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Napoleonica. La Revue

2010/2 (N° 8)



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Première partie

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On ne peut étudier le sort des prisonniers français en Grande-Bretagne pendant les guerres de l’Empire sans aborder la question des pontons. Ce mot est synonyme de système carcéral inhumain, inventé par la « perfide Albion » pour châtier ses ennemis préférés, c’est-à-dire les Français. Toutefois, malgré leur importance, les pontons ne constituent pas l’intégralité du dispositif et ne sont pas une exclusivité britannique.

I - Les pontons, système carcéral dont les Britanniques n’ont pas l’exclusivité

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L’ouvrage de Louis Garneray, Mes pontons, édité au milieu du XIXe siècle, quarante-cinq ans après la libération de son auteur, a contribué fortement à donner des pontons une image telle que les Britanniques ont été considérés comme des maîtres tortionnaires [1]  Garneray, peintre de marine et compagnon de Surcouf... [1] . Un autre ouvrage, écrit par le maréchal de camp Pillet sur l’Angleterre, pays où il avait vécu comme prisonnier, a véhiculé lui aussi une image très noire des pontons [2]  L’Angleterre vue à Londres et dans ses provinces, pendant... [2] . Peut-être les pontons britanniques ont-ils pâti de la mauvaise réputation des pontons espagnols de l’île de Cabrera et de ceux de Cadix, où furent incarcérés des soldats français après la capitulation de Baylen.

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On ne peut passer sous silence que les conditions faites aux prisonniers britanniques dans les divers lieux de détention en France n’avaient rien de sinécures [3]  SHM (Service historique de la Marine) carton FF2-22_D13 :... [3] . Les pontons étaient utilisés en France pendant la Révolution et même sous l’Empire, à en juger par cette lettre que Napoléon écrit le 22 février 1814 à Clarke : « Faites connaître à l’amiral Ganteaume que la 8e division est l’un des pays les plus sûrs de France, et qu’il n’y a aucun inconvénient à y envoyer des prisonniers ; qu’au pis-aller on les mettrait sur des pontons et on les surveillerait sévèrement [4]  La « 8e division » est la division militaire dont le... [4] . »

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La question des pontons, en France, semble être de haute politique. Decrès ayant demandé le 10 janvier 1814 par une « dépêche secrète » une étude de faisabilité à certains préfets maritimes, celui de Rochefort répond dès le 14 au ministre : « Je vais vous soumettre mes réflexions, Monseigneur, sur la possibilité et les inconvénients ou de faire une prison de la caserne Martron, ou de désarmer de vieux vaisseaux pour les installer en pontons. » Il joint à sa lettre une note technique sur « l’installation et l’organisation d’un vaisseau de 74, destiné à servir de ponton pour les prisonniers de guerre » [5]  SHM carton FF2-22_E1 et E2 ; sont sollicités le 10... [5] . Dans une lettre du 19 janvier 1814, Clarke, ministre de la Guerre, informe le ministre de la Marine que l’Empereur, sollicité pour autoriser l’incarcération de nouveaux prisonniers sur des pontons, a répondu qu’on pouvait y loger les Autrichiens, les Prussiens et les Russes mais pas… les Anglais. Clarke avoue implicitement que la vie est particulièrement rude sur les pontons français : « Je ne crois pas indispensable de demander à votre excellence de faire disposer des pontons et je ferai tout ce qu’il me sera possible pour éviter l’emploi de ce moyen… » Decrès indique dans une apostille : « lui répondre que je ne puis disposer des pontons que sur un ordre que me donnerait l’Empereur » [6]  SHM carton FF2-22_E5, lettre à en-tête du ministère... [6] .

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Le ponton n’est donc pas une spécialité britannique.

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Pendant la période napoléonienne, le mot ponton, en anglais « hulk » recouvre plusieurs acceptions : « lazaretto » (hôpital de quarantaine, isolation de malades), « powder hulk » (stockage de poudre), « sheer hulk » (pontons à mâter), « receiving ships » (pour prisonniers en transit) et enfin les « prison ships » ou prisons flottantes, que l’on désigne habituellement sous le nom de pontons. Sous l’Empire, le mot ponton n’a pas, dans le langage courant, le sens de prison flottante. Depuis la 1re édition de 1694, il figure dans le Dictionnaire de l’Académie avec le sens de pont flottant ou d’ouvrage servant au radoub des navires ou au nettoyage des ports. Ce n’est qu’en 1835, dans sa 6e version et donc très tardivement, que le Dictionnaire introduit une définition supplémentaire du mot ponton :

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« Il se dit aussi de vieux vaisseaux rasés, qui servent à plusieurs usages dans les ports. On renferma les prisonniers dans un ponton. »

À la fin des hostilités, les Britanniques administrent une cinquantaine de pontons, essentiellement sur la côte sud, à Plymouth et Portsmouth, et sur le fleuve Mersey à Chatham, localité du Kent située à 50 km à l’est de Londres. Dans cette ville, les « prison ships » sont au nombre de treize pendant la période napoléonienne. Pour la moitié, il s’agit de navires hollandais dont l’un porte le nom de Vryheid, incongruité pour une prison car ce mot signifie Liberté en vieil hollandais [7]  Le Vryheid a pour particularité d’avoir été le vaisseau... [7]  ! Parmi les navires construits en Angleterre figure le Brunswick, vaisseau de 74 canons, autrement dit un deux-ponts, qui naviguera 1790 à 1812, année où il sera recyclé en ponton. Les archives de la Marine contiennent un très intéressant dessin de format approximatif A3, réalisé par l’un des officiers français détenus sur le Brunswick, intitulé « Vue de l’intérieur de la batterie d’un ponton, avec les hamacs tendus d’après les dimensions et les emplacements assignés aux prisonniers » dont nous présentons une copie en annexe [8]  Service historique de la Défense, Archives centrales... [8] .

II - Les critères d’affectation : lieux d’hébergement et qualité des prisonniers

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Une confusion semble perdurer : l’assimilation des pensionnaires des pontons, résidences carcérales de bord de mer, aux prisonniers faits au cours des combats entre navires de guerre britanniques et français. L’analyse des archives de la Marine montre que d’une part les prisonniers des pontons ne sont pas uniquement issus de la marine de guerre et encore moins des rangs des officiers de marine : on y trouve aussi des marins de commerce, mais également des soldats de l’armée de terre faits prisonniers en Espagne, et même les passagers de bâtiments pris aux Français par la marine britannique. D’autre part, l’incarcération sur les pontons n’est pas la seule voie utilisée par les Britanniques pour surveiller leurs prisonniers. À terre, ils ont le choix entre les prisons et l’assignation à résidence, qui est un régime de semi-liberté. Le lieu de la capture ou l’arme d’appartenance des prisonniers ne détermine pas le régime de coercition : le grade est le premier critère, étant entendu que des exceptions ou des aménagements au régime standard peuvent ensuite intervenir.

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Dans le cas le plus favorable, les officiers peuvent être renvoyés chez eux, après avoir signé sur l’honneur une déclaration selon laquelle ils s’engagent à ne pas porter les armes contre Sa Majesté Britannique une fois rentrés en France. Mais le plus souvent les officiers bénéficient en Grande-Bretagne du régime du cautionnement. Dans ce cas, ils sont astreints à résidence dans une ville déterminée, dite parole town [9]  Ce système n’est pas une exclusivité britannique, car... [9] et ne peuvent s’éloigner de plus d’un mile du centre ville. Pour leur subsistance, l’administration du Transport Office leur verse un petit pécule.

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La vie est plus ou moins facile pour les officiers dans les parole towns. Il leur faut parfois affronter l’hostilité de la population, mais la plupart exercent rapidement un métier leur permettant d’améliorer l’ordinaire : ils donnent des cours de langues, ouvrent un restaurant ou même s’établissent comme médecin ou chirurgien, n’hésitant pas à pratiquer des tarifs attractifs, qui les font accuser de concurrence déloyale par leurs confrères britanniques.

