Mouvements
La Découverte

I.S.B.N.2-7071-3709-X
192 pages

p. 37 à 43
doi: 10.3917/mouv.020.0037

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Dossier

no20 2002/2

2002 Mouvements Dossier

Queer Move/ments

Marie-Hélène Bourcier  [*]
La pensée queer connaît depuis plusieurs années une grande effervescence, apportant aussi bien une contradiction théorique au féminisme matérialiste qu’un renouvellement des postures pratiques. Conçue comme une boîte à outils destinée à ouvrir de nouveaux espaces au dépassement du choc frontal des genres, la pensée queer peut apparaître artificielle par son obsession de la performance et de la mise en scène des corps et des actes. Pourtant, la science maîtrisée de l’outrance dont le queer fait preuve ne doit pas masquer l’importance de ses propositions concernant la politique des identités et les capacités de subversion que recèle la manipulation des « différences ». Marie-Hélène Bourcier nous propose ici un manifeste pour une stratégie post-identitaire.
« Judith Butler est complètement folle, ne croyez-vous pas ? » me disait l’autre jour un « grand » éditeur français qui, après avoir songé un très court instant à traduire l’auteur de Gender Trouble, l’avait décrétée intellectuellement et éditorialement incorrecte. Nous vivons dans un pays décidément bien réticent en matière de politiques sexuelles : à peine traversé par un féminisme qui, au mieux, plaide pour sa survivance et qui a complètement évité sa phase réflexive et critique, du moins pour l’instant… Nos frontières sont cadenassées. Nous ne traduisons pas les textes de référence qu’il s’agisse du féminisme, du post-féminisme, de la théorie queer ou des théories post-coloniales alors qu’ils sont lus en Espagne, en Allemagne, en Italie ou au Mexique.
Ce manque de circulation du savoir nous prive de bien d’autres théoriciennes et praticiennes de la théorie queer : Teresa de Lauretis [1], Eve Kosovsky Segdwick [2], Gayle Rubin [3], Judith Halberstam [4]. Il explique partiellement la pression définitionnelle que continue de déclencher « le queer » en France. Ze queer. La formulation substantialisante pourrait passer pour une blague ontologique auprès des tenants de la théorie queer tant ils se sont évertués à faire la guerre aux essences et aux identités naturalisées. Car après tout, c’est cela le cœur de la théorie-politique-mouvement queer : un rapport hypercritique à l’identité et aux politiques de l’identité, qu’elles soient homo/hétérosexuelles, nationales, de genre, de classe, de race, intersection des traits identitaires comprise. Avec une conscience aiguë de la ressource identitaire (du fait qu’elle est quotidiennement exploitée dans les entreprises, dans l’armée, dans le show biz, à la télévision – ni Star academy ni C’est mon choix ne nous prouveront le contraire – et dans la chambre à coucher…), qui débouche sur une manière de faire de la théorie et de la politique qui ne s’inscrit pas dans un scénario d’inspiration marxiste révolutionnaire (avec la séquence oppression/révolution/abolition/éradication) mais, plus modestement et de manière moins totalisante, dans une logique de résistance micropolitique qui emprunte à des stratégies de resignification, de dés-identification, de prolifération, de réappropriation (des genres par exemple mais pas seulement), comme autant de manières d’exploiter des ressources identitaires de manière post-identitaire.
Pour mieux comprendre comment on en est arrivé là, théoriquement et politiquement, aux États-Unis comme en France, j’aimerais juste esquisser une rapide généalogie des théories et des mouvements queers, comme une succession de Queer Move/ments, de décrochages successifs par rapport à certaines politiques sexuelles, certaines identités (sexuelles) valant souvent pour sujets de la politique et devenues hégémoniques. Que ceux qui y voient du franglais et que cela agace prodigieusement me pardonnent la graphie Queer MOVE/ments ; en fermant les yeux, la phonétique leur rendra une francité qui ne me paraît pas pertinente pour évoquer des politiques sexuelles et un trafic référentiel transnationaux. Et comme le terme de « mouvement » risque d’appeler le binarisme théorie/mouvement, j’utilise aussi MOVE pour les confondre.
 
