2003
Mouvements
Itinéraires
Histoire(s) de Mouvements
Entretien avec Gilbert Wasserman
Réalisé par
Arnaud Lechevalier
Anne-Sophie Perriaux
Yves Sintomer
Pour marquer les cinq ans de Mouvements, la revue a eu l’idée de consacrer la
rubrique Itinéraires à son rédacteur en chef. Une occasion de mieux connaître
son cheminement mais aussi de se pencher sur l’histoire à la fois déjà ancienne
de cette revue, si on prend en compte la revue M, et récente si on considère l’évolution de
Mouvements. Trois membres du comité de
rédaction arrivés à des époques différentes l’ont interrogé.
Yves Sintomer :
Deux revues : M
(1986-1998), Mouvements
(depuis 1998), un seul directeur, est-ce à dire
que ce sont les revues de Wasserman ?
Gilbert Wasserman : Non.
Dans les deux cas, un des critères était précisément d’engager un travail
collectif ; en même temps, des équipes, ça se dirige ! Mais – bien que ce ne
soit pas à moi de le dire – je ne crois pas qu’elles aient jamais été
ressenties, contrairement à d’autres revues, comme centrées sur un intellectuel
providentiel ou un leader éclairé qui
en serait le maître à penser.
Arnaud Lechevalier :
Comment se retrouve-t-on connu comme « stalinien
», en d’autres termes comme un des responsables de l’Union des étudiants
communistes au plan national et à Nanterre en 1968 ?
G.W. : J’avais adhéré aux
Jeunesses communistes dès l’âge de quinze ans au lycée d’Asnières et eu très
vite des responsabilités à la JC. Après mon bac en 1967, je me suis retrouvé
responsable de l’UEC en 1968, dans la fournaise du mouvement étudiant. Le jour
de mon arrivée à Nanterre dans le département d’histoire, j’ai eu droit à un
comité d’accueil de quelques maoïstes qui avaient annoncé que le PCF avait
placé un permanent (moi en l’occurrence) dans le département.
Anne-Sophie Perriaux :
Pourquoi avoir choisi originellement la JC
?
G.W. : Pour une part par
tradition familiale, mon père s’étant engagé dans la Résistance avec les
communistes de la MOI (Main d’œuvre immigrée ou groupe Manouchian), mais
essentiellement par désir de lutter contre la guerre au Vietnam. Asnières
jouxtant Gennevilliers, il y avait au lycée un certain nombre de JC venus de ce
bastion du PCF alors que mes premiers contacts avec l’extrême gauche n’eurent
lieu qu’à l’université, lorsque nous étions déjà dans des camps violemment
opposés. Quant à avoir été stalinien, si je n’étais pas tendre avec les
trotskistes, je l’étais moins encore avec les maoïstes qui, eux, se réclamaient
encore de Staline, ce que nous ne faisions plus. Plus sérieusement, dans le
monde étudiant que nous considérions à l’UEC, comme petit bourgeois par nature,
nous nous vivions comme une sorte de détachement de la classe
ouvrière.
Y.S. :
Justement, en tant que tels, en 1968, vous
sentiez-vous partie du mouvement étudiant ?
G.W. : Au début, pas
vraiment. Nous étions contre le mouvement du 22 mars – nous avions même créé un
éphémère et ridicule comité de défense des examens ! Cependant, dès avant le 13
mai, nous avions manifesté contre la répression. En revanche, dès que le
mouvement a démarré dans les entreprises, nous nous en sentîmes totalement
partie prenante. Nous ne comprenions pas grand-chose aux mutations culturelles
en cours. Notre anti-gauchisme de base nous aveuglait certainement, mais
l’extrême gauche n’offrait pas de perspective politique alors que, dans les
années suivantes, l’UEC connut un développement important parce qu’elle fut
portée par la bataille pour la signature du programme commun, puis par la
défense de celui-ci.
A.-S.P. :
Nombre de créateurs, notamment des cinéastes que
tu aimais, continuaient à se réclamer de l’extrême gauche. Qu’en pensais-tu
?
G.W. : Je devais
m’arranger en me référant au fameux comité central du PCF dit d’Argenteuil, sur
les intellectuels et la culture, tenu en 1967, qui pour la première fois avait
rompu avec les dogmes staliniens en matière artistique et fait la différence
entre la qualité esthétique des œuvres et leur contenu politique.
A.L. :
En 1973, tu es parti travailler à Prague pour le
PCF. Tu avais décidé tout jeune de devenir permanent ?
