2002
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L’Asie, frontière de l’islamisme ?
Jean-Louis Margolin
[*]
L’islam est une religion asiatique. Cette affirmation surprend encore quelques fois, c’est pourtant sur ce continent, et bien au-delà du monde arabe, que se situe aujourd’hui la grande majorité des adeptes de cette religion née dans le même espace que le judaïsme et le christianisme. Cela conduit à s’interroger sur les potentialités et les limites de développement de l’islamisme politique, mais aussi sur sa grande diversité
[1].
L’islam est né en Asie. Le judaïsme et le christianisme aussi, et très près des lieux où le Prophète exerça – ce qui n’est d’ailleurs en rien une coïncidence. Mais les deux autres « religions du Livre » essaimèrent essentiellement vers l’ouest, au point de voir aujourd’hui leur centre de gravité géographique hésiter entre la façade atlantique de l’Europe et les abords de l’Amérique : le Nouveau monde renferme plus de juifs et de chrétiens que tout autre continent. Si les musulmans se sont aventurés eux aussi vers le couchant, le Maghreb, leur avancée la plus significative, en termes de population surtout, a été en direction de l’orient. Au point que le centre de gravité de l’islam soit aujourd’hui situé quelque part entre Hindou Kouch et Indus : le sous-continent indien compte près de quatre cents millions de musulmans (partagés presque à égalité entre Pakistan, Inde et Bangladesh), et l’Asie orientale sans doute un peu moins de trois cents millions (près des deux tiers en Indonésie, quelques dizaines de millions en Chine, une quinzaine de millions en Malaysia, et quelques millions aux Philippines aussi bien qu’en Thaïlande et qu’en Birmanie). C’est sensiblement autant, voire un peu plus, que les islams iranien, turc, caucasien, arabe, africain et européen réunis. Un vaste « axe vert », certes entrecoupé d’étendues maritimes, et parfois en situation de coexistence minoritaire avec d’autres religions (nord de l’Inde, sud birman, Bali) mène donc du cœur de l’islam premier (le monde arabo-persan, maîtrisé dès les vii-viiie siècles) aux lointains confins que sont Mindanao, au sud des Philippines, ou Lombok, à l’est de l’arc de la Sonde. Ben Laden serait-il bon géographe ? Campé au cœur de l’Oumma, il accueillait dans ses montagnes un nombre significatif d’Indonésiens, Chinois et autres Philippins, favorisait le Jihad cachemiri, et peut-être celui des Moluques, davantage que celui de Palestine ; dans son communiqué faisant suite aux premiers bombardements américains sur l’Afghanistan, il jugeait opportun de stigmatiser Hiroshima, pensant sans doute gagner ainsi l’oreille des peuples d’Asie. Et d’aucuns l’auraient récemment aperçu sur tel ou tel front de l’islam indonésien. Il y a une stratégie asiatique de l’islamisme international, et les prochains « dragons » à rugir à l’Est du monde pourraient bien ne pas être ceux du seul néo-capitalisme.
L’islam asiatique a pourtant été longtemps minoré, par les chercheurs occidentaux autant que par les docteurs de la foi de l’université Al-Azhar (au Caire) ou de La Mecque, et largement pour les mêmes raisons : éloignement géographique par rapport au centre primitif d’expansion, éloignement culturel (faible maîtrise de l’arabe, langue du Coran – même si son alphabet fut très largement adopté, en tout cas jusqu’à l’ère coloniale
[2]), survivance très apparente de cultes et de croyances préislamiques
[3], voire syncrétiques (avec l’hindouisme ou, en Chine, avec le confucianisme) faisant souvent douter de l’authenticité de la foi musulmane de beaucoup d’Asiatiques. Et il est vrai qu’il s’agit de régions tardivement islamisées : le cœur de l’Inde ne fut atteint qu’à partir du
xie siècle, le premier État musulman important (sultanat de Delhi) étant fondé à la fin du
xiie ; l’Inde méridionale ne fut gagnée qu’au début du
xive. En Asie du Sud-Est, les premières traces de présence musulmane remontent aussi au
xie siècle, mais la progression, là rarement militaire, se montra encore plus lente : premier État islamisé (Pasai, au nord de Sumatra) en 1297 ; conversion décisive de Malacca, centre des communications maritimes régionales, au début du
xve siècle ; défaite finale du puissant royaume hindou de Mojopahit, à l’est de Java, en 1527 ; l’est de Bornéo ou le sud des Célèbes ne furent acquis qu’au
xviie siècle. Dans les zones de l’archipel insulindien les plus éloignées de l’Inde, d’où provint pour l’essentiel l’islam sud-est asiatique, les missionnaires chrétiens précédèrent souvent les prédicateurs musulmans, et les bloquèrent dans leur avancée, quand ils ne les refoulèrent pas (Manille, à l’arrivée des Espagnols en 1570, était un sultanat de fraîche date) : l’essentiel des Philippines et des petites îles de la Sonde (y compris l’ancien Timor portugais), mais aussi l’intérieur de Bornéo et les hauts plateaux sumatréens sont aujourd’hui majoritairement catholiques, et dans une moindre mesure protestants. Quant à la Chine, si l’on relève la présence importante de marchands arabes ou persans dès le milieu du
viiie siècle à Canton et dans d’autres grands ports du Sud, de véritables communautés musulmanes ne paraissent pas y avoir pris racine avant le
xie, voire le
xiiie siècle ; les Turcs d’Asie centrale présentement chinoise (Ouighours du Xinjiang), quant à eux, furent lentement islamisés entre la fin du
xe et celle du
xvie siècle. Et, dans la masse de la population chinoise, les conversions furent toujours en nombre limité, au point que les Han musulmans sont aujourd’hui assimilés à une minorité ethnique – les Hui –, alors que leur langue et nombre de leurs traditions sont entièrement chinoises
[4].
