Mouvements
La Découverte

I.S.B.N.2-7071-3593-3
176 pages

p. 167 à 172
doi: 10.3917/mouv.018.0167

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Livres

no18 2001/5

Philippe Bourgois, En quête de respect. Le crack à New York, Seuil, 2001, 458 p., 150 FF (22,87 €).

Dans son livre récemment publié, Corps et âme, Loïc Wacquant étudie comment l’engagement dans une carrière de boxeur constitue, pour les jeunes afro-américains des quartiers pauvres, une des rares voies permettant d’échapper à la violence de la « culture de la rue ». C’est précisément cette « culture de la rue » que Philippe Bourgois prend pour objet dans cet ouvrage issu d’une longue enquête ethnographique auprès de vendeurs de crack d’origine portoricaine du quartier new-yorkais de l’East Harlem. Pendant plusieurs années, l’auteur, installé avec sa famille dans un appartement de ce quartier déshérité, a partagé la vie quotidienne d’un groupe de dealers, suivant leurs activités et enregistrant leurs conversations dans la rue ou dans des « maisons de crack ».
L’intérêt de la démarche de Bourgois tient à sa volonté de ne jamais autonomiser l’existence de ses informateurs – dont le livre nous fait partager avec sensibilité, par de larges extraits d’entretiens, les rêves, déceptions, joies et drames quotidiens – de ses contraintes structurelles, échappant ainsi aux pièges croisés de l’analyse macrosociologique, abstraite et désincarnée, et de l’étude psychologisante, ou moralisante, de cas individuels. L’engagement dans la vente de crack est ainsi situé dans son contexte historique, social et économique global : contexte de l’immigration portoricaine aux États-Unis (et de son cortège de désintégration des anciens modèles familiaux, de ségrégation urbaine et de racisme), de précarisation du marché du travail touchant de plein fouet les classes populaires (et les contraignant à trouver des ressources de survie dans l’économie clandestine), de destruction du système public de protection sociale et d’éducation, ou encore de politique antidrogue privilégiant le tout-répressif, et dont un des principaux effets pervers a été d’inciter les trafiquants à privilégier des produits à haute toxicité, mais à plus forte rentabilité, comme le crack. La démarche des dealers est décrite dans toute son ambiguïté : forme de résistance symbolique au racisme et à la misère, et tentative d’accéder à de relatives aisance économique et reconnaissance sociale, la consommation et le commerce illicite de drogues aboutissent à la destruction de ceux qui y participent. La violence est omniprésente dans leur existence, que ce soit sous la forme de l’autodestruction toxicomaniaque, des brutalités policières, de la violence symbolique exercée par les institutions scolaires ou d’assistance, des règlements de compte entre bandes rivales, ou encore des viols collectifs et de la violence domestique. À ce titre, les pages que l’auteur consacre aux rapports entre les sexes et à la crise du patriarcat sont saisissantes : dans une culture portoricaine des plus machistes, la marginalisation d’hommes incapables de faire vivre leur famille, couplée à la revendication des femmes d’accéder à davantage d’autonomie, se traduit par une exacerbation des antagonismes entre les sexes, dont les femmes et les enfants sont les premières victimes.
En quête de respect soutient avec succès une thèse qui pourrait paraître banale si la tendance dominante n’était pas aujourd’hui à autonomiser les problèmes sociaux de leurs déterminismes pour en faire une simple affaire de responsabilité individuelle : c’est situé en regard du marché du travail légal que le commerce de drogue prend son sens. Plus précisément, celui-ci constitue pour ceux qui s’y livrent – et dont l’auteur montre qu’ils ne rêvent que d’accéder un jour à un « emploi réglo » – un moyen comme par défaut de faire face à l’extrême pauvreté à laquelle les renvoient leur illégitimité culturelle et la désintégration du marché des emplois ouvriers. En conséquence, ce n’est pas par une politique répressive et ciblée que le « problème de la drogue » pourra à terme être résolu, mais essentiellement par une modification significative, par un arrêt à la précarisation du marché du travail, du déséquilibre existant entre les revenus de l’économie légale et ceux de l’économie clandestine. •
Lilian Mathieu

Laurent Mucchielli, Violences et insécurité, La Découverte, 2001, 141 p., 42 FF (6,4 €).

