Mondes en développement 2006/3
Mondes en développement
2006/3 (no 135)
154 pages
Editeur
I.S.B.N. 2-8041-5137-9
DOI 10.3917/med.135.0131
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Vous consultezHommage à feu René Gendarme (1920-2006)

De la pauvreté des nations aux mondes en développement, René Gendarme, 1920-2006

AuteursJean Brot du même auteur

Secrétaire général et Vice-président de l’ATM

En 1973, François Perroux, Professeur au Collège de France, Directeur de l’Institut de Science Economique Appliquée, fonde la revue "Mondes en développement" Dès le deuxième numéro René Gendarme[1] [1] René Gendarme, 1973, L’industrialisation des pays en...
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, membre du comité de rédaction de la revue, donne sa première contribution…Elle débutait ainsi : "La leçon de l’histoire était formelle, industrialisation et progrès devaient aller de pair. Choisir l’industrialisation équivalait à emprunter la voie royale du développement. Mais choisir n’est pas tout. En réalité, la question de l’industrialisation n’est pas simple, trop de gouvernants des pays sous-développés, avec la bénédiction d’experts soit de l’Ouest, soit de l’Est, ont cru qu’il suffisait d’implanter des usines pour réussir. En d’autres termes, la décision sur les objectifs devait entraîner “l’immédiateté” des résultats et sur quelques années une amélioration sensible du bien-être. Malheureusement ce “sésame” du développement n’a pas ouvert toutes les portes ; en se souvenant de Péguy il serait tentant de rappeler que “bien des serruriers sont restés à la porte”." La conclusion dégageait trois leçons : "L’industrialisation n’est qu’un des moyens de parvenir au développement… ; autant que des usines, l’industrialisation exige une transformation des hommes… ; enfin, le succès de l’industrialisation dépend des politiques nationales des autres Etats… et suppose l’abandon du comportement égoïste des Etats au profit d’une véritable solidarité internationale."

2 Son ultime contribution, au sommaire du numéro 109 paru en 2000, était consacrée à l’évolution théorique du concept d’infrastructure. Les dernières lignes de sa conclusion sont, avec un peu de recul, étonnamment révélatrices de la rectitude de sa pensée, de la cohérence de son analyse et de la permanence de sa détermination dans l’engagement : "Il ne faut pas oublier, quelle que soit l’organisation de l’activité économique, que celle-ci ne peut résulter exclusivement des seules forces du marché, l’homme demeure au cœur du dispositif économique. Rendons hommage à notre maître François Perroux qui estimait que la production des biens et des services doit être orientée en priorité vers la satisfaction, pour tous, des besoins essentiels à l’existence (nourriture, santé, éducation, logement…), activités où l’infrastructure joue un rôle essentiel. Aussi n’est-il pas inutile de rappeler son message aux économistes que nous sommes : “le développement de l’homme, le développement de tout l’homme et le développement de tous les hommes."[2] [2] René Gendarme, 2000, Evolution théorique du concept d’infrastructures...
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Durant ces presque trois décennies d’implication, de production et d’animation au sein des organes de direction de la revue Mondes en développement, René Gendarme a administré la preuve qu’il était à la fois homme de terrain, homme d’action et homme de conviction.

