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Napoleonica. La Revue

2012/3 (N° 15)


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Mars 1803 aurait pu être une période agréable à Cap-Français (Cap-Haïtien), le centre commercial et politique de Saint-Domingue (Haïti). La saison des pluies n’avait pas encore débuté et l’air était encore frais et sain. Mais Saint-Domingue était en guerre. Un an plus tôt, le premier consul Napoléon Bonaparte avait envoyé une expédition de 20 000 hommes pour renverser le gouverneur Toussaint Louverture. Louverture avait été capturé et exilé, mais les cultivateurs des plantations, convaincus que Bonaparte voulait rétablir l’esclavage, s’étaient révoltés. Dans les provinces Ouest et Nord, l’armée expéditionnaire, sous les ordres de Donatien de Rochambeau, ne contrôlait plus en mars 1803 que les principaux ports et les plaines côtières. Une révolte venait d’éclater dans la province Sud, jusque-là plutôt calme. Seule la province Est (République Dominicaine) restait tranquille [figure 1].

Figure 1 - Colonie française de Saint-Domingue (Haïti). Figure 1

De 1801 à 1809, Santo Domingo (République Dominicaine) était aussi sous occupation française.

Carte par Philippe Girard.
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C’est dans ce contexte incertain que le Napoléon jeta l’ancre au Cap-Français vers le 1er mars 1803. Il apportait de Cuba 40 000 gourdes en espèces, 25 chevaux et 10 chiens qui allaient jouer un rôle central dans l’épisode le plus sombre de la guerre d’indépendance haïtienne. [1][1] Le départ immédiat des chiens de Cuba est mentionné... Selon un auteur de l’époque, ces chiens cubains, apparentés aux chiens de Santo Domingo, étaient “les égaux des plus grands lévriers écossais ou russes… L’apparence et les mouvements de cet animal prouvent instantanément sa supériorité.” [2][2] Charles Hamilton Smith, History of Dogs; Canidae or... [Figure 2]

Figure 2 - Charles Hamilton Smith, Natural History of Dogs; Canidae or Genus Canis of Authors; Including also the Genera Hyaena and Proteles, vol. 2 (Edinburgh: W. H. Lizars, 1840), 307. Figure 2
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Une foule enthousiaste envahit les rues pour fêter l’arrivée des chiens. [3][3] Sur l’exécution, voir Lacroix, “Mémoire secret”, p.... Les spectateurs jetaient des fleurs sur leur passage et les décoraient de cocardes et de rubans. Rochambeau décida aussitôt de les mettre à l’épreuve. Pendant qu’on les faisait jeûner, une arène en bois fut bâtie à la hâte, probablement dans le jardin des Religieuses, un ancien couvent et école catholique situé au cœur de Cap-Français (Figure 3). [4][4] L’exécution eut lieu aux Religieuses selon Bouvet de...

Figure 3 - Phelipeau, “Plan de la ville du Cap François et de ses environs dans l’isle St. Domingue” (1786) Figure 3
Article 14/3, Service Historique de la Défense – Département de la Marine, Vincennes, France.
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Sous-titre : L’exécution de mars 1803 eut probablement lieu au couvent des Religieuses au centre de cette carte. D’autres auteurs situent l’épisode dans l’ancienne maison du gouvernement (à droite de la Place d’Armes) ou l’habitation Charrier du Haut-du-Cap (à gauche de cette carte, hors du cadre). Les exécutions suivantes eurent lieu dans les jardins de la nouvelle maison du gouvernement, à droite des Religieuses. Le Nord est à droite sur cette carte.

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Le jour venu, une foule turbulente s’assembla pour assister à un spectacle qui promettait d’être aussi unique que sauvage. Les détails nous ont été transmis par le marin français Jean-Baptiste Lemonnier-Delafosse, le général français Pamphile Lacroix, et l’officier mulâtre Juste Chanlatte, qui furent apparemment témoins de cette scène, et par les historiens du dix-neuvième siècle Thomas Madiou et Beaubrun Ardouin, qui se basèrent sur des témoignages de vétérans de la Révolution Haïtienne.

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Un prisonnier noir fut tout d’abord mené dans l’arène et lié à un poteau (selon Lacroix, Madiou et Ardouin, c’était le serviteur du général Pierre Boyer, le chef d’état-major de Rochambeau). Ce fut ensuite au tour des chiens d’entrer en scène. Les cris de la foule et les tiraillements de la faim auraient dû attiser leur ardeur mais, ne parvenant pas à comprendre ce qu’on attendait d’eux, ils restèrent immobiles auprès du prisonnier. Ce n’est qu’après que leurs meneurs les encouragèrent (et que Boyer, selon Ardouin et Madiou, ouvrit l’estomac de la victime d’un coup de sabre) qu’ils émergèrent enfin de leur torpeur. Soudain, dans un tourbillon de poussière rouge sang, ils dévorèrent leur proie au son d’une fanfare militaire et des rugissements de la foule. L’exécution ne dura que quelques minutes. Après avoir assouvi leur soif de vengeance, les spectateurs se retirèrent chez eux pendant que les chiens, ayant prouvé leur ardeur guerrière, étaient apprêtés pour leur prochaine mission, une opération contre les rebelles de l’île voisine de La Tortue.

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L’utilisation de chiens mangeurs et chasseurs d’hommes peut surprendre dans le contexte d’une campagne napoléonienne car des méthodes aussi barbares semblent plus adaptées à la Rome antique qu’à l’ère des Droits de l’Homme. Mais l’exécution de mars 1803 est bien documentée et ne détonne pas dans une expédition marquée par des atrocités allant des noyades de masse au bûcher. Les principaux faits ne font pas débat, mais trois sujets connexes exigent des clarifications : celui de la responsabilité (qui décida d’acheter les chiens ?), du motif (pourquoi utiliser des chiens ?) et de l’efficacité (les chiens remplirent-ils leur mission ?). L’historiographie apporte des réponses claires à ces trois questions. Rochambeau fut le principal fautif, l’utilisation des chiens refléta la brutalité gratuite de Rochambeau et Boyer, et les chiens furent une importante arme psychologique dans la guerre contre les rebelles domingois. [5][5] Sur les motifs de Rochambeau, voir Cressé, Histoire...

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Il faut cependant se méfier de ces réponses catégoriques. Les livres sur la Révolution Haïtienne mentionnent invariablement cette exécution par les chiens, événement trop frappant pour être passé sous silence, mais aucun ne l’étudie en profondeur. Les historiens recyclent généralement des passages des histoires de Madiou et d’Ardouin publiées en 1847 et 1853 et qui sont parfois inexactes (les témoignages de Lemonnier-Delafosse and Chanlatte sont rarement cités alors qu’ils ont été publiés ; le mémoire manuscrit de Lacroix, conservé aux Archives Nationales, l’est encore moins). Ces ouvrages décrivent avec force détails l’exécution de mars 1803 mais en disent peu sur le contexte dans lequel les chiens furent achetés et employés. Il faut pour cela se tourner vers des sources d’archives situées en France, en Angleterre, à Cuba et aux États-Unis, et plus particulièrement les communiqués militaires et diplomatiques français au Service Historique de la Défense et aux Archives Nationales.

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Ces sources nous permettent de dresser un portrait du rôle joué par les chiens très différent de celui qui transparaît dans l’historiographie traditionnelle. Elles montrent que, contrairement à ce qui est souvent avancé, ce ne fut pas Rochambeau qui décida d’acheter des chiens mais son prédécesseur au poste de capitaine général de Saint-Domingue, Victoire Leclerc (dont la réputation est plus flatteuse), et l’agent diplomatique de la France à Cuba, Louis de Noailles (qui agit en grande partie de son propre chef). Loin d’être l’acte irrationnel de quelques fous sadiques, le recours aux chiens fut avant tout une décision militaire visant à se donner le moyen de localiser et effrayer les rebelles (sur un plan plus personnel, Noailles cherchait aussi à s’enrichir). Il faut enfin noter que les chiens, dont le rôle est mis en avant dans les ouvrages historiques, furent d’une importance militaire quasi-nulle. Les officiers français réalisèrent vite qu’ils se battaient mal et n’effrayaient pas les rebelles. Au contraire, ils convainquirent beaucoup d’officiers de couleur hésitants à quitter l’armée française.

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Au vu de cet échec flagrant, on peut se demander pourquoi les chiens occupent une telle place dans les histoires de la Révolution Haïtienne. C’est en déplaçant le débat sur le terrain des enjeux de mémoire qu’on peut expliquer cette contradiction apparente. En établissant un lien entre les souffrances des Haïtiens et celles des Amérindiens taïnos trois cents ans plus tôt et en soulignant l’aspect déshumanisant du colonialisme européen, l’épisode des chiens fournit aux partisans de l’indépendance un argument fédérateur pour les siècles à venir – un « lieu de mémoire » pour reprendre la nomenclature de Pierre Nora.

I) Les décideurs

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Le compte rendu le plus détaillé du processus décisionnel qui aboutit à l’utilisation de chiens de combat à Saint-Domingue se trouve dans les Études sur l’histoire d’Haïti de Beaubrun Ardouin. Il y affirme que Donatien de Rochambeau envoya Louis de Noailles à Cuba à l’automne 1802 avec l’ordre d’y acheter des chiens. [6][6] Ardouin, Études vol. 5, p. 340. Voir aussi Denis Laurent-Ropa,... Attribuer cette décision à Rochambeau semble logique quand on connaît son profil aussi dépravé que réactionnaire, mais il faut en fait remonter à son prédécesseur Victoire Leclerc, le beau-frère de Napoléon Bonaparte et premier capitaine général de l’expédition de Saint-Domingue.