Le livre de Laurent Mucchielli a le mérite de rectifier un certain nombre d’idées toutes faites sur les problèmes d’insécurité liés à une certaine vision de la jeunesse et particulièrement celle des banlieues. Il distingue en les critiquant deux formes usuelles d’explication des violences urbaines : la culturaliste et celle du « vide social » illustrée par les propos (qualifiés de « misérabilistes ») de Martine Aubry : « Peu ou pas socialisés, sans structure mentale ou affective, ces jeunes adolescents n’ont souvent pour seul réflexe que la violence. N’ayant plus de repères et de normes, ils ne savent pas ce que signifie le passage à l’acte. » C’est dans le commentaire de cette distinction qu’on peut déceler un certain gauchissement qui nuit, comme d’autres plus loin, à la démonstration : cette seconde interprétation ne peut se caractériser comme le dit l’auteur par une transformation du jeune Beur ou Black « en bon sauvage » (par opposition à la première qui le diaboliserait) : le passage au délit n’a rien à voir avec une quelconque bonté naturelle. Un des développements les plus intéressants de l’ouvrage, très documenté et riche en statistiques, me semble être celui sur la médiatisation, annoncé dès le début du chapitre I : « la violence est d’abord un spectacle orchestré par les media ». Le sociologue cite à ce sujet le cas des incendies de voitures en série à Strasbourg en 1995, où « des journalistes prenaient rendez-vous avec des jeunes pour assister à l’événement : l’année suivante les équipes y ont été envoyées pour couvrir l’anniversaire alors que rien ne l’annonçait »… Là où il risque d’y avoir un creux on obture et masque avec du recuit à la sauce actuelle ou du minime à la sauce dramatique. Et il y a bien comme le dit L. Mucchielli, manipulation de l’opinion. On songe à d’autres exemples : la façon dont sont triées et mises en scène les interviewes de voyageurs pendant les grèves de transports ; même orchestration tendancieuse, sous des dehors « objectifs » : une intervention favorable à la grève contre cinq qui la contestent. Mais là les conséquences sur l’action sont directes : les media signifiant pour ces adolescents une forme de reconnaissance, ils se voient incités à la récidive. Dans le chapitre 2, le développement sur les prétendus experts : policiers, directeurs d’entreprise de sécurité, se faisant passer pour universitaires, est également riche en information et neuf d’éclairage.
Le discours policier – et journalistique – sur les violences urbaines (chapitre 3) correspond bien comme le dit l’auteur à une spectacularisation de la délinquance et de sa répression au détriment d’une prévention à laquelle, comme le précise sa conclusion, chaque citoyen pourrait participer à l’intérieur d’un espace public digne de ce nom : le chapitre 4 sur les tendances actuelles de la délinquance fait un point précis sur la situation. La seconde partie du livre, à partir du cinquième chapitre, présente l’avantage de replacer le problème dans une perspective historique et donc de le relativiser : bravo pour le rappel des fameux « blousons noirs » des années soixante qui terrorisaient les populations et à l’égard desquels, comme le montre l’auteur à partir d’articles de l’époque, la terminologie était parente de celle adoptée pour les jeunes des banlieues actuelles ! L’étude de la ghettoïsation et des raisons familiales de cette déréliction d’une partie de la jeunesse (renouant d’ailleurs avec l’opinion d’Aubry and co dénoncée au début) est moins originale.
À propos de la réislamisation qui s’articule sur ce terrain, déjà évoquée au chapitre 3 dans « Délinquance, Maghreb et Islam », Laurent Mucchielli aurait pu creuser davantage son analyse : il semble superficiel et sans doute erroné d’attribuer le regain de faveur pour la religion à l’affaire du voile islamique : c’est inverser les termes du problème – une certaine connaissance du Val Fourré et d’un des lycées où le port du voile est apparu peut ici avoir quelque poids –, ce dernier est le signe – la conséquence – de cette réislamisation (et non sa cause). Et on ne peut nier ni celle-ci, ni sa possible communication en ce qui concerne l’Algérie, avec les milieux terroristes.
À ce sujet la mise au point finale sur le processus d’embrigadement de Khaled Kelkal est essentielle : ce n’est pas l’Islam qui a déclenché la délinquance, mais en son nom la manipulation par des « groupes venus de l’extérieur ». Poser l’équation : retour à la prière = fin de la délinquance, du propos même de Kelkal, peut paraître, après un tel dossier, un brin réducteur. Les propositions de la conclusion se recentrent sur l’essentiel : on retiendra particulièrement celles concernant la revalorisation du travail manuel, le rôle des structures collectives de régulation locale dans la lutte contre la délinquance – de vrais Conseils de quartier devant intégrer cette dimension – et celle sur la nécessité, dans le débat public, de changer de vocabulaire à propos de ces problèmes. Dans l’ensemble donc cet ouvrage précis et alertement mené, soucieux de contribuer à un profond changement social, est à recommander comme antidote à la propagande politico-médiatique actuelle autour du thème clientéliste et fourre-tout de la « sécurité ». •
Marie-Claire Calmus.

