2006
Monde en développement
Note de lecture
Candy LUGAZ, Anton DE GRAUWE (éds)
Ecole et décentralisation. Résultats d’une recherche en Afrique francophone de l’Ouest,
Institut international de planification de l’éducation, UNESCO, Paris, 2006
Cette recherche de terrain examine le fonctionnnement de l’enseignement
primaire dans quatre pays de l’Afrique francophone de l’Ouest : Bénin, Mali,
Guinée et Sénégal. La décentralisation y est récente, et a été mise en place dans
un contexte de précarité. Dans les quatre pays étudiés, les différents frais et
cotisations imposés aux parents d’élèves représentent une source importante de
revenus pour le système éducatif. Le rapport fournit des conclusions sur quatre
points : le pilotage de la qualité, la gestion des ressources financières et
matérielles, la gestion du personnel enseignant, l’appui des autorités locales et
des communautés. Le pilotage de la qualité repose sur des bureaux locaux et sur
les directeurs d’école. Le rapport conclut à une nécessaire réforme des bureaux
locaux : la présence sur le terrain de ces bureaux locaux est très faible, le
personnel y est peu motivé, les innovations reçoivent peu de soutien. Des
efforts sont entrepris dans les quatre pays pour réformer ces services
d’inspection. La gestion des ressources financières et matérielles fait l’objet d’un
constat sévère : "là où l’autonomie pourrait amener à une meilleure utilisation
des ressources, elle n’existe pas ; là où le contrôle est nécessaire, il n’existe pas"
(95). Ce constat de mauvaise gouvernance est celui d’un système qui privilégie
quelques personnalités locales en bafouant les principes de transparence et de
participation.
La gestion du personnel enseignant n’est que pour partie décentralisée dans les
quatre pays de l’étude. Il ne semble pas que l’existence de plusieurs catégories
de personnel - les enseignants fonctionnaires, les volontaires, les contractuels,
les enseignants de la communauté - ne crée de tensions graves. Il n’en reste pas
moins qu’un cadre de régulation à un niveau intermédiaire fédérateur semble
nécessaire, particulièrement pour les procédures de recrutement. Une grande
variété de la participation des autorités locales dans l’éducation primaire est
constatée. Elle est le plus souvent quasiment nulle, dans d’autres cas, elle est
conflictuelle. Le rapport conclut d’abord à la nécessité du développement d’une
culture de responsabilité et de participation. Le rapport souligne un certain
nombre d’aspects positifs. D’abord, la forte demande d’éducation, présente
même dans les zones les plus éloignées des centres de décision. Les initiatives
innovatrices existent. La participation des parents à la vie des établissements
d’enseignement est réelle. L’étude dirigée par Candy Lugaz et Anton De
Grauwe présente ainsi un tableau nuancé d’une décentralisation, plus issue de
nécessité que d’une volonté prévoyante. La portée des conclusions dépasse
largement le cadre limité de l’étude et s’adresse à tous ceux que les questions
complexes posées par un processus de décentralisation intéressent.
Stéphane CALLENS,
Centre EREIA, Université d’Artois