Napoleonica. La Revue 2010/3
Napoleonica. La Revue
2010/3 (N°9)
160 pages
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DOI 10.3917/napo.103.0091
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ARTICLES PREMIER EMPIRE


Histoire de la littérature

Vous consultezLes provinces illyriennes et les croates dans La comédie humaine

AuteurEdi Milos[*] [*] Docteur de l’Université de Split, Faculté de Philosophie,...
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du même auteur



La présence française sur les rives orientales de l’Adriatique, de la mise en application du traité de Presbourg aux défaites napoléoniennes de 1813, représente un apogée dans les relations relativement anciennes entre les Croates et la France. La parenthèse des Provinces illyriennes, instaurées le 14 octobre 1809 dans le sillage du traité de Schönbrunn[1] [1] Sur les accords de Presbourg (26 décembre 1805) et de...
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, aura profondément marqué les esprits dans une aire culturelle écartelée jusqu’aux guerres révolutionnaires entre Venise, la Monarchie des Habsbourg et l’Empire ottoman. En France, le souvenir encore frais de cette expérience politique inédite, conjugué à la quête de couleur locale et au goût de l’exotisme, tous deux portés par le romantisme ambiant, entraînera une modeste vogue illyrienne et un emploi croissant du motif croate dans la littérature de la première moitié du XIXe siècle. Les Croates, couramment désignés sous divers sobriquets (Illyriens, Esclavons, Morlaques, Uscoques ou Haïdouks), infiltrent discrètement un certain nombre d’œuvres à succès, avec la complicité de leurs auteurs.