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Leclerc n’agit pas sur ordre de Paris. Pendant les débats stratégiques qui avaient précédé l’expédition, un général français avait suggéré d’utiliser des guides indiens recrutés en Floride car il trouvait ce procédé « beaucoup moins immoral sans doute que celui des chiens qu’on emploie à Cuba pour la destruction des noirs marrons ». [7][7] [Louis Marie] Turreau, “Plan pour la conquête de Saint-Domingue”... Dans ses instructions à Leclerc, Bonaparte n’avait pas parlé de l’utilisation de chiens et lui avait demandé de renverser Louverture par la ruse ou des manœuvres militaires classiques. [8][8] Napoléon Bonaparte, “Notes pour servir aux instructions... En 1803, après avoir eu vent des méthodes barbares employées par l’armée française à Saint-Domingue, le ministre de la marine Denis Decrès écrivit pour rappeler à Rochambeau que ce n’était pas par la « rigueur des châtiments » mais par la déportation en Corse que le premier consul comptait dompter les rebelles. [9][9] Denis Decrès à Rochambeau (12 mars 1803), CC9/B22,...

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Leclerc ne mentionna pas l’usage de chiens avant son départ de la France. Peut-être cette idée lui vint lors de la longue traversée de l’Atlantique en décembre 1801-février 1802, quand ce bourgeois métropolitain, qui ne connaissait rien aux Antilles, eut pour la première fois l’occasion de se familiariser avec l’histoire de Saint-Domingue. Leclerc apporta avec lui une bibliothèque impressionnante et apprit peut-être que Bartolome de Las Casas et Guillaume Raynal, dans leurs célèbres histoires des Antilles, avaient mentionné l’usage que les conquistadors espagnols avaient fait de chiens de combat pour pourchasser les Taïnos d’Hispaniola. [10][10] Sur la bibliothèque de Victoire Leclerc, voir “Procès...

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Après son arrivée à Saint-Domingue, un planteur informa Leclerc qu’on employait à Cuba des chiens pour poursuivre les esclaves en fuite. [11][11] Gambart à Leclerc (27 mars 1802), Box 3/162, Rochambeau... D’autres cas étaient bien connus dans la colonie. Pendant leur guerre contre les marrons des Montagnes Bleues de la Jamaïque, les Anglais avaient employé des chiens cubains qui s’étaient avérés moins efficaces qu’espéré. [12][12] Roger Norman Buckley, éd., The Haitian Journal of Lieutenant... Après avoir envahi Saint-Domingue en 1793-1798, les Anglais avaient demandé au gouverneur de Cuba 200 chiens pour les aider à chasser les rebelles des montagnes (le gouverneur avait refusé de se séparer de chiens qui étaient trop utiles aux planteurs cubains). [13][13] Adam Williamson à [Don Juan Nepomuceno de Quintana]... L’histoire européenne regorge aussi d’exemples d’utilisation de chiens de combat (comme dans l’Histoire naturelle de Pline), mais les documents datant de 1802-1803 se cantonnent à des précédents régionaux et n’y font pas référence. [14][14] John Bostock et Henry T. Riley, The Natural History...

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En février 1802, peu après son arrivée dans la colonie, Leclerc envoya l’administrateur civil François Lequoy-Mongiraud à Cuba pour y emprunter de l’argent et acheter 500 chiens. Leclerc attachait apparemment de l’importance à ce dernier point car quelques semaines plus tard il écrivit à Lequoy-Mongiraud pour lui rappeler cet aspect de sa mission. [15][15] “Je n’avais point perdu de vue les chiens dont vous... Lequoy-Mongiraud, peu enclin à se mêler à une affaire aussi sordide, n’avait toujours pas envoyé les 500 chiens requis quand Leclerc mourut soudainement de la fièvre jaune en novembre 1802. Nul doute que ces retards exaspérèrent Leclerc, déjà au bord de la crise de nerfs peu avant son décès en raison de multiples échecs professionnels et personnels. Mais ils permirent de sauvegarder sa réputation car ils occultèrent son rôle de pionnier dans ce triste épisode.

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Après la mort de Leclerc, Rochambeau envoya le général Louis de Noailles à la Jamaïque, à Cuba et aux États-Unis pour y emprunter de grosses sommes d’argent. Noailles avait aussi pour mission d’évaluer le potentiel militaire de la Jamaïque, de recruter 1 000 soldats à Cuba, d’espionner les défenses de La Havane et mille autres choses encore. Mais ses ordres détaillés, contrairement à ce qu’avance Ardouin, ne parlaient pas de chiens. [16][16] Daure et Rochambeau, “Instructions pour le général... Ceci n’a rien de surprenant puisque, selon ses lettres à Decrès, c’est en obtenant des renforts en hommes que Rochambeau espérait parvenir à « la destruction, ou déportation, des généraux noirs, ou de couleur, des officiers, des soldats, et des fermiers, en totalité ». [17][17] Rochambeau à Decrès (7 déc. 1802), CC9B/19, AN Rochambeau passa aussi sous silence la question des chiens dans sa correspondance avec le gouverneur de Cuba, préférant insister sur ses besoins pressants en argent et en nourriture. [18][18] Rochambeau au marquis de Someruelos (21 mai 1803),...

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Après s’être arrêté en Jamaïque aux alentours de Noël, Noailles partit pour La Havane, où il passa la majeure partie de l’hiver et du printemps 1802-1803 (contrairement à ses instructions, il n’alla jamais aux États-Unis). [19][19] Selon certaines sources, Noailles resta en Jamaïque... Dans son premier rapport de La Havane, Noailles indiqua qu’il avait fait des progrès sur le plan financier mais que le gouverneur, le marquis de Someruelos, refusait catégoriquement d’envoyer des soldats. Il n’insista pas, probablement parce qu’il avait noté que les régiments locaux « ne manœuvrent jamais » et utilisaient une tactique « vraiment gothique ». Noailles apprit en outre que Leclerc avait cherché à acquérir des chiens quelques mois auparavant, idée qui attira aussitôt son attention. Il s’attela à cette tâche bien que les ordres de Rochambeau ne disaient rien sur la question et qu’il avait « beaucoup de peine à obtenir les chiens et à décider les conducteurs… D’après ce que j’ai recueilli il faudrait au moins dans la colonie 400 chiens. Les Anglais en avaient 300 dans leur expédition mais ils agissaient sur un seul point ». Il espérait pouvoir assembler assez de chiens pour en envoyer sous peu sur le Napoléon (100 chiens), le Courrier (50) et la Supérieure (50), ainsi que des chevaux et de l’argent. [20][20] Noailles à Rochambeau (30 déc. 1802), 416AP/1, AN

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Les finances de l’armée de Saint-Domingue ne permettaient pas d’acquérir des chiens dont le coût, selon Ardouin, s’élevait à la somme faramineuse de 927 000 francs. [21][21] Ardouin, Études vol. 5, p. 341. Une source raconte... Noailles pressa donc Someruelos de lui accorder une avance supplémentaire, lui soulignant que si la France perdait Saint-Domingue, Cuba serait bientôt en proie à une guerre servile. Someruelos accepta de prêter 160 000 gourdes et autorisa Noailles à exporter 400 chiens et leurs conducteurs, de même que 300 chevaux. [22][22] Noailles à Someruelos (10 fév. 1803), 416AP/1, AN Les autorités cubaines avancèrent les fonds pour l’achat des chiens et chevaux, de même que, tout au long de l’expédition, les frais de réparation des navires français à l’arsenal de La Havane et les dépenses d’agents français comme Noailles.

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Ces prêts généreux ne suffirent pas à financer l’armée de Saint-Domingue, qui recevait peu de fonds de Paris et se retrouva à court d’argent. En sus des emprunts contractés à La Havane (et Veracruz, Caracas et Carthagène), les agents diplomatiques français se mirent donc à faire des affaires plus ou moins licites. [23][23] Sur Veracruz, voir Lanchamp, “Instructions pour suivre... À La Havane, certains agents vendirent la nourriture qu’ils avaient apportée sur leurs navires, de même que des serviteurs et prisonniers noirs venus de Saint-Domingue, violant ainsi les règles commerciales mercantilistes de l’Espagne et courant le risque de déstabiliser la société esclavagiste de Cuba. [24][24] Noailles à Rochambeau (18 fév. 1803), 416AP/1, AN ;... Ulcéré par ces cas de contrebande et s’inquiétant de la situation financière de ses débiteurs, Someruelos envoya un représentant à Saint-Domingue en mars 1803 pour « se plaindre que des nègres roués ont été vendus en cachette ou importés sur des navires de guerre ou d’état » et demander que les Français arrêtent d’emprunter de l’argent. [25][25] Someruelos, “Instrucción que se da al Sr. D. Francisco... Il rappela aussi à Noailles qu’il n’avait toujours pas remboursé l’achat des chiens. [26][26] Someruelos à Noailles (21 avr. 1803), 416AP/1, AN Mais la situation financière de l’expédition était si désespérée que les Français n’étaient pas à même de payer leurs dettes. Bonaparte, ayant appris avec horreur que des agents de Leclerc et de Rochambeau avaient emprunté des sommes considérables au nom de la France, annula tout simplement les lettres de changes émises à Saint-Domingue et refusa de rembourser l’argent emprunté. [27][27] “Le ministre du trésor public enverra à Saint-Domingue... Dans les faits, ce fut donc le trésor colonial cubain qui finança, bien malgré lui, les chiens utilisés lors de l’expédition.

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Fin février 1803, Noailles annonça fièrement qu’une première cargaison de 100 chiens était prête à partir. C’était les chiens du Napoléon, dont l’arrivée au Cap-Français vers le 1er mars fut si remarquée. [28][28] Noailles à Daure (23 fév. 1803), 416AP/1, AN Rochambeau ne réprimanda jamais Noailles pour son initiative et endossa donc tacitement sa décision. La question devait être d’un intérêt secondaire pour lui car dans ses lettres il s’intéressait exclusivement à obtenir de l’argent (des colonies espagnoles), des soldats (de France), et de la nourriture (des États-Unis). Mais comme les chiens se trouvaient déjà dans la colonie, il dut conclure qu’il valait la peine de voir jusqu’où pouvait mener cette expérience.

