300 millions de dinars, le
tourisme couvre près de la moitié du déficit commercial tunisien. En Hongrie,
le tourisme fait vivre plus de 300 000 personnes, génère un dixième du PIB et
croît à un rythme deux fois supérieur à celui de l’économie (Tanczer, 2002 ;
HCSO, 2002). Depuis 1960, le tourisme en Tunisie a connu une croissance
spectaculaire. La part de marché
[6] du secteur a été multipliée par 6 et le nombre
d’établissements par 10, les capacités d’hébergement par 50, le nombre de
nuitées par 80 et le nombre de touristes étrangers par 100 environ.
En Hongrie, sous le régime socialiste, le pays comptait déjà parmi les
destinations privilégiées de milliers de visiteurs est-européens, 10% des
touristes étrangers vers le Conseil d’Assistance Economique Mutuel se
rendaient en Hongrie dans les années 80. Avec la multiplication des initiatives
individuelles, la privatisation des petits hôtels, restaurants et cafés, puis la vente
des grandes chaînes hôtelières, le secteur a progressivement glissé vers le
secteur privé. Lors de la dernière décennie, les recettes en devises du tourisme
ont quadruplé. Son taux de croissance est aujourd’hui le double de la moyenne
de l’économie et il constitue la principale activité rentable des régions les moins
développées du pays.
1.1 La Demande Touristique
Sous l’effet conjugué de la crise économique et des évènements du 11 septembre
2001, le tourisme international a enregistré un recul important (arrivées internationales
- 1,3%). Le Moyen-Orient a été le plus touché avec une baisse de 8,8% des
arrivées. La Tunisie a enregistré un manque à gagner important en 2001 en
accueillant 5,4 millions de touristes et 2,5% du flux vers la Méditerranée
[7].
Jusqu’au milieu des années 90, le développement du tourisme tunisien a reposé
sur une clientèle attirée par la douceur du climat, les vestiges archéologiques et
une infrastructure de transport satisfaisante. Le taux moyen de croissance par
année entre 1994 et 2000 a été globalement de 4,1%. La demande touristique
tunisienne a augmenté en même temps qu’une demande internationale et
surtout européenne, tirée par l’expansion des voyages à forfait aérien selon la
formule du "tout -compris". D’après les statistiques des années 2000 et 2001 de
l’ONTT (office national du tourisme tunisien), les indicateurs touristiques ont
connu des évolutions diverses. Les entrées de non-résidents (+ 6,5 %) ont
augmenté, en particulier grâce aux flux maghrébins, tout comme les recettes du
secteur (+ 12%). En revanche, on peut observer une baisse des entrées
d’européens (-0,2%), des nuitées (-0,3%), du taux d’occupation relatif (-0,6%),
et de la durée moyenne des séjours (-0,5%). Bien que résistante aux aléas de la
conjoncture internationale, l’industrie du tourisme tunisien reste en deçà de ses
potentialités. Les taux moyens de croissance par année sur ses différents
marchés ont été globalement positifs. Grâce à la politique de promotion initiée
en 1995, le pays a gagné des parts de marchés en Europe de l’Est et du Sud
[8].
Cette évolution est contrariée en 2001 et l’on assiste à une modification des
flux par nationalité, avec une explosion du tourisme maghrébin en général et
libyen en particulier (+ 48,4%).
Les touristes en Tunisie se répartissent en quatre catégories : vacances, affaires,
visite d’amis et parents et autres motifs. Les vacanciers se subdivisent en trois
segments, selon le type de vacances : séjour balnéaire, séjour dans le désert et
circuits. Cette distinction est spécifique au modèle tunisien et renseigne sur la
dynamique de cette industrie : types de produits commercialisés, distribution
géographique des bénéfices et des ressources. Elle permet d’observer la
mobilité des touristes à travers le pays et il semblerait que les touristes des
nouveaux marchés, notamment ceux d’Europe de l’Est ont tendance à préférer
des produits de type "circuit". Le tourisme balnéaire reste le motif principal du
séjour et l’hôtel le type d’hébergement préféré. Depuis 1995, on observe que la
part des hôtels 1 et 2 étoiles a tendance à stagner, la part des 3 étoiles décline de
48% à 42% alors que la part des 4 étoiles passe de 22% à 29%. La part des
clubs de vacances, bien que faible, a tendance à progresser.
Durant les neuf premiers mois de l’année 2002,24,2 millions d’étrangers ont
visité la Hongrie. L’Office National des Statistiques a relevé une baisse de 5%
du nombre de ressortissants européens. Cette baisse a cependant été
compensée par la hausse du tourisme national ; 4,8 millions de touristes
nationaux et étrangers ont passé 15 millions de nuitées dans les établissements
d’hôtellerie et de para-hôtellerie. Les recettes d’hébergement ont fléchi de 1%
par rapport à l’année précédente, à l’exception des hôtels de très grand luxe.
Actuellement, la Hongrie draine 3 à 4% des mouvements touristiques
internationaux mais ne participe qu’à hauteur de 1% aux recettes mondiales
[9].
61% des nuitées passées par les visiteurs en hôtel ou assimilés sont concentrées
dans deux régions : Budapest et les environs du Lac Balaton ; 37% d’entre elles
s’étalent sur juillet et août. Le tourisme en Hongrie est donc concentré dans
l’espace et dans le temps, alors que le pays peut se prévaloir de plus de 6 000
sites d’attrait touristique et d’une saisonnalité potentiellement plus longue.