Chantal Nicole-Drancourt et Laurence Roulleau-Berger, Les jeunes et le travail 1950-2000, Presses universitaires de France, 2001, 266 p., 139 FF (21,19 €).

Les jeunes et le travail, à partir d’une approche dynamique des processus de mise au travail et du rapport au travail des jeunes depuis les années cinquante, permet au lecteur, même peu au fait de ces questions, de saisir avec clarté toute la complexité des recompositions auxquelles la société salariale d’après-guerre a dû faire face.
La volonté de mettre en lumière d’une manière la plus claire et réaliste possible les différents aspects contenus dans les notions de travail et d’emploi incite à rompre avec certaines idées caricaturales développées en sociologie : fin du travail, opposition binaire inclusion/exclusion… Au contraire, tirant profit des apports de Norbert Elias dans la compréhension des processus sociaux, les deux auteures ont mené une réflexion « processuelle », dans laquelle s’intègrent rigoureusement description et analyse des « marchés du travail », des formes de socialisation plus ou moins informelles facilitant la mise au travail des jeunes (surtout pendant les années cinquante et soixante), de la place grandissante de l’école dans la manière de définir son rapport à l’emploi…
À partir de nombreux documents empiriques et théoriques, les deux sociologues dressent un portrait peu flatteur de la société du travail capitaliste pour les jeunes d’origine populaire, qu’ils soient Français, d’origine étrangère ou étrangers. Car si l’intégration par le travail a fonctionné durant les années de reconstruction et de décolonisation de façon à permettre une certaine mobilité sociale ascendante, la rupture inaugurée au début des années soixante-dix a renforcé les modes d’arbitrage de sélection de la main-d’œuvre. Les principales victimes en sont connues : jeunes sous-qualifiés, femmes et immigrés. À travers la lecture de cet ouvrage synthétique, un certain nombre de principes de division et de fragmentation de la société salariale apparaissent donc très clairement : les trajectoires des jeunes des années « post-crise » continuent d’emprunter des chemins précaires et éloignés du cœur du salariat protégé, sans pour autant pouvoir s’assurer d’une stabilité future. On assiste plutôt, contrairement à ce qui existait avant les années soixante-dix, à une sorte d’installation dans la gestion de la précarité, associée à une remise en cause subjective de la norme travail. En effet, si celui-ci est toujours perçu comme un moyen permettant d’accéder à une reconnaissance de soi, une « estime de soi » protégeant de la honte (notamment par le recours à des stratégies interstitielles dans les domaines socioculturels), sa dimension instrumentale s’est progressivement détachée, pour les plus précaires, des dimensions sociales et symboliques. Le rapport au travail s’est donc complexifié à mesure que les processus de mise au travail se précarisaient. Conclusion on ne peut plus rassurante quant à l’état de notre « jeunesse » (que certains perçoivent comme cynique ou irresponsable) : elle sait parfaitement reconnaître les lieux et les situations valant la peine de s’investir. Toutefois, on aurait aimé, à titre de comparaison, et ce afin de mieux cerner le poids de l’origine sociale dans les pratiques et représentations sociales, davantage de renseignements sur les jeunes issus des catégories favorisées. •
Stéphane Le Lay

Érik Neveu, Sociologie du journalisme, La Découverte (Repères), 2001, 118 p., 52 FF (7,93 €).

