Mondes en développement
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4432-1
128 pages

p. 51 à 66
doi: en cours

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no 125 2004/1

2004 Monde en développement

Amnéville, de la cité industrielle à la cité touristique : quel devenir pour les territoires urbains en déprise ?

Edith Fagnoni  [1]
Le thème des friches soulève des interrogations lourdes sur la reconquête et l’image d’un territoire. Le cas atypique de l’ancienne cité industrielle d’Amnéville, en Lorraine, permet de s’interroger sur la réécriture d’un espace par le tourisme-loisirs dans le processus de renouvellement urbain et régional. L’alternative touristique retenue à Amnéville illustre le pari audacieux de la transformation des friches d’une ville industrielle sans attractivité touristique a priori. Au départ surréaliste et à hauts risques, cette reconversion économique se présente comme un acte d’espérance. La commune d’Amnéville s’est inventé un nouvel avenir. Face au contexte de la désindustrialisation, les "vides" peuvent être considérés à fort potentiel de développement et être réintroduits dans la dynamique urbaine et régionale. Mots-clés : Amnéville, désindustrialisation, développement local, friche industrielle, loisirs, Lorraine, mutation urbaine, projet de territoire, reconversion, renouvellement urbain, tourisme. The wasteland theme raises serious questions about the reconquest and the image of a territory. The atypical case of the old industrial city of Amnéville in Lorraine lets us wonder about the transformation of a territory into leisuretourism within the process of urban and regional renovation. The tourist option chosen for rebuilding Amnéville is a clear example of a bold bet taken in the decision to transform wastelands of an industrial town without any faintest tourist attractiveness. Being surrealist and very risky at the beginning, this economic reconversion looks like an act of hope. The town of Amnéville has invented its new future. Facing the industrial set back, the "empty" space can be considered with strong development potential and be reintroduced in the urban and regional dynamics. Keywords : Amnéville, industrial set back, industrial wasteland, leisure, local development, Lorraine, territory project, reconversion, tourism, urban change, urban renewal.
Les pouvoirs publics gestionnaires des villes voient dans la reconquête des terrains urbains délaissés une réponse aux spirales négatives déclenchées par des mutations technologiques ou logistiques, qui ont conduit (et conduisent encore) à la déprise d’importants territoires, pour la plupart en situation péri-centrale ou suburbaine ; tel est le cas des friches industrielles. Le thème des friches soulève des interrogations lourdes sur la reconquête et l’image d’un territoire, sur le développement durable, sur la patrimonialisation. La nécessité de la transformation de la ville sur elle-même apparaît comme un gage du redéveloppement et un élément constitutif d’une attractivité en reconstruction.
Ces processus sont en œuvre dans de nombreuses agglomérations en France, mais aussi dans celles de l’Union européenne, et ils appellent de nouvelles politiques urbaines s’appuyant sur des objectifs, des stratégies et des moyens appropriés. Les réponses, expérimentées dans différentes agglomérations, font échos aux recherches en cours pour caractériser la spécificité des situations et élaborer des cadres et des méthodes d’intervention. Les préoccupations stratégiques et les moyens mis en œuvre se déclinent autour de la gestion foncière et des montages institutionnels, en prenant en compte les contraintes environnementales et la valorisation culturelle et patrimoniale. Le cas atypique de l’ancienne cité industrielle d’Amnéville, en Lorraine, permet de s’interroger sur la réécriture d’un espace par le tourisme-loisirs dans les processus de renouvellement urbain et régional.
La Lorraine n’appartient certes pas à la catégorie des espaces touristiques hyper-spécialisés, c’est-à-dire les espaces où le taux de fonctions touristiques domine par rapport aux autres activités, mais des potentialités existent - tourisme vert et blanc, tourisme fluvial, thermalisme, tourisme urbain, tourisme culturel et patrimonial - qui peuvent se développer, notamment grâce à la présence des zones émettrices potentielles proches. Ces données, ainsi que l’évolution sociologique du tourisme, justifient le choix lorrain d’exploiter son marché de proximité et de profiter de l’engouement dans les pays industriels pour le court séjour. Si le rapport à l’espace et au territoire semble une entrée fondamentale dans toute problématique touristique, en Lorraine, exception faite de la partie vosgienne, ce rapport à l’espace demeure limité. Il ne peut donc se concevoir comme moteur de développement d’une géographie touristique. C’est l’aménagement du temps et donc du rythme des loisirs, avec pour incidence l’augmentation du court séjour, qui entraîne un nouveau rapport à l’espace. Quel rôle vont jouer les équipements de loisirs et de tourisme au sein de ces espaces déprimés ? La problématique du re-développement de la cité d’Amnéville, en favorisant l’implication du local, soulève un certain nombre de questions : comment générer une dynamique efficace ? Comment concentrer les forces en présence vers un objectif commun ? Comment favoriser les impulsions endogènes ? Quel type de gouvernance adopter ? Les défis sont à la hauteur des problèmes rencontrés et concernent des enjeux capitaux. Ils renvoient au débat sur le renouvellement urbain, devenu depuis la fin des années 1990 [2], un élément important des politiques urbaines. Il exprime une double intention stratégique de limitation de l'étalement urbain et de requalification de secteurs dégradés, incarnée surtout, dans la loi Solidarité et Renouvellement Urbain, par des principes généraux "d'équilibre social", de "développement durable" et de "participation des habitants". Quels sont les enjeux du renouvellement urbain lorsqu’il concerne des espaces habités ? Le renouvellement urbain désigne l’ensemble des interventions mises en œuvre dans les quartiers en crise, en vue d’améliorer leur fonctionnement et de favoriser leur insertion dans la ville. Ces interventions empruntent plusieurs voies et vont de la restructuration des immeubles de logements, l’amélioration de la desserte des transports, la création de nouveaux services publics, à l’implantation d’entreprises et l’accompagnement social des habitants. S’il s’agit de changer la ville, de la renouveler, de modifier fondamentalement et durablement la physionomie des quartiers en difficulté, c’est pour changer la vie des habitants. Il est donc difficile de dissocier l’urbain du social. Cet article se propose de tirer un certain nombre de pistes de réflexion et de perspectives à partir d’une étude de cas.