II) Motivations

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Les récits de Thomas Madiou et Beaubrun Ardouin, qui attribuent l’utilisation de chiens à la perversion de Donatien de Rochambeau, mentionnent que d’autres généraux plus humains, comme Michel Claparède, Bertrand Clauzel et Pierre Thouvenot, refusèrent d’assister à l’exécution de mars 1803 en forme de protestation. [29][29] Madiou, Histoire d’Haïti vol. 2, p. 411 ; Ardouin,... Ces trois hommes étaient en effet des personnages progressistes qui furent plus tard impliqués dans une tentative de renverser Rochambeau. [30][30] Thouvenot à Rochambeau (15 sept. 1803), B7/10, SHD... Mais les documents indiquent qu’ils n’étaient pas fondamentalement opposés à l’utilisation de chiens, tout au moins dans un rôle guerrier, et qu’ils en employèrent dans des opérations militaires. [31][31] Jacques Boyé à Bertrand Clauzel (7 mars 1803), no.... Ils n’étaient pas les seuls dans ce cas. Beaucoup d’officiers français étaient prêts à utiliser des chiens, non pas par goût pour les spectacles barbares mais pour assister l’armée expéditionnaire.

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C’est principalement le contexte militaire difficile de 1802-1803 qui explique le recours aux chiens. L’expédition de Saint-Domingue eut beau recevoir un total de 43 000 soldats des ports d’Europe, elle était toujours à court d’hommes à cause de combats continuels et de l’épidémie de fièvre jaune de l’été 1802. En mars 1803, Rochambeau se plaignait de n’avoir plus que 11 600 hommes sous ses ordres (plus 4 100 aux hôpitaux) alors même que la saison des fièvres de l’été 1803 n’avait pas encore débuté. [32][32] Rochambeau à Decrès (29 mars 1803), CC9A/33, AN Dans une lettre après l’autre, il supplia Denis Decrès d’envoyer 30 000 renforts dans les mois à venir, mais il devait savoir qu’un effort aussi considérable, représentant dix pour cent des effectifs de l’armée française, était peu probable alors que le gouvernement avait déjà fait d’énormes sacrifices. [33][33] Daure and Rochambeau, “Extrait des instructions données…...

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Jusqu’à l’automne 1802, l’expédition avait comblé ses pertes en ayant recours à des soldats de couleur, qui étaient immunisés contre la fièvre jaune après avoir vécu longtemps dans la colonie. Mais des rumeurs accusant Napoléon Bonaparte de vouloir rétablir l’esclavage à Saint-Domingue et des exécutions sommaires de personnes de couleur accusées de soutenir les rebelles avaient incité la majeure partie des unités coloniales du Nord et de l’Ouest à se joindre aux rebelles en octobre 1802. Averti par la rumeur que la guerre avec l’Angleterre allait reprendre, Rochambeau savait qu’il ne pourrait pas non plus compter sur des renforts de France. [34][34] Rochambeau à [Noailles] (13 mars 1803), B7/9, SHD-...

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Ce manque d’hommes explique en grande partie pourquoi Rochambeau accepta d’employer des chiens de combat. « Le nombre des soldats diminuait considérablement, et les forces physiques des Européens s’affaiblissaient prodigieusement », expliqua-t-il par la suite. « On voulut remédier à ces inconvénients et réparer s’il était possible les maux présents. On fit donc venir des chiens de Cuba dont les Espagnols et les Anglais s’étaient servis précédemment dans les guerres du Nouveau Monde ». [35][35] Rochambeau, “Précis des opérations de l’expédition...

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Les chiens devaient jouer un rôle tactique crucial dans ce que nous appellerions aujourd’hui une guérilla, terme apparu plus tard pendant la guerre d’Espagne, auquel les Français préféraient alors ceux de guerre d’embuscade ou guerre d’Arabes en référence à la campagne d’Égypte. Dans ce type de conflit, la principale difficulté pour la puissance dominante n’est pas de détruire l’ennemi mais de le localiser. Tirant parti du terrain montagneux de Saint-Domingue, les rebelles tombaient par surprise sur des unités ou plantations françaises, brûlaient ce qu’ils pouvaient, puis se retiraient dès la première contre-attaque. Les poursuivre dans les bois ne servait habituellement à rien car les rebelles connaissaient bien le terrain et disparaissaient dans la nature. Les poursuivre pouvait aussi être dangereux car les colonnes françaises, lentes et peu manœuvrables, étaient très vulnérables dans les jungles montagneuses de l’intérieur de la colonie. [36][36] Pierre Boyer à Decrès (10 mars 1803), CC9A/34, AN

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Dès le mois d’août 1802, le général Pierre Boyer avait identifié les techniques les plus efficaces contre les insurgés. Les Français devraient selon lui utiliser des petits groupes de 100 soldats pour cerner un secteur avant de l’attaquer. « C’est une chasse absolument qu’il faut faire, en pénétrant l’épaisseur des forêts, avec une certaine quantité de traqueurs tandis que les issues et les crêtes des montagnes sont occupées par des postes ». [37][37] Boyer à Jean-Baptiste Brunet (23 août 1802), B7/6,... Le terme de « chasse » employé par Boyer frappa beaucoup son supérieur immédiat, qui l’utilisa aussi quand il transmit ses recommandations au quartier général. [38][38] Brunet à Leclerc (26 août 180]), 135AP/6, AN

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Pour mettre en place les tactiques de Boyer, la plus grande difficulté était de trouver des soldats suffisamment agiles pour poursuivre les rebelles dans les montagnes. [39][39] Rochambeau à Decrès (14 mars 1803), CC9A/33, AN Bonaparte avait envoyé un excès de demi-brigades de ligne (infanterie lourde) alors que des demi-brigades légères auraient été plus adaptées au terrain. [40][40] Jean-Baptiste Guillemain de Vaivres, “Extrait d’un... Parmi les derniers renforts arrivés à Saint-Domingue se trouvaient deux demi-brigades de ligne polonaises qui étaient singulièrement lentes et qui peinaient à s’adapter aux mornes (collines) et à la chaleur antillaise. [41][41] Leclerc à Bonaparte (16 sept. 1802), in Roussier, Lettres,... L’armée expéditionnaire préférait donc employer des auxiliaires de couleur comme guides et troupes légères (avant la Révolution, les planteurs avaient souvent utilisé des esclaves au lieu de chiens pour traquer le gibier). [42][42] Sur l’utilisation de noirs comme chiens de chasse,... Mais la défection des unités coloniales à l’automne 1802 laissa à Rochambeau peu d’hommes aptes à poursuivre les rebelles et mettre en application les tactiques de Boyer.

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C’est parce que les chiens pouvaient remplir ce rôle tactique qu’ils furent utilisés. « Ces chiens peuvent rattraper un nègre en les mettant sur sa piste deux jours après qu’il s’est échappé », nota Louis de Noailles avec admiration. [43][43] Noailles à Daure (12 fév. 1803), 416AP/1, AN Thouvenot, l’un des généraux qui selon Madiou et Ardouin se serait opposé à l’utilisation de chiens, était tout aussi enthousiaste. Les chiens « sont un des moyens les plus efficaces pour éviter les embuscades des brigands et les atteindre dans leur fuite. Sans ces chiens, les nègres nous échapperaient toujours ». [44][44] Thouvenot à Hugues-Bernard Maret (8 mars 1803), B7/20,... Un plan stratégique d’ensemble préparé par Thouvenot en mars 1803 stipula que l’expédition devrait bâtir des blockhaus pour défendre les ports avec de petites garnisons, rassembler les soldats restants en quelques points afin d’avoir une masse de manœuvre, et utiliser 400 chiens « pour faire la chasse aux nègres dans les mornes et dans les bois ». [45][45] Thouvenot, “Plan de campagne” (6 mars 1803), B7/9,...

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Les mesures psychologiques visant à influencer la population civile ont aussi leur rôle à jouer dans une guerre révolutionnaire. Les Français avaient d’abord cherché à s’attirer le soutien de la population de couleur en insistant qu’ils ne voulaient pas rétablir l’esclavage. Mais au fil de l’expédition la propagande officielle visa plus à effrayer qu’à séduire et l’armée expéditionnaire se mit à utiliser des punitions atroces dans le but de dissuader les personnes tentées de se joindre aux rebelles.

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Dans ses instructions à Victoire Leclerc, Bonaparte avait seulement exigé de déporter les chefs rebelles, mais quand l’insurrection se généralisa à l’été et automne 1802 Leclerc commença à employer des pelotons d’exécution, puis des potences, puis des noyades de masse, espérant à chaque fois qu’il serait possible de décourager les rebelles en augmentant d’un degré la violence des représailles. [46][46] Thouvenot à Capt. Roi (7 sept. 1802), B7/20, SHD-D... Rochambeau alla encore plus loin et rétablit des tortures datant de l’Ancien Régime, notamment le bûcher, mais sans succès : les rebelles, dont la force d’âme était remarquable, ne ployèrent pas. [47][47] Sur le courage des rebelles, voir Leclerc à Bonaparte... L’utilisation de chiens de combat était la dernière occasion pour les Français d’effrayer leurs ennemis. « Les chiens éprouveront une telle terreur à ces brigands, qu’étant sans espoir de nous échapper, ils se rendront à discrétion », expliqua Thouvenot. [48][48] Thouvenot à Lespinasse (8 mars 1803), B7/20, SHD-D...

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Boucher les trous dans les rangs, traquer les rebelles dans les mornes boisés et intimider l’adversaire : telles furent les principales raisons qui expliquent le recours à des chiens de combat à Saint-Domingue. Le sadisme de quelques individus peut expliquer certains incidents comme l’exécution de mars 1803, mais il n’y avait pas que des barbares qui soutenaient l’usage des chiens (Thouvenot admit par exemple que cette mesure « paraît d’abord inhumaine » mais la jugea nécessaire). [49][49] Thouvenot à Lespinasse (8 mars 1803), B7/20, SHD-D... Seule l’expérience pourrait démontrer si les chiens étaient à même de gagner la guerre pour la France.

