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Vous consultezChanter la romance
AuteurLaure Schnapper[*] [*] Professeur agrégé à EHESS et spécialiste de la musique...
suitedu même auteur
I - La musique dans les salons
Sous le Consulat et l’Empire – et encore sous la Restauration –, on compte relativement peu de concerts publics[1] [1] L’activité musicale publique était en effet freinée...
suite et c’est essentiellement dans les salons qu’est intensivement jouée la musique, qui prend une part active, comme la conversation ou le jeu, à une sociabilité mondaine.
2 Parmi les salons prestigieux qui s’ouvrent à cette activité, évoquons tout d’abord celui du Premier Consul à la Malmaison : l’impératrice Joséphine donnait une fois par semaine « un concert où figuraient les meilleurs artistes »[2] [2] Jean MONGREDIEN, La musique en France des Lumières au Romantisme...
suite, entre autres, le célèbre chanteur Jean-Pierre Garat, sur lequel on aura l’occasion de revenir. On peut également citer le salon de Lucien Bonaparte, frère de l’Empereur qui se piquait de littérature et qui avait connu Boccherini.
3 Avant la Révolution, on avait déjà aménagé des salons de musique dans les riches hôtels du faubourg Saint-Germain, dont l’activité reprend sous l’Empire. Le salon de Constance de Salm, dans l’ancien hôtel de Ségur, accueille à partir de 1809 Caroline et Pauline, sœurs de l’Empereur, qui s’essaient à la romance, ainsi que le compositeur André-Modeste Grétry[3] [3] Voir Jean-François LEMAIRE, « Constance de Salm » dans...
suite. Parmi les salons musicaux les plus renommés, on peut citer celui de la princesse de Vaudémont (1763-1833) à Suresnes et celui de Talleyrand à l’hôtel Gallifet, 73 rue de Grenelle. En 1808, ce dernier engage comme maître de concert le fameux pianiste-compositeur tchèque Johann Ludwig (Jean-Louis) Dussek[4] [4] Dussek était né en Bohème en 1760 et meurt à Saint-Germain-en-Laye...
suite, qui se produisait notamment avec le harpiste François-Joseph Naderman (1781-1835). On note aussi le salon de Carnot et surtout celui du prince François-Joseph de Caraman-Chimay, lui-même violoniste, qui avait fait construire un salon de musique permettant de loger un ensemble instrumental dans son hôtel de la rue du Babylone. C’est là que Cherubini fit exécuter pour la première fois sa Messe à Sainte-Cécile en 1809[5] [5] D’après Isabelle DU PASQUIER, « Au début du 19e...
suite. Il s’agit néanmoins d’un cas exceptionnel : dans la sphère intime d’un salon, l’effectif instrumental était généralement plus restreint. On jouait surtout de la musique de chambre, de la musique pour pianoforte et des romances (qu’on appelait aussi chansons, chansonnettes ou nocturnes) pour une ou deux voix, accompagnées par la harpe, la guitare ou le clavecin, puis de plus en plus souvent à partir de la Restauration par le nouvel instrument en vogue, le pianoforte.
La romance connaît un tel succès considérable qu’un général d’Empire, dont la femme chante des romances, n’hésite pas à consacrer un essai à ce qu’il considère être « notre chant national »[6] [6] Pierre THIEBAULT, Baron de l’Empire Du chant et particulièrement...
suite. C’est que, en France, on aime, par tradition, la parole : c’est ainsi que l’on préférera longtemps, contrairement à l’Allemagne, le théâtre et l’opéra à la musique purement instrumentale. Or la romance permet d’introduire la scène lyrique dans l’espace du salon et fait office, en quelque sorte, d’opéra-comique de chambre. La romance et l’opéra-comique sont en effet étroitement liés : les compositeurs de romances s’essayent souvent à l’opéra-comique, fondé sur une succession de numéros fermés – souvent des romances et des chansons à couplets –, qui sont à leur tour vendus en morceaux détachés[7] [7] Voir Olivier BARA, Le théâtre de l’Opéra-Comique sous...
suite, comme, parmi de nombreux exemples, la romance « À peine au sortir de l’enfance », extraite de Joseph de Méhul (1808).
II - La romance avant Napoléon
4 La romance n’est cependant pas née sous le Consulat. Tirant peut-être son nom du romancero espagnol, le terme désigne vers le milieu du XVIIIe siècle une pièce vocale de caractère élégiaque, naïf et sentimental, proche de la brunette et de la bergerette. On la trouve décrite par Jean-Jacques Rousseau dans son Dictionnaire de musique de 1768 (article « Romance ») et par Marmontel dans le Nouveau Dictionnaire, qui écrit que « c’est communément le récit de quelque aventure amoureuse, [son] caractère est la naïveté ; tout doit être au sentiment »[8] [8] MARMONTEL, Nouveau Dictionnaire pour servir de supplément...
suite.
5 La faveur que connaît la romance est parallèle à celle que connaît le Moyen Âge, qui se traduit dans les arts par ce qu’on appelle le genre « troubadour ».

Exemple d’une peinture troubadour
Exemple d’une peinture troubadour
6 Les troubadours et les trouvères, d’Adam de la Halle jusqu’à Guillaume de Machaut, étaient à la fois poètes et compositeurs. Aussi n’est-il pas étonnant que cette mode se manifeste également dans la musique : dès 1757 paraît le recueil collectif Choix de chansons, plusieurs fois réédité, qui comprend notamment celles du duc de La Vallière et de Moncrif.
