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Natures Sciences Sociétés

2006/1 (Vol. 14)



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L’actualité, parfois sur le mode dramatique, rappelle combien le projet éditorial de NSS est au cœur des préoccupations majeures des sociétés contemporaines. Du tsunami à Katrina et au tremblement de terre du Cachemire pakistanais, les listes de victimes anonymes obligent à une lecture sociale des catastrophes naturelles : quelle que soit la région, les plus pauvres sont toujours les plus touchés. Cette vulnérabilité est au cœur des rapports entre les sociétés et les techniques qu’elles se donnent, comme en témoignent encore les risques liés aux maladies émergentes ou non éradiquées, aux technologies – du nucléaire revendiqué par l’Iran et la Corée du Nord à la nappe de benzène de la rivière Songhua en Chine –, au réchauffement climatique enfin reconnu comme la grande affaire de ce siècle. Quant à la question énergétique, l’augmentation du prix du pétrole ne fait qu’en souligner l’urgence mais aussi une incroyable incurie vis-à-vis de choix collectifs des modes de vie à l’échelle d’une planète où, pour l’heure, se côtoient le paysan du Darfour condamné par la guerre à mourir de faim et l’obèse du quinquagénaire McDonald’s...

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Le projet éditorial de NSS est au centre de tels événements parce qu’il interroge les rapports que les sociétés entretiennent avec les natures dans lesquelles elles évoluent, à travers les sciences et les techniques. La complexité de ces rapports oblige à la fois à une analyse disciplinaire et à une démarche relevant d’une véritable culture pluridisciplinaire. La revue veut être la tribune de ceux qui, dans leurs activités de recherche, font un tel choix. En rendre compte selon les canons de l’évaluation disciplinaire n’est pas aisé, particulièrement quand la lecture critique des articles qui nous sont proposés vise la qualité scientifique tout en tenant compte du risque pris par les chercheurs engagés sur la voie de l’interdisciplinarité. Il ne s’agit pas ici d’une question de chapelle, encore moins de mode au moment où une telle voie semble faire consensus. Il s’agit de construire un mode de travail susceptible de répondre aux nouvelles contraintes que l’évolution des rapports entre natures, sciences et sociétés pose aux pratiques scientifiques. C’est la raison pour laquelle le dossier « Interdisciplinarité » de NSS, après avoir interrogé les pratiques institutionnelles, doit à présent s’ouvrir aux questions épistémologiques posées au sein des différents domaines scientifiques. Nous engageons pour cela une réflexion critique sur ce que nous avons déjà publié, pour une mise en débat avec nos lecteurs. Car, s’il est un acquis de la revue depuis son origine, c’est que rien n’est aussi difficile, sur les plans théorique et méthodologique, que de mettre en œuvre de telles pratiques.

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C’est aussi pourquoi nous tenons à une diversité de rubriques qui permette de rendre compte des nombreux chemins empruntés par nos auteurs pour traiter de questions aussi diverses que celles d’alimentation, de santé, d’énergie, de biodiversité, de développement, de biotechnologies, etc. Mais cette diversité ne prend vraiment tout son sens que si elle s’épanouit dans un débat permanent qu’expriment les commentaires d’Articles ou de Forums, les Libres opinions ou les Regards qui rendent compte de l’expérience d’acteurs praticiens, membres ou pas d’un collectif de recherche, les Actualités de la recherche ou la Vie scientifique qui donnent à voir une pensée collective en train de se construire. L’aspiration au débat des lecteurs de NSS s’exprime encore dans les comptes rendus de lecture proposés à la revue – une rubrique que la richesse et l’intérêt nous conduisent à dénommer désormais « Ouvrages en débat », en invitation à poursuivre dans une voie ouverte par nos lecteurs eux-mêmes.

