Mondes en développement
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4435-6
148 pages

p. 115 à 124
doi: en cours

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no 128 2004/4

2004 Monde en développement

Droits et lutte contre la pauvreté : où en sont les Institutions de Bretton Woods ?

Benoît Prévost  [*]
Benoît PREVOST Droits et libertés sont au coeur du nouveau discours sur le développement. Mais la mise en avant des principes de l’empowerment et de la bonne gouvernance, fers de lance des nouvelles stratégies, ne sauraient être assimilés aux droits de l’homme et à la démocratie : Banque mondiale et FMI s’inscrivent dans une perspective instrumentale qui subordonne les dimensions politiques et sociales du développement aux impératifs de l’orthodoxie économique libérale. Mots-clés : empowerment, gouvernance, pauvreté, démocratie, développement, Banque mondiale, Fonds monétaire international. Benoît PREVOST The new discourse on development holds that the fight against poverty involves the respect of human rights and democracy. However, the principles of enpowerment and good governance designed by the WB and the IMF are led by an instrumental vision of rights and liberties : democracy and human rights are ranked as mere means of development which could be neglected in market-driven reforms. Keywords : empowerment, governance, democracy, development, poverty reduction, World Bank, International Monetary Fund.
"Les droits de l'Homme et la stabilité macroéconomique sont loin d'être incompatibles. Ils jouent même ensemble un rôle crucial dans la lutte contre la pauvreté. En soutenant des politiques économiques saines et en encourageant un dialogue constructif dans la société civile, le FMI contribue à la défense des droits de l'Homme." (Leite, 2001)
La communauté internationale s’est engagée, au cours des années 1990, dans un processus de reformulation des stratégies de développement articulée autour de la réalisation des Objectifs du Millénaire. Cette évolution a permis, en 2002, l’émergence d’un nouveau consensus, celui de Monterrey, censé dépasser le Consensus de Washington [1] incarné par les Institutions de Bretton Woods (IBW) [2]. Ces dernières ont d’ailleurs contribué au renouvellement des approches du développement, ce qui a supposé un travail d’introspection et de remise en question [3].
Les efforts proclamés et répétés par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international pour "avoir une compréhension globale de la pauvreté et de ses déterminants" (FMI, 1999b, 2) les ont ainsi conduit à adopter un nouveau discours. Celui-ci se caractérise par un champ lexical nouveau et spécifique : droits de l’Homme, démocratie, développement social, empowerment… font désormais partie du vocabulaire officiel des IBW qui reconnaissent à présent en Amartya Sen une influence majeure. Droits et libertés tiennent une place primordiale : leur absence permet de définir la pauvreté et constitue un frein au développement. Ces problèmes se retrouvent dans les deux grands axes qui constituent la structure de base du développement intégré [4] : d’une part, la reconnaissance du caractère multidimensionnel de la pauvreté ; d’autre part, la réforme des institutions. C’est sur cette base que s’élaborent les nouvelles stratégies, d’ailleurs le plus souvent qualifiées stratégies de lutte contre la pauvreté, plutôt que stratégies de développement, et dont le principe général est ramené à un impératif de "bonne gouvernance".
Ces évolutions impliquent que l’aide au développement ne se borne plus à promouvoir des politiques économiques mais aussi un modèle social, la démocratie libérale, dont les fondements philosophiques et idéologiques restent flous, voire confus (Prévost, 2005). S’il est encore trop tôt pour mesurer les conséquences pratiques de cette évolution, il est toutefois à notre portée d’interroger la cohérence interne du discours tenu par les institutions internationales. Cette cohérence peut être analysée sous différents aspects.
Si la référence aux droits et aux libertés devient récurrente, deux problèmes méritent d’être soulevés. En premier lieu, ceux-ci sont rarement précisés. Les termes "démocratie" et "droits de l’Homme" sont utilisés pour résumer à eux seuls l’ensemble de ces droits et libertés auxquels les pauvres peuvent aspirer grâce aux nouvelles stratégies. Ensuite, les droits et libertés sont le plus souvent instrumentalisés et donc fragilisés, dans la mesure où, en tant qu’instruments du développement, ils peuvent être subordonnés à des impératifs d’ordre économique [5].
Dans quelle mesure les droits et les libertés sont-ils véritablement intégrés aux nouvelles stratégies de lutte contre la pauvreté, qui englobent à la fois des réformes institutionnelles et la conduite de politiques économiques dont les principes restent ceux du Consensus de Washington ?
Pour y répondre, il convient, en premier lieu, de rappeler les principaux aspects du nouveau discours sur le développement et les conditions dans lesquelles il a émergé ( 1) ; nous verrons ensuite comment l’empowerment et la participation permettent d’assurer l’articulation des différentes dimensions de ce discours ( 2), avant d’examiner comment les principes de la"bonne gouvernance"intègrent les droits et les libertés (3).
 