7 Ces airs sont chantés dans les salons puis transposés dans des pièces villageoises modernes ou des pièces dont l’action se situe au Moyen Âge. Grétry et Sedaine sont les auteurs d’Aucassin et Nicolette, donné à Versailles en 1779 puis à la Comédie Italienne en 1780. Richard cœur de Lion de Grétry connaît un grand succès en 1784 grâce à la romance « Une fièvre brûlante » commencée par Blondel et continuée par le prince captif, qui, reprise avec quantité de variantes, sert de pivot à toute la pièce.
8 Peu avant la Révolution, en 1781, paraît le recueil posthume de Jean-Jacques Rousseau Consolations des misères de ma vie ou Recueil d’airs, romances et duos, qui connaît un grand succès. La période révolutionnaire voit ensuite éclore quantité de romances sentimentales et larmoyantes – comme L’Orphelin adopté par sa nourrice de Méhul (1795) – et d’autres qui s’efforcent de commenter à leur manière les événements (Romance sur la mort du jeune Bara de François Devienne). Ces derniers sont parfois transposés dans le passé, mettant par exemple en scène le personnage légendaire de Guillaume Tell, devenu, comme ennemi des tyrans, un modèle pour les révolutionnaires.
III - La romance sous l’Empire
9 Après cette période patriotique, notamment marquée par les romances de célèbres compositeurs comme Gossec, Grétry, Dalayrac, Cherubini et Boieldieu, on assiste sous l’Empire au retour et à l’explosion du style « troubadour » dans les arts : au Salon de 1802 est notamment présenté le tableau de Fleury-Richard, Valentine de Milan pleurant la mort de son époux.
10 De même, on trouve pléthore de romances sentimentales dans le style troubadour, l’intemporalité du sentiment étant intensifiée par la référence au passé. Comme l’écrit Mme de Chastenay, « il n’était question dans toutes que des vieux châteaux de nos pères, que de preux, que de paladins, même de rosaires et de croix »[9] [9] Victorine de CHASTENAY, Mémoires 1771-1815, éd. Guy Chaussinand-Nogaret,...
suite. Leur schéma poético-musical se calque sur la structure simple des chansons populaires et non sur celui bien plus complexe de l’art des troubadours du Moyen Âge[10] [10] Le lai, le virelai et la ballade avaient chacun une structure...
suite. Elles se composent le plus souvent d’une simple suite de couplets ou bien d’une alternance de couplets et d’un refrain. Les couplets se fixent progressivement au nombre de trois, auxquels le chanteur apporte des variantes improvisées :
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suite. »
12 Parmi de très nombreux exemples, citons Bayard mourant d’Etienne Nicolas Méhul (1763-1817), réédité par Jean Mongrédien[12] [12] Anthologie de la romance française, édition de Jean MONGRÉDIEN,...
suite. L’auteur du Chant du départ transpose ici dans le passé les préoccupations politiques du temps. Le texte de Charles Brifaut[13] [13] Charles Brifaut (1781-1857), littérateur, est notamment...
suite met en scène la mort du fameux Bayard (1474-1524), connu comme « le chevalier sans peur et sans reproche », fidèle à sa patrie jusqu’à la mort[14] [14] Fénelon avait déjà évoqué cette scène dans le Dialogue...
suite. On y retrouve les trois strophes, chacune d’entre elles étant formée de deux parties : dans la première, le récitant décrit la situation, la musique étant dans le mode mineur avec un accompagnement en accords arpégés, comme le ferait un troubadour qui s’accompagne de son luth. La deuxième partie, qui contraste par son mode majeur et un accompagnement au rythme plus marqué, fait dialoguer les deux personnages : Bayard exprime son bonheur de mourir pour la patrie au traître Connétable. La musique illustre ainsi parfaitement les paroles[15] [15] Cet exemple musical est extrait d’Anthologie de la romance...
suite.
13 On trouve aussi des romances évoquant l’amour et sa fragilité, la plus célèbre d’entre elles étant sans doute Plaisir d’amour, plainte du chevrier dans Célestine[16] [16] Parue dans le recueil Nouvelles nouvelles de Florian. ...
suite de Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794), mise en musique par Jean-Paul-Egide Martini (de son vrai nom Schwarzendorff, 1741-1816). Elle parut sous le simple titre de Romance dans les Etrennes de Polymnie, recueil de chansons, romances, vaudevilles …, gravés avec de la musique nouvelle en 1785, avec un accompagnement de guitare composé par La Chabeaussière (1752-1820). Or Martini aurait été, selon Fétis, « le premier qui a publié, en France, des romances et des airs détachés avec un accompagnement [écrit] de piano ; avant lui, tous les morceaux de ce genre étaient gravés avec une basse simple ou chiffrée »[17] [17] François-Joseph FETIS, « Martini » dans Biographie universelle...
suite. C’est effectivement avec une simple ligne de basse qu’avait paru quatre ans plus tôt, en 1781, le recueil posthume de Jean-Jacques Rousseau, Consolations des misères de ma vie ou Recueil d’airs, romances et duos. Dans Plaisir d’amour, Martini aurait ainsi accordé une importance accrue à la musique par rapport au texte :
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suite. »
15 Près d’un demi-siècle plus tard, le roi Louis-Philippe aimait à l’entendre :
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suite. »
C’est sans doute sur son modèle qu’a été composé Serment d’amour de Nicolas Dalayrac (1753-1809)[20] [20] Cette romance est reproduite dans l’Anthologie éditée...