 
1. AMNÉVILLE, LA NAISSANCE D’UN PROJET AUDACIEUX
 
 
Face à un contexte économique régional qui se veut de plus en plus diversifié, le tourisme et les loisirs sont à concevoir non pas comme des substituts de l’économie traditionnelle, mais comme des éléments dynamisants de l’espace. Il ne s’agit pas de faire croire que le tourisme va régler tous les problèmes économiques de la Lorraine, ni qu’il va remplacer tous les emplois perdus, d’autant plus que la Lorraine reste marquée par les conséquences du monolithisme industriel, ce qui, a priori, semble peu propice au tourisme et aux loisirs : présence des friches industrielles, importance des cités ouvrières à réhabiliter ou encore forte proportion de la population ouvrière. La population locale elle-même, à culture industrielle, n’est pas toujours ouverte à l’hypothèse d’un développement touristique. Cette situation pose le problème de la compatibilité des activités. Mais la région, fortement touchée par la récession économique et sa cohorte de conséquences sociales, économiques, financières et paysagères, entraînant la déstructuration des espaces et des hommes, la précarité des ménages et des collectivités locales, a semblé - au cours de la décennie 1980 - vouloir gommer ce passé. En effet, si la reconquête par la réindustrialisation a été la première réponse retenue pour la réécriture des espaces en Lorraine, très vite ce secteur n’a plus suffi à lui seul pour redynamiser l'économie, l'espace et les hommes. D’autres pistes ont donc été explorées et 1984 marquent le tournant vers un re-développement territorial, favorisé par les lois de décentralisation administrative de 1982-1983. La région devient le principal acteur de la reconversion. Ce transfert de compétence est un élément essentiel. Cette période marque l’engagement de la Lorraine dans la voie de la "récréation" et malgré la défaillance spatiale du tourisme, notamment en Lorraine septentrionale, certains responsables locaux ont voulu et su impulser ponctuellement une vocation touristique à leur région.
1.1 Volontarisme affirmé et démarche atypique : la " méthode Kiffer" [3]
Selon un déterminisme géographique classique, la situation d’Amnéville, commune mosellane de 10 000 habitants, dans la vallée de l’Orne, à mi-chemin entre Metz et Thionville, la prédestinait à une activité industrielle, en raison, notamment, de son caractère central, au cœur du bassin sidérurgique. Amnéville appartenait au "polygone lourd" de la sidérurgie lorraine, qui s’étendait sur les trois vallées de la Moselle et de ses deux affluents, l’Orne et la Fensch. L’histoire économique de la Lorraine a profondément marqué ces vallées usinières. Les hommes qui ont été les acteurs de l’apogée industrielle ont assisté à son déclin et sont devenus les victimes de la crise internationale de l’industrie lourde et de sa transmission à la région. Malgré des plans successifs, la situation de la Lorraine sidérurgique n’a cessé de se dégrader. La lente restructuration des groupes, la rivalité des sociétés, le retard technologique, la fourniture des produits de bas de gamme, la non-valorisation des sous-produits, sont autant de facteurs qui peuvent être considérés comme des facteurs régionaux d’amplification de la crise, auxquels s’ajoute une restructuration qui a trop souvent négligé les préoccupations régionales. De plus, les gouvernements n’ont pas reconnu à temps la gravité de la crise et par malchance, les problèmes de reconversion de l’économie lorraine se sont déroulés sur un fond de crise généralisée. Faute d’avoir su anticiper, la confrontation aux nouvelles réalités est le plus souvent synonyme de crise et le grand problème des régions en reconversion devient alors un problème d’adaptation. Face à des situations d’échec, certains responsables locaux ont opté pour l’alternative du tourisme-loisirs. A Amnéville plusieurs éléments ont infléchi cette orientation : les ressources naturelles représentées par une source chlorurée sodique hyperminérale, une volonté municipale convaincue de l’intérêt médical et social d’une station thermale, donc la possibilité de création, dans une région touchée par la crise de la mono-industrie sidérurgique, d’un pôle d’activité tertiaire.
