Mouvements 2004/5
Mouvements
2004/5 (no35)
184 pages
Editeur
I.S.B.N. 2-7071-4403-7
DOI 10.3917/mouv.035.0052
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Dossier

Vous consultezJeunes précaires dans un bassin d’emploi actif

AuteursStephane Beaud du même auteur

Liza Kerivel[*] [*] Sociologues. ...
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du même auteur



La catégorie de « jeunes précaires » est aujourd’hui bien installée dans le paysage de la société française. Autrefois apanage (ou presque) de la jeunesse populaire (les « jeunes à tout faire » que l’on retrouvait majoritairement dans le milieu de l’artisanat et du commerce), la précarité du travail s’est diffusée dans l’ensemble de l’espace social, touchant de plus en plus des jeunes diplômés. Les enquêtes sur les milieux artistiques vont jusqu’à suggérer que se joue là l’invention d’une nouvelle forme de capitalisme[1] [1] P. -M. Menger, Portrait de l’artiste en travailleur. Métamorphoses...
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: extension de l’emploi (des intermittents du spectacle), mais avec dégradation du salaire et fragmentation de l’activité en des contrats de plus en plus courts, le tout s’accompagnant d’une concurrence accrue et d’une flexibilité généralisée. Gardons-nous toutefois d’oublier que la précarité continue de toucher les jeunes les plus fragiles socialement, parce que pas ou peu diplômés, habitant des lieux de relégation spatiale, membres de familles déjà touchées par la précarité, dotées de faibles ressources. Nous rendrons compte des résultats largement convergents d’enquêtes statistiques sur le lien entre jeunesse et précarité ; puis, nous mettrons l’accent sur un processus, observable de manière privilégiée au niveau d’un bassin d’emploi, de précarisation du travail des jeunes dans un contexte économique favorable.

2 La catégorie de « précarité » est éminemment polysémique et son usage à géométrie variable. Précisons d’abord qu’elle prend des sens différents selon les configurations nationales. Une enquête européenne en cours[2] [2] « La précarité de l’emploi en Europe », CEE, Quatre...
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fait bien voir que si le terme de précarité est en quelque sorte ajusté pour décrire un certain nombre de transformations structurelles du marché du travail en France, Italie et Espagne, il ne signifie en revanche plus grand chose en Angleterre – tant le marché du travail y est dérégulé – et se révèle inadapté en Allemagne où la norme d’emploi stable « tient » davantage. En outre, ce même terme est utilisé différemment selon les types de sciences sociales : les économistes, qui emploient ce terme à connotation critique, en ont une acception assez restrictive (en termes d’emploi et de salaires) alors que les sociologues l’étendent vers d’autres dimensions de la vie sociale (scolarité, famille, rapports intergénérationnels). La connotation critique (ou politique) du mot « précarité » n’incite pas la statistique publique, et notamment l’INSEE en position de quasi-monopole en ce domaine, à mettre au premier plan cette question. Lorsqu’on cherche des données relatives à ce sujet, la démarche est laborieuse[3] [3] Saluons à cet égard le travail original entrepris par...
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, les données sont disparates et hétérogènes.

• Précarité de l’emploi des jeunes et désir de stabilité

3 Commençons par les résultats des enquêtes Emploi de l’INSEE. Celles-ci font apparaître des mobilités sur le marché du travail[4] [4] Deux types de mobilité sont mesurées : la mobilité interne...
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fortement différenciées selon les secteurs économiques et les qualifications. Il existe notamment quatre secteurs à forte rotation de main-d’œuvre : en tout premier lieu l’hôtellerie-restauration mais aussi la construction, le commerce et l’agriculture. Si l’on examine le cas de l’industrie, on constate une grande différence de mobilité des salariés selon leur ancienneté dans l’entreprise : ceux qui ont pu bénéficier d’une présence longue chez le même employeur sont peu fréquemment mobiles sur le marché du travail alors que les mobilités sont « particulièrement nombreuses pour un volant de main-d’œuvre flexible, essentiellement composé d’intérimaires employés sur des postes d’ouvriers non qualifiés[5] [5] T. Amossé, « Interne ou externe, deux visages de la mobilité...
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». En ce qui concerne les ouvriers de type industriel, les écarts de mobilité sont sensibles selon le niveau de qualification : le taux de mobilité des ouvriers qualifiés est bien plus faible que celui des ouvriers non qualifiés (9 % contre 16 %). Il y a de fortes raisons de considérer que cette mobilité ouvrière, largement subie, est d’autant plus forte que le niveau de qualification est faible. Ce qui caractérise d’ailleurs le plus les parcours des ouvriers et employés non qualifiés, c’est une forte instabilité professionnelle lors de leur entrée dans la vie active : forte rotation des emplois, durées de chômage relativement courtes. Et ce d’autant plus qu’ils ont peu d’ancienneté : par exemple, le taux de mobilité annuelle externe de cette catégorie de « non qualifiés » diminue fortement avec l’ancienneté : il passe de 31 % lorsque ces salariés ont moins de dix ans de carrière à 9,9 % lorsqu’ils ont entre vingt et trente ans de carrière[6] [6] À titre de comparaison, pour les cadres, les taux sont...
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. Autre donnée de l’enquête Emploi : la moitié des salariés qui ont changé d’employeur, lors de l’année 2002, ont moins de deux ans d’ancienneté.

