2001
Mouvements
Éditorial
Après le 11 septembre
La date du 11 septembre constitue-t-elle un tournant historique
? Certains le contestent en soulignant que tous les ingrédients de la situation
existaient auparavant. D’autres s’étonnent qu’il suffise que les États-Unis
proclament que nous sommes entrés dans une nouvelle période pour que tout un
chacun l’admette.
Sans doute serait-il absurde de considérer que les attentats de
New York et de Washington ont tout changé, mais la réserve naturelle que nous
éprouvons à l’égard des excès du déferlement médiatique ne doit pas non plus
nous conduire à sous-estimer ce qui est en train de se modifier sous
nos yeux.
En tout état de cause les grands moments historiques prennent
souvent la forme de ruptures symboliques (prise de la Bastille, attentat de
Sarajevo, Mur de Berlin…) ouvrant des temps d’incertitude, alors que rien n’est
plus difficile à penser que l’incertitude, pour tous ceux, de tous côtés, qui
ne savent raisonner qu’à partir de grilles explicatives passe-partout et
immuables.
Ces lignes sont écrites près de trois semaines après le 11
septembre. Au-delà de l’émotion légitime, le temps est sans doute venu
d’esquisser, pour reprendre une expression de l’écrivain américano-palestinien
Edward Saïd, des pistes de réflexion rationnelles qui l’emportent sur les
roulements de tambour.
Que la lecture des événements du monde paraissait facile voici
une vingtaine d’années à peine ! Le monde semblait partagé entre les
impérialistes et leurs suppôts d’un côté, les anti-impérialistes de l’autre.
Certes, il existait bien des contradictions au sein de chaque camp, elles
pouvaient même prendre des allures sanglantes et durablement conflictuelles,
mais pour l’essentiel les ennemis de nos ennemis étaient,
pensait-on trop souvent, nos amis. Des frères tristement
dévoyés et non fréquentables mais quelque part des frères tout de
même.
Nous le savions déjà depuis pas mal de temps, mais s’il est une
chose qui nous a été confirmée par les monceaux de cadavres ensevelis sous les
débris du World trade center, c’est
que les ennemis de nos ennemis ne sont pas
nos amis. Ils peuvent même être, c’est à l’évidence le cas
des taliban, comptés au rang des pires ennemis de celles et ceux qui luttent
contre l’oppression sous toutes ses formes, à commencer par la violence subie
par les femmes afghanes.
Cela ne veut pas dire pour autant que l’ennemi d’hier serait
devenu comme par miracle un ami et que le déferlement médiatique de ces
derniers jours aurait suffi à nous convaincre de nous engager derrière la
bannière étoilée. L’horreur d’aujourd’hui efface d’autant moins celle d’hier
que des enfants continuent chaque jour de mourir en Irak et en Palestine. Mais
l’horreur des uns ne permet pas de justifier, ni même de relativiser celle des
autres. Expliquer n’est pas tolérer, comprendre rationnellement ne signifie pas
accepter. De la même façon, l’incroyable aveuglement – si c’en est un – des
administrations US (et de la France), le calcul à courte vue qu’a été le
soutien aux taliban via le Pakistan et
l’Arabie Saoudite, le refus d’aider la résistance afghane ne rendent pas
moralement plus tolérable l’idée, quelquefois exprimée, selon laquelle tout
cela ne serait pas si grave puisque les Américains ne récolteraient que ce
qu’ils ont semé. Affirmer cela ne rend pas pour autant tolérable la tendance
aisément constatable à hiérarchiser les morts selon le principe médiatique du
train en retard plus intéressant que celui qui arrive à l’heure. En d’autres
termes, les cadavres ruandais ou libériens présentant par leur banalité
beaucoup moins d’intérêt que ceux enfouis sous les décombres du WTC.