Mais si la situation géographique d’Amnéville se présentait comme un atout au regard de la cité industrielle, elle apparaissait au départ comme particulièrement défavorable au regard de tout projet touristique, puisque la commune d’Amnéville est localisée dans la Lorraine du Nord, dans le département de la Moselle, celui le plus touché par la désindustrialisation. Cette alternative touristique renvoie au pari audacieux de transformer les friches d’une région industrielle sans attractivité touristique a priori. On en retient que cette reconversion économique se présentant comme un acte d’espérance en l’avenir, semblait néanmoins surréaliste et à hauts risques.
1.2 De la conquête du crassier à l’" Acropole" touristique
Cet ensemble touristique et ludique sur une friche industrielle représente un défi lancé par la municipalité, qui s’était donné pour ambition de refuser la fatalité. La conquête du Bois de Coulange c’est aussi la conquête du crassier, image-symbole de la ville. En 1988, l’activité du crassier déclinait pour devenir synonyme de friche. Il se présentait comme une frontière inesthétique entre Amnéville et le site thermal et touristique. C’est à partir de ce constat que sa transformation radicale a été imaginée : il fallait remodeler entièrement ces monticules artificiels pour les intégrer dans l’activité touristique, de manière à créer un paysage harmonieux, intégré au site thermal et formant la transition entre la ville et le Bois de Coulange.
Dès le printemps 1988, le comité des friches a décidé d’acquérir, au profit de la commune, 160ha de crassier en finançant entièrement le réaménagement de l’immense friche industrielle. Les bassins de boues noires sont devenus soit parkings soit plate-forme engazonnée. Le "pain de sucre" (ou sommet du crassier) constitué des dépôts de laitiers [4] a été conservé : c’est là qu’a été aménagé le transmobile avec deux pistes de luges de 350 m. Le Galaxie a été implanté sur le crassier côté Est, et côté Ouest a été aménagé le golf. Cette transformation gigantesque d’un crassier de 160 hectares est une réussite paysagère, mais aussi un défi économique. Le centre de loisirs n’a cessé de renforcer ses structures depuis 1974 (tableau 1). Les différents aménagements successifs permettent de considérer aujourd’hui Amnéville-les-Thermes comme un ensemble d’activités multiples se présentant comme une réussite de reconversion, fréquenté par 4 millions de visiteurs par an et ayant permis de créer à ce jour 1200 emplois. Avant la crise, la sidérurgie rapportait 80% des recettes communales, actuellement c’est le site thermal et touristique qui remplit cette fonction.

Tableau 1
Les infrastructures d’Amnéville-les-Thermes
IMGIMGTableau 1 : Les infrastructures d’Am...IMGIMF
Tableau 1 : Les infrastructures d’Amnéville-les-Thermes Equipements Piscine Patinoire Mini golf Parc pour enfants Zoo Centre thermal "Saint-Eloy" Office de tourisme Aquarium Casino Galaxie (salle de spectacle modulaire) Luge d’été Thermapolis centre de remise en forme Imax (Cinéma 2 et 3D) Cinéma Gaumont Musée de la moto et du vélo Amnéville aventure (parcours dans les arbres) Villa Pompéi (établissement de remise en forme) En projet : piste de ski "indoor" - établissements de restauration second casino, espace d’art contemporain, salle lyrique, de concerts et de congrès de 2000 places Année d’ouverture 1974 1974 1978 1979 1986 1986 1987 1989 1989 1990 1991 1996 2000 2000 2002 2003 2003 2005 Sans date Sans date Sans date Nature des activités Sport Sport Sport Loisirs Loisirs Thermalisme - santé détente Loisirs - Culture Loisirs Loisirs - Luxe Culture Sport Thermalisme - santé détente Culture Culture Culture Sport Thermalisme - santé détente Sport Loisirs – Luxe Culture Culture

 
2. LES STRATÉGIES DE PROJET URBAIN POUR L’ATTRACTIVITÉ TOURISTIQUE DES VILLES
 
 
L’exemple d’Amnéville, qui a opté pour une rupture avec le contexte territorial et l’histoire du lieu, a-t-il permis de redonner un statut aux espaces ? La ville étant devenue projet de transformation, peut-on parler du passage d’un territoire répulsif à une attractivité retrouvée ?
