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Mondes en développement

2007/1 (n° 137)


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À la fin de l'année 2004, la côte orientale de l'île principale de Luçon, au nord de l'archipel philippin, est balayée par quatre dépressions et cyclones tropicaux. Plus de 1 600 personnes trouvent la mort et des dommages considérables aux infrastructures et aux ressources agricoles sont enregistrés. Immédiatement après la catastrophe, un consensus médiatique et politique accuse la répétition "exceptionnelle" de phénomènes naturels "extraordinaires" et la déforestation massive d'être à l'origine de la catastrophe (Office of the Press Secretary, 2004a ; Cruz, 2005 ; Kelly, 2005).

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Accuser la Nature d'être à l'origine de catastrophes est chose commune. Jusque dans les années 1970, le paradigme dominant la recherche en sciences humaines et sociales sur les catastrophes dites "naturelles" reconnaissait, implicitement ou explicitement, la responsabilité d'aléas naturels "extrêmes", en magnitude, et "rares", dans le temps, dans l'occurrence et la croissance du nombre de désastres. Les recherches en sciences humaines et sociales se concentraient alors sur la perception du risque engendré par les phénomènes naturels et la qualité des ajustements comportementaux face au danger. Les solutions proposées pour remédier à des réponses sociales inadaptées tenaient aux transferts de connaissances, d'expériences et de technologies (Kates, 1971 ; Burton et al., 1978). Un changement majeur s'est opéré à partir de la fin des années 1970 lorsque le paradigme dominant a violemment été remis en cause (O'Keefe et al., 1976 ; Waddell, 1977 ; Torry, 1979). De naturelle, l'origine des catastrophes est devenue socio-économique et politique et totalement indépendante des aléas naturels. Le nouveau paradigme met l'accent sur la marginalisation géographique, sociale, économique et politique quotidienne qui traduit la vulnérabilité des victimes (Hewitt, 1983 ; Watts et Bohle, 1993 ; Wisner et al., 2004). La vulnérabilité est la propension de la société exposée au phénomène naturel à subir des dommages en cas d'occurrence de celui-ci (adapté de D'Ercole, 1994) ou, en d'autres termes, les conditions propres à une société qui font que l'occurrence d'un phénomène naturel potentiellement dommageable se transforme en catastrophe (adapté de Cannon, 1994).

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Dans cette perspective, le présent article tend à dépasser les explications hâtives avancées pour expliquer la catastrophe de fin 2004 aux Philippines. Nous verrons que la répétition d'épisodes cycloniques et pluvieux et la déforestation n'ont agi que comme déclencheurs de la catastrophe dont les causes réelles reposent plus profondément sur des contraintes structurelles d'ordres démographique, socio-économique et politique. Nous nous concentrerons sur les municipalités de General Nakar, Infanta et Real, toutes trois situées sur la côte nord-est de la province de Quezon. Ces trois petites villes rurales, dont la population était comprise entre 23 000 et 51 000 habitants en 2000, sont adossées au versant oriental de la Sierra Madre de Luçon, le long du littoral pacifique. Elles ont été les plus touchées par la catastrophe (Figure 1).