L’HOMME DE TERRAIN

3 Jeune chargé de cours à la faculté de Droit de Lille à la rentrée de 1951, il va s’attacher à cette région du Nord si proche à bien des égards de celle de ses origines familiales. Il publie en 1954 La région du Nord qui est une contribution à l’étude de l’espace régional dont il pressent qu’il est le complément indispensable de toute analyse en termes d’espace national, même si cette recherche est menée à un moment où ce genre d’étude semble être déclassé[3] [3] Convaincu du caractère provisoire de ce déclassement,...
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. N’exprime-t-il pas une vision particulièrement contemporaine de nos réalités et difficultés d’édification et d’élargissement de l’Union européenne en ce début de 21ème siècle quand il écrit "à une époque où l’application des idées européennes va laisser plus d’initiatives aux économies régionales, le concept de région qui semblait dépassé va renaître ; la région peut jouer demain, dans l’analyse économique, un rôle aussi important que la firme."[4] [4] René Gendarme, 1954, La région du Nord. Essai d’analyse...
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Agrégé des Facultés de Droit et des Sciences économiques, il rejoint son poste à Alger en 1956. Sans oublier la Meuse de son enfance, il se découvre une passion pour la rive sud de la Méditerranée. Malgré le caractère pour le moins troublé de cette période, il s’attache à la rédaction de l’ouvrage L’économie de l’Algérie qui sera publié en 1959[5] [5] René Gendarme, 1959, L’économie de L’Algérie, Paris,...
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, juste avant sa nomination à l’Institut des Hautes Études de Tananarive. La découverte de la “Grande Ile” sur les traces de Gallieni et Lyautey le sensibilise définitivement aux problèmes du sous-développement. Derrière la formule qu’il se plaisait à placer, selon laquelle Madagascar avait la forme d’une brique, la couleur d’une brique et la fertilité d’une brique…, il dissimulait mal toute l’estime qu’il portait aux populations malgaches qui "par leur calme, leur intelligence, leur conscience, pourraient fournir une main-d’œuvre de choix et acquérir rapidement des élites de valeur"[6] [6] René Gendarme, 1960 et 1963, L’économie de Madagascar,...
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. Dans son Economie de Madagascar, René Gendarme brosse un portrait sans complaisance du délabrement dans lequel se trouve le pays au seuil de son indépendance politique : "En raison d’un réseau serré de domination, Madagascar reste une colonie au sens économique du terme. Un pays n’est pas indépendant parce qu’il a un drapeau, un hymne national ou des ambassadeurs, il est indépendant quand il est capable de faire vivre décemment, seul, la totalité de ses habitants."[7] [7] René Gendarme, 1960 et 1963, L’économie de Madagascar,...
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Récusant tout à la fois l’orientation adoptée par les personnalités politiques de la République malgache qui, “accaparées par les jeux stériles de la politique pure”, n’ont pas su créer le climat propice au développement et la méthode autoritaire à la chinoise, il préconise un régime économique mixte où l’on trouverait côte à côte l’initiative publique et l’initiative privée encadrées dans un plan. "Sans doute, les résultats seront plus lents que ceux obtenus par une méthode totalitaire… mais l’évolution sera aussi plus profonde car elle sera obtenue avec la participation volontaire du peuple. Les Malgaches ressemblent sur ce point aux Français, ils sont plus sensibles à l’explication qu’à la force."[8] [8] René Gendarme, 1960 et 1963, L’économie de Madagascar,...
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Doit-on s’étonner que de telles conclusions et suggestions resituées dans le contexte politique de l’époque de la décolonisation et des indépendances aient valu à leur auteur quelques désagréments.