2.1 Une occupation spatiale ponctuelle à l’image d’un parc de loisirs
Le cas d’Amnéville procède dans sa conception d’une démarche originale se résumant à la "Méthode Kiffer". L’existence d’une vaste zone forestière, ainsi que la restructuration de la sidérurgie ayant eu pour effet de dégager des terrains disponibles ont entraîné la municipalité à refuser les effets destructurants de la désindustrialisation. Au cœur d’une région sinistrée, le thermalisme de Saint-Eloy se définit comme un thermalisme de proximité. L’émergence de la source Saint-Eloy dans le parc de Coulange, au centre géographique d’une population importante, pouvait donner à cette région du Nord de la Lorraine des facilités locales de soins thérapeutiques en substituant aux cures lointaines un thermalisme de proximité. L’éloignement et les contraintes financières de l’hébergement étant bien souvent un frein au thermalisme, la station d’Amnéville permet à certaines familles dont les revenus sont modestes, de bénéficier de la cure. Ainsi, la mise en place de minibus intrarégionaux et l’adaptation des horaires sont autant d’atouts corroborant cette stratégie. Du centre thermal au centre touristique, Amnéville remporte aujourd’hui son pari ambitieux, en véhiculant, dans une région touchée par la crise, une image de plus en plus reconnue, axée sur la santé, le sport, les loisirs et la détente. La "méthode Kiffer", outre les imbroglios politico-financiers, semble à l’évidence porter ses fruits et être une méthode gagnante et motivante. Cependant, à la question de la rentabilité, le Maire répond que certaines activités sont aujourd’hui très rentables comme l’établissement thermal, le Casino, la Taverne du Brasseur, d’autres ne le sont pas encore comme le Galaxie, le zoo, ou le golf. Et d’ajouter : "Mais celles-ci participent à la rentabilité par les retombées économiques qu’elles engendrent par synergie sur les autres activités" ou encore "Financièrement, je n’ai pas d’inquiétude, j’ai toujours été suivi par les collectivités et mes banquiers nationaux et internationaux" [5]. On en retient que la touristification amnévilloise a fini par redessiner une image nouvelle de la ville, recréant de l’attractivité face à une situation contextuelle répulsive. Les activités récréatives ont fini par réorganiser l’espace selon leur propre logique. Cette réappropriation de l’espace à partir du tourisme-loisirs renvoie cependant à une lecture bipolaire de la ville, mettant en exergue une discontinuité spatiale entre la ville permanente et la station touristique se présentant comme une station endotrope (J.M. Dewailly, E. Flament, 2000,59). Cet exemple atypique de réappropriation de l’espace révèle, en effet, une réelle autarcie au regard de l’organisation fonctionnelle de la commune. Elle rappelle singulièrement le fonctionnement d’un parc de loisirs, en l’occurrence un espace clos dont le propre est de produire de l’attraction à vocation commerciale, posant ainsi la problématique de l’animation. Le propre d’un parc de loisirs est d’arriver à fidéliser sa clientèle. Dans cette perspective, pour donner envie à la clientèle de revenir, attractivité, animation et gestion deviennent les moteurs de l’évolution d’un parc, afin de proposer périodiquement de nouvelles attractivités. En ce sens, la comparaison entre la réalisation d’Amnéville et un parc récréatif est significative : créer constamment de nouveaux équipements pour fidéliser et capter de nouvelles clientèles. Face à cet exemple, le tourisme apparaît une nouvelle fois comme producteur d’urbanité. Cependant, cette réalisation interroge le contexte local et cette optique de transformation urbaine renvoie à la pensée et à l’action sur la ville, éléments clés de la définition de la notion de projet urbain. La notion d’espace est à associer à celle de temps comme matière première de l’urbanisme, donnée fondamentale dans la constitution, le développement et l’érosion des villes. Cette stratégie de reconquête ou de régénération est soutenue par une volonté politique locale affichée, mais souvent contestée dans la forme, en raison de l’omniprésence de la problématique générale de l’attractivité.
2.2 L’attractivité : un enjeu majeur pour les villes ?
L’attractivité est devenue un enjeu majeur pour un grand nombre de villes qui sont de plus en plus amenées à se confronter entre elles, dans un climat concurrentiel. Les analyses économiques compétitives des villes, fondées sur des audits stratégiques, visent à définir la capacité de réponse d’une ville "aux pressions concurrentielles qu’elle subit. Son évaluation implique donc que l’on s’interroge successivement sur les champs de rivalité dans lesquels elle combat ou elle a choisi de combattre, sur les villes concurrentes dans chacun des champs identifiés, sur ses forces et faiblesses comparatives soit sur son attractivité différentielle" (J. Bouinot, 1995 et 2002). Des "hit-parades" des villes ont ainsi vu le jour, à partir de la fin des années 1980 [6], dans le but d’améliorer l’image d’une ville en la rendant à la fois spéciale et unique par rapport aux autres, à travers son "caractère distinctif", sa propre personnalité, son identité, tantôt fondée sur son passé, tantôt sur son futur, à prospecter (ou à créer sur mesure). Cela a donné lieu a de nouvelles formes de planification, dites stratégiques, qui adoptent une démarche de projet et s’appuient sur la notion de marketing urbain (J. Bouinot 1995 ; P. Ingallina, 2001). Le marketing urbain s’est développé depuis et a concerné toutes sortes de villes, petites, moyennes ou grandes, mais aussi toute une région, qui tirait bénéfice de l’importance, en termes identitaires, de la ville-centre sur le reste. Les démarches de diagnostic rendent compte de ces différentes échelles en appliquant les méthodes du projet d’entreprise à la ville, conçue de plus en plus comme une entreprise dont le gérant est le maire (Ingallina, 2001). Dès lors, gestion urbaine et gestion privée tendent de plus en plus à se ressembler ; même si la ville ne fonctionne pas comme une entreprise, elle doit assurer un certain nombre de services indispensables pour tous (en assurant le principe d’équité sociale). La démarche d’évaluation des territoires, laquelle repose sur des objectifs, des moyens et des méthodes (C. Rolland-May, 2000), sous-tend cette approche managériale du projet urbain. L’observation expérimentale du cas d’Amnéville révèle les carences d’une navigation à vue.
