Accueil Revue Numéro Article

Mondes en développement

2008/2 (n° 142)



Article précédent Pages 39 - 52 Article suivant
1

Le monde s’urbanise. Il devient urbain. En 1950, un peu moins de 30 % des habitants de la planète vivaient dans des villes ; aujourd’hui c’est le cas d’un habitant sur deux et, selon les Nations Unies, les citadins représenteront plus de 70 % de la population mondiale en 2050. La "question urbaine" devient donc centrale pour toutes les sociétés, du nord comme du sud, et la relation entre population, urbanisation et développement prend une importance grandissante.

2

Il a longtemps semblé qu’urbanisation et développement allaient de pair, l’urbanisation étant à la fois une cause et une conséquence du progrès économique. Mais il pourrait en aller différemment aujourd’hui, comme le suggère par exemple l’expression parfois utilisée d’"inflation urbaine". L’accumulation de la population dans des cités toujours plus grandes serait devenue un phénomène largement autonome, voire "antiéconomique", particulièrement dans les pays en développement.

3

La ville et la campagne ont été longtemps opposées, sur la base d’une ouverture à la modernité pour la ville et d’un attachement à des traditions pour la campagne. Tony Champion et Graeme Hugo (2004) ont ainsi présenté des stéréotypes associés au type d’habitat : importance des secteurs économiques secondaire et tertiaire en milieu urbain et du secteur primaire en milieu rural ; revenu plus élevé en ville, meilleure éducation, plus large accès aux services sociaux et à l’information, fécondité et mortalité plus basses, moindre conservatisme politique, etc. Le type de développement des villes, en particulier avec le phénomène de périurbanisation, de même que le formidable essor des moyens de communication de masse ont cependant rendu l’opposition entre ville et campagne moins absolue, les modes de vie entre citadins et ruraux ayant une plus ou moins forte tendance à s’homogénéiser.

4

Cet article se propose d’examiner les points suivants : la distinction entre analyses privilégiant l’urbanisation et celles centrées sur la dynamique des villes (1), le lien entre transition urbaine et transition démographique (2), la situation des pays du sud confrontés à une urbanisation sans développement (3), le risque pour tous les pays du monde de "villes duales" (4), les dimensions locales et globales des effets de l’urbanisation sur l’environnement (5), la différence entre "ville écologique" et "ville durable" (6), la nécessité d’une transformation profonde des modes de vie urbains (7) et la question toujours lancinante de l’avenir des zones rurales (8).

1. DYNAMIQUE DES VILLES ET URBANISATION

5

Le phénomène urbain peut faire l’objet d’une double analyse : il peut être appréhendé à travers une histoire de villes particulières ayant marqué des pays et des époques. L’urbanisation peut aussi être considérée de manière abstraite, à partir essentiellement du critère de la proportion d’habitants d’un pays vivant dans une ville. Doit-on analyser l’urbanisation de la Chine en mettant essentiellement l’accent sur la croissance des grandes agglomérations urbaines comme Shanghai ou Beijing, ou alors en prenant en compte l’ensemble des villes dont certaines, si l’on considère les comportements de ses habitants, restent plus proches de la campagne que des très grandes villes ? En Inde, Delhi a connu une croissance de sa population d’un peu plus de 200 000 habitants en 1901 à près de 13 millions en 2001 : cette évolution ne reflète en rien l’urbanisation indienne ; elle est seulement le résultat d’un changement de statut de la ville, devenue capitale en 1911, à la place de Calcutta jugée trop subversive par les Britanniques. La croissance de Delhi peut cependant être rapprochée de celle des plus grandes agglomérations urbaines de l’Inde comme Bombay (Mumbaï), Calcutta (Kolkata) et Madras (Chennaï), qui ont connu une croissance démographique particulièrement forte au cours du XXe siècle.

6

Chaque ville a une histoire qui lui est propre et, dans le même temps, ses transformations s’inscrivent dans une évolution plus générale, caractérisant une région ou un pays. Los Angeles est une ville singulière, en particulier par l’ampleur de son étalement urbain et cette agglomération urbaine s’est ainsi développée sur un modèle bien différent de celui de San Francisco, dont le choix politique fut la centralité. La densité de la population est ainsi deux fois plus élevée à San Francisco qu’à Los Angeles, ce qui n’est pas sans conséquence sur les modes de vie des habitants et sur les modalités de transport (Ghorra-Gobin, 2001). Mais l’évolution de Los Angeles est aussi caractéristique de l’urbanisation nord-américaine, avec notamment une large place accordée à l’automobile. De la même façon, l’urbanisation du Brésil peut être appréhendée à travers l’histoire de diverses villes comme Rio de Janeiro, São Paulo, Belem, Campinas, etc. Elle peut également l’être à une échelle macroscopique, à travers, par exemple, la recherche d’une relation entre croissance urbaine et augmentation de la population totale ou entre urbanisation et croissance économique. Ces deux niveaux méritent d’être considérés en parallèle puisque "chaque ville a son histoire propre qui s’inscrit dans un système urbain, lequel, lui aussi, a son histoire spécifique" (Bairoch 1996,26). Une ville constitue bien elle-même un système, entretenant toutes sortes de relations, en particulier économiques, avec un environnement qui lui être propre. Cet environnement ne se réduit pas à l’hinterland mais il est constitué par l’ensemble des lieux avec lesquels la ville est en relation, ces lieux pouvant être d’autres grandes agglomérations urbaines comme dans le cas des villes globales. Une ville est simultanément un élément du système des villes que constituent l’ensemble des villes d’un pays.