Il est vrai aussi que le soufisme, si présent en Inde ou à Java qu’on en oublierait ses efflorescences persanes, a parfois propagé un quiétisme et une tolérance à l’égard des religions préexistantes et coexistantes (qui pourtant n’ont ici rien de « religions du Livre ») qui stupéfièrent et agacèrent les voyageurs arabes : ainsi l’empereur moghol Akbar (1556-1605) organisa-t-il nombre de discussions théologiques entre musulmans, hindous, jains et jésuites, et supprima-t-il l’usuelle taxe discriminatoire touchant ses sujets « infidèles
[5] ». Souvent teinté de chamanisme, l’islam malais et insulindien n’a mis fin ni au cérémoniel politique (imité lors du mariage) entourant les rois-dieux de l’Inde, ni à l’extrême popularité des grandes épopées hindoues (Mahabarata et Ramayana), laïcisées et mêlées à des légendes persanes. Jusqu’à une date récente, le port du voile était presque inconnu en Asie orientale, et les Javanaises sortent librement, exercent tous les métiers, peuvent entreprendre des activités commerciales sans partage ni contrôle du mari
[6]. L’alcool fut longtemps presque librement consommé, la circoncision pas toujours pratiquée (en particulier en Chine), et la mosquée peu fréquentée. Les mosquées féminines abondent chez les Hui, et des femmes y tiennent la place d’ulémas, menant la prière et enseignant le Coran ; le mariage mixte, fréquent, n’implique que rarement la conversion à l’islam si souvent imposée ailleurs
[7]. Partout en Asie, les tombeaux des saints (lieux de perdition pour le rigorisme islamique moderniste) sont l’objet d’une extraordinaire ferveur, parfois partagée avec des hindous ou des bouddhistes…
•À la marge et au cœur de la maison de l’islam
Mais les cultes maraboutiques ne sont pas moins présents au Maghreb. La peu islamique excision des filles est courante en Égypte ou au Yémen. L’islam chiite, qui doit beaucoup à l’originalité iranienne, a popularisé des rituels spécifiques spectaculaires, parfois sanglants, et ne proscrit pas la représentation humaine, même celle du Prophète. Et l’on ne peut guère dire que l’alcool, les drogues ou les formes « impures » de sexualité soient absentes des régions les plus anciennement acquises à la Foi. On peut donc considérer que le discours encore si fréquent quant à un islam asiatique qui se réduirait à un « vernis fragile », ou à tout le moins se montrerait « plus tolérant », correspond soit à l’ignorance confondant traditions arabes (ou arabo-persanes) et islam authentique, soit à des stratégies aussi intéressées que contradictoires. Pour les missionnaires occidentaux, pour leurs gouvernements, et pour nombre d’universitaires, il s’est agi de justifier des politiques de prosélytisme (il y eut en Algérie coloniale aussi le « mythe berbère » d’une islamisation réversible des « descendants de Saint Augustin »), de cultiver la « coutume » (
adat) face à la loi islamique (la
charia), d’alimenter les contre-feux à l’islam politique et au panislamisme, et accessoirement de se rassurer. Pour les puristes moyen-orientaux et leurs admirateurs éblouis d’Asie, du wahhabisme né au
xviiie siècle en Arabie aux Frères musulmans apparus en Égypte en 1928, il convenait aussi de promouvoir un effort missionnaire très important (le
dakwah) qui leur fournissait fonds et main-d’œuvre, de se poser en modèles absolus (le
Darul Arqam malaysien, dissous en 1994, prescrivait à ses membres barbe, djellaba blanche et turban noir, proscrivait tables et chaises
[8], et comme tous les mouvements sectaires fondamentalistes fétichisait la langue arabe comme moyen privilégié d’accès au divin), voire d’établir un rapport quasi colonial, au moins au plan culturel, avec ces « mauvais musulmans en quête de bons enseignants » que seraient les populations islamisées d’Asie. Il serait judicieux d’évaluer dans l’impact d’un Ben Laden en Asie l’aura liée à son apparence d’Arabe de caricature, à sa diction sentencieuse, islamiquement correcte, et de s’interroger sur la hiérarchie, dans son mouvement, entre les « dirigeants et techniciens » – tous, semble-t-il, des Arabes – et l’abondante « piétaille » des premières lignes afghanes et des « fronts secondaires » du Cachemire ou d’Asie du Sud-Est, le plus souvent pakistanaise, ouzbèke, ouighoure, philippine ou indonésienne.