Malgré les données favorables et en dépit du développement dynamique
constaté ces dernières années, la Hongrie n’est pas à même de tirer profit, dans
de bonnes conditions, des possibilités économiques que recèle le tourisme. Elle
pourrait perdre des parts de marché par rapport aux destinations concurrentes
(Autriche, Pologne, République tchèque, Croatie… ) si elle n’étend pas l’offre
existante.
Les principales destinations concurrentes de la Tunisie sont le Maroc, l’Egypte,
la Grèce et la Turquie. La Tunisie, le Maroc et la Grèce, destinations
méditerranéennes populaires préférées des touristes Ouest-européens perdent
leurs parts de marché respectives malgré une hausse du nombre de visiteurs.
Les tragiques évènements de 1998 et 1999 en Egypte
[10] et en Turquie
[11]
expliquent la chute du nombre des visiteurs sur ces années. Pourtant, ces deux
destinations enregistrent une croissance positive de leurs parts de marché par
rapport au total du nombre de visiteurs sur les 5 destinations en terme de
tourisme balnéaire. Cette nouvelle tendance souligne la nécessité, notamment
pour la Tunisie, d’améliorer l’offre en termes d’installation et de qualité, de
s’aligner sur les prix pour une qualité équivalente, d’introduire de nouveaux
produits plus attrayants, d’exploiter un réseau marketing plus étendu, et d’être
attentif aux nouvelles tendances proposées par les concurrents. De nouveaux
impératifs apparaissent, parmi lesquels la nécessité d’étudier les attitudes, les
itinéraires et le degré de satisfaction aux services offerts, de collecter les
données de base pour analyser le potentiel touristique des produits à
développer et de comprendre les touristes en provenance des pays dont le
potentiel est prometteur (Espagne, Italie, Pologne, Pays-Bas) et enfin, de cerner
les problèmes du tourisme tunisien par rapport aux destinations concurrentes.
De nombreux efforts sont accomplis dans ce sens actuellement.
1.2 L’offre touristique
La Tunisie regorge de sites archéologiques, quartiers historiques urbains ou
Médinas (littoral et intérieur du pays), sites berbères (Sahara) et musées. La
Hongrie dispose d’un patrimoine historique et artistique important, le nombre
et la variété des musées et festivals en font une destination privilégiée des
amateurs de culture. D’après les registres, on trouve en Hongrie près de 300
monuments ou sites historiques, dont plus de 50 châteaux. Le tourisme
d’affaires tunisien et hongrois a connu un développement récent, mais il reste
concentré autour des capitales. En régions, les centres de congrès sont presque
inexistants et leurs capacités d’accueil restent limitées. Actuellement, vingt pays
accueillent trois conférences internationales sur quatre. En 1999, la Hongrie
occupait sur cette liste la 15e place. Quant à la liste mondiale des villes de
congrès, Budapest est placée régulièrement parmi les 20 premières, et sur la liste
européenne, parmi les 15 premières.
Les activités de sport et de loisir entrent pour une faible part dans le tourisme
hongrois mais se développent rapidement en Tunisie, notamment en ce qui
concerne le golf, la plaisance et les jeux d’argent. Il existe 8 terrains de golf
exploités par le secteur privé, 7 marinas dont 2 en construction et 5 casinos
ouverts à une clientèle étrangère.
Alors que les produits de santé et de bien-être occupent une place centrale dans
le tourisme hongrois, leur développement en Tunisie est récent. La
thalassothérapie se développe dans les grands hôtels et devient un complément
attractif du produit de base. Le thermalisme est une activité plus ancienne et
trois centres sont fréquentés par une clientèle tunisienne. Ce tourisme souffre
d’un défaut de qualité des équipements. Le thermalisme et le tourisme de Santé
occupent une place de choix en Hongrie. Le pays, grande puissance européenne
des sources thermales, possède des atouts géothermiques. On dénombre plus
de 800 sources actives d’eau chaude, dont près du tiers sont utilisées en
thermalisme. Il existe environ 350 établissements balnéaires publics dans
lesquels se trouvent plus de 1 200 bassins. Toutefois, seul un tiers de ces
bassins répond aux normes modernes de santé et de technologie.
Le tourisme vert n’est pas encore développé en Tunisie, même si huit zones
disposent du statut de parc national et quinze sont désignées comme réserves
pour la protection de la faune et de la flore (Cazes, 1992). Cette forme de
tourisme se développe en Hongrie et 177 700 hectares ont été classés officiellement
parcs nationaux. Dans le même temps, 26 200ha sont classés réserves naturelles. La
superficie totale des sites classés est supérieure à 466 600ha. Au total 670 600 ha, soit
7,6% de la superficie nationale, sont protégés (Ratz, Puczkó, 1998).
2. FORCES, FAIBLESSES, OPPORTUNITÉS ET MENACES
DU TOURISME TUNISIEN ET HONGROIS
En Tunisie, comme en Hongrie, les opportunités offertes par le secteur du
tourisme sont loin d’être complètement exploitées ; un examen des forces,
faiblesses, atouts et menaces du secteur est nécessaire à la compréhension des
stratégies conduites par les autorités responsables et à la mise en valeur des
possibilités économiques que recèle le tourisme.
