2002
Mouvements
Dossier
Françalgérie : sang, intox et corruption
François Gèze
Le système de la Françalgérie est sans doute un des secrets les
mieux gardés de la ve République. C’est un système complexe
dont le cœur est l’argent, celui des « commissions » prélevées par les généraux
du « cabinet noir » sur les échanges commerciaux avec l’étranger.
Depuis 1999, le voile d’opacité recouvrant l’atroce guerre
civile qui ensanglante l’Algérie depuis 1992 commence à se déchirer. Après les
documentaires de France 2 sur le massacre de Bentalha et de Canal Plus sur
l’assassinat du chanteur Matoub Lounès
[1], après les livres de Nesroulah Yous et du lieutenant
Habib Souaïdia
[2],
d’autres témoignages ont confirmé, et au-delà, ce qu’attestaient déjà ces
documents : la responsabilité écrasante, dans cette tragédie interminable, des
hauts responsables de l’armée (dirigée par le général Mohammed Lamari) et des
services secrets (le Département de renseignement et de sécurité, DRS,
successeur de la Sécurité militaire
[3], dirigé par les généraux Mohamed Médiène, dit «
Tewfik », et Smaïl Lamari, dit « Smaïn »). Avec les généraux Larbi Belkheir et
Khaled Nezzar, les véritables « parrains », ce sont eux que l’on a appelé les «
janviéristes », car ils ont été les organisateurs du coup d’État de janvier
1992.
•La manipulation de la violence islamiste
Deux de ces témoignages, émanant d’anciens officiers du DRS,
ont particulièrement frappé l’opinion. Celui du colonel Mohamed Samraoui,
d’abord, qui, lors d’une longue interview à la chaîne arabe
El Djazira, le 5 août 2001, a
notamment déclaré, détails à l’appui : « Les GIA [Groupes islamistes armés],
c’est la création du pouvoir : ils ont tué des officiers, des médecins, des
journalistes et beaucoup d’autres. […] L’intérêt des généraux est d’appliquer
la politique de la terreur pour casser les revendications légitimes du peuple,
celle de partager le pouvoir. » Celui du commandant Hichem Aboud, ensuite : si
son livre La mafia des généraux, paru
en février 2002, pèche souvent par omission, il n’en contient pas moins de
nombreuses révélations qui confirment les nombreux témoignages délivrés depuis
1994 dans la presse occidentale, jusque-là anonymement, par d’anciens membres
des forces de sécurité.
Il explique ainsi, notamment : « Comment ces généraux, qui
disent sortir des grandes écoles de guerre françaises et russes, n’arrivent-ils
pas en dix ans à éliminer des bandes armées commandées par des tôliers, des
marchands de poulets et autres repris de justice ? […] Ce n’est plus un secret
pour personne : le terrorisme intégriste est leur produit, leur instrument et
leur allié le plus sûr pour maintenir leur domination sur le peuple algérien.
La politique de l’infiltration et de la manipulation est l’arme absolue
utilisée par les services du général Tewfik. Les groupes terroristes sont créés
et dissous au gré des conjonctures et des événements
[4] […].
L’intégrisme n’a jamais constitué un ennemi pour la mafia des
généraux. Bien au contraire, ils s’en servent pour perpétuer leur pouvoir,
perpétrer leurs crimes et réprimer toute opposition à leurs desseins. Que
d’assassinats, commis à la faveur de cette ambiance marquée par la violence et
le terrorisme, et mis sur le compte des GIA, qui n’est en fait qu’un produit
sorti de leurs laboratoires
[5] […].
Évidemment, l’énumération des assassinats commis par la mafia
des généraux ne peut absoudre les groupes islamiques armés de leurs crimes.
Cependant, il est utile de rappeler qu’une fraction de ces groupes est la
création des services dirigés par le général-major Tewfik
[6] […]. Il faut rappeler que les GIA se
distinguent par l’absence d’un commandement unifié. Plusieurs bandes de
criminels repris de justice ont pris eux aussi l’étiquette GIA pour perpétrer
vols, racket, viols et assassinats. Cependant, les GIA de Djamel Zitouni et de
ses successeurs sont, sans le moindre doute, l’œuvre du duo Tewfik-Smaïl
[7]. »
On peut être certain que d’autres témoignages de ce type
viendront, à l’avenir, compléter ce tableau, même si les généraux d’Alger ne
ménagent aucun effort pour effacer les traces de leurs crimes, notamment en
liquidant régulièrement ceux qu’ils ont chargé de les commettre et qui « en
savent trop ».
Dans ce contexte, seuls ceux, désormais très minoritaires, qui
ont choisi de se boucher yeux et oreilles peuvent continuer à croire que la
tragédie algérienne ne s’explique que par la lutte sans merci, comme on nous le
raconte depuis dix ans, entre des « démocrates sincères » et des islamistes «
afghans ». D’ailleurs, ces dernières années, les analyses n’avaient pas manqué,
expliquant comment la dérive dans la folie sanguinaire du « cabinet noir »
algérien s’inscrivait dans une tradition historique de manipulation de la
violence
[8].