De plus, sur le fond, rien ne prouve – on y reviendra – que l’islam indien ou ultra-gangétique soit à la traîne dans le vaste mouvement mondial de rigorisme accru (souvent dénommé réformiste ou moderniste, de manière ambiguë, mais peut-être après tout très révélatrice des contradictions de la modernité), et dans son aile avancée fondamentaliste, dont l’islamisme constitue le volet politique. Au cours des deux derniers siècles, certains des plus beaux exemples de mouvements politiques guidés ou influencés par l’islamisme (dont le mahdisme soudanais du dernier quart du
xixe siècle constitue sans doute le prototype) se situèrent en Asie : tentative d’État théocratique sur les confins afghans (!) de Sayyid Barelwi, fondateur d’une confrérie indienne ultra-rigoriste qui lui survivra, réinventeur de la notion de
jihad, et qui ne fait quitter Delhi à des milliers de ses disciples en 1826 que pour les faire massacrer par les Sikhs en 1831 ; guerre dite des
padri (1803-1832), ces religieux de l’ouest sumatréen qui, revenus de La Mecque, tentèrent de construire une utopie fondée sur la pureté des mœurs et la seule
charia, et déchaînèrent bientôt la guerre de tous contre tous (on trouve toujours plus « parfait » que soi), interrompue par les troupes des Pays-Bas ; sultanat indépendant de Dali (Yunnan, Chine du Sud-Ouest) entre 1855 et 1873 ; guerre de résistance d’Aceh (nord de Sumatra) face aux Hollandais (1873-1904) ; débordements monstrueux (centaines de milliers de morts, quatorze millions de réfugiés…) autour de 1947, lors de la séparation de l’Inde et du Pakistan
[9] ; insurrection hostile tant aux Néerlandais qu’au républicanisme indonésien du
Darul Islam, centrée sur l’Ouest de Java, de 1949 à 1962 ; plus récemment, et encore en cours, guérillas indépendantistes islamistes d’Aceh et du Cachemire, et « guerre sainte » antichrétienne menée aux Moluques et aux Célèbes (Indonésie) par les
Laskar Jihad associés à la nébuleuse
al-Qaeda. L’un des pères idéologiques de l’islamisme contemporain, à l’échelle internationale, fut le Pakistanais Mawdudi (1903-1979), fondateur du parti extrémiste
Jama’at-i Islami, qui imposa nombre de ses vues à Islamabad. Le vaste courant intégriste international (en principe apolitique) du
Tabligh trouve son origine en Inde en 1927
[10].
Plus généralement (car tous ces mouvements, même en leur lieu et en leur temps, n’entraînèrent qu’une faible fraction des croyants), on mettra en doute la distinction devenue classique émise par l’anthropologue Clifford Geertz entre
santri, Javanais pieux, souvent de la classe moyenne, et
abangan, surtout paysans pauvres, et bien tièdes musulmans
[11]. Si elle avait, il y a une génération, quelques fondements, elle ne doit pas cacher aujourd’hui la déferlante de l’islamisation bigote et conformiste, qui touche presque tous les éduqués, les télespectateurs, ceux qui voyagent, c’est-à-dire aujourd’hui presque tout le monde, en Indonésie comme ailleurs : aujourd’hui 70 % des Javanais pratiquent ainsi le Ramadan
[12]. Il reste bien entendu des différenciations individuelles, mais l’une des plus belles expressions de la mondialisation uniformisatrice est bien ce rapprochement à grande vitesse des formes, des normes et des degrés de religiosité islamique, du Sénégal à l’Insulinde.
Cependant, si cette (ré)islamisation se propage aujourd’hui si aisément, et somme toute sans tellement de violence, c’est que ses fondements existaient déjà : même pour ceux qui ne pratiquaient pas trop, la supériorité de l’uléma, ou de celui qui est apte à psalmodier les sourates du Coran, ou du haji, ou plus modestement de celui qui accomplit ses cinq prières et ne viole pas d’interdit, était la plupart du temps une évidence indiscutable. Il suffisait ensuite de fournir les moyens de cette pratique accrue, au fond largement désirée : les techniques de notre modernité – de l’alphabétisation à Internet – et les pétrodollars saoudiens ou autres y pourvurent – massivement. Enfin, Geertz et tous ceux qui voulurent s’illusionner sur les « particularismes irréductibles » de telle ou telle communauté musulmane oublièrent deux choses : d’une part, à leur époque même, de solides bastions du rigorisme existaient un peu partout (dans le seul monde malais : nord-est de la Malaisie, Aceh, région de Macassar aux Célèbes…), prêts à (re)servir de relais à une vague de ferveur ; d’autre part, dans le passé, on avait déjà assisté à de grands cycles de durcissement, alternant avec des phases plus tolérantes. La seule nouveauté, radicale, aux conséquences encore mal prévisibles, est la tendance à l’harmonisation de ces fluctuations à l’échelle mondiale, sans doute depuis la révolution iranienne (1979). Bref, il conviendrait de désethnologiser un peu l’islam asiatique, de le réhistoriser un peu. Nous en avons suggéré quelques linéaments ; il convient maintenant de revenir sur quelques points d’une particulière (et mondiale) importance.