I. L’ÉMERGENCE DE NOUVELLES PROBLÉMATIQUES : RÉFORME INSTITUTIONNELLE ET LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ
 
 
A la fin des années 1990, la BM et le FMI se sont engagés sur la voie du développement intégré dont les fondement sont : "assurer un environnement macroéconomique stable et ouvert ; construire des institutions publiques (légales, financières et politiques) responsables et inclusives ; investir dans la santé, l’éducation et les programmes de sûreté sociale" (Ritzen, Easterly, Woolcock, 2000,2).
Cette nouvelle approche était censée répondre aux critiques émises à l’encontre des plans d’ajustement structurel (Ibid.) et diverses institutions internationales avaient déjà signalé la nécessité de changer de perspective (Chavagneux et Tubiana, 2000 ; Cheru, 2001). La BM a ainsi lancé des travaux afin de "s’associer plus étroitement avec la communauté internationale dans l’engagement pour le développement social" (World Bank, 2004a, 11). Cela l’a conduite à des "changements significatifs", afin de pouvoir "attaquer les causes profondes de la pauvreté et se concentrer sur les conditions nécessaires à un développement durable" (Ibid., xi.).
Deux grands axes de recherche émergent clairement des synthèses réalisées par les experts des IBW : les liens entre institutions et développement et l’évolution des définitions de la pauvreté. Concernant le premier axe, la réflexion n’est pas propre aux théories du développement. Les années 1980, puis 1990, avaient constitué un mouvement de négation théorique et pratique de l’altérité substantielle du sous-développement (Hugon, 2003) au profit de l’application sans nuances de recettes "standard, archaïques et inadaptées" (Stiglitz, 2002, 22). Cette négation s’est traduite dans les réformes visant au désengagement de l’État dans les processus de développement : réduction des déficits publics et privatisations devinrent les piliers des réformes proposées (imposées) par les IBW (Lafourcade, Guerard, 1994) dans une perspective identique à celle des pays développés, au même moment (Halimi, 2004). D’une certaine manière, il n’est pas étonnant que les IBW suivent aujourd’hui la même évolution que les économistes standard qui semblent redécouvrir la nécessité de s’interroger sur la place de l’État dans l’économie moderne (Stiglitz, 2003). La définition du "juste rôle de l’État", c’est-à-dire "le juste équilibre entre l’État et le marché, entre l’action collective locale, nationale et mondiale, entre le gouvernemental et le non-gouvernemental" (Ibid., 12), sont des sujets sensibles auxquels les IBW s’attaquent par le biais de la réforme institutionnelle et de la gouvernance.
Analyser les travaux de la BM et du FMI sur ces questions n’a donc d’intérêt réel que si on les lie avec la redéfinition de la pauvreté qui, elle, s’inscrit plus précisément dans le champ théorique du développement.
La BM s’est ralliée, progressivement, à l’idée que la pauvreté est multidimensionnelle : divers facteurs empêchent les pauvres de transformer le peu de ressources dont ils disposent en instruments du développement et ces facteurs concernent l’ensemble des aspects de la vie sociale et non pas seulement le domaine purement économique (Kanbur, Lustig, 1999). La BM parviendra ainsi, en 2000, à la conclusion que la lutte contre la pauvreté suppose de s’attaquer à deux problèmes de base : accroître les ressources à la disposition des pauvres est nécessaire, mais non suffisant ; il faut également les aider à transformer ces ressources en "fonctionnements", autrement dit, accroître leurs "capacités". Alors que son influence était jusque là surtout sensible au sein du PNUD, Amartya Sen est cité en référence principale par le Département Développement Social de la BM (Kanbur, Lustig, 1999,7). La notion de "capacité" devient centrale (Elwan, 1999) et, avec elle, l’idée d’un renforcement des droits et des libertés. C’est ainsi que va s’opérer l’articulation entre les deux axes de réflexion des IBW : les droits et les libertés assureront le lien entre institutions et pauvreté dans le cadre des réformes de "seconde génération" mises en place à la fin des années 1990.
Cette articulation repose sur la notion d’empowerment et sur le principe de participation, qui se décline à la fois au niveau des populations dans leur rapport à l’État et aux politiques économiques, et au niveau des États des pays en développement dans leur rapport aux institutions internationales.
 
