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S'inscrire Alertes e-mail - Mouvements Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezContrepoint. L’histoire coloniale en débat : examen d’une Belgique en repentir
AuteurFlorence Gillet [*][*] Chercheuse au Centre d’études et de documentation Guerre...
suite du même auteur
Depuis le milieu des années 1990, plusieurs manifestations politiques, culturelles et médiatiques ont relancé le débat autour du passé colonial de la Belgique, après une longue période d’amnésie collective. Cette remise en cause de la colonisation fut encouragée entre autres par le déclin de la Belgique unitaire, par des modifications opérées dans sa politique étrangère et par un changement de majorité gouvernementale. Si ce retour sur le passé colonial belge a provoqué certaines polémiques, principalement chez les protagonistes de la période, le débat semble néanmoins avoir suscité peu d’intérêt au sein de la majeure partie de l’opinion publique belge, se cantonnant principalement à un cercle de politiques et d’intellectuels avertis.
2 Au lendemain de l’indépendance du Congo et du Ruanda-Urundi, la Belgique tourne brusquement le dos à son passé colonial, refoulant dans son subconscient les erreurs et les responsabilités inhérentes à son statut d’ancienne métropole. Les événements qui ont suivi une indépendance accordée précipitamment ont réduit à néant les ambitions de décolonisation exemplaire dont avaient rêvé les autorités belges. L’opinion publique, qui se sentait déjà peu concernée par les affaires coloniales avant 1960, s’est totalement détournée de la question, davantage préoccupée par les problèmes sociaux et par les prémices du démantèlement communautaire entre le Nord et le Sud du pays. Enfin, seuls quelques rares historiens belges se sont intéressés à la colonisation dans les premières décennies qui ont suivi l’indépendance, laissant le champ libre au développement d’une historiographie anglo-saxonne, principalement orientée sur la période léopoldienne précédant 1908, lorsque le Congo était encore la propriété personnelle du roi. La meilleure illustration de cette amnésie collective est la paralysie du musée de Tervuren depuis la fin de la période coloniale. Cette institution fédérale, créée en 1897 pour accueillir la section congolaise de l’exposition universelle de Bruxelles, a conservé la scénographie de ses collections permanentes presque inchangée jusqu’à aujourd’hui. Les générations d’écoliers de ces 30 dernières années ont donc été nourries des mêmes images paternalistes que leurs parents, un demi-siècle plus tôt. Il aura fallu attendre l’été 2006 pour que le Conseil des ministres adopte enfin un projet de rénovation du musée qui envisage une refonte complète de son contenu et mette fin à plusieurs décennies d’encrassement de l’imagerie coloniale.
● Le démantèlement de la « Belgique de papa »
3 Depuis le milieu des années 1990, la Belgique a indiscutablement amorcé une nouvelle approche de son passé colonial. Plusieurs facteurs en sont à l’origine. Le premier d’entre eux relève du démantèlement progressif de la Belgique unitaire. En effet, l’histoire coloniale a joué un rôle important dans la construction d’une identité nationale belge. Or, cette identité a été profondément ébranlée dans la seconde moitié du xxe siècle. La déconstruction progressive de l’État en communautés et en régions constitue l’élément principal de cette évolution. La loi de 1962 fixant la frontière linguistique entre la Flandre et la Wallonie, deux ans à peine après l’effondrement de l’empire colonial belge, en constitue la première étape. La fédéralisation du pays devient effective en 1970. Les années 1990 amorcent surtout un élargissement des compétences régionales et communautaires ainsi qu’une cristallisation du débat politique autour du clivage linguistique. Parallèlement, plusieurs symboles de l’unité nationale disparaissent : le service militaire obligatoire, supprimé le 31 décembre 1992, entraîne une érosion de l’armée garante de la liberté de la nation et emblème d’un État tout puissant ; Baudouin ier, dernier roi de la « Belgique de papa » (catholique, unitariste et royaliste) et souverain de l’ultime décennie du Congo belge, décède le 31 juillet 1993 ; la compagnie nationale d’aviation SABENA disparaît en novembre 2001. Le roi Baudouin et la SABENA constituaient tous deux des piliers de l’histoire coloniale. Sur le plan international, la poursuite de la construction européenne entraîne un affaiblissement des États européens au profit des entités régionales. De toute part, l’entité nationale est donc fragilisée, amorçant une remise en cause de l’identité belge et par conséquent, de ses éléments constitutifs. La colonisation n’est pas épargnée par la vague critique de ce terreau identitaire.