7

D’un point de vue strictement démographique, l’urbanisation mérite une double attention : dans quelle mesure la croissance d’une population est-elle le moteur de l’urbanisation ? Dans quelle mesure la transition urbaine favorise-t-elle la transition démographique ?

2. TRANSITION URBAINE ET TRANSITION DÉMOGRAPHIQUE

8

Il a été souvent avancé, à propos des pays en développement, que la croissance urbaine est d’autant plus rapide que la croissance démographique elle-même l’est. On peut, en réalité, lier urbanisation et croissance démographique de trois manières différentes (Véron, 2006). On peut, en premier lieu, voir dans la croissance urbaine une conséquence inéluctable de la croissance démographique et expliquer la forte urbanisation des pays du sud par leurs rythmes de croissance démographique élevés. On peut, en deuxième lieu, voir dans une forte croissance urbaine une conséquence d’un faible niveau d’urbanisation, un rattrapage s’opérant alors. On peut, en troisième lieu, renverser le sens de la relation et chercher à expliquer la croissance démographique rapide par le niveau d’urbanisation, un pays dans lequel la part des citadins est réduite étant aussi un pays peu avancé dans la transition de sa fécondité. Une analyse menée sur des données des Nations Unies, par régions du monde, pour la période 2000-2005, fait apparaître un coefficient de détermination supérieur à 0,82 entre croissance urbaine et croissance démographique, ce qui accrédite largement l’hypothèse d’une intense urbanisation conséquence d’une croissance rapide de la population.

9

Cette forte corrélation pourrait aussi tenir à un potentiel de croissance urbaine élevé dans les pays en développement ; la croissance urbaine serait rapide dans ces pays en raison d’une sorte d’effet de rattrapage. Dans ce cas, le degré d’urbanisation d’un pays déterminerait le rythme de sa croissance urbaine. Mais la corrélation obtenue à partir des données des Nations Unies par région du monde, est moindre que dans le cas précédent, le coefficient de détermination étant alors de 0,61.

10

La relation entre croissance de la population totale et taux d’urbanisation pourrait être inverse : la croissance démographique serait d’autant plus rapide que le degré d’urbanisation d’un pays serait bas, la transition démographique étant moins avancée dans un pays peu urbanisé. Dans ce cas de la relation entre rythme de croissance de la population et taux d’urbanisation, le coefficient de détermination n’est que de 0,35 ; la corrélation est par conséquent faible. Tout se passe donc comme si une forte croissance urbaine était la conséquence d’une croissance rapide de la population. Ceci n’exclut pas pour autant l’existence d’une relation entre urbanisation et changements démographiques.

11

Transition urbaine et transition de la fécondité sont fortement liées, si l’on en croit certaines théories du changement démographique. Ainsi, Franck Notestein, un des pères de la théorie de la transition démographique, associait le "nouvel idéal de la famille réduite" au développement d’une "société urbaine industrielle". Miguel Villa (1996) a distingué les pays d’Amérique latine en fonction de leurs niveaux d’urbanisation pour voir quel lien pouvait être établi avec le degré d’avancement de la transition démographique. Les pays les plus urbanisés, comme l’Argentine, le Chili et l’Uruguay, dont les taux étaient supérieurs à 85 % à la fin de la décennie 1980, étaient les plus avancés dans la transition démographique. Les moins urbanisés comme le Guatemala, Haïti et le Honduras (taux inférieurs à 45 %) amorçaient alors seulement leur transition démographique. Les pays ayant des niveaux d’urbanisation intermédiaires présentaient quant à eux une certaine diversité, leur degré d’avancement dans la transition démographique ne correspondant pas à la hiérarchie des taux d’urbanisation. Mais le degré d’urbanisation n’est sans doute pas seul en cause, l’ancienneté de l’urbanisation importe aussi.

12

Le lien entre ces deux transitions transparaît aussi dans la comparaison entre indicateurs de fécondité et de mortalité selon le mode d’habitat des populations. Ainsi, en Inde, la fécondité urbaine est, d’après les trois enquêtes démographiques sur la famille et la santé conduites au cours des quinze dernières années, toujours moindre que la fécondité rurale. La différence de fécondité est de l’ordre d’un enfant par femme en 1990-1992 et de 0,9 en 2005-2006. Toutefois, comme la fécondité urbaine, la fécondité rurale diminue au cours de la période, et en 2005-2006 les ruraux n’ont une fécondité que de 0,3 enfant par femme supérieure à celle des citadins dans les années 1990-1992. La transition démographique apparaît donc seulement plus lente en milieu rural qu’en milieu urbain. Les villes forment cependant un ensemble hétérogène et la distinction entre milieu urbain et milieu rural gomme cette hétérogénéité. Au début des années 2000 la fécondité était, dans des capitales africaines, moindre que dans les autres villes. La transition démographique serait-elle d’autant plus précoce, ou rapide, que les villes sont grandes ? C’est vraisemblable, bien que les grandes agglomérations des pays en développement puissent à la fois regrouper des populations ayant des niveaux d’instruction et des revenus élevés et des populations en situation de grande pauvreté et de précarité, en partie analphabètes. Mais les données disponibles ne permettent pas de trancher. D’autre part, comme le fait remarquer Dominique Tabutin (2003), les théories du changement démographique n’explicitent guère la façon dont le fait de vivre en ville influence les comportements de nuptialité ou de fécondité ; le type d’habitat ne joue alors qu’un simple rôle de "variable de différenciation".