2.1 Forces et faiblesses de l’industrie touristique
Les points forts dont dispose le secteur du tourisme en Tunisie pour améliorer
sa qualité et promouvoir sa diversification comprennent des ressources
naturelles et construites très variés : climat, plages, paysages. Le tourisme
tunisien peut offrir des produits à contenu émotionnel et culturel fort, dans le
cadre de forfaits adaptés aux différents profils de touristes. L’image de la
Tunisie peut s’améliorer rapidement par une politique de communication plus
efficace sur les marchés émetteurs. De même, les principaux atouts du secteur
en Hongrie reposent sur la diversité de ses attractions (Budapest, Balaton, eaux
thermales et curatives, culture… ), dont une grande partie peut encore être
valorisée. Sa localisation géographique centrale en Europe lui permet de drainer
un flux de touristes important. Des ressources croissantes sont affectées au
marketing international, au développement des infrastructures et à la protection
de l’environnement. La branche du tourisme accumule des compétences et une
expérience professionnelle à laquelle s’ajoute l’intérêt croissant des investisseurs
privés locaux et étrangers. Les investisseurs du secteur ne semblent pas
influencés par le pessimisme général. Une trentaine de nouveaux hôtels sont en
cours d’achèvement à Budapest grâce à des investissements de 664 millions
d’euros. Ces hôtels classés entre 4 et 5 étoiles doubleront le nombre de chambres
actuelles. Celui-ci passera de 3 000 à environ 7 500. La raison de l’engouement
pour ce type d’investissements est une rentabilité attractive. Il y a peu, les
immeubles de bureau et les centres commerciaux offraient des investissements
prometteurs avec leurs 7 ans d’amortissement et leurs 14% à 15% de profit,
tandis qu’actuellement ce taux est descendu au-dessous de 10%. En revanche
les investissements hôteliers promettent un rendement stable supérieur à 12%
et un amortissement moyen de 10 à 15 ans.
Les points faibles en Tunisie concernent la structure globale du secteur et
particulièrement la concentration de l’industrie touristique sur le tourisme des
vacances balnéaires. Il y a très peu de nuitées à l’intérieur du pays et les
ressources naturelles et culturelles ne sont pas mises en valeur dans certaines
régions. De plus, la capacité balnéaire est inexploitée en dehors de la haute
saison. Face à la faible diversification des produits touristiques, la très forte
saisonnalité de la fréquentation, la motivation des touristes souvent axée sur la
plage, le soleil, la qualité de l’hébergement, ainsi que le coût réduit du séjour et
les contacts très réduits avec la population, les responsables tunisiens ont
réorienté la stratégie de développement du secteur touristique : encouragement
à la formule "appartement-hôtel" , surtout prisée par les touristes du Moyen-Orient ; développement de la plaisance ; développement de la pratique du golf ;
encouragement à d’autres formes de tourisme (tourisme de congrès, tourisme
culturel) ; tentatives pour attirer une clientèle de seniors en basse saison ainsi et
une clientèle jeune, en développant la capacité d’accueil extra hôtelière et les
auberges de jeunesse ; création d’équipements moyen standing pour les
vacanciers tunisiens ; développement du tourisme saharien. L’autre grande
faiblesse concerne la qualité des produits offerts par ce secteur. À côté de la
médiocrité des services essentiels offerts par certains hôtels et restaurants,
s’ajoute la pauvreté du produit culturel sur certains sites culturels. L’industrie
hôtelière se trouve dans un cercle vicieux en faisant des économies sur les frais
de fonctionnement et la qualité des services pour maintenir les tarifs bas
imposés par le système des forfaits des voyages organisés. Le niveau du service,
ainsi que les standards d’hygiène, sont très bas dans plusieurs établissements.
Par conséquent, l’entretien est déficient et le service décevant, ce qui crée
l’insatisfaction des clients et un faible taux de retour. Tant que la qualité du
service ne sera pas améliorée, le problème de bas prix persistera.
Enfin, la concurrence ne semble pas être surveillée et l’information reste
insuffisante concernant le niveau de qualité des produits, les innovations et les
stratégies de commercialisation de pays tels que la Turquie, l’Egypte, la Grèce
et le Maroc. L’autosatisfaction des professionnels du secteur a entraîné une
dépendance excessive à l’égard du tourisme balnéaire, pour lequel les réseaux
de commercialisation ciblant le tourisme de masse dans les pays européens sont
bien implantés.
En Hongrie, la faille du secteur réside principalement dans sa faible rentabilité à
l’échelon international. Celle-ci est avant tout liée aux insuffisances des
infrastructures existantes. Les infrastructures de base – transport et protection de
l’environnement – sont peu développées. Le niveau et le volume médiocre des
infrastructures touristiques - peu d’établissements de haut niveau - créent un
obstacle à la croissance des recettes. Se surajoutent le faible niveau
d’exploitation des possibilités que pourraient représenter d’autres attractions
touristiques et l’absence de produits complexes englobant plusieurs éléments
compétitifs et attirant une clientèle solvable et exigeante. Trois autres faiblesses
doivent également être mentionnées : la reconnaissance limitée du pays hors
des frontières et donc la dépendance de son industrie à un petit nombre de
marchés ; la forte saisonnalité du secteur, sa concentration disproportionnée autour
du lac Balaton et à Budapest, et la courte durée des visites ; enfin la stagnation
du tourisme domestique.