III) Les chiens au combat

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L’ouvrage qui en dit le plus sur le rôle militaire des chiens utilisés pendant la guerre d’indépendance haïtienne est A Historical Account of the Black Empire of Hayti (1805) par Marcus Rainsford. Selon Rainsford, pendant leur dressage, les chiens étaient enfermés sans manger dans un chenil non loin d’un mannequin de rebelle rempli d’entrailles d’animaux à l’odeur alléchante [figure 4]. Après plusieurs jours de jeûne, les chiens étaient enfin autorisés à se jeter sur la nourriture et dans une sorte de réflexe pavlovien apprenaient ainsi à associer les noirs et leur subsistance. Les Français lâchaient ensuite les chiens dans les bois où ils attaquaient et dévoraient tous les noirs qu’ils rencontraient, femmes, enfants et civils compris. [50][50] Rainsford, An Historical Account, 339, p. 423-429

Figure 4 - J. Barlow, “The mode of training Blood Hounds in St. Domingo, and of exercising them by Chasseurs” Figure 4

in Marcus Rainsford, A Historical Account of the Black Empire of Hayti (London: Albion Press, 1805), p. 422.

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L’Historical Account fut publié en 1805, peu après les faits, mais il fut écrit par un Anglais francophobe qui n’avait passé que quelques semaines à Saint-Domingue en 1799 et n’avait pas été lui-même témoin de l’expédition Leclerc-Rochambeau. Le compte rendu de Rainsford doit donc être recoupé par des sources d’archives. Celles-ci confirment ce qu’il avance sur le dressage des chiens mais peignent un portrait bien moins flatteur de leur carrière militaire, qui s’avéra en tout point désastreuse.

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La première cargaison de chiens débarqua au Cap-Français peu après le début d’une insurrection (la troisième en un an) dans l’île voisine de La Tortue, où les Français avaient bâti un réseau d’hôpitaux pour les convalescents de la fièvre jaune. Ce soulèvement visait directement les malades, qui furent massacrés avec une sauvagerie qui choqua beaucoup les Français et explique peut-être la férocité avec laquelle ils réagirent. Des soldats furent aussitôt dépêchés du Cap-Français, mais le terrain de l’île permit aux rebelles de se cacher et trois semaines plus tard les attaques continuaient encore. [51][51] Daure à Decrès (6 mars 1803), CC9/B20, AN Le 8 mars, le commandant de La Tortue, l’adjudant-commandant Ramel, fut renvoyé pour punir son manque d’ardeur et remplacé par l’adjudant-commandant Boscu. [52][52] Boyé à Adj. Cdt. Ramet (8 mars 1803), no. 2053, CC9B/11,... Ce dernier reçut pour ordre de poursuivre les rebelles « sans relâche jusqu’à extinction ». Afin de l’aider à « débusquer les brigands de leurs repaires » on lui confia un détachement de 25 chiens parmi ceux distribués à différentes unités de la région du Cap-Français après l’arrivée du Napoléon. [53][53] Jacques Boyé à Adj. Cdt. Boscu (8 mars 1803), no. 2055,...

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L’expédition punitive de La Tortue fut la première à utiliser des chiens de combat. L’optimisme était de mise et leur déploiement fut préparé avec minutie. Les conducteurs étant peu nombreux, ceux venus de Cuba reçurent une double ration de nourriture et l’amiral de la station du Cap-Français ratissa ses navires à la recherche de marins connaissant ce métier peu commun. [54][54] Boyé à Louis-René de Latouche-Tréville (9 mars 1803),... Boscu ayant aussi sous ses ordres des soldats de couleur de la garde nationale, ses supérieurs lui recommandèrent de mettre en place une stricte ségrégation raciale. [55][55] Boyé à Boscu (9 mars 1803), no. 2063, CC9B/11, AN.... Ils craignaient que les gardes nationaux ne tentent d’empoisonner les chiens, que les chiens « ne se familiarisent avec leur vue et leur odeur », ou qu’ils ne se retournent contre eux s’ils étaient déployés côte à côte. Les instructions de Boscu expliquaient aussi les tactiques à mettre en œuvre. Les gardes nationaux serviraient à garder les sources et les hôpitaux afin que les rebelles ne puissent s’approvisionner en eau ou s’attaquer aux malades. Pendant ce temps, des colonnes blanches chasseraient les rebelles dans les mornes avec l’aide des chiens, qui « serviront à découvrir et à lever leurs embuscades ». [56][56] Maillard à Boscu (9 mars 1803), no. 1086, CC9B/10,...

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Un passage des instructions attire le regard : « il sera nécessaire, pour les mettre au goût, de leur donner avant de les lâcher des appas ». [57][57] “Il sera nécessaire, pour les mettre au goût, de leur... L’auteur faisait peut-être référence aux mannequins mentionnés par Rainsford, à moins qu’il ne s’agisse de vraies victimes. Selon un historien haïtien qui eut accès à des documents conservés dans des collections privées, Rochambeau écrivit à cette époque « je ne dois pas vous laisser ignorer qu’il ne vous sera passé en compte aucune ration ni dépense pour la nourriture de ces chiens. Vous devez leur donner des nègres à manger ». [58][58] Sannon, Histoire de Toussaint Louverture vol. 3, p.... « Des ordres par écrit furent expédiés pour leur donner à manger un demi-nègre par jour », écrivit aussi un général français qui servit à La Tortue. [59][59] Lacroix, “Mémoire secret”, p. 42

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Il existe beaucoup de documents détaillés concernant le déploiement des chiens à La Tortue mais étonnamment peu sur leur utilisation effective. Fin mars, les Français annoncèrent avoir mis fin aux activités rebelles sur l’île mais ne dirent rien de l’aide apportée par les chiens. [60][60] Clauzel à Rochambeau (26 mars 1803), no. 1212, CC9B/10,... Cette omission suggère qu’ils avaient déçu. Un vétéran de l’expédition indiqua plus tard que les chiens, bien que très utiles en théorie, « n’ont point produit d’effet à l’île de La Tortue, parce qu’ils précédaient des détachements nègres et mulâtres, et qu’ils étaient familiarisés avec l’odeur qu’ils exhalent ». [61][61] Philippe-Albert de Lattre, Campagne des Français à... « Dans les engagements les chiens ne furent d’aucun secours. Les premiers coups de fusil les épouvantèrent. On en perdit plusieurs, entr’autres des chiennes pleines », raconte aussi le général Lacroix, qui servit à La Tortue. [62][62] Lacroix, “Mémoire secret,” p. 42

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Le 17 mars, alors que les combats faisaient encore rage à La Tortue, les progrès de la rébellion dans la province Sud forcèrent Rochambeau à déplacer son quartier général du Cap-Français à Port-Républicain (aujourd’hui Port-au-Prince). Des mauvaises nouvelles l’y attendaient. Les rebelles s’étaient emparés de Petit-Goâve, port situé à l’ouest de Port-Républicain. Rochambeau envoya 600 hommes sur le vaisseau Duguay Trouin et la frégate Franchise pour reprendre la ville, mais malgré de durs combats les Français ne purent chasser les rebelles et durent battre en retraite. L’échec coûta 15 officiers et 150 soldats à Rochambeau. [63][63] Capt. Lhermitte à Rochambeau (29 mars 1803), BN08269...

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Les documents militaires officiels de l’époque ne mentionnent pas l’utilisation de chiens de combat à Petit-Goâve, mais Madiou et Ardouin, se basant sur des traditions orales, avancent que 50 chiens furent utilisés pendant l’attaque afin de poursuivre les rebelles quand ils se replieraient. Mais la défaite inattendue des forces françaises créa une telle confusion que les chiens se retournèrent contre leur camp dans la chaleur des combats. [64][64] Ardouin, Études vol. 5, p. 397 ; Madiou, Histoire d’Haïti... Leur récit est confirmé par celui d’un officier français qui raconte que « ces chiens ne furent employés qu’une fois, dans l’inutile expédition contre le Petit-Goâve ; nous y perdîmes 400 hommes et les chiens dévorèrent quelques-uns de nos blessés ». [65][65] Lenoir, “Notes sur l’état actuel de Saint-Domingue...

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L’arrivée de renforts en mars 1803, dont la 2e demi-brigade polonaise, incita Rochambeau à lancer une offensive ambitieuse pour pacifier toute la province Sud avant le retour de la saison des pluies. Il comptait envoyer quatre colonnes de 500 hommes chacune à Abricots, Les Irois, Tiburon et Dame-Marie, petits bourgs situés à l’extrême sud-ouest de la colonie. De là, ils marcheraient de concert tout le long de la péninsule formant la « mâchoire » inférieure de Saint-Domingue. Les colonnes avançant le long des côtes nord et sud de la péninsule seraient accompagnées par des escadres navales, tandis que celles envoyées dans l’intérieur s’appuieraient sur des escouades de dix chiens pour disperser les attroupements de rebelles devant elles. Si tout se passait comme escompté, les colonnes se rejoindraient au-delà de Grand-Goâve et de Baynet près de Port-Républicain, où elles établiraient un cordon défensif pour empêcher les rebelles de pénétrer à nouveau dans la province Sud. [66][66] Rochambeau à Brunet (29 mars 1803), B7/9, SHD-DAT;...

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Mal menée, l’offensive échoua lamentablement. Malgré l’exemple récent de La Tortue, des unités de couleur de la garde nationale accompagnaient les chiens, qui avaient été recrutés localement car ceux de Cuba n’avaient pas encore été envoyés dans le Sud. Les officiers chargés de mener chaque colonne déléguèrent cette tâche à des subordonnés manquant d’expérience, les soldats polonais furent envoyés dans les mornes alors qu’on les savait peu mobiles, et chaque colonne avança à son rythme alors qu’elles auraient dû procéder en tandem pour repousser les rebelles de manière systématique. Le général commandant les forces rebelles dans le Sud, Nicolas Geffrard, eut l’intelligence d’attaquer tour à tour chaque colonne isolée et l’offensive fut un échec cuisant. [67][67] Thouvenot à Alexandre Berthier (10 mai 1803), B7/10,...