Si le démantèlement de la base industrielle en Lorraine a révélé la détermination souvent obstinée d’une municipalité qui refusait la fatalité liée à la désindustrialisation, parallèlement, l’exigence d’évaluation, devenue un impératif incontournable dans la mise en œuvre d’un plan stratégique, fait défaut. En effet, partout où des décisions stratégiques se prennent et où des actions sont menées, s’impose la nécessité d’appuyer toute démarche stratégique, toute définition d’action, tout suivi de projet, sur une approche évaluative. Ce constat est particulièrement pertinent en matière d’approche territoriale, c’est-à-dire dans tous les domaines où l’espace géographique devient objet d’étude et d’action, à savoir essentiellement les domaines de l’aménagement et du développement des territoires. Si la volonté de retrouver de l’attractivité est à l’origine du projet amnévillois, l’imprécision des données recueillies sur la commune d’Amnéville - tant en matière de procédures, de contenu, de coûts, de stratégie de développement, que de retombées économiques, sociales et financières - en situe aussi les limites. La démarche évaluative s’impose de plus en plus. Dans cet ordre d’idée, l’aménagement et le développement du territoire participent de cette remise en question : les projets territoriaux ne peuvent être entrepris, et durablement gérés, que si l’évaluation préalable, intermédiaire et finale a été menée ; les actions entreprises arrivent à attester leur crédibilité ; les acteurs territoriaux peuvent s’appuyer sur des arguments forts pour convaincre élus, institutions et habitants de la qualité de leur projet et de leur action. Force est de constater sur le plan opérationnel, qu’à l’instar d’Amnéville, ces approches sont peu suivies et appliquées sur le terrain. "Il en résulte que sur le plan opérationnel, l’évaluation (en particulier l’évaluation des territoires et des projets), se traduit par l’élaboration d’un tableau, calqué sur la configuration d’un tableau comptable dont la lecture reste très fortement imprégnée de l’approche économétrique néo-classique : il confronte coûts et avantages en un bilan chiffré clair et parfaitement lisible, mais qui est en fait éminemment réducteur par rapport à la complexité réelle des territoires" (Ibid., 29). Face à ces carences méthodologiques observées à Amnéville, comment mesurer avec objectivité l’attractivité retrouvée d’un territoire répulsif ? Et comment comprendre et justifier les choix des aménagements futurs ?
En outre, cette situation pose la question des échelles de l’attractivité : locale (concurrence - consommation), globale (coopération - cohérence). Par sa connotation stratégique, la planification revêt un caractère managérial. Aucune ville ne peut plus échapper à la concurrence, qui se joue essentiellement sur le plan de l’attractivité, d’une part à l’égard des entreprises (qui versent à la commune la taxe professionnelle, c’est-à-dire sa principale ressource fiscale), et des visiteurs, c’est-à-dire des "consommateurs" potentiels, et d’autre part, à l’égard des autres villes faisant partie d’un même territoire, qu’elles doivent intégrer de façon cohérente. Une ville ne peut espérer être gagnante à elle seule, mais elle doit établir des partenariats avec les villes voisines qui présentent une situation semblable, du point de vue de leur développement économique. Là encore, la réalisation touristique d’Amnéville apparaît comme une occupation spatiale ponctuelle, une enclave touristique. Pour preuve, l’existence du parc de loisirs Walibi Schtroumpfs situé sur la commune d’Hagondange à 2 km du centre thermal et touristique d’Amnéville, qui se présente lui aussi comme une occupation spatiale ponctuelle. Les deux opérations sont apparues dès leur création, de manière isolée. Sur fond de querelles politiques, les enjeux financiers n’étant pas concordants, aucun n’a cherché semble-t-il à intégrer l’autre. Cette situation renforce le débat orienté vers un projet urbain global. Le plan stratégique ne pourra donc se fonder que sur un projet commun qui devra intégrer la dimension touristique comme un potentiel de développement économique, social et culturel et dont les grandes lignes devront être définies, à l’échelle de l’agglomération, dans le SCOT (Schéma de COhérence Territoriale, Loi SRU/2000) et se déclineront dans des projets précis à l’échelle du PLU (Plan local d’urbanisme). Ce projet peut être défini comme "projet urbain global" (P. Ingallina, 2001,37) ou, en termes plus techniques "projet global d’agglomération". Ce processus sous-tend une bonne articulation des échelles à la fois territoriales et institutionnelles du feed-back qui le rendent parfois complexe et difficile à restituer, reflet d’un parcours non-linéaire traduisant une série d’opérations emboîtées.