suite, auteur de nombreux opéras-comiques et du fameux « Veillons au salut de l’Empire », sur un poème de Charles Guillaume Etienne (auteur de théâtre, secrétaire du duc de Bassano et qui accompagne Napoléon dans ses campagnes). La romance évoque Plaisir d’amour, tant par les paroles que par la structure musicale : un refrain encadre deux couplets qui diffèrent entre eux non seulement par le texte (ce qui est le propre des couplets) mais aussi par la musique, et c’est le refrain, entendu trois fois, qui assure l’unité de l’ensemble.
Refrain : Plaisir d’amour ne dure qu’un moment
Plaisir d’amour dure toute la vie.
Couplet 1 : J’ai tout quitté pour l’ingrate Sylvie
Elle me quitte et prend un autre amant.
Refrain
Couplet 2 : Tant que cette eau coulera doucement
Vers ce ruisseau qui borde la prairie,
Je t’aimerai, me répétait Sylvie,
L’eau coule encore, elle a changé pourtant.
Refrain
Refrain : Serment d’amour ressemble à fleur nouvelle
Il dure un jour et disparaît comme elle.
Couplet 1 : D’un souffle du Zéphir si la fleur est ternie,
Pour un nouveau désir la promesse est trahie :
C’est ainsi que les flots d’une onde claire et pure
Perdent leur doux repos par le moindre murmure.
Refrain
Couplet 2 : O toi ! qui me promis d’aimer toute la vie,
Déjà tu me trahis, ton cœur m’oublie.
Que sont-ils devenus ? Je vis encor, et tu ne m’aimes plus
De ce siècle volage l’inconstance est le partage.
Refrain
17 On notera toutefois que les couplets de Plaisir d’amour comprennent des vers de dix pieds alors que ceux de Serment d’amour diffèrent du refrain par leurs vers de douze pieds.
IV - Un art de la simplicité
18 Comme on peut le constater, les textes des romances font preuve de la plus grande simplicité. Il en est de même de la ligne mélodique et de l’accompagnement instrumental qui restent au service du texte et de l’interprétation. Rousseau disait d’ailleurs que tout accompagnement d’instrument affaiblissait le charme d’une romance pour laquelle il ne fallait qu’« une voix juste, nette, qui prononce bien, et qui chante simplement »[21] [21] Jean-Jacques ROUSSEAU, article « Romance » dans Dictionnaire...
suite. C’est que les romances doivent pouvoir être chantées par tous, puisque, en l’absence de tout moyen de reproduction (en dehors des rudimentaires serinettes et autres boîtes à musique), pour entendre et réentendre de la musique, il faut la jouer soi-même.
19 Certes, certains dilettanti (ceux qui jouaient pour leur seul plaisir) faisaient preuve d’un niveau technique équivalent à celui des « artistes » (ceux pour qui la musique était la profession) et les orchestres étaient constitués à la fois d’amateurs et de professionnels, comme en témoigne en 1803 le compositeur Johann Friedrich Reichardt (1752-1814), maître de chapelle de Frédéric II de Prusse, qui rend compte d’un concert de la rue de Cléry, où est exécutée une symphonie de Haydn[22] [22] Johann-Friedrich REICHARDT, Un hiver à Paris sous le Consulat...
suite. Cependant, la romance se répand dans l’ensemble de la société :
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suite. »
21 L’éducation musicale n’y est pas toujours aussi poussée que celle des amateurs de l’Ancien Régime et la romance doit être simple :
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suite. »
23 De plus, le texte primant sur la musique, le chanteur peut se permettre une certaine liberté dans l’exécution du rythme :
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suite. »
25 Quant à l’accompagnement instrumental, il se réduit le plus souvent à un rôle de soutien, qui permet au chanteur de s’accompagner lui-même.
V - Compositrices de romances
26 Chantée dans les salons, la romance sert d’intermède à la conversation. Réalisant l’union de la poésie et de la musique, elle constitue ainsi, comme le souligne Jean Mongrédien, un art parfaitement contrôlé[26] [26] Jean MONGRÉDIEN, Avant-propos dans Anthologie de la romance...
suite et l’un des rares genres musicaux où les femmes sont autorisées à s’exprimer. La première femme à se rendre célèbre est Hortense de Beauharnais (1783-1837), fille de Joséphine et belle-fille de Napoléon, qui avait épousé en 1801 Louis Bonaparte, nommé roi de Hollande (annexée par Napoléon de 1806 à 1810). Celle-ci prend le titre de Reine de Hollande et possède sa propre maison, où elle se consacre au dessin et à la musique. Sa romance la plus célèbre fut sans conteste Partant pour la Syrie ou Le beau Dunois, dont elle composa la mélodie[27] [27] L’accompagnement était ajouté ensuite par un musicien...
suite en 1807, à la Malmaison, pendant que sa mère jouait au tric-trac[28] [28] Voir Mémoires de la reine Hortense, vol. 3, p. 119. On...
suite. Premier titre du recueil Huit romances nouvelles, paru chez l’éditeur parisien Paccini, elle est typique du genre « troubadour » : le poème, que l’on doit au comte Alexandre de Laborde (1774-1842), grand amateur d’archéologie, raconte l’histoire du croisé Dunois, qui prie la Vierge de le bénir avant son départ à la croisade en Syrie. Victorieux, il est récompensé par son seigneur, qui lui accorde la main de sa fille Isabelle.