Queer Queens
 
 
Au-delà des différences d’approche et de problématiques qui les séparent, les théoriciennes américaines « queers » des années quatre-vingt-dix ont toutes en commun de problématiser l’identité en se nourrissant des théories post-structurales françaises, Foucault plus particulièrement. Peut-être serait-il plus approprié de dire que ces féministes et post-féministes, dont une grande majorité est lesbienne ou qui déclinent des identités hétérodécalées – comme c’est le cas pour Sedgwick –, ont réussi le détournement de la problématisation foucaldienne de l’identité. Il fallait bien ça compte tenu des options résolument monogenrées de l’auteur de La Volonté de savoir. Foucault ne s’intéressait guère à la féminité, aux lesbiennes ou à l’hétérosexualité comme régime bio-politique. Mais il venait à point nommé pour booster un constructivisme radical qui mettait l’accent sur le caractère construit et discursif de l’homosexualité et de l’hétérosexualité, des identités sexuelles telles que nous les connaissons, telles qu’elles sont produites par l’époque moderne. Petite doxographie en coup de vent.
De Lauretis [5], par exemple, a utilisé Foucault pour re-définir « la construction du genre comme étant à la fois le produit et le processus de la représentation et de l’autoreprésenation [6] » et en a profité pour regrouper sous la dénomination d’inspiration semi-foucaldienne de « technologie du genre » tous les langages et toutes les représentations sociales et culturelles qui produisent les genres. Pour de Lauretis, et tant pis pour la psychanalyse orthodoxe hétéronormante, le genre n’est pas non plus dérivé de la différence sexuelle. Il est un ensemble varié d’effets qui produit des comportements et des relations sociales dans les corps et qu’alimentent les discours institutionnalisés, les pratiques critiques, épistémologiques et quotidiennes aussi bien que le cinéma. La reconceptualisation de notre système sexe/genre par Butler [7] part quant à elle de la critique de la catégorie de sexe opérée par Foucault. De la même manière que, comme nous le dit Foucault [8], le sexe et la sexualité ne sont pas l’expression d’un soi profond ou d’une identité, le genre, nous dit Butler, n’est pas l’expression du sexe. Les discours qui alimentent la vérité du sexe positionnent le sexe comme la cause des pulsions ou du désir alors qu’il est un effet de ces discours. Les discours sur les genres les positionnent comme étant causés par le sexe (dit biologique), comme si sexe et genre entretenaient un rapport expressif ou descriptif (le genre masculin exprimerait naturellement le sexe biologique masculin), alors que l’identité de genre est le résultat d’un effet de répétition régulée des codes de performance de genre.
Pour Segdwick [9] et Rubin [10], le détour par Foucault conduit plutôt à relativiser l’usage théorique de la catégorie de genre qu’elles jugent toutes deux insuffisante pour prendre en compte les sexualités et notamment les pratiques sexuelles alternatives, SM pour Rubin. Il serait trop long de revenir en détail sur ces deux parcours mais disons qu’ils sont à la fois représentatifs des décrochages conceptuels et politiques effectués par les théoriciennes queer de la première vague (ce que j’appellerai les queer queens et dont font partie Rubin et Segdwick) et par ceux et celles qui font de la politique queer tout en contenant en germe une critique qui s’avérera décisive pour les théoriciennes de la deuxième vague (les queer kings), celle relative à l’oubli de la sexualité.
 