1. RETOUR SUR UNE CATASTROPHE

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Entre le 14 novembre et le 4 décembre 2004, quatre dépressions et cyclones tropicaux frappent successivement la côte orientale de Luçon. Les principaux dommages sont enregistrés dans les provinces de Quezon, Aurora et Nueva Ecija où les pertes humaines et matérielles sont élevées. Le cyclone Unding est le premier à toucher la région entre les 14 et 21 novembre. Il est immédiatement suivi par la dépression tropicale Violeta qui traverse Luçon les 22 et 23 novembre. Cinq jours plus tard, la dépression tropicale Winnie s'abat sur les Philippines. Enfin, le cyclone Yoyong frappe le quart nord-est du pays le 30 novembre (Tableau 1). Winnie est l'événement qui a causé les dommages les plus importants, notamment pour les villes de General Nakar, Infanta et Real. Des vents à plus de 100km/h ont accompagné de très fortes pluies pendant plus de trois jours. Le 29 novembre, les pluies intenses provoquent le débordement progressif de la rivière Agos. En parallèle, de nombreux glissements de terrain et coulées de débris se produisent dans les montagnes environnantes. Les géologues (Laserna et al., 2005) supposent qu'entre 19h et 20h, des glissements de terrain viennent obstruer le cours des rivières Kanan et Kaliwa qui convergent en aval pour former la rivière Agos (Figure 2). Sous la pression hydraulique, ces barrages naturels rompent aux alentours de 21h et libèrent un volume considérable d'eau, de billes de bois et de troncs qui contribue à nourrir la rivière Agos avant de s'encastrer sous le pont reliant Infanta à General Nakar. Le barrage ainsi constitué provoque le débordement massif de la rivière Agos et l'inondation rapide de la plaine deltaïque (Figure 2). Les inondations atteignent Infanta et General Nakar vers 21h30. En moins de 25 minutes, les deux villes sont submergées par trois à quatre mètres d'eau. Pris par surprise, la plupart des habitants trouvent refuge sur le toit de leur maison où ils passent de longues heures à attendre les secours. À Infanta, plus de 200 personnes ne peuvent s'échapper et trouvent la mort. À General Nakar, une centaine d’individus disparaissent. L'impact combiné des eaux et des débris charriés par la crue provoque des dommages aux bâtiments privés et publics et aux infrastructures routières. Le dense et vital réseau d'irrigation qui entoure la ville est également anéanti. Durant plusieurs jours, les habitants d'Infanta et de General Nakar sont coupés du monde, sans électricité, téléphone ni suffisamment de nourriture.

Tableau 1  - Caractéristiques et impact des cyclones et dépressions tropicales de novembre et décembre 2004 aux Philippines Tableau 1
Philippine Atmospheric, Geophysical and Astronomical Service Administration (Pagasa), National Disaster Coordinating Council.
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De nombreux glissements de terrain se produisent autour de la ville de Real (Figure 2). Une partie d'entre eux transforment la rivière Kinanliman-Kiloron en un gigantesque torrent de boue, charriant troncs et blocs rocheux, qui emporte 26 habitants des villages situés en aval. Un pont est détruit sur l'unique route reliant la région à Manille. Les pluies intenses déclenchent des glissements le long de la rivière Tignoan sur les berges de laquelle le village éponyme est dévasté. 140 personnes qui ont trouvé refuge dans un bâtiment à l'embouchure de la rivière sont ensevelies vivantes. 250 autres habitants de Real sont portés décédés ou disparus suite à des crues et des glissements de terrain similaires.

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Le bilan de la catastrophe fait état de 1 065 morts et 553 disparus dans l'est de l'île de Luçon (Tableau 1). Les pertes agricoles (riz, maïs, cocotiers et autres cultures de rente) consécutives aux quatre cyclones et dépressions tropicales ont été estimées à plus de 42 millions d'euros. Les données du National Disaster Coordinating Council indiquent que 5 087,1 638 et 3 116 maisons ont été respectivement détruites à General Nakar, Infanta et Real. Au total, plus de 12 000 familles ont été affectées à Infanta, 5 786 à General Nakar et 1 067 à Real. L'impact environnemental de la catastrophe a également été considérable (Kelly, 2005).

Figure 1  - L'île de Luçon et la localisation de la zone d'étude Figure 1
Figure 2  - Secteurs affectés par la catastrophe de fin 2004 et évolution de la couverture forestière autour de General Nakar, Infanta et Real de1950 à 2000 Figure 2
données UNOSAT, National Mapping and Resource Information Authority, Environmental Science for Social Change, Department of Environment and Natural Resources.

2. LES DÉCLENCHEURS DE LA CATASTROPHE : FORTES PLUIES ET DÉFORESTATION

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Au lendemain de la catastrophe, les médias, la classe politique et des scientifiques ont accusé les fortes pluies associées aux cyclones récurrents et la déforestation massive d'être à l'origine de la catastrophe (Office of the Press Secretary, 2004a ; Cruz, 2005 ; Kelly, 2005).