3. UNE URBANISATION SANS DÉVELOPPEMENT ?

13

Nathan Keyfitz (1996) estimait difficile d’imaginer qu’il puisse y avoir un véritable développement en l’absence de villes, et, pour Paul Bairoch (1985), progrès de civilisation et essor des villes allaient nécessairement de pair. Historiquement, la révolution agricole a permis l’urbanisation, en libérant une partie de la main-d’œuvre agricole par des progrès de productivité ; l’industrialisation a ensuite pris le relai, entretenant avec l’urbanisation une relation de dépendance mutuelle. Bairoch (1996,47-48) a précisé ce qu’il estimait être les raisons de ce cercle vertueux de l’urbanisation : "la ville favorise la monétarisation de l’économie, facilite la mobilité sociale et l’adéquation entre l’offre et la demande de main-d’œuvre qualifiée, élargit les débouchés de la production industrielle et agricole". Mais entre urbanisation et développement, le cercle reste-t-il aujourd’hui vertueux dans les pays du sud, alors que la croissance urbaine est intense ? Bairoch parlait, pour ces pays, d’une "urbanisation sans développement". La situation économique, sociale, environnementale dans les villes du sud peut être difficile pour une partie de la population urbaine, même si, en moyenne, les indicateurs de bien-être sont plus favorables en milieu urbain ; Robert B. Potter et Sally Lloyd-Evans (1998) ont pu parler des problèmes urbains "invisibles", rencontrés par les plus pauvres et concernant, par exemple, leur santé ou leur alimentation.

14

Si les citadins vivent généralement mieux que les ruraux dans les pays en développement, leurs conditions de vie peuvent ne pas être pour autant satisfaisantes. Selon des données de la Banque mondiale (2005), plus de 70% de la population indienne vit dans des logements "surpeuplés". Dans de nombreuses villes du sud, moins de la moitié des habitants ont accès à des installations sanitaires correctes. Les conditions de vie dans les villes sont en réalité extrêmement variables et dépendent, en particulier, du niveau de développement des pays. La forte croissance du nombre de personnes vivant dans des bidonvilles est bien un indice d’une urbanisation sans développement. Selon UN-Habitat, plus de 920 millions de personnes vivaient dans des bidonvilles en 2001, ce qui représente autour du tiers du nombre total de citadins dans le monde (United Nations Human Settlements Programme, 2003). Ces bidonvilles étaient largement concentrés en Asie de l’Est, du Sud et du Centre.

15

Les difficultés d’insertion urbaine que peuvent rencontrer des migrants dans des villes du sud renforcent la thèse d’une urbanisation sans développement Des travaux conduits à Dakar, dont la croissance démographique se poursuit aussi bien par accroissement naturel que par migration, montrent les difficultés qu’éprouvent les jeunes lorsqu’ils veulent rentrer sur le marché du travail, ce qui rend, par ailleurs, difficile l’obtention d’un logement autonome. Les migrants trouvent à s’employer, au mieux, dans le secteur informel, où règne un fort sous-emploi. Le chômage des jeunes est aussi important. L’entrée en union est retardée dès lors que le migrant, ne pouvant s’offrir son propre logement, est hébergé par des membres de sa famille à un âge relativement avancé. Les conditions de vie des membres des ménages concernés sont d’autant plus dégradées que la taille des ménages est élevée. Les difficultés d’insertion rencontrées par les jeunes, migrants ou non, sont source de frustrations.

16

Dans certains cas, éprouvant de plus en plus de difficultés à absorber l’accroissement de leur population, les villes se "ruralisent", les citadins adoptant des modes de vie comparables à ceux des habitants des villages. Des activités agricoles se développent dans les villes et elles ne sont pas le fait seulement de personnes au chômage, mais aussi de salariés dont les revenus sont insuffisants pour leur permettre de vivre correctement. Une partie de la population urbaine – c’est particulièrement vrai dans des villes secondaires – vit alors, en tout ou partie, de l’agriculture. Constatant la dégradation des conditions de vie dans les villes africaines, Mumpasi B. Lututala (2003) parle d’un "essoufflement de l’urbanisation" sur ce continent.

17

L’urbanisation serait-elle devenue "antiéconomique", parce que les villes auraient, du point de vue de leur taille, dépassé un optimum ? C’est ce que Bairoch (1977) avait cherché à savoir, il y a un peu plus de trente ans. Prenant en compte une série de variables telles que la pollution, la santé, la criminalité, les revenus, etc., il s’était demandé à partir de quel effectif les inconvénients économiques d’une poursuite de la croissance urbaine l’emportaient sur les avantages. Il estimait alors la taille optimale des villes comprise entre 200 000 et 500 000 habitants et considérait qu’au-delà de ce nombre les avantages économiques de la croissance urbaine disparaissaient. Or, à une échelle mondiale, la moitié de la population urbaine vit dans des villes de plus de 500 000 habitants. Les travaux visant à définir une éventuelle taille optimale des villes ont de ce fait perdu de leur intérêt, d’autant plus qu’aucun gouvernement ne semble en état de maîtriser la croissance des grandes agglomérations urbaines par des politiques visant à réorienter des flux migratoires vers des villes de moindre dimension.