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Comme après les opérations à La Tortue et Petit-Goâve, les rapports écrits juste après l’offensive du Sud donnèrent très peu de détails sur le rôle joué par les chiens. On peut en revanche citer un compte rendu général dans lequel Rochambeau les jugea « insuffisants pour ne pas dire inutiles. On les employa deux fois [sic], ils ne mordirent personne, ne furent d’aucune utilité vis-à-vis de peuples pourvus d’armes à feu, et firent regretter les sommes qu’on avait employées pour les faire arriver à grands frais ». [68][68] Rochambeau, “Précis des opérations de l’expédition... Rochambeau se contenta par la suite de se replier dans des ports fortifiés pour y attendre des renforts de France et le retour d’un temps plus clément à l’automne-hiver 1803. [69][69] Rochambeau à Decrès (31 mars 1803), CC9A/34, AN

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L-a rupture de la paix d’Amiens (juin 1803 à Saint-Domingue) ne permit pas l’arrivée de ces renforts. Au lieu de reprendre l’offensive, les Français subirent une série de sièges dans lesquels les chiens n’avaient aucun rôle tactique à jour. Même si les circonstances avaient été différentes, il est peu probable qu’ils auraient pu faire basculer la guerre tant ils furent inefficaces lors des trois opérations auxquelles ils prirent part (La Tortue, Petit-Goâve et l’offensive dans le Sud).

IV) La guerre psychologique

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En sus de leur rôle purement militaire, les chiens auraient pu théoriquement jouer un deuxième rôle en terrorisant les rebelles. C’est dans cette optique qu’il faut analyser l’exécution de mars 1803 et d’autres organisées par la suite. Sous Donatien de Rochambeau, les méthodes de mise à mort les plus communes étaient décrites avec un argot spécialisé qui se voulait drôle. « Ces barbares avaient créé un nouveau vocabulaire », écrivit un officier rebelle. « Noyer 200 individus, c’était un coup de filet national. Pendre, c’était monter en grade, être dévoré par les chiens, c’était descendre dans l’arène, fusiller, c’était laver la figure avec du plomb, et brûler enfin, c’était opérer chaudement ». [70][70] Louis Boisrond-Tonnerre, “Mémoire pour servir à l’histoire...

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Les exécutions par les chiens devinrent relativement courantes au Cap-Français. Elles avaient lieu dans le jardin de la maison du gouvernement, de l’autre côté de la rue du couvent des Religieuses. [71][71] “Pour mieux allumer chez eux la soif du sang des nègres,... Thomas Madiou et Marcus Rainsford avancent aussi, de manière peu crédible, que des chiens nageaient dans la baie et dévoraient les victimes qu’on y noyait ; ils sont aussi les seuls auteurs à mentionner des exécutions par les chiens hors de Cap-Français. [72][72] « Des dogues, qui nageaient autour des chaloupes, déchiraient... [Figure 5]

Figure 5 - J. Barlow, “The Mode of exterminating the Black Army as practiced by the French” Figure 5

in Marcus Rainsford, A Historical Account of the Black Empire of Hayti, (London: Albion Press, 1805), p. 327. Des chiens sont visibles au bas de l’image.

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L’une de ces exécutions, vers le 12 mars 1803, impliqua le tristement célèbre Pierre Boyer. De mauvaise humeur après une querelle avec un cabrouettier (conducteur de chariot), « il voulait faire périr un nègre » pour se calmer les nerfs. Le surlendemain, « parce qu’un de ses guides avait été absent de chez lui une heure de plus que le temps de la permission, il a exercé sur cet individu le droit de mort. Il a ordonné qu’il fut conduit au jardin du grand gouvernement, et mis à mort par les chiens ; ce qui a été exécuté ». [73][73] Procureur assistant du tribunal du Cap au juge Ludot...

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Ces méthodes atroces, pas plus que la crucifixion ou le bûcher, ne parvinrent pas à décourager la population de couleur. Un général français, décrivant sûrement l’exécution mentionnée ci-dessus, nota qu’« un guide du général Boyer livré à ce supplice était le premier à agacer les chiens, et tout en criant avec un accent modéré, mange donc, il leur présentait lui-même à sucer ses membres déchirés ». [74][74] Lacroix, “Mémoire secret,” p. 41. Souligné dans l’... Les rebelles captifs faisaient face à la mort avec courage, en partie parce que, refusant d’être remis dans l’esclavage, ils avaient pris pour devise « la liberté ou la mort ». Certains des rebelles bossales (nés en Afrique) croyaient aussi qu’après leur mort ils rejoindraient le monde parallèle des esprits en « Guinée ». Une exécution, même cruelle, était donc pour eux l’occasion de partir rejoindre les membres de leur famille restés en Afrique. [75][75] Francis Alexander Stanislaus de Wimpffen, A Voyage...

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Paradoxalement, le seul effet de ces atrocités fut de rendre la position des Français encore plus critique. Le moral des soldats dans les villes assiégées, déjà au plus bas, ne fit que se ressentir de ces scènes macabres, et les atrocités incitèrent les rebelles à se venger sur les prisonniers français. [76][76] Lacroix, “Mémoire secret”, p. 41 ; Lacroix, La révolution... Les exécutions arbitraires convainquirent en outre les soldats de couleur encore loyaux de se joindre aux rebelles. [77][77] Thouvenot à Clauzel (20 avr. 1803), B7/20, SHD-DAT;... Le chef des rebelles Jean-Jacques Dessalines expliqua ainsi qu’il avait quitté l’armée française parce que ses collègues « furent noyés, exposés aux gibets ou dévorés par ces animaux que notre malheureuse isle nourrissait pour la seconde fois [après les Taïnos] par la destruction de ses enfants ». [78][78] Jean-Jacques Dessalines au ministre anglais (2 sept.... Son second Nicolas Geffrard, écrivant au gouverneur adjoint de Cuba, relata aussi que « des chiens dressés à boire du sang humain ont mangé deux ou trois de nos frères chaque jour au Cap-Français. Votre excellence aurait peine à croire que ces cannibales furent élevés pour la garde d’honneur du capitaine-général [Rochambeau] ». [79][79] Nicolas Geffrard à Sebastián Kindelán (14 sept. 1803),...

V) Bilan

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À l’époque de l’expédition, ceux qui critiquaient l’utilisation de chiens arguaient du caractère déshonorant de cette méthode, tandis que ceux qui la défendaient notaient que les rebelles avaient eux aussi commis des atrocités et avaient perdu tout ascendant moral. [80][80] “Cette mesure qui paraît d’abord inhumaine est légitimée... Mais Noailles acheta les chiens pour des raisons de tactique et de propagande plus que d’éthique et c’est sur le plan pratique que sa décision doit être évaluée. Selon ces critères, l’utilisation de chiens s’avéra non seulement ignominieuse mais coûteuse et inefficace. Les chiens ne furent envoyés que trois fois au combat, chaque fois sans succès, et ne firent jamais la différence, ce qui eut le don d’agacer Rochambeau dans ses mémoires. Légèrement plus efficaces comme bourreaux, les chiens ne parvinrent pas néanmoins à terroriser les rebelles et incitèrent même les troupes coloniales à entrer en rébellion.

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Les achats de chiens continuèrent pourtant bien après que leur inutilité fut démontrée. En mai 1803, après l’échec de l’offensive Sud qui marqua la dernière utilisation des chiens au combat, Louis de Noailles écrivit de La Havane qu’il venait tout juste d’acheter « 106 chevaux et 300 chiens. Je les crois tels qu’on peut les désirer et je pense qu’il serait difficile d’en obtenir d’aussi bons à quelque prix que ce soit ». [81][81] Noailles à Rochambeau (8 mai 1803), 416AP/1, AN Soit il n’avait pas été informé du manque de succès des chiens à Saint-Domingue, soit (et c’est plus probable) il avait un intérêt financier à continuer ce coûteux programme. Selon un autre envoyé français à La Havane, « 300 chiens des rues au lieu de ceux propices à la chasse furent ramassés pour remplir au moins une certaine quantité et former une somme en ligne de dépense ». [82][82] Vermonnet à Decrès (8 août 1803), CC9/B22, AN Bien mal acquis ne profite jamais : Noailles mourut cette même année lors d’une attaque contre un navire anglais.

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Les chiens achetés à cette date tardive s’avérèrent encore plus inutiles que leurs prédécesseurs. Trois cents chiens embarqués en juin moururent quand le bateau coula. [83][83] Capt. Reynaud à Rochambeau (c. 3 June 1803), lot 225,... Cent cinq chiens, dans une cargaison de 289 chiens, moururent pendant le court trajet de La Havane à Cap-Français sur le brick La Sagesse en juillet. [84][84] Boyé à Daure (3 juil. 1803), no. 2667, CC9B/11, AN Quand la guerre reprit avec l’Angleterre, un navire anglais captura le schooner Diligente ayant à son bord « 100 limiers [bloodhounds] cubains destinés à accompagner l’armée combattant contre les noirs ». [85][85] Henry William Bayntun à John T. Duckworth (30 juin... En incluant les 100 chiens qui avaient débarqué du Napoléon en mars, ces 789 chiens représentent probablement la totalité des cargaisons envoyées de Cuba à Saint-Domingue pendant la guerre d’indépendance haïtienne. Soixante-quatre pour cent d’entre eux n’atteignirent jamais leur destination.

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Quand les escadres anglaises établirent un blocus de Saint-Domingue au cours de l’été 1803, les survivants de l’expédition, tant hommes que chiens, se retrouvèrent assiégés dans les ports. Au fil des mois, les garnisons affamées dévorèrent tout ce qui leur tombait sur la main, chevaux, canne à sucre, graines de coton… et les chiens, qui eurent enfin une fin utile en améliorant l’ordinaire de la troupe. [86][86] Rochambeau, “Aperçu général sur les troubles des colonies... Après avoir épuisé ses dernières réserves, l’expédition abandonna alors la colonie aux rebelles, qui déclarèrent l’indépendance en novembre 1803, puis de manière plus officielle le 1er janvier 1804. Haïti était née.

VI) Enjeux de mémoire

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L’inutilité, tant militaire que psychologique, des chiens de combat contraste avec la place qu’ils occupent dans la mémoire collective haïtienne. Voyageant en Haïti en 1826-1827, un consul anglais entendit souvent dire que « Rochambeau, pour entraîner ses limiers [bloodhounds], appâtait les malheureux prisonniers noirs en face de la maison du gouvernement, et ces pauvres hères étaient littéralement mis en pièces ». [87][87] Charles Mackenzie, Notes on Haiti Made during a Residence... Lorsqu’ils retracèrent les luttes révolutionnaires, les historiens et vétérans haïtiens du XIXe siècle donnèrent aux chiens une place de premier choix dans la litanie des atrocités commises par les Français ; c’est toujours le cas aujourd’hui. [88][88] Beaubrun Ardouin, Géographie de l’île d’Haïti (1832 ;...

