Mondes en développement
De Boeck Université

I.S.B.N.9782804158040
138 pages

p. 9 à 12
doi: en cours

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n° 142 2008/2

2008 Monde en développement

Introduction

Les programmes "Population et Développement" et la situation actuelle

Serge Feld  [1]
C’est tout naturellement au moment où l’accélération de la croissance de la population a atteint un niveau jusqu’alors inconnu dans l’histoire de l’humanité que ses conséquences sur la situation des pays moins développés ont pris une place de plus en plus centrale dans les préoccupations des démographes et des responsables politiques. Au plus fort de la période de croissance démographique, durant les années 1970, le taux d’accroissement annuel de la population mondiale était de 2,1%. Il sera au cours de la décennie 2000-2010 de 1,2%. Actuellement, la population mondiale s’élève à 6,7 milliards d’individus. En quarante ans, elle aura augmenté de 2,5 milliards pour atteindre, selon les hypothèses moyennes de l’ONU, 9,2 milliards en 2050 et elle se stabilisera peu à peu vers 11 milliards dans un siècle et demi.
Il n’y avait que de 2,6 milliards d’individus en 1950.
Chaque année, la population mondiale augmente d’environ 80 millions d’individus, dont 90% se concentrent dans les pays en développement. Bien que la fécondité soit globalement en voie de forte diminution, la dynamique inhérente à l’ensemble des phénomènes démographiques provoque des conséquences importantes en ce qui concerne la taille, le rythme de croissance et aussi les transformations des structures de la population d’un grand nombre de pays. Ces bouleversements continueront à influer de diverses façons sur la capacité de développement économique et le niveau de bien-être de la population de ces pays.
Durant la quarantaine d’années qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale, la croissance démographique des pays en développement a suscité d’âpres controverses théoriques et de virulentes prises de position politiques. D’un côté, dans la tradition néo-malthusienne, on attribuait presque toutes les difficultés économiques et l’aggravation des problèmes sociaux à la forte croissance de la population. Cette croissance non contrôlée était jugée largement excessive.
On la considérait sans la moindre réserve comme la cause principale de la malnutrition, de la pauvreté, du médiocre niveau de la santé et de l’éducation, de l’augmentation des inégalités et de la détérioration de l’environnement. Le "piège population–pauvreté" généré par le trop grand nombre d’enfants par ménage était censé réduire les capacités d’investissements productifs et constituait, par conséquent, à la fois la cause principale et la conséquence inévitable du sous-développement. D’un autre côté, il y avait une coalition de tous les gouvernements ainsi que des auteurs pour lesquels les problèmes de pauvreté trouvaient leur source unique dans une mauvaise organisation de la société. Dans la lignée des auteurs anti-malthusiens du 19ème siècle, cette approche refusait de considérer le nombre des individus comme un problème important auquel il fallait s’attaquer. Modifier la répartition du pouvoir et des richesses dans les pays pauvres suffirait à garantir le développent économique. Cette thèse populationniste, ou pro-nataliste, trouvait ses fondements aussi bien dans la théorie néo-marxiste que dans les doctrines prônées par toutes les religions. Elle a été ensuite confortée par l’école "révisionniste" des économistes néo-classiques de la population qui soutenaient qu’un marché de concurrence avait la capacité de créer les ajustements nécessaires face aux situations de rareté créées par la pression démographique. Ces positions nettement conflictuelles quant aux conséquences positives ou négatives de la croissance de la population ont finalement abouti au cours des dernières années à des analyses convergentes.
Cette évolution fut bien décrite par R. Cassen : "Après des décennies de controverses concernant les politiques de population, il y a un nouveau consensus international au sein, et parmi, les pays développés et ceux en développement, selon lequel les individus, les pays et le monde en général seraient dans une situation plus favorable si la croissance de la population était plus faible. Les conséquences d’une croissance rapide de la population ne devraient être ni exagérées ni minimisées. Certaines prises de position dans le passé furent contre-productives car elles aliénaient le public qu’elles s’efforçaient de convaincre En même temps, soutenir que la croissance de la population était sans importance eut pour conséquence de relâcher l’attention que cette question requiert" [2].
C’est dans ce contexte propice où, d’une part, on renonçait à prétendre que la croissance démographique était la cause fondamentale du sous-développement et, d’autre part, inversement, qu’elle n’en représentait qu’un symptôme secondaire, que s’est tenue la Conférence intergouvernementale sur la population et le développement (CIPD), en septembre 1994, au Caire. Le Programme d’Action articulait, pour la première fois, les politiques relatives à la population et aux stratégies globales de développement en mettant en évidence les objectifs primordiaux suivants : l’élimination de la pauvreté, la croissance durable, l’instruction, en particulier des filles, l’équité et l’égalité entre hommes et femmes, la réduction de la mortalité maternelle et infantile, l’accès universel à des services de santé en matière de reproduction, y compris à des services de planification familiale, l’instauration de modes de consommation et de production viables, la sécurité alimentaire, la mise en valeur des ressources humaines et la garantie du respect pour tous des droits de l’homme… Le Programme d’Action de CIPD ne proposait pas de quantification précise des objectifs à atteindre, mais il est soumis tous les cinq ans à une évaluation rigoureuse par l’ONU des progrès accomplis et des engagements non tenus.