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Certains officiers réussissent à se faire accepter par les personnalités locales, sont reçus dans les familles nobles, peuvent même contracter mariage, à tel point que le gouvernement de Londres finit par voir la chose d’un mauvais œil. C’est ainsi qu’on peut lire dans le Moniteur du 24 mars 1812, reprenant un article de The Courrier du 17 mars 1812, un extrait de lettre émanant d’un ecclésiastique anglais sollicité par un prisonnier français sur la validité de tels mariages mixtes :

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« Je suis chargé, par les commissaires du bureau des Transports […] de vous faire savoir que, d’après les lois de France, “tout mariage contracté en Angleterre par un prisonnier français est nul et de nul effet” ; et je suis aussi chargé d’ajouter qu’il serait fort à désirer que l’on empêchât, autant que possible, ces sortes de mariages. »

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Cette information interpelle le chef du bureau des prisonniers au ministère de la Marine qui, croyant bien faire, adresse le 27 juillet 1812 à son ministre Decrès un rapport précisant que :

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« Le ministre de la Guerre frappé de cet article a requis qu’on en demande l’explication en lui faisant savoir que cette assertion est erronée, que les lois françaises ne défendent point les mariages entre les prisonniers anglais et les Françaises, quand ils sont légalement contractés, et que journellement il approuve les mariages que les officiers français ont contracté en Angleterre [10]  SHM carton FF2-8_c3. Le code civil se suffit à lui... [10] . »

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Le rapport ajoute que les mariages mixtes sont réglementés par l’article 170 du code civil. Un projet de lettre pour le gouvernement de Londres accompagne le rapport. Malheureusement, Decrès ne suit pas le projet, le renvoyant avec l’apostille : « rejeté ; écrire dans tout autre sens, il n’y a ni besoin ni convenance de s’occuper de cela ; voyez la minute de la lettre au ministre de la Guerre (après ce mot ce n’est plus l’écriture de Decrès) sous la date du 27 juillet 1812 » [11]  SHM carton FF2-8_c3. Une autre apostille portée sur... [11] .

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Quoi qu’il en soit, le régime ordinaire de détention pour les officiers est l’assignation à résidence dans une parole town. L’incarcération sur un ponton est cependant possible, d’une part pour les officiers en instance d’affectation dans une parole town : c’est le cas du général Cambronne, qui après Waterloo demeure quelques heures à Portsmouth sur un ponton, avant d’être dirigé vers Ashburton, ville de cautionnement dans le Devon ; d’autre part, peuvent être punis de la peine des pontons les officiers qui ont failli à leurs obligations d’assignation à résidence, ou, pire, tenté de s’évader. Le Transport Office peut aussi diriger les officiers récalcitrants vers d’autres centres de détention fermés, autrement dit les prisons à terre. Quel que soit le lieu d’incarcération, les officiers partagent complètement le sort des autres prisonniers.

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Les soldats, les sous-officiers et les officiers mariniers (cette appellation désignant les sous-officiers, dans la Marine) sont ordinairement incarcérés soit dans des prisons situées à terre, soit sur des pontons dans les villes de bord de mer. Dans les deux cas, la vie est très difficile et très minces les chances de s’évader. Mais là encore il existe des exceptions à ce régime : certains officiers mariniers peuvent bénéficier du régime du cautionnement dans les mêmes conditions que les officiers ; nous reviendrons en détail sur cette particularité.

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La fin des hostilités entraîne des mesures importantes pour la libération des prisonniers. Un arrêté du gouvernement provisoire du 13 avril 1814 dispose « que tous les prisonniers de guerre retenus en France seront de suite rendus à leurs puissances respectives » [12]  SHM carton FF2-17_f28 ; signataires de l’arrêté : Talleyrand,... [12] . Les ministres plénipotentiaires des pays concernés sont invités à garantir la réciprocité à la France. Talleyrand sollicite Malouet, le ministre de la Marine, par une lettre du 3 juin 1814 :

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« Monsieur le Baron,

J’ai l’honneur de vous adresser un exemplaire du traité définitif de paix conclu entre la France et les puissances alliées.

Les articles 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15 et le premier article additionnel me paraissent être ceux à l’exécution desquels le concours de Votre Excellence sera nécessaire. Les sept premiers se rapportent à la restitution que nous fait l’Angleterre de nos colonies, pêcheries, comptoirs et établissements, il appartient naturellement à Votre Excellence de faire les dispositions convenables pour les recevoir, c’est-à-dire de nommer des commissaires et de leur donner des instructions et de fixer l’époque de leur départ, de manière à ce que la remise puisse être faite dans les termes stipulés par l’article 14.

Vous jugerez sans doute nécessaire de donner par la suite aux gouverneurs de nos établissements dans l’Inde des instructions propres à assurer l’exécution de l’article 12 en ce qu’il a rapport aux fortifications et au nombre des troupes que nous y tiendrons.

Quant au 2e article additionnel qui se rapporte à la liquidation des dépenses pour l’entretien des prisonniers, comme ces prisonniers se composent de militaires et de marins, Votre Excellence jugera sans doute convenable de s’entendre avec le ministre de la Guerre pour la présentation au roi des commissaires qui doivent être nommés [13]  SHM carton FF2-17_f29. [13] . »

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Talleyrand est un peu en retard, car quelques jours plus tôt, le 9 mai 1814 les membres de la commission, sous la conduite de son secrétaire général Charles Picault et de MM. de Sercey et de La Boulaye, sont à Londres, dotés d’un pécule de 6000 francs [14]  SHM carton FF2-23_b1 ; le marquis Pierre de Sercey... [14] . Ils sont très bien accueillis par la cour de Saint-James et ils résident au n° 6 de Manchester Street. Au fur et à mesure qu’ils ont vent de leur arrivée, nombreux sont les officiers français qui adressent aux commissaires une lettre d’adhésion au gouvernement des Bourbons [15]  Cf. par exemple SHM carton FF2-23_b8, b10, b12, b13,... [15] . La collaboration est parfaite entre les commissaires et le Transport Office. C’est ainsi que par une lettre du 16 mai 1814 Sercey et La Boulaye informent le ministre Malouet d’un plan de libération, consistant à classer par ordre d’intérêt les différents centres de détention : « Nous avions cru que nous devions demander d’abord l’élargissement de ceux qui ont manifesté les meilleures dispositions et passer ensuite successivement du médiocre au mauvais et au pire. » Mais les commissaires vont encore plus loin, profitant des circonstances pour mettre un peu d’ordre parmi les prisonniers : « Du reste, nous avons instamment prié messieurs les commissaires du Transport Office de ne pas hésiter à retenir dans chaque endroit les mauvaises têtes et tous ceux qui leur sont notamment connus pour exercer sur leurs camarades une influence dangereuse [16]  SHM carton FF2-23_b5, « propositions sur l’ordre de... [16] . » On comprend l’empressement des officiers français à faire parvenir aux commissaires un serment d’allégeance à ce que l’on appelle alors « le nouvel ordre des choses ».

À l’issue de cette présentation, on peut constater que les prisonniers français en Grande-Bretagne ne sont pas tous détenus sur des pontons. C’est pourtant la question des pontons qui a été privilégiée dans l’abondante littérature consacrée aux conditions de vie des Français emprisonnés par les Britanniques au cours des guerres de l’Empire. Le principal défaut des ouvrages du XIXe siècle – qui ont été repris au siècle suivant – est de mettre en avant l’approche sociologique ou anecdotique sans prendre appui sur une base statistique. C’est pourquoi, pour donner un éclairage moins subjectif, nous proposons d’étudier la question des prisonniers faits par les Britanniques en prenant pour appui les documents chiffrés conservés aux archives centrales de la Marine à Vincennes, car ils forment un ensemble cohérent [17]  Nous avons conscience qu’il faudrait confronter ces... [17] .

III - Analyse des donnees chiffrees

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L’analyse des archives de Vincennes a été conduite de manière à :

  • déterminer le nombre de prisonniers pendant la période 1803-1814, leur origine et leur répartition dans l’espace et dans le temps ;

  • vérifier l’idée répandue selon laquelle les conditions de vie inhumaines des prisonniers, notamment à bord des pontons, généraient des taux de mortalité élevés.