•La tentation islamiste : résistible mais toujours présente
Il a beaucoup été dit après le 11 septembre qu’il ne fallait pas confondre islam et islamisme, vaste majorité calme et tolérante et minorité vociférante. C’est à la fois vrai et faux ; il convient de se garder de tout alarmisme infondé autant que d’une vision lénifiante. Il fut assez curieux, il y a peu, de voir nombre d’improvisés docteurs occidentaux en foi islamique plaider dans la même envolée la non-représentativité de Ben Laden et le risque de voir le monde musulman entier se lever contre l’Occident si l’on touchait à un poil de sa barbe…
L’islam radical n’a sans doute jamais, en aucun point, recueilli l’assentiment d’une majorité, et moins encore sa participation active. On s’en est sans doute approché d’assez près en Algérie, aux grandes heures du Front islamique de Salut. Mais, en Asie, les résultats électoraux des islamistes furent toujours assez médiocres : le
Jama’at pakistanais ne dépassa pas les 5 % ; son correspondant bengalais atteignit, lui, les 12 % ; les islamistes indonésiens, pris au sens le plus large du terme (tous ne pouvant être considérés comme extrémistes), obtinrent 21 % des voix en 1955 (
Masjumi), et 16 % en 1999 ; le
Parti Islam malaysien dépassa les 20 % des suffrages en 1999, mais au sein d’une coalition avec l’opposition laïque, et en modérant en conséquence – pour un temps – son discours. Il doit au fédéralisme hérité des Britanniques de gouverner deux États ruraux du pays, mais ce fut déjà le cas dans le passé, et il fut alors démocratiquement chassé du pouvoir. Il ne peut de plus appliquer vraiment son programme : certes l’alcool est banni des lieux publics, mais l’introduction de la
charia par l’assemblée provinciale du Kelantan fut cassée par le gouvernement central. L’histoire de l’islam indonésien, pourtant globalement peu extrême, est celle d’un rendez-vous perpétuellement manqué avec le pouvoir : organisé politiquement dès 1912 (le
Sarekat Islam, qui adopte en 1926 un programme islamiste), manquant de peu en 1945 imposer, toutes tendances pour une fois coalisées, la référence à l’islam dans la charte de la nouvelle République, il ne put ni éviter d’être marginalisé par Sukarno, ni tirer parti de son association avec l’armée lors du grand massacre des communistes, en 1965
[13]. S’approchant à nouveau du pouvoir dans les années du déclin de Suharto, il ne parvint pas à établir une stratégie efficace lors de sa chute en 1998. Il est plus divisé que jamais entre des benladénistes responsables de milliers d’assassinats, de l’incendie de centaines d’églises, mais sans vraie base sociale, et les énormes confréries, fortes de dizaines de millions de membres, mais dirigées par des modérés
[14]. Le plus prestigieux de ceux-ci, Abdurrahman Wahid, ne parvint même pas à se maintenir à la présidence de la République, conquise en 1999 ; une fois de plus c’est une laïque, Megawati, fille de Sukarno, qui sut occuper en 2001 le point d’équilibre entre aspirations et ambitions contradictoires.
Les lendemains du 11 septembre confirmèrent globalement que l’ogre islamiste était nu. N’évoquons même pas l’Afghanistan, et l’honteuse capitulation presque sans combat de talibans manifestement sans grand soutien populaire (encore un bel exemple de prévisions dantesques heureusement démenties par la réalité sitôt émises). Mais, presque partout ailleurs, on sonna la fin de la récréation pour les chiens fous de l’islam, et tout se passa comme si les populations n’attendaient que cela. En Malaysia, plus de vingt-cinq apprentis
moudjahids ont été emprisonnés, certains d’ailleurs dès août 2001 ; la coalition d’opposition a éclaté, isolant à nouveau le parti islamiste, qui a appelé au
jihad en soutien aux talibans ; les partis au pouvoir ont triomphé aux élections locales. À Singapour, le choc causé par la révélation de la préparation d’attentats anti-américains par une section locale d’
al-Qaeda a entraîné treize mises en détention, et un durcissement qui s’est déjà traduit par l’interdiction du voile dans les écoles primaires (février 2002). Au Pakistan, le président Musharraf a amorcé une petite révolution. Osant pour la première fois depuis 1953 s’en prendre ouvertement aux partis de l’islam extrémiste, il a en janvier interdit cinq des plus violents – terroristes opérant au Cachemire, milice sunnite anti-chiite, milice chiite anti-sunnite, exaltés wahhabites fraîchement rapatriés d’Afghanistan – et arrêté deux mille de leurs militants. Simultanément, il a commencé à faire le ménage dans les mosquées et madrasas (écoles coraniques) extrémistes, les contraignant à s’enregistrer, à fournir la liste de leurs élèves, et promettant d’expulser leur personnel et leurs étudiants étrangers dénués de documents valables
[15]. Son discours est d’une netteté inhabituelle au Pakistan : « le pays en a assez de l’extrémisme religieux » ; son intolérance et sa violence le font considérer comme une « nation moyenâgeuse » ; « sachons nous moderniser, ou nous nous marginaliserons
[16] ».
La situation de l’Indonésie est plus confuse : alors que chaque semaine apporte de nouvelles révélations sur les connections benladéniennes des islamistes locaux, qui opèrent à l’échelle régionale (d’où de pressantes demandes d’arrestations de la part des gouvernements de Kuala Lumpur, Manille et Singapour), les groupes jihadistes, condamnés verbalement par la présidente, restent à l’offensive ; leurs camps d’entraînement, dûment repérés, pourraient renfermer nombre d’étrangers rescapés d’Afghanistan, et certains semblent avoir déjà été engagés sur le terrain, aux Célèbes. Leur pouvoir d’intimidation reste grand : sommation aux Américains d’avoir à quitter la ville de Solo en novembre, et menace d’incendier les bars vendant de l’alcool à Jakarta pendant le Ramadan – ils furent fermés par le gouverneur. Le Conseil des Oulémas, en principe modéré, crut bon d’assurer, le 25 septembre, que « toute attaque contre l’Afghanistan serait une attaque contre l’islam
[17] ». Le gouvernement a proposé un aménagement du Code pénal, le rapprochant de la
charia. Cette dernière régit déjà officiellement la vie des habitants d’Aceh, ce qui est conçu comme une concession à la guérilla indépendantiste locale… Et la presse islamiste, regorgeant d’attaques antichrétiennes et d’un antisémitisme virulent, bénéficie d’impressionnants tirages
[18].