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Les cyclones et les dépressions tropicales sont des phénomènes courants dans cette région des Philippines. En moyenne, tous les vingt ans, 12 cyclones tropicaux frappent la région de General Nakar, Infanta et Real (Pagasa, 2005). Ces chiffres excluent les nombreuses tempêtes tropicales qui s'abattent sur l'est de Luçon. Sur la côte orientale de l'île, exposée aux cyclones venant de l'Océan Pacifique, l'intensité des phénomènes est supérieure (Brown et al., 1991).

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Les données climatiques de la Philippine Atmospheric, Geophysical and Astronomical Service Administration (Pagasa) indiquent que la station d'Infanta a enregistré 432,5 mm de pluies entre les 1er et 28 novembre 2004, soit beaucoup moins que la moyenne du mois de novembre sur les 30 dernières années (611,8 mm). Les deux premiers cyclones et dépressions tropicales ayant touché la région n'ont donc pas apporté des précipitations extraordinaires (Figure 3). C'est seulement durant la journée du 29 novembre que les pluies peuvent être considérées comme exceptionnelles (342 mm en six heures). Contrairement aux accusations médiatico-politiques, ce n'est donc pas l'accumulation de plusieurs épisodes pluvieux qui a conduit aux glissements de terrain et aux inondations à General Nakar, Infanta et Real, mais bien un seul événement concentré sur une demi-journée.

Figure 3  - Pluviométrie quotidienne à Infanta et pour les stations météorologiques voisines du 14 novembre au 4 décembre 2004 Figure 3
Philippine Atmospheric, Geophysical and Astronomical Service Administration.
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Les conséquences de l'épisode pluvieux du 29 novembre 2004 ont été exacerbées par l'absence de couverture forestière susceptible de retenir les sols (Laserna et al., 2005). Les milliers de troncs charriés par les crues, puis déposés le long du littoral, ont accentué le pouvoir destructeur des inondations. Le net recul du couvert forestier autour de General Nakar, Infanta et Real entre 1950 et 2000 (Figure 2) est attribué à l'exploitation commerciale, légale et illégale, du bois (Kummer, 1992). Dans les années 1960 et 1970, les exploitations forestières bénéficiaient de concessions légales. Par la suite, une série de lois a officiellement interdit l'exploitation du bois sans toutefois parer à la prolifération des coupes illégales qui sont considérées comme la première cause de déforestation (Kummer, 1992). Indéniablement, les fortes pluies qui se sont abattues sur des pentes déforestées ont provoqué les glissements de terrain et les crues dévastatrices qui ont ravagé les municipalités de General Nakar, Infanta et Real. Cependant, attribuer l'ampleur de la catastrophe aux seuls facteurs climatiques et aux activités illégales des exploitants forestiers est réducteur et équivaut à écarter le rôle majeur joué par un faisceau de causes structurelles qui tiennent aux conditions démographiques, socio-économiques et politiques de l'archipel philippin dans son ensemble.

3. AU-DELÀ DES PHÉNOMÈNES DÉCLENCHEURS, LES CAUSES PROFONDES DE LA CATASTROPHE

3.1 Les dynamiques démographiques

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Le premier facteur à l'origine de la catastrophe tient aux dynamiques démographiques. La population des Philippines est estimée à 86 millions d'habitants en 2006, contre 19 millions en 1948 et 8,3 millions en 1903. Aujourd'hui, elle continue de croître au rythme de 2,3% par an selon les chiffres du National Statistics Office (2005). La densité de cet archipel montagneux excède 280 hab./km2 et le surpeuplement des rares plaines pousse de nombreux philippins à migrer vers des espaces marginaux tels que de fortes pentes sujettes aux glissements de terrain, des vallons inondables, des lagunes et des secteurs côtiers exposés aux cyclones tropicaux. Ce phénomène est particulièrement frappant dans les montagnes de l'archipel dont la population est aujourd'hui composée d'une majorité de migrants et dont le taux de croissance atteint 2,8% par an (Guiang, 2001 ; Umehara et Bautista, 2004).

