2004
Monde en développement
INTRODUCTION
[1]
Géraldine Froger
[2]
La conférence des Nations Unies sur l’environnement et le
développement, qui s’est tenue à Rio en 1992, a marqué une étape
importante dans l’économie politique internationale des relations Nord/Sud en
matière d’environnement. Elle a popularisé la notion de développement
durable, dont la définition extensive se situe au-delà des rapports entre
environnement et développement, pour intégrer les rapports Nord/Sud, la lutte
contre la pauvreté et les inégalités, les droits des "communautés locales", etc.
Les questions abordées ont été multiples, de la participation des minorités aux
processus de décision à l’aménagement de l’espace, de la gestion des ressources
à l’équité dans la distribution des richesses.
Cette conférence a été à l’origine de plusieurs avancées, dont la signature d’une
déclaration non contraignante portant sur les forêts et de conventions
internationales - la première sur la diversité biologique, la deuxième sur le
changement climatique, et la troisième sur la lutte contre la désertification
[3] -,
ainsi que la mise en place progressive d’agendas 21 pour atteindre les objectifs
définis dans la déclaration de Rio et ces conventions. Un Fonds mondial pour
l’environnement a été également crée : géré par la Banque mondiale, le PNUE
et le PNUD (Programmes des Nations Unies pour l'environnement/pour le
développement), il constitue l'instrument de financement des conventions sur
le climat et sur la biodiversité. Le principe 7 de la déclaration de Rio a avancé la
notion de "responsabilités communes mais différenciés" des pays - développés
et en développement - dans la gestion durable des ressources.
Si, en 2002, la conférence de Johannesburg - Sommet mondial pour le
développement durable - n’a pas repris pour titre l’environnement et le
développement, elle a fusionné ces deux questions en les globalisant et elle s’est
inscrite dans la continuité de la conférence de Rio : la lutte contre la pauvreté, la
modification des modes de production et de consommation non viables, et la
protection de la gestion des ressources naturelles indispensables au
développement économique et social ont été promues comme les objectifs
ultimes et les conditions essentielles du développement durable.
L’évolution actuelle des rapports internationaux est marquée par la tendance
conflictuelle des rapports Nord/Sud qui se nouent autour du développement
durable. Comment ces conflits se manifestent-ils dans les négociations
commerciales multilatérales ? Béatrice Quenault retrace l’évolution des débats en
analysant la portée et les limites des instruments proposés par l’Organisation
mondiale du commerce au regard du développement durable.
Face à la "rhétorique internationale homogénéisante" ( Benjamin Singer), la finalité
des contributions réunies dans ce numéro est également de questionner les
réalités sociales et économiques du développement durable dans les pays du
Sud, en mettant notamment l’accent sur la construction des enjeux, les
modalités d’élaboration des programmes et des politiques, l’affirmation
d’acteurs non-publics ou supra-nationaux et les contextes globaux et locaux.
Une attention particulière est portée aux pratiques et aux politiques de
coopération de plusieurs pays donateurs.
Quelles sont les nouvelles initiatives des bailleurs de fonds (agences d’aide,
organisations non gouvernementales) dans le domaine de l’environnement ?
Traduisent-elles un renouvellement, ou, au contraire, une certaine pérennisation
des pratiques de l’aide au développement ( Fano Andriamahefazafy et Philippe
Méral) ? Les auteurs prennent l’exemple de la planification environnementale à
Madagascar pour traiter ces questions.
Comment se caractérisent les stratégies de coopération des pays donateurs dans
le domaine des forêts tropicales ? Relèvent-elles de l’aide multilatérale ou
bilatérale ? Quelle est la portée et quelles sont les limites de ces stratégies ?
Benjamin Singer revient sur ces débats en comparant les positions de l’Allemagne
et du Royaume-Uni.
La question du développement socio-économique et la problématique de
l’environnement sont au cœur des relations Nord/Sud. Les priorités des pays
en développement les plus pauvres et les plus endettés sont plus orientées vers
la recherche d’une croissance rapide et l’exploitation maximale de leurs
ressources naturelles que vers la protection de l’environnement. Un
développement durable supposant une stricte protection de l’environnement et
des ressources est-il soutenable au Sud ?
La protection et la conservation de l’environnement font pourtant l’objet de
nombreuses initiatives, encouragées par les agences d’aide et les organisations
non gouvernementales, notamment dans le domaine des ressources forestières
( Alain Karsenty, Heriniaina Andriananja et Vahinala Raharinirina, Hervé Rakoto
Ramiarantsoa et Jean-Marie Samyn).
Quels sont les instruments de protection de la biodiversité proposés pour
réduire les coûts d’opportunité de la conservation ? Alain Karsenty analyse, de
manière critique, la philosophie et la portée de plusieurs instruments (servitudes
de conservation, droits de développement transférables, concessions de
conservation) en les inscrivant dans un schéma de "rente contre le
renoncement au développement".
Les États des pays en développement ont été, dans leur majorité, affaiblis par
les programmes d’ajustement structurel et leurs défaillances en matière de
gestion de l’environnement et des ressources ont été soulignées à plusieurs
reprises. Quels sont alors les dispositifs de gouvernance mis en place pour
assurer une gestion durable des ressources ? Heriniaina Andriananja et Vahinala
Raharinirina procèdent à une analyse comparative de deux expériences de
gouvernance communautaire - la gestion contractualisée des forêts et un projet
d’aire protégée volontaire - à Madagascar. Ils soulignent l’ambiguïté de ces
dispositifs. Une autre expérience de gestion contractualisée des forêts est
présentée par Hervé Rakoto Ramiarantsoa et Jean-Marie Samyn ; ces auteurs
relèvent la portée et les limites des processus de transfert de gestion.
[1]
Une première version des articles du dossier thématique a fait l’objet d’une communication
au colloque international "La mondialisation contre le développement ?", organisé par le
Centre d’économie et d’éthique pour l’environnement et le développement (C 3ED), à
l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, les 10-11 juin 2004.
[2]
C 3ED, UMR IRD-UVSQ n°063,47 Bd Vauban, 78047 Guyancourt Cedex ; mail :
geraldine. froger@ c3ed. uvsq. fr
[3]
Entrées en vigueur, respectivement en décembre 1993, mars 1994 et décembre 1996.