Parler aujourd’hui de « sociologie du journalisme » revient encore, dans une très large mesure, à devoir parler de « sociologie anglo-saxonne ». Tel est peut-être le premier constat que l’on peut tirer de la lecture de ce petit ouvrage, clair, pédagogique et très complet dont l’auteur, professeur de sciences politiques, est l’un des meilleurs connaisseurs français des travaux produits outre-Manche et outre-Atlantique dans ce domaine de recherche particulier. Que ce manuel accorde la place qui leur est due à des chercheurs comme les Britanniques J. Tunstall et P. Schlesinger ou comme les Américains H. Gans et M. Schudson (et à quelques autres encore) n’est pas, loin s’en faut, la moindre de ses qualités. Un second constat s’impose cependant. C’est que la sociologie française du journalisme, amorcée, à partir des années soixante-dix, avec les travaux de J.-G. Padioleau, puis avec ceux de R. Rieffel et de J.-M. Charon, a pris depuis le milieu des années quatre-vingt-dix un essor tout à fait significatif. Deux pôles de recherche, intellectuellement liés, y ont tout particulièrement contribué : d’une part, la revue de Pierre Bourdieu, Actes de la recherche en sciences sociales (autour, en particulier, de P. Champagne et de D. Marchetti) ; d’autre part, le Centre de recherches administratives et politiques de Rennes (que dirige précisément E. Neveu, et auquel sont associés des chercheurs comme D. Ruellan ou, à nouveau, D. Marchetti).
Assumant clairement ses postulats et ses partis pris conceptuels – la notion de « champ journalistique » présentée comme la meilleure façon de rendre compte du fait qu’en matière d’activité journalistique, comme ailleurs, « le réel est relationnel » –, l’ouvrage balaie les grandes dimensions de ce que peut et doit être une sociologie du journalisme digne de ce nom. Celle-ci comprend pour commencer les études socio-génétiques sur la profession et l’examen de sa morphologie actuelle (caractérisée, dans le cas français, par la hausse tout à la fois des effectifs, du niveau de formation, de la féminisation et de la précarisation). Mais elle comprend également l’ensemble des travaux à dimension ethnographique (lesquels convergent pour mettre en lumière le poids, dans le travail journalistique, des contraintes organisationnelles et de la « trame des routines »). Elle comprend enfin (domaine sensiblement moins bien exploré à ce jour) l’analyse des mécanismes sociaux de l’écriture et de la mise en intrigue journalistiques. Le livre se termine sur deux chapitres qui soulèvent des questions comptant sans doute parmi les plus redoutables, mais aussi les plus difficiles à contourner pour les sociologues des médias : celle tout d’abord de la réalité effective du « pouvoir » journalistique (question à propos de laquelle É. Neveu suggère un ensemble de déplacements et de reformulations bienvenus) ; celle, ensuite, des inquiétudes que les mutations actuellement en cours dans les médias peuvent légitimement susciter tant du côté du public que du côté de certains journalistes. Sur ce point, É. Neveu ne se contente pas de souligner, études empiriques à l’appui, les menaces bien réelles que fait peser sur une conception citoyenne de la presse l’évolution actuelle vers un « journalisme de marché » : il insiste aussi sur l’ambivalence de certains dispositifs et genres nouveaux (comme par exemple, les talk-shows ou le journalisme d’investigation) qui, quoiqu’indéniablement soumis à l’emprise des logiques commerciales, sont néanmoins susceptibles de constituer, sous certaines conditions, un motif important de renouvellement et d’activation de la vie démocratique. •
Cyril Lemieux

Jacques Lévy et Michel Lussault (dir.), Logique de l’espace, esprit des lieux : géographies à Cerisy, Belin (Mappemonde), 2000, 352 p., 149 FF (22,71 €).