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La plupart des victimes des glissements de terrain et des inondations à General Nakar, Infanta et Real sont des migrants qui, privés d'espace dans les plaines, ont décidé de prendre la route des montagnes et du littoral de la province de Quezon pour assurer leur survie, malgré les dépressions et les cyclones tropicaux qui balaient régulièrement la région. De manière paradoxale, et à l'image de l'ensemble du littoral pacifique, cette région compte parmi les derniers fronts pionniers du pays car son exposition aux cyclones a longtemps rebuté l'occupation humaine (Blanadet, 1997). Les données des recensements pour les trois municipalités montrent une importante croissance de la population depuis le début des années 1970, soit deux décennies après l'envolée de la population de l'ensemble de l'archipel (Figure 4). La croissance de la population de General Nakar, Infanta et Real doit être considérée comme une réaction à la saturation des secteurs traditionnellement les plus peuplés de l'archipel, notamment les deltas et autres plaines littorales. Les données du National Statistics Office indiquent que les principales provinces pourvoyeuses de migrants vers celle de Quezon sont densément peuplées : Masbate (174 hab./km2 en 2000), Albay (427 hab./km2 ), Camarines Sur (294 hab./km2 ), Leyte (278 hab./km2 ), Sorsogon (304 hab./km2 ) et Marinduque (226 hab./km2 ). Le cas du village de Tignoan à Real, où 140 personnes ont péri durant la catastrophe, est significatif. Sa population été multipliée par cinq en trente ans, passant de 682 habitants en 1970, à 2 275 habitants en 1990 puis à 3 568 en 2000. Dans le même temps, la population de la ville de Real triplait alors que celle des Philippines doublait seulement. Cette croissance extrêmement rapide ne s'explique pas par une fécondité exceptionnelle mais par un nombre important d'immigrants en provenance des provinces d'Albay, Sorsogon, Masbate et Leyte. Ceux-ci ont été attirés à Tignoan par la situation attrayante du village le long du littoral et de la route nationale reliant Manille à Infanta.

Figure 4  - Croissance de la population de General Nakar, Infanta et Real de 1948 à 2000 Figure 4
données du National Statistics Office.

3.2 Le difficile accès à la terre et aux ressources

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Le phénomène de migrations vers les montagnes et le littoral pacifique des Philippines est accentué par les conditions agraires qui prévalent dans le pays. 36% des philippins dépendent du produit de l'agriculture et de la pêche pour leur sécurité alimentaire et leurs revenus quotidiens. 41% d'entre eux vivent en dessous du seuil de pauvreté. 36% des paysans ne sont pas propriétaires des terres qu'ils cultivent et doivent reverser jusqu'à 75% de leurs récoltes à de puissants propriétaires terriens. La plupart des "heureux" petits propriétaires possèdent des terres si réduites qu'elles ne suffisent pas à nourrir leur famille.

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Sous la pression démographique, la part des fermes de moins d’un hectare a triplé entre 1971 et 1991, passant de 11,5% à 36% des exploitations (National

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Statistics Office, 1995). Cette situation pousse de nombreux paysans à prendre la route des montagnes pour cultiver leur propre lopin de terre ou une parcelle plus grande, afin d'assurer la sécurité alimentaire de leur foyer. La pénétration des migrants est facilitée par l'absence de contrôle du gouvernement, pourtant légalement propriétaire des terres dont la pente dépasse 18% (Guiang, 2001).

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L'occupation des terrains de montagne est bien souvent illégale.

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Les paysans des plaines sont rejoints dans leur mouvement migratoire par des habitants de régions côtières dont le régime alimentaire et les revenus dépendent de la pêche traditionnelle. Ceux-ci sont boutés hors des littoraux du centre de l'archipel par la déplétion progressive des ressources naturelles (Seki,

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2004 ; World Bank, 2004). La pression démographique et les besoins croissants en nourriture contraignent les communautés de pêcheurs à l'usage de la dynamite et du cyanure pour augmenter le produit de la pêche. Ces techniques sont destructrices pour l'environnement, notamment pour les récifs coralliens.

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De la même manière, pressées par un besoin en bois combustible et en espace pour s'installer, les communautés côtières gagnent du terrain sur la mangrove.