II. EMPOWERMENT, PARTICIPATION ET COHÉRENCE DU NOUVEAU DISCOURS
 
 
Les différents travaux sur la pauvreté, réalisés pour l’élaboration du Rapport sur le développement dans le monde 2000, conduisent la BM à définir les pauvres comme des "sans voix", incapables de se faire entendre, défendre et respecter (WB, 2000).
Ces conclusions s’appuient à la fois sur les réflexions théoriques des économistes du développement et sur des enquêtes de terrain commencées en 1993, les Participatory Poverty Assesments (Narayan, 1999). En ressortent deux dimensions de la pauvreté qui échappaient jusque là aux études conventionnelles : la vulnérabilité et le manque de pouvoir politique (Kanbur, Squire, 2001). Ces deux dimensions sont en fait imbriquées : "la vulnérabilité a deux faces : la première, externe, être exposé aux chocs, au stress, au risque ; la seconde, interne, être sans défense, autrement dit ne pas avoir les moyens de s’en sortir sans des pertes dommageables" (Chambers, 1995,175). Cela correspond à un manque de pouvoir à différents niveaux : économique (vulnérabilité aux chocs macroéconomiques, météorologiques, etc.), mais aussi politique et social (avec le sentiment de ne compter pour rien dans le collectif). Puisque les pauvres sont des hommes "sans pouvoir", il convient, dans les nouvelles stratégies de lutte contre la pauvreté, de leur en redonner, de les "renforcer" (WB, 2002,10). C’est le principe de l’empowerment [6], conçu comme une "expansion de la liberté de choix et d’action" [7], ou comme une "expansion des ressources et capacités des pauvres à influencer, contrôler et tenir pour responsables les institutions qui affectent leurs vies" (Ibid., 11).
L’empowerment passe par quatre éléments clés :
1. l’accès à l’information ; 2. l’inclusion et la participation ; 3. la responsabilité ;
4. la capacité organisationnelle locale (Ibid., vi).
Quels droits et quelles libertés trouve-t-on ? La Banque mondiale fait essentiellement référence au droit d’expression, appuyé sur la liberté de l’information, parce que "l’information c’est le pouvoir". "Des citoyens informés sont mieux armés pour profiter des opportunités, pour avoir accès aux services, pour exercer leurs droits et pour assigner les acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux à leur responsabilité (Ibid., vi).
En ce qui concerne la participation et l’inclusion, la responsabilité et la transparence des institutions, les IBW sont plus prudentes. Il n’est pas évoqué directement une participation démocratique constitutionnellement formalisée : l’essentiel est avant tout d’écouter les pauvres et de leur permettre de savoir qu’ils ont été entendus… La forme de cette participation reste non définie, même si les IBW considèrent que les organisations non gouvernementales (ONG) ont un rôle essentiel à jouer grâce à leurs actions de terrain. C’est le sens des Documents stratégiques de réduction de la pauvreté (DSRP). L’empowerment va donc rapidement être assimilé à la participation [8], devenue maître mot des nouvelles stratégies de lutte contre la pauvreté (FMI, 1999b) et qui s’appuie sur une approche procédurale de la démocratie [9].
La participation des pauvres est censée jouer plusieurs rôles. En amont, elle doit permettre de mieux cerner les différentes dimensions de la pauvreté sur lesquelles la politique peut être menée, afin de déterminer à la fois les objectifs et les méthodes de la lutte contre la pauvreté (les stratégies). En aval, elle contrôle que les politiques engagées correspondent aux attentes et que les ressources mobilisées y sont effectivement affectées.
Le concept d’empowerment, par l’intermédiaire des principes d’expression, de participation et de responsabilisation, assure donc la jonction entre les différents objectifs de la BM et du FMI en matière de réduction de la pauvreté, de lutte contre la corruption et de soutien à la bonne gouvernance. Si l’on compare les clefs de l’empowerment à celles de la lutte contre la corruption et de la bonne gouvernance [10], le dénominateur commun est la participation. Lutter contre la corruption, mettre en place les conditions d’une bonne gouvernance, assurer une meilleure lutte contre la pauvreté, sont autant d’objectifs liés et se définissant mutuellement. Les réformes institutionnelles qui se déduisent de l’empowerment sont censées faire progresser les pays en développement vers la démocratie grâce à la mise en place d’un système légal équitable ( fair) "favorable au développement, c’est-à-dire, par exemple, qu’il favorise la croissance ou qu’il répond aux besoins des pauvres" (WB, 1992,30). Les stratégies de lutte contre la pauvreté supposent donc deux volets : d’une part une dimension institutionnelle ; d’autre part la conduite de politiques économiques adaptées. Quelle place est accordée aux droits et aux libertés au niveau des politiques économiques ?
 