Cette situation pose la question de l’adéquation entre choix stratégiques à grande échelle et territoires concernés, en l’occurrence entre les choix amont et la pertinence des sites intéressés.
2.3 Comment évaluer ex ante les effets concrets sur le terrain (à l’échelle locale) de choix stratégiques amont (à grande échelle) ?
La complexité inhérente à ce processus (échelles, acteurs et temporalités différents) rend difficile l’évaluation du véritable impact d’une décision stratégique (prise en amont et à une échelle vaste) sur le "terrain", à l’échelle du quartier ou d’un espace plus ou moins limité. Le passage des stratégies à leur application sur le terrain reste, en effet, toujours une question délicate. De plus l’idée de projet urbain est liée à la possibilité de remédiation, de retour sur certaines décisions, en en modifiant aussi dans un premier temps les effets prévus. La question essentielle est celle de l’articulation entre flexibilité du projet et rigidité des normes. Toutefois, à un moment donné, il faut fixer la stratégie et la traduire par des principes ou des objectifs d’aménagement (projet stratégique), en les transposant dans les instruments d’urbanisme réglementaires, éventuellement au moyen de représentations graphiques (surtout dans le plan local).
Dès lors sont identifiés aussi les lieux "stratégiques" de projet qui permettent au maître d’ouvrage public (la commune) de mettre en œuvre les dispositifs pour les réaliser ("démarche projet mairie", J. Bouinot 1995 ; P. Ingallina 2001). Ce qui peut sembler un simple emboîtement d’opérations, n’est en réalité, qu’un processus complexe, itératif et interactif. Il ne se déroule pas mécaniquement, mais progressivement et est soumis à des ajustements continuels. Inutile de rappeler la portée politique de ce projet. Il doit s’insérer non seulement dans un contexte socio-économique précis, mais aussi dans un lieu qui a ses propres caractéristiques, ses vocations et ses potentialités de développement. L’on ne peut pas traiter toutes les zones de la ville de la même manière, mais avant de lancer une démarche stratégique qui vise le développement économique et social par l’augmentation de l’attractivité, il faut effectuer un diagnostic assez complet. L’échelle globale doit mieux s’articuler avec l’échelle locale, les stratégies doivent prendre en compte les caractéristiques (forces/faiblesses, défis/menaces, etc.) et la complexité (par rapport à sa situation, mais aussi de type technique) d’un site, identifié comme "stratégique". Cela ne peut se faire qu’au travers d’une démarche en feed-back (allers-retours continuels). L’adéquation nécessaire des stratégies aux caractéristiques inhérentes à un site se présente comme le postulat de base. Mais jusqu’à quel point les stratégies de développement économique et social, qui ont aussi une visée touristique, tiennent compte de la réalité du terrain ? Le manque de connaissance du terrain n’est pas la seule cause de l’échec de certaines de ces opérations. Parfois des sites à fort potentiel de développement sont sacrifiés et voués à l’échec aussi à cause d’un projet inadapté, qui ne prend pas en compte les exigences réelles d’un site et des pratiques qui s’y rattachent. Il apparaît donc important de pointer ce décalage entre des sites à fort potentiel de développement et des projets inadéquats. Ce questionnement renvoie à la place de la dimension touristique dans le projet stratégique.
 
CONCLUSION
 
 
Le cas d’Amnéville, projet audacieux tant en termes de procédures que de contenu, se présente en rupture complète avec le contexte régional, puisqu’il s’agit de l’implantation d’activités totalement nouvelles. Une image neuve de la Lorraine - tonique, dynamique et novatrice - devait se dessiner, faisant oublier, voire mépriser le passé. Amnéville correspond à une politique volontariste "spontanée" sans étude ni analyse préalables, émanant d’initiatives purement locales. Cette méthode empirique traduit une volonté de dynamique régionale axée sur la problématique tourisme et développement. Mais la lisibilité du tourisme sur un territoire peut-elle se limiter à une occupation spatiale ponctuelle ? Penser le territoire suppose une stratégie plus globale et renvoie à la place de la dimension touristique dans le projet stratégique. Quel est le poids de la dimension touristique dans ce processus vaste et complexe ? Si elle est sans doute un élément important dans la stratégie pour l’attractivité d’une ville, on ne peut pas dire pour autant qu’elle apparaisse comme un enjeu majeur du développement économique, social et spatial, dans la mesure où elle n’est pas clairement affichée, par exemple, dans les instruments d’urbanisme réglementaires, mais elle y apparaît souvent "éclatée". Il s’agit d’identifier les indicateurs ou variables qui permettent de mesurer l’importance acquise par le secteur touristique dans les choix d’aménagement, à l’échelle de la ville.