Par la suite, en 2000, la déclaration qui est issue du Sommet Mondial fixant les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) comprenait, parmi d’autres thèmes, plusieurs programmes concernant directement la population tels que : assurer l’éducation primaire pour tous, la réduction de la mortalité infantile, l‘amélioration de la santé maternelle… Ces objectifs furent quantifiés de manière extrêmement précise. À mi-parcours de ce programme reposant sur huit grands objectifs à atteindre en 2015, l’ONU a récemment admis que les résultats étaient très mitigés et que probablement, dans certaines régions, ils ne seront certainement pas atteints.
C’est en référence constante au Programme d’Action de la CIPD du Caire et du Sommet du Millénaire pour le Développement que s’inscrivent les sept articles présentés dans cette publication. Ils tentent, dans les domaines essentiels pour le bien-être des individus et des familles des pays en développement, de tracer un état des lieux qui permet d’apporter un éclairage indispensable sur les succès et les échecs des principaux programmes internationaux. Ces analyses approfondies des situations actuelles largement diversifiées de tous ces pays permettent d’esquisser les tendances de fond, certainement très contrastées, qui vont caractériser, durant les prochaines décennies, les populations des grandes régions du monde.
Au cours des quarante dernières années, la plupart des pays ont connu des changements très importants des comportements de fécondité. Joseph Alfred GRINBLAT présente les données qui couvrent toute cette période et analyse les conséquences aussi bien pour les pays développés qui connaissent une fécondité nettement en dessous du niveau de remplacement que pour certains des pays en développement qui ont encore aujourd’hui une forte fécondité et sont en proie à d’immenses grandes difficultés politiques et économiques. La santé est certainement une des composantes fondamentales du développement humain. Maryse GAIMARD présente les tendances de la chute de la mortalité et les disparités d’espérances de vie. Elle analyse les principales causes de mortalité et de morbidité. Elle met en évidence le fait que si la situation sanitaire s’est améliorée ces dernières années dans les pays en développement, il subsiste encore de sérieuses inégalités. Des progrès importants restent à faire, surtout en Afrique subsaharienne, pour s’approcher des objectifs de la conférence CIPD et de ceux de l’OMD. On rappellera que la population mondiale vient d’atteindre cette année le chiffre symbolique de plus de 50% d’habitants dans les villes. Jacques VERON présente la dynamique de l’urbanisation. Il analyse le risque de villes duales et les conséquences qui en découlent sur l’environnement local. Il met en évidence la problématique de la ville écologique et examine les changements des modes de vie urbains. Les relations entre migrations internationales et développement constituent, de plus en plus, une des thématiques majeures qui vont façonner les relations entre pays du Nord et du Sud au cours des prochaines décennies. Yves CHARBIT et Serge FELD examinent les deux principaux canaux susceptibles d’apporter des améliorations du niveau de vie des populations des pays d’émigration. D’une part, ils présentent les modalités et l’ampleur des envois de fonds des migrants et, d’autre part, les effets positifs et négatifs de l’émigration d’une partie de la main-d’Å“uvre qualifiée des pays en développement. Il y a maintenant unanimité chez les acteurs du développement pour considérer que l’"empowerment" des femmes est une des conditions principales de succès.
Hélène RYCKMANS et Pascale MAQUESTIAU présentent le contexte actuel de l’égalité des genres par rapports aux Objectifs du Millénaire pour le Développement. Elles mettent en évidence les tensions autour des droits reproductifs et sexuels, ainsi que les questions de la laïcité et l’importance des réseaux de femmes. Elles abordent les problématiques du droit à l’avortement, de la planification familiale, des violences, du VIH/Sida et des migrations.
Philippe HUGON traite de la question cruciale des rapports entre les variables démographiques et l’éducation en Afrique. Il examine les effets de la démographie sur les systèmes scolaires et, réciproquement, de l’impact de l’éducation sur les variables démographiques. Cette interdépendance suppose les médiations des systèmes familiaux, culturels, religieux et aussi des acteurs politiques. La relation population-environnement est une des préoccupations les plus importantes et des plus anciennes pour les responsables du développement économique. Son actualité s’impose de manière de plus en plus pressante. Hervé DOMENACH expose l’enjeu considérable que représente une planète viable Il trace les grandes tendances démographiques et analyse leurs impacts sur l’environnement. L’accent est mis sur le processus de concentration des populations, la pression démographique sur les ressources aquatiques et forestières et la sécurité alimentaire, ainsi que la préservation du patrimoine de biodiversité.
 
NOTES
 
[1]Professeur d’Économie et de Démographie, Université de Liège. ss. feld@ ulg. ac. be
[2]Cassen R. (1994). Population Policy in Ahlburg D. et al., Population and Economic Development : A Report to the Government of the Commonwealth of Australia, Canberra, Australian International Development Assistance Bureau, 19 (traduit par S. Feld).
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