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La destruction des récifs coralliens et de la mangrove a un impact dramatique sur la reproduction des poissons et le produit de la pêche. Les répercussions sont immédiates pour les populations littorales qui, leur sécurité alimentaire étant menacée, sont poussées à migrer vers des espaces plus productifs telle la côte pacifique de la province de Quezon, traditionnellement peu peuplée.

Tableau 2  - Statut des terres agricoles à General Nakar, Infanta et Real en 1991 Tableau 2
données du National Statistics Office, 1996.
Tableau 3  - Proportion des petites propriétés agricoles de moins d’un hectare à General Nakar, Infanta et Real en 1991 Tableau 3
données du National Statistics Office, 1996.
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Les secteurs dévastés par les glissements de terrain et les inondations de fin 2004 autour de General Nakar, Infanta et Real comptent parmi les destinations favorites des petits paysans sans terre et des pêcheurs sans poisson (de Koninck, 1994). Le recensement agricole de 1991 montre que 75% des agriculteurs de Real et 65% de ceux d’Infanta ne possèdent pas légalement la terre qu'ils cultivent. À General Nakar, ce chiffre atteint 44% (Tableau 2). La taille des propriétés importe également. Durant les trois dernières décennies, la proportion des petites propriétés de moins d'un hectare est passée respectivement de 34% et 10% en 1971 à Infanta et General Nakar à 64% et 32% en 1991 (Tableau 3). Dans ces deux villes, la croissance rapide de la population a conduit à un morcellement des terres agricoles qui est amené à persister au regard de la pression démographique actuelle. À Real, les immigrants ont été en mesure d'ouvrir de plus grandes parcelles agricoles dans les montagnes où seulement 13% des propriétés ne dépassent pas un hectare (National Statistics Office, 1996). Cependant, la plupart des paysans de Real sont des occupants illégaux de terres gouvernementales alors qu'à Infanta et General Nakar on trouve un nombre important de métayers.

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L'Indice de développement humain (IDH) des provinces d'origine des migrants vers Quezon reflète les conditions socio-économiques qui poussent paysans et pêcheurs à prendre la route des montagnes et du littoral oriental des Philippines (Tableau 4). Les six provinces principales pourvoyeuses de migrants comptent toutes parmi les secteurs les plus pauvres de l'archipel avec des IDH qui ne dépassent pas 0,570 alors que l'IDH des Philippines atteignait 0,758 en 2003.

Tableau 4  - Indice de développement humain (IDH) des principales provinces pourvoyeuses de migrants vers la province de Quezon Tableau 4
Données du National Statistics Office et du National Statistical Coordination Board.

3.3 Déforestation, pouvoir des élites et corruption

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L'ouverture des fronts pionniers succède aux exploitations forestières et à la construction concurrente de routes (Kummer, 1992 ; Guiang, 2001 ; Umehara et Bautista, 2004). Aujourd'hui, la couverture forestière des Philippines ne dépasse pas 19,4% de la superficie du pays contre 59% en 1948 (FAO, 2005). La vitesse de décroissance de la forêt a été estimée entre 300 000 hectares par an dans les années 1970 et 100 000 hectares par an durant la décennie 1990 (Kummer, 1992 ; Guiang, 2001). La pénétration des migrants dans les montagnes surplombant les municipalités de General Nakar, Infanta et Real a été facilitée par la déforestation des dernières décennies.

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L'ampleur de la déforestation est largement imputable à l'exploitation illégale de la forêt, elle-même rendue possible par la non-application des lois et la corruption rampante au sein des gouvernements successifs durant les dernières décennies. En 1983, un premier mémorandum présidentiel impose une interdiction totale d'exploitation de la forêt philippine qui inclut l'ensemble de la province de Quezon. Le 13 juin 1989, le ministère de l'Environnement et des Ressources naturelles réaffirme l'interdiction de couper du bois sur la municipalité de General Nakar. Le 13 avril 1992, Real reçoit la même assurance du ministère (Forest Management Bureau, 1999). En juin 2002, le ministre de l'Environnement et des Ressources naturelles affirme publiquement son intention de lutter contre l'exploitation illégale de la forêt dans le bassin de la rivière Agos à Real et Infanta (Department of Environment and Natural Resources, 2002). Malgré tout, des coupes de bois persistent de manière illégale jusqu'en novembre 2004.