4 Quittant l’océan Indien, il arrive en automne 1960 sur les rives de la Meurthe à Nancy. Il y retrouve une région frontière, ouvrière, s’ouvrant sur l’Europe. Sans jamais se départir de sa passion pour les peuples et les problèmes des pays en développement, il va se confronter aux questions d’économie régionale. Alors qu’il travaille à une synthèse cherchant à expliquer le sous-développement, il fait partie du groupe d’experts à qui a été confié par la Communauté économique européenne (CEE) le soin d’apprécier les besoins et les possibilités de dévalorisation de la frontière entre les zones belges traversées par la Semois et les cantons français le long de la Chiers qui allaient par la suite devenir la zone des Trois Frontières. Le groupe franco-belge dépose son rapport en 1962. En 1963, à la suite de ce document, la CEE met en place quatre commissions chargées d’en étudier les prolongements possibles. À René Gendarme[9] [9] Alors membre de la Commission de développement économique...
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, échoit la tâche d’en présenter les travaux, début 1965, devant la Commission sociale du Parlement européen à Luxembourg. Il concluait ainsi son exposé "Le très regretté Winston Churchill disait “lorsque je réunis mes économistes, ils ont chacun une solution différente à me proposer et lorsque je demande à Monsieur Keynes, il en a deux”. Eh bien, moi, ce n’est pas deux solutions que je vous proposerai, ce sont les trois que j’ai proposées à la CEE… Une première série serait la création d’institutions communes (Comité d’aménagement, Société d’investissements)… La deuxième série de mesures concernerait la mise en place d’une politique de dévalorisation de la frontière politique en étendant les complémentarités qui existent sur le plan industriel, résidentiel ou intellectuel. Une troisième solution, plus révolutionnaire, - il faut en parler très bas -, consisterait à créer un régime spécial de zone couvrant les espaces considérés."[10] [10] Georges Christophe, Yvon Fabert, Jacques Peter, 1996, “1959-1995 :...
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Le professeur René Gendarme ne cantonnait pas son activité aux seuls domaines de la pédagogie et de la recherche ; il savait diriger des revues scientifiques, s’impliquer dans les structures de réflexion, assurer la direction d’institut ou de laboratoire, s’engager dans le mouvement associatif, assumer des responsabilités diverses pour les plus hautes institutions nationales ou internationales. Engagé dans le siècle, il ne ménageait ni ses efforts ni sa peine dès lors qu’il avait la conviction de la justesse de ses vues et de leur utilité sociale. Alors sa générosité et sa capacité d’entraînement étaient sans borne. Sans doute nous délivrait-il ce message de don de soi et d’authenticité lorsqu’il écrivait dans l’introduction de ce qui probablement demeure son ouvrage majeur, La pauvreté des nations, "Les études théoriques ne conduisent à rien si elles ne débouchent sur l’action."[11] [11] René Gendarme, 1963, La pauvreté des nations, Paris, Cujas,...
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L’HOMME D’ACTION

5 Issu d’une longue lignée de fondeurs ardennais, dont un ancêtre produisait des boulets de canon pour la Grande Armée, il fut très tôt familier du cubilot. Sans doute l’intérêt qu’il portera jusqu’à la fin de sa vie à l’entreprise trouve-t-elle ses origines dans cette “formation” de base ? La Deuxième Guerre mondiale allait le voir s’engager dans la 1ère armée française de De Lattre de Tassigny et participer à la résorption de la poche de Rouffach, à la libération de l’Alsace, puis au franchissement du Rhin. De ces deux années naîtront des amitiés indéfectibles avec ses compagnons d’armes. Rendu à la vie civile après la capitulation allemande, il reprit à Nancy ses études qui allaient le mener au concours d’agrégation de Droit et sciences économiques en 1956. Pour le cavalier qu’il était, les campagnes, les terrains de manœuvres, voire les sauts d’obstacles s’offrent à lui au sein de l’Université naturellement mais tout autant dans les institutions consulaires, locales ou internationales. Il sera expert auprès de la CEE sur le sujet de la région frontière, chargé par l’UNESCO d’étudier le droit de la terre et du développement économique dans l’Afrique au Sud du Sahara, expert auprès de la CNUCED sur les économies d’enclave. Chacune de ces missions avait été acceptée avec enthousiasme car elle lui permettait de réintroduire l’homme au cœur de l’économie, de s’évader des théories abstraites, de pointer les pesanteurs et les inerties, de dénoncer le convenu sans jamais céder à la facilité.