27 Considéré comme séditieux sous la Restauration, ce chant était un cri de ralliement des bonapartistes et fut remis à l’honneur lorsque le fils d’Hortense, Charles Louis Napoléon Bonaparte, devint Napoléon III : en 1853, l’éditeur de musique Heugel fait paraître dans une luxueuse édition six de ses romances, ornées de planches lithographiées d’après les dessins d’Hortense, sous le titre Album artistique de la Reine Hortense[29] [29] Album artistique de la reine Hortense, Heugel, 1853, luxueuse...
suite. Le lancement de l’édition est même marqué par un concert au mois d’avril, donné à la salle Herz, au profit des sociétés de charité maternelle, et présidé par l’impératrice Eugénie. Anatole France, né en 1846, se souvient ainsi que sa mère lui chantait cette romance quand il était enfant[30] [30] Anatole France, Le petit Pierre, 1921, p. 81. Elle lui chantait...
suite. Le succès de cette romance est aussi confirmé par le fait qu’elle fut transcrite pour toutes sortes d’instruments et qu’elle servit de thème à des variations pour piano, notamment par Dussek.
28 On doit aussi à la reine Hortense l’idée d’adjoindre un dessin à chaque romance : en 1813 sont publiées Romances mises en musique par SM la reine Hortense, où chaque titre est accompagné d’une aquarelle de sa main. Cet usage se répand dans les recueils de romances qui paraissent chaque année :
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suite. »
Tout au long du XIXe siècle, la page de titre des romances sera ainsi illustrée d’une vignette gravée.
VI - Les spécialistes de la romance
30 On assiste, parallèlement, à l’émergence de compositeurs qui interprètent eux-mêmes leurs romances et qui se spécialisent dans le genre. Pour cela, ils doivent charmer les dames et s’insérer dans l’atmosphère d’un salon.
31 Le premier à se rendre célèbre fut sans doute Jean-Pierre Garat (1762-1823) qui a fait dire aux frères Goncourt, connus pour leur esprit caustique, « Garat règne ; la romance gouverne »[32] [32] Les frères GONCOURT, Histoire de la société française...
suite. Il avait fait les délices de Marie-Antoinette – qui composa d’ailleurs elle-même des romances[33] [33] Citons d’elle C’est mon amie sur un texte de Claris...
suite –, pour laquelle il interprétait notamment Plaisir d’amour, dont elle raffolait. Les romances par lesquelles Garat établit sa réputation furent Pauvre Jacques, Je t’aime tant et surtout Complainte du troubadour (1794). Échappant à la Terreur en donnant des concerts à l’étranger, il revient et se fait nommer professeur au Conservatoire où il formera de grands chanteurs, dont la célèbre Caroline Branchu (1780-1850), qui passe pour avoir été la maîtresse de Napoléon à partir de 1802. Garat fréquente notamment le salon de Mme Vigée-Lebrun qui écrit dans ses Souvenirs : « Non seulement il n’existait pas de difficulté pour ce gosier si flexible ; mais sous le rapport de l’expression, il n’avait point de rival. » C’est bien le sentiment et l’expression qui importent en effet dans ce répertoire : « Garat chante : les yeux se mouillent ; de doux battements le remercient d’avoir chanté[34] [34] Les frères GONCOURT, op. cit. , p. 370. ...
suite. » C’est davantage ses attitudes, son charme et le renouvellement de son interprétation dans chaque couplet que sa technique vocale qui séduisaient son auditoire, l’auteur et l’interprète ne faisant plus qu’un :
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suite. »
33 Garat annonce l’ère des divas : habillé de manière extravagante, il se faisait prier pour chanter et mettait un point d’honneur à être perpétuellement en retard[36] [36] D’après Roger BLANCHARD et Roland de CANDE, Dieux et...
suite. Rose d’amour, sur un poème de Charles Millevoye[37] [37] Charles (Hubert) Millevoye (1782-1816), poète mort à 34...
suite, est une romance sentimentale mettant en scène une rose, épouse d’Aquilon, qui aime Zéphir. On y retrouve les traditionnels trois couplets (de deux quatrains octosyllabiques) et une simplicité de la musique, formée de phrases de quatre mesures qui épousent parfaitement la prosodie (deux mesures par vers), avec une modulation centrale à la dominante.
34 À peine plus jeune que lui, Charles-Henri Plantade (1764-1839) a publié un nombre considérable de mélodies tendres et quelquefois passionnées qui se font remarquer par une certaine ambition dramatique dans les accompagnements (Ma peine a devancé l’aurore et surtout Te bien aimer, ô ma chère Zélie ! qui date de 1791). Le succès extraordinaire de cette légère production valut à Plantade d’être choisi comme maître de chant de Melle de Beauharnais en 1797, laquelle, devenue reine de Hollande, le fit son maître de chapelle. Tous les salons de l’aristocratie impériale lui furent ouverts. Il fut choyé, courtisé et, à la Restauration, qui adoptait les généraux et les romances de l’Empire, il sera nommé chevalier de la Légion d’honneur et maître de la musique de la chapelle du roi Louis XVIII[38] [38] D’après la notice que lui consacre FETIS dans Biographie...
suite.
