Mouvements
La Découverte

I.S.B.N.2-7071-3753-7
224 pages

p. 15 à 27
doi: 10.3917/mouv.021.0015

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Dossier

no21-22 2002/3

2002 Mouvements Dossier

De la colonisation à la décolonisation : les modes de constitution de la Françafrique.

Une table ronde entre Nicolas Bancel et Jean-Pierre Dozon  [*]

Propos recueillis par  Hervé Sciardet
Pour comprendre comment s’est constituée la Françafrique, et ses dérives successives, un retour historique sur les conditions de la colonisation française et ses spécificités s’impose. De même qu’une réflexion sur les modalités de la décolonisation et de ses suites. Nous avons proposé à deux historiens, Nicolas Bancel et Jean-Pierre Dozon, tous deux spécialistes de la colonisation et de l’Afrique, d’en débattre.
Mouvements : La Françafrique est arrivée sur le devant de la scène en raison des « affaires », mais elle plonge ses racines dans une histoire et dans un milieu humain franco-africain dont la sociabilité semble présenter certains traits singuliers à la colonisation française…
Jean-Pierre Dozon : Je suis en train de terminer d’écrire un livre qui est une sorte de genèse, une anthropologie historique des relations entre la France et l’Afrique. Ce sont des relations singulières, uniques par rapport à d’autres colonialismes ou à d’autres rapports à l’Afrique. Je remonte assez loin dans le temps, c’est-à-dire jusqu’au xviiie siècle et au Premier Empire, où la scène africaine existait déjà. Entre les Antilles et Saint-Louis du Sénégal, s’était mis en place ce que j’ai appelé la Cité créole, qui était déjà un milieu franco-africain dont les personnages clés avaient le regard tourné vers la métropole. Une ligne de force essentielle dans cette histoire est la franc-maçonnerie. Dès le Premier Empire, il y avait des loges maçonniques, aussi bien à Haïti qu’à Saint-Domingue, en Martinique, en Guadeloupe, à Saint-Louis. On parle beaucoup de la franc-maçonnerie en Afrique actuellement, mais je crois qu’on ne peut pas comprendre les relations franco-africaines, surtout la sociabilité, sans avoir cette grille de lecture-là, même si ce n’est pas la seule. En tout cas, elle est un fil conducteur essentiel parce que toute la question centrale de l’assimilation remonte à la Révolution française. Transformer des indigènes, leur donner des droits naturels, c’était quand même ça la question. Même quand, plus tard, la France abandonnera l’assimilation au profit d’un maintien des indigènes en leur état, la chose aura pris et des indigènes revendiqueront l’assimilation. Ce désir d’être un Français – d’être un citoyen – est passé très largement par les loges maçonniques et s’est joué sur toutes les scènes coloniales, d’abord celle du Premier Empire, puis dans tout l’empire au sens colonial du terme.
Nicolas Bancel : Je vais revenir sur la doctrine assimilationniste, parce que c’est le point nodal du passage du mode de gestion coloniale produit dans les Antilles à celui produit en Afrique. La comparaison des deux n’est plus valable dès la fin des années dix.
J.-P. D. : Je suis d’accord, la doctrine assimilationniste a été prônée dans la période qui précède la colonisation de l’Afrique, avant la mise en place de l’administration coloniale.
N. B. : Et elle a des conséquences à très long terme, dans la transformation de la configuration coloniale après 1880. Avec la grande poussée expansionniste française en Afrique noire, on change d’échelle. On n’a plus à gérer de petites îles mais d’immenses territoires, avec des forces militaires relativement faibles et une administration tout à fait embryonnaire. La doctrine de l’assimilation est au départ la doctrine officielle, celle qui fonde la légitimité de la mission colonisatrice et elle prolonge l’idéologie républicaine de l’éducation. Mais alors que les hommes qui font la colonisation, comme Brazza, sont sincères, on se heurte à partir de 1880 à l’impossibilité de convertir en droit une idéologie qui signifierait, si on la convertissait en droit, la fin de la colonisation. Dans cette histoire, le désir des élites indigènes est un point extrêmement important, même s’il ne concerne que quelques centaines de personnes dans les années 1880-1890 et quelques milliers dans les années dix. C’est un extraordinaire moteur interne de la persistance d’une utopie de l’assimilation, qui se produit par incorporation de l’idéologie républicaine par les élites indigènes. Ce sont elles qui vont permettre à la colonisation de maintenir cette disjonction extraordinaire entre l’idéologie et l’inégalité juridique permanente dans les faits.