4 Le second facteur favorable à l’introspection du passé colonial en Belgique est le changement de majorité gouvernementale à la fin des années 1990. En effet, le renvoi des sociaux chrétiens dans l’opposition après les législatives de 1999 met fin à plusieurs décennies d’hégémonie sociale-chrétienne au sein de la majorité gouvernementale. La famille catholique avait été au centre du pouvoir décisionnel tant en matière de politique coloniale qu’au moment de l’indépendance ; la nouvelle coalition libérale-socialiste-écologiste cherche donc à se démarquer en encourageant une série de manifestations mémorielles, ayant trait notamment à la colonisation.
5 Le troisième et dernier élément ayant favorisé le débat sur la colonisation découle directement des changements politiques opérés en Belgique à la fin des années 1990. Le nouveau ministre des Affaires étrangères, le libéral Louis Michel, réoriente en effet la politique étrangère du pays. Les rapports entre la Belgique et ses anciennes colonies en sont considérablement modifiés. Alors que jusque là, les autorités belges n’avaient pas véritablement développé de politique en faveur du continent africain, Louis Michel favorise une stratégie de dialogue avec les dirigeants des anciens territoires belges d’Afrique centrale. Parallèlement, il inaugure également une remise en cause politique et institutionnelle de la colonisation, s’inscrivant dans la volonté du nouveau gouvernement de défendre les droits de l’homme à travers le monde. Or, la stigmatisation de la violation des droits humains implique que la Belgique balaye d’abord devant sa porte en réexaminant son passé, sous peine de perdre toute crédibilité.
6 Une commission parlementaire mise sur pied malgré les manœuvres des sociaux-chrétiens et sous la pression de l’opinion publique pour faire la lumière sur l’assassinat de dix casques bleus belges au Rwanda et sur les responsabilités de la Belgique dans le génocide de 1994 constitue la première étape de ce retour institutionnel sur la colonisation. Entre le mois de février et le mois de décembre 1997, des dizaines de témoins et d’experts vont être auditionnés par la commission. Alors que certains tentent de souligner les bienfaits de l’œuvre coloniale, d’autres mettent en avant le rôle joué par l’ancienne métropole dans la construction d’identités ethniques antagonistes qui allait mener au génocide de 1994. Suite aux conclusions de l’enquête parlementaire qui mettent en évidence la responsabilité de l’État belge dans le drame rwandais, le Premier ministre Guy Verhofstadt présente ses excuses aux victimes du génocide lors d’un voyage commémoratif à Kigali organisé au printemps 2000. Derrière cette repentance apparaît également un sentiment de culpabilité pour les fautes passées qui ont eu des conséquences catastrophiques sur l’histoire contemporaine du Rwanda. En juin 2001, le procès devant la cour d’assises de Bruxelles de plusieurs personnes accusées de génocide rappelle à nouveau ces responsabilités. Les conclusions du réquisitoire de l’avocat général sont sans équivoque : « La Belgique, en tant qu’ancienne puissance coloniale, porte une responsabilité morale pour avoir, par exemple, institué la carte d’identité, et avoir ainsi rendu permanente la distinction entre ethnies. C’est un fait avéré. »
● Une vision critique de l’histoire coloniale
7 Du côté du Congo, c’est la Commission Lumumba qui inaugure la nouvelle orientation de la politique africaine de la Belgique. Instituée par la Chambre en mai 2000, elle a pour mission d’évaluer la responsabilité des autorités politiques belges dans l’assassinat de l’ex-Premier ministre congolais Patrice Lumumba. En novembre 2001, la commission produit un rapport qui démontre l’opposition du gouvernement belge à Patrice Lumumba et ses volontés d’emprisonner le leader congolais. Sans statuer sur la responsabilité juridique des autorités de l’époque, dont il n’est pas prouvé qu’elles aient donné l’ordre de tuer le Premier ministre, les conclusions du groupe de travail se contentent de définir une « responsabilité morale » dans les faits qui ont conduit à l’assassinat du Premier ministre congolais. En février 2002, au cours d’un débat parlementaire à propos des conclusions de l’enquête, Louis Michel présente ses excuses au peuple congolais et à la famille de Lumumba : « Le gouvernement estime qu’il est indiqué de présenter à la famille de Patrice Lumumba… et au peuple congolais ses profonds et sincères regrets. (…) Certains membres du gouvernement d’alors et certains acteurs belges de l’époque portent une part irréfutable de responsabilités dans les événements qui ont conduit à la mort de Patrice Lumumba. »
