Mouvements
La Découverte

I.S.B.N.2-7071-4107-0
181 pages

p. 84 à 89
doi: 10.3917/mouv.029.0084

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no29 2003/4

L’administration Bush n’a jamais caché qu’un de ses objectifs de guerre contre l’Irak était de « remodeler la carte du Proche-Orient ». Mais elle semble surtout avoir ouvert une boîte de pandore d’où sortiront tous les démons de l’intégrisme.
Programmée au lendemain de l’élection de George W. Bush en novembre 2000, décidée le lendemain des attentats terroristes du 11 septembre 2001 contre les tours jumelles du World Trade Center et du Pentagone, la guerre anglo-américaine contre l’Irak s’est finalement traduite dans les faits. Que cette guerre ait pu être menée d’abord contre les Nations unies et l’Union européenne, sans l’aval de l’Otan et surtout contre les opinions publiques dans le monde entier est une première dans les relations internationales depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. L’hyperpuissance américaine, piquée au vif par le terrorisme international islamiste avec lequel elle avait longtemps flirté, désormais vulnérable sur son propre territoire, devait relever cet affront. En s’y prenant de cette manière unilatérale, elle aggrave sa vulnérabilité stratégique. La suite des événements au Proche-Orient et sur le front de la lutte contre le terrorisme international semble conforter cette thèse. Car maintenant que l’Irak est colonisé, que le régime de Saddam Hussein est tombé comme un château de cartes, que l’hégémonie américaine semble s’étendre sans partage sur tout le Proche-Orient, les problèmes qui ont amené les États-Unis à déclarer la guerre au terrorisme et à l’Irak restent intacts.
Car officiellement, les raisons invoquées par l’administration Bush pour intervenir militairement contre l’Irak étaient de trois ordres :
  • éliminer les armes de destruction massive dont disposerait l’Irak ;
  • éviter que de telles armes ne tombent un jour entre les mains d’une organisation terroriste intégriste comme Al-Qaïda ;
  • se servir de l’Irak « libéré » et « démocratisé » comme base de départ pour remodeler l’ensemble du Proche-Orient pour en faire une zone de libre échange, démocratique et pacifique.
Il n’est pas utile de s’attarder sur les deux premières raisons, puisqu’il s’avère aujourd’hui, et alors que plus de deux cent mille soldats américains et britanniques occupent la totalité de l’Irak, que ces prétendues armes ont été détruites après la première guerre du Golfe en 1991, entre 1992 et 1994. Bush et Blair le savaient pertinemment. Ils ont préféré mentir et déformer les rapports de leurs services de renseignement respectifs pour dramatiser la prétendue menace irakienne.
Idem pour la connexion entre le réseau Al-Qaïda et le régime de Saddam Hussein. Non seulement rien ne permet d’affirmer un quelconque lien entre deux idéologies diamétralement opposées, et deux personnalités qui se détestent mutuellement, mais paradoxalement la chute du régime de Saddam Hussein, une dictature nationale et laïque, ouvre la voie à l’avènement de deux intégrismes en Irak : wahhabisme tribalo-sunnite dans le centre et le nord et intégrisme tribalo-chiite dans le sud.