Pour mener à bien l’exploitation des données chiffrées, nous avons cherché dans un premier temps à en vérifier la fiabilité. Nous avons ensuite construit une série de tableaux et d’indicateurs présentant de manière synthétique les éléments recueillis. Enfin, nous avons approfondi l’étude des données à partir d’une analyse différentielle, portant notamment sur la répartition spatio-temporelle des prisonniers et leur mortalité.

A - La fiabilité des données

i - L’exploitation des données par le ministère de la Marine

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La qualité première des documents chiffrés disponibles à Vincennes est d’avoir été établis le plus souvent à partir des données fournies par les autorités britanniques (le Transport Office) et d’avoir été validés par les autorités françaises (le ministère de la Marine). Leur seconde qualité est que, la plupart du temps, ils sont fondés sur des listes nominatives établies soit par l’administration britannique, soit par les services français du ministère de la Marine [18]  Les données ayant permis l’établissement des tableaux... [18] .

a - Champ de l’étude et sources

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Nous avons étudié la situation des prisonniers français pris par les Britanniques soit en Europe soit outre-mer au cours de la période mai 1803 / mai 1814, dite « période des hostilités » ; les prisonniers faits pendant les Cent-Jours, notamment ceux de Waterloo, sont hors champ en raison d’un manque de données. Les prisonniers répertoriés sont en premier lieu des militaires de l’armée de terre, des marins appartenant à la marine de guerre (appelée également marine d’État) ; ils peuvent aussi relever des autres marines, équipages des corsaires et marine marchande ; ce peuvent être enfin des civils attachés au service de militaires ou même de simples passagers pris sur des navires.

Toutes les données disponibles n’ont pas été exploitées. Ont été retenues celles permettant de faire des comparaisons dans l’espace et dans le temps ; les données intermédiaires, à cause de leur hétérogénéité, ont été laissées de côté. De même, la volonté d’exploiter uniquement des données homogènes a nécessité de regrouper les données chiffrées de certains centres de détention, géographiquement proches, car un même centre peut être désigné sous des noms différents, selon les états statistiques.

b - Principes de calcul

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Nous avons rencontré quelques difficultés pour exploiter les données disponibles :

  • des erreurs de calcul, qu’il a été le plus souvent possible de corriger par recoupement entre les documents présentant des données agrégées et ceux contenant des chiffres détaillés ;

  • dans certains cas, les services du ministère, ne disposant pas de données suffisamment fines, se sont contentés de calculer les résultats en utilisant la compensation, technique d’ajustement très contestable. Nous avons appliqué un principe bien connu de ceux qui pratiquent la révision comptable : tout montant global ne pouvant être justifié en détail doit être considéré comme suspect. Le corollaire de ce principe est que tout montant calculé par compensation de deux ou plusieurs autres montants doit être a priori rejeté ; lorsque nous n’avons eu d’autre solution que de retenir des valeurs non explicitées dans le détail, nous l’avons indiqué et nous les avons utilisées avec la prudence requise.

Fort heureusement, les lacunes décelées dans certains documents n’autorisent pas à remettre en cause la fiabilité d’ensemble des données disponibles. On aurait pu supposer que les statistiques de la Marine étaient entachées de biais, par sous-évaluation, car Napoléon était prompt à minimiser ses pertes. Mais ces données proviennent de sources britanniques, contrôlées de très près par les services français pendant environ sept ans. On aurait pu penser aussi que la commission française nommée à la Restauration aurait eu intérêt à grossir les chiffres établis précédemment par le ministère de la Marine, pour discréditer le régime impérial. Or cette commission, qui s’est rendue à Londres, a corroboré les chiffres établis par l’administration napoléonienne et par l’administration britannique dans la période précédente. C’est ainsi qu’une note non signée, établie le 10 juin 1814, souligne que « d’après la situation fournie par la commission française, il existait en Angleterre, au moment de son arrivée, un total de 65 731 prisonniers français », nombre comparable à celui figurant sur les états statistiques que nous avons dépouillés [19]  SHM carton FF2-8_r18. [19] . Enfin et surtout, un décompte établi le 12 juillet 1815 vient entériner les calculs effectués plus d’un an auparavant, au moment de la première Restauration [20]  SHM carton FF2-8_r15. [20] .

ii. Les méthodes de l’administration britannique

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La fiabilité des données disponibles à Vincennes peut être attestée à partir de deux exemples qui montrent que le gouvernement de Londres attache la plus grande importance à la rigueur de l’enregistrement de tout ce qui concerne les prisonniers, même après leur mort.

a - Le suivi des effets personnels des prisonniers décédés

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Le Transport Office tient avec une extrême méticulosité la comptabilité des biens des prisonniers morts. Dès la constatation du décès, les autorités françaises sont systématiquement informées, et dans le détail, des objets et de l’argent appartenant au défunt. C’est ainsi que les archives contiennent une liste nominative curieusement intitulée « sacs de prisonniers morts » : il ne s’agit pas de cadavres entassés dans des sacs, mais de l’inventaire détaillé de sacs appartenant à des prisonniers décédés.

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Quel qu’en soit l’objet, chaque état précise l’identité et le grade des prisonniers décédés, la date et le lieu de capture. En outre les biens des défunts sont détaillés quantitativement et qualitativement : même la nature des tissus (laine, coton) ou du métal (or, argent) est indiquée. On trouve ainsi dans la succession du colonel Guillaume Méant « un vieux mouchoir rouge en soie », « un vieux parasol », « des plumes d’autruche », « une boîte en bois avec une petite quantité de poudre d’or », « un livre de prières », « un petit anneau d’or » [21]  SHM carton FF2-8_v, pièces diverses. [21] . Nombreux sont les dossiers agrémentés d’inventaires « à la Prévert » dont le degré de précision ne manque pas d’étonner, qu’il s’agisse d’objets ou de sommes d’argent.

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Ce qu’écrit H.P. Tozer, responsable du Transport Office à Oswestry le 11 avril 1812, à son homologue français, illustre la pratique des autorités britanniques [22]  Copie et traduction d’époque, SHM carton FF2-8_u7 ;... [22] :

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« Je vous ai envoyé la liste d’un prisonnier décédé le 8 courant. J’ai pris possession du peu d’effets qui lui appartenaient dont je vous ferai passer l’inventaire aussitôt que je l’aurai fait signer par deux de ses camarades, il ne se compose que d’effets de peu de valeur. On m’a fait entendre qu’il avait quelques effets de valeur, mais les autres prisonniers ont pris soin de s’en emparer je crois même avant son décès et je n’ai pu fixer positivement les coupables [23]  La traduction, par les autorités françaises, de took... [23] . »

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Le 2 mai suivant, le même Tozer élimine le soupçon de vol :

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« Je suis informé que les effets appartenant au défunt dont les autres prisonniers se sont emparés consistaient en argent, une montre, et le meilleur de sa garde-robe, je ne puis au juste désigner celui qui en a pris possession car ils nient tous le fait, cependant d’après le dire de plusieurs prisonniers, j’ai tout lieu de croire que c’est M. Le Netrel, capitaine de frégate, qui s’est chargé de les remettre à la famille de M. Fagoste [24]  La traduction de which has been taken possession of... [24] . »

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On voit bien que l’administration britannique est irréprochable quant au suivi des biens des prisonniers : non seulement elle met un point d’honneur à tenir une comptabilité parfaite, mais elle est même capable de diligenter une enquête pour connaître le sort réservé à des effets de peu de valeur (a few old clothes of little or no value, comme l’écrit Tozer). De la même veine est la lettre du 17 octobre 1809 du Transport Office qui écrit au ministère français de la Marine :

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« Vous trouverez ci-inclus un état de l’argent et des effets en dépôt dans ce bureau, appartenant à des Français prisonniers de guerre, qui sont morts dans ce pays, et nous vous prions de nous informer de quelle manière le gouvernement français désire que l’on dispose de cet argent ainsi que des effets [25]  SHM carton FF2-8_t3. [25] . »

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De tels scrupules honorent l’administration britannique : ce n’est pas la valeur des objets ou l’importance des liquidités qui sont prises en considération, car la restitution de ce qui appartenait à un prisonnier décédé est avant tout une question de principe.

b - La gestion des successions

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Il est un autre domaine où l’administration britannique fait des merveilles : la gestion des successions. C’est ainsi qu’elle tient à jour, tant que dure leur apurement, les listes des sommes d’argent et des vêtements laissés par des prisonniers décédés, les listes de prisonniers décédés dont les fonds ont été versés à des créanciers, ou remis à des mandataires, ou consignés au Transport Office, les états du produit de la vente de biens appartenant aux prisonniers décédés ; on trouve même des listes de prisonniers dont les vêtements ont été renvoyés en France. Ainsi, avec l’administration britannique, rien ne se perd !