35 C’est aussi sous l’Empire que débutèrent deux chanteurs d’origine italienne qui se rendront surtout célèbres à partir de la Restauration, Antoine Romagnesi (1781-1850)[39] [39] Selon Scudo (« Esquisse d’une histoire de la romance...
suite, auteur de plus de trois-cents romances et chansonnettes et Felice Blangini (1781-1841).
36 Le premier débuta vers 1807 mais connut la gloire surtout à partir de la Restauration :
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suite. »
38 C’est que Romagnesi s’était adapté à l’atmosphère des salons :
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40 Il sut aussi adapter le répertoire à son public, grâce à des mélodies « claires, faciles, distribuées avec ordre et bien écrites pour la voix, dont elles n’atteignent jamais les notes extrêmes »[41] [41] Ibid. ...
suite. On le connaît surtout aujourd’hui par la méthode qu’il publie sous la Monarchie de Juillet sous le titre L’art de chanter les romances, les chansonnetes et les nocturnes et généralement toute la musique de salon (Paris, chez l’auteur 8 rue Cadet, 1846).
41 Felice Blangini, ténor italien – petit mais gracieux et qui plaisait aux femmes –, composa dès 1799 à Paris opéras, nocturnes et romances. « Toutes les femmes à la mode voulurent l’avoir pour maître de chant », nous dit Fétis[42] [42] François-Joseph FETIS, art. « Blangini » dans Biographie...
suite. De fait, Pauline Borghese, la sœur de Napoléon, le prit comme directeur de la musique (et comme amant dit-on) puis il passa au service de Jérôme Bonaparte à Kassel. Blangini eut pour élèves « un nombre immense de dames de la plus haute noblesse »[43] [43] Ibid. ...
suite, sans compter la reine de Bavière, de Westphalie, Louis Bonaparte roi de Hollande et sa femme Hortense de Beauharnais.
Devant ce succès, des recueils de romances paraissent chaque année sous l’Empire au moment des étrennes. On trouve ainsi en 1808 un recueil intitulé Le troubadour ou Les Etrennes d’Erato. À partir de 1813 paraît aussi, le premier janvier de chaque année, un petit recueil in-12 intitulé Le souvenir des ménestrels, contenant une collection de romances inédites, ou choisies parmi celles qui ont paru en 1813. Le tout recueilli et publié par un amateur.

Page de titre du recueil Le souvenir des ménestrels
Page de titre du recueil Le souvenir des ménestrels
VII - La romance après l’ère napoléonienne
42 Sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, les femmes, qui pratiquaient jusque-là la romance en amateur, vont à leur tour se spécialiser dans la romance, aussi bien sur le plan du texte que de la musique. C’est ainsi que la poétesse Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) se rendit célèbre à partir de 1819 avec deux recueils Elégies et Romances. Elle écrivait essentiellement des poèmes sur le thème de l’amour, dont rendent compte les titres de son recueil Romances comme Le premier amour, Le rendez-vous, Le souvenir, La fleur renvoyée, Son retour, L’espoir … Elle montrait une prédilection pour les vers de dix pieds, divisés en 4 et 6 (ce qui crée un rythme dissymétrique), qu’elle mêlait aussi à des vers de 4 pieds et des alexandrins (6+6 pieds), comme dans le début de ce poème :
(extrait de Romances)
Vous souvient-il de cette jeune amie,
Au regard tendre, au maintien sage et doux ?
À peine, hélas ! Au printemps de sa vie,
Son cœur sentit qu’il était fait pour vous.
43 L’alternance de rimes féminines et masculine est propice à la mise en musique, en permettant une alternance de demi-cadences et de cadences parfaites. Parmi les femmes compositrices, citons son amie Pauline Duchambge[44] [44] Marceline Desbordes-Valmore lui écrivit un long poème...
suite (1778-1858), qui mit en musique nombre de ses poèmes, et surtout Sophie Gail, née Garre (1775-1819), dont le salon, de 1808 à 1810, accueillit nombre de chanteurs à la mode. Fille d’un chirurgien ruiné par la Révolution, séparée en 1801 de l’helléniste Jean-Baptiste Gail, elle décida d’utiliser ses talents de pianiste et de chanteuse et partit en tournée dans le Sud de la France et en Espagne. De retour à Paris, elle composa et chanta des romances qui eurent un succès incroyable, comme La jeune et charmante Isabelle, Heures du soir, Vous qui priez, priez pour moi. Sa romance la plus connue est Eloge de l’absence. Pendant quelques années, elle « jouit presque sans partage du privilège de charmer les salons par ses romances pour une ou deux voix »[45] [45] François-Joseph FETIS, Curiosités historiques de la musique,...
suite.
44 Encouragée par ces succès, elle composa l’opéra-comique Les Deux jaloux, en un acte, sur un livret de Dufresny et Vial, qui fut créé le 27 mars 1813 sur la scène de l’Opéra-comique et qui se maintint quelque temps au répertoire. Il semble bien que ce soit la première fois qu’une femme ait fait représenter une œuvre au Théâtre Feydeau. Le trio intitulé « Ma Fanchette est charmante » servit notamment de thème à des variations pianistiques d’Henri Herz en 1823, jouées sous la Restauration par de nombreux virtuoses, dont le jeune Liszt.