Reste l’avènement d’un Proche-Orient remodelé, démocratisé ou tout simplement américanisé, selon le rêve des néoconservateurs qui n’ont jamais été aussi puissants que depuis l’élection de George W. Bush en 2000. En quoi consiste ce « rêve » ? Si une littérature abondante a été écrite dans la presse anglo-saxonne sur ce sujet, la principale étude qui recommande un tel projet remonte à 1996.
Cette année-là plusieurs idéologues du néoconservatisme américain, conduit par Richard Perle, avaient élaboré, à l’intention et à la demande de Benjamin Netanyahou, alors Premier ministre israélien, une étude intitulée « une rupture radicale : une nouvelle stratégie pour protéger le royaume ». L’intérêt de ce texte, que vient de traduire et de publier l’excellente Revue d’études palestiniennes dans sa dernière livraison [1], est qu’il est co-écrit par Richard Perle, Douglas Feith, David Wurmuser, Meyrav Wurmuser, qui sont tous des faucons et travaillent soit directement dans l’Administration Bush ou dans des instituts qui la conseillent et exercent une grande influence sur elle. Que dit ce document qui fut remis le 8 juillet 1996 par Richard Perle en personne à Benyamin Netanyahou et qui avait été préparé pour l’Institute for Advanced Strategic and Political Studies, un think-tank basé à Jérusalem et à Washington et financé par le milliardaire américain Richard Mellon-Scaife, un chrétien ultra conservateur qui a largement financé les campagnes de Reagan et des Bush père et fils ? Il prône en substance « une nouvelle politique étrangère israélienne basée sur la répudiation des accords d’Oslo et du concept sous-jacent de la “terre contre la paix”, l’annexion définitive de la totalité de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza et l’élimination du régime de Saddam Hussein, première étape avant le renversement ou la déstabilisation des gouvernements de la Syrie, du Liban, de l’Arabie Saoudite et de l’Iran ».
Après quelques légères modifications, ce document fut remis au Président Clinton. Mais celui-ci, soutenu par l’institution militaire, le rejeta, notamment pour ce qui concerne le volet relatif au renversement du régime irakien. Il se contenta d’une demi-mesure : il déclencha, sans grande conviction, l’opération Renard du désert qui se solda, comme on sait, par un fiasco.
Avec les attentats du 11 septembre 2001, le même groupe qui avait élaboré cette stratégie dite de « rupture » revient à la charge et obtint sa mise en œuvre partielle. Ce fut d’abord l’abandon des accords d’Oslo, la reconquête des territoires autonomes palestiniens, l’exclusion de Yasser Arafat du processus de négociation, la guerre contre l’Irak. Les faits sont cependant têtus. Car la stratégie des faucons israéliens et américains a beau être séduisante sur le papier, elle se heurte, sur le terrain, à des difficultés redoutables. L’arrêt du processus de paix a entraîné le déclenchement de la deuxième Intifada qui a certes coûté très cher aux Palestiniens mais qui ne les a pas pour autant mis à genoux comme l’espéraient ces faucons. La facture humaine et économique pour le contribuable israélien est devenue insupportable. C’est cela qui a contraint Sharon et Bush à accepter du bout des lèvres la fameuse « feuille de route » qui malgré ses insuffisances et ses innombrables pièges, n’en reconnaît pas moins, pour la première fois, l’inéluctabilité de l’État palestinien.
 
