2009
Monde en développement
Notes de lecture
• Eveline BAUMANN, Laurent BAZIN, Pepita OULD-AHMED,
Pascale PHELINAS, Monique SELIM, Richard SOBEL (eds)
L’argent des anthropologues, la monnaie des économistes
Paris, L’Harmattan, 2008, Collection questions contemporaines, 320 pages
Ella HERMON (dir.)
L’eau comme patrimoine. De la Méditerranée à l’Amérique du Nord
Québec, Presses de l’Université Laval, 2008,628 pages
Le présent ouvrage réunit une sélection de contributions présentées à l’occasion
du colloque "La gestion intégrée de l’eau dans l’histoire environnementale :
savoirs traditionnels et pratiques modernes" qui s’est déroulé à l’Université
Laval (Québec) du 27 au 29 novembre 2006
[1]. Il témoigne d’une approche
scientifique originale, pluridisciplinaire et bilingue (français et anglais), qui
insiste sur la nécessaire mise en dialogue des approches de l’eau (considérée ici
comme un patrimoine naturel et culturel), dans le temps et dans l’espace.
L’ambition de ce livre, en effet, est de couvrir une période allant de l’Antiquité
(Empire romain) à nos jours, sur une variété de territoires situés de part et
d’autre de l’océan Atlantique et se focalisant sur les pays et les civilisations du
bassin méditerranéen.
L’introduction générale rappelle le projet initial du colloque. Ella Hermon
souligne ainsi "En choisissant comme thème central du débat l’examen des
savoirs traditionnels (…) et des conditions de leur transférabilité dans les
pratiques de gestion de l’eau dans le temps et dans l’espace, ce colloque propose
d’une part comme clé de lecture la connaissance des processus historiques
d’évolution de la gestion de ce patrimoine naturel et culturel. Il cible, d’autre
part, l’examen des interactions société-environnement comme le contexte d’une
gestion intégrée de l’eau" (p.4). La gestion intégrée des ressources en eau
(GIRE) et le patrimoine constituent le fil conducteur de l’ouvrage et les deux
chapitres qui composent la partie conceptuelle sont utiles pour repositionner
ces deux notions. Appréhender l’histoire comparée de l’environnement, de
l’Antiquité à nos jours, en mobilisant la GIRE n’a rien d’évident, si on se
rappelle que cette notion a été promue à l’échelle internationale à partir des
années 1970 et connaît depuis la fin des années 1990 un regain d’intérêt, à
travers les initiatives du Partenariat Mondial de l’Eau, du Conseil Mondial de
l’Eau et de l’UNESCO. Elly Hermon et Pietro Loreano discutent des raisons
qui justifient que l’on considère, a posteriori, les traditions et savoirs traditionnels
de gestion de l’eau, au regard des principes actuels de la GIRE. Tout en
reconnaissant que cette notion n’est pas stabilisée et qu’elle connaît une variété
d’interprétations, Elly Hermon note que la perspective historique privilégiée ici
permet d’insister sur le temps long, élément clé pour évaluer la soutenabilité des
pratiques de gestion de l’eau. Pietro Loreano rappelle, pour sa part, que la
gestion des ressources hydriques est partie intégrante de l’histoire culturelle des
civilisations dans le bassin méditerranéen, depuis le paléolithique. En
s’appuyant sur une histoire des techniques d’irrigation, il montre que le modèle
de l’oasis apparaît comme un paradigme alternatif aux civilisations hydrauliques
basées sur l’utilisation intensive de l’eau. Ce modèle préfigurerait, en quelque
sorte, l’idée de développement durable.
La deuxième partie de l’ouvrage, composée de 18 chapitres, revient plus en
détail sur l’histoire des civilisations hydrauliques situées sur le pourtour
méditerranéen, pour aller dans le sens des propositions de la partie précédente.
Plusieurs sites archéologiques datant d’époques différentes sont ainsi étudiés.