45 Notons au passage que cette Sophie Gail est souvent confondue avec Sophie Gay (1776-1852), mère de Delphine de Girardin, qui tenait un salon littéraire que fréquenta, entre autres, Balzac. Cette dernière avait été l’élève de Daniel Steibelt et est l’auteur de Sérénade, texte sur lequel l’autre Sophie – Gail – écrivit un opéra-comique. On les distinguait en désignant l’une par « Sophie la belle » ou « Sophie de la parole » et l’autre par « Sophie la laide » ou « Sophie de la musique ».
46 Parmi les romances de Sophie Gail, citons N’est-ce pas d’elle, sur le thème éternel de l’absence de l’être aimé[46] [46] Cette romance est rééditée dans Anthologie de la romance...
suite, dont la musique contraste avec les romances précédentes par son lyrisme. Désormais la ligne mélodique, bien que simple à chanter et très conjointe, ne peut plus être détachée de son accompagnement, plus élaboré, par exemple, qu’il n’était dans les romances de la reine Hortense. C’est que, à partir de la Restauration, « les accompagnements, sans cesser d’être simples comme il convient au genre, sont plus variés et plus nourris »[47] [47] Paul SCUDO, « Esquisse d’une histoire de la romance »,...
suite. Dans N’est-ce pas d’elle, le continuum lancinant du piano fait ainsi penser à la plainte du Lied Marguerite au rouet de Schubert et fait preuve d’une certaine richesse harmonique.
La romance joua ainsi un rôle non négligeable dans la socialisation des femmes, en leur permettant même d’accéder à une scène lyrique prestigieuse et ce mouvement devait se poursuivre après 1830.
VIII - La romance sous la Monarchie de Juillet
47 Grâce à l’essor de l’édition musicale sous la Monarchie de Juillet, la publication de romances s’intensifie avec un débit annuel estimé à environ 250.000 exemplaires[48] [48] Voir Jacques Auguste DELAIRE, op. cit. , p. 57. ...
suite. En décembre 1833, l’éditeur Heugel fonde un journal hebdomadaire qui comprend une romance nouvelle à chaque numéro, Le Ménestrel, journal de musique paraissant tous les dimanches avec une romance inédite de Madame Pauline Duchambge, MM. Edouard Bruguière, Panseron, Amédée de Beauplan, Adolphe Adam, Charles Plantade [ …].
48 C’est ensuite Loïsa Puget (1810-1889) qui contribue à industrialiser, en quelque sorte, le genre, grâce à la collaboration de celui qui sera son époux, Gustave Lemoine, qui écrit les textes. Comme en témoigne Scudo, « on se disputait ses albums, qui sortaient de chez l’éditeur Meissonnier par cargaisons et allaient porter la joie dans toutes les villes de province et dans les premières capitales de l’Europe »[49] [49] Paul SCUDO, « Esquisse d’une histoire de la romance »...
suite. Les thèmes abordés sont ceux de la vie familiale et du terroir, comme le montrent les titres des Douze romances de Loïsa Puget et Gustave Lemoine parues en 1837 chez l’éditeur Meissonnier : Mon pays, Fleur des champs, Je te prends sans dot, Le lys dans la vallée, Tout pour toi !, Le clocher de mon village, Dismoi je t’aime, Ta voix, Ne quittez jamais votre mère, Je t’aime parce que je t’aime, À la grâce de Dieu, Son nom.

Page de titre de Mon pays de Loïsa Puget
Page de titre de Mon pays de Loïsa Puget
49 La romance perd ainsi son caractère aristocratique et courtois pour s’adapter aux mœurs du temps : on parle désormais de « romance bourgeoise », progressivement dépréciée, au fur et à mesure que le goût se tourne vers la musique sérieuse allemande. Vers le milieu du siècle, Scudo témoignait :
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suite. »
51 Le déclin de la vogue pour la romance se reflète dans le fait qu’à partir de 1841, les romances n’apparaissent plus que dans un numéro sur deux du Ménestrel, en alternance avec des morceaux pour piano.
52 Sous le Second Empire, la romance disparaît progressivement comme genre indépendant : c’est que les amateurs préfèrent la pratique du piano à celle du chant[51] [51] Voir l’article « On ne chante plus » d’Emile Barateau,...
suite. Sous l’influence du Lied allemand, naît d’un côté la mélodie « française », vers 1840, de l’autre de la chanson. La rupture entre art savant et art populaire est consommée.
Bibliographie
Bibliographie sélective
BEAUHARNAIS Hortense de, Mémoires de la reine Hortense, Jean Hanoteau (éd.), Paris : Plon, 1927, 3 vol.
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DELAIRE Jacques Auguste, Histoire de la romance considérée comme œuvre littéraire et musicale, Paris : Ducessois, 1842.
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GOUGELOT Henri, La romance française sous la Révolution et l’Empire, étude historique et critique, Melun, Legrand et fi ls, 1938.
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Notes
[ *] Professeur agrégé à EHESS et spécialiste de la musique et de la vie musicale en France dans la première moitié du XIXe siècle.
[ 1] L’activité musicale publique était en effet freinée par le privilège de l’Académie royale de musique. Les principaux concerts réguliers furent ceux du théâtre Feydeau entre 1794 et 1800.
