2006
Monde en développement
Notes de lecture
W. EASTERLY
[3] (2006)
Les pays pauvres sont-ils condamnés à le rester ?, Editions d’Organisation, Paris
traduction de l’anglais par Aymeric Piquet-Gauthier (Edition Originale, MIT
Press, 2001)
Sylvain Zeghni
Université de Marne-La-Vallée
Une large partie du monde connaît encore un niveau de pauvreté et de sous-développement important. C’est le point de départ du livre de William Easterly
"Les pays pauvres sont-ils condamnés à le rester ?"
Le livre est divisé en trois parties. La première cherche à répondre à la question
"Pourquoi cherchons nous la croissance ?" Fort brève, elle s’appuie sur une doctrine :
ce n’est pas la redistribution qui sortira les pauvres de leur état, mais bien la
croissance. L’idéologie de la décroissance est implicitement ici attaquée comme
une préoccupation de pays riche. Easterly rejoint Guizot et son célèbre
"Enrichissez-vous !". Les politiques économiques doivent avoir pour but
l’élévation du niveau de revenu et le reste suivra ! Il faut donc mener des
politiques incitatives positives et non des politiques économiques avec des
incitations négatives (trappes à pauvreté).
La seconde partie, "Ces panacées qui ont failli" est une intéressante et riche
discussion des théories sous-jacentes aux interventions du FMI et de la Banque
mondiale, visant à promouvoir la croissance dans les pays pauvres. À la base de
cet échec, se trouve non pas un échec de la théorie économique en soi, mais un
échec à appliquer un principe économique de base : les gens répondent à des
incitations. On l’aura compris, la critique repose sur l’idée que la bonne
politique est celle qui fournit la bonne incitation économique aux agents. Cette
critique s’adresse bien évidemment aux théories de la croissance basées sur
l’importance de l’investissement en capital physique et notamment la célèbre
approche du modèle Harrod-Domar combinée aux étapes du développement
de Rostow. On ne peut ici que souscrire à la critique pertinente et souvent
humoristique de l’auteur. L’argument principal retenu par Easterly contre
l’importance du capital physique comme déterminant de la croissance de long
terme, est la contribution de Solow. Cette dernière fait également, l’objet de
critiques acerbes quant à son utilisation dans les politiques de développement.
Easterly s’attaque ensuite au rôle supposé de l’éducation dans le processus de
croissance. Pour l’auteur, qui s’appuie notamment sur le travail intéressant de
Peter Klenow, les efforts en termes d’éducation n’ont pas eu un impact
important sur la croissance et les revenus des pays en développement. La cause
de cet échec, Easterly la trouve dans le manque d’incitations positives à investir
dans l’éducation pour un individu dans ces pays. Plusieurs autres politiques sont
passées en revue avec la même volonté de convaincre, parfois de choquer, mais
toujours avec humour et distanciation critique.
La critique d’Easterly est moins radicale, voire nettement plus favorable aux
institutions financières internationales que celle de Stiglitz. Il défend l’idée d’un
rôle positif de ces institutions, malheureusement réduit par le décalage de temps
entre la remontée des chiffres et donc des résultats des politiques mises en
oeuvre et la réactivité des institutions. C’est finalement une mauvaise
gouvernance de ces institutions et une faible réactivité qui serait la cause de
l’échec des politiques mises en œuvre.
La troisième partie de l’ouvrage perd en virulence et en humour sans gagner en
profondeur. Easterly commente avec beaucoup d’à-propos les concepts de
rendements croissants, de trappes à pauvreté, d’externalité, de destruction
créatrice, de corruption, de chance.
Mais les recommandations d’Easterly, par leur généralité et leur nombre ne sont
guère satisfaisantes. C’est une véritable corne d’abondance de propos tous
centrés sur l’idée de "bonnes incitations" : subventionner toutes les formes
d’accumulation de savoirs et de capital ; être prudent sur les conséquences de
l’intervention des gouvernements sur les incitations ; créer un climat favorable
aux nouvelles générations d’entrepreneurs, éviter les mauvaises politiques telles
que l’inflation, le marché noir des devises, les déficits budgétaires élevés et les
restrictions au libre-échange ; mettre en place de bonnes institutions ; éliminer
la corruption… Avec un tel catalogue, on se demande pourquoi l’éditeur
français de l’ouvrage affiche sur la page de couverture "Le livre qui a fait scandale
à la Banque mondiale !" Un catalogue ne fait pas une approche globale : quels sont
les éléments principaux et les éléments secondaires ? Quels sont les grands axes
stratégiques proposés ? Easterly nous donne ici l’impression d’un empirisme
débonnaire que reflète bien les propos d’Asleigh Brilliant qu’il cite : "Afin d’être
sûr d’atteindre la cible, commencez par tirer puis donner à ce que vous aurez atteint le nom de
cible".
[3]
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http :// www. nyu. edu/ fas/ institute/ dri/ Easterly