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Un autre exemple montre que la gestion des successions met en œuvre des techniques sophistiquées : les compensations. Un rapport au ministre de la Marine du 2 juillet 1810 [26]  SHM carton FF2-8_t4. [26] propose de faire venir d’Angleterre une somme de 235 £, soit 5543 F, provenant des successions de deux prisonniers français (Folliet et Méant, ce dernier cité plus haut) décédés en Angleterre le 17 octobre 1809, dont l’administration britannique a réussi à établir la liste des héritiers [27]  SHM carton FF2-8_v, pièces diverses. [27] . À titre de réciprocité, le Trésorier général des invalides de la Marine doit remettre au Transport Office la somme de 1411 F provenant des successions des prisonniers britanniques morts en France, qui ont fait l’objet d’une consignation.

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Un compte de compensation est établi, une fois vendus les effets appartenant aux défunts, et les célèbres banquiers Perregaux et Lafitte sont chargés des opérations de transferts de fonds à destination de Londres. Effectivement, les deux banquiers font rapport le 5 novembre 1810 au ministre de la Marine [28]  SHM carton FF2-8_t5. [28]  : les effets n’ont pas encore été vendus, mais la somme de 235 £ a bien été encaissée par Thomas Coutt & Cie, leur correspondant dans la capitale britannique ; toutefois, elle ne représente plus que 4467 F « au taux actuel de 19 F » : décidément très réalistes, les banquiers proposent de déduire du compte 330 F au titre de sommes dues par… le consul de France à Philadelphie ! Heureusement, l’administration française refuse, « le produit des successions des prisonniers ne pouvant être morcelé ni chargé de dépenses qui lui sont étrangères ». Rivière, chef du bureau des prisonniers au ministère de la Marine, propose à Decrès de faire verser intégralement la somme de 4467 F dans la caisse du Trésorier général des invalides ; le ministre de la Marine approuve [29]  SHM carton FF2-8_t6. Anne Charles François Rivière... [29] .

En conclusion, on peut estimer que le sérieux avec lequel l’administration britannique suit la comptabilité des biens des prisonniers, même morts, est un gage de fiabilité de l’ensemble des données chiffrées disponibles aux archives de la Marine. Les sources statistiques qui n’émanent pas directement du Transport Office proviennent des documents établis directement par le ministère français de la Marine. En outre, la nature et le nombre des correspondances échangées entre les deux administrations, française et britannique, montre qu’il n’est pas de « petits prisonniers » : tous méritent la même attention.

B - Approche statistique globale

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Les informations disponibles permettent tout d’abord de calculer le nombre de prisonniers français détenus par les Britanniques entre le 22 mai 1803 et 30 mai 1814, quelle que soit la durée de la détention et quel qu’en soit le lieu. Ces deux dates bornent la période qui commence après la rupture de la paix d’Amiens, et qui se termine une fois signé le premier traité de Paris.

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Les données chiffrées permettent également de déterminer le nombre de prisonniers libérés lors de la paix de 1814, et de connaître les divers modes de libération mis en œuvre par la Britanniques pendant la période des hostilités.

i - Nombre de prisonniers

a - Ensemble de la période 1803-1814, nombre total de prisonniers

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Le volume global de prisonniers, pour la période qui s’étend de mai 1803 à mai 1814, est de l’ordre de 130 000. Aucun chiffre supérieur n’apparaît sur les documents disponibles aux archives de la Marine, mais ces documents présentent des répartitions différentes et peuvent même diverger pour certaines rubriques, soit entre eux, soit par rapport aux données britanniques. C’est ainsi que certains prisonniers, dont le ministère de la Marine a constaté le retour en France, ne figurent pas sur les listes établies par le Transport Office. De même la situation est confuse en ce qui concerne les prisonniers français faits outre-mer par les Britanniques. Enfin une rubrique fourre-tout, calculée par différence, recense « les individus qui n’étaient pas sujets de la France ou qui ont été renvoyés directement dans leur patrie, ou d’individus qui ont pris du service pour l’Angleterre ».

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Nous présentons ci-dessous un premier tableau établi à partir des différentes sources consultées, faisant apparaître les rubriques communes et les divergences [30]  SHM cartons FF2-8, pièces diverses et FF2-17, pièces... [30] .

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Il existe plusieurs zones d’ombre, à cause de l’imprécision de certaines données.

Nombre de prisonniers aux colonies et nombre de ceux qui « ne figurent pas sur les listes anglaises »
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– Bien qu’il figure sur plusieurs tableaux des archives et dans chaque colonne du tableau 1 ci-dessus, le nombre de 7099 « individus renvoyés dans les colonies françaises » (en fait les prisonniers capturés par les Britanniques dans les colonies françaises puis renvoyés en France) figurant aux rubriques 2 et 14 du tableau 1 ne peut être retenu ; il correspond à une évaluation ponctuelle faite en 1810, qui ne concerne que quelques colonies, et de surcroît ce total devrait être égal à 8099 (Île de France : 2901, Guadeloupe : 4193, Martinique : 1005) et non à 7099 [31]  Erreur de totalisation reproduite dans SHM cartons... [31] ).

44

– Des différences entre les données britanniques et françaises sont inévitables, mais explicables. Il en est ainsi des ressortissants français faits prisonniers outre-mer lorsqu’un traité de capitulation les autorise à regagner la France sans transiter par un port britannique. Dans ce cas, le ministère français comptabilise comme « prisonniers revenus en France » des individus qui ne sont pas considérés comme tels par le Transport Office : par exemple, le traité de Tamatave conclu après la capitulation de la frégate La Néréide, prévoit, d’une part que les officiers, marins et soldats pris par les Britanniques seront envoyés dès que possible à l’île Maurice, puis en France sans être considérés comme prisonniers de guerre, et d’autre part que les blessés seront soignés sur place et renvoyés en France une fois rétablis [32]  SHM carton FF2-17_g25 ; ni la version anglaise ni la... [32] .

Comment dès lors calculer le nombre exact des prisonniers capturés aux colonies ? Tout d’abord, il faut préciser que le mot « colonies » s’applique aussi bien aux colonies françaises qu’aux colonies anglaises. Nous disposons de deux sources différentes, dont aucune ne précise la période considérée ; la première est un « État numérique des personnels militaires français composant les garnisons des colonies françaises qui ont été conduits en Angleterre [et] de là renvoyés en France », présentant un total de 12 653 prisonniers ; la seconde est un « État numérique des personnels de guerre français rentrés en France sans avoir été compris dans les listes fournies par le gouvernement anglais ; cet état a été relevé sur les listes des parlementaires qui les ont débarqués en France » [33]  Ces deux états sont référencés respectivement sous... [33] , pour un total de 15 870 prisonniers. Ces documents ont permis d’établir les tableaux 2 et 3 ci-dessous, regroupant les données par grandes catégories et notamment par zone géographique.

45

Un second état établi par les services de la Marine couvre un domaine plus large : il correspond aux prisonniers ne figurant pas sur les listes anglaises (tableau 1, rubrique 11).