Queer move/ments
 
 
Premier décrochage majeur : celui qui consiste à déconstruire l’identité hétérosexuelle, la manière dont elle produit son autre déviant, l’homosexualité, et le système sexe/genre normatif qui lui est rattaché. Ce qui se traduit notamment par une sérieuse remise en cause de la différence sexuelle et de son discours-gardien, la psychanalyse, ainsi que de la pensée straight (hétérocentrée) en général. Le deuxième décrochage est celui qui consiste à ne plus faire l’économie de la sexualité, des pratiques sexuelles et des culturelles sexuelles dites différentes ou perverses dans l’analyse et la politique. Ces deux queer move/ments en sous-entendent un autre non moins fondamental et que l’on retrouve chez nos queer queens : le moment où l’on bascule du féminisme vers le post-féminisme ou le féminisme queer. Une bonne partie de Technologies of Gender comme de Gender Trouble consiste en une analyse critique du féminisme des années quatre-vingt et de l’identité « femme » qu’il a promue à la fois comme idéal et comme sujet de la politique. Le questionnement est loin de ne concerner que les féministes essentialistes de la seconde vague américaine et s’avère souvent pertinent pour le féminisme français dans ses différentes composantes : le féminisme féminin psychanalytico-essentialiste de Psych et Po tout comme le féminisme matérialiste d’inspiration marxiste, voire le lesbianisme radical français qui, curieusement, est reste scotché au paradigme de la femme (à part Monique Wittig [11]). Qu’en est-il d’un féminisme qui a posé comme point de départ pour l’émancipation le corps sexué selon la différence sexuelle ? N’a-t-il pas favorisé la renaturalisation du corps féminin et de la féminité au lieu d’en faire un objet de critique, de déconstruction, de dés-identification d’avec « la femme » ? Qu’en est-il d’un féminisme aux prétentions universalisantes prompt à exporter le modèle de l’oppression pour lutter contre « le patriarcat universel » ? Qu’en est-il d’un féminisme qui, parce qu’il se fondait sur la pseudo unité et pureté du sujet « Femme » a oblitéré les différences de classe et de race ainsi que leur interaction et a généré des exclusions, notamment à l’égard des lesbiennes puis des transsexuelles (Friedan aux États-Unis, Beauvoir et tous les courants du féminisme français qui se sont réclamés de l’auteur du Deuxième Sexe, et qui, même lorsqu’ils étaient conduits par des lesbiennes – au placard il est vrai – ont confiné les lesbiennes du « Mouvement » à un rôle sexuel et leur ont interdit une visibilité et la formulation d’une politique lesbienne) ? De fait, si l’identité « femme » renvoie à un sujet unifié, stable, cohérent, le risque est qu’elle devienne synonyme de régulation et de réification des relations de genre dans le cadre de la matrice hétérosexuelle. Le féminisme qui table sur cette identité femme à la fois comme sujet et horizon de la politique est naturalisant, totalisant et excluant à terme. Sans compter qu’il passe souvent à côté de la déconstruction de la masculinité, qu’il compacte dans la réalité transhistorique et transnationale du patriarcat, au « profit » d’une présentation victimisante des femmes. De base qu’elle était pour ébaucher une continuité entre femmes, l’identité « femme » est devenue une fiction culturelle dont les effets normatifs ont été contrés par les politiques queers.
Ce décrochage fondamental par rapport à un certain féminisme laisse déjà entrevoir en quoi les queer move/ments constituent une réaction par rapport au potentiel hégémonique, réducteur et naturalisant des politiques de l’identité (dont je rappelle au passage et j’en donnerai quelques exemples, qu’elle ne sont pas une spécificité anglo-saxonne… La politique de l’identité hétérosexuelle se porte bien en France, merci. Simplement, elle n’est pas marquée, elle n’a pas besoin de se faire re-marquer pour exister en tant que norme naturelle. Quant à la politique de l’identité gaie – foncièrement intégrationniste – estampillée « communautariste » pour faire peur par Le Figaro, elle gagne en arrogance économique et politique).