• Mission impossible
 
 
Concernant le remodelage de l’ensemble du Proche-Orient, à la suite de l’occupation de L’Irak, la mission semble quasi impossible. Nombreux sont les décideurs américains qui commencent à s’en rendre compte, un peu tardivement il est vrai. Car contrairement à ce qui s’est passé en Europe de l’Est, où les États-Unis étaient toujours, dans la limite autorisée par la guerre froide et l’équilibre de la terreur, du côté des peuples contre les régimes staliniens, il n’en a jamais été de même dans le monde arabe. Bien au contraire, les États-Unis ont toujours soutenu des régimes dictatoriaux, corrompus et impopulaires. Ils n’ignorent pas que si des élections vraiment démocratiques ont lieu dans ces pays « remodelés » ou « libérés », ce sont les islamistes qui l’emporteraient en Irak d’abord, en Arabie Saoudite et au Koweït ensuite, mais aussi en Syrie, en Egypte, en Jordanie, au Yémen… Ce qui s’est passé en Iran en 1979 est à cet égard exemplaire et édifiant. En 1978, le président démocrate Jimmy Carter, et derrière lui la plupart des pays occidentaux dont la France, avaient lâché le régime du Shah qualifié alors d’anti-démocratique et accusé de mégalomanie. Le changement, contrairement aux attentes, amena alors au pouvoir non pas les démocrates iraniens occidentalisés ou américanisés, mais les ayatollahs qui, vingt-quatre ans plus tard, continuent à y régner au nom d’une théocratie moyen-âgeuse. Il n’est pas exclu, il est même prévisible, de voir le même scénario se produire en Irak. D’autant que la majorité des Irakiens, doublement victimes de la dictature de Saddam et de l’embargo occidental qui a déstructuré la société et décimé plus de 1,5 millions de personnes sont aujourd’hui animés par des sentiments anti-américains et travaillés par les courants islamistes les plus revanchards.
Le cas de la Syrie, une république monarchique qui ne s’est jusqu’ici maintenue que grâce à une répression féroce et une complicité occidentale évidente, est à cet égard éloquent. Désigné par les États-Unis comme un pays soutenant le terrorisme, la Syrie n’en est pas moins sollicitée comme un allié incontournable pour réprimer les mouvements islamistes les plus irréductibles. Pour mettre au pas les Palestiniens au Liban, contrôler le terrorisme international qui avait élu domicile dans ce pays livré à l’anarchie, les États-Unis autorisèrent la Syrie en 1975 à y envoyer des troupes avec l’aval d’Israël. Le même scénario s’est reproduit en 1990. Les États-Unis, à la recherche d’une grande alliance pour bouter l’Irak hors du Koweït, autorisèrent l’armée de Damas à s’emparer du palais présidentiel et à imposer l’ordre syrien au pays du Cèdre. En contrepartie, la Syrie envoya un contingent militaire de 15 000 hommes en Arabie Saoudite pour combattre « l’occupation irakienne du Koweït » sous le commandement américain. La pression exercée verbalement jusqu’ici contre le régime syrien ne vise donc pas à démocratiser ce régime, mais plutôt à le mettre en garde contre toute tentative d’ingérence dans les affaires irakiennes, comme il l’avait fait, via le Hezbollah, au Liban, contre l’occupant israélien. Certains analystes syriens, qui expriment généralement les vues des militaires et de la présidence, l’avaient clairement laissé entendre : si nous sommes encore au Liban, c’est, disent-ils cyniquement, à la demande expresse des Américains. Notre départ de ce pays signifie le retour de l’anarchie, de la guerre civile et du terrorisme. Certes, on entend certains sénateurs américains exiger le départ de l’armée syrienne du Liban, voire le renversement du régime « terroriste » de Damas. Mais personne ne prend ces « exigences » au sérieux. Car l’alternative au régime syrien actuel n’est pas une démocratie à l’occidentale, mais un triomphe des islamistes et des nationalistes irréductibles.
 