2 Déjà en 1788, Justine Wynne avait rédigé le roman Les Morlaques sous l’emprise du mythe du bon sauvage de Rousseau[2] [2] Rudolf Maixner, Charles Nodier et l’Illyrie, Didier, Paris,...
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. En 1807, Mme de Staël, dans Corinne ou L’Italie, fait dire à son personnage principal que la poésie dalmate ressemble à celle d’Ossian[3] [3] Germaine de Staël-Holstein, Corinne ou l’Italie, Gallimard,...
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. Dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem, Chateaubriand confie ses impressions sur l’Istrie et se souvient des « derniers coups de foudre sur les côtes de la Croatie »[4] [4] François de Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem,...
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. Charles Nodier se montre autrement plus prolixe. Il a séjourné de janvier à octobre 1813 à Ljubljana, alors capitale des Provinces illyriennes gouvernées par Joseph Fouché. Il y a dirigé la bibliothèque municipale et la rédaction du Télégraphe officiel dans lequel il a publié de nombreux travaux sur la région, son histoire, sa culture et les événements qui l’ont marquée, sans jamais toutefois s’éloigner de son lieu de résidence ni parcourir les contrées qui la composaient. Rentré à Paris dans les bagages des troupes napoléoniennes en débâcle, il continue à écrire des articles sur le sujet d’abord pour le Journal de l’Empire qui deviendra le Journal des Débats, puis ponctuellement dans divers périodiques littéraires et scientifiques jusqu’à sa mort[5] [5] Voir la liste de ses textes illyrisants dans R. Maixner,...
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. En 1818, il fait paraître anonymement Jean Sbogar relatant le drame de la jeune Antonia Alberti tombée à Venise sous le charme du mystérieux seigneur Lothario qui n’est autre que l’infâme brigand terrorisant les environs de Trieste et l’Istrie. En 1820, il échafaude Le Bey spalatin qu’il présente comme un chant traditionnel morlaque[6] [6] Voir ibid. , pp.  75-79. ...
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. Il rédige l’année suivante le conte fantastique Smarra, au titre ayant prétendument une origine dalmate et censé être une traduction d’un noble ragusain se faisant appeler Maxime Odin[7] [7] « L’ouvrage singulier dont j’offre la traduction au...
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, puis dans la même veine Mademoiselle de Marsan contenant aussi quelques évocations de l’Illyrie. En 1827, Prosper Mérimée commet sa fameuse mystification avec La Guzla, divulguée par Goethe en personne, puis récidive avec Le Ban de Croatie et Le Heyduque mourant[8] [8] Prosper Mérimée, La Guzla ou choix de poésies illyriques,...
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. Stendhal écrit en 1831 une nouvelle relatant les péripéties d’un commerçant juif de Zadar au sein d’un régiment de Croates[9] [9] Le Juif (texte publié en 1855). ...
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. Gérard de Nerval fait apparaître un portier « Uscoque »[10] [10] Alfred de Musset, Théâtre complet, Gallimard, Paris, 1968,...
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dans Barberine. Dans cette pièce, en outre, le baron hongrois Astolphe de Rosemberg, dans un accès de colère, traite la jeune suivante turque Kalékairi de « Croate » et de « Transylvaine »[11] [11] Ibid. , p.  470. ...
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. Il donnera par ailleurs dans son Voyage en Orient des descriptions laconiques de Raguse et de l’Illyrie qu’il n’a jamais vues[12] [12] Gérard de Nerval, Voyage en Orient, Gallimard, Paris, 1998,...
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. En 1838, George Sand offre au public Le Uscoque, dont seul le titre se réfère au monde croate, bien avant de soumettre à l’appréciation des lecteurs, au seuil du trépas, Le Beau Laurence, dont la trame se déroule en partie en Dalmatie[13] [13] M. Pavlović, op.  cit. , pp.  108-129. ...
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3 Honoré de Balzac n’aura pas été en reste. Son œuvre riche et foisonnante, disséquant les moindres replis de la société française, renferme incidemment des allusions au domaine croate[14] [14] Voir entre autres Rudolf Maixner, « Balzac et les Slaves...
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. Dans La Peau de chagrin, Raphaël de Valentin[15] [15] Sur les héros balzaciens, voir Fernand Lotte, Dictionnaire...
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se lamente auprès d’Émile Blondet sur ses complexes face aux jeunes Parisiens « bien frisés, jolis, pimpants, cravatés à désespérer toute la Croatie »[16] [16] Honoré de Balzac, Œuvres complètes, Club de l’honnête...
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. Dans Gambara, le comte milanais Andréa Marcosini propose au maître d’hôtel Giardini de s’établir dans « son château de Croatie »[17] [17] Balzac, réf. cit. , vol.  15, p.  86. ...
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. L’héroïne éponyme du roman Massimilla Doni, décrivant les mœurs vénitiennes à un spectateur français assis dans sa loge au théâtre de la Fenice, explique comment Vendramin est sous l’effet de l’opium capable de tous les exploits et même de « commander les Dalmates, conquérir la côte illyrienne à sa belle Venise »[18] [18] Balzac, réf. cit. , vol.  14, p.  415. ...
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4 Évidemment, la plupart des références aux Croates et à leurs terres disséminées dans La Comédie humaine restent liées à l’épisode napoléonien. Le mort-vivant colonel Chabert prétend à l’avoué Derville être passé par la Dalmatie lors de ses aventures militaires. Dans La Rabouilleuse, l’artiste Joseph Bridau se rappelle qu’un officier lui a raconté qu’il avait failli être lynché dans cette même région par « la populace en émoi »[19] [19] Balzac, réf. cit. , vol. 6, p.  68. ...
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. Les gouverneurs des Provinces illyriennes se voient parfois attribuer un rôle dans la distribution. Junot est cité dans La Cousine Bette ou Le Médecin de campagne, tandis que Fouché occupe une place de choix dans la galerie des héros balzaciens[20] [20] Jean Tulard, Joseph Fouché, Fayard, Paris, 1998, pp.  8-10 ;...
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. Dans Le Médecin de campagne encore, le grognard Goguelat narre l’épopée de l’Empereur achevée dans « les Ragusades qui commencent et les bonheurs qui finissent »[21] [21] Balzac, réf. cit. , vol. 13, pp.  168-169. ...
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, utilisant ainsi la déclinaison d’un terme forgé pour tourner en dérision la trahison de Marmont et tombé aujourd’hui dans les oubliettes de la lexicologie. Edmond Rostand en donnera une définition dans L’Aiglon par le truchement du duc de Reichstadt s’adressant au maréchal lui même : « Et voilà ! C’est le traître d’Essonnes ! / Et pour dire : trahir ! le peuple – tu frissonnes ! / Le peuple a fabriqué le verbe raguser ! »[22] [22] Acte II, scène 8. Edmond Rostand, L’Aiglon, Gallimard,...
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5 En 1842, Balzac publie dans La Législature le roman Le Danger des mystifications qui sera rebaptisé Un Début dans la vie. Dans ce texte, le comte de Sérizy, pair de France criblé de décorations, possède le domaine de Presles à l’Isle-Adam. Il escompte acheter les terres des Moulineaux appartenant à Margeron et exploitées par le père Léger. Il laisse son régisseur Moreau mener les opérations et celui-ci essaie de l’escroquer en aidant le père Léger à acquérir le bien convoité. Ayant eu vent de la manigance, le comte se rend incognito dans la région pour voir de quoi il en retourne et éventuellement démasquer les aigrefins. Le déroulement de l’affaire aboutit à la rencontre à Paris de ses parties prenantes. En effet, Sérizy et Léger s’assoient dans la même voiture, sans évidemment se reconnaître, pour aller à Presles. Ils sont rejoints par l’exubérant Georges Marest, le jeune Oscar Husson, les peintres Joseph Bridau et Léon de Lora dit Mistigris. Pendant le voyage, pour tuer l’ennui et s’épater les uns les autres, les protagonistes de ce mémorable huis-clos s’inventent des vies et des personnages, laissant libre cours à leur imagination débordante. Marest, le plus facétieux d’entre eux, ouvre le bal. Il se fait passer pour le petit-fils de « Czerni-Georges », fondateur de la dynastie des Karađorđević, qui a fait la guerre à la Porte et qui, malheureusement, « au lieu de l’enfoncer, s’est enfoncé lui-même[23] [23] Balzac, réf. cit. , vol. 6, p.  63. ...