III. DROITS, LIBERTÉS ET POLITIQUES ÉCONOMIQUES
 
 
Au cours des années 1990, de nombreux travaux tentent d’appréhender dans quelle mesure les libertés civiles et politiques influent sur la performance des politiques de développement (Ibid., 30). La problématique de la bonne gouvernance se met alors en place à partir de deux axes de recherche : d’une part les liens entre démocratie et performances économiques (en fait, la croissance) et, d’autre part, les liens entre démocratie et réduction de la pauvreté.
Comme l’explique Kaufman, la démocratie concerne le "comment" de la gouvernance (Isham, Kaufmann, Pritchett, 1997), avec pour interrogation de savoir si la démocratie est utile ou non à la croissance et à la prise de "bonnes" décisions politiques. A cet égard, les analyses [11], parfois contradictoires, soulèvent la difficulté à appréhender la démocratie comme instrument de la croissance et de la lutte contre la pauvreté. Globalement, de nombreuses études sur les liens entre droits, démocratie, institutions, croissance et lutte contre la pauvreté, passent outre les difficultés méthodologiques qui fragilisent les résultats obtenus (Aron, 2000 ; Temple, 1999) [12].
Les effets sur la croissance sont supposés dus à la transparence et à la responsabilité des institutions, lesquelles permettent à la fois un climat favorable à l’investissement et une limitation des ressources détournées au profit d’intérêts privés par le biais de la corruption (Kaufman et alii, 2003, Kaufman, Kraay, 2002 et 2003). Mais de très nombreux travaux sur la croissance, entrepris au cours des années 1990, ont déplacé le débat sur les liens entre démocratie et pauvreté [13]. Parce qu’elles sont sensibles à la pression "par le bas" (Varshney, 1999), les démocraties devraient être les premières à mettre en œuvre des politiques de lutte contre la pauvreté. Mais les résultats sont assez contrastés car la démocratie joue aussi de façon négative sur le choix des politiques. Ces effets négatifs correspondent à deux types de problèmes (audelà des questions traitées par l’économie publique sur les choix collectifs). D’une part, en période de crise, l’obtention du consensus démocratique fait perdre un temps précieux qui fragilise les démocraties (Aron, 2000) ; d’autre part, la "pression par le bas" peut conduire à choisir des politiques efficaces à court terme mais pas à long terme, au détriment de politiques difficiles à court terme, mais bénéfiques à long terme. Cette sensibilité à la pression populaire pourrait expliquer les résultats plutôt médiocres enregistrés par la plupart des pays en développement au cours des vingt dernières années (Varshney, 1999).
On peut voir ici les limites du discours sur l’empowerment. La démocratie réduirait la capacité de réponse aux crises et donc le traitement des situations dans lesquelles les pauvres sont les plus vulnérables. D’où la nécessité de mettre en place des "filets de sécurité", nouveau thème développé par les IBW, et qui font par exemple partie des recommandations pour mieux "Gérer les dimensions sociales des crises" (FMI, 1999c et 1999d). Quels sont précisément ces filets de sécurité, dont on trouve d’ailleurs l’idée chez Sen ? Celui-ci fait valoir que, pour que le droit à l’alimentation soit respecté, droit fondamental et essentiel, l’État doit intervenir dans les situations de famines, notamment grâce aux emplois publics restaurant la capacité d’accès au marché des biens de subsistance (Sen, 2003). Une telle mesure peut être alors contradictoire avec les "saines" politiques soutenues par les IBW et qui passent par la réduction des dépenses publiques et du nombre d’emplois publics. Les filets de sécurité restent donc à définir, à partir de critères d’efficacité économique et non pas sociale.
Quelle est alors la place de la démocratie dans l’élaboration des stratégies de lutte contre la pauvreté ? Un vœu pieux : "rien n’empêche les Etats membres d’intégrer eux-mêmes la dimension des droits de l’Homme dans leurs efforts de lutte contre la pauvreté" (Leite, 2001). Mais les droits civils et politiques qui constituent le premier axe des nouvelles stratégies de lutte contre la pauvreté sont instrumentalisés : ils sont considérés comme des outils, dont on peut aisément se passer lorsqu’il s’agit d’appliquer les bonnes politiques. Pourtant, l’histoire des démocraties occidentales montre que la construction d’un consensus social est indispensable à la définition de la protection sociale et des filets de sécurité dont peuvent bénéficier les individus. Ce consensus passe par des choix fondamentaux concernant la manière de respecter les droits de l’Homme. Les Etats-Unis font ainsi prévaloir le droit au travail sur l’assistance qui pourrait limiter les capacités d’ajustement du marché du travail. Le taux de chômage y est plus étroitement surveillé que celui de la pauvreté. La France, pour sa part, a développé un système d’assistance qui rend le marché du travail moins flexible. Elle consacre alors plus d’attention au taux de pauvreté qu’à celui du chômage (Solow, 2003). La mondialisation d’une norme libérale inspirée du modèle américain correspond-elle à un processus démocratique ?
 
CONCLUSION
 
 
La bonne gouvernance démocratique préconisée par les IBW laisse peu de place aux droits de l’Homme et à la démocratie. Certes, les IBW peuvent invoquer le fait qu’il n’entre pas dans leurs prérogatives d’inclure le respect des droits de l’Homme et l’instauration d’un régime démocratique réel dans la conditionnalité des prêts. Une telle ingérence serait d’ailleurs contraire au droit d’autodétermination. Néanmoins, leur discours entretient une confusion permanente. Lorsqu’elles définissent les bonnes politiques de lutte contre la pauvreté, elles mettent les droits et les libertés en avant, et indiquent que les nouvelles stratégies doivent aller dans ce sens, comme si elles incluaient, de fait, des volets spécifiques aux droits et aux libertés conçus comme des fins essentielles du développement ou comme l’objectif de la lutte contre la pauvreté. Mais cette place de choix se limite aux discours et aux déclarations de bonnes intentions [14].
La politique économique des pays en développement est soumise à des impératifs qui leur échappent : impératifs financiers qui limitent leurs choix budgétaires ; impératifs institutionnels, comme l’indépendance des Banques centrales ou les privatisations, qui limitent leur capacité d’influence sur l’activité économique ; impératifs commerciaux de l’OMC…; les impératifs, d’un ordre économique qui transforme le gouvernement en gouvernance, le choix politique en choix d’experts supposés. Un ordre économique qui, aussi bien au Sud qu’au Nord, réduit le choix démocratique au choix des gestionnaires de réformes prétendues incontournables qui peuvent remettre en cause le développement social et la lutte contre la pauvreté.
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NOTES
 
[*] Centre d’étude des marchés et des inégalités, Université Montpellier 3 bbenoit. prevost@ univ-montp3. fr
[1] Les textes sont nombreux sur le sujet ; les publications officielles du FMI sont intéressantes pour mesurer l’évolution de l’institution (voir par exemple Clift , 2003 ou Qureshi, 2004).
[2] Le terme "Institutions de Bretton Woods" (IBW) est utilisé par référence à la Banque mondiale (BM) et au Fonds monétaire international (FMI).
[3] Ce revirement prend parfois les accents de la repentance. Joseph Stiglitz en est le meilleur exemple.
[4] Le développement intégré ( comprehensive development) a été présenté, au cours des années 1990, comme le nouveau paradigme du développement soutenu par la BM.
[5] Lorsque Sen définit le développement comme "processus d’expansion des libertés réelles dont jouissent les individus" (Sen, 2003,15), il affirme qu’un ensemble de "libertés fondamentales" (ou "capacité élémentaires") sont "consubstantielles au processus de développement" (Sen, 2003,57) et que leur privation définit la pauvreté (Sen, 2003,123). Pour Sen, droits et libertés doivent être recherchés comme des biens en soi. Ils ne peuvent être limités à un rôle instrumental, quand bien même ils sont aussi des moyens du développement.
[6] La traduction du terme pose question car il est porteur de sens distincts suivant les auteurs. Pour une synthèse des différentes acceptions du terme, voir Palier ( 2005).
[7] La définition invite directement au parallèle avec l’œuvre d’A. Sen et sa conception du développement comme "processus d’expansion des libertés réelles dont jouissent les individus" (Sen, 2003,15).
[8] Sur la question, voir par exemple Cling JP, Razafindrakoto M. et Roubaud F., 2002.
[9] Cette approche procédurale est liée à l’approche schumpéterienne de la démocratie, que l’on retrouve en filigrane derrière les réflexions de la plupart des économistes (Vreeland, 2003).
[10] La politique anti-corruption se décline autour de cinq principes : 1) augmenter la responsabilité politique; 2) renforcer la participation de la société civile; 3) créer un secteur privé compétitif; 4) assumer un contrôle institutionnel du pouvoir; 5) améliorer la gestion du secteur public (World Bank, hhttp :// www1. worldbank. org/ publicsector/ anticorrupt/ index. cfm). La bonne gouvernance implique : 1) l’expression et la responsabilisation; 2) la stabilité politique; 3) l’efficacité du gouvernement), 4) l’absence de tracasseries administratives; 5) la primauté du droit; 6) le contrôle de la corruption (World Bank ( 2002). Cette approche a été développée par D. Kaufman, qui est la référence principale du FMI et de la BM sur le sujet. Voir, notamment, Kaufman et alii ( 1999a, 1999b), Kaufman ( 2000).
[11] Aron ( 2000) donne un aperçu très complet des différents types de travaux empiriques menés dans les années 1990 sur le sujet.
[12] En particulier, les institutions sont définies de différentes manières mais avec peu de rigueur (Aron, 2000).
[13] Les effets sur la lutte contre la pauvreté doivent être distingués entre problèmes distributifs et choix de politiques. Seuls ces derniers nous intéressent ici.
[14] Et encore, tous les DSRP ne prennent pas la peine de mentionner les droits de l’Homme (Leite, 2001).
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Le terme "Institutions de Bretton Woods" (IBW) est utilisé ...
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Ce revirement prend parfois les accents de la repentance. J...
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Le développement intégré ( comprehensive development) a été...
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Lorsque Sen définit le développement comme "processus d’exp...
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La traduction du terme pose question car il est porteur de ...
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La définition invite directement au parallèle avec l’œuvre ...
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Sur la question, voir par exemple Cling JP, Razafindrakoto ...
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Cette approche procédurale est liée à l’approche schumpéter...
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La politique anti-corruption se décline autour de cinq prin...
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Aron ( 2000) donne un aperçu très complet des différents ty...
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En particulier, les institutions sont définies de différent...
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Les effets sur la lutte contre la pauvreté doivent être dis...
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Et encore, tous les DSRP ne prennent pas la peine de mentio...
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