Mondes en développement
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4434-8
134 pages

p. 7 à 9
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

no 127 2004/3

2004 Monde en développement

INTRODUCTION  [1]

Géraldine Froger  [2]
La conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement, qui s’est tenue à Rio en 1992, a marqué une étape importante dans l’économie politique internationale des relations Nord/Sud en matière d’environnement. Elle a popularisé la notion de développement durable, dont la définition extensive se situe au-delà des rapports entre environnement et développement, pour intégrer les rapports Nord/Sud, la lutte contre la pauvreté et les inégalités, les droits des "communautés locales", etc. Les questions abordées ont été multiples, de la participation des minorités aux processus de décision à l’aménagement de l’espace, de la gestion des ressources à l’équité dans la distribution des richesses.
Cette conférence a été à l’origine de plusieurs avancées, dont la signature d’une déclaration non contraignante portant sur les forêts et de conventions internationales - la première sur la diversité biologique, la deuxième sur le changement climatique, et la troisième sur la lutte contre la désertification [3] -, ainsi que la mise en place progressive d’agendas 21 pour atteindre les objectifs définis dans la déclaration de Rio et ces conventions. Un Fonds mondial pour l’environnement a été également crée : géré par la Banque mondiale, le PNUE et le PNUD (Programmes des Nations Unies pour l'environnement/pour le développement), il constitue l'instrument de financement des conventions sur le climat et sur la biodiversité. Le principe 7 de la déclaration de Rio a avancé la notion de "responsabilités communes mais différenciés" des pays - développés et en développement - dans la gestion durable des ressources.
Si, en 2002, la conférence de Johannesburg - Sommet mondial pour le développement durable - n’a pas repris pour titre l’environnement et le développement, elle a fusionné ces deux questions en les globalisant et elle s’est inscrite dans la continuité de la conférence de Rio : la lutte contre la pauvreté, la modification des modes de production et de consommation non viables, et la protection de la gestion des ressources naturelles indispensables au développement économique et social ont été promues comme les objectifs ultimes et les conditions essentielles du développement durable.
L’évolution actuelle des rapports internationaux est marquée par la tendance conflictuelle des rapports Nord/Sud qui se nouent autour du développement durable. Comment ces conflits se manifestent-ils dans les négociations commerciales multilatérales ? Béatrice Quenault retrace l’évolution des débats en analysant la portée et les limites des instruments proposés par l’Organisation mondiale du commerce au regard du développement durable.
Face à la "rhétorique internationale homogénéisante" ( Benjamin Singer), la finalité des contributions réunies dans ce numéro est également de questionner les réalités sociales et économiques du développement durable dans les pays du Sud, en mettant notamment l’accent sur la construction des enjeux, les modalités d’élaboration des programmes et des politiques, l’affirmation d’acteurs non-publics ou supra-nationaux et les contextes globaux et locaux. Une attention particulière est portée aux pratiques et aux politiques de coopération de plusieurs pays donateurs.
Quelles sont les nouvelles initiatives des bailleurs de fonds (agences d’aide, organisations non gouvernementales) dans le domaine de l’environnement ? Traduisent-elles un renouvellement, ou, au contraire, une certaine pérennisation des pratiques de l’aide au développement ( Fano Andriamahefazafy et Philippe Méral) ? Les auteurs prennent l’exemple de la planification environnementale à Madagascar pour traiter ces questions.
Comment se caractérisent les stratégies de coopération des pays donateurs dans le domaine des forêts tropicales ? Relèvent-elles de l’aide multilatérale ou bilatérale ? Quelle est la portée et quelles sont les limites de ces stratégies ? Benjamin Singer revient sur ces débats en comparant les positions de l’Allemagne et du Royaume-Uni.
La question du développement socio-économique et la problématique de l’environnement sont au cœur des relations Nord/Sud. Les priorités des pays en développement les plus pauvres et les plus endettés sont plus orientées vers la recherche d’une croissance rapide et l’exploitation maximale de leurs ressources naturelles que vers la protection de l’environnement. Un développement durable supposant une stricte protection de l’environnement et des ressources est-il soutenable au Sud ?
La protection et la conservation de l’environnement font pourtant l’objet de nombreuses initiatives, encouragées par les agences d’aide et les organisations non gouvernementales, notamment dans le domaine des ressources forestières ( Alain Karsenty, Heriniaina Andriananja et Vahinala Raharinirina, Hervé Rakoto Ramiarantsoa et Jean-Marie Samyn).
Quels sont les instruments de protection de la biodiversité proposés pour réduire les coûts d’opportunité de la conservation ? Alain Karsenty analyse, de manière critique, la philosophie et la portée de plusieurs instruments (servitudes de conservation, droits de développement transférables, concessions de conservation) en les inscrivant dans un schéma de "rente contre le renoncement au développement".
Les États des pays en développement ont été, dans leur majorité, affaiblis par les programmes d’ajustement structurel et leurs défaillances en matière de gestion de l’environnement et des ressources ont été soulignées à plusieurs reprises. Quels sont alors les dispositifs de gouvernance mis en place pour assurer une gestion durable des ressources ? Heriniaina Andriananja et Vahinala Raharinirina procèdent à une analyse comparative de deux expériences de gouvernance communautaire - la gestion contractualisée des forêts et un projet d’aire protégée volontaire - à Madagascar. Ils soulignent l’ambiguïté de ces dispositifs. Une autre expérience de gestion contractualisée des forêts est présentée par Hervé Rakoto Ramiarantsoa et Jean-Marie Samyn ; ces auteurs relèvent la portée et les limites des processus de transfert de gestion.
 
NOTES
 
[1] Une première version des articles du dossier thématique a fait l’objet d’une communication au colloque international "La mondialisation contre le développement ?", organisé par le Centre d’économie et d’éthique pour l’environnement et le développement (C 3ED), à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, les 10-11 juin 2004.
[2] C 3ED, UMR IRD-UVSQ n°063,47 Bd Vauban, 78047 Guyancourt Cedex ; mail : geraldine. froger@ c3ed. uvsq. fr
[3] Entrées en vigueur, respectivement en décembre 1993, mars 1994 et décembre 1996.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
Une première version des articles du dossier thématique a f...
[suite] Suite de la note...
[2]
C 3ED, UMR IRD-UVSQ n°063,47 Bd Vauban, 78047 Guyancourt Ce...
[suite] Suite de la note...
[3]
Entrées en vigueur, respectivement en décembre 1993, mars 1...
[suite] Suite de la note...