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Aujourd'hui, l'exploitation illégale des ressources forestières persiste car la demande en bois s'accroît ainsi que les revenus générés. Le commerce illégal du bois bénéficie à de nombreuses franges de la société : les exploitants forestiers (légaux ou illégaux) et leurs alliés (élite, politiciens, militaires, bureaucrates gouvernementaux), l'industrie du bois, le Trésor public (encaissant les rentrées de devises générées par les exportations), des intérêts privés (spéculant sur les terres défrichées et commercialisant du charbon de bois), les paysans des montagnes et les populations autochtones (complétant leurs revenus contre une participation aux exploitations forestières) (Kummer, 1992 ; Guiang, 2001). Le contournement des lois est d'autant plus facile que les relations entre l'élite, la classe politique et les exploitants illégaux sont fortes. L'élite bourgeoise du pays fournit la majorité de la classe politique, qui elle-même contrôle la plupart des concessions forestières. En retour, les exploitants contribuent financièrement aux campagnes électorales des politiciens.

4. LA CONSTRUCTION POLITIQUE D'UNE CATASTROPHE

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Les causes profondes de la catastrophe qui a touché l'est de Luçon à la fin de l'année 2004 ne sont pas naturelles et ne se limitent pas aux seuls épiphénomènes climatiques et à la déforestation. Les dynamiques démographiques, l'accès à la terre et aux ressources, la corruption et le pouvoir de l'élite sont des enjeux sociaux multi-décennaux aux Philippines. Ces trois causes structurelles de la catastrophe sont intrinsèquement liées les unes aux autres (Figure 5). Il est difficile de dissocier les conditions agraires contemporaines du contexte politique. La croissance démographique accentue les difficultés d'accès à la terre et accroît, entre les classes sociales, les écarts induits par le système politique. Ces trois facteurs structurels génèrent des dynamiques interdépendantes et des situations d'insécurité. Les migrations des paysans sans terre vers les montagnes sont accentuées par la pression démographique et facilitées par l'expansion des exploitations forestières, alors que la pénétration des agriculteurs sur les terres déboisées prévient toute reforestation. La croissance démographique joue sur la demande en bois et intensifie la déforestation. Cette interaction systémique de facteurs débouche sur la vulnérabilité exacerbée de la société philippine face aux aléas naturels telle qu'illustrée par le cas de General Nakar, Infanta et Real.

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La croissance mal maîtrisée de la population, le pouvoir hégémonique de l'élite, la corruption et le difficile accès à la terre sont rarement associés aux causes des catastrophes. Les catastrophes sont toujours appelées "naturelles" et de nombreux auteurs continuent de mettre en cause, de manière directe ou indirecte, la Nature pour expliquer la récurrence des désastres (Luna, 1996 ; Cruz, 2005 ; Vicente et Villarin, 2005). La localisation des Philippines sur la ceinture de feu du Pacifique et sur la trajectoire des cyclones qui balaient le Pacifique ouest facilite cette démonstration. Le discours contemporain autour du changement climatique accentue encore cette tendance et contribue à renvoyer l'attention sur les aléas naturels aux dépens des causes profondes des catastrophes. Des études ont pourtant montré qu'aux Philippines, l'impact du changement climatique peut être bien moins important que les facteurs anthropiques dans l'occurrence des catastrophes (Jose et al., 1996 ; Pajuelas, 2000 ; Rodolfo et Siringan, 2006).