L’histoire des techniques hydrauliques côtoie celle de régions ou de villes, sur
des périodes plus ou moins étendues allant de l’époque romaine au Moyen-âge,
à la révolution industrielle, ou jusqu’à nos jours. Même si quelques sites
canadiens sont étudiés, le bassin méditerranéen apparaît comme le principal
"laboratoire" d’investigation.
Tout aussi dense est la troisième partie. Celle-ci s’attache à démontrer la
persistance des savoirs traditionnels liés à l’eau depuis l’époque romaine, mais
aussi à interroger les modalités contemporaines de gestion de l’eau, inspirées
des principes de la gestion intégrée. Ainsi, la mobilisation des aqueducs de la
Rome Antique pour l’approvisionnement en eau de Rome au 17ème siècle et la
construction à cette époque de nouveaux aqueducs inspirés de ceux construits
dans l’Antiquité, attestent de la transmission de ces savoirs millénaires (Christer
Bruun). Dans un tout autre registre, l’expérience des contrats de rivière et des
Schémas d’Aménagement et de Gestion des Eaux dans le bassin français
Rhône-Méditerranée-Corse, témoignent d’un retour à une gestion collective de
l’eau, élément considéré comme un des piliers de la GIRE (Alexandre Brun et
Stéphane Ghiotti). Enfin, pour ne mentionner que quelques exemples, Yves
Hébert analyse l’histoire des savoirs liés à la gestion de l’eau au Québec de 1970
à 2000 et ses liens avec les programmes de recherche dans ce domaine, tandis
qu'Elly Hermon s’intéresse à la gestion transfrontalière des grands lacs en
Amérique du Nord et aux enseignements qui peuvent être tirés de ce cas pour
la gestion de la mer Morte.
La dernière partie conclut l’ouvrage et ouvre des pistes pour de futures
recherches. Paule Halley aborde l’histoire des rapports à l’eau en Amérique du
Nord et en particulier au Québec. Puis il revient à Ella Hermon de conclure sur
le projet dans son ensemble. Celle-ci insiste sur l’idée que "l’archéologie des
pratiques de gestion de l’eau est perçue (…) comme l’analyse de l’objet comme
patrimoine matériel et immatériel" (p.620). Par ailleurs, les savoirs traditionnels
liés à l’eau peuvent être rapprochés de notions plus contemporaines comme le
développement durable ou la GIRE. L’approche historique proposée identifie
des lieux communs de gestion intégrée de l’eau qui facilitent la construction
d’une culture commune de l’eau et invitent à envisager une transmission des
pratiques de gestion intégrée dans le temps et dans l’espace.
En somme, il s’agit d’un ouvrage très riche qui développe une approche
historique originale en prenant appui sur des thématiques de réflexion
contemporaine. On pourra regretter, toutefois, que les textes abordent assez
peu les débats internationaux sur l’eau comme patrimoine commun de
l’humanité et qu’un certain nombre de courants analytiques et théoriques ne
figurent pas dans le tour d’horizon proposé. Il en va ainsi de la tradition
française de gestion patrimoniale et de ses prolongements (audit patrimonial et
médiation patrimoniale par récurrence), mais aussi de l’économie du
patrimoine. En outre, la dimension juridique et les débats sur les catégories de
biens à l’échelle nationale (public, privé, commun), mais aussi à l’échelle
internationale (avec le débat sur les biens publics mondiaux), ne sont pas les
voies d’entrée privilégiées par les auteurs, alors que ces questions nous
apparaissent comme centrales dans le débat sur la reconnaissance de l’eau
comme patrimoine. Enfin, même si la démarche apparaît de prime abord
comme assez séduisante et prometteuse, le recours à la notion de GIRE
comme cadre analytique structurant nous paraît soulever quelques difficultés
qui tiennent au caractère assez connoté de cette notion. La GIRE est en effet
une notion soutenue par des institutions résultant de partenariats public-privé,
qui mettent particulièrement l’accent sur la reconnaissance de l’eau comme bien
économique, dans le sillage des principes de la déclaration de Dublin (1992).