J.-P. D. : Cette inégalité est inscrite dans le Code de l’indigénat, qui reprenait à certains égards le Code noir du Premier Empire qui traitait de l’esclavage. Bien sûr, entre-temps, on a aboli l’esclavage, mais on reproduit quelque chose qui y ressemble fort, où les gens n’ont essentiellement que des devoirs et pas de droits. Parallèlement à cette sombre scène coloniale, la doctrine assimilationniste est de l’ordre du désir – c’est un bien grand mot – disons plutôt de l’incorporation. La figure emblématique en est Blaise Diagne. Alors que le premier député de cette histoire, Durand-Valentin, élu à l’Assemblée nationale en 1848, était créole, Diagne est un Noir africain, citoyen des fameuses Quatre communes – Rufisque, Gorée, Dakar et Saint-Louis – qui ont été la grande scène assimilationniste française, créée en 1870 avec la iiie République. C’est à noter. À chaque fois que la République recommence – 1848, 1870, 1944-1945, 1958 – la question coloniale est centrale, et elle est reposée en des termes assimilationnistes. Blaise Diagne est fonctionnaire, douanier, et circule dans d’autres colonies où il constate avec beaucoup d’émoi l’écart entre les idéaux de la France et la réalité de la France coloniale. Mais en même temps, c’est un artisan effréné de la cause assimilationniste, qui est élu député en 1913, alors même qu’on vient d’abandonner la doctrine. Le paradoxe est que tout à coup, ce ne sont plus les Français qui entretiennent l’assimilationnisme, sauf dans les loges franc-maçonnes, que l’administration coloniale a cessé d’être assimilationniste depuis longtemps, considérant que l’intérêt bien compris de la France en Afrique était d’exploiter économiquement ses colonies, et par conséquent qu’il fallait que les indigènes restent à leur place. Il faut bien voir que Diagne est le premier député noir de toutes les colonies européennes ! Alors, bien sûr, quand il est reçu à l’Assemblée nationale, il y a des députés et des gens fort mécontents. Mais la loi l’a emporté. Et, bien sûr, c’est lui qui va devenir le haut-commissaire aux effectifs coloniaux, à la Force noire. Cette idée de militaires français est reprise par Diagne, qui dit tout simplement que pour que les Africains deviennent Français, il faut qu’ils luttent pour la patrie. Il a un rang de quasi-ministre en plein temps de guerre. Il peut donner des ordres. C’est Clémenceau qui le nomme, ce n’est quand même pas rien ! Le point de départ de la Françafrique, sur un plan symbolique, c’est la figure de Blaise Diagne. Il se noue là quelque chose d’essentiel où interviennent le fil franc-maçon et aussi la scène métropolitaine. Car, avec la guerre de 1914, il va y avoir de l’Afrique en France. Des Sénégalais, des Maliens stationnés à Fréjus, et dont certains vont rester après la guerre, devenir dockers, ouvriers ou autre, et constituer un milieu où l’on va contester et même, au fil des décennies, penser à des choses comme l’indépendance. Mais le rapport à la métropole sera, dans ce milieu, un rapport étroit de proximité où Paris va être un lieu de désir.
N. B. : Il y a peut-être une petite contradiction entre nous par rapport à la politique d’assimilation, qui est partielle. Elle est abandonnée sur place par les administrateurs, c’est clair. Ils ont des missions à remplir, doivent construire des routes, entretenir des bâtiments. La plupart travaillent en brousse. Ils sont très loin des questions de doctrine. La mission d’assimilation passe pour eux par la modernisation économique. Dans le discours de la France à usage interne ou international, le concept d’assimilation reste vif. Dans les expositions coloniales, ce discours est central, même si, de plus en plus, on se tourne vers une glorification des apports de l’Afrique, la Force noire, la force productive, les matières premières. Mais le discours assimilationniste ne se maintient que comme un fonds de commerce idéologique de la colonisation française. Et ce qui me semble important, c’est que ce fonds de commerce idéologique est structurant dans l’éducation des élites, qui passe par l’intégration des valeurs universelles de la République.