4 Les experts qui ont travaillé sur des données statistiques du marché du travail au cours de ces vingt dernières années s’accordent à considérer que ce volant de main-d’œuvre flexible, à forte composante de salariés faiblement qualifiés, s’est constitué lors de la deuxième moitié des années 1980. Mais, loin de se réduire par la suite, ce volant s’est renforcé, en France, dans les années quatre-vingt. Par exemple, en 2002, les salariés en contrat court (CDD, intérim, contrats aidés) entraient pour 40 % dans le total des mobilités sur le marché du travail. S’il est erroné de considérer comme synonymes mobilité et précarité, il n’empêche qu’une part croissante des mobilités mesurées sur le marché du travail concerne des salariés aux prises avec la précarité. Montrons-le à partir de l’enquête Génération 98 du CEREQ qui étudie le devenir trois ans plus tard des jeunes étant sortis du système scolaire en 1998[7] [7] « Lorsque le processus d’insertion professionnelle paraît...
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. 50 000 d’entre eux (taux de 6,5 %) sont confrontés à une situation de « non emploi chronique[8] [8] Parmi eux, une majorité de peu ou non diplômés mais quand...
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». C’est-à-dire qu’ils sont sans emploi au moment de l’enquête (en 2001) et surtout qu’ils ont travaillé moins de six mois au cours des trois années antérieures. Parmi eux, 75 % n’ont jamais travaillé ou n’ont eu que des emplois journaliers et ponctuels. L’étude précitée examine ensuite attentivement le comportement de ces jeunes qui se retrouvent aux marges du marché du travail : deux tiers d’entre eux se sont montrés très actifs dans leur recherche d’emploi (envoi de candidatures, entretiens d’embauche, etc.), seul une minorité (un cinquième) s’est retiré du marché du travail. Le suivi de ces mêmes jeunes entre 2001 et 2003, soit quatre et cinq ans après leur entrée dans la vie active, montre qu’ils ne sont pas tous condamnés au chômage (43 % ont un emploi en 2003), même si leurs modalités d’accès à un emploi restent spécifiques : le plus souvent embauchés sur des contrats aidés (emplois jeunes, contrat emploi solidarité, contrat emploi consolidé) et des CDD. Comme le disent les auteurs de l’étude, « il est possible que les jeunes ayant connu trois années en marge de l’emploi aient fini par accepter plus facilement que les autres des conditions d’emploi relativement précaires ou, du moins, peu propices à une projection dans l’avenir ». Enfin, cette catégorie de jeunes ayant commencé leur vie active aux marges de l’emploi, dans la situation de « non emploi » chronique, se retrouve davantage employée quelques années plus tard en temps partiel, qui est très largement un temps partiel subi (32 % des emplois occupés par eux contre 14 % pour les autres emplois obtenus au même moment par les autres jeunes). Ces enquêtes longitudinales permettent ainsi de dessiner finement les trajectoires professionnelles.

5 On peut aussi faire apparaître des « parcours de précarité » en restituant les résultats d’une autre enquête du CEREQ sur les nouveaux opérateurs (ouvriers non qualifiés) de l’industrie automobile[9] [9] « Devenir ouvrier non qualifié dans une grande entreprise. ...
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. L’enquête compare les usines PSA de Ryton (Angleterre), Vigo (Espagne), Poissy et Mulhouse (France). La plupart de ces jeunes opérateurs, avant de décrocher un CDI dans une usine de PSA, ont connu des trajectoires d’insertion professionnelle marquées par la précarité : alternance de périodes d’emploi et de chômage, débuts de vie active dans d’autres secteurs (hôtellerie-restauration, commerce ou BTP), expérience négative de mauvaises conditions de travail et de rémunération. Dans le cas français, on note dans les parcours scolaires des opérateurs une prépondérance de formations courtes tertiaires (CAP, BEP) et un nombre non négligeable d’abandon d’études. Tous n’ont été embauchés en CDI qu’après une période probatoire d’intérim, plus ou moins longue selon les pays[10] [10] Dans l’usine de Ryton, la durée des contrats temporaires...
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. Travail de chaîne « dur », période d’essai longue, salaires modestes : pourquoi ces jeunes veulent-ils travailler chez PSA ? Une seule et simple raison : la recherche à tout prix de la stabilité de l’emploi et, pour ce faire, l’activation de tous les réseaux (surtout familiaux) pour décrocher le sésame du CDI. C’est une situation semblable que nous allons étudier à partir d’un bassin d’emploi particulier.