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Dans la culture populaire, les chiens ont toujours été mal vus en Haïti, probablement en raison de leur rôle à l’époque coloniale. Pendant la guerre d’indépendance, les Français tuèrent un prêtre vodou qui tenait un gros chien blanc en laisse, peut-être pour se moquer de l’autorité des blancs. [89][89] Lacroix à Clauzel (11 oct. 1802), B7/17, SHD-DAT À la fin du XIXe siècle, un autre consul anglais nota que l’une des pires insultes en Haïti était « neg mangé chen » (ce noir mange des chiens). [90][90] Spenser St. John, Hayti or the Black Republic (1884 ;... Les chiens demeurent un symbole récurrent dans la culture populaire haïtienne. Ils apparaissent dans de nombreuses œuvres littéraires et plus d’une centaine de proverbes en Kreyòl tels que « sa k atè se pou chen » (ce qui est à terre c’est pour les chiens). [91][91] André Vilaire Chéry, Le chien comme métaphore en Haïti,... « L’État n’est pas ton ami » explique une chanson paysanne associant les chiens à l’autorité. « On ne peut résister à la force / Déteste le chien / Mais dis-lui que ses dents sont blanches ». [92][92] Joan Dayan, Haiti, History, and the Gods (1995 ; nouv....

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L’utilisation par la France de chiens de combat, anecdotique sur le plan militaire et pourtant si célèbre, n’est pas sans rappeler le concept de « lieux de mémoire » cher à Pierre Nora : ces monuments, lieux ou histoires qui servent de points d’appui à la mémoire collective. Dans un article de 1989, Nora ajouta que les sociétés agricoles postcoloniales ont particulièrement besoin de ces lieux de mémoire car ils n’ont pas assez de « milieux de mémoire », la « disparition de la culture paysanne » et les « ravages ethnologiques de la colonisation » ayant détruit leur mémoire collective originelle. La volonté politique qui est nécessaire pour créer et maintenir ces lieux de mémoire dans une société à la recherche de son passé est évidente dans le cas haïtien. [93][93] “Lieux de mémoire” de Pierre Nora, “Between Memory...

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Les chiens sont au cœur de la mémoire collective haïtienne car ils sont devenus une métaphore pour les horreurs de l’impérialisme. Utiliser des rebelles pour nourrir des chiens les reléguait au statut d’animal. Utiliser des animaux pour démembrer des humains mettait aussi à nu la logique raciste de l’impérialisme et démentait le mythe selon lequel le colonialiste et le planteur agissaient pour le bien du « nègre ». S’attaquant aux politiques raciales de Napoléon Bonaparte dans la Caraïbe, l’abolitionniste Henri Grégoire ne manqua donc pas de mentionner l’utilisation de chiens par Rochambeau, imitant en cela Bartolome de Las Casas, qui avait utilisé le même exemple pour dénoncer la colonisation espagnole trois siècles plus tôt dans sa Destruction des Indes. De même, les patriotes haïtiens qui furent recolonisés en 1915-1934 (cette fois par les Américains) accusèrent les Marines d’avoir importé des chiens des Philippines pour dénoncer l’occupation de leur pays. L’accusation était sans fondement, mais elle déchaîna une tempête politique en Haïti et aux États-Unis. [94][94] Sur Grégoire, voir Henri Grégoire, De la littérature...

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Mettre en exergue un crime qui rappelait ceux des conquistadors espagnols permit aussi à Jean-Jacques Dessalines, qui gouverna Haïti juste après l’indépendance, d’établir un parallèle entre deux peuples, les Amérindiens taïnos et les esclaves africains, qui n’avaient aucun lien de parenté mais qui avaient tous deux souffert de l’impérialisme européen – des « frères de sang » en quelque sorte. Il rebaptisa ainsi Saint-Domingue (nom franco-espagnol) Haïti (mot taïno), donna à son armée le titre délirant d’ « Armée des Incas » et dit avoir « vengé l’Amérique », ce qui lui permit de prouver que son régime, loin d’être un simple agrégat d’esclaves rebelles, était l’héritier légitime de civilisations anciennes en lutte avec un Ancien Monde dépravé. [95][95] Sur le lien entre Taïnos et Haïtiens, voir Dessalines...

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De manière plus générale, la parabole du chien mangeur d’hommes permit à l’état haïtien d’acquérir une légitimité à une époque où l’esclavage restait la norme dans la région, la France considérait Haïti comme une colonie rebelle, et les Haïtiens avaient mauvaise presse pour avoir massacré les planteurs blancs dans les mois suivant l’indépendance. Pour justifier les massacres de 1804 et le droit d’Haïti à l’auto-détermination, les Haïtiens dénoncèrent donc la vision idéaliste de l’impérialisme véhiculée par les auteurs européens en insistant sur le fait que les Français, qui avaient offert des noirs en pâture aux chiens, avaient perdu toute crédibilité dans leur mission civilisatrice. « Hommes blancs », entonna un général haïtien après avoir décrit l’exécution de mars 1803, « si vous aviez entrevu ce sein désossé, ces membres épars, ces lambeaux palpitans, ces chairs meurtries par des quadrupèdes carnassiers, vous ne parleriez plus de vos bons traitemens ! Vous ne seriez plus étonnés du juste droit de représailles ! » [96][96] Cressé, Histoire de la catastrophe, p. 67 Telle fut au final la principale contribution des terribles chiens mangeurs d’hommes : non pas comme instruments de guerre mais comme acteurs d’un récit de victimisation sous-tendant le droit d’Haïti d’exister en tant qu’état souverain.

Notes

[1]

Le départ immédiat des chiens de Cuba est mentionné Louis de Noailles à Hector Daure (23 fév. 1803), 416AP/1, Archives Nationales, Paris (AN). Les chiens arrivèrent début ventôse (fin février – début mars) selon Pamphile de Lacroix, “Mémoire secret sur l’armée et la colonie de Saint-Domingue” (c. 1803), p. 41, Pièce 98, AF/IV/1212, AN. Les chiens étaient préparés pour leur première mission au 7 mars selon Pierre Thouvenot, [Sans titre] (4-6 mars 1803), Ms. Hait. 66-220, Boston Public Library. Il est donc probable que l’exécution eut lieu le 1er mars, comme indiqué dans H. Pauléus Sannon, de Toussaint Louverture vol. 3 (Port-au-Prince : Héraux, 1920-1933), p. 152, et non “fin 1802” selon Laurent Dubois, Avengers of the New World: The Story of the Haitian Revolution (Cambridge: Harvard University Press, 2004), p. 292

[2]

Charles Hamilton Smith, History of Dogs; Canidae or Genus Canis of Authors; Including also the Genera Hyaena and Proteles vol. 2 (Edinburgh: W. H. Lizars, 1840), p. 121. Le chien décrit ici fut acheté près de Sámana, servit à Saint-Domingue, puis fut amené à la Jamaïque après l’évacuation française. Merci à Jonathan North pour m’avoir parlé de ce livre

[3]

Sur l’exécution, voir Lacroix, “Mémoire secret”, p. 41, écrit par un général français qui servit dans l’expédition Leclerc ; A. J. B. Bouvet de Cressé, éd., Histoire de la catastrophe de Saint-Domingue (Paris : Peytieux, 1824), p. 63-68, qui reproduit le récit de l’officier mulâtre Juste Chanlatte ; Jean-Baptiste Lemonnier-Delafosse, Seconde campagne de Saint-Domingue du 1er décembre 1803 au 15 juillet 1809, précédée de souvenirs historiques et succints de la première campagne (Le Havre : Brindeau et compagnie, 1846), p. 66-68, écrit par un marin français qui servit dans l’expédition Leclerc ; Thomas Madiou, Histoire d’Haïti vol. 2 (Port-au-Prince : Courtois, 1847), p. 411-412, ouvrage historique basé sur des entretiens avec des vétérans haïtiens ; and Beaubrun Ardouin, Études sur l’histoire d’Haïti vol. 5 (Paris : Dezobry et Magdeleine, 1853-1860), p. 391-393, un autre ouvrage basé sur des entretiens

[4]

L’exécution eut lieu aux Religieuses selon Bouvet de Cressé, de la catastrophe, p. 64. L’ancien palais du gouvernement près de la place d’armes est mentionné Madiou, Histoire d’Haïti vol. 2, p. 441 et Ardouin, Études sur l’histoire d’Haïti vol. 5, p. 391. Lemonnier parle de l’habitation Charrier à Haut-du-Cap (où l’ordre des Religieuses avait vécu en 1781-1783) : voir Lemonnier-Delafosse, Seconde campagne de Saint-Domingue, p. 66. Sur cet ordre, voir Gabriel Debien, “Les religieuses du Cap à Saint-Domingue”, Revue d'histoire de l'Amérique française 3:3 (1949), p. 402-422

[5]

Sur les motifs de Rochambeau, voir Cressé, Histoire de la catastrophe, p. 66 ; Madiou, Histoire d’Haïti vol. 2, p. 411 ; Ardouin, Études vol. 5, p. 391. Sur l’importance des chiens, voir Marcus Rainsford, An Historical Account of the Black Empire of Hayti (London: Albion Press, 1805), p. 339, 426-429

[6]

Ardouin, Études vol. 5, p. 340. Voir aussi Denis Laurent-Ropa, Haïti : Une colonie française, 1625-1802 (Paris : L’Harmattan, 1993), p. 301 ; Dubois, Avengers of the New World, p. 292

[7]

[Louis Marie] Turreau, “Plan pour la conquête de Saint-Domingue” (c. June 1801), B7/1, Service Historique de la Défense —Département de l’Armée de Terre, Vincennes (SHD-DAT)

[8]

Napoléon Bonaparte, “Notes pour servir aux instructions à donner au capitaine général Leclerc (31 Oct. 1801)”, in Paul Roussier, éd., Lettres du général Leclerc (Paris : Société de l’histoire des colonies françaises, 1937), p. 263-274

[9]

Denis Decrès à Rochambeau (12 mars 1803), CC9/B22, AN

[10]