2.2 Opportunités et menaces
Les opportunités qui s’offrent au secteur sont importantes et dépendent
largement de la volonté des différents acteurs à améliorer la qualité de leurs
produits. Cette évolution permettrait à la fois de réduire la dépendance de la
Tunisie vis-à-vis des tours-opérateurs spécialisés dans le tourisme de masse et
de développer de nouvelles parts de marché autour d’une clientèle plus
exigeante et ayant un niveau de revenu plus élevé. Les produits
complémentaires aux vacances balnéaires (golf, thalassothérapie, casinos,
plaisance), mais aussi le développement des installations pour le tourisme
d’affaires, permettent cette évolution. De plus, des circuits culturels de qualité
favoriseraient la mobilité des touristes vers l’intérieur du pays, tout en
exploitant et en mettant en valeur les ressources culturelles et naturelles de ces
régions.
La menace la plus importante vient du fait que les différents acteurs du secteur
ne sont pas tous mobilisés sur la nécessité et l’urgence de l’amélioration de la
qualité des produits offerts. De nouveaux partenariats sont à développer entre
les secteurs public et privé, afin de mettre à niveau les différents sites. La mise
au standard international de l’économie tunisienne concerne aussi son
patrimoine : sites archéologiques, musés, médinas, monuments contribuent
fortement à l’attractivité du pays et au renouvellement en profondeur de son
image. Etant une destination méditerranéenne connue, qui a pu maintenir sa
place sur le marché au cours des dernières années en bénéficiant des revers
rencontrés par les pays concurrents, la Tunisie risque de voir ses parts de
marchés s’éroder au fur et à mesure que d’autres destinations d’Afrique du
Nord et du Moyen-Orient pénètrent les marchés européens. En tant que
destination de masse, il est possible que la Tunisie ne réussisse pas à renouveler
son image sans résoudre le problème de qualité, et sans affirmer une
différenciation claire de ses produits et de leur promotion sur les marchés
émetteurs. Elle pourrait rester ainsi soumise aux prix imposés par les toursopérateurs et être identifiée comme une destination à bas prix pour un tourisme
balnéaire de masse.
En termes d’opportunités, la Hongrie peut s’appuyer sur le marketing national pour augmenter
ses réseaux de représentation à l’étranger ; coordonner régionalement les structures
organisationnelles et renforcer le rôle du gouvernement en tant que lien à cette coordination ;
développer de nouveaux produits ou programmes ; favoriser le développement soutenable ;
accroître et accélérer la coopération entre le secteur public et le privé et
développer le marché domestique par un système de chèques-vacances. La
Hongrie dispose de nombreux atouts pour valoriser son tourisme : réserves
importantes en matière de tourisme balnéaire, évènements culturels, tourisme
lié aux traditions
[12], richesses naturelles, parcs nationaux, sports comme
l’hippisme et la chasse, le tourisme vinicole et gastronomique
[13]. Deux menaces
principales pèsent sur le secteur du tourisme hongrois. La première à trait à
l’accroissement de la concurrence entre les régions en matière de tentative
d’attraction des visiteurs ; la seconde concerne la standardisation des produits
touristiques offerts au niveau mondial et la baisse des coûts de transport qui
pourraient banaliser le pays.
3. ENJEUX DU DÉVELOPPEMENT DE L’INDUSTRIE
TOURISTIQUE : IDE, PARTENARIAT ET
COOPÉRATION INTERNATIONALE
Les derniers plans de développement tunisien et hongrois accordent une place
essentielle à l’industrie touristique et à ses effets d’entraînement sur l’emploi
[14],
les opportunités d’affaires internationales et la mise à niveau des tissus
productifs. Les objectifs visés par les 9
ème et 10
ème plans en Tunisie et dans le
cadre du plan Széchenyi en Hongrie s’articulent autour des axes suivants : le
renforcement de la capacité concurrentielle
via une amélioration de la qualité et une
campagne de commercialisation efficace, l’amélioration de la rentabilité, la
consolidation et le développement des produits nouveaux et l’exploration de
nouveaux marchés potentiels
[15], la protection de l’environnement, et le
renouvellement de l’image touristique traditionnelle. Les autorités tunisiennes
ciblent également la mise à niveau des entreprises du secteur la promotion des
ressources humaines, le contrôle des installations sanitaires et la consolidation
du contrôle du secteur privé dans le domaine du tourisme.
3.1 Les enjeux
Diffusion d’un tourisme durable
Les objectifs d’amélioration de la qualité des services et de la diversification des
produits touristiques sont renforcés par les objectifs qui visent l’insertion
spatiale du secteur dans son environnement. L’ambition des tunisiens et des
hongrois est de garantir un tourisme durable (RATZ T., PUCZKO L., 1998). Il
s’agit d’identifier des orientations et des méthodes de croissance limitant les
effets négatifs du développement du tourisme sur l’environnement social,
culturel et naturel des deux pays. En effet, le tourisme est une activité fortement
urbanisante. Sur le plan démographique, on a assisté en Tunisie à une croissance
rapide des villes littorales et à une intensification des flux migratoires depuis
l’intérieur des terres vers les zones littorales. Sur le plan spatial, le tourisme a
contribué à l’extension des villes et à la genèse de véritables quartiers ou zones
touristiques plus ou moins linéaires. La création d’emplois serait susceptible de
diminuer la pression migratoire qui pèse sur les zones rurales, en particulier
dans le sud du pays. Des tentatives de réorientation du développement
touristique national ont été menées ces dernières années et de nombreux
programmes d’aménagement
[16] sont en cours de réalisation, qui devraient porter
la capacité du pays de 150 000 à 360 000 lits en 2016-2020. L’aménagement s’est
réalisé en profondeur (une bande côtière de 5 kilomètres de long, mais une
superficie de 310 hectares). Le montage juridico-financier a fait intervenir des
partenaires multiples : organismes internationaux, pouvoirs publics tunisiens et
investisseurs étrangers. Les superficies concernées s’étendent sur plusieurs centaines
d’hectares, les capacités d’hébergement, comprises entre 15 000 et 30 000 lits,
sont réparties entre plusieurs dizaines d’unités hôtelières et de résidences secondaires. De
plus, le tourisme tunisien s’est développé dans un contexte global de ressources
en eau modeste au regard d’une consommation en croissance rapide. De fortes
disparités géographiques existent entre les zones de disponibilité en eau (le
nord-ouest du pays, pour l’essentiel) et les zones de forte consommation (le
littoral oriental). Ce fait accentue les tensions locales et régionales. Le centre
concentre plus du tiers des consommations pour moins de 15% des ressources.