• Un bassin d’emploi florissant… avec une précarité structurelle

6 Le bassin d’emploi local du Pays de R. en Bretagne se caractérise par un fort taux d’activité et un taux de chômage moins élevé (8,1 %) que la moyenne nationale. le Pays de R. appartient à un département « dynamique » en termes de créations d’emplois. Le taux d’activité féminin a fait un bond de 4,6 points (62,5 % en 1999), en particulier chez les 40-55 ans. Il est aujourd’hui identique au taux régional et légèrement inférieur au taux national (63,1 %). Comme dans le reste de la France, le taux d’activité féminin se rapproche du taux d’activité masculin qui, dans le même temps, a diminué. Près de 73 % des hommes de 15 à 64 ans sont actifs en 1999 contre 77,3 % en 1975. La proportion de chômeurs dans la population active est plus forte dans les villes, les communes rurales affichant un taux de chômage plus faible.

7 Le développement du bassin d’emploi de R. s’appuie surtout sur la croissance de l’industrie agro-alimentaire dont les entreprises ne cessent de multiplier les contrats intérimaires, de très courte durée, dans le cadre d’une production à flux tendus. La plupart des postes de travail sont peu qualifiés et occupés par des femmes (dont le taux d’activité est supérieur à 60 % dans certains cantons). Deux autres secteurs porteurs sont le commerce (télévendeur, employé de libre-service et hôte de caisse libre-service) et l’hôtellerie-restauration (serveur, cuisinier et employé polyvalent en restauration). Ces trois secteurs les plus dynamiques en emplois se caractérisent par la grande précarité des contrats de travail : emplois essentiellement saisonniers pour l’hôtellerie-restauration, emplois intérimaires pour l’industrie agro-alimentaire, emplois en CDD avec des heures de travail supérieures à 35 heures dans le commerce de détail. Le volume d’emplois offerts dans le département a progressé de 6,7 % en dix ans (237 000 emplois en 1999) avec 15 000 créations.

8 Deux autres secteurs économiques apparaissent comme « porteurs », à savoir les interventions auprès d’enfants (garde d’enfants essentiellement), et à domicile (aide à domicile), ainsi que les services rendus aux entreprises (essentiellement des emplois d’agent d’entretien dans les entreprises). Ces secteurs ont la particularité de représenter un taux d’activité quasi-exclusivement féminin, et des emplois peu rémunérés, avec horaires décalés (un agent d’entretien en entreprises travaille avant 7 heures le matin et après 19 heures le soir). Ce sont deux secteurs où la majorité des salariés peuvent être considérés comme des « salariés pauvres », avec des contrats de travail à temps partiel (bien qu’étant souvent « à durée indéterminée »), et des niveaux de rémunération faibles. Sur l’ensemble des embauches réalisées dans le bassin d’emploi local en 2003, 20,5 % se sont faites dans l’industrie agro-alimentaire, 15 % dans le commerce de détail et 21,7 % dans l’hôtellerie-restauration. De même, sur 184 postes proposés aux demandeurs d’emploi dans le cadre d’un suivi individuel d’accompagnement vers l’emploi, 95,6 % étaient des contrats à durée déterminée d’un à trente-six mois, avec une moyenne à cinq mois.

9 Le type de chômage rencontré dans cette zone de la Bretagne est essentiellement structurel. Les emplois offerts sont essentiellement des emplois féminisés, peu rémunérés, nécessitant de faibles niveaux de qualification, avec une pénibilité importante (amplitude horaire, dures conditions de travail). L’Agence locale pour l’emploi est chargée de chercher pour les entreprises locales des demandeurs d’emploi ayant le « profil » adapté aux postes non pourvus. L’analyse sociographique des demandeurs d’emploi montre que 33,5 % étaient considérés comme primo-chômeurs, c’est-à-dire comme étant à la recherche de leur premier emploi (90 % de ces primo-chômeurs ont un niveau de diplôme au moins équivalent au baccalauréat) et que 42,5 % étaient chômeurs de longue durée (avec 100 % de ces chômeurs de longue durée ayant un niveau de diplôme inférieur au baccalauréat, dont 10 % sans aucun diplôme scolaire). 24 % des personnes en formation étaient donc à la recherche d’un emploi depuis moins de deux ans, avec 78 % de celles-ci ayant un niveau équivalent au BEP.