Sur la bibliothèque de Victoire Leclerc, voir “Procès verbal d’énumération et estimation des divers effets provenant de la succession du général en chef Leclerc” (10 nov. 1802), CC9/B23, AN. Sur Las Casas et Raynal, voir Guillaume Raynal, Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes vol. 3 (Amsterdam, 1773), p. 15 ; Bartolome de las Casas, A Short Account of the Destruction of the Indies (1559 ; nouv. éd., Penguin Books : 1999), p. 120-125

[11]

Gambart à Leclerc (27 mars 1802), Box 3/162, Rochambeau Papers, University of Florida, Gainesville (RP-UF)

[12]

Roger Norman Buckley, éd., The Haitian Journal of Lieutenant Howard, York Hussars, 1796-98 (Knoxville : University of Tennessee Press, 1985), p. xlvi

[13]

Adam Williamson à [Don Juan Nepomuceno de Quintana] (10 fév. 1796) et Quintana à Williamson (25 fév. 1796), in José Luciano Franco, éd., Documentos para la historia de Haití en el Archivo Nacional (Havana, Cuba: Publicaciones des Archivo Nacional de Cuba, 1954), p. 104-105 ; Ashli White, Encountering Revolution: Haiti and the Making of the Early Republic (Baltimore: Johns Hopkins University Press, 2010), p. 82

[14]

John Bostock et Henry T. Riley, The Natural History of Pliny vol. 2 (London: Taylor and Francis, 1855), p. 312

[15]

“Je n’avais point perdu de vue les chiens dont vous me demandez 500. Cette race a été presque perdue, et le peu qu’il y en a, vient du Mexique. Il serait impossible de compléter le nombre que vous me demandez.” De François Lequoy-Mongiraud à Leclerc (4 mars 1802), BN08268 / lot 77, RP-UF. “Le général Leclerc avait écrit au gouvernement [espagnol] pour avoir des chiens, il n’a pu en avoir que trois.” De Noailles à Donatien de Rochambeau (30 déc. 1802), 416AP/1, AN

[16]

Daure et Rochambeau, “Instructions pour le général de brigade Noailles” (14 déc. 1802), B7/9, SHD-DAT ; Ardouin, Études vol. 5, p. 340

[17]

Rochambeau à Decrès (7 déc. 1802), CC9B/19, AN

[18]

Rochambeau au marquis de Someruelos (21 mai 1803), in Franco, Documentos para la historia de Haití, p. 150

[19]

Selon certaines sources, Noailles resta en Jamaïque jusqu’au 28 décembre : George Nugent à John Sullivan (26 déc. 1802), CO 137/109, British National Archives (BNA) ; Philip Wright, éd., Lady Nugent’s Journal of her Residence in Jamaica from 1801 à 1805 (Kingston, Jamaica : University of the West Indies Press, 2002), p. 138. Mais Noailles écrivit de La Havane dès le 24 décembre : voir Noailles à Daure (24 déc. 1802), 416AP/1, AN ; Noailles à Rochambeau (30 déc. 1802), 416AP/1, AN

[20]

Noailles à Rochambeau (30 déc. 1802), 416AP/1, AN

[21]

Ardouin, Études vol. 5, p. 341. Une source raconte que les chiens coûtaient 50 piastres pièce (à peu près 400 francs, soit 315 000 francs pour 789 chiens) : Noailles à Rochambeau (23 fév. 1803), lot 231, Vente Rochambeau (Philippe Rouillac). Une autre parle de 500 à 600 francs pièce (soit à peu près 400 000 francs) : B. A. Lenoir, “Notes sur l’état actuel de Saint-Domingue…” (c. 1804), Dossier 9, AF/IV/1213, AN

[22]

Noailles à Someruelos (10 fév. 1803), 416AP/1, AN

[23]

Sur Veracruz, voir Lanchamp, “Instructions pour suivre les traces d'une négociation de traites sur la Veracruz” (c. 1803), B7/12, SHD-DAT. Sur Carthagène, voir François Pons à Rochambeau (6 déc. 1802), Box 14/1416, UF-RP ; Leblond Plassan à Decrès (12 déc. 1802), BB4 163, Service Historique de la Défense—Département de la Marine, Vincennes (SHD-DM). Sur Caracas, voir Thouvenot à Lemoine Villaroy (18 avr. 1803), B7/20, SHD-DAT ; Roos à Rochambeau (13 sept. 1803), Box 20/2079, RP-UF

[24]

Noailles à Rochambeau (18 fév. 1803), 416AP/1, AN ; Jean Vermonnet à Decrès (8 août 1803), CC9/B22, AN

[25]

Someruelos, “Instrucción que se da al Sr. D. Francisco de Arango para la commission con que pasa al Guarico” (5 mars 1803), in Franco, Documentos para la historia de Haití, p. 234-237

[26]

Someruelos à Noailles (21 avr. 1803), 416AP/1, AN

[27]

“Le ministre du trésor public enverra à Saint-Domingue un inspecteur de la trésorerie, avec ordre d’arrêter les registres du payeur général, d’annuler les traites et de revenir sur le champ en France. Le même ministre fera connaître aux payeurs de Saint-Domingue… que toute lettre de change ou traite sur le trésor public, qui ne serait pas motivée sur une lettre d’un ministre autorisant la dépense dont ils feront ainsi les fonds, ne sera pas acquittée.” De Bonaparte à Ministre du Trésor Public (22 avr. 1803), in Correspondance de Napoléon Ier publiée par ordre de l’empereur Napoléon III vol. 8 (Paris : Plon et Dumaine, 1861), p. 288

[28]

Noailles à Daure (23 fév. 1803), 416AP/1, AN

[29]

Madiou, Histoire d’Haïti vol. 2, p. 411 ; Ardouin, Études vol. 5, p. 392

[30]

Thouvenot à Rochambeau (15 sept. 1803), B7/10, SHD-DAT

[31]

Jacques Boyé à Bertrand Clauzel (7 mars 1803), no. 2043, CC9B/11, AN ; Adj. Cdt. Maillard à Michel Claparède (10 mars 1803), no. 1091, CC9B/10, AN

[32]

Rochambeau à Decrès (29 mars 1803), CC9A/33, AN

[33]

Daure and Rochambeau, “Extrait des instructions données… au Général Boyer” (printemps 1803), CC9A/34, AN

[34]

Rochambeau à [Noailles] (13 mars 1803), B7/9, SHD-DAT

[35]

Rochambeau, “Précis des opérations de l’expédition de Saint-Domingue de 1802 à 1803” (6 oct. [déc. ?] 1803), CC9A/36, AN

[36]

Pierre Boyer à Decrès (10 mars 1803), CC9A/34, AN

[37]

Boyer à Jean-Baptiste Brunet (23 août 1802), B7/6, SHD-DAT

[38]

Brunet à Leclerc (26 août 180]), 135AP/6, AN

[39]

Rochambeau à Decrès (14 mars 1803), CC9A/33, AN

[40]

Jean-Baptiste Guillemain de Vaivres, “Extrait d’un état adressé par le commandant en chef de l’armée navale de Saint-Domingue…” (20 fév. 1802), CC9/B23, AN

[41]

Leclerc à Bonaparte (16 sept. 1802), in Roussier, Lettres, p. 228

[42]

Sur l’utilisation de noirs comme chiens de chasse, voir Michel-Étienne Descourtilz, Voyage d’un naturaliste en Haïti, 1799-1803 (1809 ; nouv. éd. Paris : Plon, 1935), p. 57

[43]

Noailles à Daure (12 fév. 1803), 416AP/1, AN

[44]

Thouvenot à Hugues-Bernard Maret (8 mars 1803), B7/20, SHD-DAT

[45]

Thouvenot, “Plan de campagne” (6 mars 1803), B7/9, SHD-DAT. Voir aussi Thouvenot à Senneville (9 mars 1803), B7/20, SHD-DAT

[46]

Thouvenot à Capt. Roi (7 sept. 1802), B7/20, SHD-DAT

[47]

Sur le courage des rebelles, voir Leclerc à Bonaparte (7 oct. 1802), in Roussier, Lettres, p. 253-260 ; Lemonnier-Delafosse, Seconde campagne de Saint-Domingue, p. 70-71 ; Pamphile de Lacroix, La révolution de Haïti (1819 ; nouv. éd. Paris : Karthala, 1995), p. 364

[48]

Thouvenot à Lespinasse (8 mars 1803), B7/20, SHD-DAT

[49]

Thouvenot à Lespinasse (8 mars 1803), B7/20, SHD-DAT

[50]

Rainsford, An Historical Account, 339, p. 423-429

[51]

Daure à Decrès (6 mars 1803), CC9/B20, AN

[52]

Boyé à Adj. Cdt. Ramet (8 mars 1803), no. 2053, CC9B/11, AN

[53]

Jacques Boyé à Adj. Cdt. Boscu (8 mars 1803), no. 2055, CC9B/11, AN

[54]

Boyé à Louis-René de Latouche-Tréville (9 mars 1803), no. 2059, CC9B/11, AN ; Adj. Cdt. Maillard à Claparède (10 mars 1803), no. 1091, CC9B/10, AN

[55]

Boyé à Boscu (9 mars 1803), no. 2063, CC9B/11, AN. Voir aussi Maillard à Rochambeau (9 mars 1803), no. 1084, CC9B/10, AN

[56]

Maillard à Boscu (9 mars 1803), no. 1086, CC9B/10, AN. Voir aussi Boyé à Clauzel (7 mars 1803), no. 2043, CC9B/11, AN

[57]

“Il sera nécessaire, pour les mettre au goût, de leur donner avant de les lâcher des appas.” Maillard à Boscu (9 mars 1803), no. 1086, CC9B/10, AN

[58]

Sannon, Histoire de Toussaint Louverture vol. 3, p. 152. La date (6 mai 1803) et le récipiendaire (Ramel) de la lettre ne correspondent pas à la chronologie

[59]

Lacroix, “Mémoire secret”, p. 42

[60]

Clauzel à Rochambeau (26 mars 1803), no. 1212, CC9B/10, AN ; Boyer, “Ordre du jour” (27 mars 1803), CC9/B22, AN