8 Au-delà de l’action politique et parlementaire visant une auto-critique de l’histoire coloniale de la Belgique, de nombreux acteurs du monde culturel et médiatique se sont lancés eux aussi depuis le milieu des années 1990 dans un plaidoyer accusateur à l’encontre de la colonisation belge. Dans son ouvrage intitulé Léopold ii, un roi génocidaire, Michel Dumoulin propose un large inventaire de ces manifestations introspectives. Au printemps 2000, deux pièces de théâtre abordent le drame rwandais en dénonçant les responsabilités de la Belgique dans le génocide de 1994 et en remontant dans le passé colonial pour comprendre les origines de la haine ethnique entre Hutus et Tutsis. Il s’agit de Rwanda 1994 du Groupov et de Bruxelles, ville d’Afrique du groupe Kuru. En septembre 2000, le réalisateur Raoul Peck présente son nouveau film consacré à Lumumba. Il y évoque le rôle joué par les puissances occidentales, dont la Belgique, dans la chute progressive de l’ancien Premier ministre congolais. En juin 2001, l’exposition « Notre Congo » à Liège remet en question la propagande coloniale. Jean-Pierre Jacquemin, journaliste culturel spécialiste de l’Afrique et coauteur de l’ouvrage qui accompagne l’exposition, espère qu’une telle initiative permettra d’avoir un regard plus critique sur la colonisation.
9 Mais c’est au printemps 2004 que le débat colonial atteint véritablement son apogée. Au mois d’avril, la RTBF et la VRT diffusent à quelques jours d’intervalle un film du réalisateur Peter Bate intitulé Le roi blanc, le caoutchouc rouge et la mort noire. Ce documentaire, coproduit par la BBC et plusieurs autres télévisions européennes, dont les deux grandes chaînes publiques belges, relance la polémique sur les exactions commises au Congo sous l’administration de Léopold ii. Faits d’époque, dérives sanglantes du système ou tout simplement erreur d’appréciation, le débat provoque en tout cas de multiples réactions dans les médias et auprès des anciens coloniaux. La famille royale réagit vivement aux thèses défendues par le film, dénonçant un « pamphlet scandaleux émaillé d’erreurs historiques qui jettent le discrédit sur notre deuxième roi mais aussi sur la Belgique dans son ensemble ». Le ministre des Affaires étrangères, Louis Michel, se dit également « atterré » par le contenu du documentaire d’autant que, selon lui, « nous sommes probablement, de toutes les anciennes nations coloniales, celle qui a accepté de la manière la plus transparente de faire la lumière, sans concessions ni tabous, sur son passé africain ».
10 Autres réactions violentes à propos du passé colonial de la Belgique : celles de certaines communes flamandes qui, dès le printemps 2004, tentent de faire disparaître des statues érigées en l’honneur de Léopold ii ou des noms de rues associés au souverain belge. Examen de conscience, destruction de preuves évoquant la culpabilité de la Belgique ou prétexte pour démolir les symboles d’une royauté largement stigmatisée ? Ce qui apparaît avant tout c’est le caractère polymorphe que prend le débat autour du passé colonial belge.
11 En janvier 2005, dans le cadre des festivités entourant le 175e anniversaire de la Belgique, le Musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren inaugure une exposition temporaire qui ambitionne d’ouvrir les pistes d’une « nouvelle histoire coloniale » et annonce une rénovation générale des collections.
12 Presque simultanément, une pièce de théâtre intitulée King Leopold ii, jouée à Bruxelles, provoque l’émoi dans certains milieux coloniaux. Elle s’inspire du pamphlet publié en 1907 par l’écrivain américain Mark Twain sur les dérives du régime léopoldien dans l’État indépendant du Congo. Avant même le lancement de la pièce, l’Union royale belge pour les pays d’Outre-mer, qui réunit 29 associations d’anciens coloniaux, demande que les représentations soient annulées. La pièce est finalement maintenue, assortie d’un débat permettant aux protestataires de s’exprimer.