46

Une première comparaison des tableaux 2 et 3 montre que les rubriques présentées ne sont pas homogènes, notamment parce que toutes celles du tableau 2 se réfèrent uniquement à des critères géographiques, alors que les bases du tableau 3 concernent soit des lieux soit des périodes de prises. Certains chiffres figurent en détail dans les deux tableaux, ou peuvent être reconstitués après regroupement, représentant au total 2622 prisonniers.

47

Au nombre des différences, une rubrique relative aux prisonniers capturés en Méditerranée figure dans le tableau 3 mais pas dans le tableau 2. Finalement, le nombre de prisonniers « colonies » selon le tableau 3 n’est que de 8663 (somme des colonnes 1, 2 et 3) soit 3529 + 4764 + 370) contre 12 653 selon le tableau 2 (colonne « Total »). Un examen plus attentif montre que la différence de 3990 prisonniers entre les tableaux 2 et 3 (soit 12 653 – 8663) correspond exactement au nombre de prisonniers « divers territoires » (tableau 3), que l’on devrait alors rattacher au contingent des prisonniers « colonies ».

48

Une incertitude subsiste, car sur ces 3990 prisonniers, les 157 de Puebla de Sanabria ne viennent pas des colonies (sauf dans le cas où une localité des Antilles porterait aussi ce nom). Sous cette réserve, nous considérons que le total des prisonniers revenus des colonies est de 12 653. En revanche, il n’est pas possible, faute d’éléments tangibles, de répartir et encore moins d’analyser selon des critères géographiques les rubriques du tableau 3 qui classent les prisonniers selon des critères chronologiques.

49

Nous disposons par ailleurs du nombre de décès des prisonniers dans les colonies, soit 2428 [34]  SHM carton FF2-17_f8 « état numérique des prisonniers... [34] , ce qui permet de conclure que le total des prisonniers français capturés par les armées britanniques aux colonies est de 15 081 (2428 morts + 12 653 libérés).

Prisonniers n’ayant pas la nationalité française, ou restés en Grande-Bretagne en 1814
50

Le total des prisonniers étant de 129 769 et celui des colonies de 15 081 on en déduit le nombre des prisonniers « Europe » : 114 688. Le détail est connu pour 109 057 d’entre eux ; il en résulte que les « individus n’étant pas ou plus sujets de la France ou qui ont pris du service en Angleterre à la paix générale » ne sont pas au nombre de 11 185, comme l’estime le ministère de la Marine (tableau 1, rubrique 12) en retranchant du total des 129 769 prisonniers les 118 584 figurant sur les listes nominatives établies par le Transport office (tableau 1, rubrique 10). Tous les documents disponibles aux archives de la Marine confirmant que le total des prisonniers est de 129 769, il est clair que le ministère a procédé par déduction en fixant à 11 185 le nombre de prisonniers n’étant pas des ressortissants français ou qui sont volontairement restés en territoire britannique à la fin des hostilités.

51

Si donc le nombre de prisonniers, vivants ou morts est de 109 057 pour le groupe « Europe » et de 15 081 pour le groupe « colonies », le total général des prisonniers est de 124 138. On en déduit que le nombre de prisonniers renvoyés directement chez eux en 1814 parce qu’ils n’avaient pas la nationalité française, ou demeurés en Grande-Bretagne, est de 5 631 seulement (129 769 – 124 138), soit environ la moitié du nombre estimé par le ministère de la Marine ; les prisonniers non rentrés ne représentent plus alors que 4 % du total des prisonniers. Le tableau 1 doit donc être révisé comme suit :

Répartition des prisonniers, toutes origines confondues
52

Une approche plus fine permet de distinguer les prisonniers selon leur devenir [35]  Pour les rubriques 1 à 10, « dont Europe » ; SHM carton... [35]  :

53

Les prisonniers peuvent être répartis en trois groupes, d’importance numérique inégale :

  • ceux revenus en France, au nombre de 111 000 environ, soit 7 prisonniers sur 8 ; 70 000 d’entre eux sont encore en détention au moment de la paix générale et donc moins d’un prisonnier sur trois est libéré de 1803 à 1814 (rubrique 6 du tableau 5 ci-dessus), mais certains le sont sans aucune contrepartie (rubriques 1, 4 et 5). Ceux qui regagnent la France en toute discrétion, autrement dit les évadés, sont rares : en ne déplorant que 675 évasions réussies (rubriques 7 et 8) soit 0,5 % du total des prisonniers, les Britanniques ont de bonnes raisons d’être satisfaits de leur système de surveillance ;

  • les prisonniers morts en captivité, environ 13 000 (rubrique 12), ne représentent que 10% du total général; la question de la mortalité sera examinée en détail plus loin ;

  • enfin, les prisonniers considérés comme n’étant pas des sujets français, ou demeurés en Grande-Bretagne au moment de la paix de 1814, représentant un peu plus de 4 % du total. Ces deux catégories de prisonniers sont hétérogènes, car comme nous l’avons souligné plus haut, elles ont été agrégées par les comptables du ministère français de la Marine pour constituer une variable d’ajustement. Parmi les Français demeurés en Grande-Bretagne, on peut supposer que beaucoup sont des officiers qui, grâce au système des cautionnements, ont pu s’intégrer dans la société anglaise ou écossaise, allant même jusqu’à fonder une famille.

Les statistiques relatives à la répartition des prisonniers selon leur devenir (colonies comprises) détaillées au tableau 1 sont synthétisées au graphique 1 ci-dessous :

Graphique 1 - Prisonniers français de la Grande-Bretagne, 1803-1814, répartition selon leur destinéeGraphique 1
Nombre de prisonniers en Europe libérés à la paix de 1814
54

Il est possible de construire avec des données homogènes un tableau décrivant, selon l’arme d’appartenance et grade par grade, la situation des prisonniers détenus par les Britanniques en Europe, et qui sont revenus en France, d’une part pendant l’ensemble de la période 1803-1814 et d’autre part en 1814 au moment de la paix générale. Ces données, détaillées en annexe 3 sont synthétisées dans les deux tableaux 6 et 7 ci-dessous :

55

Les libérations en cours de période sont peu nombreuses, puisqu’elles ne représentent que 28,5 % de l’ensemble des libérations. On peut en déduire que les durées de détention sont plutôt longues, particulièrement avant 1809 car c’est à cette époque seulement que des comptes de compensation commencent à être établis pour permettre des échanges de prisonniers.

56

– Il est facile de comprendre pourquoi le taux de libération des « divers » (passagers et douaniers) en cours de période est élevé : plus de 82 %, soit environ 4/5 sont libérés. Mais rien n’explique a priori pourquoi, tous grades confondus, les durées de détention des prisonniers appartenant à l’armée de terre sont beaucoup plus longues (1 prisonnier libéré pour 5 détenus) que pour ceux relevant de la marine de guerre (près de 1 sur 3) [36]  Cf. détail par arme et grade en annexe 3. [36] . La situation de la marine marchande et des corsaires est encore plus favorable. Globalement, les effectifs des trois marines représentent un peu plus de 45 % des prisonniers de la période, mais près de 55 % des prisonniers libérés avant la fin des hostilités sont des marins. De même, le taux de libération en cours de période est supérieur à 34 % pour l’ensemble des marines (9027 + 6340 / 28 533 +16 169), alors qu’il n’atteint pas 21 % pour l’armée de terre (10 754 / 51 400).

D’autres écarts importants apparaissent, lorsque l’on considère le grade des prisonniers.

57

– Le tableau 7 montre un traitement inégal selon le grade. Mieux vaut être officier, puisque près de la moitié d’entre eux sont libérés au cours de la période : un officier (rubrique 1) a presque une chance sur deux de revenir en France, alors que les sans-grades ont moins d’une chance sur quatre (rubrique 3). Mais même parmi ces derniers, de fortes discriminations existent :

58

La marine est mieux traitée que l’armée de terre. Alors que pour la rubrique soldats et marins, au tableau 7, le taux global de libération est un peu supérieur à 24 %, le taux homologue est de 35,2 % pour les matelots de la marine marchande et de 25,4 % pour ceux de la marine de guerre, mais il n’est que de 18,4 % pour les soldats de l’armée de terre. C’est de loin le taux le plus bas observé, et comme les soldats constituent une part importante de l’effectif des prisonniers (40 438 sur 98 409 soit 42 %) leur nombre influe de manière mécanique sur le taux observé pour l’ensemble des prisonniers et encore plus sur celui des prisonniers de l’armée de terre, dont les soldats constituent l’essentiel des effectifs (40 438 sur 51 400, soit 79 %).