G.W. : Non, bien sûr, même
si j’avais fait mes études tout en passant la plus grande partie de mon temps à
militer. C’est après ma maîtrise d’histoire que j’ai, peut-être à tort, accepté
la proposition qui m’était faite de travailler pour le secteur international du
PCF, dirigé alors par Jean Kanapa, en vertu de l’expérience que j’avais acquise
dans ce domaine en tant que secrétaire international de l’UNEF. Je suis donc
parti à Prague pour représenter le PCF dans un organisme qui était en fait un
des restes de l’Internationale communiste dans lequel tous les PC
pro-soviétiques étaient représentés pour éditer une revue commune. Kanapa
m’avait beaucoup surpris au moment où il m’avait recruté (je n’avais alors que
vingt-quatre ans) en me disant, dans le secret de son bureau, que cette mission
avait pour but de commencer à prendre nos distances avec
les partis de l’Est et que j’allais côtoyer des gens pour qui il avait du
mépris, en l’occurrence des représentants soviétiques. Il s’agissait de
préparer ce qui fut la phase eurocommuniste. Cela confirme le caractère
passionnant de l’itinéraire de Kanapa : de stalinien pur et dur, il devint,
dans la direction du PCF, celui qui allait le plus loin dans la volonté de
rupture avec les anciens modèles.
A.L. :
Te sentais-tu en harmonie avec cette option
?
G.W. : Totalement,
d’autant que la réalité que j’ai découverte en vivant dans un pays socialiste
(et non en y étant en délégation ou en vacances) me navrait et que j’étais de
plus en plus influencé par le Parti communiste italien où j’avais de nombreux
amis.
Y.S. :
Partisan de l’eurocommunisme, tu te joindras plus
tard au courant rénovateur. Pourquoi ne l’as-tu pas fait plus tôt avec la
Fédération de Paris qui entre en dissidence en 1978 ou avec l’Union dans les
luttes ?
G.W. : Parce que,
longtemps, je fis la différence entre ce qui se passait à l’Est et au PCF. Je
croyais à la démarche unitaire du PCF avec le programme commun – tout en étant
assez méfiant à l’égard du Parti socialiste –, je croyais en l’évolution
démocratique du parti avec l’abandon de la dictature du prolétariat. La rupture
du programme commun en 1977, dont le PS était bien aise mais qu’il a pu faire
assumer au PCF, puis l’abandon de l’eurocommunisme avec le fameux « bilan
globalement positif » des pays de l’Est (au moment même où Berlinguer parlait
de « la fin de la force propulsive de la révolution d’octobre »), et enfin de
l’approbation par Marchais de l’intervention soviétique en Afghanistan, ont eu
raison de mes convictions. Mon premier acte d’indiscipline fut de refuser de
signer un texte de soutien à Marchais sur l’Afghanistan, mais, dans le même
temps, je pensais d’une part que les forces existent encore à l’intérieur du
PCF pour le transformer et, d’autre part, les communistes participant au
gouvernement de 1981 à 1984, qu’il fallait aller au bout de cette expérience.
C’est après le désastre aux élections européennes de 1984 que j’ai décidé de
passer à une opposition ouverte à la direction. La bataille resta interne
jusqu’en 1987 : estimant l’avoir définitivement perdue, nous avons alors décidé
avec ceux qu’on nommait alors les « rénovateurs » de partir.
A.L. :
Quelles sont les vraies raisons du changement de
cap du PCF en 1977 ?
G.W. : C’est difficile à
dire. D’un côté, il y eut la pression des Soviétiques avec notamment au
printemps une lettre secrète du PCUS au PCF l’enjoignant de cesser ses attaques
contre l’URSS. Etait essentiellement visé un rapport non public mais fracassant
de Kanapa à propos du dernier congrès du PCUS. Cela a sans doute pesé sur le
choix de Marchais, alors déstabilisé par la diffusion de l’information selon
laquelle il aurait été volontaire au STO. Mais l’autre dimension fut la peur
panique au sein du PCF que la gauche l’emporte dès 1978 dans un rapport de
force nettement favorable au PS, le plus fou étant que, si la gauche avait
alors gagné, le PCF, avec plus de 20 %, aurait eu une capacité de peser dans
l’union de la gauche infiniment supérieure à celle qu’il eut par la
suite.
Y.S. :
Ce qui ne veut pas dire que la politique induite
par le programme commun aurait pu réussir… Qu’aurait signifié un rapport de
forces plus favorable ? Davantage de nationalisations, de
nucléaire…
G.W. : Probablement… Le
programme commun, au fond, était assez significatif des retards de la gauche
française tout entière dans son analyse du monde contemporain. Il reposait sur
les modèles du Front populaire et de la Libération et avait, qui plus est, été
négocié avant la crise du milieu des années 1970.
A.L. :
Comment as-tu obliqué du secteur international au
journalisme ?
G.W. : À mon retour de
Prague, et après un an d’armée, en 1976, la direction du PCF m’a demandé de
rejoindre la rédaction de l’hebdomadaire France-Nouvelle pour aider à le remettre dans le
droit chemin. Lorsque France-Nouvelle
et La Nouvelle critique cessèrent leur
publication, on me proposa de diriger la partie politique du nouvel
hebdomadaire Révolution, dirigé par
Guy Hermier, sans doute parce que j’étais considéré par la direction comme
suffisamment « dans la ligne » et « quand même contestataire » pour les
intellectuels à qui on voulait donner une image d’ouverture. De fait, pendant
quelque temps, Révolution fut été un
journal raisonnablement ouvert… Mais, à partir de l’été 1984, nous en fîmes une
plate-forme de lutte contre la direction marchaisienne, d’abord avec le
consentement silencieux de Guy Hermier, puis sans son accord, ce qui provoqua
la reprise en main de l’hebdomadaire et pour moi l’obligation morale de
démissionner. Ceci dit, j’avais pendant ces années appris un métier, celui de
journaliste, et je n’ai pas de regrets.
