2008
Monde en développement
In memoriam Bernard Crousse
Avant d’être rédacteur en chef de Mondes en développement Bernard CROUSSE participait au début des années 70 aux séminaires interdisciplinaires du Collège de France animés par François Perroux, André
Lichnerowicz, Gilbert Gadoffre et Pierre Delattre.
Sa double qualité de philosophe et d’économiste (il préparait à ce moment là
une thèse sous la direction de Jan Dessau à Grenoble) le rendait sensible à
l’épistémologie, et lui permit de tisser des liens avec les chercheurs de l’une ou
de l’autre discipline. A l’université de Grenoble il était proche d’Yves Barel ; à
Paris il travaillait au Laboratoire de Prospective appliquée dirigé par Armand C.
Decouflé. Doté d’un caractère flegmatique, il entretenait François Perroux des
travaux de ces anciens chercheurs de l’Isea sans susciter l’ire habituelle du
maître à l’égard des brebis perdues ! Avec Perroux il discutait de prospective et
chacun citait les grands noms, Perroux évoquant Gaston Berger avec qui il avait
travaillé, Crousse se référant à Michel Foucault ou Michel de Certeau.
Plus tard, il mit François Perroux en relation avec les services de Nicolas Bodart
et d’Yvan de Hemptinne, à l’Unesco, ce qui conduisit à la réalisation d’un
volumineux numéro de Mondes en Développement consacré aux relations de
l’industrie et de l’agriculture.
Parallèlement, à son initiative et avec l’appui d’André Philippart, il lançait à la
fin de la décennie '70 les journées franco-belges qui traitaient des relations entre
recherche scientifique et économie, mais aussi des problèmes de
développement.
Grâce à lui, François Perroux et André Philippart se rencontrèrent pour créer
un partenariat original franco-belge dans le cadre de la revue Mondes en
développement.
A partir de ce moment la revue Mondes en Développement fut dirigée
conjointement par eux, Bernard Crousse et François Denoël en devenaient les
Rédacteurs en chef.
Homme d’ouverture, Bernard fit profiter la revue des nombreux acteurs de
terrain avec qui il coopérait (Equateur, Pérou, Sénégal, Guinée, etc.) En ce sens
il mit ses qualités humaines au service de la recherche, sans prétention aucune,
et toujours dans une grande fidélité à ses convictions.
Sa coopération avec le Secrétaire général de l'Association Internationale de
Science Politique André Philippart au sein du Comité de recherche Science et
Politique qu'ils avaient créé en 1973 lui permit à de nombreuses reprises
d'étendre à partir de 1981 le champ d'investigation de la revue vers des
disciplines sĹ“urs. La revue Mondes en Développement connut alors une
expansion en termes de ressources financières qui assurèrent une grande
autonomie et une large diffusion.
Adieu l’ami.