Les autres dimensions de la GIRE (gestion communautaire, se déroulant dans
un cadre territorial cohérent, soulignant l’importance du développement
durable, de la préservation des écosystèmes, etc.), qui sont également mises en
avant par ces institutions, sont celles sur lesquelles les auteurs de cet ouvrage
s’appuient essentiellement, sans que le positionnement économique soit
clairement discuté. Proposer une lecture de la GIRE fondée sur la dimension
patrimoniale est certes une clé d’entrée pertinente, mais cela suppose d’aborder
plus clairement le débat sur les processus de patrimonialisation et de
marchandisation, y compris dans une perspective historique.
Olivier PETIT
Centre EREIA, Université d’Artois
Franck GALLAND
L'eau. Géopolitique, enjeux, stratégies
Paris, CNRS Editions, 2008,186 pages
La perspective de tensions interétatiques liées au partage de l'eau nourrit
périodiquement quelques mythes (l'analogie eau/pétrole, par exemple) et
concentre l'attention médiatique. Sur ce sujet délicat, Franck Galland, directeur
de la Sûreté de Suez Environnement, livre un ouvrage personnel et d'une
ambition plus globale. Personnel, tout d'abord, car le livre résulte du travail d'un
professionnel à la fois des secteurs de l'eau et de la sécurité. C'est donc un
regard expérimenté, fruit de terrains variés, qui est proposé. Des exemples
rarement développés, comme Singapour et sa dépendance à l'égard de la
Malaisie, l'Australie, l'Arabie Saoudite, l'Irak (et sa partie kurde) y sont ainsi
traités. Personnel, encore, par l'engagement et les idées de l'auteur pour la
résolution des problèmes liés à l'eau, que l'on retrouve, notamment, dans la
conclusion. L'ambition de l'ouvrage réside, quant à elle, dans l'exploration de
tous les liens entre l'eau et des enjeux de sécurité, quels que soient leurs échelles
d'analyse. L'exhaustivité n'est donc pas à chercher dans les zones géographiques
traitées, mais dans le référencement des types et des formes de tensions liées à
l'eau. Le livre évite ainsi l'écueil d'approches régionales trop générales, fréquent
sous le vocable de géopolitique, en associant des dimensions macros et micros.
Il intègre de manière rigoureuse et inédite des travaux académiques ou
institutionnels qui font de l'eau une question déjà incorporée à la sécurité
nationale et à la prospective de défense aux États-Unis et en Grande-Bretagne.
L'ouvrage s'organise, entre une introduction et une conclusion denses, en
études de cas consacrées au Proche et au Moyen-Orient en première partie, et à
l'Asie/Océanie en deuxième partie. Les chapitres s'enchaînent avec une grande
cohérence, nous entraînant, par exemple, dans la première partie d'Israël à la
Turquie, puis à l'Irak, et enfin à l'Arabie Saoudite. Le développement le plus
important de l’ouvrage est consacré à la situation interne de la Chine, et à ses
relations avec ses riverains d’aval.
Franck Galland prend toujours soin, loin de toute dramatisation, de réintégrer
les tensions liées à l’eau avec d’autres enjeux (agricoles, énergétiques, sociaux).
La hiérarchisation de ces enjeux dépend, ensuite, des points de vue adoptés et
de l’horizon retenu. Par exemple, la gestion de l’Ili et de l’Irtych peut-elle
sérieusement envenimer les relations entre la Chine et la Kazakhstan, comme
l’expose Franck Galland, ou restera-t-elle une question secondaire pour ces
deux pays, au moins pendant quinze à vingt ans, au regard d’enjeux
énergétiques (intérêt commun pour le gazoduc entre la mer Caspienne et
Shangai), commerciaux (l’Asie centrale représentant la moitié des échanges de la
région autonome du Xinjiang) et sécuritaires (lutte contre le séparatisme,
l’extrémisme religieux) ?