La question de la place du tourisme dans un projet urbain renvoie à la question de la sensibilité du lieu, à celle de la valorisation de ce qui fait l’essence, l’"esprit" d’une ville, voire de toute une région. Face au contexte régional, l’exemple d’Amnéville a ignoré le passé, ce qui dans un contexte de vieille zone industrielle est parfois difficilement acceptable, car au-delà des paysages et de l’économie ce sont des générations d’hommes qui ont été façonnées. D’autres exemples, au contraire, se donnent depuis peu pour vocation d’intégrer le passé. Le réemploi du patrimoine est une idée qui a toujours été présente, mais sa préservation et sa mise en valeur sont des initiatives récentes (Fagnoni, 2001). Face à ce contexte de perte de références collectives, les friches sont devenues des lieux de questionnement en quête de nouvelles identités.
Le cas amnévillois se présente comme un "ballon d’essai" - certes de plus en plus gagnant avec ses 4 millions de visiteurs annuels - mais au vu des différents équipements juxtaposés, allant du centre thermal aux équipements sportifs et ludiques en passant par des équipements culturels, il soulève la question des stratégies du tourisme et loisirs et de la culture qui tendent à se confondre. Il devient difficile de dissocier ce qui est de l’ordre de l’événementiel (lié plutôt à l’esprit, au caractère d’un lieu à valoriser par des événements de types divers) de ce qui est de l’ordre du stable, du durable (qui est aussi concrètement appréciable, sous la forme, par exemple, d’un monument ou d’un ensemble urbain ancien) : comment différencier les actions qui vont s’inscrire dans la durée de celles à caractère plutôt conjoncturel ? Réel et virtuel se mélangent : culture devient synonyme de loisir, de jouissance (Gravari-Barbas, 2003), de nouveaux lieux de consommation. La recherche de dépaysement et d’effets de surprise n’est pas complètement étrangère à ce phénomène. La "Disneylandisation" des espaces est à associer à cette recherche de dépaysement de l’individu pour pouvoir mieux rêver et se soustraire à une réalité souvent plate et insatisfaisante. Cela n’est pas indissociable du contexte culturel et social, des nouveaux modes de concevoir la ville et ses espaces, et du temps (de plus en plus important, Réduction du temps de travail, etc.) accordé aux loisirs, aux activités ludiques, au temps libre, en somme, qu’elle est capable de nous offrir, en nous surprenant, le cas échéant. Ainsi, les friches urbaines se présentent parfois comme des opportunités foncières pour l’attractivité.
Dans une optique de transformation de la ville sur elle-même, de "renouvellement urbain", les aires sous-occupées, mal occupées ou désaffectées constituent un potentiel important pour mettre en pratique cette politique d’attractivité. Réinvesties de nouvelles fonctions, réinsérées dans la dynamique urbaine, elles font l’objet de convoitise de la part des aménageurs et des promoteurs qui prévoient de capter une clientèle solvable. La question de coexistence habitants/visiteurs est au cœur de cette stratégie de réécriture de la ville, mais elle soulève la définition difficile d’une stratégie qui vise une attractivité partagée. Il en découle qu’il est difficile de définir des stratégies en amont, sur le long terme (20-30 ans) sans échapper aux "effets pervers" de cette course à l’attractivité urbaine, qui contient en soi des contradictions apparentes. En effet, ces stratégies doivent concilier global et local, individualité urbaine et contexte territorial, à une échelle plus vaste que celle de la commune, ce qui suppose une certaine capacité de "prévoyance" (J. de Courson, 1999), en faisant appel à la notion de prospective territoriale. Elles doivent aussi prendre en compte des échelles et des temporalités différentes, tout en s’adressant à des sociétés dont le regard est changeant, mais dont la participation aux évolutions territoriales est désormais un acquis pour la construction d’un projet partagé. Cela pose le problème de la coexistence de plusieurs types de populations, dans des lieux "banals", c’est-à-dire qui n’étaient pas a priori considérés comme "touristiques" ou "attractifs" au sens classique (espaces monumentaux, grands équipements, etc.) et qui deviennent de plus en plus recherchés.
Tourisme et loisirs, moteur pertinent de la reconversion ? Cette stratégie a-t-elle permis de redonner du sens à l’espace ? Il serait souhaitable, au-delà des querelles politiques, tant pour Amnéville que pour la commune voisine d’Hagondange, mais aussi pour l’image touristique de la Lorraine, qu’une politique de développement touristique plus globale prenne corps, afin que se développe un véritable pôle de développement touristique, pôle de communication et de publicité. Cette difficulté est due, en partie, à la fragilité de la notion de "capital image" qui est liée à celle d’identité [7]. Cela permet de dire, en termes financiers, que la valeur "d’un capital image" diffère suivant les "clientèles" concernées qui accordent un poids spécifique aux facteurs d’attractivité [8]. Autrement dit, on devrait plutôt parler d’une série, voire d’un "portefeuille" d’images.
Un deuxième ordre de considérations nous conduit à penser que "les coûts attachés à la formation d’un capital image et à sa préservation ne sont pas de nature similaire suivant l’horizon considéré (J. Bouinot, 2002,69).