Si le post-féminisme queer est un retour critique sur la politique de l’identité femme promue par un féminisme souvent essentialiste et blanc, c’est bien parce qu’il a dû prendre en compte le développement de la critique post-coloniale et les revendications des femmes et des lesbiennes de couleur [12]. Mais le queer move/ment, c’est aussi une réaction à la montée en puissance de la politique gaie assimilationniste. Celle-ci se manifeste aux États-Unis dans les années quatre-vingt-dix par le développement d’enclaves politiques et économiques gaies qui reproduisent un compartimentage selon la classe et la race dans « la communauté » : prédominance des Blancs et des classes moyennes à l’image des quartiers de Mission à San Francisco et du Village à New York. Aux marges sont reléguées les identités plus queers qu’homosexuelles ou gaies : SM, folles, latinos, trans et autres minorités dont les lesbiennes. Ce n’est sans doute pas un hasard si le terme de queer a fait l’une de ses premières apparitions en 1991 sur une couverture de la revue culturaliste féministe Differences [13]. Teresa de Lauretis, qui dirigeait ce numéro, ne manqua pas de préciser dans son introduction que la présence de la mention queer theory à côté du titre lesbian and gay sexualities était une manière de se démarquer de la formule « lesbian and gay » devenue productrice de silences pour les lesbiennes à partir du moment où elle veut dire gay only. Ce quatrième décrochage se fait donc par rapport à une politique de l’identité gaie, devenue elle aussi hégémonique, normative et excluante.
Les initiatives des groupes queer qui perlent en France depuis 1996 se situent dans cette ambivalence par rapport à l’identité [14], en exigeant de la politique de l’identité qu’elle soit aussi une politique des différences et de résistance à la norme [15]. Identitaires post-identitaires, souvent convaincu(e)s de la constructibilité/déconstructibilité productive des identités (sexuelles et de genres), ces « gais » et ces « lesbiennes » ne sont plus straight et ne veulent pas le devenir après plus de quarante ans de culture post-stonevalienne. Mais ils critiquent les limitations et les infradiscriminations qu’a produites celle-ci ainsi que le figement identitaire et politique qu’elle secrète [16]. C’est dans cette perspective qu’il faut interpréter la création spectaculaire en 1999 d’une parodie d’association comme Homosexualité et Bourgeoise par Madame H, et dont les meetings sont autant de spectacles et de leçons de maintien qui en disent long sur la discrimination de classe et le calibrage des corps en vigueur dans la culture gaie dominante. Un groupe d’action comme le tout récent Gloss (G. roupement de L. opettes O. rganiquement S. exuelles et S. ubversives) constitué à l’automne 2001 zappe l’homophobie du gouvernement égyptien et la culture coloniale française en investissant la galerie des Antiquités égyptiennes du Louvre et en mettant en scène ses Égyptiennes dalidaiesques qui distribuent des tracts dénonçant la condamnation des Égyptiens sodomites passifs aux touristes culturels. Mais Gloss zappe tout autant l’institutionnalisation de l’identité gaie en « glossant » Act Up le jour du 1er décembre et le magazine gay Têtu pour l’hétérocentrisme de sa culture pornographique, compte tenu de la manière dont le magazine, dans son numéro de décembre 2001, a jugé indigne de figurer dans sa vidéothèque idéale un acteur porno passif qui ne bande pas alors qu’on l’encule superbement. Transversalement, avec ou sans la performance de l’Égyptienne, Gloss signifie clairement une résistance à la production d’identités sexuelles et de genres normatives. Notamment par rapport à une homosexualité gaie qui supprime les identités de genre dissonantes en faisant la promotion d’une culture masculiniste, anti-féministe et lesbophobe, qui ne se différencie de la culture homoérotique hétérosexuelle que par ses pratiques sexuelles. Les groupes transversaux qui se réunissent en coalition de minorités, pour s’opposer, par exemple, au projet de Centre de documentation et d’archives gaies et lesbiennes déposé à la ville de Paris et approuvé par La lesbian & gay pride qui n’arrive toujours pas à s’appeler LGBT (lesbienne-gay-bi-trans pride) [17], participent de la même volonté de contrer la politique de l’identité gaie non lesbienne et non transgenre, dans ce cas en développant une politique du savoir qui suppose une vision de l’archive non administrative, non excluante et prenant en compte les acquis de l’historiographie non straight. Il faut dire que l’équipe de responsabilité n’intègre aucune lesbienne historique ou militante dans son équipe, aucun ou aucune transsexuel(le) – cela va de soi – et arbore une liste fleuve de quelque quarante parrains agrémentée de quatre femmes.
L’histoire se répète : l’identité de « l’homosexuel » comme celle de « la femme » et celle de « l’hétérosexuel » entendue comme un sujet stable et cohérent est synonyme de régulation et de réification de relations de genres stables et rapproche généralement de la matrice hétérocentrée. De possible base qu’elle était pour établir une continuité entre gais et lesbiennes ou bien gaies, lesbiennes, bi et transgenres, l’identité homosexuelle ou gaie est devenue source de normes et d’invisibilisations pour les autres minorités qui provoquent le queer/move/ment.
 