De toute manière, nous devrions nous méfier des mots eux-mêmes,
souvent trop usés, trop connotés. Penser en termes d’ennemis quand il s’agit de
pays ou de peuples, n’est-ce pas déjà une façon de rentrer dans la logique de
guerre ou de croisade dont nous parle George W. Bush ? Les militants de la
libération humaine ou, comme on dit aujourd’hui, ceux qui refusent la
mondialisation libérale ne s’inscrivent pas dans un camp qui serait celui de
l’anti- Amérique. Ils n’ont pas d’adversaire géographique, civilisationnel ou
religieux, ils s’opposent à des politiques concrètes, à des moments déterminés,
et surtout ils ambitionnent de trouver de nouvelles façons de vivre ensemble,
tous ensemble, dans le respect et l’égalité.
Nombre de n
os commentateurs médiatiques
ont pu s’offrir à bon compte un vernis culturel en citant abondamment les
thèses – qu’ils n’ont pour la plupart jamais lues – de Samuel Huntington sur le
« choc des civilisations ». Savent-ils seulement que le même homme, voici une
vingtaine d’années, théorisant aux côtés des membres de la Trilatérale (ancêtre
du séminaire de Davos), expliquait déjà gravement que l’ingouvernabilité des
pays occidentaux était due à des excès de démocratie et au fait qu’aux
États-Unis « des groupes sociaux marginaux, les noirs par exemple, participent
maintenant pleinement au système politique
[1] » ? Il faut rejeter avec la plus grande vigueur tout
discours qui proclamerait la nécessité de se préparer à la guerre des
civilisations, quand la véritable question est de tout faire pour qu’elle ne
soit jamais à l’ordre du jour. De ce point de vue, à la notable exception de
Silvio Berlusconi qui, selon une formule de la presse italienne, a pris la
posture d’un « taliban du monde occidental », il faut noter que la réaction de
la plupart des responsables européens, mais aussi d’un certain nombre
d’américains, n’a pas sombré dans l’appel à la haine.
Edward Saïd, dans un article publié par la revue américaine
Counterpunch, a tout à fait raison de
souligner que dans l’essentiel du monde arabe l’anti-américanisme n’est pas «
basé sur une haine de la modernité et de la technologie mais sur une succession
d’actes concrets, de déprédations spécifiques et, dans le cas du peuple
irakien, [sur] une souffrance liée aux sanctions imposées par les États-Unis ;
[il est enfin basé] sur 34 ans d’occupation par les Israéliens de territoires
palestiniens. »
Si le « choc des civilisations » n’est pas à l’ordre du jour,
il serait naïf de ne pas prendre conscience qu’il fait partie de l’horizon
d’une fraction de l’islamisme radical. Un homme comme Oussama Ben Laden n’agit
pas de façon simplement empirique, il développe une stratégie qui vise à la
déstabilisation de l’ensemble du monde arabe et proche-oriental. On ne peut que
partager l’analyse de l’historien britannique Eric Hobsbawn quand, répondant
aux questions du journal La
Repubblica, il estime que le premier objectif des terroristes est de
se constituer en « classe dirigeante de rechange qui se propose de conquérir le
pouvoir dans la zone pétrolière ». Qu’auraient à y gagner les millions de
musulmans qui pensent sincèrement que ces hommes expriment et vengent à leur
manière leur humiliation et leurs frustrations ? Rien d’autre qu’un enfoncement
dans leur malheur et une plongée dans le pire des obscurantismes. Cela ne vaut
pas absolution pour les régimes de la région, dont aucun n’est démocratique,
mais la politique du pire a toujours été la pire des politiques.
Si cela est vrai, deux affirmations s’imposent.
La première est que toute réplique américaine, voire
occidentale, qui ne serait pas suffisamment pensée, ciblée, clairement mandatée
par l’ONU, qui se traduirait par des bombardements massifs faisant des victimes
civiles, outre sa probable inefficacité pour punir les responsables, ne ferait
que décupler les haines et les frustrations et dès lors favoriser la stratégie
des islamistes radicaux.