Si la part de consommation en eau par le tourisme demeure relativement limitée
au regard de son importance dans le PIB, la localisation du tourisme, presque
exclusivement balnéaire, renforce la demande des littoraux de l’Est et nécessite
d’importants transferts. De fait, dans le Sahara, des arbitrages deviennent
nécessaires. Enfin, si le tourisme saharien est amené à se développer, alors
l’évaluation des besoins en eau à long terme doit être entreprise.
La concentration du tourisme hongrois engendre également d’importantes
disparités sociales et environnementales. Pour une meilleure diffusion des flux
et des revenus du tourisme, le gouvernement mise sur le développement de capacités
d’hébergement supplémentaires, la valorisation et la protection du patrimoine
culturel et folklorique régional et le développement du tourisme rural.
Commercialisation et promotion des produits touristiques
Le développement et le renouvellement du tourisme tunisien et hongrois
nécessitent de nouvelles politiques de communication, de promotion et de
commercialisation de leurs produits. La Tunisie cherche des méthodes de
communication innovantes pour transformer en profondeur l’image du pays et
accroître son attractivité. La politique générale de promotion pourrait, les
prochaines années, se concentrer sur différents types de tourisme de qualité,
tout en préservant les efforts pour maintenir le marché de masse des vacances
balnéaires. En février 2000, un nouveau système de classification des hôtels a
été établi et devrait entrer en vigueur. La restauration reste très peu variée et en
dehors de quelques zones touristiques et des hôtels il y a peu de restaurants.
Les prestations de services divers de bonne qualité et les activités de loisirs ne
sont disponibles que sur certains sites touristiques. Les centres d’information ne
disposent pas toujours de toute l’information attendue. De nouvelles méthodes
pour communiquer selon les pays émetteurs de touristes, les produits ciblés,
l’âge, le sexe sont à adopter. Les ressources touristiques tunisiennes culturelles,
historiques ou naturelles sont moins connues que les ressources des pays
concurrents. Une publicité cohérente, continue et répétée est nécessaire sur une
sphère plus large, incluant les pays non francophones. Un travail important
reste à accomplir pour développer l’information touristique sur Internet
notamment (par pays avec des stratégies marketing distinctes, par type de
tourisme, localisation des sites, calendrier des différentes manifestations
culturelles...). La moyenne des dépenses des visiteurs, et non leur nombre,
pourrait servir de critère pour l’allocation du budget de promotion à chaque
marché. Le développement de bases de données permettrait de suivre
l’évolution des différents marchés et d’améliorer l’efficacité des actions de
promotion, de s’intéresser aux marchés lointains et de comprendre les raisons
profondes de la si forte saisonnalité des activités touristiques. Une meilleure
analyse économique du secteur et des données sur les profils socio-économiques des touristes, leurs préférences, leur degré de satisfaction est
nécessaire.
Le développement du système d’information touristique hongrois repose
actuellement sur 4 piliers : le réseau Tourinform, la Banque Nationale de
Données Touristiques, l’accueil téléphonique de Tourinform et Internet.
Aujourd’hui, l’un des principaux obstacles au développement du système
d’informations touristiques est l’absence d’implication des petites et moyennes
entreprises. Les pouvoirs publics souhaitent mettre en place un système basé
sur la communication intégrée, dont la banque de données pourra être utilisée
simultanément par plusieurs sous-systèmes d’utilisateurs professionnels ou de
grand public, avec un large choix : territorial, régional, municipal, thématique.
Ils désirent également raccorder les réseaux hongrois aux réseaux
internationaux et européens.
3.2 Investissement direct étranger (IDE), partenariats
et coopération internationale
Le saut qualitatif envisagé par les autorités tunisiennes, et l’ensemble de la
profession, est contrarié par une conjoncture difficile. Un ensemble de
réformes est nécessaire pour favoriser l’expansion et la rentabilité du secteur. A
la lumière de l’exemple hongrois, trois axes sont à privilégier : l’IDE dans le secteur,
la coopération internationale et le partenariats public/privé. En effet,
l’augmentation de la capacité hôtelière est envisageable si elle concerne un
réaménagement des sites existants et/ou permet aux régions de l’intérieur du
pays d’en profiter. La faible rentabilité de certains hôtels, voire leur fort
endettement, reste occulté par la réussite de quelques hôtels haut de gamme ne
souffrant pas de la forte saisonnalité. L’ensemble du secteur semble être victime
de la pratique de prix bas, les emprisonnant dans un cercle vicieux, et de
l’aménagement de qualité insuffisante de l’environnement hors des hôtels. Si
l’on ajoute à ces éléments l’esprit de "l’affaire familiale", il est aisé de
comprendre les problèmes de rentabilité rencontrés par certains promoteurs. La
rénovation et l’aménagement des stations balnéaires pourraient s’appuyer sur
une ouverture de l’immobilier commercial, ainsi qu’un meilleur accès aux
capitaux étrangers et au savoir-faire en termes de projets. L’objectif est
d’obtenir un plus grand nombre d’investisseurs tunisiens travaillant avec des
partenaires financiers, des concepteurs, des sociétés de gestion hôtelière de
réputation mondiale. La mise à niveau qualitative, essentielle à l’autonomisation
du secteur, profiterait ainsi d’une implication plus importante d’experts
internationaux. Enfin, une ouverture de la part des aménageurs et des hôteliers
tunisiens aux normes, aux innovations en matière de conception, et aux
mécanismes de financement utilisés à l’étranger est à encourager.