6 Fort de son talent oratoire, de son goût inné pour le débat d’idées, doté d’une singulière aptitude à structurer et synthétiser les idées les plus foisonnantes, maniant l’humour et maîtrisant le style avec élégance, sachant à propos trousser le quatrain et pasticher l’air à la mode… cet honnête homme ne pouvait demeurer indifférent aux choses de la vie publique dans sa région d’adoption. Successivement ou simultanément la CODER, la Chambre de commerce et d’industrie de Meurthe-et-Moselle et le Comité d’aménagement, de promotion et d’expansion de Meurthe-et-Moselle (CAPEMM) vibrèrent des échos sonores de ses interventions à la fois vigoureuses, décapantes et souvent pionnières. Son franc parler était connu. La compromission médiocre lui était inconnue. Jamais il ne transigeait sur la liberté d’expression au service d’une juste cause. À Nancy, au sein de l’université, il dirigea de 1961 à 1989 l’Institut d’administration des entreprises auquel il conféra image et notoriété et duquel sortirent, par promotions successives, de très nombreux cadres et dirigeants qui vinrent dynamiser le tissu des entreprises régionales, nationales ou européennes. De 1968 à 1989, il dirigea le Centre de recherches et de documentation économiques (CREDES). Il œuvra avec constance et détermination pour amener la structure initiale, dépourvue de statut, au fil des publications, des études et rapports, au rang d’équipe d’accueil de l’école doctorale. Ses talents de meneur d’hommes s’y exprimaient pleinement. Sa capacité d’entraîner, de motiver, de débattre, d’impulser… s’ajoutant à sa bonhomie, à son humanisme et à sa générosité, le tout mâtiné de cet humour qu’il a toujours et en tous lieux su cultiver, conférait toute sa cohérence et son efficacité à l’équipe dont il s’était entouré et qu’il se plaisait à appeler son “commando”.

7 L’implication constante et l’attention filiale qu’il portait au bon fonctionnement et au rayonnement de l’Association Tiers-Monde (ATM) s’expriment par sa présence personnelle et stimulante à chacune des dix-sept journées sur le développement organisées annuellement entre 1985 et 2001. Comment apprécier le trésor relationnel accumulé durant ces presque deux décennies de terrain ? De véritables rencontres, de grandes heures de partage, de solides amitiés nouées, de mémorables moments d’échange et un réseau, à la fois intercontinental, intergénérationnel et interdisciplinaire, vivant, dynamique et motivé en ponctuent la cadence et constituent le plus riche des florilèges. Il a su avec lucidité et délicatesse, en raison de l’âge ou ayant l’âge de raison, selon sa belle formule[12] [12] Conclusion du discours de René Gendarme lors de la cérémonie...
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, confier ce précieux acquis à ceux qui l’accompagnaient et auxquels il avait depuis longtemps déjà accordé sa confiance et son estime. Même avec ceux à qui le liait une amitié profonde et sincère il n’infléchissait pas sa conduite. Le tout récent président de l’ATM, François Perroux venait de lui en confier quelques semaines auparavant la responsabilité, n’hésitait pas à répondre ainsi à un courrier de son illustre prédécesseur : "Mon cher François, j’ai été particulièrement peiné par le ton et par tes critiques de l’autre jour consignées dans ta note du 20 janvier 1982." Suit un argumentaire détaillé, motivé et explicatif en neuf points dont le sixième fournit une clef de la conception du rôle et des méthodes que le nouveau président entendait pleinement assumer. "J’ai eu l’habitude à la guerre d’adopter moi-même en toute liberté les dispositifs de combat sans intervention du Général en chef, ce dernier se contentait de me désigner les objectifs. J’entends qu’il en soit de même dans nos rapports. Il va de soi que si mon action était jugée insuffisante, j’en tirerais les conclusions qui s’imposent".[13] [13] Lettre de René Gendarme (CREDES, Nancy) à François Perroux...
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L’estime mutuelle, le respect réciproque et le lien véritable qui unissait les deux hommes se vivifia autour de cet échange épistolaire entre le fondateur de l’ATM et son successeur.