La relation des hommes à l’espace est un thème classique dans les sciences sociales mais qui mérite toujours de nouveaux éclairages. Ceux-ci pourraient être suscités par des changements dans le sens des distances dues à la mondialisation et aux nouvelles différences locales. Le réexamen des espaces humains pourrait aussi venir d’un renouvellement des problématiques et des méthodes de recherche.
Tels sont, pour l’essentiel, les thèmes débattus dans un colloque du Centre culturel international de Cerisy sur « Logiques de l’espace, esprit des lieux » dont les actes sont édités aujourd’hui. L’antériorité des géographes dans l’étude de l’espace terrestre et le profil des organisateurs du colloque, Jacques Lévy et Michel Lussault, expliquent l’importance des références à la géographie dans le colloque.
Une partie des communications porte sur les dimensions spatiales du changement social, dans divers registres. Plusieurs thèmes sont présentés : la modélisation des interactions dans la répartition du peuplement, les échelles spatiales des pratiques sociales urbaines, les relations entre les réseaux techniques et les territoires, la demande de lieux et de proximités dans l’administration politique des villes. Les méthodes de recherche reposent beaucoup sur des associations et des transferts entre disciplines, propres à mettre en relief la multidimensionnalité des structures spatiales. On voit bien en effet ce que la connaissance des espaces humains doit traditionnellement à l’histoire, à l’anthropologie, à la sociologie ou à l’économie et, peut-être plus récemment, aux différents compartiments des sciences des organisations.
D’autres interventions portent sur la construction de l’espace par les sociétés et le propos est particulièrement intéressant lorsqu’il traite d’éléments que l’on a l’habitude de juger spécifiquement « géographiques ». La nature est en cause, considérée généralement comme quelque chose qui est donné aux hommes mais dont la connaissance doit aujourd’hui beaucoup à des notions qui n’ont rien de naturel, comme celles de ressource, de risque ou de développement durable. Les représentations classiques de l’espace sont aussi à considérer ou à reconsidérer, qu’il s’agisse des écrits des géographes ou des cartes. On reconnaît ici l’influence du courant contemporain d’analyse qui s’attache au contexte de la production des textes et des documents et qui étudie les moyens par lesquels leurs significations se construisent. Par ailleurs, toute carte n’est-elle pas déjà un faire au sens de ce que l’on appelle aujourd’hui une parole ou une écriture performative (« quand dire, c’est faire ») ?
La question des acteurs surgit immanquablement dans le fonds commun des sciences de l’homme. Elle éclaire souvent le statut donné à l’espace dans les recherches historiques, cependant que plusieurs intervenants dans le colloque proposent des cadres théoriques pour des modèles d’action dans l’espace et sur l’espace. Ceux-ci pourraient être fondés sur l’expérience des individus (l’espace vécu) ou sur les valeurs sociales données à l’espace (une axiologie de la spatialité). Les références à ce que les sciences du langage peuvent apporter sont fréquentes, soit pour recommander une description de l’espace urbain qui tienne compte des paroles sur la ville et des paroles dans la ville, soit pour situer l’analyse de l’espace dans les théories des actes de langage.
L’ouvrage devrait intéresser les lecteurs attentifs aux changements dans les sciences de l’espace et dans l’espace des sciences. La multidimensionnalité de l’espace humain et la diversité des modalités et des rythmes des changements appellent en effet des approches complémentaires, sur lesquelles Jacques Lévy fait le point dans le dernier chapitre de l’ouvrage, en s’appuyant sur les acquis du colloque et en suggérant de nouvelles directions de travail. La pleine reconnaissance des faits spatiaux dans le champ des sciences humaines est-elle pour autant un « tournant géographique » ? Cette hypothèse stimulante mériterait une formulation qui n’éveille pas le soupçon que les géographes, même acquis aux renouvellements dans les doctrines et les méthodes, entendent tirer à eux les sciences de l’espace. On note par ailleurs l’intérêt de créer et d’approfondir des face-à-face, par exemple entre l’ethnologie et l’histoire ou entre les sciences du langage et les théories de l’action, propres à enrichir le registre des modèles et des méthodes dont les chercheurs peuvent disposer. •
Antoine Haumont
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