59

– Les inégalités de traitement existent aussi entre officiers selon qu’ils relèvent de la marine de guerre ou de l’armée de terre.

Bien sûr il serait imprudent de tirer de conclusions pour les officiers généraux selon leur arme d’origine, car les effectifs en cause sont de quelques unités seulement, et même pour les officiers supérieurs, dont le total est de quelques dizaines [37]  Les officiers supérieurs sont ceux du grade de capitaine... [37] . C’est pourquoi, afin de permettre des comparaisons à partir de grandeurs suffisamment importantes, nous avons constitué deux agrégats qui regroupent, par arme, d’une part les officiers généraux et les officiers supérieurs, d’autre part les officiers subalternes [38]  Relèvent de cette catégorie les grades de lieutenant... [38] .

60

Le tableau 8 ci-dessus montre quelques disparités entre les officiers, toujours au bénéfice de la marine :

  • une affectation dans la marine ouvre de bien meilleures perspectives de libération que dans l’armée de terre, alors que rien, a priori, ne justifie un traitement plus favorable pour les marins : plus de la moitié des officiers de marine sont libérés au cours de la période des hostilités (près de 53 %), contre un bon tiers pour les officiers de l’armée de terre (près de 37 %) ;

  • les chances de libération augmentent avec la situation hiérarchique, quelle que soit l’arme d’appartenance : dans la marine de guerre près de 52 % des officiers subalternes sont libérés avant la paix générale contre 34 % dans l’armée de terre ; pour les officiers supérieurs et les officiers généraux la différence est moindre, mais c’est encore la marine qui est favorisée (64,5 % de libérations, contre 62,4 % pour l’armée de terre) ;

  • les écarts entre groupes d’officiers sont beaucoup plus importants dans l’armée de terre que dans la marine : dans l’armée de terre, la proportion d’officiers généraux ou supérieurs libérés est près de deux fois celle des officiers subalternes (62,4 % contre 34,2 %) alors que dans la marine, les valeurs homologues sont moins éloignées (64,5 % contre 51,9 %).

ii. Modes de libération pendant la période des hostilités

61

Au moment de la paix générale de 1814, 40 002 prisonniers, soit un peu plus de 30 % des effectifs de la période 1803-1814, sont déjà libérés par suite d’une décision britannique, dont près de la moitié (45,6 %) sans contrepartie directe ; s’y ajoutent 662 évadés, soit un total de 40 677 libérations.

62

Les modes de libération mis en œuvre par l’administration britannique sont multiples : échanges de prisonniers, renvois sur parole, renvois de prisonniers invalides et même renvois sans conditions.

a - Les échanges de prisonniers : les comptes de compensation

63

Plusieurs négociations d’envergure interviennent chaque année de 1809 à 1813. Elles sont matérialisées par un « compte de compensation entre prisonniers respectivement renvoyés sur parole et sous condition d’échange » [39]  SHM carton FF2-8_o, pièces diverses et r8, note mentionnant... [39] . Toutes les catégories de prisonniers peuvent être prises en compte au titre des compensations. On établit même la balance des prisonniers évadés, en ayant soin de distinguer les officiers et les autres, car le décompte doit être établi « non en masse mais par grade » [40]  SHM carton FF2-8_o14 et 15. [40] . Chaque compte concerne plusieurs centaines ou milliers de prisonniers, le total pour la période 1813-1814 étant de 14 626 (cf. tableau 2).

64

Les négociations sont difficiles, si l’on en juge par les délais nécessaires pour parvenir à un accord : pour les cinq comptes de compensation des années 1809 à 1813 un délai moyen de près de quatre mois s’écoule entre la notification du compte par la partie française (ministère de la Marine, 5e division, bureau des prisonniers, longtemps dirigé par Rivière) et son adoption par la partie britannique (Transport Office), une navette étant nécessaire puisque chaque administration fait des contre-propositions. [41]  SHM carton FF2-8_r8 ; un document daté du 5 juillet... [41]

b - Les « renvoyés sur parole »

65

Cette catégorie, soit 7150 prisonniers, ne se confond pas avec celle des prisonniers bénéficiant du régime du cautionnement dans les parole towns. Il s’agit ici des prisonniers (officiers) qui peuvent revenir en France après avoir signé une déclaration sur l’honneur de ne point porter les armes contre la Grande-Bretagne ou ses alliés pendant la durée nécessaire à la libération, par échange, d’un prisonnier de guerre britannique détenu par la France. Le prisonnier français s’engage à revenir, pour le cas où l’échange n’interviendrait pas dans le délai fixé par les autorités britanniques [42]  Voici à titre d’exemple (SHM, CC7 alpha cote 501) un... [42] . En outre, afin d’éviter toute erreur d’interprétation de la part du prisonnier, l’imprimé de libération conditionnelle comporte au verso une formule en français :

66

Le système de libération conditionnelle est antérieur aux guerres napoléoniennes. Il implique la présence à Paris d’un agent accrédité officiellement auprès des autorités françaises pour les échanges de prisonniers. C’est ainsi qu’en 1796, les Britanniques avaient délégué auprès du Directoire Henry Swinburne, homme de lettres et grand voyageur [43]  Henry Swinburne (1752-1803) est connu pour avoir mis... [43] .

c - Les renvoyés pour cause d’invalidité

67

Les Britanniques savent à l’occasion faire preuve d’humanité. Au nombre de 12 787, les invalides (dying state) représentent près de 10 % de l’effectif total des prisonniers [44]  Pour les comparaisons cf. tableau 5 ; une précision... [44] . La procédure de renvoi pour cause d’invalidité n’est pas rare, car il existe un imprimé ad hoc, à en-tête des “Commissioners for conducting His Majesty Transport Service for taking care of sick and wounded seamen, and for the care and custody of prisoners of war” [45]  Commissaires chargés du service des transports de Sa... [45] . Le maréchal de camp Pillet conteste fortement l’attitude des autorités britanniques, qui selon lui n’ont aucun scrupule à qualifier d’invalides des prisonniers qui sont en état de mort imminente :

« Chaque année l’administration renvoie une certaine quantité d’hommes, qu’elle qualifie d’invalides, et l’amirauté anglaise se glorifie de cette conduite, comme d’un acte d’humanité ; elle est le résultat de la perversité la plus machiavélique, la plus infâme […] Ce n’étaient pas des vieillards dont l’âge a épuisé les forces, ou des soldats mutilés dans les combats, ou cruellement estropiés par le sort de la guerre que le cabinet de Londres rendait à leur patrie et à la liberté ; c’étaient des jeunes gens, tous d’une constitution originairement robuste ; des hommes dans la force de l’âge, mourant de la poitrine, assassinés par le régime des prisons, et renvoyés au dernier stade de la maladie. On tue les hommes en état de servir, puis on les renvoie en France, afin qu’ils y meurent tout à fait ; plusieurs de ces infortunées victimes sont mortes dans le passage [46]  Pillet, op. cit. p. 475, mais aucune information chiffrée... [46] . »

Bien entendu, sans aller jusqu’à soupçonner les autorités britanniques de « fabriquer » des invalides, comme les en accuse Pillet, on peut refuser de conférer le caractère de mesure humanitaire à la procédure de renvoi des invalides. Mais il faut aussi considérer objectivement que les Britanniques n’ont aucun intérêt à attendre que les prisonniers français soient à l’article de la mort pour les renvoyer chez eux. D’une part leur retour en France entraîne ipso facto une économie pour le Transport Office. D’autre part, des militaires diminués voire inaptes à reprendre le service armé ne présentent plus de danger pour les armées britanniques.

d - Les renvoyés sans condition

68

Un tel motif ne manque pas de surprendre, d’autant qu’il concerne 4788 prisonniers. En fait le comportement de l’administration britannique n’est pas inspiré par la seule philanthropie.