Figure 5  - Interactions entre les facteurs à l'origine de la catastrophe de fin 2004 Figure 5
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Aux Philippines, le discours dominant qui attribue l'origine des catastrophes à la Nature est plus que la persistance ou la résurgence d'un ancien paradigme scientifique. Mettre l'accent sur la dimension "naturelle" des désastres sert ici d'alibi qui permet à de nombreux acteurs d'échapper à leur responsabilité. Suite à la catastrophe de fin 2004, les communiqués de presse du gouvernement soulignaient une "tragédie causée par la série la plus mortelle de cyclones et dépressions tropicales à toucher le pays" (Office of the Press Secretary, 2004a). Au côté des fortes précipitations, les exploitants illégaux de la forêt ont été d'autres parfaits boucs émissaires de la mort de centaines de personnes. Dans les jours qui ont suivi la catastrophe, les médias et la classe politique se sont joints pour incriminer les exploitants forestiers. En guise d'illustration, le ministère de l'Environnement et des Ressources naturelles mentionnait "la conspiration diabolique de l'exploitation forestière" (Defensor, 2005). La responsabilité des exploitants forestiers illégaux est bien sûr énorme dans cette catastrophe, mais elle ne peut être détachée de la corruption rampante qui gangrène le gouvernement. Les accusations contre les exploitants forestiers étaient fréquemment teintées d'arrière-pensées politiques. Les représentants du gouvernement ont rapidement associé les exploitations forestières illégales à la guérilla maoïste de la New People's Army (NPA). La présidente Gloria Macapagal-Arroyo mentionnait elle-même que "nous (le gouvernement) pourchasserons ces exploitants forestiers illégaux. Vous savez que nombre d'entre eux sont des membres de la NPA" (Office of the Press Secretary, 2004b). Les représentants de l'opposition blâmaient le gouvernement pour ne pas lutter contre l'exploitation illégale de la forêt et considéraient que "les actions de cette administration ont directement contribué à la tragédie que nous avons connue, et qu'elles se traduiront par des tragédies similaires dans le futur" (Madrigal, 2004,933). L'opposition a demandé la peine de mort pour les exploitants illégaux de la forêt (Esteves, 2004).

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Rechercher des boucs émissaires en cas de catastrophe est chose commune et soulage les accusateurs de leurs propres sentiments, conscients ou inconscients, de culpabilité. Les boucs émissaires sont désignés en fonction d'hostilités latentes ou de la violation des valeurs morales de la société (Drabek et Quarantelli, 1967). Dans le cas de la catastrophe de fin 2004, le gouvernement a profité de l'événement pour renforcer ses accusations envers la NPA à un moment où le conflit avec la guérilla séparatiste musulmane s'apaisait. La mort de centaines d'innocents constituait alors un argument puissant. Simultanément, les leaders de l'opposition trouvaient dans la catastrophe une nouvelle raison de remettre en cause la légitimité de la présidente élue en mai 2004 dans des conditions controversées. Les deux camps ont été relayés par des médias complices. À l'instar du cas de la catastrophe de fin 2004 aux Philippines, Drabek et Quarantelli (1967) ajoutent que la recherche de boucs émissaires ne résout que rarement les problèmes car elle se concentre sur les symptômes et non sur les causes des désastres.

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La catastrophe a donc été construite politiquement par le gouvernement, l'opposition et les médias autour du rôle supposé de la Nature et des exploitations forestières illégales.

CONCLUSION

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La catastrophe de fin 2004 aux Philippines peut difficilement être appelée "naturelle" pour la seule raison qu'elle a été déclenchée par des pluies associées à des cyclones et à des glissements de terrain. Elle ne peut pas davantage être attribuée aux seuls exploitants forestiers illégaux. Cette catastrophe est plutôt enracinée dans des contraintes d'ordre démographique, socio-économique et politique incluant les dynamiques démographiques, le difficile accès à la terre et aux ressources et la corruption rampante qui affecte le gouvernement philippin. Les causes de la catastrophe mises en évidence dans cette étude tiennent à des contraintes structurelles quotidiennes et non à la dimension "extraordinaire" des cyclones et des dépressions tropicales. Dans cette logique, la catastrophe de fin 2004 ne constitue que le prolongement d'une situation d’urgence pour les victimes qui luttent tous les jours pour assurer leur sécurité alimentaire. Or, de manière paradoxale, la vision dominante en matière de gestion des risques et des catastrophes liés à des phénomènes naturels, aux Philippines comme ailleurs dans le monde, met volontiers l'accent sur le caractère "exceptionnel" de l'aléa plutôt que sur le "quotidien" de la vulnérabilité (Wisner, 1993). Suivre cette logique conduit à dissocier les risques et les catastrophes du "quotidien" et à mésestimer les contraintes structurelles sous-jacentes. Parler de politique de gestion des risques et des catastrophes, c'est se limiter à traiter les symptômes tout en refoulant la racine du mal. Dès 1983, Hewitt (1983) évoquait "l’archipel des désastres" et plaidait pour une remise en cause totale de l'approche contemporaine des catastrophes. Bien que relayé depuis (Wisner, 2001), cet appel a été peu entendu. Pourtant la réduction efficace du risque passe par une action en amont de la seule prévention des phénomènes naturels "extrêmes" et "rares" à travers la réduction de la pauvreté, l’accès égalitaire aux ressources et une protection sociale et sociétale adaptée. Ces considérations renvoient aux politiques de développement et d'aménagement du territoire au sens large et non à des politiques de gestion des risques déconnectées de leur contexte socio-économique.