A.-S.P. :
À quel moment de ton parcours critique au sein du
PCF as-tu ouvert le champ de tes références ? Quand, par exemple, as-tu lu les
textes de « Socialisme ou barbarie
[1] » ?
G.W. : Honnêtement, je ne
me suis vraiment penché sur d’autres cultures politiques, dont les textes de
Castoriadis et de Lefort, qu’après mon départ du PCF. Nous étions tous un peu
comme ça, je crois, dans une grande ignorance de ce qui s’élaborait
ailleurs.
Y.S. :
Vous avez donc mené une tentative de rénovation
interne, puis une tentative de fonder une sorte de PC bis, puis une tentative
de faire émerger une gauche alternative. Les trois ont
échoué.
G.W. : Pour ce qui est de
la rénovation interne, j’ai longtemps cru que l’échec était surtout dû à
l’existence de strates dans la contestation qui s’exprimaient puis quittaient
le parti, mais à des dates différentes. Aujourd’hui, j’ai conscience que, quand
bien même nous aurions réussi la bataille interne, nous n’aurions pas
nécessairement sauvé le PCF. Il y avait des obstacles majeurs. Les uns étaient
liés aux évolutions sociales, en particulier à la relativisation du poids de la
classe ouvrière traditionnelle et à la non attractivité du PCF (en raison de sa
culture ouvriériste), pour les catégories salariées nouvelles. Les autres
étaient plus idéologiques, tenant notamment à la persistance du modèle du Parti
léniniste, avant-garde auto-proclamée qui croit savoir à la place de la société
ce qui est bon pour elle et se définit en extériorité par rapport à elle. Dans
cette conception, les choix politiques sont conjoncturels et ce qui est
structurel, c’est la préservation de l’appareil. Pour ce qui est de l’échec de
ce que tu appelles le PC bis, on s’aperçoit qu’une fois le moule léniniste
cassé et l’illusion du grand soir dissipée, plus personne ne sait très bien ce
que pourrait être un nouveau communisme, en dehors d’un humanisme mélangeant
quelques valeurs évangéliques, quelques références à Marx, une pincée de
féminisme et une d’écologie. Certains, encore aujourd’hui, pensent reprendre le
fonds de valeurs de l’altermondialisme et le baptiser « nouveau communisme »,
mais ceux qui s’engagent sur le terrain altermondialiste ne se sentent guère
concernés par le communisme et ne lui reconnaissent généralement pas de
légitimité à fédérer leurs combats.
Y.S. :
Et l’avortement de la tentative d’une gauche
alternative ?
G.W. : Cet échec est pour
une part, le même que le précédent car aucune identité forte n’est sortie des
formes de recomposition qui avaient émergées au sein d’organisations comme ADS
(Alternative démocratie socialisme), Refondations ou la Convention pour une
alternative progressiste (CAP), qui fusionna les deux. Par ailleurs, il n’y
avait probablement pas d’espace politique pour elle, celui-ci étant déjà
saturé, de l’extrême gauche au PS en passant par le PCF et les Verts. Enfin,
être sortis du PCF ne fabriquait pas une homogénéité politique : certains
étaient attirés par le PS, d’autres par les Verts et quelques-uns par
Chevènement.
A.L. :
Dans ce courant sorti du PCF en 1987, comment est
née l’idée d’une revue et comment est-elle devenue la Revue M
(sous-titrée un temps « Mensuel,
marxisme, mouvement ») ?
G.W. : À l’origine, en
1986, nous voulions une revue pour intervenir dans le débat du PCF et agréger
des forces autour de ce qu’on appelait la rénovation communiste. Mais très
vite, nous avons eu un débat sur ce point. M avait pour cofondateur Henri Lefèbvre,
philosophe et sociologue, qui ne souhaitait pas quant à lui un organe de
courant mais une revue de réflexion qui « dédogmatise » le marxisme. La plupart
de ceux qui contribuèrent à la création de M voulaient plutôt pour elle une fonction
d’intervention politique directe, ce qui a conduit Henri Lefèbvre à partir. Il
ne croyait pas en notre capacité à faire autre chose qu’une revue de courant.
Sur ce point, il se trompait car un organe de courant aurait rapidement pris la
forme d’un petit bulletin alors que l’idée de revue portait à développer des
analyses marxistes de tous les grands problèmes contemporains sur lesquels la
réflexion, notamment au sein du PCF, s’était arrêtée depuis pas mal de temps ou
n’avait pas été vraiment menée.