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 ». Il prétend que son père est allé trouver refuge chez le consul français de Smyrne et qu’il est mort en 1792. Marest se prend donc pour son septième enfant, né après son décès. D’après son histoire, à la chronologie fantaisiste, sa mère s’est remariée au fournisseur M. Jung et s’est éteinte quelques années plus tard. Le fils imaginaire de Karageorges est resté seul au monde et sans le sou. Il s’est engagé comme simple soldat dans l’armée française et s’est illustré à Montereau où il a été promu sous-lieutenant et décoré par l’empereur en personne, avant de prendre part à la bataille de Waterloo. Une fois démobilisé, il a séjourné en Égypte puis en Grèce où il a offert ses services au pacha de Janina Ali de Tébélen en révolte contre le Padicha et où il s’est distingué par ses hauts faits militaires contre Chrosrew-pacha. Bien que son protecteur ait voulu en faire son héritier, et qu’il l’ait récompensé par « des diamants, dix mille thalaris, mille pièces d’or, une belle Grecque pour compagne, un petit Arnaute pour groom, et un cheval arabe », le Karađorđević de pacotille s’est enfui pour mettre sa fortune en sûreté. Intercepté par Chrosrew-Pacha lui-même mais sauvé de la mort par l’intervention de l’ambassadeur Rivière, il s’est embarqué pour l’Espagne, est devenu l’aide de camp de François Espos y Mina, en lutte contre son roi et le corps expéditionnaire français, et a obtenu le grade de colonel. Marest égrène ainsi imperturbablement le chapelet de ses exploits fictifs. Pour alimenter la conversation, Bridau prend le relais des affabulations. Il se présente comme le célèbre peintre Shinner et dit bien connaître la Dalmatie, « fourmillant de vieux pirates, forbans, corsaires retirés des affaires, quand ils n’ont pas été pendus »[24] [24] Ibid. , p.  71. ...
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. Il affirme qu’il a vécu à Zara (Zadar), « cette ville où l’on fait du marasquin »[25] [25] Ibid. ...
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, qu’il s’y est amouraché d’une femme grecque, nommée Zéna, « la plus belle de toute la Dalmatie, Illyrie, Adriatique »[26] [26] Ibid. , p.  73. ...
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, épouse d’un « affreux pirate » borgne et sans oreilles, « un Uscoque, un tricoque, un archicoque dans une bicoque »[27] [27] Ibid. ...
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, « jaloux – à l’en croire – non comme un Dalmate, car on dit des tigres qu’ils sont jaloux comme un Dalmate »[28] [28] Ibid. ...
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. Le faux Shinner raconte qu’il a réussi à déjouer la vigilance du « vieux gredin » et qu’il a pu conter fleurette à sa dulcinée. L’amourette clandestine s’est hélas terminée par un drame. La cauteleuse Zéna infusait de l’opium dans le grog de son tortionnaire pour desserrer son étau et jouir de moments de liberté. Forçant malencontreusement la dose, elle a provoqué sa mort. Le soi-disant Shinner a été accusé du crime, arrêté sous les hurlements de la foule en furie, puis acquitté après les aveux de la coupable. En réalité, Bridau et Marest sont tous deux attendus chez Sérizy qu’ils n’ont pas reconnu et découvrent penauds qu’ils se sont joués de leur hôte. Le premier a été envoyé pour finir les peintures d’ornements de son château, le second, clerc de notaire, est venu apporter l’acte de vente des Moulineaux. Sérizy, qui a dès le départ saisi la mascarade, les brocarde par des recommandations amusées : « Messieurs, dit le comte, je vous souhaite bonnes chances dans vos belles carrières. Raccommodez-vous avec le roi de France, monsieur le colonel, les Czerni-Georges ne doivent pas bouder les Bourbons. Je n’ai rien à vous pronostiquer, mon cher monsieur Shinner ; pour vous la gloire est toute venue, et vous l’avez noblement conquise par d’admirables travaux ; mais vous êtes tellement à craindre que moi, qui suis marié, je n’oserais pas vous en offrir à ma campagne[29] [29] Ibid. , p.  85. ...
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. » Au passage, il risquait d’autant moins d’être abusé par les fumisteries de Bridau qu’il est lui-même un ancien des Provinces illyriennes[30] [30] Sérizy signale d’ailleurs une mésaventure vécue par...
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6 En 1835, Balzac entame l’épure des Paysans. Publiée en partie en 1844, puis posthumément sous sa forme définitive mais non achevée en 1855[31] [31] Balzac, réf. cit, vol. 13, p.  477-478. ...
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, l’œuvre se révèle un réquisitoire cinglant contre les phénomènes sociaux charriés par la Révolution française et situe l’action dans la Bourgogne de la Restauration. À la fin du XVIIIe siècle, la cantatrice Sophie Laguerre s’installe dans son château des Aigues, près de Soulanges. Elle prend pour régisseur François Gaubertin qui exploite ses terres à son unique profit et qui s’enrichit outrageusement par diverses combinaisons frauduleuses. À la mort de sa bienfaitrice, celui-ci espère s’emparer de tous ses biens mais se voit pris de court par le comte de Montcornet qui parvient à acheter les Aigues en 1816. Général héroïque des guerres napoléoniennes, le comte n’entend pas suivre l’exemple de Melle Laguerre et tolérer les glaneurs, maraudeurs et braconniers qui dépouillent son domaine. Gaubertin s’agrippe un temps à son filon mais se voit congédier sans ménagement une fois ses friponneries découvertes. Il se fait alors l’agent général du commerce du bois dans le département et devient le maire de La Ville-aux-Faye. Armé d’une immense fortune, appuyé par un puissant réseau de relations, il s’évertue désormais à se venger de l’affront essuyé et à remettre la main sur le paradis perdu. Il mobilise la « médiocratie locale » qui tisse sa toile autour de Montcornet pour l’anéantir. Influencé par les sbires de Gaubertin agissant en sous-main, et notamment par Sibilet, infiltré aux Aigues, le comte prend des mesures drastiques pour mettre un terme aux rapines qui le ruinent et s’attire une myriade d’ennemis. Son personnel complice des dévastations est révoqué et remplacé par des hommes de confiance, parmi lesquels se distingue Michaud, qui livrent une guerre sans merci contre les larrons. Les paysans, habitués à vivre aux crochets de Mlle Laguerre, résistent par moult subterfuges permettant de contourner les interdictions et se font les alliés de Gaubertin. Parmi eux se signale Tonsard, propriétaire d’un cabaret aux portes des Aigues, le Grand-I-vert, abcès de fixation des intrigues contre le comte. Dans sa chaumière, véritable « nid de vipères », campe toute une famille vouée au vice telle une meute de loups prête à se jeter sur une brebis isolée. C’est le personnage de Jean-François Niseron, paysan fier et probe, qui sert de lien avec l’aire culturelle croate. Son fils Auguste a servi dans les Provinces illyriennes et s’est épris à Zadar d’une « fille de la Montagne », d’une Monténégrine répondant au doux nom de Zena Kropoli. Il est parvenu à emmener la jeune femme enceinte en France et de cette union est née à Vincennes Geneviève, le fruit de leurs amours. Zena a rendu l’âme pendant l’accouchement, tandis qu’Auguste s’est fait tuer quatre ans plus tard à Montereau. L’orpheline surnommée Péchina a été recueillie par son grand-père Jean-François, puis placée par les soins de Mme de Montcornet chez le valeureux garde-général Michaud. Balzac dresse un portrait minutieux de cette « petite sauvage », « produit bizarre du sang monténégrin et du sang bourguignon », « mélange harmonieux malgré tant de dissonances », « conçue et portée à travers les affres de la guerre ». Geneviève est « mince, fluette, brune comme une feuille de tabac ». Son visage au « teint de topaze, à la fois sombre et brillant », couronné par « un magnifique diadème de cheveux » « d’un noir bleuâtre », offre aux regards des yeux semblables à « deux étoiles ». Ses « naseaux chevalins et aplatis » dominent une « bouche fendue, accentuée par des sinuosités » qui donnent « aux lèvres de la ressemblance avec les bizarres torsions du corail ». Le dernier coup de pinceau apposé à ce tableau prédit tristement à la petite héroïne une fin tragique : « Aussi l’amour, comme on le conçoit dans les sables brûlants, dans les déserts, agitait-il ce cœur âgé de vingt ans, en dépit des treize ans de l’enfant du Monténégro, qui, semblable à cette cime neigeuse, ne devait jamais se parer des fleurs du printemps[32] [32] Ibid. , p.  656. ...
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. » Le roman étant resté inachevé, on ignore ce qui provoquera le décès de la jeune Niseron. La pauvre petite Geneviève, égarée par ses sentiments à l’endroit de son protecteur Michaud, éveille les désirs coupables de l’usurier Rigou et du fils Tonsard qui essaie même de profaner son innocence. Figure de la pureté angélique jetée dans un monde d’ignominies, elle devient à son corps défendant un enjeu des querelles ravageant les Aigues.