Le vaste archipel connaît donc encore la situation qui fut des décennies durant celle du Pakistan : une population musulmane qui, quand on lui donne la parole, prouve sa modération ; une élite politique qui n’a globalement rien d’extrémiste ; mais une sorte de paralysie devant des groupes très actifs, capables à l’occasion d’exercer une véritable terreur
[19], et surtout, en permanence, de faire pression à la surenchère sur des dirigeants terrifiés à l’idée d’apparaître comme de « mauvais musulmans ». La fuite en avant fut constante, dès les années cinquante. Alors que Jinnah penchait pour la laïcité, la Constitution de 1956 fut celle d’une République islamique – la première au monde –, dont le chef devait être musulman. La Constitution de 1973, pourtant votée dans un contexte « démocratique », transformera l’islam en religion d’État, ce qui fera en 1974 déclarer hérétique la confrérie syncrétique et pacifiste des
Ahmadiyya, désormais persécutée. Le Premier ministre « socialiste » Ali Bhutto, se heurtant au défi des islamistes, se lança en 1977 dans l’interdiction de l’alcool, des jeux d’argent et des boîtes de nuit ; il annonçait l’établissement de la
charia dans les six mois. L’islamisation s’accentua encore avec la dictature du général Zia ul Haq, entre 1977 et 1988. La flagellation, l’amputation et la lapidation (ces deux dernières cependant jamais appliquées) furent introduites dans le Code pénal, de même qu’un délit de « blasphème » qui fut surtout utilisé contre la petite minorité chrétienne (suicide de protestation d’un évêque en 1998). Le retour à des gouvernements parlementaires ne ralentit même pas le processus : promulgation en 1990 d’une sorte de loi du talion autorisant les vengeances privées, ou à défaut la compensation financière des victimes – sorte de « permis de tuer » pour ceux qui en ont les moyens – ; peine capitale systématique en cas de « blasphème
[20] ». Quant aux femmes se plaignant d’un viol, elles sont passibles de l’accusation de « fornication » et d’« adultère
[21] » ! Les minorités sont ramenées au statut traditionnel de
dhimmi, citoyens de seconde zone astreints à un impôt spécial, et empêchés de témoigner contre un musulman dans les affaires de mœurs
[22].
Il n’est guère besoin d’insister sur les autres processus d’islamisation sous contrainte : aucun en Asie du Sud ou de l’Est n’est allé aussi loin qu’au Pakistan, mais tous suivent la même voie – le Bangladesh de particulièrement près, avec quelques années de retard. Partout la tendance est analogue : ordre moral, minoration et relégation des femmes
[23], discriminations institutionnalisées
[24], creusement du fossé entre musulmans et non-musulmans, justice expéditive et sanglante, renforcement autoritaire de la pratique religieuse, pénétration accentuée de l’islam, de l’arabe, d’une morale faite d’interdits dans l’enseignement et les médias, censure féroce… Le phénomène touche aussi les pays d’islam minoritaire, qui ne veulent pas d’ennuis avec des groupes remuants, autoproclamés représentants de leur communauté, et capables de trouver des appuis dans les pays voisins, voire à l’échelle de l’
Oumma, en prétextant de l’« oppression » des musulmans : depuis 1986, les divorcées indiennes musulmanes ont ainsi perdu le droit à la pension alimentaire ; depuis 1999, le pouvoir des tribunaux islamiques a été renforcé à Singapour, en particulier en cas de divorce ; en Chine même, le pouvoir communiste a admis en 1987 chez les Hui des écoles non mixtes, avec initiation à l’arabe
[25]. La polygamie est presque partout légale, de même que le divorce par répudiation masculine (cependant généralement assorti de clauses restrictives
[26]). Le prosélytisme est le plus souvent interdit chez les musulmans (l’inverse n’est jamais vrai), et là où l’islam est religion d’État, la conversion (« apostasie ») est sévèrement punie par la loi. Partout le droit communautaire s’impose aux individus, les broyant à l’occasion. On peut parler de tendances totalitaires…
Il n’est pas dans nos capacités et dans notre rôle de dire si tout ceci correspond au « vrai » islam, à supposer que la notion ait un sens. Mais on ne peut que constater que l’interprétation rigoriste a partout le vent en poupe, et que la majorité modérée se contente pour l’essentiel de traîner les pieds en se taisant, sans parvenir à opposer à l’islamisme des contrefeux théologiques cohérents et convainquants. Il est trop tôt pour dire si l’exagération dans la fuite en avant qu’a signalée le 11 septembre produira le sursaut salutaire.