• Annie, une bac pro « au chômage entre guillemets »

10 Les études de cas ont le mérite de donner à voir concrètement ce qui se glisse sous les tableaux statistiques présentant des données économiques positives. Lors de l’enquête menée dans ce milieu rural industriel de Bretagne, durant le premier semestre 2003, nous avons pu observer la manière dont se construisaient des formes d’expériences particulières du chômage, mettant en place des stratégies face à l’emploi. Les observations participantes réalisées dans deux dispositifs de suivis individualisés « d’accompagnement vers l’emploi » de chômeurs, complétées quelques mois plus tard par des entretiens approfondis avec ceux-ci, ont permis de faire émerger des cas typiques des nouvelles formes de précarité chez les jeunes.

11 C’est le cas d’Annie, 23 ans, fille unique, qui réside dans un petit village de Bretagne et habite avec ses parents. Sa mère est femme de ménage et son père en chômage de longue durée. Célibataire, ballottée entre chômage, missions d’intérim et formations, elle perçoit des revenus extrêmement modestes, qui ne lui permettent pas d’envisager une quelconque prise d’indépendance[11] [11] Lorsque nous la revoyons six mois après la fin de la formation,...
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(« J’ai droit à rien des assedics vu que je suis indemnisée par le Conseil régional de la moitié du Smic. Eux, ils me versent rien… Avant, j’avais 1 000 francs à peu près de l’ANPE »). Après un bac pro secrétariat qui ne lui « plaisait pas du tout », elle décide, attirée par le milieu médical, de suivre une formation en alternance de secrétaire médicale. À l’issue de son stage, elle se retrouve sans emploi, s’inscrit à l’ANPE et, dans la foulée, à la mission locale où elle est « guidée » dans ses recherches d’emploi. L’ANPE la recontacte quelques mois après son inscription pour suivre une formation individualisée « Objectif emploi individuel ». Annie accepte, sinon elle est « radiée », précise-t-elle.

12 Jusqu’alors, son parcours professionnel est marqué par les « petits boulots », « l’intérim », et la galère des stages et autres CDD. Depuis la sortie du lycée, Annie a travaillé successivement comme agent d’usinage, agent de conditionnement, agent d’enquête, opératrice de saisie, « des choses comme ça », pour reprendre son expression. En fait, Annie occupe, presque en permanence, des emplois précaires dans les usines locales d’agro-alimentaire ou, à défaut, effectue des « stages » proposés par la mission locale. Parallèlement à son travail salarié, elle remplit consciencieusement ce qu’on peut appeler son « métier de chômeur » : envois massifs de candidatures dans les hôpitaux de la région et les cabinets médicaux des grandes villes. Elle ne reçoit que des réponses négatives à ses candidatures spontanées mais en tire des conclusions très personnelles : « Je me suis dit qu’il devait y avoir un problème, qu’il devait y avoir quelque chose qui va pas. C’est pas possible ! Pour même pas avoir un seul entretien, je me suis dit “il doit y avoir un manque de quelque chose” ». Elle impute ses difficultés à décrocher un emploi dans sa branche à son manque d’expérience et cherche un stage dans sa branche, à l’Hôpital (qu’elle obtient dans le cadre du « chèque-insertion »). Parallèlement à ce stage, elle n’en continue pas moins ses recherches d’un « vrai » emploi. Si elle accepte de travailler sur des contrats à durée déterminée et des contrats intérimaires, son « rêve » est le même : signer un contrat à durée indéterminée en tant que secrétaire médicale : « Moi, ce que j’aimerais bien avoir, c’est un CDI… Moi, ce que je recherche en fait, c’est ça, c’est un CDI en secrétaire médicale. Parce que tout le temps rechercher autre chose, ce que je pourrais faire, et ça, est-ce que je prends ? Est-ce que je prends pas ?… Au moins, je me dis qu’après, je serai tranquille. J’aurai un CDI, et puis, je me dis « après, j’y pense plus »… Parce que c’est vrai que c’est… (tout bas) c’est lourd, quoi… Tout le temps, tous les jours, penser à envoyer des lettres, des CV. Est-ce que je vais avoir une réponse négative ? Positive ? Il y a toutes ces choses-là. On y pense tout le temps… Le travail, moi… j’y pense énormément, moi… j’aimerais bien trouver un CDI de secrétaire médicale. Alors, pour l’instant, des remplacements, ça me convient, mais à la longue, je pourrai pas rester à faire des remplacements. Il faudra bien que j’aie un poste fixe… Pour moi, je me dirai que j’aurai un boulot à vie alors que si j’ai des CDD, je vais me dire qu’il va falloir… Bah si j’ai un CDD dans un endroit, il va falloir refaire des démarches pour retrouver autre chose ailleurs. Et puis, au niveau des papiers aussi, il y a beaucoup de papiers… Et puis sur le CV aussi, mes expériences vont jamais passer sur une page, il y a ça aussi. Donc, il va falloir refaire le CV, et puis, il y a plein de petites choses comme ça. Refaire le papier pour le chômage, parce qu’une fois qu’on a trouvé du boulot, il faut prévenir l’ANPE qu’on a trouvé et donc, eux, ils arrêtent de nous indemniser si on a des droits. […] Dès qu’on arrive à la fin d’un CDD par exemple, il faut retéléphoner à l’ANPE pour dire qu’on est retourné au chômage, donc, il y a plein de choses, de petits papier à refaire, à la fin d’un contrat. Et c’est pareil avec l’intérim ».