7 La question des sources de Balzac mérite d’être posée. De son temps, une pléthore d’ouvrages traitant des pays croates sont disponibles. Voyageurs, scientifiques, linguistes, historiens, folkloristes, slavisants, militaires et diplomates ont contribué à familiariser le public français avec l’Europe du Sud-Est[33] [33] Voir une liste non exhaustive dans Nicolas S. Pétrovitch,...
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. Bien qu’il n’ait pas manifesté de goût prononcé pour la géographie[34] [34] Sébastien Velut, « Savante ou sauvage : la géographie...
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, discipline encore en gestation à son époque, Balzac mentionne dans Les Employés Conrad Malte-Brun, auteur de plusieurs travaux traitant de la région[35] [35] Rudolf Maixner, « L’élément illyrien chez Honoré...
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. Par l’entremise de sa sœur Laure Surville, il a rencontré la duchesse d’Abrantès, veuve du malheureux et fantasque général Junot, en a fait sa maîtresse et a peut-être glané quelques renseignements sur l’oreiller[36] [36] Ibid. , p.  372. Sur les liens sentimentaux, la collaboration...
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. Il a probablement soutiré beaucoup d’informations au lieutenant-colonel Périolas, en poste en Dalmatie durant la période napoléonienne[37] [37] R. Maixner, « L’élément illyrien chez Honoré de Balzac »,...
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. Son amitié avec George Sand et surtout avec Nodier doit aussi être prise en considération, d’autant que les romans Jean Sbogar et Smarra sont cités dans Illusions perdues, le second étant également évoqué dans la première édition de La Peau de chagrin[38] [38] Pierre-Georges Castex, « Balzac et Charles Nodier »,...
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8 Balzac a dû également porter son attention vers les pays croates pour pouvoir exprimer ses vues sur l’évolution de la vie politique européenne. Fin 1835, accablé par les dettes, sans cesse talonné par les créanciers et vilipendé par la critique, il prend la décision d’acquérir un organe de presse pour en faire sa tribune. Avec le soutien de William Duckett et de l’éditeur Maximilien de Béthune, il reprend le bihebdomadaire légitimiste La Chronique de Paris, alors aux abois. Il s’entoure de Théophile Gautier, d’Alphonse Karr, de Gustave Planche, de Charles de Bernard, et fait collaborer Charles Nodier. Dès janvier 1836, la revue est relancée et Balzac y fera paraître plusieurs de ses compositions telles que La Messe de l’athée, L’Interdiction ou Facino Cane, tout en livrant régulièrement ses réflexions sur la situation internationale[39] [39] Voir ses articles pour la Chronique de Paris dans Balzac,...
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9 Les rapports de force dans les années 1830 en Europe se résument d’après Balzac à une guerre larvée entre l’Angleterre et la Russie. Les événements en Espagne, en Pologne, dans l’espace danubien et balkanique, comme en Asie centrale, sont la traduction des ambitions des deux camps, partout opposées, inconciliables et se chevauchant. La France, qui cherche à se déblayer une place dans le concert des nations, balance entre les possibilités d’alliances offertes par les ébranlements de l’ordre établi depuis le Congrès de Vienne. Quelques années plus tôt, en 1827, elle était intervenue aux côtés des Anglais pour bouter hors du Péloponnèse les Égyptiens venus soutenir Mahmoud II empêtré dans le bourbier grec. En 1830, elle a pris pied en Algérie et, quelques mois plus tard, ses navires ont croisé devant Smyrne pour pousser le Sultan à transiger avec Mehmet-Ali, alors en conflit avec son suzerain. Balzac perçoit les prémices et déjà la mise en œuvre d’une offensive d’envergure contre l’Angleterre organisée par Saint-Pétersbourg, épaulé en tous points par la Monarchie des Habsbourg et la Prusse, malgré les dissensions apparentes entre les trois États servant autant à se prémunir les uns des autres qu’à berner leurs adversaires. Il appelle de ses vœux un rapprochement avec le pays des tsars en passe d’imposer sa prééminence sur le Vieux Continent qui permettrait à la France de revenir sur le devant de la scène. Cette entente avec Nicolas Ier ne serait nullement inconditionnelle et serait soumise à un partage équitable des zones d’influence[40] [40] Ibid. , pp.  352, 396. ...
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. La mer Noire deviendrait « un lac russe », la Méditerranée « un lac français ». La France contraindrait son partenaire à assouplir ses liens avec Vienne et Berlin, et l’appuierait dans le règlement de la question belge. Paris et Saint-Pétersbourg s’érigeraient en principaux pôles de la politique européenne et se porteraient assistance en toutes occasions[41] [41] La France n’aurait au reste selon lui que des avantages...
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10 Balzac s’intéresse conséquemment de près aux convulsions en train en Europe centrale et dans les Balkans, surtout dans les « quatre principautés », la Grèce, la Valachie, la Moldavie et la Serbie, toutes destinées à tomber sous la domination du colosse slave. En Grèce, le « chapeau » bavarois placé sur le trône ne servirait qu’à y garder la place du tsar bien au chaud. L’écrivain demeure convaincu que la Russie et l’Autriche fomentent le dépeçage de l’Empire ottoman, tout en se prononçant officiellement pour sa survie, conformément aux traités en vigueur. Les deux puissances attiseraient les crises le gangrenant et, sous prétexte de le secourir, s’appliqueraient à le dépouiller de ses possessions[42] [42] Ibid. , pp.  340-341, 346, 357, 394. ...
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. Balzac voit la manifestation de cette conspiration dans l’ébullition généralisée qui atteint toute la zone et en premier lieu la Bosnie, « où toute autorité est méconnue », rongée par l’« anarchie », taraudée par les « troubles » préludant selon toute vraisemblance à une intervention extérieure sous la houlette de la Russie[43] [43] Ibid. , pp.  340, 343, 346, 394-395, 406-408. ...
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. Dans La Chronique de Paris qui périclite à l’été 1836, il annonce des bouleversements qui n’auront pas lieu, du moins de son vivant, et peut-être se laisse-t-il tromper par des apparences, par les manœuvres diplomatiques en cours et les pressions tactiques exercées de part et d’autre. Le Tourangeau continuera à admirer la Russie avec une naïveté excessive, malgré les désagréments que lui causera son administration lorsqu’il voudra épouser Mme Hanska, et confiera à sa dulcinée sa vision de l’avenir de l’Europe qui témoigne à nouveau de sa foi en la force potentielle du géant slave : « Dans dix ans, la carte de l’Europe sera refaite à cause de l’Orient. La Pologne sera prussienne, les bords du Rhin, français, les 4 principautés autrichiennes et russes, la mer Noire un lac russe, et le sort du monde se décidera dans la Méditerranée comme toujours[44] [44] Roger Pierrot (éd. ), Lettres à Madame Hanska, R.  Laffont,...
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. » En revanche, Balzac se révèle sceptique quant aux chances de succès du panslavisme. Dans sa Lettre sur Kiew, battant en brèche les spéculations du chercheur Cyprien Robert, il met l’accent sur l’impossibilité de réunir sous une même bannière des peuples que tout oppose hormis la parenté linguistique et livre un jugement qui, au passage, aurait pu servir d’avertissement aux Croates : « Or, l’union des Slaves en une vaste boule de neige qui roulerait sur le monde, est pour le moment un système aussi absurde que celui de la réunion des peuples de l’Allemagne. Les politiques du faubourg Saint-Marceau, qui rêvent des fédérations, ignorent, comme tous les faiseurs d’utopies français, les haines profondes qui séparent ces membres d’une même famille. Le Polonais et le Russe, le Russe et les Serbes, les Moldaves, sont aussi bons amis que les Français et les Autrichiens, que les Bavarois, et les gens de la rive gauche du Rhin, aussi bons amis que des Jansénistes et des Jésuites, des républicains et des dynastiques en France[45] [45] Balzac, réf. cit. , vol. 23, p.  546. ...
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. »