•L’islamisme : une histoire sans début, et sans fin
Le petit monde des islamisants français a été parcouru récemment d’une étrange querelle : en caricaturant à peine, les uns prétendaient que l’islamisme dur, « politique » avait déjà disparu ; à quoi les autres rétorquaient qu’il n’avait jamais existé que dans n
os cervelles d’Occidentaux avides de catégorisations. Bref, pour les premiers, il n’y avait plus de problème ; pour les seconds il n’y en avait jamais eu
[27].
On serait tenté de les renvoyer dos-à-dos. Si l’islamisme n’est effectivement pas aisément sécable de l’islam – et c’est là sa force –, il en représente une dérive dont le pouvoir d’attraction varia et varie considérablement, et qui a sans cesse horrifié nombre de musulmans, pas forcément des moins pieux. D’autre part, si l’islamisme contemporain a pris des formes spécifiques, son discours primordial, ses finalités et jusqu’à ses méthodes ont trop de résonances dans les siècles passés pour qu’on puisse s’abstenir de le considérer comme un phénomène de très longue durée, aux constances remarquables. Par ailleurs, si l’islamisme actuel a subi de graves défaites (et ce fut faire preuve de prescience que de les annoncer), il serait osé de prétendre qu’il aurait perdu la guerre. Encore une fois, l’absence d’un véritable « islam de rechange » (la nature a horreur du vide), ainsi qu’une islamisation à la base, qui a pour l’instant souvent pris de vitesse l’occidentalisation rampante, continuent de lui ouvrir un large boulevard.
Il est sans doute possible de faire remonter la tentation fondamentaliste aux premiers siècles de l’islam. On aurait scrupule à s’appesantir sur le si souvent mentionné « Vieux de la Montagne » et sa secte des Assassins, au
xiiie siècle. Mais nous avons signalé plus haut quelques épisodes remarquables, qui montrent la pervasivité du phénomène. Les périodes de crise, de recomposition (ethnique, culturelle, politique…), d’ouverture soudaine ou de fermeture violente lui ont été particulièrement propices. L’histoire montre que rien n’est irréversible, ni dans un sens, ni dans l’autre. Ainsi, en Chine, un cycle islamiste atteint son apogée vers la fin du
xixe siècle : de vastes révoltes musulmanes d’inspiration séparatistes conduisent à de terribles massacres interethniques ; et, une fois écrasées, à l’expansion d’un fondamentalisme de type wahhabite, allant jusqu’à promouvoir l’usage quotidien de l’arabe. Cependant, autour de 1911, la révolution chinoise parviendra à entraîner un nombre croissant de Hui, et à les « renationaliser », soit dans le camp nationaliste, soit dans le camp communiste
[28]. En Indonésie, à l’inverse, on a vu depuis les années cinquante le camp musulman réformiste être gagné par l’intégrisme : le puissant parti
Masjumi – l’un des fondateurs de la république indonésienne – fut jusqu’à la fin des années cinquante impeccablement démocrate, pro-occidental, ouvert au dialogue avec les chrétiens. Mais, en butte à la vindicte de Sukarno, il se compromit dans des insurrections malheureuses, puis dut sous Suharto se reconvertir dans la prédication (
dakwah), ce qui le plaça en concurrence avec les missions chrétiennes. Il en devint de plus en plus anti-chrétien, antisémite, panislamiste, et partisan de la
charia. Le courant finit par éclater entre modérés et radicaux, ces derniers inspirant certains des activistes violents d’aujourd’hui
[29]. On pourrait aussi se pencher sur le cas d’Anwar Ibrahim, ancien vice-Premier ministre malaysien, actuellement emprisonné pour « sodomie ». Il commença sa carrière dans les années soixante-dix, à la tête du mouvement étudiant ABIM ; admirateur des Frères musulmans et de la révolution iranienne, il préconisait la pudibonderie, le port du voile, la séparation des sexes à l’école et l’interdiction du sport pour les filles. Intégrant le parti au pouvoir et le gouvernement, il fit adopter quelques mesures d’islamisation, mais infléchit son discours dans le sens de l’ouverture aux autres religions, du pluralisme politique et du dialogue constructif avec l’Occident. Il « tomba à gauche » en 1998, et reste aujourd’hui pour tous les Malaysiens un symbole de la lutte contre l’autoritarisme
[30].
Ce n’est donc pas la première fois qu’on rentre dans l’islamisme politique, ni qu’on en sort. Comme pour tout mouvement révolutionnaire, la force d’attraction liée à l’utopie qu’il charrie paraît un moment irrésistible. Mais son renforcement, et plus encore son accession au pouvoir lui sont presque automatiquement fatals : les contradictions internes sont trop fortes, les réponses fournies par le Livre au monde réel trop sommaires, et finalement l’utopie prétendument réalisée trop décevante. La double problématique de la « révolution trahie » et du nécessaire Thermidor se met en place, et c’en est fini – pour une ou deux générations, voire pour quelques siècles.