A.L. :
Cette orientation s’est-elle traduite par une
ouverture du comité de rédaction et des thématiques ?
G.W. : Oui. Très
rapidement, au noyau des refondateurs communistes, se sont jointes d’autres
personnes venues, pour certaines, de l’extrême gauche ou de la gauche
autogestionnaire. La volonté d’élargir était assez systématique. On avait
conscience qu’en restant majoritairement entre communistes critiques ou
ex-communistes, la capacité de regard novateur serait limitée ; sur des
thématiques comme l’écologie ou le féminisme. Apporter beaucoup à ceux qui
avaient déjà travaillé sur ces questions nous semblait difficile.
A.-S.P. :
Par qui M
était-elle imprimée, distribuée ? De qui étais-tu
salarié ? Pour qui écriviez-vous ? En d’autres termes, à qui s’adressaient les
articles et qui touchaient-ils réellement ?
G.W. :
M était imprimée par une coopérative
libertaire – c’est toujours le cas de Mouvements – et routée par d’ex-maoïstes… Les
moyens, nous nous les sommes toujours forgés nous-mêmes, avec l’aide de
quelques élus communistes. Au début, j’étais salarié par la revue mais,
rapidement, je devins rédacteur en chef du journal tiers-mondiste
Afrique-Asie et dirigeai alors
M de façon bénévole. La diffusion de
M était très variable, assez forte
pour les premiers numéros parce qu’il y avait une attente des dissidents
communistes, puis moindre (un peu moins d’un millier) dans la mesure où elle
s’avérait ne pas être un organe de combat au sein du PCF. Au fur et à mesure
des années, le lectorat s’éroda pour raison d’âge essentiellement, puisqu’on ne
parvenait guère à le renouveler.
Y.S. :
Collectivement mais en particulier sous ton
impulsion si M a su se maintenir
au-dessus, au-delà ou à côté des mini-appareils et n’a donc pas été une revue
de courant ni d’organisation, elle se voulait cependant une revue politique
destinée à nourrir théoriquement une recomposition en cours (c’est d’ailleurs
dans cette perspective que je l’ai rejointe à cette époque). Cette option la
situait sur un autre terrain que Le Débat
ou Esprit
qui étaient des revues avec, certes, une
orientation politique mais n’entendaient pas se lier à une formule politique
active. Cela explique selon moi le double problème rencontré par M.
Le premier aspect, c’est que la recomposition
politique sur laquelle elle tablait a fini par échouer. Le deuxième tenait à
son positionnement : son degré de réflexion théorique et son détachement par
rapport à la conjoncture politique étaient en décalage avec un lectorat qui en
restait largement au socle d’anciens du PCF. Ces lecteurs pouvaient être lassés
ou gênés par des articles souvent considérés comme trop longs, trop théoriques,
trop difficiles. Cela tenait au fait que les nouveaux venus au comité de
rédaction appartenaient de plus en plus non seulement à des sphères qui
n’étaient pas celles du PCF, mais aussi au milieu universitaire : finalement,
ils étaient assez coupés de la politique active. On pourrait parler dans les
dernières années de M d’une certaine
schizophrénie, avec un comité de rédaction qui n’était majoritairement pas
passé par le PCF tandis que la revue gardait cette image d’ex- ou de
para-communiste.
A.-S.P. :
Peux-tu préciser la composition du comité de
rédaction de M ? Une majorité
d’universitaires…
G.W. : Quelques hauts
fonctionnaires aussi.
A.-S.P. :
Et en termes générationnels ?
G.W. : Une majorité plus
proche de ma génération que celle de Mouvements, qui est plus proche de la trentaine
ou de la quarantaine. Et très peu de femmes. On pensait que ce n’était pas bien
mais, comme toujours dans les organisations, le premier réflexe était de se
dire : oui, mais bon, c’est comme ça, c’est l’état des lieux, on fera mieux
plus tard…
Y.S. :
De même qu’on avait du mal à faire venir des gens
qui ne venaient pas de traditions communiste ou d’extrême gauche, on avait du
mal à faire venir des femmes… C’était un « club de mecs » !
G.W. : C’est vrai. Mais,
pour ce qui est de la schizophrénie qui aurait marqué la fin de
M, je dirais plutôt qu’on arrivait au
terme d’une histoire. Ce rôle de revue organique d’une recomposition politique
qui, en fait, n’avait pas vraiment lieu, ne pouvait plus durer très longtemps.
D’une certaine manière, on a géré cette impossibilité en tentant d’avancer sur
le terrain des idées. M a quand même
fait connaître à des lecteurs qui venaient de la culture communiste des
penseurs, des théories dont ils auraient pu ignorer l’existence – je pense à
Rawls, Habermas, Hobsbaun, le marxisme analytique anglo-saxon… Si
M a eu du mal à tenir un rôle de
création, d’innovation, celui d’information, de compréhension reste un acquis
fort. La revue a ouvert de nouveaux espaces d’élaboration intellectuelle et
pluraliste à une époque où une telle liberté n’était guère répandue. Cela s’est
étendu à des chantiers tels que la communication, le rapport entre psychiatrie
et précarité sociale, la sociologie urbaine, les rapports entre art et
politique, le droit et les questions de redistribution, les enjeux de
démocratisation de la science. Je pense que sans le travail de défrichage déjà
réalisé par M,
Mouvements n’aurait pas eu d’emblée le
niveau de réflexion qu’on lui reconnait.