11 Balzac rend son dernier souffle à Paris le 18 août 1850, quelques mois seulement après avoir, enfin, convolé avec sa Polonaise. Lors de ses funérailles, Hugo, qui l’a accompagné presque jusqu’à ses derniers instants, prononce un éloge aux accents prophétiques en proclamant que le défunt entre le même jour « dans la gloire et dans le tombeau »[46] [46] Cité in A. Maurois, op.  cit. , p.  468. ...
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. Pourtant, son œuvre est loin d’avoir partout connu une fortune immédiate et fait champignonner les émules.

12 Au XIXe siècle, la littérature croate connaît une évolution particulière, atypique[47] [47] Sur l’histoire de la littérature croate du mouvement...
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. Les grands courants européens n’ont eu en Croatie qu’une influence partielle et imprécise. Longtemps y prévaut une littérature dialectale, morcelée et déclinante. L’unification et la normalisation de la langue ne commencent que dans les années 1830. Cette entreprise est prise en main par les inspirateurs du mouvement illyrien qui suscite une activité créatrice sans précédent au service de l’éveil national, mais qui ne parvient qu’à partir des années 1840 à enfanter une littérature de qualité, sinon libérée du carcan patriotique du moins marquée par des desseins esthétiques, des réflexions sur la spécificité et la personnalité littéraires croates. La création liée à cette période de renouveau national prête à discussion lorsqu’il s’agit de la situer dans le cadre des courants artistiques et littéraires européens. Elle a été qualifiée parfois de variante croate du romantisme, ou plutôt de préromantisme. Même si les influences anglaises, françaises et surtout allemandes y sont évidentes, elle ne peut en aucun cas se confondre avec les œuvres des écoles romantiques occidentales. Elle n’exprime pas un rejet du classicisme ; l’exaltation du moi, les accès de mélancolie et de sentimentalité en sont absents. Les Illyriens ne manifestent aucune volonté de rupture, ils se veulent les héritiers des poètes dalmates et ragusains de la Renaissance et s’inscrivent dans la continuité d’une littérature croate séculaire. Ils célèbrent l’idée d’union au détriment de celle de l’individu, souhaitent propager l’espoir et l’optimisme. Dans la première phase du mouvement, ils restent emplis du rationalisme des Lumières. L’apparition d’August Šenoa, dans les années soixante, laisse pressentir un tournant. Romancier, poète, dramaturge, critique, celui-ci emploie aussi son talent à une réflexion sur l’art littéraire. Il accepte l’héritage de l’illyrisme et ne remet pas en cause l’importance de l’élément patriotique, mais souhaite affranchir la littérature de l’exaltation d’un passé idéalisé, voire légendaire, de sa fonction avant tout utilitaire, et élargir son champ thématique vers l’étude de la réalité sociale et l’histoire proprement dite. Il préconise une recherche d’exactitude, une analyse des mœurs, du caractère, de la psychologie des personnages. Šenoa donne l’impulsion à une « orientation française »[48] [48] Consulter Drago Šimundža, Francuska književnost u “Viencu”,...
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de la production littéraire. Il encourage, par l’intermédiaire de la revue zagreboise Vienac, une pénétration considérable des œuvres françaises qui s’assurent rapidement une place privilégiée dans la vie culturelle croate. Il espère ainsi atténuer la domination culturelle allemande mais, surtout, estime que l’esprit français et son influence sont plus à même de favoriser le développement des belles-lettres croates. Ses successeurs s’attachent à sauvegarder une part d’idéalisme et d’optimisme patriotique dans leurs écrits. Ils cohabitent alors, et ferraillent, avec des auteurs qui ne se contentent pas de décrire avec minutie les phénomènes sociaux en train tels que le déclin de la noblesse ou la misère rurale, qui s’adonnent à une critique acerbe de l’environnement politique, n’hésitant pas à tremper leurs plumes dans le cyanure pour dénoncer la domination étrangère, mais surtout la corruption et la trahison des élites. Les positionnements sur l’échiquier politique des uns et des autres sont loin d’être étrangers à leurs divisions littéraires[49] [49] Mirjana Gross, Izvorno pravaštvo. Ideologija, agitacija,...
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13 Pour débroussailler la voie au réalisme, les écrivains croates cherchent des modèles parmi leurs confrères européens et français et puisent leur inspiration, souvent de façon inattendue, chez Victor Hugo, George Sand, Eugène Sue, plus tard chez Émile Zola et Alphonse Daudet. Balzac reste longtemps en marge, mis à l’écart, peut-être incompris. Craint-on ses audaces ? Lui reproche-t-on de propager une image du peuple et des paysans jugée avilissante et irrecevable ? Le terreau littéraire croate n’est-il tout simplement pas alors encore assez mûr pour l’accueillir[50] [50] Miloch Savkovitch, L’Influence du réalisme français...
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 ? Son influence tarde en tout cas à se faire sentir et ne devient tangible que pour préparer le terrain aux courants naturalistes[51] [51] M. Savkovitch, op.  cit. , pp.  194, 201-206. ...
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. On en trouve les premières traces chez Antun Nemčić et Janko Jurković[52] [52] Ibid. , pp.  58-70. ...
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qui s’approprie le thème de l’argent. Si quelques-uns de ses personnages s’apparentent à ceux du Colonel Chabert, des Paysans ou d’Eugénie Grandet, Šenoa refuse d’abandonner une part d’idéalisme dans ses écrits et reproche à Balzac son cynisme face à la décrépitude des mœurs[53] [53] Ibid. , pp.  253-267. ...
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. En revanche, Ksaver Šandor Đalski reconnaît sans ambages ce qu’il doit au maître français, emprunte ses conceptions sur les tourments de l’accouchement littéraire et reprend ses techniques pour décortiquer les classes composant la société qui l’entoure[54] [54] Ibid. , pp.  334-341, 351-359. ...
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14 À la fin du XIXe siècle, la prolifération et la diffusion des traductions d’auteurs européens permettent l’intromission en Croatie des idées nouvelles, des tendances qui essaiment dans le reste de l’Europe. Les jeunes écrivains s’attellent à extirper la littérature de son enclavement, s’insurgent contre l’utilitarisme littéraire et prônent la liberté de création, l’esthétisme, la pureté de l’art. Les pionniers de la Moderna croate se révoltent contre l’exaltation mielleuse et factice de la nation et se refusent à assigner à leurs écrits une quelconque mission politique et sociale. Ils sont loin certes d’ériger Balzac en figure tutélaire et de le ranger parmi leurs ascendants significatifs. Pourtant, force est de constater que leur irruption dans l’arène littéraire s’accompagne d’un regain d’intérêt pour le virtuose de la prose française[55] [55] Honoré de Balzac, Eugénie Grandet, Školska knjiga, Zagreb,...
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15 Longtemps, les œuvres du Tourangeau, et pas forcément les plus marquantes[56] [56] Ibid. ...
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, n’ont été accessibles qu’en français et plus encore en allemand et il aura fallu attendre 1887 pour pouvoir goûter sur les pages du quotidien Hrvatska son premier texte traduit en croate, en l’occurrence Eugénie Grandet[57] [57] Ibid.  ; M. Savkovitch, op.  cit. , pp.  203-204. ...
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. Suivent une petite dizaine de traductions jusqu’au début des années 1930. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que le rythme s’accélère et que des entreprises plus ambitieuses se font jour dans ce domaine. Enfin, en 1960 et 1961, les quatorze volumes de La Comédie humaine édités à Rijeka par la maison « Otokar Keršovani » envahissent les librairies et bibliothèques croates[58] [58] Balzac, Eugénie Grandet, op.  cit. pp.  181-182 (postface...
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. Le Père Goriot et Eugénie Grandet se fraient une place dans les programmes scolaires, avec la bénédiction des autorités communistes qui, avec leur subtilité habituelle, réduisent ces deux joyaux du roman français à des réquisitoires contre la classe bourgeoise[59] [59] D. Babić, « Honoré de Balzac u hrvatskom kontekstu »,...
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16 Les Croates peuvent ainsi se découvrir dans La Comédie humaine, certes sous les traits les plus imprévus, dessinés par « le plus grand poète du roman français »[60] [60] Kléber Haedens, Une histoire de la littérature française,...
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qui puisait avec maestria dans les réalités historiques, politiques, culturelles, sociales, géographiques, pour recréer un monde imaginaire plus vrai que nature, fictif mais cohérent, avec ses logiques et mécanismes propres[61] [61] Voir par exemple l’analyse des procédés de Balzac consistant...
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. Balzac tend un miroir déformant dans lequel ses lecteurs se délectent à se contempler, reconnaissants de l’insigne honneur qui leur est fait et de l’hommage en quelque sorte qui leur est rendu. Dans le pire des cas, une apparition dans La Comédie humaine équivaut à un billet pour la postérité. Et les Croates trouvent leur place dans cette merveille des lettres françaises au travers des quelques passages les concernant de près ou de loin. Et peu importe que ces évocations ne soient pas plus nombreuses, qu’elles soient parfois farfelues, car, après tout, comme l’a très justement écrit Baudelaire : « chacun, chez Balzac, même les portières, a du génie ».