De bons auteurs ont été jusqu’à avancer que l’islamisme pouvait être une école de la démocratie – à condition de savoir en sortir
[31]. On ne peut nier que la potentialité existe : l’exemple d’Anwar ou celui des religieux réformistes de l’Iran actuel vont dans ce sens. Mais les cas d’évolutions démocratiques gangrenées par l’islamisme sont probablement plus significatifs. Ce d’autant plus que ce dernier est souvent populaire, et croît au moins aussi vite à l’ombre des urnes qu’à celle des baïonnettes. Ainsi, au Pakistan, les régimes militaires d’Ayub Khan (1958-1969) et de Musharraf marquent un coup d’arrêt à l’islamisation qu’avaient favorisée les Premiers ministres civils Ali Bhutto – à gauche – et Nawaz Sharif – à droite. Si les dernières années de la dictature Suharto ont ouvert la voie à l’islamisme, la démocratisation, depuis 1998, a accéléré l’éclosion des mouvements violents, et n’a pas empêché l’imposition officielle de la
charia à Aceh. Le péril est mortel pour la démocratie, que haïssait un Mawdudi, partisan d’une manière de gouvernement aristocratique, autoritaire, des plus « purs
[32] » : le but des islamistes est d’imposer l’islam intégral, incompatible avec toute idée de pluralisme, d’égalité, de droit des minorités, de libertés individuelles. Bien sûr, le moyen peut se transformer en fin, et quelques radicaux, à force de temps, finissent par chérir la démocratie aux dépens de leur idéal brumeux. Mais l’inverse existe aussi : les politiciens ambitieux instrumentalisant l’islamisme, et finissant par être instrumentalisés par lui.
Enfin, l’islamisme devrait être considéré comme l’ennemi de l’idée de nation. Son rêve est idéologique, et ne correspond qu’accidentellement à un territoire, à une population bien déterminée : le but – bien sûr inaccessible –, c’est l’
Oumma, et c’est le monde. À défaut, on se rabat sur l’entité accessible la plus vaste possible : ainsi Mawdudi voulait-il une Inde islamique, pas le « petit » Pakistan ; ses disciples au Bangladesh combattirent en 1971 contre l’indépendance du pays. Les
moudjahids récemment arrêtés en Malaysia préconisaient une unification du monde malais musulman, de la Malaisie au sud philippin en passant par l’Indonésie
[33]. Par contre, les fondamentalistes d’Aceh ne pensent pouvoir parvenir à leurs fins qu’en se séparant de l’Indonésie. Semblable tentation séparatiste à base religieuse fut forte en Chine, et croît aujourd’hui à nouveau au sud des Philippines ou de la Thaïlande. Cette tendance à écraser l’autre quand le rapport de force le permet, ou à s’en séparer si ce n’est pas possible, montre assez l’incompatibilité entre l’islamisme et le « vivre ensemble » le plus élémentaire.
L’incompatibilité de l’islamisme avec les fondements mêmes du politique tel que l’Occident l’a patiemment construit depuis deux ou trois siècles doit-elle conduire à adhérer au « choc des cultures » qu’a défini Samuel Huntington ? Non, si l’on considère que l’effort principal et les seules réussites du fondamentalisme musulman ont porté sur les pays d’islam : la fracture se situe au cœur de ceux-ci, et le moins qu’on puisse dire est que les extrémistes n’ont pas encore gagné. Non, également, dans la mesure où la genèse, les formes d’organisation, les analyses du social et du politique des mouvements islamistes contemporains ramènent à ces produits éminemment occidentaux que furent le fascisme et le communisme, autant qu’au riche passé du radicalisme islamique
[34]. Il reste que le radicalisme intolérant et violent, dont toutes les religions connurent des bouffées, ne demeure aujourd’hui présent comme facteur significatif que dans le monde de l’islam. Si l’on excepte l’Irlande du Nord, ce ne sont que sur ses frontières que l’on trouve des guerres à caractère religieux : Nord-Nigéria, Sud-Soudan, Palestine/Israël, Tchétchénie, Cachemire, Moluques, Sud-Philippines. On objectera bien entendu que ces conflits contiennent d’autres éléments que le religieux, et que celui-ci n’est même pas toujours au cœur de la fracture. Il serait absurde de ne pas en convenir. Mais, d’une part, l’histoire minutieuse montre qu’il n’y eut
jamais de conflits
purement religieux : le social, le national, le culturel, l’économique s’y glissent toujours. D’autre part l’islam joue dans tous les cas mentionnés le rôle d’un agent mobilisateur essentiel, et complique énormément la recherche d’une solution pacifique, c’est-à-dire de compromis. Qui peut de bonne foi le nier ? Il y a un problème particulier à l’islam, et aux sociétés musulmanes, dans leur rapport au politique. Et ce serait s’aveugler de n’y voir que la conséquence des erreurs et méfaits – bien réels – de l’Occident à l’égard du monde musulman. C’est d’abord à celui-ci de régler ce problème. Mais le reste du monde ne peut pas faire comme s’il ne le concernait pas. •
[1]
On ne cherchera pas ici l’analyse érudite d’un islamologue. L’auteur de ces lignes observe l’islam « oriental » à partir de ses compétences sur l’Asie contemporaine et, plus particulièrement, sur les violences de masse qui l’ont agitée au
xxe siècle, quelle que soit leur coloration idéologique. Le regard jeté est par conséquent externe, avec pour préoccupation essentielle la capacité de l’islam radical à servir de légitimation et d’inspiration à des systèmes d’oppression.
[2]
Le malais et, à sa création au début du siècle, l’indonésien s’écrivirent dès lors en caractères latins, tout comme le ouighour dans la Chine actuelle. Le bengali utilise un alphabet dérivé du sanscrit. On peut rapprocher ces évolutions de la conversion du turc à notre alphabet, et des langues d’Asie centrale au cyrillique.