On peut comprendre que l’opinion occidentale – et française en
particulier –, abusée par une entreprise de désinformation à large échelle (j’y
reviendrai), a pu pendant si longtemps rester relativement indifférente au
drame à huis clos qui se déroule à deux heures d’avion de Paris. En revanche,
cette explication ne tient pas pour les gouvernements français qui se sont
succédé dans la période : ceux-ci sont en effet parfaitement informés, par les
services de renseignement (DST et DGSE), de la nature réelle de la « sale
guerre », de la torture généralisée, des « escadrons de la mort », de
l’amnistie de fait accordée aux terroristes par la loi de « concorde civile »
(1999), de la misère dans laquelle a été plongée la population, de la
corruption qui gangrène le corps social et permet à une infime minorité de
s’enrichir scandaleusement. La DGSE dispose de longue date de moyens d’écoute
sophistiqués qui lui permettent d’intercepter les communications des forces de
sécurité algériennes ; quant à la DST, ses liens « historiques » avec la SM lui
ont toujours assuré un excellent niveau d’information sur les actes et les
motivations de ses interlocuteurs. Et au-delà, les liens entre responsables
politiques et économiques des deux pays sont permanents : il n’est pas exagéré
de dire que pour les véritables dirigeants algériens, la capitale de leur pays
est Paris, où certains séjournent presque plus souvent qu’à Alger…
Mais alors, pourquoi le silence de la France, « patrie des
droits de l’homme » ? Pourquoi, comme l’indiquait un récent appel
d’intellectuels européens et algériens, tout au long de ces années, les
autorités françaises et européennes ont-elles « préféré “faire comme si…”.
Comme si les gouvernements successifs issus depuis 1992 de coups de force ou
d’élections truquées représentaient authentiquement la démocratie algérienne.
Comme si la lutte contre les groupes armés islamistes, à quelques “bavures”
près, avait été menée avec les armes du droit. Comme si l’économie algérienne
était une économie “normale”
[9] » ?
La réponse à cette question n’est pas simple et implique
plusieurs niveaux d’explication étroitement imbriqués, que l’on pourrait
résumer en cinq actes : complicité historique, cynisme d’État, chantage au
terrorisme, agit-prop médiatique, corruption et « rétrocorruption ».
•Complicité historique et cynisme d’État
Le premier facteur est d’ordre contextuel. Il tient aux liens
étroits qui se sont tissés depuis l’indépendance entre les dirigeants algériens
et les dirigeants français. À droite, les gaullistes ont su, par-delà les
tensions périodiques, entretenir des relations solides avec Alger, sur fond
d’intérêts communs bien compris, de l’exploitation des hydrocarbures au front
anti-américain sur la scène internationale. Les partis de la gauche officielle
(PCF et PS), quant à eux, avaient à se faire pardonner leur attitude durant la
guerre de libération, lors de laquelle ils avaient soutenu la violence d’État
contre les « moudjahidine », ce qui explique le constat dressé par l’historien
(et ancien militant du PSU) Bernard Ravenel, dans un article remarquablement
documenté : « Dans la décennie 1971-1981, la gauche française tout entière a
donné son soutien acritique au système de pouvoir construit par Boumediene. Ce
faisant, elle lui a attribué un surcroît de légitimité. […] En se limitant pour
l’essentiel au niveau de relation acritique d’État à État, la gauche française,
avec des nuances mais globalement au moins jusqu’en 1988, a légitimé le système
de pouvoir algérien. À ce titre, elle
a sa part
de responsabilité dans les malheurs et les drames
d’aujourd’hui
[10]. »
Enfin, il ne faut pas oublier les véritables liens d’amitié qui ont pu se
nouer, pendant la guerre d’Algérie, entre la minorité de gauche et d’extrême
gauche qui apporta courageusement son soutien au FLN, et ses dirigeants de
l’époque. Des liens souvent gardés intacts et qui ont pu jouer un rôle
important dans le soutien apporté par la France à l’Algérie officielle ces
dernières années, et dans l’aveuglement d’une partie de la gauche
intellectuelle sur la vraie nature du pouvoir militaire.