• Le cas saoudien
 
 
L’Arabie Saoudite, une monarchie islamiste alliée des États-Unis, dont quinze des dix-neuf pirates de l’air suicidaire du 11 septembre étaient les ressortissants, est elle aussi appelée, dit-on, à « changer » ou à « être changée ». C’est du moins ce que les idéologues du Pentagone répètent. Mais là aussi le « changement » ne peut être que vers le pire pour les intérêts stratégiques et pétroliers américains. Les dirigeants américains savent très bien qu’ils n’auront pas de meilleure alliée que la dynastie Saoud dont la survie dépend étroitement de leur bon vouloir. Car les forces montantes dans cette colonie pétrolière américaine sont elles aussi animées par un anti-américanisme virulent. Plusieurs facteurs expliquent cet anti-américanisme :
- La présence militaire américaine trop visible sur une terre considérée par les préceptes wahhabites eux-mêmes comme une profanation de la terre sainte de l’islam. C’est d’ailleurs cet argument qui fut exploité par Ben Laden et ses disciples pour déclencher la guerre sainte contre les « croisés et les juifs », selon son premier communiqué publié en 1994.
- La guerre continue menée contre l’Irak depuis 1991.
- La politique américaine en Palestine.
- Le pillage des ressources nationales au profit de la dynastie et de ses protecteurs américains.
Avec l’occupation de l’Irak, la résistance naissante dans ce pays, la poursuite de la politique de la terre brûlée en Palestine, l’opinion saoudienne est désormais révoltée et remontée à la fois contre le régime et contre les Américains. Procéder, dans ces conditions explosives, à un changement brutal de régime est quasiment suicidaire. Les derniers développements tragiques survenus en Arabie Saoudite, où plusieurs attentats suicide ont eu lieu, traduisent bien l’impasse du pouvoir. Profitant de ces attentats meurtriers, des consignes ont été données aux médias pour se lancer dans des diatribes contre l’idéologie intégriste qui a rendu possible cette dérive terroriste. Une semaine plus tard, la plupart des journalistes qui s’étaient lancés, à l’instigation du pouvoir, dans ces campagnes, furent limogés. Entre le changement souhaité par Washington et la paix intérieure, le pouvoir a opté pour la seconde.
Le même cas de figure se présente en Egypte, actuellement au bord de l’explosion sociale et de la banqueroute économique, en Jordanie, au Yémen, au Soudan, au Koweït, pour ne citer que ces pays. Enfin, il serait illusoire de prétendre remodeler l’ensemble du Proche-Orient en laissant béante la plaie palestinienne, à l’origine de tous les désordres actuels et à venir. Le président américain l’a compris, quoique tardivement et fort timidement. Car après avoir adopté une stratégie de rupture avec ses prédécesseurs sur le conflit israélo-palestinien en optant pour le pourrissement, voilà, après l’invasion de l’Irak, qu’il donne l’impression de vouloir s’impliquer personnellement dans la recherche d’un règlement aux contours mal définis contenu dans une feuille de route qui ne mène qu’à l’impasse. Une feuille de route appelée ironiquement par certains commentateurs israéliens « feuille de vigne » et que Robert Malley, l’ancien conseiller de Clinton pour les négociations israélo-palestiniennes disait « tout simplement irréalisable » ! La tragédie est que cette feuille est actuellement le seul plan disponible. C’est dire à quel point le blocage est total et l’impasse meurtrière. Si la responsabilité de Georges Bush est déterminante, celle d’Ariel Sharon ne l’est pas moins. Car tout dans le parcours du Premier ministre israélien, indique qu’un accord de paix définitif est difficilement envisageable dans le cadre d’un gouvernement dirigé par lui et tout dans l’itinéraire et l’idéologie du président américain indique qu’il n’a ni la vision, ni la volonté d’imposer un accord de paix. Tous les deux ont une approche purement sécuritaire des problèmes, une approche qui a lamentablement échoué dans le passé.
 