J.-P. D. : Voila qui donne un contenu presque anthropologique à cette question de la Françafrique. La France a pratiqué sur son territoire l’éducation des enfants de la paysannerie française. Et, peu de temps après, la même scène va se produire aux colonies. Après la Première Guerre mondiale en particulier, les deux mondes, la France et l’Afrique, vont devenir contemporains. En France, avant 1914, l’empire était une lointaine affaire militaire. Il y avait comme un « parti » anticolonial, une opinion qui lui était très hostile, parce que ça coûtait de l’argent. Après la guerre, il va y avoir un rapprochement très fort. Au-delà d’une question d’économie, il s’agit de l’image que la France se donne d’elle-même. C’est une France amoindrie qui a gagné la guerre, mais qui compte ses habitants. Elle a en face d’elle l’Allemagne, qui est toujours surévaluée. Tout à coup, l’Afrique apparaît comme un élément indispensable à la puissance française. Il va falloir régénérer la France, y compris en termes de démographie, de politique de santé, de vaccination, et on va appréhender l’Afrique dans les mêmes termes. Ce rapprochement va s’accentuer encore avec la Seconde Guerre mondiale. De Gaulle et Pétain sont d’accord sur un point : la France a son empire, en particulier l’empire africain, et l’Allemagne n’y est pas. Dans ses rapports avec les Allemands, Pétain considère que la France reste puissante parce qu’elle a un empire. Et, dès 1940, de Gaulle, depuis Londres, songe que le salut c’est l’Afrique. Tout se joue sur une scène de la France en Afrique qui présente des traits communs avec notre point de départ : Félix Eboué, qui se rallie à la France libre, est un Guyanais et un franc-maçon. Quand de Gaulle fait son premier discours en 1944, comme par hasard à Brazzaville, il faut bien voir que la métropole n’est pas encore libérée. Qu’est-ce qu’il fait ? Il reconstitue l’État français à Brazzaville. C’est tout de même une affaire singulière. L’État français se recrée à Brazzaville et avec l’Afrique, avant même qu’il ne renaisse « républicainement » en métropole. Bien sûr, de Gaulle dit que le système colonial doit être réformé. Mais en même temps que dit-il ? « Lien indéfectible » entre la France et l’Afrique. « Je ne veux pas de ce self government à l’anglo-saxonne. » Autrement dit, par rapport à tout ce qui était déjà en train de s’amorcer dans l’empire britannique, l’autonomie et l’indépendance, qui vont se faire juste après la guerre, il annonce la couleur : il n’est pas question de ça. On est bien dans le moment crucial où ce que j’ai appelé l’État franco-africain se met en place. C’est la Françafrique si vous voulez, mais on n’est pas là dans un monde d’affaires. On est dans quelque chose de régalien, d’organique. Et qui se passe où ? À Londres, à Alger et surtout à Brazzaville ! Je crois que c’est le tournant central de ce qui va se dérouler dans les années soixante où, même s’il s’agit officiellement de décolonisation, ce sont des scènes, si on les regarde de près, de renforcement permanent de cet État franco-africain décidé en 1944 et 1945.
N. B. : C’est une vaste fresque historique, et il va être difficile de vous reprendre, mais j’ai une perspective un peu différente. Comme vous le soulignez, jusqu’en 1914, il y a une opposition très forte au colonialisme, puisqu’on a l’extrême droite qui n’a qu’une obsession en tête : la reconquête de l’Alsace et de la Lorraine. Dans cette perspective, la perte de forces vives dans la conquête coloniale est une absurdité. C’est ce qui explique, en partie, la puissance de l’idéologie républicaine dans le cadre de la formation de l’idéologie coloniale elle-même. La véritable théorisation de cette idéologie assimilationniste se fait sous le gouvernement Ferry.
J.-P. D. : Franc-maçon, Ferry.
N. B. : Pas d’objection. Les républicains opportunistes sont confrontés à l’opposition de la droite conservatrice et monarchiste, de l’Église. La plupart des officiers supérieurs appartiennent à l’aristocratie, c’est une force sociale potentiellement déstabilisatrice. D’autre part, on est en pleine genèse de l’anarcho-syndicalisme. Il y a donc un ensemble de facteurs de déstabilisation possibles. Les républicains cherchent une idéologie potentiellement consensuelle susceptible de transcender les clivages, et l’idéologie coloniale répond à ces données. On peut occuper les militaires, leur faire conquérir, à peu de frais, des territoires immenses et effacer le souvenir cuisant de Sedan. C’est aussi la première phase d’une propagande coloniale qui commence à se déployer à travers les expositions, les foires. Au travers du rêve patriotique républicain se trame aussi le rêve d’une projection coloniale qui, dans l’esprit des républicains, est susceptible d’apaiser les conflits de classe. C’est là que se constitue cette idéologie républicaine assimilationniste. Après la Première Guerre mondiale, les oppositions, comme vous le soulignez, disparaissent, si on excepte quelques manifestations épisodiques du Parti communiste, des surréalistes, de la CGT. L’exposition coloniale de 1931, c’est huit millions de visiteurs. La contre-exposition organisée par la CGT et les surréalistes fait cinq mille visiteurs. Cela donne une idée de l’emprise sociale de ce que j’appelle le bain colonial, qui va favoriser cette bonne conscience assimilationniste qui ne trouve sur le terrain aucun écho. Il y a, je vous l’accorde, des gens qui sont convaincus que les choses sont transformables. Là où je ne vous suis pas entièrement, c’est sur le rapprochement entre l’espace français et l’espace africain. C’est un rapprochement idéal, mais, concrètement, c’est un simulacre. C’est pourquoi le plan de réforme de Sarrault, en 1929, échoue. Les colonies doivent se gérer elles-mêmes sur l’impôt local, ce qui contraint dans des limites très étroites le développement économique comme l’action sociale. La vraie transformation interviendra après la Seconde Guerre mondiale.