Le deuxième niveau d’explication est celui que l’on peut
parfois entendre dans les salons feutrés du Quai d’Orsay : l’Algérie est un
fournisseur important de la France et de plusieurs États de l’Union européenne
pour le gaz et le pétrole, et il est donc important, pour assurer la sécurité
de ces approvisionnements, qu’elle ne soit pas « déstabilisée » par l’islamisme
radical. D’autant qu’une telle déstabilisation aurait un « effet domino » sur
les deux pays voisins, Maroc et Tunisie, où la « menace islamiste » est
également présente. Cette crainte était très forte en 1989-1991, au moment de
la montée en puissance du Front islamique de salut (FIS), au point que l’armée
française décida en 1991 des manœuvres militaires sur les côtes
languedociennes, sur le thème : comment faire face à un afflux de « boat people
» algériens chassés par une dictature islamiste ? La version moins euphémisée
de cette doctrine, comme le relevait l’appel précité, est la suivante : « Face
au “péril vert”, mieux vaut soutenir des militaires notoirement corrompus et
sanguinaires (c’est la “doctrine Nixon” : “C’est un fils de pute, mais c’est
notre fils de pute”, appliquée au cas du dictateur chilien Pinochet) ». Mais
cette explication, si elle joue à l’évidence un rôle, est loin d’être la plus
décisive. À elle seule, elle ne saurait en effet justifier un soutien aussi
constant et déterminé à l’une des dictatures les plus brutales de ces dernières
décennies. D’une certaine façon, il s’agit surtout d’un discours de
justification – parfois sincère, parfois franchement cynique – principalement
porté par le « deuxième cercle » du pouvoir : celui des « experts »,
intellectuels et journalistes influents fascinés par la raison d’État.
Au sein du « premier cercle » des décideurs politiques
français, d’autres raisons jouent un rôle plus important. La première est
certainement le chantage au terrorisme exercé sur la France par les généraux
d’Alger, surtout depuis 1994.
Rappelons les faits, tels que les évoquait en 1996 Lucile
Provost : « Depuis septembre 1993, date à laquelle deux géomètres français
avaient été tués dans l’ouest de l’Algérie, les attentats dirigés contre la
France n’ont pas cessé. Certains ont été particulièrement spectaculaires comme
l’enlèvement de trois fonctionnaires consulaires à Alger en octobre 1993, le
meurtre de cinq agents de l’ambassade (dont trois gendarmes) par un commando
armé en août 1994, ou le détournement d’un Airbus d’Air France en décembre
1994. Les attentats sur le sol français à l’été et à l’automne 1995 sont
ensuite venus nourrir les craintes d’une exportation de la violence. Après une
demi-année de relative tranquillité, le rapt puis l’exécution en mai 1996 de
sept moines, dans la région de Médéa, suivis de l’assassinat de Monseigneur
Pierre Claverie, évêque d’Oran, le 1
er août 1996, ont montré encore une fois
que ni le régime ni les groupes armés n’avaient renoncé à faire de la France un
des enjeux de leur lutte
[11]. » La plupart de ces crimes ont été attribués aux
Groupes islamistes armés. Pourtant, les informations qui ont filtré depuis
montrent qu’ils relèvent pour l’essentiel d’une « stratégie de la tension »
mise en œuvre par les Services algériens, par islamistes manipulés interposés,
pour faire pression sur la France et prévenir toute tentation de sa part de
leur retirer son soutien.
Plusieurs phases peuvent être distinguées. Dans les premières
années (1993-1994), le moins qu’on puisse dire est que prévaut une certaine
confusion, révélatrice des rapports tordus entretenus de longue date entre
Services français et algériens. Il est en effet pratiquement établi que les
actions les plus spectaculaires contre la France attribuées aux GIA dans cette
période sont le résultat de manipulations, parfois élaborées en commun entre la
SM et certaines branches des Services français, dans le but de « conduire les
autorités françaises à s’engager résolument aux côtés de l’État algérien dans
la logique de répression
[12] ». Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Charles
Pasqua, aurait ainsi joué un rôle clé dans l’affaire du « vrai-faux enlèvement
» des trois fonctionnaires du consulat français, Jean-Claude et Michèle
Thévenot et Alain Fressier, séquestrés le 24 octobre 1993, puis relâchés, par
un commando « islamiste » dirigé par un certain Sid Ahmed Mourad (
alias Djaafar el-Afghani) : le récit
circonstancié de cet épisode par les journalistes Roger Faligot et Pascal Krop
n’a fait l’objet d’aucun démenti
[13]. Cette affaire a en tout cas été le prétexte de l’«
opération chrysanthème » du 4 novembre 1993, vaste rafle conduite par la police
dans les milieux islamistes de l’Hexagone. De même, à la suite de l’assassinat
de cinq Français le 5 août 1994, dix-sept militants et sympathisants islamistes
ont été assignés à résidence à Folembray, dans l’Aisne. Et le 12 août 1994, les
GIA exigeaient l’arrêt de « tout appui » de Paris au pouvoir algérien, faute de
quoi ils menaçaient de « frapper violemment les intérêts français ». L’affaire
de l’Airbus, en décembre de la même année, s’inscrit clairement dans cette
séquence et relève plus que probablement d’une autre manipulation du
DRS.
