Mondes en développement
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-5137-9
154 pages

p. 139 à 140
doi: en cours

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Notes de lecture

no 135 2006/3

2006 Monde en développement Notes de lecture

W. EASTERLY  [3] (2006) Les pays pauvres sont-ils condamnés à le rester ?, Editions d’Organisation, Paris traduction de l’anglais par Aymeric Piquet-Gauthier (Edition Originale, MIT Press, 2001)

Sylvain Zeghni Université de Marne-La-Vallée
Une large partie du monde connaît encore un niveau de pauvreté et de sous-développement important. C’est le point de départ du livre de William Easterly "Les pays pauvres sont-ils condamnés à le rester ?" Le livre est divisé en trois parties. La première cherche à répondre à la question "Pourquoi cherchons nous la croissance ?" Fort brève, elle s’appuie sur une doctrine : ce n’est pas la redistribution qui sortira les pauvres de leur état, mais bien la croissance. L’idéologie de la décroissance est implicitement ici attaquée comme une préoccupation de pays riche. Easterly rejoint Guizot et son célèbre "Enrichissez-vous !". Les politiques économiques doivent avoir pour but l’élévation du niveau de revenu et le reste suivra ! Il faut donc mener des politiques incitatives positives et non des politiques économiques avec des incitations négatives (trappes à pauvreté).
La seconde partie, "Ces panacées qui ont failli" est une intéressante et riche discussion des théories sous-jacentes aux interventions du FMI et de la Banque mondiale, visant à promouvoir la croissance dans les pays pauvres. À la base de cet échec, se trouve non pas un échec de la théorie économique en soi, mais un échec à appliquer un principe économique de base : les gens répondent à des incitations. On l’aura compris, la critique repose sur l’idée que la bonne politique est celle qui fournit la bonne incitation économique aux agents. Cette critique s’adresse bien évidemment aux théories de la croissance basées sur l’importance de l’investissement en capital physique et notamment la célèbre approche du modèle Harrod-Domar combinée aux étapes du développement de Rostow. On ne peut ici que souscrire à la critique pertinente et souvent humoristique de l’auteur. L’argument principal retenu par Easterly contre l’importance du capital physique comme déterminant de la croissance de long terme, est la contribution de Solow. Cette dernière fait également, l’objet de critiques acerbes quant à son utilisation dans les politiques de développement. Easterly s’attaque ensuite au rôle supposé de l’éducation dans le processus de croissance. Pour l’auteur, qui s’appuie notamment sur le travail intéressant de Peter Klenow, les efforts en termes d’éducation n’ont pas eu un impact important sur la croissance et les revenus des pays en développement. La cause de cet échec, Easterly la trouve dans le manque d’incitations positives à investir dans l’éducation pour un individu dans ces pays. Plusieurs autres politiques sont passées en revue avec la même volonté de convaincre, parfois de choquer, mais toujours avec humour et distanciation critique.
La critique d’Easterly est moins radicale, voire nettement plus favorable aux institutions financières internationales que celle de Stiglitz. Il défend l’idée d’un rôle positif de ces institutions, malheureusement réduit par le décalage de temps entre la remontée des chiffres et donc des résultats des politiques mises en oeuvre et la réactivité des institutions. C’est finalement une mauvaise gouvernance de ces institutions et une faible réactivité qui serait la cause de l’échec des politiques mises en œuvre.
La troisième partie de l’ouvrage perd en virulence et en humour sans gagner en profondeur. Easterly commente avec beaucoup d’à-propos les concepts de rendements croissants, de trappes à pauvreté, d’externalité, de destruction créatrice, de corruption, de chance.
Mais les recommandations d’Easterly, par leur généralité et leur nombre ne sont guère satisfaisantes. C’est une véritable corne d’abondance de propos tous centrés sur l’idée de "bonnes incitations" : subventionner toutes les formes d’accumulation de savoirs et de capital ; être prudent sur les conséquences de l’intervention des gouvernements sur les incitations ; créer un climat favorable aux nouvelles générations d’entrepreneurs, éviter les mauvaises politiques telles que l’inflation, le marché noir des devises, les déficits budgétaires élevés et les restrictions au libre-échange ; mettre en place de bonnes institutions ; éliminer la corruption… Avec un tel catalogue, on se demande pourquoi l’éditeur français de l’ouvrage affiche sur la page de couverture "Le livre qui a fait scandale à la Banque mondiale !" Un catalogue ne fait pas une approche globale : quels sont les éléments principaux et les éléments secondaires ? Quels sont les grands axes stratégiques proposés ? Easterly nous donne ici l’impression d’un empirisme débonnaire que reflète bien les propos d’Asleigh Brilliant qu’il cite : "Afin d’être sûr d’atteindre la cible, commencez par tirer puis donner à ce que vous aurez atteint le nom de cible".
 
NOTES
 
[3]hhttp :// www. nyu. edu/ fas/ institute/ dri/ Easterly
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