L’HOMME DE CONVICTION

8 "Succéder à la tête de l’Association Tiers-Monde à François Perroux et à Diomède Catroux est à la fois un honneur et une tâche redoutable qui incitent à la modestie." En 1982, René Gendarme introduisait ainsi la tenue de la première assemblée générale de l’ATM dont il venait d’accepter la présidence. Dans cette courte phrase transparaît un des traits majeurs de sa personnalité. Dès lors qu’il s’était forgé une opinion, qu’il adhérait à un projet, qu’il acceptait une responsabilité ou qu’il accordait sa confiance, il demeurait inébranlable dans la fidélité à la parole donnée, il assumait avec rectitude, mais sans faiblesse, les droits et les devoirs de la charge endossée. Alors il était généreux de son temps, de son travail, des efforts et de l’attention qu’il portait, sans restriction aucune, au parfait aboutissement de la mission entreprise. Cette détermination caractérise son œuvre professionnelle et scientifique. La permanence et la constance de ses engagements jalonnent son parcours. Quelques exemples peuvent aisément l’illustrer. En 1949 il commence par traiter de l’entreprise dans sa thèse consacrée à L’expérience française de la nationalisation industrielle[14] [14] L’expérience française de la nationalisation industrielle...
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. En 1996 il donne une comédie satirique en cinq actes intitulée Les grilles d’or SA ou les aventures de Jean Lamour créateur d’entreprise… Entre ces deux dates, il aura dirigé l’Institut d’Administration des Entreprises de Nancy pendant 28 ans, été conseiller technique de la Chambre de commerce et d’industrie de Meurthe-et-Moselle et publié, parmi d’autres, Des sorcières dans l’économie : les multinationales[15] [15] René Gendarme, 1981, Des sorcières dans l’économie :...
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, Sidérurgie lorraine. Les coulées du futur[16] [16] René Gendarme, 1986, Sidérurgie lorraine. Les coulées...
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, Trois décennies de développement des zones industrielles[17] [17] René Gendarme, Jean Brot, Jean-Paul Weber, 1991, Trois...
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…Du monde de l’entreprise qui constitue un des pivots de ses activités et de sa production, il est bien naturel de passer à celui de la région. Faut-il évoquer ses origines ardennaises et le pittoresque de la vallée de la Meuse, l’aptitude du soldat à apprécier la géographie du champ de manœuvre ou la beauté colorée et contrastée des paysages de l’Afrique qu’il a tant sillonnée pour expliquer la constance de l’attention qu’il portait à la dimension spatiale ? Il amorce sa vaste fresque avec La région du Nord[18] [18] Cet ouvrage a obtenu en 1954 le prix de l’Association...
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, enchaîne avec l’étude de la zone Chiers-Semois, propose un manuel synthétique avec L’analyse économique régionale[19] [19] René Gendarme, 1976, L’analyse économique régionale. ...
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, ouvre des perspectives d’avenir à la sidérurgie lorraine avec Les coulées du futur[20] [20] Cet ouvrage a reçu en 1986 le prix des Conseils généraux...
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, déplore les atermoiements en matière de grande vitesse ferroviaire dans L’absence de TGV-Est ou l’Alsace et la Lorraine sans locomotive[21] [21] René Gendarme, Jean Brot, Anne-Marie Rinaldi, 1988, L’absence...
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, révèle les potentialités de la coopération intercommunale à travers l’analyse de Trois décennies de développement des zones industrielles de Meurthe-et-Moselle Sud[22] [22] Cet ouvrage s’est vu décerner le prix du centenaire de...
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9 Après l’homme et ses activités, l’homme et son environnement, il ne manqua pas de traiter l’homme et son développement. "Paradoxalement la richesse mondiale en s’accroissant a fait apparaître sur la scène économique la pauvreté des nations."[23] [23] René Gendarme, 1963, La pauvreté des nations, Paris, Cujas,...
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Un peu moins de deux siècles après Adam Smith, il consacrait un ouvrage entier à ce second aspect dont il explique les origines, à propos duquel il élabore une théorie et pour lequel il propose les éléments d’une politique. Cette somme, d’abord traduite en espagnol, sera rééditée une décennie plus tard après avoir été revue et amplifiée… Il excelle dans l’art de délivrer en phrases courtes, au terme d’une démonstration serrée dans laquelle il ne ménage ni les dirigeants des pays industriels ni ceux des pays du Tiers-Monde, des assertions aux accents prophétiques… Combien actuelle paraît être celle-ci : "Les pays sous-développés ont besoin d’un socialisme authentique plein d’idéal et d’énergie. La transformation d’une économie est un combat qui exige plus de persévérance dans l’effort et plus de désintéressement dans l’action qu’une révolution"[24] [24] René Gendarme, 1973, La pauvreté des nations, 2de édition,...
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. Cette autre ne l’est pas moins autour du phénomène de la pauvreté : "Comme la question ouvrière a été le scandale d’hier, le problème des pays sous-développés est le scandale d’aujourd’hui"[25] [25] René Gendarme, 1963, La pauvreté des nations, Paris, Cujas,...
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Celle-la n’est-elle pas en phase avec l’investissement dans la ressource humaine : "Au fond, si on y regarde de près, les nations riches ont privilégié à l’égard des nations pauvres le verbe “prendre” au détriment du verbe “apprendre”."[26] [26] René Gendarme, 1994, Le réalisme du développement endogène...
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N’est-on pas dans le contexte de ce début de 21ème siècle avec cette formule : "Oui les économistes et encore plus les pseudo-économistes qui foisonnent dans les hautes administrations nationales ou internationales ont commis une faute grave en voulant transposer dans les pays sous-développés les méthodes et les moyens de croissance des pays industrialisés. Le milieu est profondément différent du nôtre ; rien n’y est semblable, ni les échelles de valeur ni les mécanismes économiques. Beaucoup d’échecs s’expliquent par le fait que les décisions ont été prises en négligeant la connaissance de l’environnement, des comportements psychologiques, du contexte religieux"[27] [27] René Gendarme, 1963, La pauvreté des nations, Paris, Cujas,...
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.