Les IDE dans le tourisme tunisien et hongrois
La Hongrie a choisi, dès 1990, de concevoir la privatisation au premier chef
comme un moyen de moderniser son économie, au travers de l'injection de
capitaux, d'équipements et de savoir-faire. Cette privatisation s'est donc faite,
pour l'essentiel, à destination d'investisseurs étrangers, qui sont à la fois les
propriétaires de la majorité ou de la totalité du capital, et des opérateurs des
entreprises qu'ils contrôlent financièrement. Simultanément, l’adoption d’une
législation favorable à l’investissement direct étranger a permis la venue des
investisseurs étrangers, facilitant l’adaptation des firmes hongroises aux
standards occidentaux. Les IDE sont entrés dans le secteur du tourisme, par
rachat (chaîne d’hôtels Danubius, Pannonia) et sur sites vierges ( Accor). Il y avait
néanmoins un risque politique à choisir ce type de privatisation, celui de
paraître spolier la population en faisant passer les richesses accumulées "au
nom du peuple entier" aux investisseurs privés étrangers. Accor est la société la
mieux implantée en Hongrie. Son plus grand concurrent est le Groupe
Danubius, mais d’autres acteurs sont aussi présents : l’Hôtel Intercontinental,
Marriott, Hilton. Le marché est très concurrentiel, surtout à Budapest où les
segments haut et moyen de gamme sont proches de la saturation. Les chaînes
étrangères sont aussi présentes en province, ainsi à Székesfehérvár, à Szeged et
sur le lac Balaton, avec 5 hôtels. Un effort d’investissement dans l’hôtellerie
haut de gamme paraît être cohérent avec l’objectif de faire du pays un pôle
important en matière de tourisme de conférence et d’entreprises. Des appels
d’offres aux fonds publics sont lancés, afin de financer la transformation du
patrimoine architectural provincial et d’assurer la constitution d’un réseau de
type "relais et châteaux" avec les investisseurs étrangers.
En Tunisie, les incitations aux investissements destinés à la fois aux Tunisiens
et aux étrangers et les lois les régissant sont incluses dans le code d’incitations
aux investissements. La structure des incitations à l’investissement favorise la
construction des hôtels et semble négliger les autres types de projets
(restaurants, clubs de sport...). Sa récente réorientation, et en particulier
l’insertion de ses avantages pour ce qui concerne la petite entreprise, montre la
toute nouvelle implication de nouveaux acteurs dans le secteur du tourisme.
Pour attirer les investisseurs étrangers, la mise en place d’une procédure
considérée par ces derniers comme étant suffisamment transparente pour
garantir leurs intérêts est nécessaire. Il est capital de les informer en organisant
des séminaires dans les grandes capitales et en diffusant le plus largement
possible toutes sortes d’information. La qualité des investissements étant la
priorité, les incitations préférentielles pour les promoteurs nationaux ne
semblent pas nécessaires. Le traitement préférentiel peut être alloué aux projets
de plus petite taille, dans la restauration, les loisirs ou encore pour favoriser les
médinas et plus généralement le développement régional. De 1990 à 2002, les
investissements directs étrangers
[17] en Tunisie sont passés de 77,5 millions de
dinars
[18] à près de 1167,3 millions de dinars. 2503 entreprises étrangères ou mixtes
sont opérationnelles en Tunisie (contre 906 en 1990), avec un stock
d'investissements étrangers de près de 18,1milliards de dinars en 2002 (contre
6,9 en 1990). Le partenariat est important : près de la moitié de ces entreprises
s’est associée à des Tunisiens, sous forme de
joint-ventures. 86% des entreprises
sont originaires des pays de l'Union européenne. Toutefois, en 2002 seules neuf
grandes entreprises étrangères sont présentes dans le secteur touristique, dont
quatre françaises, une allemande, une britannique et deux américaines. Les IDE
dans le secteur touristique sont passés de 24,6 en 1998 à 97,2 MTND en 2001,
alors que les IDE sont passés de 849,1 à 700 MTND en 2001, accusant une
forte baisse entre 2000 (1137,7 MTND) et 2001. La hausse enregistrée dans le
secteur touristique est due à une forte implication des libyens avec 66,3
MTND. Sur les 755 hôtels dont est équipée la Tunisie, 81 sont gérés par des
compagnies hôtelières internationales. Le développement de partenariats dans
ce secteur permettrait d’enrichir les pratiques tunisiennes, tout en ciblant
l’exploitation de nouveaux segments de marché (Neffati, Richet, 2004).
Développement de partenariats publics / privés
Pour atteindre les différents objectifs fixés au secteur, la coopération d’une
série d’acteurs publics et privés est nécessaire.