4. LE RISQUE DE VILLES DUALES

18

Les pays en développement ne sont pas les seuls à être confrontés à la "question urbaine". Les problèmes des "cités", la constitution de ghettos, ou l’existence de "communautés fermées", sont autant de signes d’une urbanisation en crise dans les pays développés. Mais s’agit-il vraiment d’une crise de l’urbain ou, plus fondamentalement, d’une crise des modèles de développement, crise seulement plus visible dans les villes, comme s’interroge Jacques Donzelot (1999,87) ? : "que des problèmes sociaux se concentrent dans certaines parties de l’aire urbaine prouverait qu’il y a un problème dans la ville mais en rien de la ville". La crise serait, selon lui, beaucoup plus globale. En tout état de cause, la question urbaine se pose dans les pays développés comme dans les pays en développement, même si l’urbanisation n’est pas nécessairement la cause, ou la cause exclusive, de certains problèmes de développement.

19

La ville peut être abordée sous un angle démographique - à quelle vitesse s’accroît sa population ? - mais aussi spatial, car des territoires sont en jeu. La ville s’étale et conquiert de nouveaux espaces. Les besoins en logement et les nécessités de l’activité économique rentrent facilement en conflit en milieu urbain. Les groupes sociaux se partagent par ailleurs la ville. Dans une "enquête sur le séparatisme social", Eric Maurin (2004) a analysé, pour la France, le phénomène de ségrégation résidentielle, important dans de nombreuses villes. En raison de prix différenciés des logements, reflétant moins leurs caractéristiques intrinsèques que la "qualité du voisinage", la population des quartiers d’une ville s’homogénéise. Les catégories sociales supérieures développent des stratégies d’entre soi, par le coût élevé de l’habitat dans la zone où elles résident. En France, une loi en faveur de la mixité sociale a été votée, mais elle n’affecte pas en profondeur ce phénomène de ségrégation spatiale.

20

Les "communautés fermées" constituent des formes extrêmes de ségrégation socio-spatiale. Elles se sont en particulier développées aux États-Unis, en Amérique latine et en Afrique du Sud. Pour se protéger de la délinquance, les populations concernées développent un "entre soi" absolu, dans des lieux sécurisés. La ségrégation peut aussi prendre des formes "ethniques", sans toucher de la même façon tous les groupes. Douglas S. Massey et Nancy A. Denton (1989) ont montré que les populations noires faisaient l’objet d’une ségrégation plus systématique que celles qui étaient d’origine hispanique. Les communautés noires sont en réalité victimes d’une "hyperségrégation".

21

Les mécanismes d’exclusion de la ville, par l’intermédiaire des prix élevés des logements dans les centres urbains par exemple, ont aussi un effet sur la composition par âge des villes. Les jeunes adultes tendent à les quitter, lorsqu’ils atteignent l’âge auquel ils veulent constituer une famille. En conséquence, les jeunes actifs, célibataires, et les personnes âgées, retraitées, sont surreprésentés dans les villes. Vienne, la capitale autrichienne, comptait 7% de personnes de plus de 60 ans en 1900 et près de 28% en 1971 (Lutz, Scherbov et Hanika, 2003). Sa population s’est ensuite rajeunie, en raison d’une immigration de jeunes adultes qui a fait croître la population totale et réduire la part des plus de 60 ans. Mais, selon des projections, le poids des plus de 60 ans pourrait atteindre 30% en 2035. Dans les villes du nord, les situations d’isolement sont fréquentes et de nombreux citadins, âgés par exemple, peuvent souffrir de solitude.

22

Un des grands enjeux pour les villes du nord est celui du maintien du lien social. Comment restaurer - ou instituer - de la cohésion sociale dans des agglomérations urbaines qui ne cessent de croître et de s’étaler ? Dans les villes du nord, comme dans celles du sud, peuvent coexister une grande richesse et une extrême pauvreté. Le risque de renforcement d’une dualité au sein des villes est partout élevé, même quand celles-ci connaissent un véritable développement économique. La multiplication du nombre de "sans abris", dans des villes de pays riches, est un symptôme de crise de l’intégration sociale. Cette crise n’est pas nécessairement urbaine dans son origine et sa nature, elle est en quelque sorte localisée dans la ville. Le coût élevé des logements dans les villes, induit, on l’a dit, une forte homogénéisation sociale, mais il est aussi un facteur d’exclusion et de marginalisation, dès lors que des actifs ont des difficultés d’emploi. Des travaux portant sur Delhi ont mis l’accent sur les situations de grande précarité des populations pauvres, toujours menacées d’être chassées de là où elles vivent par des opérations de promotion immobilière.

23

Des opérations de "déguerpissement" ont été menées, en Afrique notamment, pour faire partir les populations - souvent des migrants - installées illégalement en périphérie des villes. Les tentatives de relocalisation des populations les plus pauvres se heurtent au prix des transports : au Caire les populations n’ont pas accepté de s’installer dans des zones nouvellement urbanisées mais distantes du centre, parce qu’elles ne pouvaient pas faire face aux coûts des déplacements vers celui-ci.