La seconde est que la préservation et le développement à
l’échelle du monde d’une société ouverte est bel et bien l’enjeu majeur de la
phase historique en cours. Cela n’a rien à voir avec le discours absurde de la
lutte du bien contre le mal, d’un monde prétendu civilisé contre un monde qui
serait barbare. Il s’agit d’affirmer haut et fort que chaque société
particulière doit trouver l’équilibre entre son enracinement dans une histoire
particulière et son ouverture au monde. Il s’agit d’affirmer avec l’immense
majorité des manifestants de Gênes qu’une mondialisation alternative à la
mondialisation libérale est possible. Enfin, de la même façon que la lutte
anti-terroriste ne saurait s’accommoder d’un terrorisme d’État, la préservation
d’une société ouverte ne saurait être compatible avec une quelconque limitation
des libertés publiques qui pourrait nous être présentée comme une contrainte
nécessaire en ces temps difficiles. Dans le même ordre d’idées, qu’on ne compte
pas sur nous pour absoudre les généraux algériens de leurs crimes ou Vladimir
Poutine de ses exactions en Tchétchénie sous prétexte qu’ils seraient au
premier rang de la lutte contre le terrorisme islamiste.
Une fois ces principes affirmés, il importe d’en tirer toutes
les conséquences.
Elles portent d’abord sur le court terme. Il s’agit dans la
riposte au terrorisme de trouver le difficile chemin de la justice qui ne
tolère pas l’impunité mais ne s’accommode pas de la vengeance. Pour ne pas
aggraver le mal, cette riposte doit chercher à recueillir l’assentiment des
citoyens du Nord et du Sud de la planète. Dès lors, elle doit être l’affaire de
la communauté internationale et non celle d’un État, fût-il celui qui a été
attaqué. Les États qui protégeraient les terroristes sous une forme ou une
autre devraient être sanctionnés. Les coupables doivent être attrapés et jugés
par le Tribunal pénal international. On peut aussi imaginer qu’une assistance
internationale importante aide le peuple afghan à se libérer du régime qui
l’opprime, mais cela passe par la prise en charge de cet objectif par les
afghans eux-mêmes, et non par une occupation militaire vouée à l’échec. En tout
état de cause, si par malheur elle se concrétisait, il faudrait s’opposer
pacifiquement à l’aventure militaire que veulent les ultras de l’administration
US et certains dirigeants britanniques.
La deuxième clé de la situation à court terme se trouve en
Israël. La portée symbolique et stratégique du conflit israélo-palestinien est
devenue telle qu’il n’existe pas d’autre moyen de convaincre les peuples arabes
de prendre leur place dans la lutte contre les fanatismes que d’en finir avec
la pratique du « deux poids deux mesures » dès lors que les agissements de
l’État d’Israël sont concernés. L’ensemble de la communauté internationale doit
exercer sur Ariel Sharon une pression décisive pour qu’au minimum la
négociation avec les Palestiniens soit reprise au point où elle en était voici
bientôt un an à Tabah. Tout faux-fuyant, toute utilisation du climat actuel en
vue de contraindre Yasser Arafat à accepter un mauvais accord qui ne
comprendrait pas le départ des Israéliens de l’ensemble des territoires occupés
en 1967, produirait très vite des résultats inverses de ceux qui sont
escomptés. Cela suppose aussi que, dans la solidarité avec les Palestiniens,
soient clairement dénoncées les traces d’antisémitisme qui se cachent dans les
replis des anti-sionismes les plus caricaturaux.