En 1995, on change de registre, car les plus hauts responsables
politiques français semblent considérer que les généraux algériens sont allés
trop loin. Et ils commencent à mesurer leur soutien. La riposte des « groupes
islamistes de l’armée » (comme les appelle la rue algérienne, depuis des
années) est brutale : du 25 juillet au 17 octobre, sept attentats à la bombe, à
Paris (RER Saint-Michel, place de l’Étoile, boulevard Richard-Lenoir, métro
Maison-Blanche, RER Musée d’Orsay) et dans la région lyonnaise, tuent dix
personnes et font des dizaines de blessés. Dans cette période, on apprend que
l’« émir » des GIA, Djamel Zitouni, a adressé, le 19 août, une lettre au
président de la République Jacques Chirac l’invitant « à se convertir à l’Islam
pour être sauvé » et que, par un communiqué du 7 octobre, il a menacé la France
de nouvelles « frappes militaires ». Les autorités françaises reçoivent ces «
messages » cinq sur cinq, comme le reconnaît prudemment, dès juillet 1995, un
conseiller du Premier ministre Alain Juppé : « C’est sans aucun doute le
travail des islamistes. Mais qui est derrière eux ? Peut-être un clan de la
Sécurité militaire algérienne ou du pouvoir qui voudrait nous entraîner comme
allié dans leur combat contre le terrorisme
[14] ? »
Certains responsables français se poseront cette même question
après le martyre des sept moines de Tibhérine en mai 1996. Henri Tincq, le
journaliste chargé des questions religieuses au quotidien
Le Monde, s’en fera l’écho dans une
enquête publiée en juin 1998 : « La version officielle de la responsabilité
unique de groupes islamiques armés est mise en doute, aussi bien dans des
cercles ecclésiastiques à Rome que par d’anciens officiers de la sécurité
algérienne. Selon des témoignages récents, la sécurité avait infiltré les
ravisseurs des moines et, parce qu’elle n’aurait pas supporté que les services
français entrent eux-mêmes en contact avec les islamistes, l’affaire aurait mal
tourné
[15]. »
Ces doutes, le leader socialiste Lionel Jospin les exprimera
plus globalement, en janvier 1997, cinq mois avant sa nomination au poste de
Premier ministre. Celui qui est alors le chef de l’opposition de gauche
déclare, très lucidement, évoquant le drame algérien : « On continue à hésiter
entre le risque de l’indifférence et celui de l’engrenage si on s’exprime trop
clairement. Voilà, je crois, les raisons du silence. […] Il n’est pas question
d’une capitulation devant des forces qu’on peut à peine identifier, mais nous
devons dire que nous ne sommes pas prêts, pour autant, à soutenir le pouvoir
algérien quoi qu’il fasse. […] Un gouvernement, qu’il soit de droite ou de
gauche en France, peut se demander si certains, ici ou là, ne pourraient pas
être tentés de frapper si nous nous exprimions plus nettement. […] On peut
certes espérer qu’en ne disant rien on sera moins touché. Mais on peut aussi se
dire que, si le conflit ne trouve pas de solution, l’accumulation de ces
violences est lourde de conséquences pour le futur. Il faut donc faire des
choix
[16]… »
Et pourtant, en septembre 1997, trois mois après son entrée en
fonction et quelques jours après les grands massacres de civils à Raïs et
Sidi-Youcef, le même Lionel Jospin déclare : « Même si nous ressentons un
sentiment d’horreur et de compassion […], avons-nous toujours à nous sentir
coupables ? La France n’est plus responsable de ce qui meurtrit l’Algérie
aujourd’hui. Au plan officiel, le gouvernement français est
contraint dans son expression
[souligné par nous]. Prendrait-il des initiatives qu’elles ne seraient pas
reçues, nous le savons
[17]. » Ce revirement spectaculaire, rarement relevé à
l’époque, s’explique très trivialement : dès la constitution du gouvernement de
Lionel Jospin en juin 1997, de discrets émissaires de la SM ont expliqué en
substance au Quai d’Orsay et à certains responsables français que si le
gouvernement français « s’exprimait plus nettement », il leur serait bien
difficile d’empêcher que « certains, ici ou là », soient « tentés de frapper ».
En termes plus crus, que les « Groupes islamistes de l’armée » pourraient à
nouveau porter leur guerre sur le territoire français. Là encore, le message a
été reçu. Et le gouvernement a cédé au chantage. Au lieu de mobiliser la
puissance de ses services de police pour traquer les islamistes de l’armée
présents sur le territoire français (agents directs de la SM ou militants
islamistes manipulés), il a déclenché une opération diplomatique d’envergure,
en particulier au sein de l’ONU, pour contrer la revendication d’une «
commission d’enquête internationale ».
