2007
Monde en développement
Introduction
Bruno Boidin
[1]
Benoît Lallau
[2]
Ces dernières années, la thématique de la vulnérabilité a rencontré un
intérêt croissant, en particulier dans le cadre des analyses de – et des
stratégies de lutte contre – la pauvreté. À l’origine de cet intérêt, il y a sans
doute la capacité de la notion de vulnérabilité à aborder de façon originale la
question de la pauvreté : sous l’angle des stratégies de survie dans un contexte
de risques élevés, d’une part ; dans une perspective multidimensionnelle, d’autre
part.
Ce dossier thématique de Mondes en Développement s’inscrit dans cette dynamique
de renouvellement de l’analyse de la pauvreté, et a une double ambition : tout
d’abord, cerner les enjeux conceptuels et méthodologiques de la notion de
vulnérabilité, et de son articulation avec celle de pauvreté ; ensuite approfondir
la portée empirique (quelle contribution à l’analyse de la pauvreté ?) et
normative (quelles politiques pour réduire la vulnérabilité et/ou prendre en
compte les stratégies adoptées face à celle-ci ?) de ce programme de recherche.
Les différentes contributions reflètent cette double ambition.
Le premier article, de Nicolas Sirven, propose un état des lieux des évolutions
conceptuelles et méthodologiques qu’a récemment connu l’analyse de la
pauvreté, jusqu’à aboutir à la notion de vulnérabilité. Il propose de se centrer
sur la notion de vulnérabilité à la pauvreté, à même selon l’auteur d’orienter le
débat vers les préoccupations de politique économique. C’est aussi ce souci
d’opérationnalisation qui conduit Sophie Rousseau à intégrer la vulnérabilité
au cadre conceptuel des capabilités. Son étude empirique menée à Madagascar,
suite au choc du cyclone Éline, la conduit à identifier des variables de résilience
et des variables de vulnérabilité permettant d’orienter les décisions de politique
publique.
Viennent ensuite trois articles qui s’attachent à un aspect fondamental de la
vulnérabilité dans le Monde en développement, la vulnérabilité alimentaire.
Toujours à Madagascar, Isabelle Droy et Jean-Etienne Bidou s’appuient sur
des données d’observatoire recueillies durant sept années dans l’Androy, afin
d’analyser les liens entre cette vulnérabilité alimentaire, la pauvreté et les
inégalités. L’approche multidimensionnelle qu’ils proposent, en dépassant les
limites d’une analyse par le seul revenu, permet une compréhension fine des
stratégies adoptées face à la pauvreté et aux risques alimentaires liés.
Dénis Ouedraogo, Moussa Kaboré et Blaise Kienou se concentrent sur la
participation aux marchés alimentaires et sur les mécanismes sociaux, comme
éléments d’évolution de la vulnérabilité alimentaire des ménages burkinabés. Ils
montrent, eux aussi, que l’analyse monétaire tend à sous-estimer l’incidence de
la pauvreté, dans la mesure où elle ne prend pas suffisamment en compte le
capital social et le fonctionnement des institutions.
Un autre facteur de réduction de la vulnérabilité alimentaire, à savoir
l’innovation technique agricole, est enfin abordé par Norman Uphoff. Il étudie
en quoi le système de riziculture intensive, inspiré des principes de
l’agroécologie, peut réduire la vulnérabilité des paysans pauvres (meilleurs
rendements, moins d’intrants extérieurs, meilleure préservation des écosystèmes
cultivés). Sous réserve toutefois, nuance l’auteur en conclusion, que ces mêmes
paysans disposent de la capacité à prendre le risque de l’innovation, une
capacité que peut justement réduire leur vulnérabilité.
Dans le dernier texte de ce dossier, Tom De Herdt et Ben d’Exelle
proposent une réflexion sur la dimension éthique de la vulnérabilité, fondée sur
la question des rapports de domination entre individus. L’enseignement
principal de cette réflexion est que la prise en compte des perceptions locales de
l’équité et de la "vulnérabilité vis-à-vis des autres" détermine l’efficacité de toute
intervention de développement.
[1]
CLERSE-CNRS, Université des Sciences et Technologies de Lille, b
bruno. boidin@ univlille1
[2]
Institut Supérieur d’Agriculture, Université catholique de Lille, b
b. lallau@ isa-lille. fr