Une troisième clé réside dans l’assèchement des réseaux
financiers liés au terrorisme. C’est probablement un des aspects les plus
nouveaux de la situation, dans la mesure où rien dans ce domaine n’est possible
sans s’attaquer aux racines du blanchiment de l’argent sale : secret bancaire,
opacité de la circulation des capitaux, paradis fiscaux. L’ironie de l’histoire
veut que ce soient les États-Unis qui aient torpillé les négociations engagées
sur ces questions dans le cadre de l’OCDE. Dans la mesure où, une fois encore,
leur propre aveuglement leur a coûté cher, on pourrait espérer que la leçon
sera retenue. Nombre des magistrats qui depuis des années tentent de provoquer
des percées du droit sur ce terrain décisif nous invitent à une grande méfiance
en la matière, tant ce sont les intérêts des grandes multinationales
elles-mêmes qui sont en cause. Mais quand on voit que les dirigeants
américains, réputés les plus libéraux de la planète, ne trouvent pas en
situation de crise d’autre issue qu’un recours massif à l’intervention de
l’État dans l’économie, on peut se dire que toutes les batailles ne sont pas
perdues d’avance.
D’autres conséquences portent sur le moyen et le long terme.
Depuis la fin des années quatre-vingt, le fait qu’une seule puissance domine la
planète est clairement un facteur de dérèglement du monde. La gestion de la
montée des interdépendances est devenue de ce fait un affrontement quand il
faudrait une coopération. Le refus américain de ratifier le protocole de Kyoto
sur le réchauffement de la planète est l’une des plus graves et significatives
conséquences de ce fonctionnement unipolaire. Une société ouverte passe par un
monde multipolaire dans lequel l’Europe s’appliquerait à jouer à l’échelle du
monde un rôle de régulation et non de domination. La crise actuelle devrait
nous inciter à récuser l’impasse qui consiste à considérer qu’on ne pourra
s’intéresser au renforcement de la construction de l’Union européenne que
lorsque la logique libérale qui domine en son sein aura été contrée, alors que
la lutte réelle contre cette logique passe par des combats concrets et urgents
pour modifier chaque aspect de la construction européenne.
Enfin, si les limites de la logique économique dominante sont
devenues évidentes, on ne pourra se contenter des bonnes paroles largement
dispensées par les responsables politiques. Puisqu’ils nous disent être
soucieux des dérèglements du monde, prenons-les au mot et menons en grand le
débat sur la façon dans la longue durée de construire des rapports économiques
et sociaux dans le monde qui soient fondés sur les droits des individus et des
peuples et non ceux d’un marché sans entraves. Déjouer le piège du terrorisme,
imposer une société ouverte ont pour condition sine qua non de repenser le développement de
façon à ce qu’il soit à la fois durable et équitable.
Depuis bon nombre de mois, nous avions construit le dossier de
ce numéro de Mouvements autour des
problématiques contemporaines de la démocratie. Nous ne pensions pas que
l’actualité rendrait le sujet si brûlant. Moins que jamais, la démocratie peut
être pensée comme le privilège d’une partie opulente de la planète, le reste du
monde ayant d’autres préoccupations plus urgentes. Moins que jamais, la
démocratie saurait être pensée de façon désincarnée, hors des enjeux
économiques, éthiques, sociétaux et sociaux. Moins que jamais, elle saurait se
limiter au cadre de l’État « national-social », pour reprendre une formule
d’Étienne Balibar. Et moins que jamais, la résolution de ces différents enjeux
peut être envisagée sans repenser et refonder la démocratie elle-même. La
refonder en ayant en tête, selon la formule de Bernard Manin, qu’elle ne
saurait être un « système apaisé ». Elle est au contraire un espace organisé où
se déploie l’articulation difficile entre la confrontation et le débat, le
conflit et la procédure, sans oublier qu’au terme du débat se pose toujours la
question de la décision publique. Longtemps la gauche, ou ce que l’on nommait «
le mouvement ouvrier », s’est interrogée et a débattu sur la nature de la
démocratie. « Démocratie bourgeoise » ou « démocratie prolétarienne », «
démocratie réelle » ou « démocratie formelle ». Dans les termes où elles furent
formulées, ces alternatives ont perdu une large part de leur signification. Les
débats se sont peu à peu déplacés vers d’autres enjeux, ce qu’on pourrait
nommer les échelles de la démocratie
d’un côté, ses nouveaux territoires de
l’autre.