Queer Kings
 
 
La volonté de dénaturalisation et d’utilisation de l’identité dont témoignent ces queer/move/ments que l’on vient d’entrevoir suppose de concevoir l’identité comme un instrument politique stratégique, susceptible de servir à déconstruire les identités masculine et féminine, homosexuelle et hétérosexuelle qui secrètent des formes de violence et d’oppression. Raison pour laquelle l’on ne saurait « être » queer, ni homme ni femme d’ailleurs. Non parce que l’idéal est le dépassement des identités ou des genres – ce serait tomber dans le piège dépolitisant de l’individualisme ou du dandysme – ou parce que l’on viserait à éradiquer les rapports sociaux de sexe pour reprendre une terminologie plus matérialiste – mais finalement peu réaliste. C’est plutôt que les identités sexuelles sont multipliables et « resignifiables », corps compris. S’il fallait ajouter un cinquième queer/mouve/ment qui nous permette de nous situer sur la spirale, ce serait celui représenté par une nouvelle génération d’activistes et de théoriciennes, les queer kings, qui ont en commun cette fois d’avoir décroché de la définition butlérienne de l’identité sexuelle (comme étant performative et l’effet des performances de genres) parce qu’elle oubliait les pratiques sexuelles, le corps et les effets de l’incorporation.
Ki Namaste [18], Jay Prosser [19] et Beatriz Preciado, les communautés transgenres et transsexuelles n’ont pas manqué de critiquer l’instrumentalisation de la drag queen qui s’est produite dans Gender Trouble : toute à sa préoccupation d’évoquer plutôt l’identité dissonante et ludique gaie (pourquoi ne pas avoir pris l’exemple de la drag king, une identité dissonante issue de la culture lesbienne ?) Butler s’est emparée de la drag queen comme modèle heuristique d’explication de la construction du genre, et du genre seulement, oubliant au passage que bien des drag queen sont aussi trans- et que, sortis de l’enceinte théâtrale qui leur est réservée dans une boîte gaie, leurs corps modifiés seront rejetés par les gais qui les ont applaudis sur scène [20]. Faire de la drag queen la preuve que tout genre (la féminité et la masculinité hétérosexuelles y compris) est performance, c’est-à-dire constitué par la répétition d’une imitation sans original, aboutit à faire l’économie du poids de la corporalité, de la résistance des corps transformés et des pratiques sexuelles pour parler des identités (sexuelles) et des post-identités dissidentes. C’était compter sans « les technologies de sexe [21] » dont on aurait évidemment tort de croire qu’elles se confondent avec les techniques de changement de sexe alors que nombre d’entre elles sont des techniques de stabilisation des genres couramment pratiquées sur les corps hétérosexuels (des seins en silicone au pénis allongés) et sur lesquels détournent efficacement notre attention le mouvement des intersexes, les travaux d’Halberstam [22] sur le continuum butch-drag king-Female to Male ou ceux de Preciado sur les godes et la contra-sexualité. Peut-être était il temps que le gender fucking n’oublie pas… le corps et que ce soit le Foucault sado maso adepte du fist-fucking, susceptible de rencontrer Gayle Rubin dans les mêmes sex clubs de San Francisco pour une sexualité high-tech [23], qui inspire une nouvelle fois le queer/move/ment. •
 