 

Notes

[ * ] Docteur de l’Université de Split, Faculté de Philosophie, Département d’Histoire, Docteur en Histoire de Paris IV-Sorbonne. Retour

[ 1 ] Sur les accords de Presbourg (26 décembre 1805) et de Schönbrunn (14 octobre 1809) voir Jean Tulard, Napoléon ou le mythe du sauveur, Fayard, Paris, 1987, pp. 185-188, 359-360 ; Thierry Lentz, Nouvelle Histoire du Premier Empire, vol. 1 : Napoléon et la conquête de l’Europe (1804-1810), pp. 195-196, 477-480 ; Jacques-Olivier Boudon, La France et l’Europe de Napoléon, Armand Colin, Paris, 2006, pp. 169-170, 225-227. Retour

[ 2 ] Rudolf Maixner, Charles Nodier et l’Illyrie, Didier, Paris, 1960, p. 94 ; cf. Voyslav Yovanovitch, La Guzla de Prosper Mérimée, Hachette, Paris, 1911, pp. 37-55 ; cf. Mihailo B. Pavlović, Jugoslovenske teme u francuskoj prozi, Institut za književnost i umetnost, Belgrade, 1982, pp. 21-43. Retour

[ 3 ] Germaine de Staël-Holstein, Corinne ou l’Italie, Gallimard, Paris, 1985, p. 429. Retour

[ 4 ] François de Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem, Gallimard, Paris, 2005, p. 78. Retour

[ 5 ] Voir la liste de ses textes illyrisants dans R. Maixner, op. cit., pp. 122-124. Retour

[ 6 ] Voir ibid., pp. 75-79. Retour

[ 7 ] « L’ouvrage singulier dont j’offre la traduction au public est moderne et même récent. On l’attribue généralement en Illyrie à un noble Ragusain qui a caché son nom sous celui du comte Maxime Odin à la tête de plusieurs poèmes de ce genre. Celui-ci, dont je dois la communication à l’amitié de M. Le chevalier Fedorovich Albinoni, n’était point imprimé lors de mon séjour dans ces provinces. Il l’a probablement été depuis. / Smarra est le nom primitif du mauvais esprit auquel les anciens rapportaient le triste phénomène du cauchemar. Le même mot exprime encore la même idée dans la plupart des dialectes slaves, chez les peuples de la terre qui sont le plus sujet à cette affreuse maladie. Il y a peu de familles morlaques où quelqu’un n’en soit tourmenté. » Charles Nodier, Contes, Éditions Garniers Frères, Paris, 1961, pp. 33-34 ; cf. R. Maixner, op. cit., pp. 96-99. Retour

[ 8 ] Prosper Mérimée, La Guzla ou choix de poésies illyriques, recueillies en Dalmatie, la Bosnie, la Croatie et l’Herzégowine, Éd. Kimé, Paris, 1994, pp. 116-118. Retour

[ 9 ] Le Juif (texte publié en 1855). Retour

[ 10 ] Alfred de Musset, Théâtre complet, Gallimard, Paris, 1968, pp. 465-466. Retour

[ 11 ] Ibid., p. 470. Retour

[ 12 ] Gérard de Nerval, Voyage en Orient, Gallimard, Paris, 1998, p. 111. Retour

[ 13 ] M. Pavlović, op. cit., pp. 108-129. Retour

[ 14 ] Voir entre autres Rudolf Maixner, « Balzac et les Slaves du Sud », Annales de l’Institut français de Zagreb, Zagreb, année 1-2, 1937-1938, n° 1, pp. 58-62 ; Rudolf Maixner, « Balzac et l’Illyrie », Annales de l’Institut français de Zagreb, Zagreb, année 5, 1941, n° 18-19, pp. 221-226 ; Rudolf Maixner, « Balzac “illyrisant” », Annales de l’Institut français de Zagreb, Zagreb, année 6-7, 1942-1943, n° 20-23, pp. 195-197 ; Milan Markovitch, « Balzac et les Serbes », Revue de littérature comparée, Paris, année 24, 1950, pp. 362-370 ; M. Pavlović, op. cit., pp. 68-84. Retour

[ 15 ] Sur les héros balzaciens, voir Fernand Lotte, Dictionnaire biographique des personnages fictifs de La Comédie humaine, Librairie José Corti, Paris, 1952. Retour

[ 16 ] Honoré de Balzac, Œuvres complètes, Club de l’honnête homme, Paris, 1968-1971, vol. 14, p. 167. Retour