A.L. :
Tu relativises les tensions au sein de
M, pourtant il y eut un moment où vous vous êtes
dit : il faut changer…
G.W. : Ces tensions ne se
sont jamais traduites en disputes majeures !
Y.S. :
À l’exception du moment de l’abandon de la
référence au marxisme dans le sous-titre…
G.W. : Oui ! Nous avions
rédigé en 1994 une lettre aux lecteurs où nous proposions ce retrait, non pas
en termes d’abandon, mais dans la perspective d’une laïcisation des références
de la revue. Laïcisation, parce que le marxisme n’était pas un drapeau déployé
dans lequel on se serait reconnus comme dans une foi, mais une des ressources
intellectuelles, fondamentale mais pas unique, pour penser le présent. Il a
fallu deux ans de débats pour y parvenir.
A.-S.P. :
Tu étais à l’origine de la proposition
?
G.W. : Largement ; en tout
cas, je ne l’ai pas subie.! C’est à ce moment-là que l’aile marxiste
traditionaliste de M, avec George
Labica ou André Tosel, s’est éloignée. Ce tournant montra aussi que nous étions
un peu nus : nous avoins sabordé l’identité de départ, mais nous ne savions
plus très bien qui nous étions.
Y.S. :
Un autre élément vint signifier les limites
atteintes : le mouvement de 1995.
G.W. : Oui, mais pas
nécessairement en termes de tensions : je ne me souviens pas de quelqu’un, à
M, ayant défendu le plan Juppé ou
l’attitude de Notat. En revanche la question se posa d’influer sur le mouvement
pour qu’il ne s’agisse pas seulement de protestation mais de proposition d’une
démarche alternative nouvelle, notamment sur la protection sociale. Le manque
d’influence de la revue, la faiblesse de notre réactivité et
nos forces limitées ont fait que nous n’en n’avons pas été
capables. La pétition Bourdieu, que certains d’entre nous avaient contribué à
initier, a donc occupé le champ du refus intellectuel au plan Juppé et la
plupart du comité de rédaction de M
s’y est rallié tout en considérant que ce texte avait des limites. Ce moment a
été révélateur du fait que si l’on voulait construire une démarche alternative,
il nous fallait nous en donner les moyens.
Y.S. :
Je serai plus cru : mon impression est
que M ne s’est véritablement située
par rapport au mouvement qu’a posteriori. Nous n’avons pas été capables
d’initier une pétition propre ou de peser vraiment sur la rédaction de la
pétition Bourdieu. Selon moi, 1995 marque le moment où l’impulsion initiale est
manifestement épuisée : nous passons en partie à côté du mouvement social le
plus important en France dans les années 1990, nous ne sommes pas une revue
théorique du type d’Esprit ou
du Débat. La question de notre
identité se pose de façon lancinante.
G.W. : Passer à côté,
c’est excessif. Il y eut non seulement des engagements individuels, mais aussi
un numéro de la revue sur le mouvement dans lequel figura un certain nombre
d’analyses fortes.
A.-S.P. :
Quelque chose comme un clivage entre gauche
protestataire et gauche gestionnaire, même si les termes ne sont pas encore
employés, fut-il perceptible au sein de M ?
G.W. : Pas vraiment.
L’option dominante était d’essayer d’allier les deux, considérant qu’il ne peut
pas y avoir de bonne protestation sans capacité de proposition alternative,
donc de gestion – sans pour autant oublier que la gauche perd son âme si elle
s’éloigne de la résistance, de la protestation. Les nuances, dans
M puis dans
Mouvements, n’ont pas été vécues comme
deux cultures qui doivent s’affronter.
Y.S. :
Je suis absolument d’accord. Ceci dit,
contrairement à ce qui se passe aujourd’hui dans Mouvements, en particulier par rapport au mouvement altermondialiste,
il n’y eut pas à M la capacité de
faire des propositions critiques à l’intérieur même du mouvement, comme partie
prenante de la contestation.
A.L. :
Ce qui se passa de 1996 à 1998 est-il en rapport
avec le destin des ex-rénovateurs communistes ?