13 Enfin, certains ouvrages sont également venus nourrir le débat autour du passé colonial de la Belgique. Pour commencer, la journaliste Colette Braeckman publie en 1991 un ouvrage consacré au parcours de Mobutu : elle évoque la responsabilité de l’État belge dans l’assassinat de Lumumba et les soutiens occidentaux dont celui du roi Baudouin qui furent accordé au président zaïrois pendant de longues années. En 1994, elle retrace l’histoire du génocide rwandais et accuse le colonisateur belge d’être à la base de la haine ethnique qui a provoqué les massacres de Tutsis. Au fil du temps, la journaliste est devenue la bête noire des anciens coloniaux. En 1998, c’est Adam Hochshild qui publie la traduction en français de son livre Les fantômes du roi Léopold II. Un holocauste oublié. Le journaliste américain développe la thèse selon laquelle le roi Léopold ii aurait commis en Afrique centrale le premier holocauste de l’histoire contemporaine. Il dresse le portrait d’un souverain mégalomane, cruel et exploiteur. Or, la particularité de cet ouvrage ne réside pas dans les faits qui y sont exposés puisqu’ils étaient déjà connus mais dans les réactions d’indignation qu’il provoque, tant dans les milieux coloniaux que dans l’opinion publique belge. Par ailleurs, en 2002, Lucas Catherine, écrivain et cinéaste belge, publie un livre intitulé Bouwen met zwarte geld : de grootheidswaanzin van Leopold ii. Sa traduction française, Léopold ii, la folie des grandeurs, sort dans les jours qui suivent la diffusion du film de Peter Bate. L’auteur y accuse notamment « le roi bâtisseur » d’avoir utilisé l’argent issu de l’exploitation du Congo pour assouvir ses fantasmes architecturaux.
14 Parallèlement à ce bouillonnement autour du passé colonial de la Belgique, les historiens belges ont également manifesté un regain d’intérêt pour le sujet. Les différentes universités belges ont en effet amorcé depuis peu un mouvement qui tend à favoriser une nouvelle approche de la colonisation, caractérisée par un plus grand recul face aux événements. Mais les historiens, qui ont négligé pendant longtemps l’étude de la période coloniale, semblent éprouver aujourd’hui des difficultés à communiquer à la sphère publique les résultats de leurs travaux, donnant l’image d’une discipline incapable de trancher les grandes questions qui font actuellement l’objet de polémique. Néanmoins, il y a quelques mois, l’historien belge Guy Van Temsch semblait vouloir inverser la tendance avec la présentation lors de la Foire du livre de Bruxelles d’une importante synthèse sur les relations entre la Belgique et son ancienne colonie à travers la période coloniale et post-coloniale.
● La voix des anciens coloniaux
15 Face à cette résurgence du passé colonial, les réactions de l’opinion publique ont été diverses. Les anciens coloniaux furent les plus virulents devant l’accumulation de critiques à l’égard de la colonisation. Se sentant de plus en plus marginalisés et incompris, ils ont développé un véritable sentiment de frustration et de colère. Face aux détracteurs de l’histoire coloniale, certains d’entre eux ont brandi les armes d’une mémoire collective galvanisée : envoi de courriers aux principaux responsables politiques ainsi qu’aux dirigeants des grands journaux et médias télévisés ; organisation de conférences ; cérémonies commémoratives ; publication de mémoires et de monographies sur le Congo. Une autre initiative, entamée il y a quelques années, a suscité l’enthousiasme de nombreux coloniaux : la récolte de témoignages oraux réalisée par l’association Mémoires du Congo, créée en 2001. Son objectif est de « recueillir sur un support vidéo inaltérable les témoignages de tous ceux qui estiment avoir quelque chose à dire sur les expériences coloniales, ceux qui veulent rétablir la vérité et démontrer qu’ils n’étaient pas des obsédés de la chicotte, ceux qui veulent témoigner de leur intérêt, de leur souci de progrès de la société noire ». Aujourd’hui, elle a déjà récolté plus de 150 témoignages. Contrairement à la France où l’action de certaines associations dans le débat colonial a été largement médiatisée, en Belgique les revendications et les discours des anciens coloniaux ont été très peu relayés. En effet, malgré la pression exercée par le milieu associatif auprès des chaînes de télévision et des journaux, les médias se sont rangés majoritairement du côté des détracteurs de l’histoire coloniale, devenant même souvent leur principale tribune.