J.-P. D. : Je suis d’accord avec vous sur le fait que jusqu’à la Seconde Guerre mondiale l’État est parcimonieux. Mais il y a quelque chose qui travaille la société française et qui est exprimé de tous bords, un rapport à soi, à la puissance de la France, comme puissance faible. Entre autres, parce que la démographie y est faible. Non seulement on ne fait plus d’enfants, mais il y a la saignée de la guerre. Et la puissance allemande est à l’inverse surévaluée. Ce rapport déficitaire à soi a quelque chose à voir avec la perception que l’on a de l’Afrique, comme adjuvant organique. On a besoin d’Afrique parce qu’il y va de la puissance française. Ce qui se met en place entre les deux guerres va s’accélérer avec la Seconde Guerre mondiale et plus encore avec les tournants des indépendances.
N. B. : Ces questions de dénatalité et d’hygiène publique sont au cœur de la naissance des politiques sanitaires en France à la fin du xixe siècle. En Afrique, ces discours sont tenus mais on le fait très peu. Il y a un double discours, une ambivalence qui crée du désir chez les élites. Les valeurs de la République sont en action dans le domaine du droit, de la scolarisation, de la santé, mais concrètement on est dans une pratique coloniale qui reste extrêmement sommaire. L’essentiel des préoccupations, c’est quand même de maintenir l’ordre. C’est une politique qui n’a pas l’intelligence de comprendre que, chez une partie au moins de la population africaine, ces élites dont on parle, il y a un désir de s’associer à l’exercice du pouvoir politique, tout simplement pour pouvoir faire ce qui est annoncé, ce qu’ils ont appris. Le grand changement, ce que j’appelle le passage du colonial à l’impérial, a lieu après la Seconde Guerre mondiale. C’est une manière beaucoup plus fine d’utiliser les divergences culturelles et sociales au sein des sociétés urbaines africaines pour asseoir les pouvoir colonial. On va entrer, après la Seconde Guerre mondiale, dans une ère qui n’est pas assimilationniste mais associationniste…
J.-P. D. : Et on arrive là à quelque chose qui nous rapproche de la période contemporaine, dont l’acte fondateur se joue à Brazzaville. Autrement dit, il y a une première scène, qui part de la fin du xixe siècle, avec la conquête et les militaires, puis il y en a une seconde, qui part de la reconquête de l’Afrique par la France libre dans les années quarante. Ce qui est tout à fait extraordinaire, c’est qu’il y a eu un combat franco-français en Afrique. De Gaulle a gagné en Afrique avant de gagner en France, et à la Libération, dans le même temps qu’on fait la ive République, on fait l’Union française. Dans la Constitution même est inscrite à la fois la nouvelle Constitution pour la métropole et celle de l’Union française, avec ses assemblées. Les Africains acquièrent là, jusqu’en 1960, un statut très bizarre. Ils ne sont plus des indigènes et ils pourraient tout aussi bien être des citoyens. La preuve en est qu’ils participent à des élections. Les partis politiques de la ive République commencent à s’arracher les électeurs africains. Alors, bien sûr, ce ne sont pas tous les Africains qui votent, c’est une catégorie bien particulière. Pendant toute cette période, il ne s’agit pas seulement d’association. Je soutiens que du côté africain, il y a eu le sentiment très profond qu’ils étaient Français, ou sur le point de le devenir. D’ailleurs, étrangement, à ce moment-là, il y a un autre mot qui est prononcé, c’est le mot d’autochtone qui remplace celui d’indigène. On n’ose pas en faire des citoyens, sauf ceux qui le sont vraiment, qui ont leur carte d’identité française. On est donc, de nouveau, dans une ambiguïté très profonde, parce que l’assimilation est de nouveau à l’ordre du jour. Elle l’est peut-être dans l’esprit des gouvernants français, mais, en tout cas, elle l’est très fortement dans les esprits africains.
N. B. : Je crois qu’il y a une césure entre les aspects juridictionnels et l’engagement économique et social de la France en Afrique. Le flou du statut est entretenu, parce que les Africains deviennent citoyens, mais citoyens de l’Union française, et pas citoyens de la France ou de la Françafrique. Ils ont une citoyenneté bâtarde. On est toujours sous le système du double collège, européen et africain, ce qui montre bien l’impossibilité juridique d’accorder une pleine citoyenneté aux Africains. En même temps, des partis africains sont nés en 1945 – celui d’Houphouët, celui de Senghor – qui se sont apparentés aux partis français…
J.-P. D. : Ça, c’est très important, justement pour retrouver cette question de la sociabilité évoquée en introduction. La plupart des leaders africains sont élus députés et le nombre de députés africains va considérablement augmenter. Ils vont constituer le fameux bloc africain et ça va être un jeu terrible entre les partis français. Là, vont se créer effectivement, et c’est très important pour l’histoire de la sociabilité franco-africaine, des relations à la fois africano-africaines et africano-françaises. La franc-maçonnerie travaille en même temps tout ça. Il y a des relations d’amitié et déjà des relations d’affaires, puisque, à ce moment-là, les leaders africains sont non seulement des représentants politiques, mais commencent pour certains à avoir des intérêts économiques. Houphouët, tout le monde le sait, est déjà riche dans les années quarante/cinquante. Il se tracte toute une série d’affaires, où telle entreprise venant s’installer en Côte-d’Ivoire dans les années cinquante rendait compte à Houphouët et non au gouverneur. On est déjà dans un monde où les rapports ne sont plus des rapports d’assujettissement. Ces gens-là ne sont plus des sujets, comme ce pouvait être le cas avant la guerre.