G.W. : En 1997, Marc St
Upéry, qui était dans l’équipe de M et
qui travaillait à La Découverte, vint avec Yves Sintomer me proposer de
discuter avec La Découverte, son directeur, Francois Gèze ayant un projet de
revue généraliste. Au fil des discussions, nous nous sommes plutôt bien
entendus. M a donc commencé à débattre
de sa transformation. Assez vite, il y eut un accord sur le principe, mais nous
voulûmes prendre le temps d’un véritable dépassement de l’existant. Nous avons
travaillé pendant presque un an sur le projet et la constitution d’un autre
comité de rédaction. Début 1998, M
s’arrêta et Mouvements naquit 7-8 mois
plus tard. Le rapport entre cette évolution et celle des ex-rénovateurs est
inexistant, tout en étant significatif d’un passage. Cette période est aussi
celle d’un débat dans la CAP, dont j’étais le coordinateur. En 1996-97, si la
majorité de ses membres pensait qu’il fallait accompagner la gauche plurielle,
quelques-uns se situaient à la gauche de la gauche. Par ailleurs, considérant
que la tentative de fonder à terme un parti avait échoué, certains choisirent
d’aller au PS, d’autres chez les Verts tandis que le plus grand nombre ne
voulaient plus être dans un parti politique. Tous se mettaient alors d’accord
pour mettre les moyens de la CAP au service d’une démarche non partidaire et
d’un travail avec d’autres.
A.L. :
La CAP était-elle animée essentiellement par
d’ex-communistes ?
G.W. : Pas seulement, il y
avait quelques anciens du PSU, comme Bernard Ravenel. En 1999, donc, nous avons
décidé de dépasser la CAP et de contribuer à la création du Forum de la gauche
citoyenne où sont entrés des socialistes, des verts, des responsables
associatifs…
A.-S.P. :
Comment te situais-tu ? Avais-tu eu envie de
rejoindre les Verts, l’extrême gauche, le PS ?
G.W. : L’extrême gauche
jamais, le PS pas vraiment non plus ; les Verts auraient pu me tenter car
l’écologie politique me paraît poser quelques-unes des grandes questions de ce
siècle, mais il est si difficile de travailler avec eux…
A.-S.P. :
Est-ce le renoncement à inscrire tes activités
dans un parti au profit de réseaux ?
G.W. : Peu à peu, c’est
devenu cela ; j’ai le sentiment que, si la refondation de la gauche passe
aujourd’hui par les partis, elle ne peut pas venir d’abord d’eux. Et un des
enjeux fondamentaux, y compris institutionnels, est bien comment les citoyens
vont se réapproprier la politique…
Y.S. :
Dans le lancement de
Mouvements, le mouvement de 1995 n’a-t-il pas été
décisif ? Un espace intellectuel et politique nouveau s’était ouvert qui
permettait à la fois de redistribuer les cartes et de repolitiser la vie
intellectuelle – qui sortait, à gauche en tout cas, d’années relativement
noires. N’était-ce pas cela qui rendait possible une nouvelle revue
?
G.W. : Oui,
incontestablement. Puis il va y avoir assez vite l’émergence du courant
altermondialiste…
Y.S. :
Oui, mais dans un deuxième temps. Cette nouvelle
conjoncture politique et intellectuelle, assortie de l’effondrement de ce qui
restait de la tentative de rénovation communiste, n’a-t-elle pas d’abord poussé
la revue à un repositionnement éditorial et, en c onséquence, à devenir une
revue plus intellectuelle ?
G.W. : Ce n’était pas tout
à fait un choix délibéré, le souhait était quand même de réaliser une
articulation entre chercheurs et gens de terrain, ce que
Mouvements n’a d’ailleurs pas
complètement réussi…
A.-S.P. :
Avoir La Découverte comme éditeur a-t-il joué un
rôle dans cet état de fait ?
G.W. : En termes de
contrôle, absolument pas, mais en partie oui, parce que ceux qui vont être
amenés par La Découverte sont plutôt des chercheurs. Pourtant, François Gèze
souhaitait lui aussi l’implication de travailleurs sociaux.
A.L. :
Quelles conséquences le fait de ne pas avoir
réussi à associer pleinement des individus aux profils différents a-t-il sur
les méthodes de travail, le lectorat ? Est-il vraiment impossible de faire une
revue avec des gens d’horizons culturels et professionnels divers
?
G.W. : En termes de
lectorat, il ne faut pas exagérer : une large partie de
nos lecteurs sont des militants ou des gens de terrain. Ce
lectorat évolue d’ailleurs moins qu’il ne s’accroît. Au plan rédactionnel, la
diversité est possible sur le papier, mais il y a automatiquement une
vampirisation par les universitaires de ce type d’outil. On y résiste en partie
en s’imposant d’intervenir sur des thèmes d’actualité, mais il ne faut pas
masquer la difficulté… J’ai par exemple discuté plusieurs fois avec des
syndicalistes pour les faire entrer dans la rédaction. Dans un premier temps,
ils disent : pourquoi pas ? Puis, en regardant la revue, ils estiment que ce
sera trop compliqué pour eux, qu’ils ne verront pas comment s’insérer. Un ou
deux articles vraiment très difficiles d’accès peuvent marquer l’identité de la
revue, lui faire une réputation de publication illisible. C’était comme ça à
M, j’essaie de faire en sorte que cela
n’arrive pas trop à Mouvements.