NOTES
 
[*] Auteure de Queer zone, Balland, 2001.
[1] T. de Lauretis, Technologies of Gender. Essays on Theory, film and Fiction, Indiana university press, Bloomington & Indianapolis, 1987.
[2] E. K. Segdwick, Epistemology of the Closet, University of California press, Berkeley, 1990.
[3] G. Rubin, « Thinking Sex : Notes for a Radical Theory of the Politics of Sexuality », in C. S. Vance, (dir.), Pleasure and Danger : Exploring Female Sexuality, Routledge, New York, 1982.
[4] J. Halberstam, Female Masculinity, Duke university press, Durham, 1998.
[5] cf. le premier chapitre de T. de Lauretis, Technologies of Gender…, op. cit.
[6] Idem, p. 9.
[7] J. Butler, Gender Trouble, Feminism and the Subversion of Identity, Routledge, Londres, New York, 1990.
[8] M. Foucault, La Volonté de savoir, Gallimard, 1972.
[9] E. K. Segdwick, Epistemology of the Closet, op. cit.
[10] G. Rubin, « Thinking Sex… », art. cit.
[11] M. Wittig, The Straight Mind and Other Essays, Beacon press, Boston, 1992 (La Pensée Straight, Balland, 2001).
[12] G. Anzaldua, « To(o) Queer the Writer : Loca, escrita y chicana », in B. Betsy Warland (dir.), In Versions : Writings by Dykes, Queers and Lesbians, Vancouver press gang, 1991.
[13] Differences. A Journal of Feminist Cultural Studies, « Queer Theory, Lesbian and Gay Sexualities », Brown university press, vol. 3, summer 1991.
[14] La réaction envers un féminisme hétérocentré et la réappropriation des textes de Monique Wittig en relation avec la critique de l’hétérosexualité comme régime politique et la politique lesbienne versus la politique féminine a occupé bon nombre de séminaires de l’association queer Le Zoo en 1999. Elle s’est également concrétisée par la traduction en français des textes politiques de Wittig ainsi que par la tenue d’un colloque en sa présence à Columbia university in Paris en juin 2001. La parution des actes de ce colloque est prévue pour le printemps 2002 aux Éditions Gaies & Lesbiennes.
[15] C’est le cas par exemple pour Le Zoo et le collectif Queer Factory, respectivement fondés en 1996 et 2001.
[16] L’émergence d’une revendication des identités butch/fem dans la culture lesbienne française va dans ce sens. Elle s’est notamment manifestée par la publication d’un recueil de textes en 2001 : C. Lemoine et I. Renard, Attirances, Lesbiennes Fems/Lesbiennes Butchs, Éditions Gaies et Lesbiennes.
[17] Aux dernières nouvelles de janvier 2002, c’est fait… Mais il aura fallu le temps…
[18] V. K. Namaste, Invisible Lives, The Erasure of Transsexual and Transgendered People, Chicago university press, 2000 et plus particulièrement le chapitre intitulé « Tragic Misreadings : Queer Theory’s Erasure of Transgender Subjectivity ».
[19] J. Prosser, Second Skins, the Body Narratives of Transsexuality, Columbia university press, New York, 1998.
[20] Sur le contrôle spatial exercé sur les drag queens dans les bars, cf. V. K. Namaste, Invisible Lives…, op. cit. Namaste rappelle à juste titre l’ambivalence que suscitent les drag queens dans les défilés de la fierté gaie et lesbienne.
[21] Au sens où l’entend B. Preciado, Manifeste Contra-sexuel, Balland, 2000.
[22] J. Halberstam, Female Masculinity, op. cit. et J. Halberstam, « F2M : the Making of Female Masculinity », in L. Doan (eds), The Lesbian Postmodern, Columbia university press, New York, 1994.
[23] Sur la manière dont Foucault a réussi à faire parler le langage contemporain de la communauté SM aux Grecs et à bien tromper son monde et les philosophes, il faut lire le réjouissant article de B. Preciado, « Sex Machine. Introductory notes to a radical theory of sex toys ».
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Idem, p. 9. Suite de la note...
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J. Butler, Gender Trouble, Feminism and the Subversion ...
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M. Foucault, La Volonté de savoir, Gallimard, 1972. Suite de la note...
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E. K. Segdwick, Epistemology of the Closet, op. cit...
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