69

En premier lieu, par cet acte souverain, le gouvernement britannique récompense les prisonniers dont l’attitude a servi ses intérêts à un moment donné. À titre d’exemple, on peut citer la décision du 1er septembre 1812, par laquelle les commissaires du Transport Office ordonnent de mettre immédiatement en liberté deux prisonniers français « en conséquence de leur conduite très méritoire […] à l’occasion d’un incendie très alarmant qui se déclara à Dumfries dans la nuit du 25 juillet dernier… » Le certificat de libération prévoit que les autorités britanniques se chargeront de conduire les heureux élus à Portsmouth pour y être embarqués sur le premier parlementaire en partance pour la France [47]  Paul Ransen et Jean-Baptiste Chapelain, chirurgiens... [47] .

70

En second lieu, le gouvernement britannique, en prenant de telles décisions, attend des contreparties. Ainsi, par exemple, des correspondances d’octobre et novembre 1812 montrent que le Transport Office, bien informé, a adressé au ministre de la Marine une requête visant à la libération du capitaine Hunter Blair, « en considération des services rendus par cet officier anglais dans un incendie qui a éclaté à Verdun » [48]  SHM carton FF2-8_p3, 4 et 5. [48] .

On peut résumer ainsi les résultats détaillés figurant au tableau 5 :

Notes

[1]

Garneray, peintre de marine et compagnon de Surcouf est l’auteur de Mes pontons, neuf années de captivité, Paris, Excelsior, 1933, et de Voyages de Garneray, dont la seconde partie est intitulée « Les pontons anglais », Paris, Gustave Barba, s.d. Il n’est pas inutile de souligner que le genre littéraire de ces deux ouvrages est le roman.

[2]

L’Angleterre vue à Londres et dans ses provinces, pendant un séjour de dix années dont six comme prisonnier de guerre, par le maréchal de camp Pillet, Paris, Alexis Eymery, 1822. La préface de cet essai est intitulée « Épître dédicatoire à mes compagnons de souffrance, les prisonniers de guerre, en Angleterre » ; le système carcéral y est décrit pages 436 à 493.

[3]

SHM (Service historique de la Marine) carton FF2-22_D13 : copie d’une pétition publiée dans L’Alfred (The Alfred, journal londonien), adressée par des prisonniers détenus au dépôt d’Auxonne « À Sa majesté George III, roi du Royaume Uni de la Grande Bretagne et de l’Irlande » ; la France y est élégamment présentée comme « le pays dont personne ne revient ».

[4]

La « 8e division » est la division militaire dont le chef-lieu est Marseille ; SHM BB8-2723, fol. 452.

[5]

SHM carton FF2-22_E1 et E2 ; sont sollicités le 10 janvier 1814 les préfets maritimes de Brest, Lorient et Rochefort ; la réponse du 14 est faite par le capitaine de vaisseau Bonnefoux, préfet de la 5e région maritime à Rochefort (la caserne Martron abrite aujourd’hui le service historique de la marine).

[6]

SHM carton FF2-22_E5, lettre à en-tête du ministère de la Guerre, 5e division, bureau des prisonniers de guerre.

[7]

Le Vryheid a pour particularité d’avoir été le vaisseau amiral de Jean-Guillaume De Winter (1761-1812) d’origine hollandaise mais qui entra au service de la France ; il fut pris par les Britanniques le 11 octobre 1797 et demeura prisonnier jusqu’à son échange, le 18 octobre 1799.

[8]

Service historique de la Défense, Archives centrales de la Marine à Vincennes, série FF2 – prises et prisonniers de guerre ; carton FF2-8_d2 ; toutes les archives citées plus loin et référencées « SHM carton FF2… » proviennent de ce même fonds.

[9]

Ce système n’est pas une exclusivité britannique, car il existe également en France à la même époque.

[10]

SHM carton FF2-8_c3. Le code civil se suffit à lui même, dans la mesure où il dispose (art. 170) que « le mariage contracté en pays étranger entre Français et entre Français et étrangers, sera valable s’il a été célébré dans les formes usitées dans le pays, pourvu qu’il ait été précédé des publications prescrites par l’article 63, au titre des actes d’état civil, et que le Français n’ait point contrevenu aux dispositions contenues au chapitre précédent ».

[11]

SHM carton FF2-8_c3. Une autre apostille portée sur le rapport par le bureau des prisonniers nous apprend que « le ministre n’ayant pas adopté les conclusions de ce rapport a dicté lui-même une lettre au ministre de la Guerre dans laquelle il détaille les motifs pour lesquels il croit n’avoir pas à se mêler de ces objets ». Les archives (SHM carton FF2-8_c7) ne contiennent pas de copie de la lettre du 27 juillet au ministre de la Guerre, mais une copie de réponse de Clarke nous apprend que le ministre de la Marine, « par lettre du 27 juillet [] certifie que la législation anglaise est conforme à celle de l’Empire français sur le mariage des prisonniers de guerre et elle me déclare qu’elle regarde comme inutile de faire expliquer le Transport Office sur un article inséré dans les journaux anglais et qui m’a fait craindre que cette commission n’eût émis l’opinion que ces mariages pourraient être annulés ».

[12]

SHM carton FF2-17_f28 ; signataires de l’arrêté : Talleyrand, le duc de Dalberg, François de Jaucourt, le général de Beurnonville et l’abbé de Montesquiou ; publié dans les Annales maritimes et coloniales, Paris, Imprimerie royale, 1818.

[13]

SHM carton FF2-17_f29.

[14]

SHM carton FF2-23_b1 ; le marquis Pierre de Sercey (1753-1836) vice-amiral, est le président de la commission ; le vicomte Jean-Baptiste du Buisson de La Boulaye (1781-1856) est commissaire de la Marine et secrétaire général de la Maison du roi.

[15]

Cf. par exemple SHM carton FF2-23_b8, b10, b12, b13, b14 et b15

[16]

SHM carton FF2-23_b5, « propositions sur l’ordre de libération des prisonniers » et b28 « liste des prisonniers suspects de mauvais esprit ».

[17]

Nous avons conscience qu’il faudrait confronter ces documents aux sources homologues pouvant exister dans les archives britanniques et dans d’autres archives officielles françaises, s’il en existe ; dans l’immédiat, notre objectif se borne à dire quel est « l’état de la science » selon les sources disponibles aux archives de la Marine à Vincennes.

[18]

Les données ayant permis l’établissement des tableaux de synthèse présentés ici proviennent essentiellement des documents du Service historique de la Marine (SHM) cartons FF2-8, FF2-17 et FF2-22.

[19]

SHM carton FF2-8_r18.

[20]

SHM carton FF2-8_r15.

[21]

SHM carton FF2-8_v, pièces diverses.

[22]

Copie et traduction d’époque, SHM carton FF2-8_u7 ; Oswestry est un centre de cautionnement à la frontière du pays de Galles.

[23]

La traduction, par les autorités françaises, de took care to secure par s’en emparer est contestable, to secure signifiant simplement mettre à l’abri.

[24]

La traduction de which has been taken possession of by the others prisoners par dont les autres prisonniers se sont emparés est également contestable ; cela veut simplement dire ont pris. L’officier concerné est Jacques Gabriel Le Nétrel (1766-1831) pris le 12 décembre 1809 dans l’Anse Deshayes (Guadeloupe) après deux heures de combat contre cinq navires britanniques, alors qu’il commande le brick Le Nisus. Ses états de service mentionnent son retour d’Angleterre au 1er mai 1814 (SHD, Archives centrales de la Marine à Vincennes, série CC7 dossiers individuels des personnels, sous-série alpha, cote 1527).

[25]

SHM carton FF2-8_t3.