N. B. : Je suis d’accord, et cela nous fait rentrer de plain-pied dans ce qui va être la rupture d’après la Seconde Guerre mondiale. Sur le plan juridictionnel, on sait qu’il est impossible de créer la République dans les colonies, parce que la colonisation est un système où il y a un dominant et un dominé et que si l’on accorde des droits aux dominés, vu leur nombre, la crainte de la submersion est permanente. Par contre, c’est sur le plan économique qu’il se produit quelque chose d’important. On rompt avec la doctrine d’autofinancement des colonies, on dépense trois cent vingt-cinq milliards de francs entre 1946 et 1954. On dépense beaucoup d’argent dans des infrastructures et le taux de scolarisation entre 1946 et 1958 va monter de 4 à 12 %. L’État français s’engage.
M : De l’argent arrive, avec des gens qui ont un rôle important sur le plan local, comme Houphouët. Le contrôle que peuvent exercer des dirigeants africains sur les flux économiques commence là ?
N. B. : Non je ne crois pas, parce que le FIDES, qui est l’organisme chargé de ces dépenses, le fait dans le cadre d’une planification qui échappe aux décisionnaires africains.
J.-P. D. : Oui, il y a à ce moment injection de l’argent public. Le FIDES, comme le FAC après, c’est l’État et le Trésor public français [1]. Mais, en même temps, il y a de nouveaux acteurs économiques qui débarquent, des acteurs économiques privés, qui ne sont plus les maisons de commerce d’autrefois.
N. B. : Oui, mais on reste très largement, pour ce que j’en connais, à une économie de traite, pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’en France il y a des lobbies puissants, à l’Assemblée nationale, qui freinent un certain nombre de modernisations, y compris agricoles, par crainte de la concurrence. Le cas des vins algériens est bien connu, mais ça vaut aussi pour l’arachide et pour un certain nombre de produits agricoles pour l’Afrique noire. On abandonnera la production du blé parce qu’on sait que ça peut créer une concurrence. On va donc mettre l’accent sur des produits de base, comme le riz, le cacao ou le café, sur lesquels la concurrence n’est pas à craindre. On reste quand même dans une économie de traite et, par ailleurs, on reste tributaire d’un schéma de développement saint-simonien. Il faut créer des infrastructures, des routes, désenclaver des régions. On commence à développer quelques expériences d’extraction minière ou de production, ce sont les premiers éléphants blancs. Il y a un discours sur l’industrialisation, mais il n’y a pas grand-chose sur le plan concret. On laisse faire le secteur privé, mais un secteur privé qui est largement tributaire d’inerties créées pendant l’entre-deux-guerres, où l’Afrique est un marché protégé. Finalement, le premier tournant, au début des années cinquante, est celui des monocultures d’exportation et des industries de base, pas des industries de transformation qui sont à forte valeur ajoutée. Mais je reviens à la sociabilité. Vous avez raison de souligner que les contacts qui se nouent à l’intérieur des partis par les loges franc-maçonnes sont primordiaux pour comprendre la prolongation des liens de ce que va être la Françafrique. Il me semble que le grand tournant, c’est la loi-cadre de Defferre, en 1956. Après 1945, l’administration prend conscience de ce désir d’autonomie qui s’exerce dans les autres empires. Ils réalisent alors qu’ils ont sous la main une élite de première génération qui sont les Senghor, Boigny, Coulibaly, M’ba. Le deuxième point, et je crois que c’est le déclencheur, est la formation d’une élite de seconde génération qui commence à essaimer des partis révolutionnaires et indépendantistes dès 1957, alors que ces gens sont destinés à intégrer l’administration coloniale, puisqu’ils ont les formations qui y conduisent. C’est là qu’on voit que les divisions sociologiques sont intéressantes à localiser, car, avec les élites de première génération, les politiques français ont entretenu, sinon des relations de confraternité, du moins des réseaux d’entente : Houphouët est ministre sous Guy Mollet, Senghor l’est avant.
J.-P. D. : Il faut revenir à ce qui se passe en France. Cette deuxième génération est très présente à Paris, puisque la Fédération des étudiants d’Afrique est à Paris. Il y a trois fils pour expliquer les relations dans l’histoire de la Françafrique. Il y a la franc-maçonnerie, le long fil de toute cette histoire. Il y a la métropole, comme lieu où des Africains, après les Antillais, sont venus et ont animé des mouvements – artistiques, intellectuels, politiques, syndicaux… Et il y a le PC. En même temps que ces étudiants sont dans la rupture, leurs liens à la métropole se complexifient.