Car la manifestation du 10 novembre 1997 à Paris, à
l’initiative de l’association « Un jour pour l’Algérie » et de nombreuses ONG,
a mis en avant le mot d’ordre de commission d’enquête internationale pour la
vérité sur les massacres et les violations des droits de l’homme en Algérie,
visant aussi bien le terrorisme islamique que le pouvoir. Des milliers de
personnes sont descendues dans la rue, et la manifestation a eu un impact
considérable. Face à cette initiative, les militaires algériens ont pris peur :
si la pression de l’opinion internationale parvenait à imposer une « opération
vérité » susceptible de mettre à jour les manipulations de la violence qu’ils
exerçaient depuis des années, la base même de leur pouvoir et de leur richesse
risquait d’être gravement ébranlée. Ils ont donc déclenché une contre-offensive
d’envergure, leurs alliés civils multipliant les contacts avec des
personnalités et des intellectuels français
[18]. C’est dans ce climat que se sont inscrits un
meeting à la Mutualité le 20 janvier 1998 et une émission sur la chaîne
franco-allemande Arte, le lendemain, qui ont donné l’un et l’autre un large
écho aux thèses des courants « éradicateurs » proches du pouvoir.
Dès la fin 1997, plusieurs dignitaires du régime (dont Ali
Haroun, ancien dirigeant de la Fédération de France du FLN) sont venus
discrètement à Paris délivrer la bonne parole à quelques personnalités
politiques et intellectuelles, surtout de gauche, jugées influentes. Alors même
que les tueries redoublaient (plus de mille victimes dans une série de
massacres dans l’Ouest du pays), cette démarche était suivie d’un véritable
ballet de visites, officielles ou non, de personnalités françaises et
européennes en Algérie (dont Claude Cheysson, Yvette Roudy, Francis Wurtz, Jack
Lang), qui toutes sont revenues en affirmant les mêmes convictions : « Il est
clair que ce sont les islamistes, ces fous de Dieu, qui tuent
[19] », et face à eux, « seule
la contre-violence est possible
[20] ».
Les philosophes Bernard-Henri Lévy et André Glucksmann, les
premiers, ont ramené de leur visite des reportages qui ne passeront pas
inaperçus
[21] – et
vaudront à leurs auteurs un hommage empoisonné du « parrain » des «
janviéristes », le général Khaled Nezzar (« Ils ont par leur courage fait
connaître la vérité », écrira-t-il début février dans
El Watan, avant d’assurer « ces hommes
de courage et de conviction » de « son plus grand respect » et de sa « plus
haute considération
[22] »).
Mais l’offensive n’a pas été que médiatique. Ainsi, Jack Lang,
le président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale,
qui réclamait en novembre 1997 la commission d’enquête internationale (c’était
le bon sens, disait alors également Bernard-Henri Lévy), a-t-il déclaré trois
mois plus tard, curieusement, le contraire. C’est qu’entre-temps Jack Lang a
rencontré à Alger les dignitaires du pouvoir, il a donné des interviews
lénifiantes dans la presse locale et il est revenu en France, expliquant que la
commission d’enquête était inutile. De même, en février 1998, la préparation
d’une délégation de parlementaires européens a fait l’objet d’une bagarre
feutrée – mais très vive – entre les représentants des ONG de défense des
droits de l’homme et les « éradicateurs » algériens et européens
(principalement français et belges). Ces derniers ont reconnu certaines «
bavures » du pouvoir, tout en soulignant que l’essentiel était de ne pas
déstabiliser l’armée, dernier « rempart » contre l’islamisme. Après la visite,
la conclusion du président de la délégation sera sans surprise : les forces de
sécurité « ne sont pas impliquées dans les massacres mais constituent une armée
mal entraînée et mal équipée pour lutter contre les formes mutantes de
terrorisme
[23] ». Une
complaisance que la journaliste algérienne Salima Ghezali, qui venait justement
de recevoir du Parlement européen le prix Sakharov des droits de l’homme,
jugera en ces termes : « Ainsi l’Europe continue, sans surprise, à ne pas se
définir et, en fait, à soutenir le régime algérien à l’instigation de
Paris
[24]. »
De fait, dans le même temps, les diplomates français
s’activeront discrètement et efficacement dans les couloirs de l’ONU pour
torpiller définitivement la revendication d’une commission d’enquête
internationale pour connaître les commanditaires des massacres, qu’avait
pourtant soutenue James Rubin, le porte-parole du Département d’État
américain
[25]. Ce
sinistre « succès diplomatique » montrait une nouvelle fois à quel point la
France donne le « la » au niveau mondial sur le « dossier algérien » : tout se
passe comme si, aux yeux des États démocratiques occidentaux, l’Algérie
restait, quarante ans après son indépendance, une « affaire intérieure »
française.
Cette remarquable entreprise de verrouillage a enfin été
complétée, en France même, par la liquidation « en douceur » des dizaines de
comités de solidarité avec l’Algérie qui s’étaient créés à l’époque. Cette
opération a été pilotée par les hommes de la Sécurité militaire présents sur le
territoire : des militants « éradicateurs » français et algériens, sans doute
pas toujours conscients d’être ainsi manipulés, ont été invités par des relais
civils de la SM à rejoindre ces comités qui, sous leur influence, ont
progressivement abandonné le mot d’ordre de commission d’enquête internationale
– parfois au prix de vifs déchirements – et ont presque tous disparu en
quelques mois, dans la confusion et le découragement des militants
sincères.