[ 17 ] Balzac, réf. cit., vol. 15, p. 86. Retour

[ 18 ] Balzac, réf. cit., vol. 14, p. 415. Retour

[ 19 ] Balzac, réf. cit., vol. 6, p. 68. Retour

[ 20 ] Jean Tulard, Joseph Fouché, Fayard, Paris, 1998, pp. 8-10 ; René-Alexandre Courteix, Balzac et la Révolution française, Presses universitaires de France, Paris, 1997, pp. 279-280. Retour

[ 21 ] Balzac, réf. cit., vol. 13, pp. 168-169. Retour

[ 22 ] Acte II, scène 8. Edmond Rostand, L’Aiglon, Gallimard, Paris, 1986, p. 153. Sur les entretiens s’étant tenus à Vienne en 1831 entre Napoléon II et le duc de Raguse, voir André Castelot, Le Fils de l’Empereur, Paris, 1972, pp. 114-118 ; cf. Paul Morand, La Dame blanche des Habsbourg, Perrin, Paris, 1980, pp. 100-101. : « Soudain, l’ambassadeur de France s’approche ; c’est le maréchal Marmont ; il est foudroyé ; à travers le jeune prince, il revoit l’homme qu’il a trahi. “Son front rappelait celui de son père ; ses yeux moins grands avaient le même feu, la même énergie ; il y avait de la ressemblance dans le bas de la figure et dans le menton, son teint était celui de Napoléon…” L’Aiglon connaît la malédiction lancée par Napoléon contre l’infidèle compagnon d’armes : “Un homme avec qui j’avais partagé mon pain ! Sans sa trahison, les Alliés étaient perdus !” (Depuis, l’Histoire a fait partager au roi Joseph, largement, la responsabilité de la capitulation d’Essonnes.) Puis le chancelier autorise les visites de Marmont au duc de Reichstadt, qui consent à le recevoir ; qu’on lui parle de son père, c’est tout ce qu’il demande ; et Marmont parle. Les entretiens durent deux à trois semaines. On connaît la plaidoirie du Maréchal. Elle n’a pas trompé l’Aiglon qui, à la fin, se contente de lui offrir son portrait. » Sur les conséquences militaires et diplomatiques de la reddition de Marmont (31 mars 1814) et du retrait de ses troupes, voir J. Tulard, Napoléon ou le mythe du sauveur, op. cit., pp. 417-419, p. 423 ; T. Lentz, op. cit., pp. 164-165 ; J.-O. Boudon, op. cit., pp. 289-290 ; cf. Jacques Bainville, Napoléon, Godefroy de Bouillon, Paris, 1995, p. 446 : « Toute la faute, et même la honte, a été rejetée sur Marmont qui, dans le même moment, mettait bas les armes et signait une capitulation avec Schwarzenberg. Par sa défection, le duc de Raguse privait l’empereur de la principale force qui restât, il lui retirait le dernier moyen de résistance. Il ne faisait pourtant qu’appliquer à Essonnes le mot d’ordre de Fontainebleau. » Retour

[ 23 ] Balzac, réf. cit., vol. 6, p. 63. Retour

[ 24 ] Ibid., p. 71. Retour

[ 25 ] Ibid. Retour

[ 26 ] Ibid., p. 73. Retour

[ 27 ] Ibid.Retour

[ 28 ] Ibid. Retour

[ 29 ] Ibid., p. 85. Retour

[ 30 ] Sérizy signale d’ailleurs une mésaventure vécue par un officier français qui n’est pas sans rappeler celle que Joseph Bridau (!) raconte dans La Rabouilleuse : « - Vous figurez-vous les réflexions qui me prenaient à la gorge dans une prison dalmate, jeté là sans protection, ayant à répondre à des Autrichiens de Dalmatie, et menacé de perdre la tête pour m’être promené deux fois avec une femme entêtée à garder sa portière ? Voilà du guignon ! s’écria Shinner.
- Comment, dit naïvement Oscar, ça vous est arrivé ?
- Pourquoi ce ne serait-il pas arrivé à monsieur, puisque c’était arrivé déjà une fois pendant l’occupation française en Illyrie à l’un de nos plus beaux officiers d’artillerie ? dit finement le comte. » Ibid., p. 75. Retour

[ 31 ] Balzac, réf. cit, vol. 13, p. 477-478. Retour

[ 32 ] Ibid., p. 656. Retour

[ 33 ] Voir une liste non exhaustive dans Nicolas S. Pétrovitch, Essai de bibliographie française sur les Serbes et les Croates 1544-1900, Imprimerie de l’État, Belgrade, 1900, p. 22-50. Retour

[ 34 ] Sébastien Velut, « Savante ou sauvage : la géographie dans La Comédie humaine », in Philippe Dufour, Nicole Mozet (dir.), Balzac géographe. Territoires, Christian Pirot, Saint-Cyr-sur-Loire, 2004, pp. 40-49. Retour

[ 35 ] Rudolf Maixner, « L’élément illyrien chez Honoré de Balzac », Revue de littérature comparée, Paris, année 34, 1960, n° 3, pp. 376-377. Retour

[ 36 ] Ibid., p. 372. Sur les liens sentimentaux, la collaboration littéraire et les influences mutuelles entre Balzac et la duchesse répondant au doux nom de Laure, « comme Mme Balzac, comme Mme Surville, comme Mme de Berny », à laquelle est dédiée La Femme abandonnée, voir André Maurois, Prométhée ou la vie de Balzac, Robert Laffont, Paris, pp. 93-96, 116, 120, 123-126, 132-133, 152, 162, 296-297. Retour

[ 37 ] R. Maixner, « L’élément illyrien chez Honoré de Balzac », art. cit., pp. 373-375. Balzac fit à l’officier hommage de son Pierre Grassou. Retour

[ 38 ] Pierre-Georges Castex, « Balzac et Charles Nodier », Année balzacienne, Paris, 1962, pp. 204-205. Retour

[ 39 ] Voir ses articles pour la Chronique de Paris dans Balzac, réf. cit., vol. 23, pp. 277-428. Retour

[ 40 ] Ibid., pp. 352, 396. Retour

[ 41 ] La France n’aurait au reste selon lui que des avantages à laisser son allié virtuel libérer Constantinople, son cœur spirituel et le second poumon de la Chrétienté : « Nous, les hommes du Droit et les obéissants négateurs du Fait, nous trouvons juste et naturel que la CHRÉTIENTÉ se ressaisisse de sa seconde capitale. La cathédrale de Sainte-Sophie appartient à la Religion Grecque, sœur de la Religion Catholique, sur qui elle fut prise, et qu’elle a le droit de reprendre. La Russie achèvera ce que les croisades n’ont pu faire, et ce que l’Europe a tenté onze fois. La question religieuse unit la Russie à la Grèce, aux principautés et à la Turquie. Nous nous étonnons que le but que s’est proposé l’Europe pendant cinq siècles, soit l’objet aujourd’hui de difficultés aussi grandes. Londres s’oppose à cette belle conquête, l’Europe entière devrait la seconder ; Vienne surtout, qui tant de fois menacée par la Turquie, a constamment eu des droits sur les provinces turques de l’Europe. Nous ne cesserons de répéter qu’une politique saine ordonnerait à la France de favoriser les progrès de la Russie en Orient » Ibid., p. 377. Retour