En Hongrie, pour renforcer la coopération actuelle et future entre les secteurs
public et privé, la Compagnie de développement du tourisme (CDT) a été créée en
1994 pour soutenir la division Tourisme du Ministère des Affaires Economiques.
Elle collecte l’information sur la Hongrie, promeut la rencontre de l’offre et de
la demande, et les revenus du tourisme. Les sièges régionaux de la CDT gèrent
et coordonnent les activités des organismes des neuf régions hongroises. Son
département de recherche analyse les données et les informations sur les
tendances internationales et les marchés potentiels.
En Tunisie, le développement du tourisme culturel dépend fortement d’une
collaboration étroite entre l’ONTT, le Ministère de la Culture, L’Institut
National du Patrimoine, l’Agence de mise en valeur du Patrimoine et de
Promotion Culturel, le comité culturel national et les comités culturels
régionaux afin d’améliorer la gestion des sites culturels, l’encadrement des
touristes. Une plus grande collaboration, pour la conception et l’aménagement
des parcs nationaux entre l’ONTT, le Ministère de l’Agriculture et le Ministère
de l’Agriculture, le Ministère de l’Environnement et des Ressources
Hydrauliques est souhaitable pour le développement du tourisme vert. Il
convient d’améliorer la collaboration de l’ONTT avec les ONG étrangères
impliquées dans le tourisme culturel et la protection de l’environnement. Il est
nécessaire, dans ce cadre, de sensibiliser la population à l’importance du
tourisme dans l’économie tunisienne. Des efforts sont à développer via
l’enseignement pour une ouverture sur d’autres cultures et d’autres langues,
mais aussi par la mise en valeur du patrimoine culturel et sa nécessaire
préservation. Les visites scolaires des sites touristiques sont à encourager,
démystifiant ainsi l’activité touristique, et sensibilisant dès le plus jeune âge à
l’histoire du pays et à sa diversité culturelle. Les liens entre développement du
tourisme, emplois, mise en valeur des ressources, notamment du patrimoine
culturel sont à expliciter, évitant ainsi certaines formes de rejets ou plus
généralement un manque de motivation pour l’amélioration des services
touristiques. La coopération entre public et privé peut aussi se concrétiser par la
collaboration entre le TCB et l’ONTT pour le développement du tourisme de
congrès, en diffusant l’information sur les tendances actuelles du tourisme des
affaires et en aidant les professionnels du secteur à construire leurs stratégies
sur ce segment en pleine expansion. Pour le renforcement des ressources
humaines, il convient de rapprocher les professionnels du secteur et les écoles
hôtelières au niveau national et international et de renforcer la coordination
entre l’ONTT, la Fédération tunisienne de l’hôtellerie et la Fédération
Tunisienne des Agences de Voyage. La qualité étant la cible du développement
du secteur, l’amélioration des ressources humaines en demeure la clé.
Le développement de la formation continue publique et privée, ainsi que
l’établissement de normes concernant l’emploi et les qualifications dans le
secteur seraient source de motivation et d’implication plus forte des personnels.
Des efforts importants ont été accomplis dans ces domaines depuis la fin des
années 90. Enfin, la nécessité de généraliser l’enseignement de l’informatique
n’est plus à démontrer (système de réservation, comptabilité...).
Coopération internationale
Les activités des agences internationales, des bailleurs de fonds et agences de
coopération bilatérales soutenant le tourisme tunisien sont très limitées.
Certaines agences de développement sont directement impliquées pour
améliorer la gestion et la présentation des ressources culturelles de la Tunisie et
soutiennent, de ce fait, indirectement le secteur du tourisme en améliorant son
offre. Ainsi, la commission européenne, à travers le programme MEDA
participe à la restauration et à la revalorisation de plusieurs sites historiques
[19].
La Banque mondiale,
via le Projet de Gestion et de Valorisation du Patrimoine
Culturel, finance une étude ayant pour objet d’analyser les ressources culturelles
du pays, afin d’en améliorer la gestion (sélection et financement de sites
spécifiques). La coopération française se concentre ces dernières années sur la
formation des compétences dans le domaine du tourisme. Plusieurs actions
sont liées à la gestion des ressources culturelles et du patrimoine. L’assistance
allemande participe à la valorisation de sites archéologiques et de musés. Elle a
aussi contribué à l’étude de la stratégie de développement du littoral et de parcs
nationaux et musés écologiques.
En Hongrie, le programme communautaire ACCESS a pour objectif de faciliter
le développement des structures locales nécessaires à la cohésion économique
et sociale et à une meilleure qualité de vie. Il cofinance des actions menées en
partenariat entre l'Union européenne et les PECO. Parmi les actions soutenues
: planification urbaine et rurale, amélioration des services locaux, des systèmes
sanitaires, des transports, des communications, développement du tourisme
environnemental, promotion du patrimoine naturel et culturel. Le programme ISPA
finance les projets d'infrastructure dans les domaines de l'environnement et des
transports.
Au cours de la période 2000-2002, l'assistance financière globale au titre de
l'ISPA à la Hongrie atteindra un montant annuel de 87,7 millions d'euros. La
Hongrie a présenté trois grands projets d'amélioration du réseau ferroviaire et
trois projets d'assistance technique ont déjà été approuvés. Le projet Handbook
for “Learning Areas in the tourism industry” a été adopté récemment pour permettre
une augmentation des compétences dans le secteur du tourisme. Le “Learning
Areas” - plates-formes impliquant tous les détenteurs d’enjeux du secteur du
tourisme et de l’éducation dans un processus d’apprentissage et d’innovation,
pour la coopération, et la compétitivité- est l’application concrète d’une
nouvelle approche éducative pour les secteurs diversifiés. Elle favorise le
dialogue entre les institutions d’éducation et les détenteurs d’enjeux du secteur
et permet aux entreprises de développer en continu les capacités de la maind’œuvre existante.