S’agissant des échelles, nul ne conteste la pertinence du «
local », c’est ensuite que les choses se compliquent. Pour les souverainistes
de gauche, il n’est de démocratie possible et effective qu’au niveau national
puisque c’est le seul espace dans lequel, à échéance historique encore longue,
les peuples peuvent se reconnaître. Ils ajoutent que les institutions
internationales ne peuvent être démocratisées que sur la base d’une
intervention des États et non par la construction, selon eux illusoire, de
nouveaux espaces de démocratie. Cette vision politique a sa cohérence, mais
elle est inopérante dès lors qu’il s’agit de peser sur les grands problèmes de
la planète : les inégalités Nord-Sud, la régulation des flux financiers,
l’écologie, le développement durable, la sécurité collective, etc., dans la
mesure où chacun de ces problèmes relève d’interdépendances.
Une seconde approche tend à considérer que l’État-nation est
déjà suffisamment dépassé pour que les enjeux démocratiques ne se posent plus
pour l’essentiel qu’aux niveaux européen et mondial. Poussée au bout elle
serait, à l’étape actuelle, aussi inopérante que la première et conduirait
notamment en matière de construction européenne à une sorte de fuite en avant
où le contenant serait plus important que le contenu.
Nous avons abordé ce dossier avec l’idée que ces deux éléments
étaient inséparables et devaient avancer d’un même pas. Alors que s’ouvre le
débat sur la rédaction d’une Constitution européenne, refuser ce pas en avant
reviendrait à laisser libre cours aux libéraux, qui pourraient fort bien se
contenter d’une Europe qui ne soit qu’un grand marché. Pour cette raison il est
essentiel que les citoyens saisissent cette occasion pour faire d’une telle
Constitution un instrument de démocratisation institutionnelle en même temps
que d’affirmation des droits individuels et collectifs. Dans le même ordre
d’idées, la lutte pour la démocratisation des États nationaux, loin d’être un
combat archaïque, est une des conditions du succès d’une démocratisation de
l’Union européenne mais aussi des grandes institutions
internationales.
Enfin nous avons récusé une conception, encore beaucoup trop
répandue, qui aurait limité la démocratie au terrain institutionnel même si
nous y consacrons bien sûr une large place, en recherchant notamment les
conditions de la déprofessionalisation et du renouvellement des acteurs
politiques. Il n’est pas question de proclamer la supériorité de la démocratie
participative sur la démocratie représentative ou vice versa, mais de bien
comprendre qu’en ces temps où le fossé entre les politiques et les citoyens ne
cesse de s’aggraver la démocratie représentative ne peut se ressourcer et se
recrédibiliser qu’en s’appuyant fortement sur une percée de la démocratie
participative. Mais cette vision elle-même aurait encore été trop courte si
nous n’avions pas prolongé la réflexion sur la pénétration indispensable de la
démocratie sur des territoires parfois nouveaux : l’économie et le social bien
entendu, ce qui implique certes de nouveaux droits dans l’entreprise mais
également une nouvelle conception des rapports sociaux ; nous avons aussi voulu
explorer dans le même esprit ce que pourrait signifier la démocratisation de
l’expertise scientifique, mais aussi celle de la police et pourquoi pas de la
gestion des réseaux de l’Internet.
Acceptation et gestion du conflit, déplacement des échelles,
diversification des territoires et des enjeux, la démocratie est bien une idée
à réinventer. •
Mouvements
le 5-10-2001
[1]
Cité par C.
Hazé,
La commission trilatérale. Quelle crise pour la
démocratie ?, DEA Université de Paris 8, juin 1998,
p.114.