[61]

Philippe-Albert de Lattre, Campagne des Français à Saint-Domingue et réfutation des reproches faits au Capitaine-Général Rochambeau (Paris : Locard, 1805), p. 171

[62]

Lacroix, “Mémoire secret,” p. 42

[63]

Capt. Lhermitte à Rochambeau (29 mars 1803), BN08269 / lot 103, RP-UF ; Daure à Decrès (31 mars 1803) CC9/B20, AN

[64]

Ardouin, Études vol. 5, p. 397 ; Madiou, Histoire d’Haïti vol. 3, p. 18. Voir aussi Sannon, Histoire de Toussaint Louverture vol. 3, p. 145 ; Claude Auguste et Marcel Auguste, L’expédition Leclerc, 1801-1803 (Port-au-Prince: Henri Deschamps, 1985), p. 272 ; Dubois, Avengers of the New World, p. 292

[65]

Lenoir, “Notes sur l’état actuel de Saint-Domingue…”

[66]

Rochambeau à Brunet (29 mars 1803), B7/9, SHD-DAT; Thouvenot à Brunet (29 mars 1803), B7/20, SHD-DAT

[67]

Thouvenot à Alexandre Berthier (10 mai 1803), B7/10, SHD-DAT

[68]

Rochambeau, “Précis des opérations de l’expédition de Saint-Domingue de 1802 à 1803” (6 oct. [déc. ?] 1803), CC9A/36, AN. Voir aussi Rochambeau, “Aperçu général sur les troubles des colonies françaises de l’Amérique, suivi d’un précis de la guerre dans cette partie du monde” (c. 1805), p. 85, 1M593, SHD-DAT

[69]

Rochambeau à Decrès (31 mars 1803), CC9A/34, AN

[70]

Louis Boisrond-Tonnerre, “Mémoire pour servir à l’histoire d’Hayti” (22 juin 1804), p. 42, CC9B/27, AN. Voir aussi Baron de Vastey, Revolution and Civil Wars in Haiti (1823 ; nouv. éd., New York : Negro University Press, 1969), p. 35

[71]

“Pour mieux allumer chez eux la soif du sang des nègres, on en livra journellement à leur férocité.” De Lacroix, “Mémoire secret”, p. 41. Sur la fréquence des exécutions au Cap, voir ausi Lacroze, “Mémoire contenant un aperçu succinct des événements survenus à Saint-Domingue…” (1804), CC9/B23, AN ; Anon., History of the Island of St. Domingo, from its First Discovery by Columbus à the Present Period (1818 ; nouv. éd., New York: Mahlon Day, 1824), p. 165 ; Franco, Documentos para la historia de Haití, p. 152-154, 237-259

[72]

« Des dogues, qui nageaient autour des chaloupes, déchiraient ceux qui revenaient à la surface de l’eau ». De Madiou, Histoire d’Haïti vol. 2, p. 412. Voir aussi Rainsford, Historical Account, p. 326

[73]

Procureur assistant du tribunal du Cap au juge Ludot (27 mars 1803), CC9/B21, AN

[74]

Lacroix, “Mémoire secret,” p. 41. Souligné dans l’original

[75]

Francis Alexander Stanislaus de Wimpffen, A Voyage to Saint Domingo in the Years 1788, 1789, and 1790 (London: T. Cadell, 1797), p. 135

[76]

Lacroix, “Mémoire secret”, p. 41 ; Lacroix, La révolution de Haïti, p. 360

[77]

Thouvenot à Clauzel (20 avr. 1803), B7/20, SHD-DAT; Arango, “Comisión de Arango en Santo Domingo”, p. 237-259; Poterat, “Mémoire sur la colonie de Saint-Domingue” (8 sept. 1803), CC9A/35, AN

[78]

Jean-Jacques Dessalines au ministre anglais (2 sept. 1803), CO 137/110, BNA

[79]

Nicolas Geffrard à Sebastián Kindelán (14 sept. 1803), in Franco, Documentos para la historia de Haití, p. 152-154

[80]

“Cette mesure qui paraît d’abord inhumaine est légitimée par les tortures que ces scélérats font éprouver à tous ceux de nous qui ont le malheur de tomber entre leurs mains, et les chiens éprouveront une telle terreur à ces brigands, qu’étant sans espoir de nous échapper, ils se rendront à discrétion.” Thouvenot à Lespinasse (8 mars 1803), B7/20, SHD-DAT

[81]

Noailles à Rochambeau (8 mai 1803), 416AP/1, AN

[82]

Vermonnet à Decrès (8 août 1803), CC9/B22, AN

[83]

Capt. Reynaud à Rochambeau (c. 3 June 1803), lot 225, Vente Rochambeau (Philippe Rouillac)

[84]

Boyé à Daure (3 juil. 1803), no. 2667, CC9B/11, AN

[85]

Henry William Bayntun à John T. Duckworth (30 juin 1803), ADM 1/253, BNA. Voir aussi “A list of vessels captured by his majesty’s ships…” (juil. 1803), ADM 1/253, BNA ; Capit. de Frégate Le Bastard à Decrès (23 oct. 1803), BB4 182, SHD-DM

[86]

Rochambeau, “Aperçu général sur les troubles des colonies françaises de l’Amérique, suivi d’un précis de la guerre dans cette partie du monde” (c. 1805), p. 105, 1M593, SHD-DAT ; Charles d’Hénin, “Conseil de Guerre”, (2 sept. 1803), 135AP/3, AN ; Barquier à Ernouf (24 Apr. 1809), B7/18, SHD-DAT

[87]

Charles Mackenzie, Notes on Haiti Made during a Residence in that Republic vol. 1 (1830 ; nouv. éd., London : Frank Cass, 1971), p. 231

[88]

Beaubrun Ardouin, Géographie de l’île d’Haïti (1832 ; nouv. éd., Port-au-Prince ; T. Bouchereau, 1856), p. 9 ; Vastey, Political Remarks, p. 169, 196

[89]

Lacroix à Clauzel (11 oct. 1802), B7/17, SHD-DAT

[90]

Spenser St. John, Hayti or the Black Republic (1884 ; nouv. éd., London: Frank Cass, 1971), p. 151

[91]

André Vilaire Chéry, Le chien comme métaphore en Haïti, Analyse d'un corpus de proverbes et de textes littéraires haïtiens (Port-au-Prince: Ethnos, 2004)

[92]

Joan Dayan, Haiti, History, and the Gods (1995 ; nouv. éd., Berkeley: University of California Press, 1998), p. 96

[93]

“Lieux de mémoire” de Pierre Nora, “Between Memory and History: Les Lieux de Mémoire”, Representations 26 (Printemps 1989), p. 7

[94]

Sur Grégoire, voir Henri Grégoire, De la littérature des nègres (Paris: Maradan, 1808), p. 53. Sur l’invasion de 1915, voir Robert D., Nancy G. et Michael Heinl, Written in Blood: The Story of the Haitian People, 1492-1995 (New York: University Press of America, 1996), p. 446

[95]

Sur le lien entre Taïnos et Haïtiens, voir Dessalines à un ministre anglais (2 sept. 1803), CO 137/110, BNA ; Boisrond-Tonnerre, “Mémoire pour servir à l’histoire d’Hayti”, p. 1. “Armée des Incas” dans Rochambeau à Decrès (31 août 1803), CC9A/34, AN. “Vengé l’Amérique” dans Dessalines, “Proclamation” (28 Apr. 1804), AB/XIX/3302/15, AN

[96]

Cressé, Histoire de la catastrophe, p. 67

Résumé

Français

L’article examine l’utilisation de chiens de combat pendant l’expédition Leclerc-Rochambeau en Haïti (1802- 1803), un épisode souvent mentionné dans les livres sur la Révolution Haïtienne mais rarement étudié de manière systématique. Les chiens, achetés à Cuba par Louis de Noailles après une première demande par le capitaine général Victoire Leclerc, auraient pu théoriquement aider les Français à réprimer l’insurrection, mais leur utilité s’avéra limitée sur le plan militaire. Ils ne furent employés que trois fois au combat et furent à chaque fois inutiles voire même dangereux. Contrairement à ce qui est souvent écrit, l’utilisation des chiens comme arme psychologique sous Donatien de Rochambeau fut aussi un échec. Même les exemples choquants de chiens dévorant des prisonniers ne parvinrent pas à diminuer l’ardeur des rebelles haïtiens ; au contraire, ces atrocités incitèrent les personnes de couleur à déserter ou à se venger. L’importance historique des chiens de combat est donc d’ordre mémoriel, en tant que symboles des horreurs de l’impérialisme venant justifier le droit d’Haïti à l’auto-détermination.

English

The article examines the use of combat dogs during the Leclerc-Rochambeau expedition to Haiti (1802-1803), an episode often mentioned in histories of the Haitian Revolution but never studied in scholarly fashion. The dogs, purchased in Cuba by Louis de Noailles at the instigation of expeditionary leader Victoire Leclerc, could theoretically have assisted French forces in counterinsurgency operations, but their actual military contribution proved very limited. There are only three documented instances of their use, all of which showed the dogs to be inefficient or even dangerous to their own side. Contrary to popular perception, the dogs’ secondary use as a psychological weapon of terror under Donatien de Rochambeau also proved a failure. Even when the dogs were given such horrific tasks as devouring rebel prisoners, they failed to diminish Haitian rebels’ will to fight and in fact prompted even more defections and reprisals. The dogs’ historical relevance thus lies within the realm of public memory: as symbols of the horrors of imperialism and as a powerful argument for Haiti’s right to selfdetermination.

Plan de l'article

  1. I) Les décideurs
  2. II) Motivations
  3. III) Les chiens au combat
  4. IV) La guerre psychologique
  5. V) Bilan
  6. VI) Enjeux de mémoire

Pour citer cet article

Girard Philippe R., « L'utilisation de chiens de combat pendant la guerre d'indépendance haïtienne », Napoleonica. La Revue, 3/2012 (N° 15), p. 54-79.

URL : http://www.cairn.info/revue-napoleonica-la-revue-2012-3-page-54.htm
DOI : 10.3917/napo.123.0054


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