24

Dans les pays du sud, où l’emploi est principalement informel, c’est toute la question de la protection sociale qui est aussi en jeu. Les populations urbaines - cependant c’est également vrai en milieu rural - sont en situation de vulnérabilité face à la maladie et seulement une infime partie de la population peut bénéficier de régimes de retraites. Par ailleurs, l’urbanisation peut avoir des conséquences sur les relations familiales, les solidarités entre générations étant mises à l’épreuve par l’installation en ville de jeunes adultes, leurs parents, âgés, restant en milieu rural. Les difficultés d’insertion urbaine des jeunes migrants rendent le maintien des formes traditionnelles de solidarités familiales plus difficile encore.

25

Les enjeux de l’urbanisation sont économiques et sociaux ; ils sont également environnementaux.

5. ENVIRONNEMENT LOCAL ET CHANGEMENT GLOBAL

26

Toutes les agglomérations urbaines du monde sont confrontées à d’importantes nuisances : pollution atmosphérique, encombrement du trafic, production intense de déchets, bruit, etc. Pour améliorer la qualité de vie des citadins, des politiques doivent être mises en œuvre. Une politique efficace des transports peut ainsi permettre de réduire substantiellement les émissions de gaz polluants. Des programmes de tri et de recyclage des déchets sont par ailleurs susceptibles de réduire les conséquences écologiques de niveaux de consommation élevés. La situation des villes du nord et du sud est à cet égard différenciée.

27

Les villes du nord ont souvent été sacrifiées à la "loi de l’automobile". Elles se sont développées en laissant toujours plus de place à ce mode de déplacement. Certaines villes, aux États-Unis par exemple, se sont structurées autour de grands axes routiers. Les efforts faits par les responsables de la gestion des villes pour réduire les encombrements peuvent enclencher un cercle vicieux : des travaux pour améliorer la circulation routière ont en partie pour conséquence un accroissement du trafic automobile, jusqu’à une nouvelle situation de saturation. Les difficultés de circulation et de parking dans les centres urbains ont conduit les autorités de certaines villes, comme Singapour ou Londres, à instituer un péage urbain.

28

Dans les villes du sud, l’amélioration de l’environnement urbain se pose en des termes différents, compte tenu des difficultés de planification du développement des villes. Les infrastructures sont généralement insuffisantes pour faire face aux besoins des citadins, même sans tenir compte de la croissance de la population. Lorsque des villes voient leur taille augmenter chaque année au rythme de 5%, l’enjeu de l’environnement urbain devient majeur. Le système de transports publics ne peut faire face à un accroissement de la demande aussi rapide, d’autant plus qu’elle émane de populations en partie pauvres. Le fonctionnement des services publics de ramassage des ordures peut être chaotique : pour Mumpasi Lututala (2003) "Kinshasa-la-Belle" est ainsi devenue "Kinshasa-la-Poubelle". Les décharges sauvages se multiplient, parfois au cœur des villes. Elles jouxtent souvent les bidonvilles. Dans les villes du sud, pour améliorer l’environnement urbain, la création d’infrastructures parfois lourdes est nécessaire, mais les moyens font défaut. Résoudre le problème des transports dans une agglomération telle que Mumbaï n’est pas une mince affaire. Un véritable développement économique est une condition nécessaire d’une amélioration de l’environnement urbain (création d’équipements collectifs) mais il peut dans le même temps intensifier les nuisances (pollution atmosphérique, par exemple). C’est aujourd’hui le cas de l’agglomération de Shanghai.

29

La dimension environnement local de l’urbanisation est essentielle, cependant la dimension environnement global ne l’est pas moins. Le développement des villes peut avoir des conséquences sur un environnement lointain et contribuer largement au changement global. Même s’il a fait l’objet de critiques, le concept d’"empreinte écologique" a tout de même un grand mérite, qui est de faire porter un autre regard sur la pression qu’une ville est susceptible d’exercer sur l’environnement (Wackernagel et Rees, 1996). Une ville est, en effet, loin de "consommer" seulement l’espace qu’elle occupe ou dont elle est proche : elle consomme aussi de l’espace pour son approvisionnement en nourriture, en énergie, etc. et celui-ci peut être éloigné. William Rees a estimé l’empreinte écologique de la ville de Vancouver à une superficie de près de 174 fois celle de la ville elle-même. L’empreinte écologique de deux villes de même taille, mais de niveau économique différent, n’est évidemment pas la même, les modes de vie déterminant largement l’ampleur de cette empreinte.

30

L’urbanisation a aussi des conséquences écologiques plus globales encore. Ainsi en est-il du phénomène de rurbanisation. D’anciens citadins s’installent dans des zones restées jusque là rurales, parce qu’ils souhaitent profiter d’un cadre de vie jugé plus agréable ; ce phénomène de rurbanisation induit une forte mobilité des populations concernées, tant pour leur travail que pour leurs loisirs. En dehors de l’extension de l’urbanisation que ces comportements ont favorisée, le désir de s’installer dans des lieux au départ épargnés par l’urbanisation a eu pour conséquence collective un accroissement des consommations de carburant et de la pollution.

31

Les modes de vie des citadins, qu’il s’agisse des façons de consommer des biens ou de se transporter, font que des villes de même taille peuvent exercer des pressions sur l’environnement global fort différentes.

6. DE LA VILLE ÉCOLOGIQUE À LA VILLE DURABLE

32

Dans une perspective de développement durable, l’urbanisation est un phénomène important, puisque le fait de vivre en ville détermine largement le genre de vie et le système de valeurs des individus. Ce genre de vie urbain peut, au demeurant, devenir une référence pour les populations rurales et leur servir de modèle, en étant popularisé par les medias. Pour concilier urbanisation et développement durable, il apparaît aujourd’hui de plus en plus important d’inventer un nouveau modèle de ville.