Cet épisode illustre un autre élément essentiel du
fonctionnement de la « Françalgérie » : la France est sans doute la seule
grande démocratie au monde à tolérer sur son sol la présence d’une force
policière nombreuse d’un État étranger. La SM dispose en effet en France, en
permanence, de plusieurs centaines d’agents et de milliers d’indicateurs. Leur
rôle premier est la surveillance serrée de la communauté algérienne immigrée.
Dans les années post-indépendance, ils l’assuraient sous le couvert de
l’Amicale des Algériens en Europe. Depuis les années quatre-vingt, avec
l’enracinement des immigrés dans la société française, cette structure est
tombée en déshérence, mais la fonction de surveillance, visant à éviter toute
structuration d’une opposition au pouvoir dans l’immigration, est toujours une
priorité de la SM. Ses agents sont bien sûrs présents dans les dix-huit
consulats, mais ils usent aussi de diverses « couvertures » civiles.
Traditionnellement coordonnée par un colonel en poste au consulat de Paris,
leur action consiste à repérer les opposants, à neutraliser les plus actifs
(par la récupération ou les menaces sur la famille restée au pays), à infiltrer
et noyauter tous les regroupements, même les plus anodins (c’est ainsi qu’à
l’automne 2001, la « branche française » de la SM a réussi à infiltrer et à
faire scissionner l’Association des taxis kabyles de Paris, qui commençait à se
mobiliser contre la répression en Kabylie…). Ce contrôle policier explique dans
une large mesure la crainte dans laquelle vivent les Algériens de France et
leur faible mobilisation face aux horreurs que vivent leurs familles restées au
pays, dont ils connaissent pourtant parfaitement les responsables. Depuis le
début de la « seconde guerre d’Algérie », la SM en France a également joué un
rôle actif pour relayer, auprès de la presse et de la classe politique
françaises, les opérations de désinformation concoctées dans les bureaux
algérois du service d’action psychologique du DRS, dirigé jusqu’à la fin 2001
par le fameux colonel Hadj Zoubir.
Toutes ces actions sont parfaitement connues des services
français de renseignement, et en particulier de la DST, qui entretient de
longue date les meilleurs rapports avec la SM (rappelons simplement
l’assassinat en plein Paris, le 8 avril 1987, de l’opposant Ali Mécili : arrêté
deux mois plus tard par la brigade criminelle, son assassin, Abdelmalek
Amellou, sera identifié comme un agent de la SM, commanditaire de l’opération ;
Amellou sera pourtant relâché, après intervention à « haut niveau » et pourra
regagner Alger sans encombres
[26]…).
•Corruption et « rétrocorruption »
Mais le cœur de ce système complexe de la « Françalgérie » est
sans conteste l’argent, celui des « commissions » prélevées par les généraux du
« cabinet noir » sur les échanges commerciaux avec l’étranger.
On le sait, l’économie algérienne est totalement dépendante des
exportations de pétrole et de gaz, qui représentent 97 % des exportations (et
60 % des recettes fiscales de l’État). La production nationale de biens de
consommation est sinistrée et l’essentiel doit être importé. Depuis les années
quatre-vingt, la poignée de généraux qui contrôlent le pouvoir a fait passer à
une échelle industrielle le « système des commissions » consistant à prélever à
leur profit, par divers mécanismes occultes, 10 % à 15 % de ces flux
d’exportation
et d’importation
[27]. Ce que résume sobrement
en ces termes l’ancien ministre du Commerce Smaïl Goumeziane : « De l’aveu même
du président de la République, le commerce extérieur du pays serait entre les
mains de dix à quinze personnes. […] Par ce biais, on estime qu’un milliard et
demi à deux milliards de dollars fuient le pays chaque année. En trente ans, ce
sont ainsi quelque 30 à 40 milliards de dollars de richesse nationale qui s’en
sont allés se loger offshore dans les comptes numérotés de quelques banques
internationales vertueuses, ou s’investir hors du pays dans l’hôtellerie, dans
l’immobilier ou dans le négoce international
[28]. »
Cette corruption est le moteur fondamental de la « sale guerre
» que les « décideurs » militaires mènent contre leurs compatriotes : sa
fonction première est de briser et d’« éradiquer » tous les germes qui
pourraient entraîner le peuple dans une révolution risquant de mettre fin à
leurs privilèges et de tarir définitivement les sources de leur fortune. Or, ce
« moteur » ne pourrait fonctionner sans complicités en France, premier