13 Le cas d’Annie permet de comprendre comment des « jeunes précaires » finissent par « s’accrocher » à ces missions d’intérim et petits boulots. Il leur faut garder coûte que coûte une activité. Car le contrat précaire devient une forme minimale de « sécurité » : comme le dit bien Annie, elle « travaille à côté du ?chômage[12] [12] Cette gestion de l’inactivité d’une primo-chômeuse...
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», ce travail à côté opérant comme un « rempart contre la déchéance ». La précarisation croissante de l’emploi est si intériorisée par les jeunes déclassés scolairement que beaucoup d’entre eux en viennent à considérer cette norme du travail instable comme relativement « protectrice ». En outre, le chômage d’appoint des jeunes de la région permet aux employeurs d’utiliser une force de travail en l’ajustant aux besoins irréguliers de la production, maintenant ainsi les jeunes locaux dans des emplois discontinus[13] [13] Dans le cas d’Annie, par exemple, l’entreprise Jade...
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et les condamnant à une forme de « semi-chômage permanent ». Finalement, les nouveaux modes de gestion des entreprises du bassin d’emploi local se conjuguent à la peur panique de l’inactivité de jeunes chômeurs comme Annie pour parvenir à les faire entrer dans l’engrenage des petits boulots, qu’ils acceptent toujours, comme ils disent, « en attendant le CDI ».

14 Il est significatif, par exemple, qu’Annie ne puisse concevoir une période de chômage où elle n’aurait, à côté, aucune activité lucrative : « Disons que pour le moment, ça va, parce que j’arrive toujours à trouver quelque chose à côté, donc… Mais je suis jamais par exemple, deux mois à rien faire chez moi. Donc, pour l’instant, ça va… Tant que j’ai une activité à côté du chômage, ça va ». Le sens du chômage se brouille dans la tête d’Annie. Ainsi, lorsqu’on lui demande depuis combien de temps elle est inscrite comme demandeur d’emploi, Annie hésite longuement, avant de dire : « ça dépend si on compte les périodes d’intérim ou pas… Mais sinon, ça doit faire un an et demi, à peu près ». On peut dire qu’Annie, passant sans cesse d’un emploi précaire à l’autre, « travaille » aussi à se protéger de l’assignation stigmatisante au statut de chômeuse. Avoir occupé par intermittences ses petits emplois l’autorise à dire devant autrui, notamment face à sa formatrice, qu’elle est « au chômage entre guillemets », ce qui lui permet subjectivement de se vivre comme en semi-chômage. Annie conjure ainsi l’angoisse qui la taraude : « Ne rien avoir d’autre… » si bien que, mentalement, elle se met temporairement à l’abri de la déchéance. « Le chômage, dit-elle, ça me fait quand même très peur », nous avoue-t-elle au détour d’une de nos discussions. Car elle a pu observer autour d’elle, comme dans sa pratique professionnelle, les « ravages sociaux » occasionnés par le chômage : « Moi, je crois que le chômage, c’est vécu très très difficilement. Oui, j’en suis sûre. Déjà, je vois au niveau des gens en général. Moi, je vois, je travaille à l’Hôpital, bah… il y en a plein qui vont à l’UMP (Unité médico-psychologique), et qui ont beaucoup de soucis financiers, et tout… et ils n’ont pas d’argent. Je vois bien au CHU, les gens y viennent. Ils n’ont pas d’argent et la vie est tellement chère. Les gens s’en sortent pas sans travail. Il y a de plus en plus de chômage. Le taux augmente. On voit ça tout le temps à la télé, que ça monte, alors ça fait peur quand même. Enfin moi, ça me fait peur, donc je pense que les gens vivent ça difficilement. Et puis, en plus, je trouve que l’ANPE n’aide vraiment pas beaucoup les gens à trouver du travail et puis aussi, les entreprises n’embauchent pas suffisamment […] ils licencient, et quand on voit que les entreprises ferment toutes petit à petit, il y a de plus en plus de nombre de chômeurs… et après pour retrouver autre choses… Et puis c’est dur partout, parce que moi, je vois, je discute avec les jeunes et la plupart sont au chômage. En sortant de l’école, ils se retrouvent sans rien ».

