Mondes en développement
De Boeck Université

I.S.B.N.9782804154363
144 pages

p. 129 à 130
doi: en cours

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n° 138 2007/2

 
Géraldine FROGER (éd.) La mondialisation contre le développement durable ? Presses Inter-Universitaires Européennes, Bruxelles, 2006,316 pages.
 
 
Cet ouvrage collectif reprend, pour l’essentiel, les travaux d’un colloque organisé par le Centre d’économie et d’éthique pour l’environnement et le développement à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines en juin 2004. Le colloque qui avait pour thème "la mondialisation contre le développement durable" visait à faire le point sur les relations entre le processus de mondialisation et les politiques pratiques en matière de développement durable, en considérant surtout les pays en développement.
La mondialisation n’est pas un phénomène récent, mais elle a explosé il y a quelques années. On peut en dire autant du développement durable. Il était intéressant d’analyser les relations entre ces deux concepts. L’ouvrage le fait en une douzaine de contributions qui sont regroupées en trois parties. La première s’interroge sur les relations entre la mondialisation et le développement durable : sont-ils complémentaires ou contradictoires ? La deuxième partie analyse les gouvernances du développement durable pratiquées par les pays en développement pour faire face à la mondialisation. La troisième partie reprend ce même thème, mais en considérant cette fois le cas de Madagascar. Pourquoi ce pays ? Parce que depuis 1990 – cela fait donc plus de quinze ans – il s’est engagé en matière d’environnement, au gré de trois plans successifs, dans une politique novatrice qui n’a pas d’équivalent en Afrique.
Les auteurs dressent un tableau des complémentarités et des contradictions entre les deux concepts examinés. Certaines contributions sont assez générales, telles celles de Ph. Hugon sur le renouveau de l’économie du développement face à la mondialisation ou celle de H. Gérardin et J. Poirot sur les conséquences de l’intégration régionale. D’autres contributions concernent des aspects plus concrets où la mondialisation et le développement durable peuvent ne pas se concilier. C’est le cas de la gouvernance dans les pays en développement, c’est le cas de la gestion de l’eau ou de l’environnement. D’autres contributions concernent plus spécialement certains pays, l’Amérique latine, l’Afrique de l’Ouest… et bien sûr Madagascar où ces relations sont analysées dans deux domaines bien particuliers : la forêt et le tourisme. Pour être à peu près complet, il nous faut évoquer quelques autres contributions, sur le capital social, sur le rôle des femmes, sur la participation des peuples indigènes…
Malgré les apparences, cet ouvrage ne manque pas d’homogénéité. Il aborde des questions devenues essentielles. En partant de concepts qu’il n’est pas toujours facile de bien définir, il suscite des discussions qui peuvent nous aider à mieux comprendre certaines des conséquences de la mondialisation.
Michel LELART CNRS, Laboratoire d’Economie d’Orléans
 
Marcel MAZOYER et Laurence ROUDART (ed.) La fracture agricole et alimentaire mondiale. Nourrir l’humanité aujourd’hui et demain, Paris, Universalis, 2005,194 pages
 
 
S’il existe un phénomène corrélatif à la pauvreté paysanne et même urbaine dans le monde, c’est sans nul doute la fracture agricole et alimentaire. Dans une économie où la concurrence est la règle, et les agriculteurs inégalement équipés et productifs, le déséquilibre agricole et alimentaire mondial se maintient et se creuse, fragilisant l’atteinte des objectifs du millénaire. C’est de cette constatation, qu’autour de Marcel Mazoyer et Laurence Roudart se sont réunis S. Devreux, E . J. Clay et M. Griffon afin d’explorer des voies autres que celles du volontarisme international, à partir d’une mise au point de la situation agricole et alimentaire dans le monde et de la fracture qui la caractérise.
L’ouvrage commence par une mise en perspective des progrès accomplis sur le plan de la politique internationale pour subvenir aux besoins de l’humanité, tout en soulignant la reconnaissance de fait de l’incapacité des politiques antérieures à répondre aux besoins fondamentaux de l’humanité. Partant d’un état des lieux sur la malnutrition et la faim dans le monde, les auteurs montrent la situation paradoxale d’un secteur agricole qui fournit quasiment toute la nourriture de l’humanité, mais dont les acteurs, et en particulier les paysans, ne disposent que des revenus très inférieurs à ceux des citadins. De cette ambivalence pauvreté /producteur, les auteurs nous invitent à découvrir les causes profondes de la pauvreté paysanne de masse qui se trouve au cœur de la pauvreté dans le monde et de la faim qui en est l’ultime manifestation.
À partir d’une reconstitution historique des agricultures du monde, les auteurs démontrent, contrairement à la thèse malthusienne, la complexité et l’ambivalence de la relation entre production agricole et population. C’est du triomphe de la révolution agricole contemporaine dans les pays industrialisés et de la révolution verte qui a touché les deux tiers environ de la paysannerie mondiale que résultent les gains considérables de la production agricole. Ces accroissements ne peuvent malgré tout occulter l’ampleur du nombre d’actifs agricoles qui n’ont jamais eu accès à des moyens de production efficaces.
L’extension de l’analyse aux politiques publiques américaines, européennes et aux négociations internationales révèle les oppositions d’intérêts entre pays. De ces tensions apparaît une sorte de paradoxe de la productivité agricole, qui a conduit au déclin des prix et à l’appauvrissement de pans entiers de paysans peu équipés et productifs. Une telle évolution remet grandement en cause l’atteinte de nombreux objectifs du millénaire. Ainsi, l’inefficacité de l’aide alimentaire qui dépend des conditions des donateurs, et l’insuffisant développement d’agricultures utilisant intensément les fonctionnalités écologiques des écosystèmes, nécessitent une régulation internationale qui protègerait les agriculteurs pauvres et leur garantirait le droit à se nourrir eux-mêmes.
Jean BAKOUMA Consultant FAO
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