Les solutions évoquées au fil des études de cas reposent essentiellement sur
l’augmentation des ressources alternatives (dessalement, réutilisation, efficacité
des réseaux, transferts massifs). Cette approche, fondée sur la gestion de l’offre,
reflète en fait logiquement le fil rouge de l’ouvrage : la sécurisation des
approvisionnements en eau douce. En conclusion, Franck Galland souligne une
série de "devoirs fondamentaux", qui prennent corps au travers de
recommandations pour une politique extérieure de l’Europe axée sur l’eau et
pour faire de la Méditerranée un terrain d’expérimentation en matière de
coopération et de gestion de la ressource.
Alexandre TAITHE
Fondation pour la recherche stratégique, Paris
Christian CHABOUD, Géraldine FROGER
et Philippe MÉRAL (sous la direction de)
Madagascar face aux enjeux du développement durable
Paris, Karthala, 2007 308 pages
Cet ouvrage collectif, dirigé par trois membres de l’Institut de Recherche pour
le Développement (IRD), aborde la question du développement durable à
Madagascar, un pays caractérisé, à la fois, par une biodiversité exceptionnelle et
un niveau de développement très faible. La problématique de l’ouvrage est
construite autour de trois axes fondamentaux : les enjeux du développement
durable à Madagascar par rapport au contexte international ; la mise en place de
politiques et de stratégies de développement durable dans un pays qui se dote,
dès 1991, d’un plan ambitieux de planification environnementale ; la description
d’expériences locales permettant d’alimenter une réflexion plus générale sur les
contraintes et les perspectives du développement durable.
Ce travail rassemble les résultats des recherches du programme Politique
environnementale et gestion locale des Ressources, mené entre 2001 et 2005 à
Madagascar par des chercheurs de l’IRD, des universités de Versailles et
d’Antananarivo, regroupés au sein du Centre d’économie et d’éthique pour
l’environnement et le développement. L’ouvrage est intéressant pour deux
raisons essentiellement. En premier lieu, il témoigne d’un ensemble
d’expériences dans un pays où le concept de développement durable prend tout
son sens, car il convient de relever à la fois le défi de vaincre la pauvreté
extrême et la précarité qui caractérise une grande partie de sa population
urbaine ou rurale et de préserver un environnement naturel unique au monde,
mais extrêmement fragile, dont il ne reste plus que 10% de sa végétation
originale. En second lieu, il propose une structuration pluridisciplinaire et une
rédaction aisée qui le rendent accessible à un large public, non seulement
d’économistes, mais également de juristes, de sociologues, de géographes,
d’agronomes et de lecteurs intéressés par les aspects du développement durable.
Comme tous les ouvrages collectifs, celui-ci souffre d’une certaine
hétérogénéité des approches engagées par les quatorze chercheurs réunis, ce qui
constitue, cependant, également une richesse. La grande pluridisciplinarité
affichée et le fait que certains chapitres traitent d’expériences locales assez
différentes les unes des autres conduisent parfois le lecteur à perdre le fil de la
problématique. En ce sens, l’absence d’un chapitre de conclusion peut paraître
préjudiciable, tandis que le chapitre introductif n’est pas suffisamment
percutant sur les enjeux et la complémentarité des recherches engagées.
Un des principaux apports de cet ouvrage est la mise en évidence d’une série de
dispositifs locaux dont le rôle pilote permet de penser une action globale de
développement durable à tous les échelons de décision administrative et
politique.