[ 2] Jean MONGREDIEN, La musique en France des Lumières au Romantisme (1789-1830), Paris : Flammarion, 1986, p. 229.
[ 3] Voir Jean-François LEMAIRE, « Constance de Salm » dans Musiques et musiciens au Faubourg Saint-Germain, Délégation à l’action artistique de la ville de Paris, 1996, p. 71.
[ 4] Dussek était né en Bohème en 1760 et meurt à Saint-Germain-en-Laye en 1812.
[ 5] D’après Isabelle DU PASQUIER, « Au début du 19e siècle » dans Musiques et musiciens au Faubourg Saint-Germain, op. cit., p. 70.
[ 6] Pierre THIEBAULT, Baron de l’Empire Du chant et particulièrement de la romance, Paris : Librairie Arthus-Bertrand, 1813, p. VII.
[ 7] Voir Olivier BARA, Le théâtre de l’Opéra-Comique sous la Restauration : enquête d’un genre moyen, Hildesheim : G. Olms, 2001, p. 447.
[ 8] MARMONTEL, Nouveau Dictionnaire pour servir de supplément aux Dictionnaires des arts et des métiers, Paris : Panckouche, 1776, p. 320.
[ 9] Victorine de CHASTENAY, Mémoires 1771-1815, éd. Guy Chaussinand-Nogaret, Paris : Perrin, 1887, p. 426.
[ 10] Le lai, le virelai et la ballade avaient chacun une structure poétique et musicale complexe.
[ 11] Alexis de GARAUDE, Nouvelle Méthode de chant, 1809.
[ 12] Anthologie de la romance française, édition de Jean MONGRÉDIEN, avec le concours de la Fondation Napoléon, Paris : Durand, 1994, p. 44.
[ 13] Charles Brifaut (1781-1857), littérateur, est notamment l’auteur d’une tragédie intitulée Charles de Navarre, représentée en 1820.
[ 14] Fénelon avait déjà évoqué cette scène dans le Dialogue des morts composés pour l’éducation de Mgr le duc de Bourgogne en 1700.
[ 15] Cet exemple musical est extrait d’Anthologie de la romance française, édition de Jean MONGRÉDIEN, avec le concours de la Fondation Napoléon, Paris : Durand, 1994. Il a été interprété lors de la tenue de cette intervention aux 2es Ateliers d’histoire de la Fondation Napoléon, le 24 mars 2009. Malheureusement, il n’y a pas d’enregistrement disponible.
[ 16] Parue dans le recueil Nouvelles nouvelles de Florian.
[ 17] François-Joseph FETIS, « Martini » dans Biographie universelle des musiciens, vol. 6, 2e édition, Paris : Firmin Didot, 1870.
[ 18] François-Joseph FETIS, Curiosités historiques de la musique, Paris : Janet et Cotelle, 1830, p. 319.
[ 19] Dr Louis VERON, Mémoires d’un bourgeois de Paris, Paris : Libraire nouvelle, 1856, tome 4, p. 141.
[ 20] Cette romance est reproduite dans l’Anthologie éditée par J. Mongrédien.
[ 21] Jean-Jacques ROUSSEAU, article « Romance » dans Dictionnaire de musique, Paris : Librairie Duchesne, 1768, p. 362.
[ 22] Johann-Friedrich REICHARDT, Un hiver à Paris sous le Consulat : 1802-1803, Paris : Tallandier, 2002, p. 242-243.
[ 23] Le souvenir des ménestrels, treizième année, 1826, p. VI.
[ 24] Journal de Paris, 17 février 1802.
[ 25] Pierre THIEBAULT, Du chant et particulièrement de la romance, op. cit., p. 63-64.
[ 26] Jean MONGRÉDIEN, Avant-propos dans Anthologie de la romance française, op. cit., p. VI.
[ 27] L’accompagnement était ajouté ensuite par un musicien comme – d’après Scudo – Carbonel ou Plantade.
[ 28] Voir Mémoires de la reine Hortense, vol. 3, p. 119. On peut entendre cette romance chantée par Paula Bär-Giese qui s’accompagne elle-même sur un piano carré de Broadwood de 1822 (film visible sur le site YouTube).
[ 29] Album artistique de la reine Hortense, Heugel, 1853, luxueuse édition de douze romances avec lithographies et pages de titres en chromolithographie.
[ 30] Anatole France, Le petit Pierre, 1921, p. 81. Elle lui chantait aussi « Reposez-vous, bons chevaliers » et « En soupirant, j’ai vu naître l’aurore », romances de la reine Hortense, encore considérées alors comme charmantes.
[ 31] Le souvenir des ménestrels, p. VII.
[ 32] Les frères GONCOURT, Histoire de la société française pendant le Directoire, Paris : Didier, 1864, p. 368.
[ 33] Citons d’elle C’est mon amie sur un texte de Claris de Florian (1788).
[ 34] Les frères GONCOURT, op. cit., p. 370.
[ 35] FETIS, Curiosités historiques de la musique, op. cit. p. 319.
[ 36] D’après Roger BLANCHARD et Roland de CANDE, Dieux et divas de l’opéra, Paris : Fayard, 2004, p. 327.
[ 37] Charles (Hubert) Millevoye (1782-1816), poète mort à 34 ans, inspira plusieurs musiciens, dont Bizet qui a notamment composé une mélodie sur le même poème.