Les coûts engagés ne sont pas du même type, ni de même durée [9]. Tous ces éléments entrent en interaction dans la problématique de la réécriture de la ville sur elle-même. L’alternative touristique retenue à Amnéville, renvoie au pari audacieux de la transformation des friches d’une ville industrielle sans attractivité touristique a priori. Au départ surréaliste et à hauts risques, on retient de cette reconversion économique un acte d’espérance en l’avenir. La commune d’Amnéville s’est inventé un nouvel avenir. Face au contexte de la désindustrialisation, les "vides" peuvent être considérés à fort potentiel de développement, et à réintroduire dans la dynamique urbaine et régionale.
 
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NOTES
 
[1] Laboratoire I.S.I.S. (Ingénierie des Systèmes d’Information Stratégiques et décisionnels) de l’Université de Marne la Vallée et du Laboratoire C.R.E.T.E.I.L (Centre de Recherche Espace Transports Environnement et Institutions Locales) de l’Université de Paris XII-Val de Marne. E-mail : e. fagnoni@ wanadoo. fr
[2] Le Comité Interministériel à la Ville (CIV) du 14 décembre 1999 a introduit la notion de renouvellement urbain en lançant un programme comprenant 50 GPV (Grands Projets de Ville) et 40 ORU (Opérations de Renouvellement Urbain). Un second CIV, en octobre 2001, ajoute 30 nouvelles ORU à ce programme. Ces opérations, qui s’inscrivent dans les contrats de ville 2000-2006, prennent le relais des GPU (Grands Projets Urbains) en y apportant cette fois la dimension sociale. Les projets doivent dorénavant intégrer toutes les composantes de la vie quotidienne des habitants : emploi, éducation, santé, droit, loisirs, etc. et ne plus se contenter d’intervenir sur le bâti.
[3] La municipalité semblait avoir pris conscience dès 1972 de la richesse que pouvait représenter l’espace forestier du Bois de Coulange : 500 à 600 hectares de forêt situés en amont de l’espace urbain, alors que la sidérurgie était encore florissante. Partant du constat qu’Amnéville représentait une petite commune de 10 000 habitants située au milieu d’une zone de 800 000 habitants à vingt minutes de voiture et de 20 millions d’habitants dans un rayon de 200 km, qu’elle disposait de vastes terrains susceptibles d’accueillir de nouvelles activités, la municipalité a imaginé une ville de loisirs animée autour d’un centre thermal. C’est ainsi que naquit l’idée d’exploiter la nappe du Pérotin qui passait sous le Bois de Coulange. Cette idée audacieuse portée par le Docteur Kiffer, maire d’Amnéville, semblait surréaliste, mais l’équipe municipale était déterminée, bousculant souvent les choses et forçant le destin. Amnéville, aujourd’hui centre thermal et touristique, est le résultat de ce projet audacieux.
[4] Laitier : sous-produit métallurgique essentiellement composé de silicates et formé au cours des fusions d’élaboration. Crassier : amoncellement de déchets, scories et résidus d’une usine métallurgique.
[5] Déclaration du Docteur Kiffer, Maire d’Amnéville, in Amnéville communication - n°3, novembre 1994, p. 47 et déclaration de presse in Le Républicain Lorrain 01/12/2003.
[6] En 1986 est publié le premier classement de ville par trois chercheurs : Paul Cheshire et Dennis Hay de l’Université de Reading et Gianni Carbonaro de l’Université de Bologne, voir : "Problems of Urban Decline and Growth in EEC Countries : Or Measuring Degrees of Elephantness", Urban Studies, vol. 23, n°2, avril 1986,131-149 (Bouinot, 1995). Voir aussi L.Davezies, S. Ferro ( 1990), " Le classement des villes". Renouveau ou déclin des analyses urbaines ?, Laboratoire ŒIL, Institut d’Urbanisme de Paris, Université Paris XII, 33 pp. + annexes ; rapport de recherche pour la direction de la recherche et de l’innovation du ministère de l’Equipement.
[7] "Le capital image d’une ville est un actif immatériel synthétisant les réputations attribuées respectivement à chacun de ses facteurs de compétitivité" (J. Bouinot, 2002,68-69).
[8] "Les éléments auxquels un banquier portera en priorité sa vigilance ne seront pas les mêmes que ceux auxquels un touriste, un contribuable local, une entreprise industrielle….accordent une importance privilégiée" (Ibidem).
[9] A court terme, on engage généralement des coûts directs de communication visant la valorisation de l’existant, ce qui est très peu sur le budget général, c’est-à-dire environ 1% du revenu courant d’une ville ; à long terme, les différentes images sont adaptées à l’évolution des besoins et ces coûts reposent sur la politique d’investissement qui a été conduite " dans une perspective d’aménagement et de développement durable". Ces coûts indivisibles sont beaucoup plus importants que les premiers (au moins vingt fois plus élevés) " et dont on ne saurait attribuer rationnellement une quelconque quote-part à ce qui se voudrait intrinsèquement promotion du capital image".
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