33

Il fut une période où les villes se devaient avant tout d’être écologiques. La qualité de vie des citadins devait être au centre des préoccupations des autorités urbaines : une "ville écologique" devait, par exemple, privilégier une politique d’espaces verts. Le modèle de la ville était alors d’une certaine manière "anti-urbain", il s’agissait d’introduire un peu de campagne dans la ville.

34

Le modèle de la "ville durable", qui serait celui d’une urbanisation compatible avec le développement durable, n’a rien à voir avec celui de la ville écologique : il ne suffit pas que les parcs et jardins soient nombreux, pour qu’une ville soit durable. Washington, ville abondante en espaces verts, ne peut correspondre au modèle de ville durable du seul fait qu’un habitat relativement dispersé et des grands axes routiers conduisent à une forte mobilité des citadins. Une ville comme Washington dans laquelle règne une intense ségrégation spatiale ne peut non plus être une ville durable. Il ne suffit pas que ses habitants y vivent mieux qu’ailleurs pour qu’une ville soit durable, la forme d’urbanisation doit être compatible avec un développement durable de chaque pays.

35

Comme l’ont fait observer Jacques Theys et Cyria Emelianoff (2001), la distinction entre ville écologique et ville durable est fondamentale ; cette nouvelle notion prouve que la communauté internationale prend de plus en conscience que l’urbanisation peut aussi bien favoriser le développement durable d’un pays que le compromettre. Le changement que traduit la substitution du concept de ville durable à celui de ville écologique tient à ce qu’il est apparu indispensable de prendre en compte, d’une manière simultanée, les dimensions environnementales, urbanistiques, économiques et sociales de l’urbanisation. Il est également apparu indispensable d’apprécier les conséquences globales et à long terme du développement urbain. La réflexion vise moins à définir un nouveau modèle de ville qui devrait servir de référence absolue partout dans le monde, qu’à imaginer des formes plus volontaristes d’urbanisation, envisageant beaucoup plus qu’auparavant la ville comme un "tout", dont chaque élément importe autant que les autres. Theys et Emelianoff parlent d’un autre regard porté sur l’urbanisation et le développement durable, conduisant à intégrer beaucoup plus systématiquement le complexe, l’incertain et le paradoxal. Pour qu’il puisse y avoir compatibilité entre urbanisation et développement durable, toutes les dimensions de la croissance des villes doivent bien être prises en compte.

36

Véronique Barnier et Caroline Tucoulet (1999) ont défini une ville durable comme "une ville compacte, citoyenne, solidaire, éco-gérée". La ville de Curitiba, au Brésil, a été une préfiguration de la ville durable, son maire ayant pris, dans les années 1970, diverses initiatives pour améliorer le mode de fonctionnement des transports, la qualité de l’environnement, les conditions de vie des populations les plus pauvres, etc. Un système de transports performant et bon marché irradiant la ville fut mis en place, les bâtiments historiques firent l’objet d’une protection, une politique de recyclage et de lutte contre le gaspillage fut instituée. Cette politique dite du Cambio verde ("échange vert") avait pour objectif de permettre aux populations démunies d’obtenir des légumes en échange de déchets collectés et triés. Le maire de Curitiba a, plus tard, précisé ce qu’il entendait par l’expression de "ville humaine", ce que doit être une ville durable : c’est une ville qui "ne sépare pas les fonctions, le logement ici, le travail là, les loisirs là-bas… Une cité humaine est celle qui crée le mélange : des activités, des revenus, des âges. Plus elle est mêlée, plus elle est humaine". Barnier et Tucoulet (1999,4 et 5) insistent, quant à elles, sur la dimension spatiale du développement des villes : "le modèle de la ville éclatée, qui suppose l’extension des zones périurbaines, la multiplication des déplacements et les problèmes de transport, démontre le caractère non durable de l’urbanisation actuelle et paraît difficilement compatible avec la mise en place des mesures visant à réduire l’émanation de gaz à effet de serre, sans compter les autres types de pollution (eau, déchets, bruit,…) liés à l’urbanisation croissante".

37

Pour pouvoir être durable, une ville doit donc être "ré-humanisée". Le quartier doit reprendre une place particulière. Les transports en commun doivent permettre de s’y rendre aisément. Des équipements collectifs doivent permettre de satisfaire les besoins de toutes les catégories de la population et de tous les groupes d’âge. Pour qu’une ville puisse être humaine, toutes les générations doivent pouvoir vivre ensemble. Sans mixité sociale, une ville n’est pas durable. Sans une mixité des âges, elle ne peut l’être non plus. La ville doit permettre aux jeunes adultes de continuer à y vivre quand ils ont des enfants, elle doit permettre aux personnes âgées vivant seules de retrouver des liens avec les autres catégories de la population. Une plus grande proximité entre lieu de travail et lieu d’habitation, permettant aux personnes actives de retrouver du temps pour des activités non professionnelles, est nécessaire pour une "urbanisation durable". Celle-ci passe, selon Theys et Emelianoff (2001,127), par "des transports moins polluants, une revalorisation des espaces publics, une redensification sélective le long des axes de transport en commun ou dans les espaces interstitiels d’agglomération, la réhabilitation des quartiers dégradés, la promotion d’un véritable urbanisme végétal…". Mais l’émergence de villes durables suggère, dans le même temps, une modification profonde des modes de production et de consommation.