[ 38] D’après la notice que lui consacre FETIS dans Biographie universelle des musiciens, op. cit.
[ 39] Selon Scudo (« Esquisse d’une histoire de la romance », dans Critiques et littératures musicales, op. cit., p. 341), le père de Romagnesi faisait partie de la troupe de comédiens italiens que le cardinal Mazarin avait fait venir en France.
[ 40] Paul SCUDO, ibid.
[ 41] Ibid.
[ 42] François-Joseph FETIS, art. « Blangini » dans Biographie universelle des musiciens, Paris : Firmin Didot, 2e édition, 1873.
[ 43] Ibid.
[ 44] Marceline Desbordes-Valmore lui écrivit un long poème intitulé À Pauline Duchambge qui se termine par « Toi, si tu meurs, je crois que je mourrai ». Pauline vécut avec le compositeur Auber qui l’abandonna.
[ 45] François-Joseph FETIS, Curiosités historiques de la musique, op. cit., p. 320.
[ 46] Cette romance est rééditée dans Anthologie de la romance française, op. cit., p. 20-21.
[ 47] Paul SCUDO, « Esquisse d’une histoire de la romance », op. cit., p. 346.
[ 48] Voir Jacques Auguste DELAIRE, op. cit., p. 57.
[ 49] Paul SCUDO, « Esquisse d’une histoire de la romance » dans Critique et littérature musicales, op. cit., p. 350.
[ 50] Paul SCUDO, Critique et littérature musicales, Paris : Hachette, 2e série, 1859, p. 435.
[ 51] Voir l’article « On ne chante plus » d’Emile Barateau, dans Le Ménestrel du 23 novembre 1856, cité par É. Rogeboz-Malfroy, La romance et la méditation, Besançon : Cêtre, 1996, p. 16.
Résumé
Au début du XIXe siècle, on compte peu de concerts publics et c’est essentiellement dans les salons qu’est jouée la musique, qui joue à part égale avec l’art de la conversation et le jeu, dans la sociabilité mondaine. Les salons des membres de la famille impériale, l’impératrice Joséphine, la reine Hortense, les sœurs et frères de l’Empereur, sont parmi les plus reconnus dans la vie musicale mondaine. Contrairement à l’Allemagne, la France préfère le théâtre et l’opéra à la musique purement instrumentale, et la romance permet d’introduire la scène lyrique dans l’espace du salon et fait office, en quelque sorte, d’opéra-comique de chambre. Apparue vers le milieu du XVIIIe siècle, la romance connaît un remarquable succès, parallèle à celui que connaît le Moyen Âge, qui se traduit dans les arts par ce qu’on appelle le genre « troubadour ». Le schéma poético-musical se calque alors sur la structure simple des chansons populaires, composées de couplets, parfois en alternance avec un refrain. Les romances évoquent le passé historique et héroïque, mais aussi l’amour et sa fragilité. Œuvre simple, tant au niveau des paroles que de la ligne mélodique, réalisant l’union de la poésie et de la musique, la romance trouve nombre de ses auteurs parmi les femmes, la plus célèbre restant la reine Hortense (1783-1837), compositrice de ce qui deviendra un hymne bonapartiste, Partant pour la Syrie ou Le beau Dunois. Parmi les compositeurs masculins, Jean-Pierre Garat (1762-1823) et Charles-Henri Plantade (1764-1839) connurent de grands succès.
At the beginning of the 19th century, when public concerts were few and far between, music was played essentially in salons, where alongside the art of conversation and gaming, it formed the central element of middle and high ranking sociability. The salons of the members of the imperial family, the empress Josephine, the queen Hortense, the emperor’s sisters and brothers, were amongst the most esteemed in French musical life. Unlike in Germany, France preferred theatre and opera to purely instrumental music, and the romance genre provided lyric theatre with an opportunity to enter the drawing room and thus became a sort of chamber opera. The romance emerged towards the middle of the 18th century and was immediately exceedingly popular in parallel with all things Mediaeval, a fashion which came to be known in the visual arts ‘Troubadour’ style. This poetico-musical schema was imposed upon the simple structure of the popular song, composed in verses, sometimes alternating with a refrain. Romances did not just evoke the historical and heroic past, however. They also took love and tenderness as their themes. As pieces they were simple, both in words and melodic line, in their marriage of poetry and music, and many composers of romances were women, the most famous of all being the queen Hortense (1783-1837), composer of what was to become the Bonapartist call sign, Partant pour la Syrie ou Le beau Dunois. Amongst the male composers of romances, Jean-Pierre Garat (1762-1823) and Charles-Henri Plantade (1764-1839) were two of the most successful.
PLAN DE L'ARTICLE
- I - La musique dans les salons
- II - La romance avant Napoléon
- III - La romance sous l’Empire
- IV - Un art de la simplicité
- V - Compositrices de romances
- VI - Les spécialistes de la romance
- VII - La romance après l’ère napoléonienne
- VIII - La romance sous la Monarchie de Juillet
POUR CITER CET ARTICLE
Laure Schnapper « Chanter la romance », Napoleonica. La Revue 1/2010 (N° 7), p. 3-20.
URL : www.cairn.info/revue-napoleonica-la-revue-2010-1-page-3.htm.
DOI : 10.3917/napo.101.0003.