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Notes

[1]

Les auteurs tiennent à remercier John A. Larkin (State University of New York at Buffalo), David Chester (The University of Liverpool) et Ilan Kelman (US National Center for Atmospheric Research) pour leurs précieux conseils dans la préparation de cet article.

[2]

UMR 5194 Pacte CNRS, Institut de Géographie Alpine, Université Joseph Fourier-Grenoble I, France. Jean-Christophe. GGaillard@ ujf-grenoble. fr

[3]

Department of Geography, College of Social Sciences and Philosophy, University of the Philippines Diliman, Philippines. ccatherine. liamzon@ gmail. com

[4]

Department of Geography, College of Social Sciences and Philosophy, University of the Philippines Diliman, Philippines. eemmanuel. a. maceda@ accenture. com

Résumé

Français

Fin 2004, quatre cyclones et dépressions tropicales ont balayé la côte orientale de l'île principale de Luçon, au nord de l'archipel philippin, conduisant à la mort de plus de 1600 personnes. Les causes de cette catastrophe dépassent le seul facteur climatique et l'absence de couverture forestière immédiatement évoqués par la classe politique et les médias. Elles tiennent, au contraire, à la croissance démographique mal maîtrisée, au difficile accès à la terre et à la corruption au sein du gouvernement qui accompagne le contrôle des ressources par une élite resserrée qui favorise l'exploitation forestière illégale.

Mots-clés

  • Philippines
  • catastrophe
  • vulnérabilité
  • croissance démographique mal maîtrisée
  • accès à la terre
  • corruption

English

Looking back into the causes of a disaster: Why more than 1,600 people died in the Philippines in late 2004 ? In late 2004, four successive typhoons and tropical depressions battered the Eastern coast of the Northern island of Luzon in the Philippine archipelago causing the death of more than 1,600 people. The causes of this disaster go beyond the sole climatic events and the lack of forest cover which were immediatly pointed out by politicians and the media. They are rather rooted in the unmanaged population growth, the harsh access to land and the corruption within the government along with the power of the elite which facilitate illegal logging.

Keywords

  • Philippines
  • disaster
  • vulnerability
  • unmanaged population growth
  • access to land
  • corruption

Plan de l'article

  1. 1. RETOUR SUR UNE CATASTROPHE
  2. 2. LES DÉCLENCHEURS DE LA CATASTROPHE : FORTES PLUIES ET DÉFORESTATION
  3. 3. AU-DELÀ DES PHÉNOMÈNES DÉCLENCHEURS, LES CAUSES PROFONDES DE LA CATASTROPHE
    1. 3.1 Les dynamiques démographiques
    2. 3.2 Le difficile accès à la terre et aux ressources
    3. 3.3 Déforestation, pouvoir des élites et corruption
  4. 4. LA CONSTRUCTION POLITIQUE D'UNE CATASTROPHE
  5. CONCLUSION

Pour citer cet article

Gaillard Jean-Christophe, Liamzon Catherine C., Maceda Emmanuel A., « Retour sur les causes d'une catastrophe : pourquoi plus de 1 600 morts aux Philippines fin 2004 ?  », Mondes en développement 1/2007 (n° 137) , p. 35-50
URL : www.cairn.info/revue-mondes-en-developpement-2007-1-page-35.htm.
DOI : 10.3917/med.137.0035.


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