N. B. : L’opposition politique ne signifie pas la dissension culturelle. C’est mon constat, amer peut-être, après les études que j’ai faites sur tous ces mouvements. L’acculturation se produit avec d’autant plus de force qu’elle se dialectise avec l’opposition politique. Cette opposition politique est fondée sur un rapport de haine et de désir et le modèle qu’ils proposent, c’est la métropole. Il y a un fantasme qui est de s’emparer des armes de l’oppresseur pour renverser l’oppression.
J.-P. D. : C’est là que je rebondirais. L’oppression n’est pas n’importe quelle oppression. La France a proposé quelque chose à ceux-là mêmes qu’elle opprimait, quelque chose qui faisait qu’elle était désirable, pas la France coloniale, que l’on combat, mais la métropole. À ce moment-là s’opère mentalement une distinction entre la France coloniale et la France idéelle, ou même la France réelle, où ils se confrontent à du racisme, mais où, en même temps, ils accèdent à un univers de possibles assez grand.
N. B. : J’insiste sur ce point fondamental. Le langage politique est celui de la rupture. Pourtant ces incorporations culturelles rendent le modèle métropolitain désirable, tout en le haïssant. Quels sont ces possibles offerts par la France ? C’est d’abord la liberté, la liberté concrète, pour des gens qui découvrent une société où les contraintes sociales gérontocratiques sont extrêmement limitées. La vraie rupture se joue là. C’est un désir de liberté. Voilà pourquoi la vraie rupture des années cinquante, d’après moi, ne se fait pas par rapport à l’ordre politique colonial, mais par rapport aux ordres traditionnels des sociétés paysannes. Ce qui veut dire que le revers de la médaille, on le voit très bien dans les trajectoires idéologiques de la première comme de la deuxième génération, c’est que ce sont des gens qui vont prolonger l’idée coloniale, telle qu’on a pu se la forger à la fin du xixe siècle, et qui, de ce fait, vont être incapables de penser des solutions qui seraient adaptées à l’Afrique, des solutions locales en relation avec les cultures de sociétés à 95 % paysannes. C’est ce qui explique, en partie, ce fait extraordinaire de la continuation d’une politique coloniale par des Africains qui l’ont incorporée, sans le savoir pour la plupart.
J.-P. D. : Mais la deuxième génération rend gorge…
N. B. : Oui, elle rentre dans le rang. On se dit alors qu’ils n’ont pas de conviction. Mais le fond du problème est que leurs projections à long terme sur l’Afrique rejoignent celles des intellectuels de la première génération. Il y a entre eux une entente qui n’est pas politique, mais métapolitique. Il y a un lieu de connivence qui est celui de l’incorporation des mêmes valeurs et d’une projection dans l’avenir qui est en fait la métropole.
M : On a donc laissé les gaullistes à Brazzaville et il va falloir les réintroduire dans l’histoire, ce qui s’est fait dans les années soixante. Est-ce à ce moment que se constitue le pouvoir redistributeur d’un certain nombre de dirigeants africains qui appartiennent à la première génération ? Est-ce au moment même de la transition vers l’indépendance et des liens forts qui se font avec les réseaux gaullistes africains ? Car c’est bien ça, et ses prolongements, que l’on appelle maintenant la Françafrique.
J.-P. D. : Oui, mais il y a un préalable. L’État français, Nicolas Bancel l’a dit tout à l’heure, investit beaucoup dans les années cinquante, comme il ne l’avait jamais fait avant. Avec les indépendances on investit toujours plus. Il n’y a pas de césure, mais au contraire une tendance lourde qui va s’amplifier. On est à l’époque, du côté français, dans un cadre dirigiste où l’État est tout-puissant. C’est lui le grand régulateur économique. D’une certaine façon, les États francophones en seront les homologues. À la fois sur le plan constitutionnel, puisque ce sont des Français qui rédigent les textes, et sur le plan économique. Les intérêts franco-africains étaient tellement entremêlés qu’on imagine bien que les chefs d’États étaient personnellement impliqués dans l’accès à ces ressources qui, pour eux, étaient énormes. Je pense, en particulier, à un personnage comme Houphouët. La Côte-d’Ivoire était le pays qui avait le plus d’échanges avec la métropole. Sur tout ce qui passait par le FIDES, il captait une partie de l’aide. Houphouët avait le contrôle sur de nombreux autres pays africains, avec de l’argent bien sûr, et pas seulement parce qu’il était le plus ancien. Ce n’est pas seulement la France qui va aider pour payer les fonctionnaires de tel pays, c’est Houphouët. Autrement dit, à un moment donné, dans les vingt premières années de la ve République – après, évidemment, les choses changent un peu –, Houphouët est une sorte de chef d’État adjoint de la Françafrique, ou de l’État franco-africain, le personnage central qui va régler quantité d’affaires pour le compte de l’État franco-africain. Des problèmes diplomatiques, économiques, financiers, énergétiques, d’armement. Tout ce qui fait de la France une grande puissance, alors qu’elle n’est, en fait, qu’une puissance moyenne, passe par l’Afrique. Le pétrole, l’uranium, les armes. La France devient une grande puissance exportatrice d’armement et Houphouët-Boigny est une pièce maîtresse de toute cette affaire. On peut appeler cela la phase impériale, si vous voulez, mais pour le capitalisme français, l’Afrique a été quelque chose de tout à fait important. Les grands groupes français ! On n’est plus là dans les sociétés de commerce. C’est Bouygues, c’est Alsthom, ce sont les grandes sociétés françaises qui ont des théâtres africains permanents et il y a des personnages clés qui, comme Houphouët, y jouent un rôle majeur.
