Mondes en développement
De Boeck Université

I.S.B.N.9782804154387
148 pages

p. 7 à 8
doi: en cours

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n° 140 2007/4

2007 Monde en développement

Introduction

Bruno Boidin  [1] Benoît Lallau  [2]
Ces dernières années, la thématique de la vulnérabilité a rencontré un intérêt croissant, en particulier dans le cadre des analyses de – et des stratégies de lutte contre – la pauvreté. À l’origine de cet intérêt, il y a sans doute la capacité de la notion de vulnérabilité à aborder de façon originale la question de la pauvreté : sous l’angle des stratégies de survie dans un contexte de risques élevés, d’une part ; dans une perspective multidimensionnelle, d’autre part.
Ce dossier thématique de Mondes en Développement s’inscrit dans cette dynamique de renouvellement de l’analyse de la pauvreté, et a une double ambition : tout d’abord, cerner les enjeux conceptuels et méthodologiques de la notion de vulnérabilité, et de son articulation avec celle de pauvreté ; ensuite approfondir la portée empirique (quelle contribution à l’analyse de la pauvreté ?) et normative (quelles politiques pour réduire la vulnérabilité et/ou prendre en compte les stratégies adoptées face à celle-ci ?) de ce programme de recherche. Les différentes contributions reflètent cette double ambition.
Le premier article, de Nicolas Sirven, propose un état des lieux des évolutions conceptuelles et méthodologiques qu’a récemment connu l’analyse de la pauvreté, jusqu’à aboutir à la notion de vulnérabilité. Il propose de se centrer sur la notion de vulnérabilité à la pauvreté, à même selon l’auteur d’orienter le débat vers les préoccupations de politique économique. C’est aussi ce souci d’opérationnalisation qui conduit Sophie Rousseau à intégrer la vulnérabilité au cadre conceptuel des capabilités. Son étude empirique menée à Madagascar, suite au choc du cyclone Éline, la conduit à identifier des variables de résilience et des variables de vulnérabilité permettant d’orienter les décisions de politique publique.
Viennent ensuite trois articles qui s’attachent à un aspect fondamental de la vulnérabilité dans le Monde en développement, la vulnérabilité alimentaire. Toujours à Madagascar, Isabelle Droy et Jean-Etienne Bidou s’appuient sur des données d’observatoire recueillies durant sept années dans l’Androy, afin d’analyser les liens entre cette vulnérabilité alimentaire, la pauvreté et les inégalités. L’approche multidimensionnelle qu’ils proposent, en dépassant les limites d’une analyse par le seul revenu, permet une compréhension fine des stratégies adoptées face à la pauvreté et aux risques alimentaires liés.
Dénis Ouedraogo, Moussa Kaboré et Blaise Kienou se concentrent sur la participation aux marchés alimentaires et sur les mécanismes sociaux, comme éléments d’évolution de la vulnérabilité alimentaire des ménages burkinabés. Ils montrent, eux aussi, que l’analyse monétaire tend à sous-estimer l’incidence de la pauvreté, dans la mesure où elle ne prend pas suffisamment en compte le capital social et le fonctionnement des institutions.
Un autre facteur de réduction de la vulnérabilité alimentaire, à savoir l’innovation technique agricole, est enfin abordé par Norman Uphoff. Il étudie en quoi le système de riziculture intensive, inspiré des principes de l’agroécologie, peut réduire la vulnérabilité des paysans pauvres (meilleurs rendements, moins d’intrants extérieurs, meilleure préservation des écosystèmes cultivés). Sous réserve toutefois, nuance l’auteur en conclusion, que ces mêmes paysans disposent de la capacité à prendre le risque de l’innovation, une capacité que peut justement réduire leur vulnérabilité.
Dans le dernier texte de ce dossier, Tom De Herdt et Ben d’Exelle proposent une réflexion sur la dimension éthique de la vulnérabilité, fondée sur la question des rapports de domination entre individus. L’enseignement principal de cette réflexion est que la prise en compte des perceptions locales de l’équité et de la "vulnérabilité vis-à-vis des autres" détermine l’efficacité de toute intervention de développement.
 
NOTES
 
[1]CLERSE-CNRS, Université des Sciences et Technologies de Lille, bbruno. boidin@ univlille1
[2]Institut Supérieur d’Agriculture, Université catholique de Lille, bb. lallau@ isa-lille. fr
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