15 Annie renvoie le plus souvent sa situation à celle des « jeunes » ayant effectué la même formation qu’elle, et qui se retrouve dans un secteur « bouché » : « Dans la classe [de bac pro], il y en a que deux ou trois qui ont trouvé du travail. C’est le secrétariat. C’est bouché, bouché, donc je vois pas pourquoi ils ouvrent des classes. Ils feraient mieux de fermer des classes parce que tous les ans, il y a des élèves en secrétariat et c’est bouché comme filière. Je sais pas pourquoi ils continuent. Ils devraient fermer… Parce que ces jeunes-là, ils trouveront pas de boulot non plus. Si nous, on trouve pas de boulot, eux, ils vont pas trouver non plus. Ou alors, il faudrait vraiment qu’ils aient de la chance ».

16 Pour comprendre les efforts d’Annie pour échapper au stigmate du chômage, il faut évoquer son cadre familial. Son père, après avoir perdu son emploi après un accident du travail, est devenu, au fil des ans, un chômeur de très longue durée. Annie se montre d’ailleurs incapable, lors de l’entretien, de donner une durée approximative de ce chômage, même si l’on comprend à demi-mots, que son père a progressivement glissé du statut de chômeur à celui d’handicapé : « Depuis combien de temps il est au chômage ? Oh là là… je sais pas. Je sais plus. Ça fait longtemps, ça fait très longtemps… oui, très très longtemps. Oui, je saurais pas dire la date. En fait, il a eu un accident de travail… Et puis, maintenant, il a un problème cardio-vasculaire, donc, il a pas le droit de porter de charges lourdes, et, en plus, il a l’audition qui baisse. Donc, ce qui fait que « impossible de trouver du travail »… Eh oui, ça fait longtemps là qu’il est au chômage. Je saurais pas dire le nombre d’années mais ça fait vraiment longtemps. Parce qu’avant, il avait un CAP de menuisier. Et, c’est vrai que maintenant il est pas mal essoufflé et puis, en plus, il est allergique à la poussière, il fait de l’asthme. Donc il est pas mal handicapé à cause de ça… Donc, comme la plupart des métiers où il veut aller, il y a des ports de charges lourdes, et qu’il travaille dans la poussière donc ça, il peut pas… Donc, là, il va sûrement faire une demande à la COTOREP pour être reconnu handicapé. Parce qu’il a quarante-neuf ans… Et, bon, il a travaillé dans les jardins et les espaces verts. Alors, il a fait des CDD là-dedans, des petits boulots, mais après, il faut passer des concours et puis, bah, il les a tous échoués, donc… voilà, quoi… Il attend, quoi… Il attend ».

17 La situation de son père éclaire les raisons qui poussent Annie à avoir toujours une activité professionnelle, à n’être jamais deux mois de suite chez elle (comme elle dit, « à rien faire, à tourner en rond ») pour toujours accumuler de « nouvelles expériences » qui alimenteront son CV (son obsession : « surtout pas avoir des trous sur le CV »), etc. Pour elle, l’essentiel est de pouvoir fournir un CV qui atteste qu’elle n’est pas une « fainéante ». D’où sa recherche tous azimuts d’emploi ou de stages. Mais, avec le recul et l’expérience, Annie se rend aussi compte que les petits stages de formation non rémunérés dont elle a bénéficié peuvent aussi fonctionner comme un accélérateur de précarité : « Je sais pas si je vais trouver… Mais, de toutes façons, si je trouve rien dans les mois qui viennent, déjà, j’arrête les formations et les stages… Parce que déjà, six mois de stage aux urgences, je trouve que c’est bien, donc, si je trouve pas, je pense que c’est pas en faisant d’autres stages ou formations que je vais trouver… Et puis, c’est vraiment pas bien rémunéré les stages. Moi, je vois que je n’ai que la moitié du SMIC pour faire… Pff !… (elle souffle)… Je me dis que je vais pas pouvoir continuer comme ça… Je vais trouver quelque chose à côté en attendant de poursuivre mes recherches, donc voilà, quoi, il faut que je trouve encore un boulot à-côté ».