N. B. : Il faut quand même voir qu’au moment des indépendances, l’État français a gardé l’essentiel de ses prérogatives. Il a gardé la monnaie, le franc CFA, créé en 1945 et garanti par le Trésor ; il a gardé l’armée, puisque toutes les armées africaines sont formées par des militaires français, et que l’armée française co-dirige d’une certaine manière les pouvoirs politiques. Près d’un tiers des administrateurs coloniaux, au lieu de se recycler dans les administrations françaises, restent en Afrique dans le cadre des administrations africaines. Il y a enfin cette éducation souvent commune, dont on a vu tout à l’heure qu’elle tissait les valeurs fondant cette sociabilité particulière. Tout est en place pour que la force d’inertie de la relation coloniale se prolonge dans les années soixante. Et il va y avoir la mise en place, en 1961 si je me souviens bien, de la coopération bilatérale. Avec Foccart aux commandes, le parti gaulliste a en main toutes les cartes de ces réseaux d’intervention policière et barbouzarde.
J.-P. D. : Mais on n’est pas forcément dans un rapport asymétrique. Ce qui allait se développer dans l’entre-deux-guerres était asymétrique. Il y avait le fort et le faible et il fallait que le fort forme le faible. Mais cette idée de famille franco-africaine va être très forte après les indépendances. Quand j’ai assisté à cette connivence devant moi, entre un chef de mission à la Coopération et un chef d’État africain, pour le coup, elle me gênait, je n’en étais pas. En aparté, le type pouvait dire : « Mais on est en famille ». Le mot « famille » pouvait être dit explicitement pour qualifier la chose, y compris par l’Africain. Les élites africaines étaient ravies de ce rapport, dont elles estimaient être autant les auteurs que les Français. La connaissance qu’ils avaient des circuits internes de la rue Oudinot et de la rue Monsieur était extraordinaire [2]. Il y avait un entre-soi, qui n’était pas uniquement le rapport entre le faible et le fort. Le mot de néocolonialisme ne colle pas. Un certain nombre d’Africains savaient qu’ils comptaient, que la France sans l’Afrique n’était pas grand-chose. Le fait que les États africains votent à l’ONU comme un seul homme y était pour quelque chose. Ça se traduit. Ce n’est pas rien.
N. B. : C’est vrai qu’il y a des relations de connivence produites par les deux parties. Mais ça reste une relation asymétrique, parce que cette connivence est fondée sur une séparation des élites urbaines et acculturées d’avec leurs peuples. C’est plus complexe, bien sûr, et il y a d’autres sociabilités africaines qui se mettent en place. Mais il y a des signes forts qui montrent que se poursuit chez ces élites le rêve de la métropole. Il y a aussi, vous l’avez souligné tout à l’heure, l’implantation économique. C’est vrai qu’on entre dans les années soixante dans une autre dimension. Elf fait le budget du Gabon, produit une rente répartie entre certains hauts-fonctionnaires gabonais et Omar Bongo. Mais, pour le reste, ça ne produit pas grand-chose. Les effets de cette proximité peuvent être dévastateurs pour les sociétés africaines.
J.-P. D. : Je suis assez d’accord pour dire que les élites africaines sont un cas particulier. Mais il me semble que dans certains pays, comme la Côte-d’Ivoire et le Sénégal, le rapport à la métropole est toujours présent, même au sein du peuple. Il y a même des plaintes inverses : « Alors maintenant vous faites l’Europe ? Nous on n’est pas dans le coup ? » La dévaluation du franc CFA n’a pas été vécue seulement comme une dévaluation monétaire, mais comme une dévaluation au sens littéral : les rapports franco-africains sont dévalués. C’est un discours beaucoup plus fréquent que celui d’en finir avec la France ou l’impérialisme français.
N. B. : Pour moi, c’est une incorporation terrifiante de la dépendance ! L’idéologie d’États autoritaires a imposé ça parce que la France représentait la voie du développement, parce que la France a consacré des sommes à la coopération bilatérale.
M : À partir du moment où cette scène françafricaine dispose d’une assise économique et que tous les attributs de l’État sont en place, le milieu françafricain est constitué, les carrières que l’on peut faire en Afrique deviennent très différentes de celle de l’administrateur colonial ou du colon. Quel est l’effet de cette scène françafricaine sur la politique française ?