10 Apôtre du développement africain, ses enseignements, ses écrits, ses missions, son implication à la fois personnelle mais aussi familiale, témoignent de sentiments réalistes et généreux et démontrent qu’il ne conçoit de développement véritable, économique et humain que global. Alger, Tananarive, Damas, Alep, Oujda, Libreville - à plusieurs reprises dans le cadre d’un partenariat actif avec la Faculté de Droit de Nancy -, Dakar, Abidjan, Yamoussoukro, Rabat… constituent quelques-unes de ses nombreuses et fréquentes missions. Ses enseignements et ses travaux lui vaudront d’être élevé au grade de chevalier de l’Etoile équatoriale de la République du Gabon, à celui d’officier dans l’ordre du Lion de la République du Sénégal puis de se voir remettre, en 2000, les insignes de chevalier dans l’ordre du mérite gabonais. De “La résistance des facteurs socio-culturels au développement économique, l’exemple de l’Islam en Algérie” publié dans la Revue économique de mars 1959 à l’un de ses derniers articles où il montre l’actualité et l’importance du vieux concept d’infrastructure dans le développement[28] [28] René Gendarme, 2001, L’évolution du concept d’infrastructure...
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, vont s’écouler plus de quatre décennies ponctuées de plusieurs dizaines d’articles, rapports, publications, communications dans des colloques… Simultanément il préside pendant vingt ans l’Association Tiers-Monde et co-dirige durant vingt-deux ans la revue Mondes en Développement. Telles sont quelques-unes des facettes de cette extraordinaire passion ardente que voua durant toute sa vie René Gendarme aux pays en développement et à leur population. Tant elle paraît condenser sa pensée et constituer son acte de foi en l’humain, nous ferons nôtre la conclusion qu’il proposait aux lecteurs de La pauvreté des Nations : "Malgré leur utilité, nous croyons que les solutions économiques ne suffisent pas, plus que l’argent, il faut donner l’amitié."[29] [29] René Gendarme, 1973, La pauvreté des Nations, Paris, Cujas,...
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Notes

[ 1] René Gendarme, 1973, L’industrialisation des pays en développement a-t-elle toujours été bien comprise ? Mondes en développement, tome 1, n° 2,61-82. Retour

[ 2] René Gendarme, 2000, Evolution théorique du concept d’infrastructures et variabilité des politiques en fonction des niveaux de croissance, Mondes en développement, tome 28, n° 109,9-15. Retour

[ 3] Convaincu du caractère provisoire de ce déclassement, il publiera deux ans plus tard (avec J. Maire) dans le sixième Cahier du CERES (Comité d’études régionales économiques et sociales) Contribution à l’étude des localisations industrielles de la région du Nord, Lille, Faculté de droit, 107 pages. Retour

[ 4] René Gendarme, 1954, La région du Nord. Essai d’analyse économique, Paris, A. Colin, 289. Retour