7. LES MODES DE VIE URBAINS EN QUESTION

38

L’Agenda 21 (Cnued, 1992), programme adopté par les gouvernements lors de la Conférence internationale sur l’environnement et le développement de Rio de Janeiro en 1992, consacre un chapitre à la "promotion d’un modèle viable d’établissements humains". Ce chapitre commence (39) par un constat, précisant le lien entre urbanisation et environnement : "dans les pays industrialisés, les schémas de consommation des villes font peser de sérieuses contraintes sur l’écosystème mondial, tandis que, dans les pays en développement, les établissements humains ont besoin de quantités accrues de matières premières et d’énergie et d’un développement économique plus poussé, simplement pour remédier à leurs problèmes économiques et sociaux fondamentaux".

39

Les villes des pays du nord consomment en abondance de l’énergie et des ressources. L’alimentation en eau est un problème important dans les pays en développement, comme dans les pays développés : Los Angeles s’approvisionne en eau en partie dans le Colorado, situé à plus de 700 km. Dans les villes du sud, dont certaines sont situées dans des zones touchées par la sécheresse, s’approvisionner en eau est d’une extrême difficulté. Une forte croissance urbaine aggrave la situation puisqu’il faut alors non seulement améliorer l’accès à l’eau de la population existante mais faire, dans le même temps, face à l’accroissement de la demande. Dans les villes touristiques des pays du sud, la concurrence pour l’accès à l’eau est exacerbée.

40

La ville est consommatrice d’énergie et de ressources ; elle est aussi "productrice" de modèles de consommation. On sait qu’un migrant change de comportement et de régime alimentaire dès lors qu’il s’est installé en ville. Les citadins ont pris l’habitude d’un fort gaspillage et d’une abondante production de déchets, parce que le véritable coût écologique de leurs pratiques quotidiennes n’est pas pris en compte. La mobilité des populations urbaines est forte, et pas seulement pour se rendre de son domicile à son travail. L’existence de moyens de transport (aérien, ferroviaire et autoroutier) efficaces et facilement accessibles favorise une mobilité hors de la ville ou du pays, coûteuse en énergie.

41

La nature des modes de vie urbains, et en particulier des modèles de consommation dans les villes, est un enjeu de développement durable d’autant plus important qu’une part croissante de la population est appelée à vivre dans des villes. Militer pour un nouveau modèle de développement, c’est aussi militer pour une profonde transformation des modes de vie et de consommation urbains.

8. L’AVENIR DES ZONES RURALES

42

Si le monde est, dans l’avenir, de plus en plus urbain, une partie importante de la population mondiale continuera cependant d’habiter en zone rurale. Quelles peuvent être les perspectives économiques et sociales des ruraux de demain, particulièrement dans les pays du sud ? Les discours politiques sur la population et le développement militent fréquemment pour un équilibre entre villes et campagnes. De quel équilibre peut-il s’agir ? Peut-on, par exemple, éviter, en milieu rural, le départ de populations dont les activités agricoles ne permettent pas la survie ? L’avantage urbain, c’est-à-dire en particulier la possibilité de bénéficier d’équipements collectifs en ville, peut encourager l’exode rural et favoriser la croissance des villes d’une manière indéfinie. La ville s’agrandit par l’arrivée de migrants désireux d’échapper à la misère rurale, le poids démographique des villes augmente, les décideurs qui y vivent tendent à favoriser les villes, lors de l’attribution des ressources publiques, les villes deviennent encore un peu plus attractives, de nouveaux migrants arrivent en ville, le pouvoir politique des villes est renforcé, etc. Si un équilibre entre ville et campagne est théoriquement imaginable, son maintien se heurte à l’avantage urbain. Des politiques ont essayé, dans certains pays d’Afrique, de retenir les populations en milieu rural, mais sans résultat. Des politiques sont d’autant plus difficiles à mettre en œuvre que, pour des ruraux en situation de grande pauvreté, la misère en ville peut être préférable à la misère rurale et que le migrant décide d’aller en ville au vu d’une amélioration espérée de son sort. Il peut y avoir une grande distance entre ses espoirs et les réalités de la ville.

43

Un développement ne saurait être durable sans prise en compte des dimensions politique, économique, sociale et environnementale de l’urbanisation. Il ne saurait être durable, selon l’acception actuelle de cet adjectif, si les habitants des zones rurales ne voient pas leurs conditions de vie s’améliorer. Pour éviter que les populations rurales ne cherchent à partir sans réelle perspective d’amélioration de leur sort en ville, et pour éviter qu’un sentiment d’être des laissés-pour-compte ne vienne nourrir leurs frustrations, il importe de décliner le développement durable non seulement en milieu urbain, pour une population certes de plus en plus largement majoritaire, mais aussi en milieu rural, en promouvant des " campagnes durables ".