partenaire commercial de l’Algérie, comme l’a rappelé Lucile Provost : « C’est
en premier lieu par rapport à la France, aux firmes françaises, aux
intermédiaires qui travaillent avec elles, que le pouvoir algérien organise la
mise sous contrôle de l’économie. C’est le plus naturel. Les entreprises
françaises sont sur place, les hommes se connaissent. Ce sont donc de
véritables réseaux d’influence politico-économiques qui se sont mis en place
avec l’ancienne métropole et existent encore aujourd’hui. Les Français ont
d’ailleurs bénéficié, comme les Algériens, des retombées de cette économie de
la dépendance. Les contrats sur l’Algérie étaient réputés particulièrement
rentables, la surfacturation étant couramment de l’ordre de 30 % à 40 %. […]
Les liens entre affaires et politique ne se sont jamais démentis, que ce soit à
droite ou à gauche
[29]. » Pour dire cela plus brutalement : comme l’a
montré l’« affaire Elf » à propos de la Françafrique, il n’est pas concevable
que ce système de corruption franco-algérien, fondé sur les commissions, puisse
fonctionner depuis plus de vingt ans sans que des « rétrocommissions » venues
d’Algérie alimentent les corrupteurs français et les caisses des partis
politiques, ainsi encouragés à fermer les yeux. Un système qui, assurément,
fonctionne encore en 2002. Malheureusement, il est impossible d’en dire plus,
car ce système est sans doute l’un des secrets les mieux gardés de la
ve République. Bien sûr, aucune enquête
n’a jamais été menée, alors même que les services de renseignement n’ignorent
rien des nombreuses propriétés françaises des « janviéristes » et de leurs
associés (chaînes de restaurants, hôtels, immeubles, boîtes de nuit, etc.). Et
que les bureaux du ministère des Finances connaissent depuis des années les
bénéficiaires algériens des commissions versées par les entreprises françaises,
puisque celles-ci doivent les déclarer au Trésor pour les déduire de leurs
impôts, comme l’a souligné le journaliste belge Baudouin Loos : « La France est
l’un des rares pays européens à autoriser le versement de commissions par ses
entreprises dans les transactions commerciales internationales
[30]. »
Le sang de dizaines de milliers d’Algériens a été versé pour
que ce système de corruption perdure à l’abri du secret. On comprend donc que
ceux qui cherchent à le percer risquent leur vie. L’exemple emblématique en est
– rien moins – celui du président Mohammed Boudiaf, assassiné le 29 juin 1992 :
il est désormais attesté que les généraux du « cabinet noir », qui l’avaient
convaincu de prendre la tête de l’État après le putsch de janvier 1992, ont
organisé son assassinat parce qu’il avait décidé d’enquêter en profondeur sur
leurs circuits de corruption. Boudiaf avait envoyé à Paris, en juin 1992, cinq
officiers de confiance pour obtenir du Premier ministre Pierre Bérégovoy les
informations détenues par ses services sur ces circuits et leurs
bénéficiaires
[31]. Fin
de non recevoir. De retour à Alger, les cinq hommes ont été assassinés, bien
sûr par des « islamistes »… Quelques jours après, c’était le tour de Boudiaf
lui-même. Dix ans plus tard, rien n’a bougé sur ce plan, le secret reste bien
gardé. Mais l’Algérie est exsangue, et le « système » est au bout du rouleau,
au point que ses protagonistes, après les révélations des livres et des films
de 2000-2001, se déchirent (clan Belkheir contre clan Tewfik) au grand jour,
non sans relancer les tueries aveugles d’islamistes manipulés pour tenter de
donner le change.
Il est plus que probable, dans ce contexte, que des « traîtres
» commencent à « lâcher le morceau » pour se préserver. Et dès lors, on peut
parier sans risque que, si la vérité sur la « Françalgérie » éclate, cela
deviendra en France un scandale politique majeur, au côté duquel l’« Affaire
Elf » fera figure de bluette… Le seul vœu qui puisse être formulé, dans cette
perspective, est que cela permette d’engager l’indispensable nettoyage des
réseaux de la « Françalgérie », dont les membres français (politiques et hommes
d’affaires) ont permis trop longtemps aux généraux d’Alger d’agir impunément.
•
[1]
J.-B.
Rivoire et
J.-P.
Billault,
Bentalha, autopsie d’un massacre
(diffusé le 23/09/1999 dans « Envoyé spécial », sur France 2) ; M.
Despratx et
alii,
L’affaire Lounes Matoub, la grande manip, Canal
Plus, 31/10/2000.
[2]
N.
Yous,
Qui a tué à Bentalha ?, La Découverte,
2000 ; H.
Souaïdia,
La sale guerre, La Découverte,
2001.
[3]
Sur le rôle de la SM, voir l’impressionnant dossier constitué
par S.-E.