Michel DIMOU
Université de La Réunion
Eveline BAUMANN, Laurent BAZIN, Pepita OULD-AHMED,
Pascale PHELINAS, Monique SELIM, Richard SOBEL (eds)
L’argent des anthropologues, la monnaie des économistes
Paris, L’Harmattan, 2008, Collection questions contemporaines, 320 pages
L’ouvrage, issu de travaux réalisés par sept anthropologues et sociologues et par
huit économistes, comprend deux parties : la première, consacrée aux usages
monétaires et aux pratiques sociales, relève d’un registre à la fois
microéconomique et ethnographique ; la seconde traite de la souveraineté
monétaire et politique d’un point de vue macroscopique.
La première partie, qui fait la part belle aux anthropologues, présente un
ensemble de six contributions portant sur la fongibilité (J. Blanc), les usages de
l’argent chez les Français démunis (G. Lazuech et P. Moulévier), les
entrepreneuses chinoises (T. Pairault), les mineurs boliviens (P. Absi), dans les
mariages de rue égyptiens (N. Puig) et chez les indiens colombiens (L.
Fontaine).
La seconde partie, qui réunit également six contributions émanant
principalement d’économistes, porte sur l’universalité et la pluralité de la
monnaie (J.-M. Servet, B. Théret, Z. Yildirim), la légitimité de la politique
monétaire (J. Marquès-Pereira), l’anthropologie du fait monétaire (K. Hart),
l’adoption d’un étalon monétaire (J.-F. Ponsot), la généalogie du dollar (L.
Desmedt).
Les cas (ou les contextes étudiés) sont divers : Argentine, Brésil, Colombie,
Equateur, Chine, Egypte, France, Ouzbekistan ; ils visent à illustrer la pluralité
des usages tant locaux que globaux et des supports de la monnaie dans ses
diverses fonctions : unité de compte et langage commun, moyen de paiement,
réserve de valeur. Ce sont là des aspects spécifiques de la monnaie comme "fait
social total" qui ne peut s’expliquer que d’un point de vue macroscopique que
l’ouvrage aurait pu adopter dès le départ. À cet égard, la confiance – entre
contractants comme vis-à-vis de la règle - est centrale.
L’ouvrage prolonge les travaux d’Aglietta et Orléan sur la primauté de
l’institution monétaire et renvoie à un ouvrage plus récent de Théret. Il s’inscrit
dans la démarche pluridisciplinaire et comparative de l’anthropologie
économique inaugurée, il y a un demi-siècle, par Polanyi et Arensberg
[2]. On peut
regretter l’absence de référence et de réflexion critique sur la fécondité de cette
démarche. Ce qui réunit les économistes et les anthropologues de l’ouvrage,
comme l’affirme l’introduction (P. Ould-Ahmed), c’est l’idée que la monnaie -
contemporaine ou "ancienne" - est à la fois cloisonnée dans ses usages (la
fongibilité est limitée) et dans sa souveraineté (l’espace de la communauté de
paiement est réduit au territoire ou requiert une construction politique
déterritorialisée à l’image de l’institution de l’euro). Celle-ci ne se réduit pas à sa
fonction de moyen d’échange comme le postule l’économie orthodoxe. Il
manque une perspective historique, en particulier une généalogie des régimes
monétaires (esquissée par Servet et
al. et brièvement évoquée par Desmedt),
ainsi qu’une analyse de la fragmentation des zones monétaires à l’ère de la
mondialisation. L’ouvrage, destiné aux chercheurs, est un jalon stimulant d’une
réflexion en cours qui appelle à terme une publication plus aboutie.
Philippe ADAIR
ERUDITE, Université Paris 12
[1]
Les actes de ce colloque, organisé par la Chaire de recherche du Canada en interactions
société-environnement naturel dans l’empire romain, donnent lieu à la publication de deux
ouvrages en 2008 ; le second intitulé
Vers une gestion intégrée de l’eau dans l’empire
romain a été également coordonné par Ella Hermon et publié à Rome aux éditions l’Erma di
Bretschneider.
[2]
La publication de
Trade and markets in early empires date de 1957.