2004
Mouvements
Thèmes - Guerre aux pauvres, guerre aux salariés !
Introduction
Dans les sociétés d’Ancien Régime, comme l’indique Robert Castel dans Les métamorphoses de la question sociale (Fayard, 1995), une division des populations pauvres s’opère par la distinction entre les indigents valides et ceux inaptes – temporairement ou définitivement – au travail. Si ces derniers relèvent de l’assistance, les indigents valides sont réprimés et l’assistance leur est illégitime. Ces pauvres, auxquels on attribuait la responsabilité de leur condition, se trouvaient dès lors confrontés au travail forcé et à la criminalisation de l’oisiveté. Jusqu’aux assurances sociales obligatoires inventées par les sociétés modernes, cinq siècles de répression cruelle et massive n’apporteront pas, bien sûr, de solution à cette contradiction intrinsèque qui consiste à demander à ceux qui en sont exclus de se remettre au travail. Historiquement, les périodes où les pauvres sont apparus comme les victimes des crises économiques et du chômage et celles où ils ont été considérés comme responsables de leur propre sort se sont entremêlées. Dans les textes qui suivent, Michel Maric et Valérie Cohen reviennent sur les politiques aujourd’hui mises en œuvre et observent un retour à une véritable guerre aux pauvres. Mais il n’y a qu’un pas entre les mesures sociales déjà adoptées, telle celle portant sur le Revenu minimum d’activité, et les mesures à venir, par exemple en matière de réforme du code du travail. La droite veut s’attaquer aux salariés. Elle a commencé par les plus faibles.