[26]

SHM carton FF2-8_t4.

[27]

SHM carton FF2-8_v, pièces diverses.

[28]

SHM carton FF2-8_t5.

[29]

SHM carton FF2-8_t6. Anne Charles François Rivière (1751-1837) prend sa retraite en 1817, alors qu’il est intendant des armées navales.

[30]

SHM cartons FF2-8, pièces diverses et FF2-17, pièces diverses.

[31]

Erreur de totalisation reproduite dans SHM cartons FF2-17_f18, f19, f20, f22, f24 et f25.

[32]

SHM carton FF2-17_g25 ; ni la version anglaise ni la version française du traité ne portent de date, mais la remise de La Néréide, frégate de 44, a lieu le 25 mai 1811 lors de la capitulation de Tamatave.

[33]

Ces deux états sont référencés respectivement sous les cotes SHM carton FF2-17_f17 et FF2-17_f3.

[34]

SHM carton FF2-17_f8 « état numérique des prisonniers français morts en Angleterre et dans les colonies anglaises depuis le commencement des hostilités jusqu’à ce jour ».

[35]

Pour les rubriques 1 à 10, « dont Europe » ; SHM carton FF2-17_f7.

[36]

Cf. détail par arme et grade en annexe 3.

[37]

Les officiers supérieurs sont ceux du grade de capitaine de vaisseau ou de capitaine de frégate pour la marine, et du grade d’adjudant commandant, colonel, major ou lieutenant-colonel pour l’armée de terre.

[38]

Relèvent de cette catégorie les grades de lieutenant de vaisseau, enseigne de vaisseau et aspirant pour la marine, et les grades de capitaine, lieutenant et sous-lieutenant pour l’armée de terre ; volontairement, nous n’avons pas fait figurer dans le tableau les « officiers d’artillerie », « officiers d’administration » et « officiers de santé » (cf. détail en annexe 3) car ces catégories n’ont pas de contour bien défini : elles peuvent concerner des officiers supérieurs et des officiers subalternes ; de la même manière, nous n’avons pas pris en compte les officiers de la marine marchande et les officiers de corsaires, rassemblés dans les documents d’archives sous le vocable imprécis « officiers de commandement ».

[39]

SHM carton FF2-8_o, pièces diverses et r8, note mentionnant que le 5e compte « n’a pas encore été adopté ».

[40]

SHM carton FF2-8_o14 et 15.

[41]

SHM carton FF2-8_r8 ; un document daté du 5 juillet 1813 donne comme date d’adoption « 8 juin 1812 », mais des correspondances ultérieures montrent que les négociations ont continué en juillet ; le dernier document de 1812 est un « extrait du compte du Transport Office adressé le 10 septembre 1812 » (SHM carton FF2-8_o34). La comparaison entre les différents comptes n’est pas possible, à cause du manque d’homogénéité des données. Le détail intégral (nationalité des prisonniers, catégories, sexe) avec tableau de synthèse final, n’est disponible que pour les comptes 1 et 3. À l’opposé, pour obtenir le même niveau de détail avec le compte 2, il faudrait reprendre les centaines de conventions existantes, chacune concernant de un à plusieurs dizaines de prisonniers.

[42]

Voici à titre d’exemple (SHM, CC7 alpha cote 501) un extrait du certificat de libération conditionnelle du capitaine de frégate Louis-Marie Clément, prisonnier en Angleterre du 21 ventôse 4 au 6 messidor 5 (15 mois 16 jours), puis du 4 pluviôse 6 au 28 nivôse 7 (11 mois 20 jours). Le 7 juin 1797, celui-ci, alors sous cautionnement à Petersfield, à une quinzaine de kilometres au nord de Portsmouth, est autorisé à rentrer en France, pour une durée maximale de 2 mois : « […] leave to return to France, upon my entering into un Engagement not to serve against Great-Britain, or any of the Powers in Alliance with that Kingdom [….] and upon my also engaging, that should I not be able to effect such Exchange before the expiration two months from this Date, I shall immediately thereafter return to England, and surrender myself a Prisoner of War ».

[43]

Henry Swinburne (1752-1803) est connu pour avoir mis en exergue, dans ses écrits, son admiration pour la civilisation arabe notamment en Espagne. Il est envoyé à Paris en septembre 1796 pour négocier la libération du futur amiral William Sidney Smith, mais il échoue et est rappelé en Angleterre en décembre 1797. C’est Henry Winsburne qui, en tant que « the British Agent for the Exchange of Prisoners of War at Paris » signe le certificat de libération du capitaine de frégate Clément, cité plus haut.

[44]

Pour les comparaisons cf. tableau 5 ; une précision est donnée par SHM carton FF2-17_f9 : « les prisonniers de guerre français renvoyés d’Angleterre en France comme invalides sont au nombre de 12 787 suivant le relèvement qui a été fait sur la liste des parlementaires qui ont ramené les prisonniers jusqu’à la cessation des hostilités ». Une fois encore, le ministère de la Marine fonde son calcul sur des listes nominatives.

[45]

Commissaires chargés du service des transports de Sa Majesté, pour le soin des marins malades ou blessés, et préposés au soin et à la garde des prisonniers de guerre.

[46]

Pillet, op. cit. p. 475, mais aucune information chiffrée n’est produite à l’appui de ces affirmations ; nous verrons plus loin que le ministère de la Marine estime lui aussi que certains prisonniers renvoyés comme invalides doivent être comptés au nombre des morts.

[47]

Paul Ransen et Jean-Baptiste Chapelain, chirurgiens de l’armée pris en Espagne (SHM carton FF2-8_p1 et p2).

[48]

SHM carton FF2-8_p3, 4 et 5.

Résumé

Français

L’appréciation sévère portée généralement à l’égard des centres de détention britanniques, et spécialement des pontons, doit être nuancée, car l’analyse des données disponibles aux archives centrales de la Marine contredit bien des idées reçues. Certes, ces données ne répondent pas aux questions de nature qualitative : les prisonniers sont-ils ou non maltraités, existe-t-il une surmortalité directement imputable aux geôliers britanniques ? En revanche, elles permettent de répondre, dans bien des domaines, à la question « combien ? ». Après une première approche globale concernant l’évolution du nombre de prisonniers et les modes de libération, cette étude s’attache à rendre compte de la répartition spatio-temporelle des prisonniers (selon les modes de détention que représentent les prisons, les pontons et les parole towns), et de la mortalité de ces hommes, suivant leur lieu de détention et leur arme d’appartenance.

English

French historiography of the last two hundred years has presented the British detention centres of the First Empire period and especially the prison hulks, called “pontons” in French, as exceedingly harsh and inhumane. This study, based on documents from the French Navy central archives, shows that this judgement should be re-considered. Whilst it is true that the data discussed here does not allow a qualitative judgement (it does not reveal, for example, whether the prisoners were poorly treated or whether there was an exceptionally high mortality rate directly imputable to the British jailers), the documents do allow quantitative conclusions, in other words, in many respects we can give an answer to the question “How many?”. The article begins with a general view, noting the changes in the numbers of prisoners and the types of liberation, and then gives chronological and geographical details regarding the prisoners according to the method of detention, their mortality, and their service.

Plan de l'article

  1. Première partie
  2. Les pontons, système carcéral dont les Britanniques n’ont pas l’exclusivité
  3. Les critères d’affectation : lieux d’hébergement et qualité des prisonniers
  4. Analyse des donnees chiffrees
    1. La fiabilité des données
      1. L’exploitation des données par le ministère de la Marine
      2. ii. Les méthodes de l’administration britannique
    2. Approche statistique globale
      1. Nombre de prisonniers
      2. ii. Modes de libération pendant la période des hostilités

Pour citer cet article

Le Carvèse Patrick, « Les prisonniers français en Grande-Bretagne de 1803 à 1814 », Napoleonica. La Revue 2/ 2010 (N° 8), p. 3-3
URL : www.cairn.info/revue-napoleonica-la-revue-2010-2-page-3.htm.
DOI : 10.3917/napo.102.0003

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