Y.S. :
Pour revenir sur l’orientation politique
de Mouvements, penses-tu qu’au départ
la revue ait été conçue, plus ou moins implicitement, comme la revue critique
interne à la gauche plurielle ?
G.W. : Peut-être, mais pas
de façon instrumentale. Il y avait dans la revue une majorité qui désirait
aider la gauche plurielle à réussir. Mais cela n’a jamais empêché qu’il y ait
une vraie démarche critique à l’égard de tout ce qui devait sembler erroné ou
insatisfaisant.
Y.S. :
En bref, Mouvements, par rapport à M,
c’était une refondation ou une autre revue ?
G.W. : Au démarrage,
c’était une refondation et c’est devenu très rapidement une autre
revue.
A.-S.P. :
Pour montrer l’originalité de
M, Yves Sintomer la comparait à
Esprit, au Débat. Pour Mouvements,
on aurait tendance à citer Vacarme, Multitude… Qu’en
penses-tu ?
G.W. :
Vacarme ou
Multitude se situent sur le terrain
d’une pensée critique assez radicale, mais les différences avec
Mouvements sont marquées. Ces revues
sont davantage centrées sur un courant idéologique ou philosophique précis,
proche de Toni Negri. Pour Mouvements,
le pluralisme des courants est une donnée constitutive. Il n’y a pas d’adhésion
à tel ou tel courant et cela à juste titre, car je ne pense pas qu’un seul
courant suffise à refonder la pensée de gauche. En même temps, je crois qu’on a
aujourd’hui besoin de construire des éléments d’identité renouvelés.
A.L. :
En conséquence, il y a un certain nombre de
clivages au sein du comité de rédaction de Mouvements, sur les questions européennes par
exemple.
G.W. : Il y en a eu sur
l’Algérie, il peut y en avoir sur la façon de traiter la construction
européenne… C’est la réalité de Mouvements : quand des gens sont en désaccord,
ils ne perdent pas le droit à la parole, même s’il y a un moment où la revue
doit affirmer quelque chose.
Y.S. :
Y a-t-il, selon toi, une minorité et une majorité
?
G.W. : Non, mais il peut y
a avoir des sensibilités relativement minoritaires par rapport à d’autres. Je
ne suis pas sûr qu’il y ait une majorité car elle est variable selon les
sujets. Mais il est vrai beaucoup des membres du comité de rédaction de
Mouvements ont une sensibilité très
forte sur la question des discriminations et des stigmatisations, sans tomber
pour autant dans le communautarisme. C’est un débat récurrent entre nous. Le
refus de la globalisation capitaliste nous rassemble mais, pour le plus grand
nombre, le néo-libéralisme n’est pas à soi seul la clé d’où découleraient
toutes les oppressions et il est nécessaire de lutter, sans trop hiérarchiser,
contre toutes les formes de domination. Que la question de la domination de
genre soit aussi centrale que celle de l’exploitation, nous en sommes presque
tous d’accord. On sera probablement dans un débat plus difficile sur des
questions d’écologie ; sur la question de la croissance, sur le développement
durable vs la décroissance soutenable,
je ne sais s’il y a une majorité ou une minorité. Ceci dit, nous ne cherchons
pas une homogénéisation, construire des convergences nous suffit.
Y.S. :
Quels sont les thèmes traités par
Mouvements sur lesquels tu penses qu’il y a eu
vraiment apport et quels sont ceux sur lesquels il y a eu, malgré la volonté
initiale, échec relatif ?
G.W. : Dans les côtés
positifs, il y a notre travail sur l’altermondialisation et sur ce mouvement
lui-même ; il y a eu également une avancée réelle sur la question du genre, sur
l’éducation, ainsi que l’affirmation d’une façon de traiter de la culture (hip
hop, polar, cinéma) sans la déconnecter du social et du politique. Les dossiers
sur la refondation sociale, sur « Penser à
gauche » ou celui publié après la défaite de 2002 ont été aussi des
moments forts dans nos analyses. À l’inverse, certains de
nos numéros ont apporté des informations mais peu d’idées
nouvelles ; sur la question des classes, par exemple, le propos, sans être
dogmatique, est resté relativement traditionnel.
Y.S. :
Sur l’écologie ou le rapport au travail, il n’y a
pas grand chose…
G.W. : C’est ce que je
voulais dire à propos des classes : le numéro n’entrait pas suffisamment dans
les débats en cours sur le rapport au travail ou sur l’évolution du salariat.
L’écologie est un des terrains sur lesquels il faut que nous avancions bien
davantage, quelles que soient les divergences qui peuvent apparaître. Le pire
serait de ne traiter que des questions sur lesquelles nous serions
d’accord…
A.-S.P. :
Justement, sur certains thèmes, n’y aurait-il pas
un réel avantage à mettre en scène nos différends ou te
semble-t-il essentiel que la revue affirme un point de vue
?