[3]
Nombreux exemples dans M.
Bonneff et
alii,
L’Islam en Indonésie, Archipel, 1985 ; et dans M. B.
Hooker,
Islam in South-East Asia, Brill, Leyde, 1983.
[4]
Sur ces questions,
cf. « Encyclopédie des religions »,
Enclopaedia Universalis, 1995, pp. 199-218 ; D.
Lombard,
Le carrefour javanais, EHESS, 1990 ; et surtout le remarquable ouvrage coordonné par A.
Feillard,
L’islam en Asie, du Caucase à la Chine, Documentation française, 2001.
[5]
Cf. C.
Markovits (dir.),
Histoire de l’Inde moderne, 1480-1950, Fayard, 1994.
[6]
Cf. A.
Taufik et S.
Siddique,
Islam and Society in Southeast Asia, ISEAS, Singapour, 1986.
[7]
É.
Allès,
Musulmans de Chine. Une anthropologie des Hui du Henan, EHESS, 2000.
[8]
G.
Kepel,
Jihad : expansion et déclin de l’islamisme, Gallimard (Folio), 2000, p. 131.
[9]
Mouvement initié à Calcutta en août 1946 (dix mille morts en quelques jours…).
[10]
G.
Kepel,
Jihad…,
op. cit., pp. 63-65.
[11]
C.
Geertz,
The Religion of Java, University of Chicago Press, Chicago, 1960.
[12]
A.
Feillard,
L’islam en Asie…,
op. cit., p. 193.
[13]
J.-L.
Margolin, « Indonésie 1965 : un massacre oublié »,
Revue internationale de politique comparée, vol. 8, n° 1, printemps 2001, pp. 59-92.
[14]
A.
Feillard et R.
Madinier, « Entre traditionalisme et modernisme, l’expression politique de l’Islam en Indonésie »,
in F.
Cayrac-Blanchard, S.
Dovert et F.
Durand (ed.),
Indonésie : un demi-siècle de construction nationale, L’Harmattan, 2000, pp. 217-268.
[15]
La mesure n’a pas encore été suivie d’effets.
[16]
BBC World Service, 12 janvier et 8 mars 2002.
[17]
BBC World Service, 25 septembre 2001.
[18]
A.
Feillard,
L’islam en Asie…,
op. cit., p. 203.
[19]
Elle touche aussi le Bangladesh. L’un des résultats est l’exode (trop ignoré) de millions d’Hindous du Bangladesh vers l’Inde : en un demi-siècle ils sont passés du quart au dixième de la population.
Cf. A.
Mohammad-Arif in A.
Feillard,
L’islam en Asie…,
op. cit., pp. 123-124.
[20]
M.
Gaborieau, « Islam et politique au Pakistan »,
in C.
Jaffrelot (ed.),
Le Pakistan, Fayard, 2000, pp. 399-422.
[21]
Au Bangladesh, celles qui, par dizaines de milliers, avaient été victimes de la soldatesque pakistanaise lors du conflit de 1970-1971, furent considérées comme des prostituées.
[22]
A.
Mohammad-Arif,
art. cit., pp. 113 et 136.
[23]
Dans le meilleur des cas elles « valent » la moitié d’un homme.
[24]
Ainsi, en Indonésie, l’enfant adopté (pratique de tout temps courante) par une famille musulmane est depuis 1989 déshérité.
[25]
É.
Allès,
in A.
Feillard,
L’islam en Asie…,
op. cit., p. 235.
[26]
Ainsi Singapour a-t-il interdit le divorce par téléphone mobile (« texto » de répudiation envoyé par le mari à son épouse), donnant satisfaction aux groupes féministes sur certains oulémas.
BBC World Service, 8 août 2001.
[27]
Cf. pour les tenants d’un cycle court de l’islamisme politique O.
Roy,
L’échec de l’islam politique, Seuil, 1992 et G.
Kepel, « Vers la “démocratie musulmane” ? »,
in G.
Kepel,
Jihad…,
op. cit., pp. 529-549 ; pour leurs critiques, en particulier A.
Roussillon, « Les islamologues dans l’impasse » et F.
Burgat, « De l’islamisme au postislamisme, vie et mort d’un concept » (suivis d’une cinglante réplique d’O.
Roy, « Les islamologues ont-ils inventé l’islamisme ? »),
Esprit, août 2001.
[28]
É.
Allès,
in A.
Feillard,
L’islam en Asie…,
op. cit., pp. 217-221.
[29]
Sur le
Masjumi,
cf. la thèse (non publiée) de R.
Madinier,
Le Masjumi 1945-1960 : Islam et politique dans l’Indonésie contemporaine, IEP Paris, 2000.
[30]
Cf. A.
Feillard,
L’islam en Asie…,
op. cit., pp. 179-181 et K.
Boo Teik, « Unfinished Crises : Malaysian Politics in 1999 »,
Southeast Asian Affairs 2000, ISEAS, Singapour, 2000, pp. 165-183.
[31]
En particulier G.
Kepel,
Jihad…,
op. cit.
[32]
A.
Mohammad-Arif,
art. cit., p. 107.
[33]
BBC World Service, 4 janvier 2002.
[34]
Multiples exemples
in G.
Kepel,
Jihad…,
op. cit., pp. 31-87.