Sidhoum, « La Sécurité
militaire au cœur du pouvoir. Quarante ans de répression impunie en Algérie,
1962-2001 », Algeria-watch, septembre 2001 (
www. algeria-watch. de/ mrv/ mrvrepr/ repression_1962_2001.
htm).
[4]
H.
Aboud,
La mafia des généraux, Lattès, 2002,
p. 184.
[5]
Idem, p.
186.
[6]
Ibid., p.
192.
[7]
Ibid., pp.
194-195.
[8]
Voir notamment : L.
Addi, « L’armée algérienne confisque le pouvoir
»,
Le Monde diplomatique, février 1998
(
www. monde-diplomatique. fr/ md/ 1998/ 02/ ADDI/ 10029.
html). F.
Gèze, « Aux origines de la violence »,
Mouvements, n° 1, novembre-décembre
1998, pp. 9-20.
[9]
« L’Algérie après le 11 septembre : et les droits de l’homme ?
»,
www. algeria-watch. de/ farticle/ appel_accord_association.
htm.
[10]
B.
Ravenel, « La
gauche française au miroir de l’Algérie »,
Mouvements, n° 1, novembre-décembre 1998, pp.
62-75.
[11]
L.
Provost, «
Poursuite de la violence, impasses politiques : Paris et Alger entre brouilles
et complicités »,
Le Monde
diplomatique, septembre 1996.
[12]
Selon les termes de Jocelyne Césari, chercheuse au CNRS, dans
un article de 1995 fort pertinent, qui ne formulait toutefois pas à l’époque
l’hypothèse de la manipulation (J.
Césari, « Les rapports France-Algérie : l’effet
“Airbus” »,
Les Cahiers de l’Orient,
n° 36-37, 1994-1995, p. 179).
[13]
R.
Faligot et P.
Krop,
DST police secrète, Flammarion, 1999, pp.
450-452 ; voir aussi la version, un peu différente, qu’en donne le Mouvement
algérien des officiers libres (MAOL), « L’affaire des otages du consulat
français », septembre 2000,
www. anp. org/ affairedesotages/ affairedesotages.
html.
[14]
Cité par C.
Angéli et
S.
Mesnier,
Sale temps pour la République,
1995-1997, Grasset, 1997, p. 81.
[15]
H.
Tincq, « La
sécurité algérienne pourrait être impliquée dans le drame de Tibehirine »,
Le Monde,
07-08/06/1998.
[16]
Interview à
Libération, 27/01/1997.
[17]
Interview au
Monde,
16/09/1997.
[18]
Voir F.
Gèze et S.
Mellah, « Crimes contre l’humanité »,
postface à N.
Yous,
Qui a tué à Bentalha ?,
op. cit., pp. 293-298.
[19]
Yvette
Roudy,
El Watan, 01/03/1998.
[20]
Claude
Cheysson,
L’Express, 22/01/1998.
[21]
B.-H.
Lévy, « Choses
vues en Algérie »,
Le Monde,
08-09/01/1998 ; « Ce que j’ai vu en Algérie », Carnets de route d’André
Glucksmann, documentaire de Malik Aït Aoudia, France 3,
06/03/1998.
[22]
Cité par J.-P.
Tuquoi, « Les succès de communication du
pouvoir algérien »,
Le Monde,
20/02/1998.
[23]
Cité par M.
Scotto, «
Les députés européens qui se sont rendus à Alger sont hostiles à une enquête
internationale »,
Le Monde, 19/02/1998
; voir aussi A.
Soulier, « Le déclic
? »,
La Provence,
21/02/1998.
[24]
Le Soir de Bruxelles,
14/02/1998.
[25]
Daily Press Briefing released by
the Office of the Spokeman, US Department of State,
06/01/1998.
[26]
Voir H.
Aït-Ahmed,
L’Affaire Mécili, La Découverte,
1989.
[27]
Voir à ce sujet l’une des très rares études documentées sur la
question : A.
Zerouali, « Les
circuits de l’argent noir »,
in Reporters sans
frontières (éd.),
Le drame
algérien, La Découverte, 1996, p. 112. Ainsi que F.
Talahite, « Économie administrée,
corruption et engrenage de la violence en Algérie »,
Revue Tiers-Monde, n° 161, septembre
2000.
[28]
S.
Goumeziane, «
Économie algérienne : enjeux et perspectives », intervention au séminaire du
CIPA à Paris le 27/04/2000,
www. algeria-watch. de/ farticle/ tribune/ goumeziane.
htm.
[29]
L.
Provost,
La Seconde Guerre d’Algérie,
Flammarion, 1996, p. 41.
[30]
B.
Loos, « L’Europe
et l’Algérie », Institut européen de l’Université de Genève, Genève, 26/05/1999
(revu et augmenté le 13/03/2000),
www. algeria-watch. de/ farticle/ tribune/ loos3.
htm.
[31]
Mouvement algérien des officiers
libres (MAOL), « Opération Boudiaf »,
w
www. anp. org,juin 2000.