G.W. : C’est un débat très
complexe. Pour certains dossiers où nous mettons plutôt en scène des débats,
nous encourrons le reproche : « oui mais, à l’arrivée, quel parti prenons-nous
? » Dans notre dernier séminaire interne, les questions étaient récurrentes :
quelle est l’identité de la revue ? N’y a-t-il pas des enjeux sur lesquels il
faut construire un point de vue ? Je crois qu’il faut construire des
positionnements mais jamais a priori :
il faut qu’ils soient la résultante de débats réellement approfondis.
Y.S. :
Une revue comme Mouvements
peut avoir un rôle sur trois plans différents. Le
premier est de contribuer à la politisation des intellectuels ; le deuxième, à
l’inverse, est de vulgariser ou, en tout cas, de traduire dans des termes
politiques des élaborations venues des sciences sociales, de la philosophie,
etc. En résulte un rôle de passeur dans les deux sens, de la politique vers les
intellectuels et des intellectuels vers la politique. Le troisième plan
pourrait ne plus être seulement passeur mais créateur de nouveaux thèmes, de
nouveaux problèmes. Quelle est, d’après toi, la réussite de
Mouvements sur chacun de ces plans ? N’as-tu pas
l’impression que notre travail en terme de création est insuffisant
?
G.W. : Probablement, bien
qu’il soit réel. Mais ce n’est pas uniforme. Je ne vois pas comment, à nous
seuls, nous aurions pu faire émerger un projet global qui n’a émergé nulle
part.
A.L. :
Tu es très engagé dans le combat de
l’altermondialisation. Ne risques-tu pas de confondre ton propre parcours et
celui de la revue ?
G.W. : Je préférerais que
ce soit l’inverse, qu’il y ait encore plus de rédacteurs qui sentent la
nécessité de s’investir fortement sur ce terrain… Moi-même n’y suis pas arrivé
spontanément…
A.-S.P. :
Comment Mouvements
s’est-il retrouvé dans les réseaux
altermondialistes?
G.W. : Lorsque l’espace de
l’altermondialisation s’est ouvert, il était possible d’insérer une revue comme
Mouvements dans les équipes qui
animaient les forums (Porto Alegre, Florence). Il y avait un besoin urgent de
débat politique approfondi dans ces équipes. Elles s’en sont rendu compte elles
aussi, ce qui a amené Mouvements avec
d’autres (Transversales, Les amis du
Diplo, Espaces Marx, etc.) à être
utilisés comme un espace possible d’autorégulation du mouvement. Nous sommes
dedans mais avec la capacité de prendre du recul, de dire de temps en temps :
réfléchissons sur ce que l’on fait, comment on le fait et pourquoi.
Y.S. :
N’est-ce pas précisément ce que M
n’avait pas réussi dans le mouvement de 1995
?
G.W. :
Absolument.
Y.S. :
Dans les années 1980, un article des
Actes de la Recherche en Sciences Sociales
montrait comment les intellectuels guesdistes avaient en quelque sorte joué
double jeu, disant d’un côté aux universitaires : « vous êtes dans votre tour
d’ivoire; nous n’avons pas à respecter vos critères de qualité, nous, nous
faisons de la politique » et de l’autre aux militants « vous êtes des simples
militants ; nous, nous sommes des intellectuels ; nous réfléchissons, nous
savons ». Le risque est donc de ne faire bien ni de la politique, ni de la
recherche. Mouvements évite-t-il ce
risque?
G.W. : Si nous n’y
arrivions pas, j’en serais désolé. Il est important de dire aux universitaires
qu’ils ne doivent pas écrire pour leurs seuls collègues, mais je ne pense pas
qu’il y ait une attitude méprisante à l’égard des militants.
Mouvements est une revue
intellectuelle qui doit s’assumer comme telle, une revue de débat d’idées et
non de vulgarisation au mauvais sens du terme. Le vrai problème est que nous
travaillons avec des moyens limités, sans une équipe journalistique, obligeant
éventuellement les auteurs à refaire leurs papiers, à les penser autrement,
mais c’est le cas de quasiment toutes les revues. Toutefois, nous devrions nous
battre de façon ferme avec certains auteurs sur leur façon de présenter leur
propos.
Y.S. : Mouvements
a réussi son pari initial. quelles sont
auourd’hui ses perspectives ?
G.W. : C’est le débat que
nous devons mener et qu’ouvre l’éditorial de ce numéro. Nous devons avant toute
chose continuer de faire une revue dont la qualité est unaniment
reconnue.
A.-S.P. :
Quelles sont tes envies propres, quant à la
revue, pour les cinq ans qui viennent ?
G.W. : C’est d’abord
d’assurer sa pérennité et de travailler vraiment autour de cette idée : comment
les citoyens peuvent-ils aujourd’hui réinvestir le champ de la politique ?
•
[1]
« Socialisme ou barbarie » fut un groupe d’extrême-gauche
autogestionnaire avant la lettre fondé dans les années 1950 et dirigé par :
Cornélius Castoriadis et Claude Lefort.