• Les détails qui tuent
 
 
Le politologue palestinien Rashid I. Khalidi se demanda dans l’hebdomadaire américain de gauche The Nation si cette feuille de route est une embuscade ou si elle est opérationnelle. Son diagnostic est sans appel : cette feuille ne mènera nulle part. Car les concepteurs de ce plan, essentiellement les Américains, n’ont à l’évidence absolument rien appris de l’échec des précédents plans. Bien au contraire, ils ont pris soin d’y faire figurer plusieurs détails qui en garantissent presque à coup sûr l’inutilité.
L’un de ces « détails », explique le professeur Khalidi, c’est l’absence de tout calendrier. Ainsi, l’une ou l’autre partie (en pratique, les Israéliens, si l’on doit exciper du passé) peut freiner le passage d’une étape à l’autre et le déroulement de chaque étape. Autre « détail » : l’introduction de phases intérimaires dans un processus qui est déjà nettement en retard. Cela signifie, en réalité, l’ajournement des aspects les plus ardus de la résolution du conflit – la négociation au sujet notamment des colonies, de la souveraineté, du statut de Jérusalem et du droit au retour des réfugiés – à une troisième phase, ce qui, si l’on doit se référer, là aussi, à l’expérience passée, signifie : indéfiniment.
« Mais, conclut-il, avec des néoconservateurs ayant le vent en poupe à Washington, avec un Pentagone ayant récupéré beaucoup des prérogatives du Département d’État et de la CIA, et avec une administration Bush d’ores et déjà en campagne électorale et un lobby israélien montrant ses biceps hypertrophiés de manière grotesque, il devrait rester fort peu de doutes quant à l’interprétation de la feuille de route appelée à prévaloir à Washington. La seule chose qui reste à faire, c’est imaginer de quelle manière ce dernier poussin de colombe en date va se transformer en tueur des grands chemins, et quelles seront les conséquences de cette métamorphose ».
En convoquant, après son invasion de l’Irak, deux sommets, l’un à Charm el-Cheikh, en Égypte avec ses vassaux arabes, le second à Aqaba avec Ariel Sharon et le nouveau Premier ministre palestinien, le président américain était arrivé au Proche-Orient bien déterminé à imposer sa « feuille de route ». Il avait pratiquement écrit, sinon dicté les discours de Mahmoud Abbas et d’Ariel Sharon. Mais cela n’aura servi à rien. Il sera désormais condamné, du moins jusqu’aux élections de novembre 2004, à faire de la gesticulation et du « bougisme » diplomatique. La feuille de route, qui devait conduire en 2005, soit un an après les élections présidentielles américaines, à la création d’un État palestinien aux contours mal définis, n’aura d’autre fonction, en attendant cette échéance capitale (au sujet de laquelle nul ne peut prévoir au jour d’aujourd’hui si W. Bush l’emportera) que d’instaurer une trêve, ou un compromis boiteux, que Bush présentera à ses électeurs comme une « victoire ». Elle sera probablement la seule de son mandat : en Afghanistan, l’anarchie continue à régner. En Irak, la guérilla a succédé à la guerre et des soldats américains et britanniques continuent à tomber tous les jours. Le terrorisme n’est pas éradiqué. Il menace désormais la plupart des régimes « amis » du Golfe, de l’Égypte, de la Jordanie, de la Mauritanie, du Maroc. Aux États-Unis même, la colère des médias, des élus et des électeurs commence à monter contre les mensonges de l’Administration à propos des armes de destruction massive qui avaient été la principale justification de la guerre contre l’Irak. L’économie, enfin, ne démarre pas et la facture irakienne se révèle très salée pour le contribuable américain.
À Charm el-Cheikh, le président américain avait dit aux vassaux qu’il avait convoqués à ce sommet qu’il se sentait « investi d’une mission de paix » au Proche-Orient, de même nature que celle qu’il a eue quand il avait décidé de partir en guerre contre l’Afghanistan des talibans et plus tard contre l’Irak bassiste. Il ne suffit pas cependant de se sentir investi d’une telle mission pour qu’il puisse la mener à terme. A-t-il pris la mesure de la « mission » qui l’attend ? A-t-il médité les raisons des échecs des précédentes initiatives de paix américaines ? S’il l’avait fait, il aurait compris que la seule initiative susceptible d’aboutir est celle qui implique une solution imposée aux deux parties et fondée, dans ses grandes lignes, sur les conclusions de Camp David, du plan Clinton et des négociations israélo-palestiniennes de Taba. Force est de constater que ce n’est pas dans l’agenda de Bush ni de ses amis néoconservateurs.
Enfin, faute de pouvoir remodeler la région, comme le préconisent les faucons de Washington, les États-Unis se voient contraints, pragmatisme oblige, de remodeler leur stratégie qui a montré ses limites en Irak, où un nouveau Vietnam pointe à l’horizon, ou en Palestine même où se joue la crédibilité de l’ensemble de leur politique étrangère. La feuille de route, un plan boiteux et de surcroît irréalisable, se révèle ainsi au mieux une feuille de vigne destinée à cacher les incohérences de l’administration américaines au Proche-Orient, une sorte de calmant en attendant les échéances électorales de novembre 2004, au pire une feuille de route pour encore plus de sang et de guerres.
En recolonisant l’Irak, les faucons américains soutenus par le Britannique Tony Blair, pensaient pouvoir faire de ce pays, le plus éduqué, le plus riche potentiellement et le plus réceptif aux idées de progrès et de démocratie, un tremplin pour exporter le modèle occidental vers les autres régimes arabes. Cette vision idéologique a vécu. En même temps qu’ils ont « libéré » l’Irak, les Américains ont ouvert une boite de Pandore d’où sortiront tous les démons de l’intégrisme, de l’obscurantisme et de l’insécurité. Le prix de cette aventure sera exorbitant pour les peuples de cette région, mais aussi pour l’occident lui-même qui n’en sortira pas grandi. •
 
NOTES
 
[*]journaliste
[1]Revue d’études palestiniennes, n° 88, Éditions de Minuit, juillet-août 2003.
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