BIBLIOGRAPHIE

  • BAIROCH P. (1977) Taille des villes, condition de vie et développement économique, Paris, EHESS.
  • BAIROCH P. (1985) De Jéricho à Mexico, Villes et économie dans l’histoire, Paris Gallimard.
  • BAIROCH P. (1996) Cinq millénaires de croissance urbaine, in Ignacy Sachs (Dir.), Quelles villes, pour quel développement ?, Paris, PUF, 17-60.
  • BANQUE MONDIALE (2005) Rapport mondial sur le développement 2005. Un meilleur climat de l'investissement pour tous, Bruxelles, De Boeck.
  • BARNIER V., TUCOULET C. (1999) Ville et environnement. De l’écologie urbaine à la ville durable, Problèmes politiques et sociaux, n°829, La Documentation française.
  • CHAMPION T., HUGO G. (2004) New Forms of Urbanization. Beyond the Urban-Rural Dichotomy, IUSSP, Ashgate.
  • CNUED (1992) Action 21. Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement. Déclaration de principes relatifs aux forêts, New York.
  • DONZELOT J. (1999) La nouvelle question urbaine, Esprit, novembre, 87-114.
  • GHORRA-GOBIN C. (2001) Los Angeles et San Francisco ; bien des différences, mais aussi des ressemblances, Hérodote, n°101,76-95.
  • KEYFITZ N. (1996) International Migration and Urbanization, in Colombo B., Demeny P. and Perutz M. F. (Eds), Resources and Population, Oxford, Clarendon Press, 269-285.
  • LUTUTALA MUMPASI B. (2003) Migrations et évolution du réseau urbain en Afrique : de la théorie aux faits, Populations et défis urbains. Chaire Quetelet 1999, Institut de démographie, Université catholique de Louvain, Louvain-la-neuve, Academia-Bruylant/L’Harmattan, 117-134.
  • LUTZ W., SCHERBOV S., HANIKA A. (2003) "Vienna : A City Beyond Aging" – Revisited and Revised, Vienna Yearbook of Population Research 2003,181-195.
  • MASSEY D. S., DENTON N. A. (1989) Hypersegregation in U.S. Metropolitan Areas : Black and Hispanic Segregation Along Five Dimensions, Demography, Vol. 26, n°3,173-391.
  • MAURIN É. (2004) Le ghetto français. Enquête sur le séparatisme social, La République des Idées, Paris, Seuil.
  • POTTER R. B., LLOYD-EVANS S. (1998) The City in the Developing World, Addison Wesley Longman, Singapore.
  • TABUTIN D. (2003) La ville et l’urbanisation dans les théories du changement démographique, Populations et défis urbains. Chaire Quetelet 1999, Institut de démographie, Université catholique de Louvain, Louvain-la-neuve, Academia-Bruylant/L’Harmattan, 17-50.
  • THEYS J., EMELIANOFF C. (2001) Les contradictions de la ville durable, Le débat, n°113,122-135.
  • United Nations Human Settlements Programme (Un-Habitat) (2003) The Challenge of Slums. Global Report on Human Settlements 2003, London, Earthcan.
  • VERON J. (1987) L’urbanisation indienne, Population n°3, mai-juin, 485-502.
  • VERON J. (2006) L’urbanisation du monde, Paris, La Découverte.
  • VILLA M. (1996) Distribución espacial y migración de la población de America latina, in Coordinación Dora E. Celton, Migración, intergración regional y transformación productiva, Centro de Estudios Avanzados, Universidad Nacional de Córdoba, 9-87.
  • WACKERNAGEL M., REES W. (1996) Our Ecological Footprint. Reducing Human Impact on Earth, New Society Publishers.

Notes

[1]

Directeur de recherche à ll’INED. veron@ ined. fr

Résumé

Français

Le monde étant toujours plus urbain, le lien entre population, urbanisation et développement devient critique. Dans les pays en développement, la croissance urbaine ne répond pas à un progrès économique et elle n’y contribue pas, même si les migrants trouvent un avantage économique à quitter la campagne pour la ville. Tous les pays, même développés, doivent relever le défi de villes durables, humaines et respectueuses de l’environnement, tant local que global.

Mots clés

  • urbanisation
  • croissance urbaine
  • ville
  • transition démographique
  • développement
  • environnement
  • crise

English

Economic, Social and Environmental Challenges of World Urbanization As the world population grows increasingly urbanized, the nexus of population, urbanization and development is growing critical. In developing countries, urban growth is not a response to economic progress and does not contribute to it, even if rural migrants benefit in economic terms from moving to the city. All countries, even developed, must rise to the challenge of sustainable cities, respecting their inhabitants, but also the local and global environment.

Keywords

  • urbanization
  • urban growth
  • city
  • demographic transition
  • development
  • environment
  • crisis

Plan de l'article

  1. 1. DYNAMIQUE DES VILLES ET URBANISATION
  2. 2. TRANSITION URBAINE ET TRANSITION DÉMOGRAPHIQUE
  3. 3. UNE URBANISATION SANS DÉVELOPPEMENT ?
  4. 4. LE RISQUE DE VILLES DUALES
  5. 5. ENVIRONNEMENT LOCAL ET CHANGEMENT GLOBAL
  6. 6. DE LA VILLE ÉCOLOGIQUE À LA VILLE DURABLE
  7. 7. LES MODES DE VIE URBAINS EN QUESTION
  8. 8. L’AVENIR DES ZONES RURALES

Pour citer cet article

Véron Jacques, « Enjeux économiques, sociaux et environnementaux de l'urbanisation du monde  », Mondes en développement 2/ 2008 (n° 142), p. 39-52
URL : www.cairn.info/revue-mondes-en-developpement-2008-2-page-39.htm.
DOI : 10.3917/med.142.0039


Article précédent Pages 39 - 52 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback