2005
Monde en développement
Lectures
Olivier DAMETTE
Université Nancy 2 (BETA)
Jean GADREY et Florence JANY-CATRICE,
Les nouveaux indicateurs de richesse La Découverte, Paris, 2005,123 p.
L’évaluation du concept de richesse s’est longtemps résumée à la seule analyse
du produit intérieur brut (PIB) et de la croissance économique. Or, la richesse
est avant tout un thème transversal assimilable tant au bien-être économique,
que social et environnemental. Malgré un décollage (apparent) au cours des
années 1970, la faiblesse scientifique et méthodologique dans la production
d’indicateurs de richesse n’a pas permis de proposer une alternative suffisante à
"la religion du taux de croissance". Il semble toutefois, que depuis une dizaine
d’années, un nouveau souffle ait été trouvé, dans les sillages d’indicateurs, aussi
efficaces que médiatiques, comme l’indicateur de développement humain
(IDH, du Programme des Nations unies pour le développement [PNUD]) ou le
baromètre des inégalités et de la pauvreté en France (BIP 40, du Réseau d’alerte
sur les inégalités [RAI]).
En s’appuyant sur des travaux piliers dans ce domaine (Fourquet, Desrosières,
Vanoli ou Méda, notamment), les auteurs de cet ouvrage dressent un état avisé
de l’innovation en matière d’indicateurs de richesse, en ne considérant que les
indicateurs synthétiques, seuls capables de se positionner en tant que
complément, mais aussi en tant qu’alternative au PIB. Loin de se contenter de
présenter une typologie des indicateurs les plus pertinents, Jean Gadrey et
Florence Jany-Catrice proposent une véritable analyse épistémologique des
indicateurs en montrant que le débat emprunte des champs aussi scientifiques
qu’idéologiques. Ainsi, les grands indicateurs économiques, sociaux et
environnementaux, "ne sont pas seulement le reflet des phénomènes passifs qu’ils
prétendent résumer. Ils font aussi partie de notre environnement informationnel, de ce qui
structure nos cadres cognitifs… " et par conséquent "la domination de fait de certains
d’entre eux n’est donc pas neutre" (p. 9).
L’analyse des indicateurs de richesse est opérée selon une classification
pertinente, qui permet de concilier simultanément des regroupements
d’indicateurs selon les domaines couverts et la méthodologie employée. De ce
fait, après une présentation illustrée des grandes limites du PIB, les auteurs
scindent leur analyse en deux grandes parties.
Dans un premier temps (chapitres III et IV), ils explorent une batterie
d’indicateurs non monétarisés (indicateur de développement humain, indice de
sécurité personnelle, indices territoriaux ou encore le BIP 40), dont la
méthodologie principale repose sur la moyenne pondérée et dont les domaines
de prédilection concernent des problématiques humaines et sociales.
Dans un second temps (chapitres IV et V), les indicateurs reposant sur une
extension des méthodes comptables actuelles sont présentés, on parle alors
d’indicateurs monétarisés. Ces indicateurs sont à forte consonance
environnementale, comme l’indicateur de bien-être économique durable
(IBED), l’indicateur de progrès véritable (IPV) ou encore l’empreinte
écologique, qui présente l’exception d’être le seul indicateur cité centré sur un
thème, en l’occurrence l’environnement.
Les chapitres suivants de l’ouvrage sont consacrés à une présentation de
l’indice de bien-être économique d’Osberg et Sharpe, dont la particularité est de
concilier les clivages précédents, ainsi qu’à une critique synthétique des
principaux indicateurs sur la base de critères à la fois techniques et politiques.
A travers ces écrits, le message des auteurs est clair : le débat ne doit pas se
cantonner aux seuls experts, mais s’ouvrir sur le dialogue citoyen et la société
civile. À cet égard, la participation croissante à l’élaboration d’indicateurs à la
fois humains et environnementaux des pays du Sud, des milieux associatifs
militants, des ONG, et en particulier des femmes, suscitent beaucoup d’espoirs
pour l’avenir. Gageons que cette montée en puissance ne soit pas "un effet de
mode cyclique".