2007
Monde en développement
Note de lecture
Géraldine FROGER (éd.)
La mondialisation contre le développement durable ?
Presses Inter-Universitaires Européennes, Bruxelles, 2006,316 pages.
Cet ouvrage collectif reprend, pour l’essentiel, les travaux d’un colloque
organisé par le Centre d’économie et d’éthique pour l’environnement et le
développement à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines en juin
2004. Le colloque qui avait pour thème "la mondialisation contre le
développement durable" visait à faire le point sur les relations entre le
processus de mondialisation et les politiques pratiques en matière de
développement durable, en considérant surtout les pays en développement.
La mondialisation n’est pas un phénomène récent, mais elle a explosé il y a
quelques années. On peut en dire autant du développement durable. Il était
intéressant d’analyser les relations entre ces deux concepts. L’ouvrage le fait en
une douzaine de contributions qui sont regroupées en trois parties. La première
s’interroge sur les relations entre la mondialisation et le développement
durable : sont-ils complémentaires ou contradictoires ? La deuxième partie
analyse les gouvernances du développement durable pratiquées par les pays en
développement pour faire face à la mondialisation. La troisième partie reprend
ce même thème, mais en considérant cette fois le cas de Madagascar. Pourquoi
ce pays ? Parce que depuis 1990 – cela fait donc plus de quinze ans – il s’est
engagé en matière d’environnement, au gré de trois plans successifs, dans une
politique novatrice qui n’a pas d’équivalent en Afrique.
Les auteurs dressent un tableau des complémentarités et des contradictions
entre les deux concepts examinés. Certaines contributions sont assez générales,
telles celles de Ph. Hugon sur le renouveau de l’économie du développement
face à la mondialisation ou celle de H. Gérardin et J. Poirot sur les
conséquences de l’intégration régionale. D’autres contributions concernent des
aspects plus concrets où la mondialisation et le développement durable
peuvent ne pas se concilier. C’est le cas de la gouvernance dans les pays en
développement, c’est le cas de la gestion de l’eau ou de l’environnement.
D’autres contributions concernent plus spécialement certains pays, l’Amérique
latine, l’Afrique de l’Ouest… et bien sûr Madagascar où ces relations sont
analysées dans deux domaines bien particuliers : la forêt et le tourisme. Pour
être à peu près complet, il nous faut évoquer quelques autres contributions, sur
le capital social, sur le rôle des femmes, sur la participation des peuples
indigènes…
Malgré les apparences, cet ouvrage ne manque pas d’homogénéité. Il aborde
des questions devenues essentielles. En partant de concepts qu’il n’est pas
toujours facile de bien définir, il suscite des discussions qui peuvent nous aider
à mieux comprendre certaines des conséquences de la mondialisation.
Michel LELART
CNRS, Laboratoire d’Economie d’Orléans
Marcel MAZOYER et Laurence ROUDART (ed.)
La fracture agricole et alimentaire mondiale. Nourrir l’humanité aujourd’hui et
demain, Paris, Universalis, 2005,194 pages
S’il existe un phénomène corrélatif à la pauvreté paysanne et même urbaine
dans le monde, c’est sans nul doute la fracture agricole et alimentaire. Dans une
économie où la concurrence est la règle, et les agriculteurs inégalement équipés
et productifs, le déséquilibre agricole et alimentaire mondial se maintient et se
creuse, fragilisant l’atteinte des objectifs du millénaire. C’est de cette
constatation, qu’autour de Marcel Mazoyer et Laurence Roudart se sont réunis
S. Devreux, E . J. Clay et M. Griffon afin d’explorer des voies autres que celles
du volontarisme international, à partir d’une mise au point de la situation
agricole et alimentaire dans le monde et de la fracture qui la caractérise.
L’ouvrage commence par une mise en perspective des progrès accomplis sur le
plan de la politique internationale pour subvenir aux besoins de l’humanité, tout
en soulignant la reconnaissance de fait de l’incapacité des politiques antérieures
à répondre aux besoins fondamentaux de l’humanité. Partant d’un état des lieux
sur la malnutrition et la faim dans le monde, les auteurs montrent la situation
paradoxale d’un secteur agricole qui fournit quasiment toute la nourriture de
l’humanité, mais dont les acteurs, et en particulier les paysans, ne disposent que
des revenus très inférieurs à ceux des citadins. De cette ambivalence pauvreté
/producteur, les auteurs nous invitent à découvrir les causes profondes de la
pauvreté paysanne de masse qui se trouve au cœur de la pauvreté dans le
monde et de la faim qui en est l’ultime manifestation.
À partir d’une reconstitution historique des agricultures du monde, les auteurs
démontrent, contrairement à la thèse malthusienne, la complexité et
l’ambivalence de la relation entre production agricole et population. C’est du
triomphe de la révolution agricole contemporaine dans les pays industrialisés et
de la révolution verte qui a touché les deux tiers environ de la paysannerie
mondiale que résultent les gains considérables de la production agricole. Ces
accroissements ne peuvent malgré tout occulter l’ampleur du nombre d’actifs
agricoles qui n’ont jamais eu accès à des moyens de production efficaces.
L’extension de l’analyse aux politiques publiques américaines, européennes et
aux négociations internationales révèle les oppositions d’intérêts entre pays. De
ces tensions apparaît une sorte de paradoxe de la productivité agricole, qui a
conduit au déclin des prix et à l’appauvrissement de pans entiers de paysans peu
équipés et productifs. Une telle évolution remet grandement en cause l’atteinte
de nombreux objectifs du millénaire. Ainsi, l’inefficacité de l’aide alimentaire
qui dépend des conditions des donateurs, et l’insuffisant développement
d’agricultures utilisant intensément les fonctionnalités écologiques des
écosystèmes, nécessitent une régulation internationale qui protègerait les
agriculteurs pauvres et leur garantirait le droit à se nourrir eux-mêmes.
Jean BAKOUMA
Consultant FAO