16 En l’absence de relais médiatique, la société civile ignore donc largement l’existence et l’action commémorative des associations d’anciens coloniaux. En outre, de manière générale, l’histoire coloniale intéresse peu l’opinion publique belge. Même à l’occasion de la Commission Lumumba ou de la diffusion du film de Peter Bate, les discussions sont restées principalement cantonnées à un débat entre initiés. L’absence d’un cours sur le Congo belge dans les programmes scolaires et le fait que la colonisation n’ait concerné qu’un nombre restreint d’individus privent ainsi la question coloniale d’un véritable débat. Ajoutons également l’absence d’un milieu associatif d’anciens colonisés porteurs de revendications et d’une mémoire propre. Le phénomène pourrait s’expliquer par le fait qu’une partie de la population congolaise reste habitée d’une très grande nostalgie de l’époque coloniale, renforcéé par ses conditions de vie difficile. En février 2004, le Président congolais, Joseph Kabila, a d’ailleurs rendu hommage aux pionniers de la colonisation, lors d’un discours prononcé devant le Sénat belge. Ce geste symbolisait surtout une coupure définitive avec la période mobutiste qui, par sa politique de zaïrianisation avait répudié l’héritage colonial (abandon de la typonymie coloniale et des noms chrétiens, destruction des statues commémorant la colonisation et nationalisation des entreprises privées). Mais le silence apparent de l’opinion publique congolaise dans le débat colonial doit être attribué également à la longue absence de cours sur la colonisation dans les écoles, privant ainsi les jeunes générations de connaissances suffisantes sur la question. Lorsque le débat sur le passé colonial a lieu, il se cantonne donc essentiellement à un débat entre occidentaux.
17 Si, depuis la fin des années 1990, l’histoire coloniale a fait l’objet d’une certaine actualité en Belgique, elle ne semble pas avoir suscité un très grand intérêt au-delà des sphères intellectuelle et politique. Alors qu’en France, la question coloniale est devenue un vrai « sujet de société », elle n’a pas provoqué d’émoi particulier au sein de l’opinion publique belge. Seuls les anciens coloniaux ont manifesté leur souhait de participer au débat. Néanmoins, leur action n’a pas eu de véritable impact sur la teneur des discours. Le processus introspectif entamé par la Belgique s’inscrit en fait davantage dans un dialogue avec ses anciennes colonies plutôt qu’il ne répond à une demande de la sphère publique belge. Les mécanismes qui en sont à l’origine relèvent d’ailleurs plus d’une évolution politique et institutionnelle que d’une révolution sociétale. Le phénomène des banlieues et de l’intégration ne fait pas partie non plus des enjeux de la problématique, l’héritage de la colonisation dans la société belge étant bien moins perceptible que celui de la France, même si il existe bel et bien. ●
Notes
[ *] Chercheuse au Centre d’études et de documentation Guerre et sociétés contemporaines (CEGES) à Bruxelles. Florence Gillet travaille sur un projet de recherche concernant la mémoire sociale des anciens coloniaux belges.
Résumé
Les débats concernant la question coloniale ont été particulièrement vifs ces dernières années en France. Qu’en est-il chez nos voisins européens ? Florence Gillet revient pour Mouvements sur les éléments déclencheurs du retour introspectif sur la colonisation belge en montrant son articulation avec les questions très actuelles de l’unité de la Belgique et de l’érosion des grands symboles nationaux. Elle montre aussi que par ses acteurs et ses manifestations, ce retour de mémoire belge est très différent de celui que nous connaissons en France.
PLAN DE L'ARTICLE
- ● Le démantèlement de la « Belgique de papa »
- ● Une vision critique de l’histoire coloniale
- ● La voix des anciens coloniaux
POUR CITER CET ARTICLE
Florence Gillet « Contrepoint. L'histoire coloniale en débat : examen d'une Belgique en repentir », Mouvements 3/2007 (n° 51), p. 70-77.
URL : www.cairn.info/revue-mouvements-2007-3-page-70.htm.
DOI : 10.3917/mouv.051.0070.