18 Stage de formation ou petits boulots, difficile de mettre fin à ce qui paraît être un engrenage. La voie de l’usine est-elle une solution ? Annie l’éloigne de son horizon : « L’usine, j’aime pas trop. Mais bon, si j’ai pas le choix, il va falloir prendre. Je préférerais un poste administratif, n’importe quoi, du standard, ou des choses comme ça. Mais l’usine, c’est… pff (elle souffle), moi, je l’ai déjà fait, j’ai travaillé à Moib, je vois bien l’ambiance… C’est… pff (elle souffle encore), c’est pas terrible quoi. J’ai très mal vécu ça. Je suis restée trois semaines et je ne veux plus y retourner. Surtout dans les usines de viandes, j’aime pas du tout être en contact avec, et puis le froid, tout ça… C’est difficile, très difficile… Il faut tout le temps bouger. C’est toujours le rendement, le rendement, le rendement… Il faut suivre. Et puis bon, c’est vrai que celles qui ont de l’ancienneté là, ne comprennent pas que nous, on n’arrive pas à suivre. Elles sont… c’est fou comme elles sont… Elles nous poussent (elle insiste sur le mot) à aller plus vite et nous, on n’y arrive pas parce qu’on n’a pas l’expérience. Et même, maintenant, à Moib, ils embauchent en CDI parce que plus personne veut y aller. Donc, ils proposent des CDI… mais non, non, non. Je me dis « tout sauf ça »… Oh non… Et puis, il y a le personnel… pff (elle souffle)… t’es là en intérim, et eux, ils comprennent pas… Et on est vraiment pris pour des chiens là-bas. Moi, j’en ai parlé à d’autres qui sont allés là-bas et ils veulent plus jamais y retourner […]. Par exemple, si on n’arrive pas à manier la palette, ils nous poussent, ils nous reprennent le machin des mains. C’est toujours « va chercher ça », et c’est ça, en fait, on est leurs petits chiens, en fait. On est obligé de tout faire à leur place, donc ils prennent les intérimaires pour des chiens ».

19 Passant d’institutions de chômage en stages, de CDD en contrats intérimaires, Annie appartient à ces « jeunes précaires ruraux », qui vivent à l’écart de la relative prospérité économique du bassin d’emploi local et qui sont les premières victimes des revirements de cycle économique[14] [14] Les intérimaires des principales usines agro-alimentaires...
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. En même temps, lorsqu’ils sont intérimaires en usine, ils sont mis sous pression par les ouvriers « installés » qui, sentant leurs emplois menacés par l’apparition de ces jeunes précaires, sont prêts à tout pour garder leur emploi. Dans cette situation de « tension » dans l’emploi, à la fois provoquée par les déceptions du déclassement scolaire, et les réalités économiques d’emplois peu attractifs, Annie, malgré son énergie à se battre, se retrouve souvent « découragée ». Elle se demande quelle pourrait être la solution : son point de vue politique ne peut laisser indifférent tant il fait apercevoir les déceptions occasionnées par les « espoirs » qu’avaient suscités les 35 heures chez certains jeunes chômeurs : « L’histoire des 35 heures par exemple… ils avaient dit qu’ils réduisaient le nombre d’heures pour pouvoir embaucher des gens alors qu’ils ne le font pas du tout. Alors, j’ai plutôt l’impression que c’est encore les riches qui gagnent et les petits pauvres qui sont encore perdants, quoi… Je trouve pas que ça a vraiment changé… Parce que du coup, les riches, avec les 35 heures, ils peuvent se permettre de partir en vacances, mais, c’est sûr que c’est pas les petits pauvres qui vont pouvoir se permettre de partir en vacances, eux… ».

20 Le cas d’Annie a ceci d’exemplaire qu’il correspond bien à l’émergence d’une nouvelle catégorie de jeunes précaires. D’une part, cette catégorie se développe aussi dans des bassins d’emploi actifs et, d’autre part, ce qui caractérise leurs trajectoires professionnelles depuis la sortie du système scolaire, c’est le brouillage des frontières entre chômage, petits boulots et temps de formation. Paradoxalement, le « temporaire » devient la seule chose dont ils soient vraiment sûrs puisque la situation les contraint à accepter sans condition ce qu’on leur propose. Il est toutefois nécessaire de réinscrire ce phénomène dans une « histoire de la précarité » de manière à mettre en rapport les modes de management, la structuration des emplois et les transformations du système scolaire. Cette histoire du travail précaire a peu à peu « transformé une forme d’emploi liée à l’existence d’un marché du travail relativement marginal en forme de sélection sur le tas et surtout de pression sur les salariés, dont la majorité est soumise aux contraintes de l’intensification du travail[15] [15] J. –P. Faguer, « Pour une histoire de la précarité...
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». •