J.-P. D. : Je n’ai pas assez d’éléments mais c’est normal que vous me posiez cette question. Elle est importante. Il y avait cinquante mille Français dans les années soixante-dix en Côte-d’Ivoire. Il y avait des coopérants, mais il y avait aussi des gens du privé qui sont restés plusieurs années et qui ont fait, par la suite, des carrières en France. Ils ne sont pas restés à se tropicaliser. J’ai connu un ingénieur agronome qui travaillait pour une société de développement d’État à la grande époque, avec financement de la Caisse centrale et de la Banque mondiale [3]. Évidemment, à la tête il y avait un Ivoirien, mais c’est lui qui s’occupait notamment des aspects financiers. Il était très jeune, vingt-sept/vingt-huit ans, et il est rentré en France après sept ou huit ans et il était devenu directeur de cabinet de Nallet, au ministère de l’Agriculture. Je pourrais donner d’autres exemples, mais il faudrait suivre un échantillon. On peut imaginer que certains sont devenus des personnages importants à l’interaction du politique et du financier. Ce qui est très clair, par contre, c’est que pour les personnages clés de la ve République, l’Afrique est une question centrale. On peut qualifier cela autrement, en disant simplement que pour tous ces hommes, de Gaulle et Mitterrand en particulier, l’Afrique est indispensable à la puissance de la France. La question fondamentale, c’est la puissance et l’indépendance de la France. Tous les chefs d’État français de la ve République ont été d’accord là-dessus, parce qu’il y a là une raison d’État. La France est devenue une grande puissance énergétique et nucléaire. Ç’a été la grande affaire de la Cinquième. Il y a à la fois Elf, EDF et le CEA. On a le nucléaire et le pétrole, mais la France n’a ni pétrole ni uranium. Dans ces deux éléments centraux qui ont été au cœur de la reconstitution de l’État français, l’Afrique est présente. Qu’il y ait un consensus de toute la classe politique française, de gauche comme de droite, paraît donc évident. Pour parler dans des termes presque théologiques, au-delà du politique, l’Afrique est consubstantielle à la ve République.
M : Comment comprendre alors, dans cette continuité, l’épisode de la nomination en 1981 de Jean-Pierre Cot à la Coopération, puis son éviction ?
J.-P. D. : Jean-Pierre Cot était un homme influent du Parti socialiste où il s’occupait des problèmes de coopération et il est arrivé à se loger dans ce poste. Mais il avait une vision que l’on peut qualifier de tiers-mondiste, c’est-à-dire que, pour lui, il y avait le Nord et le Sud. Il avait une idée de la grandeur et du rôle important de la France, mais elle concernait le développement des pays du tiers monde en général. La France allait avoir une grande politique de développement, mais pas seulement en Afrique. Ce pouvait être au Nicaragua ou quelque part en Asie. Et, du même coup, l’Afrique n’était plus consubstantielle. Il a tenu ce genre de discours en Afrique et a déplu aux chefs d’États africains. Outre Mitterrand, Guy Penne ou Foccart, le tollé était général. Le ministère de la Coopération n’est pas seulement un ministère français, c’est aussi un ministère africain. Et en proclamant souverainement une politique de développement Nord-Sud, il mettait en cause l’État franco-africain. C’est l’État franco-africain qui a chassé Jean-Pierre Cot. On a mis à la place Nucci, qui n’était pas connu et qui ne demandait qu’à être absorbé, et la familiarité s’est remise en place. Mais lorsque l’on songe au fils Mitterrand, là on touche à des choses extraordinaires. Le fait que Mitterrand ait pris son fils comme Monsieur Afrique était formidable, du point de vue des chefs d’État africains. On parle de familiarité, mais là on était presque dans quelque chose de théologique. Par la médiation du fils, on avait la relation directe au père. Et on appelait Mitterrand Dieu ! Je me souviens de Mitterrand, hiératique, venant de l’aéroport Houphouët-Boigny, et descendant debout dans une décapotable, en costume blanc, avec un chapeau blanc, l’avenue Giscard d’Estaing au milieu de la foule des Ivoiriens pour se rendre au palais présidentiel. Ça ne s’invente pas ! En fait, il n’avait aucune affinité particulière avec l’Afrique elle-même, il n’était pas érudit des cultures africaines, il ne collectionnait pas les objets. Mais il a atteint, et sans doute en retirait-il une grande satisfaction, le summum de l’incarnation de la figure centrale de l’État franco-africain. •
 
NOTES
 
[*] Respectivement historien et anthropoloque, spécialistes de la colonisation et des questions africaines.
[1] FIDES : Fonds d’investissement et de développement économique et social ; FAC : Fonds d’action et de coopération.
[2] La rue Oudinot : le ministère de l’Outre-mer ; la rue Monsieur : le ministère de la Coopération.
[3] La Caisse centrale de coopération économique, devenue l’Agence française du développement.
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