En 2001, la croissance, d'ordinaire soutenue, du tourisme international s'est
enrayée et les arrivées internationales ont baissé de 0,6 %, suite au tassement
économique des grands marchés émetteurs de tourisme, partiellement lié aux
évènements du 11 septembre 2001. Le marché tunisien a connu un manque à
gagner important à un moment crucial. La Hongrie persévère dans
l’amélioration de la qualité de ses produits et suit de très près les évolutions de
la demande mondiale.
Le saut qualitatif envisagé en Tunisie nécessite une demande soutenue et
l’entrée de nouveaux acteurs, ainsi que le développement de partenariats du
secteur public et privé. Le renouvellement en profondeur de l’image de cette
industrie sur les marchés émetteurs devient impératif pour permettre à ce
secteur de s’autonomiser et de jouer son rôle pleinement dans le
développement économique de la Tunisie. L'image devient un facteur crucial
dans le choix d'une destination. L’intégration des sites touristiques, la mise en
avant de la culture, des traditions et du patrimoine national permettent une
réduction de l’incertitude et une meilleure appréhension de ce secteur par la
population locale. Des campagnes de promotion susceptibles de rétablir la
confiance auprès des consommateurs et des milieux d'affaires et de développer
l'assurance-qualité et la certification des produits sont nécessaires. Des
stratégies comparables ont permis à la Hongrie d’offrir un tourisme diversifié,
flexible et de qualité, peu affecté par la conjoncture internationale.
·
CAZES G. (1992) Fondements pour une géographie du tourisme et des loisirs, Paris, Bréal.
·
HCSO (2002) Statistical Yearbook of tourism - Hungarian, Budapest, Central Statistical Office.
·
LOZATO-GIOTARD J.P (1990) Méditerranée et Tourisme, Paris, Masson Géographie.
·
NEFFATI H., RICHET X. (2004) "L’attractivité comparée des investissements directs
étrangers de la Tunisie et de la Hongrie", Région et Développement, 19, à paraître.
·
ONTT (2002) "Le tourisme en chiffres 2001", République Tunisienne, Ministère du Tourisme, des
Loisirs et de l'Artisanat.
·
RATZ T., PUCZKO L. (1998) "Rural Tourism and Sustainable development", Paper
presented in the Rural Tourism Management : Sustainable Options, International
Conference, SAC, Auchincruive, Scotland, September.
·
TANCZER A. (2002) "Priorities in Tourism in Hungary", 6th International Forum on Tourism
Statistics, Budapest, September.
[1]
Une version plus développée de l’article est disponible sur simple demande aux auteurs.
[2]
Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle - C.I.E.H.,
mmollet@ wanadoo. fr
[3]
Université de Paris Sud 11 et C.I.E.H.-Université de Paris 3 Sorbonne Nouvelle
neffati. algorithmics@ wanadoo. fr
[4]
Turquie, Egypte – tourisme thermal, aventure/découverte, congrès,…
[5]
17,5% des recettes d’exportations de biens et services de la Tunisie. l dinar = 0,745 EUR
(moyenne 2002). MD= millions de dinars, MdsD = milliards de dinars.
[6]
En Hongrie, en 2001, la situation aggravée par un contexte national défavorable, a
paradoxalement peu affecté le tourisme. Les recettes du secteur ont enregistré une hausse
de 19,7% par rapport à l’année précédente et le pays reste la 12è
me destination la plus
populaire dans le monde avec 30,7 millions de visiteurs.
[7]
Devant Chypre ( 2%), l’Egypte et le Maroc ( 1,2%), mais derrière la Grèce et la Turquie qui
détiennent, respectivement, 5,9% et 5% des flux méditerranéens.
[8]
Plus 41,2% pour la Pologne, 15,1% pour l’Espagne et 18,4% pour le Japon
[9]
Un touriste dépense en moyenne six fois plus par jour en Autriche que sur le territoire hongrois.
[10]
Attentat contre des touristes à Louxor en 1998.
[11]
Kidnapping de touristes en 1998 et tremblement de terre en 1999.
[12]
Festival d’été des cerises de Nagykör, Festival des bergers de Kev à Túrkeve, Journées
du poisson de Tiszafüred.
[13]
Route des vins de Villány.
[14]
On peut s’attendre à un impact fort sur les zones rurales et le Sud, si la stratégie de
développement du secteur est mise en œuvre. En 2001, le tourisme a généré 82 000
emplois directs (ED) et 300 000 emplois indirects (EI), contre 40 000 ED et 160 000 EI
au milieu des années 90.
[15]
Golf, plaisance, tourisme saharien, tourisme d’affaires, tourisme culturel et archéologique,
parc naturel.
[16]
La réalisation de ces projets s’inspire des exemples d’El Kantaoui et de Tabarka-Montazah.
La démarche suivie consiste à cibler une clientèle assez fortunée.
[17]
Source : FIPA –Tunisia 2002
[18]
MTND : millions de dinars tunisiens l TND = 0,704 USD = 0,745 EUR = 88,492 JPY
(moyenne 2002)
[19]
Ce programme a permis le développement d’une dizaine de circuits destinés à présenter des
aspects de l’histoire et de la culture tunisienne.