[ 42 ] Ibid., pp. 340-341, 346, 357, 394. Retour

[ 43 ] Ibid., pp. 340, 343, 346, 394-395, 406-408. Retour

[ 44 ] Roger Pierrot (éd.), Lettres à Madame Hanska, R. Laffont, Paris, 1990, vol. 2, p. 28. Retour

[ 45 ] Balzac, réf. cit., vol. 23, p. 546. Retour

[ 46 ] Cité in A. Maurois, op. cit., p. 468. Retour

[ 47 ] Sur l’histoire de la littérature croate du mouvement illyrien à la Première Guerre mondiale, se référer à Dubravko Jelčić, Povijest hrvatske književnosti. Tisućljeće od Bašćanske ploče do postmoderne, Naklada P.I.P. Pavičić, Zagreb, 1997 ; Miroslav Šicel, Književnost moderne, Institut za znanost o književnosti Filozofskog fakulteta u Zagrebu, Zagreb, 1978 ; Miroslav Šicel, « Problem periodizacije hrvatske književnosti 19. stoljeća (s obzirom na ostale europske književnosti) », Croatica, Zagreb, t. 37-38-39, 1992-1993, pp. 341-358 ; Miroslav Šicel, Hrvatska književnost 19. i 20. stoljeća, Školska knjiga, Zagreb, 1997 ; Milorad Živančević, Ivo Frangeš, Ilirizam – Realizam, Liber –Mladost, Zagreb, 1975. Retour

[ 48 ] Consulter Drago Šimundža, Francuska književnost u “Viencu”, Književni krug, Split, 1993. Retour

[ 49 ] Mirjana Gross, Izvorno pravaštvo. Ideologija, agitacija, pokret, Golden marketing, Zagreb, 2000, pp. 645-646. Retour

[ 50 ] Miloch Savkovitch, L’Influence du réalisme français dans le roman serbocroate, Slatkine, Genêve, 1977 (1re éd. : H. Champion, Paris, 1935), p. 204 ; Dragomir Babić, « Honoré de Balzac u hrvatskom kontekstu », Riječ, Rijeka, année 6, 2000, n° 1, pp. 96-97 ; Dragomir Babić, « Balzac i hrvatski realizam », Rival, Rijeka, année 8, 1995, n° 4, pp. 125-127. Retour

[ 51 ] M. Savkovitch, op. cit., pp. 194, 201-206. Retour

[ 52 ] Ibid., pp. 58-70. Retour

[ 53 ] Ibid., pp. 253-267. Retour

[ 54 ] Ibid., pp. 334-341, 351-359. Retour

[ 55 ] Honoré de Balzac, Eugénie Grandet, Školska knjiga, Zagreb, 1985, p. 181 (postface de Nevenka Košutić-Brozović). Retour

[ 56 ] Ibid. Retour

[ 57 ] Ibid. ; M. Savkovitch, op. cit., pp. 203-204. Retour

[ 58 ] Balzac, Eugénie Grandet, op. cit. pp. 181-182 (postface de N. Košutić-Brozović). Retour

[ 59 ] D. Babić, « Honoré de Balzac u hrvatskom kontekstu », art. cit., p. 98 Retour

[ 60 ] Kléber Haedens, Une histoire de la littérature française, Grasset, Paris, 1970, p. 254. Retour

[ 61] Voir par exemple l’analyse des procédés de Balzac consistant à accorder ses descriptions de paysages aux portraits physiques des hommes censés les peupler dans Régine Borderie, « Le territoire dans le portrait », in P. Dufour, N. Mozet (dir.), op. cit., pp. 183-191.Retour

Résumé

L’intermède des Provinces illyriennes a favorisé l’utilisation croissante du motif croate dans la littérature française de la première moitié du XIXe siècle. Mme de Staël, Stendhal, Charles Nodier, George Sand et bien d’autres n’ont pas résisté à la tentation de picorer dans un champ culturel croate généralement enfanté par leur imagination intarissable. Honoré de Balzac s’est aussi laissé tenter par cette expérience. Plusieurs de ses romans, et surtout Un Début dans la vie et Les Paysans, contiennent des allusions et des références au domaine croate, mettent en scène des situations ou font intervenir des personnages qui s’y rattachent peu ou prou. Plusieurs pistes permettent de comprendre pourquoi l’illustre Tourangeau a manifesté cet intérêt inattendu au premier abord. Ses amours avec Laure d’Abrantès, ses relations amicales avec Nodier, George Sand, certains vétérans de la Grande Armée ou de nombreux témoins et acteurs de la période napoléonienne, doivent entrer en ligne de compte. Pour donner de la substance à ses évocations, il a pu mobiliser la multitude d’ouvrages et d’études consacrés à la région déjà de son temps. Dans les pays croates, son œuvre ne conquerra que progressivement les lecteurs. La Comédie humaine y aura malgré tout joué un certain rôle dans l’évolution de la création littéraire et pesé sur le cheminement de plusieurs écrivains majeurs, avant de s’y imposer irrésistiblement au XXe siècle et de prendre la place qu’elle mérite aussi bien dans le débat culturel que dans les bibliothèques, librairies et établissements scolaires.



The brief moment of French influence in the Balkans represented by the instauration of the Illyrian Provinces caused a growing interest in Croatian matters in French literature of the first half of the 19th century. Mme de Staël, Stendhal, Charles Nodier, George Sand and many others could not resist indulging in a little Croatiana, and this was in fact to give birth to a genre. Honoré de Balzac followed in their wake. Several of his novels, particularly Un Début dans la vie and Les Paysans, contains references to Croatian matters and bring in characters related in one way or another to the region. Several reasons may be adduced as to why Balzac took such an (at first sight) unusual step. His affair with Laure d’Abrantès, his friendly relations with Nodier, George Sand, some veterans of the Grande Armée and many other figures from the Napoleonic period, must bear some of the responsibility. Indeed, he was also able to draw upon the many publications on the region which had already appeared by his time in order to give verisimilitude to his descriptions. As for success in Croatian lands, he was to wait long for this. La Comédie humaine nevertheless played a significant role in the evolution of literary creation in Croatia and became a reference point for Croat writers in the 20th century, conquering bookshops, libraries and schools there.


POUR CITER CET ARTICLE

Edi Milos « Les provinces illyriennes et les croates dans La comédie humaine », Napoleonica. La Revue 3/2010 (N°9), p. 91-104.
URL :
www.cairn.info/revue-napoleonica-la-revue-2010-3-page-91.htm.
DOI : 10.3917/napo.103.0091.