[ 5] René Gendarme, 1959, L’économie de L’Algérie, Paris, A. Colin. Retour

[ 6] René Gendarme, 1960 et 1963, L’économie de Madagascar, Paris, Cujas, 199. Retour

[ 7] René Gendarme, 1960 et 1963, L’économie de Madagascar, Paris, Cujas, 197-198. Retour

[ 8] René Gendarme, 1960 et 1963, L’économie de Madagascar, Paris, Cujas, 199. Retour

[ 9] Alors membre de la Commission de développement économique régional de Lorraine (CODER). Retour

[ 10] Georges Christophe, Yvon Fabert, Jacques Peter, 1996, “1959-1995 : trente-cinq années d’études, de négociations internationales et de réalisations”, in J. Brot, Entreprise, région et développement, Mélanges en l’honneur de René Gendarme, Metz, Editions Serpenoise, 154. Retour

[ 11] René Gendarme, 1963, La pauvreté des nations, Paris, Cujas, VI. Retour

[ 12] Conclusion du discours de René Gendarme lors de la cérémonie de remise des Mélanges en son honneur, Salon d’honneur de l’Université, Nancy, 16 décembre 1996. Retour

[ 13] Lettre de René Gendarme (CREDES, Nancy) à François Perroux (ISMEA, Paris) du 5 février 1982, 3 pages. Retour

[ 14] L’expérience française de la nationalisation industrielle publié à Paris en 1950 par la Librairie de Médicis, a obtenu la même année le prix Lucien Brocard. Retour

[ 15] René Gendarme, 1981, Des sorcières dans l’économie : les multinationales, Paris, Cujas. Retour

[ 16] René Gendarme, 1986, Sidérurgie lorraine. Les coulées du futur, Nancy, PUN, Metz, Editions Serpenoise. Retour

[ 17] René Gendarme, Jean Brot, Jean-Paul Weber, 1991, Trois décennies de développement des zones industrielles, Nancy, PUN. Retour

[ 18] Cet ouvrage a obtenu en 1954 le prix de l’Association française de science économique. Retour

[ 19] René Gendarme, 1976, L’analyse économique régionale. Réalisme ou illusionnisme des méthodes, Paris, Cujas. Retour

[ 20] Cet ouvrage a reçu en 1986 le prix des Conseils généraux de Lorraine. Retour

[ 21] René Gendarme, Jean Brot, Anne-Marie Rinaldi, 1988, L’absence de TGV-Est ou l’Alsace et la Lorraine sans locomotive, Nancy, PUN. Retour

[ 22] Cet ouvrage s’est vu décerner le prix du centenaire de l’association des amis des universités lorraines, domaine économie-gestion, en 1992. Retour

[ 23] René Gendarme, 1963, La pauvreté des nations, Paris, Cujas, I. Retour

[ 24] René Gendarme, 1973, La pauvreté des nations, 2de édition, Paris, Cujas, 895-896. Retour

[ 25] René Gendarme, 1963, La pauvreté des nations, Paris, Cujas, III. Retour

[ 26] René Gendarme, 1994, Le réalisme du développement endogène contre l’utopie du développement exogène, in Développement endogène, fiscalité et intégration, Libreville, Presses Universitaires du Gabon, 25. Retour

[ 27] René Gendarme, 1963, La pauvreté des nations, Paris, Cujas, 517. Retour

[ 28] René Gendarme, 2001, L’évolution du concept d’infrastructure dans l’analyse du développement, in J. Brot et H. Gérardin (Dir.), Infrastructure et développement, Paris, L’Harmattan, 57-70. Retour

[ 29] René Gendarme, 1973, La pauvreté des Nations, Paris, Cujas, 16. Retour

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POUR CITER CET ARTICLE

Jean Brot et al. « Hommage à feu René Gendarme (1920-2006) », Mondes en développement 3/2006 (no 135), p. 131-136.
URL :
www.cairn.info/revue-mondes-en-developpement-2006-3-page-131.htm.
DOI : 10.3917/med.135.0131.