 

Notes

[ *] Sociologues.Retour

[ 1] P. -M. Menger, Portrait de l’artiste en travailleur. Métamorphoses du capitalisme, Seuil, 2003.Retour

[ 2] « La précarité de l’emploi en Europe », CEE, Quatre pages, septembre 2002.Retour

[ 3] Saluons à cet égard le travail original entrepris par le « Réseau d’alerte sur les inégalités » (cf. son site Internet www.bip40.org).Retour

[ 4] Deux types de mobilité sont mesurées : la mobilité interne (salariés quittant leur établissement sans changer d’employeur) et la mobilité externe (salariés qui ont quitté leur employeur pour un autre emploi ou qui ont été mis au chômage).Retour

[ 5] T. Amossé, « Interne ou externe, deux visages de la mobilité professionnelle », Insee première n° 921, septembre 2003.Retour

[ 6] À titre de comparaison, pour les cadres, les taux sont respectivement de 13,7 et 5,2 %.Retour

[ 7] « Lorsque le processus d’insertion professionnelle paraît grippé », Bref CEREQ n° 206, mars 2004.Retour

[ 8] Parmi eux, une majorité de peu ou non diplômés mais quand même un tiers ayant au moins le niveau baccalauréat.Retour

[ 9] « Devenir ouvrier non qualifié dans une grande entreprise. Choix des jeunes et contextes locaux », Bref CEREQ n° 204, janvier 2004.Retour

[ 10] Dans l’usine de Ryton, la durée des contrats temporaires tend à se raccourcir (de mensuels à hebdomadaires) et, une fois le CDI (new permanent contract) obtenu, il reste deux ans sans véritable protection contre le licenciement.Retour

[ 11] Lorsque nous la revoyons six mois après la fin de la formation, Annie arrive dans une Super 5 rouge, qui est son unique moyen de locomotion. Cet élément est important dans la recherche d’emploi puisque, dans un milieu rural, l’usage du véhicule à moteur est de rigueur pour aller travailler dans les usines extrêmement excentrées. Annie est alors en stage chèque-insertion au CHU du département (stage trouvé par l’intermédiaire de la mission locale). Elle nous raconte alors de quelle manière elle vit le chômage et la formation suivie avec les autres demandeurs d’emploi. Elle valorise le travail de suivi de la mission locale et l’espèce de « traçabilité » que cette institution met en place pour suivre « ses » jeunes. À la différence de l’ANPE qui gère de manière anonyme les chômeurs (« à L’ANPE, si t’y vas pas, ils s’en foutent ») ; la mission locale fonctionne sur la « reconnaissance personnelle » du jeune, ce qui rassure Annie. En effet, celle-ci a parfaitement intégré les fondements de ce que l’on a appelé ici le « métier de chômeur » : multiplication d’envois de candidatures, de CV, recherche quotidienne d’un emploi, motivation affichée en toutes circonstances, etc.Retour

[ 12] Cette gestion de l’inactivité d’une primo-chômeuse renvoie à l’expression de Florence Weber « travail à-côté », concernant les activités réalisées en-dehors des temps de travail par la classe ouvrière, afin de fuir ce qu’elle nomme « l’inactivité à-côté ». F. Weber, Le travail à-côté. Étude d’ethnographie ouvrière, INRA-EHESS, 1989, p. 66.Retour

[ 13] Dans le cas d’Annie, par exemple, l’entreprise Jade dans laquelle elle a été embauchée (intérim d’un mois) en janvier 2003, l’a rappelée par téléphone en décembre pour le mois de janvier 2004, le début d’année étant toujours synonyme de surcroît d’activité.Retour

[ 14] Les intérimaires des principales usines agro-alimentaires sont les premiers licenciés lors des baisses de la demande. Pour exemple, en mai 2004, plusieurs dizaines de contractuels et d’intérimaires n’ont pas vu leur contrat reconduit dans un des plus importants sites européens d’abattage de porcs.Retour

[ 15] J. –P. Faguer, « Pour une histoire de la précarité », Lettre du CEE n° 57, avril 1999, p. 10.Retour

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POUR CITER CET ARTICLE

Stéphane Beaud et Liza Kerivel « Jeunes précaires dans un bassin d'emploi actif », Mouvements 5/2004 (no35), p. 52-61.
URL :
www.cairn.info/revue-mouvements-2004-5-page-52.htm.
DOI : 10.3917/mouv.035.0052.