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Nous devons rester conscients des efforts à fournir… et de nos limites. En consacrant un numéro par an à un dossier thématique – sur l’alimentation et la santé l’an passé, sur l’engagement des chercheurs cette année –, la revue tente de répondre aux nombreuses sollicitations dont elle est l’objet pour rendre compte d’expériences collectives de recherche générées par le choix interdisciplinaire. En s’ouvrant à des collègues américains, comme dans ces deux derniers numéros, elle tente d’attirer des chercheurs étrangers, mais elle ne saurait en rester là. Nous invitons tous nos lecteurs à profiter de leur insertion dans des réseaux internationaux pour engager des chercheurs étrangers à nous soumettre un article, un forum, un témoignage… illustrant d’autres expériences de recherche sur les rapports entre natures, sciences et sociétés. Car NSS doit aussi participer à l’émergence de ce nouvel espace d’activité scientifique qui, comme nous le rappelions dans un éditorial récent, fait du commerce des idées une « science planétaire ».

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Ces choix éditoriaux, inscrits dans la continuité du projet initial de la revue, tentent de répondre aux nouveaux défis d’une recherche confrontée à l’urgence d’un autre développement des sociétés humaines. L’actualité que nous voulons soumettre à l’analyse critique, c’est aussi celle d’expériences pour une autre démocratie qui substituerait la maîtrise des choix collectifs pour nous et les générations futures à la quête d’une maîtrise absolue sur les objets qui nous entourent et les techniques que nous concevons. Mieux répondre aux questions que les sociétés posent aux sciences et aux techniques, mieux répondre également aux défis que les sciences et les techniques posent aux sociétés : parmi bien d’autres, notre revue ambitionne d’accomplir cette tâche. Avec et grâce à ses lecteurs.

Natures Sciences Sociétés : an editorial objective tuned to current concerns

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Current events underscore, at times dramatically, the degree to which the major concerns of contemporary societies are central to the editorial aims and scope of the journal NSS. From last year’s tsunami through to Katrina and the Northern Pakistan earthquake, the long list of anonymous victims prompts us to a social approach to natural disasters : whatever the region those most severely hit are always the poorest. Such vulnerability lies at the core of the relations between human societies and the techniques they have given themselves, as demonstrated by hazards linked to emergent or uneradicated diseases, to technologies – from the nuclear ambitions of Iran and Northern Korea to the benzene slick in the Songhua River, China – and to global warming at long last acknowledged as the major challenge of our century. As for the energy issue, increasing oil prices underscore if need be the urgent need for, as well as the unbelievable carelessness about, collective choices about ways of life at the scale of a planet where Darfur peasants fated by war to die of hunger coexist with the obese of the 50-year-old Mc Donald.

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In exploring the relationships which societies entertain through science and technology with the different natures in which they evolve, NSS’s editorial scope is positioned at the core of such events. The complexity of these relationships demands both disciplinary analyses and approaches based on truly interdisciplinary culture. The journal ambitions to act as a forum for all those people who take this option in their researchwork. Reporting on such work on the basis of purely disciplinary criteria is not easy, especially when the critical review of features submitted to us is focussed on scientific quality and simultaneously considers the risk taken by scientists engaged in interdisciplinarity. This is not a question of scientific ingroups, even less of fashion at a time when the interdisciplinary course seems to meet consensus. The challenge is to develop a working mode capable of addressing the new constraints posed to scientific practice by the evolving relationships between natures, sciences and societies. This is the reason why, after exploring institutional practices, the journal’s “Interdisciplinarity” dossier needs now to turn to epistemological issues raised within the different scientific fields. To this end we are engaging in critical reflection on features published up to now in order to trigger debate with our readers. Indeed one thing the journal has learnt since its birth is that nothing is as difficult theoretically and methodologically as putting such practices into action.

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This is also why we attach importance to having a diversity of sections that reflect the many avenues followed by our authors in dealing with issues as widely diverse as food, health, energy, biodiversity, development, biotechnologies, etc. This diversity will, however, only assume its full meaning if it evolves within a permanent debate such as expressed in commentaries on Articles and Forums, in Opinions and Interviews that report on the experiences of practitioners, whether involved or not in a research collective, in Research news or Scientific life : all these are an expression of collective thinking in the making. The desire of NSS readers to enter the debate is also expressed in the Books reviews proposed to the journal : because of its richness and interest we decided to rename this section “Book Discussion”, as an invitation to forge ahead along the path opened by our readers.

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We must remain aware of efforts to be made… and of our limitations. By devoting a yearly issue to a specific topic - food and health last year, researcher commitment this year – the journal seeks to answer the many demands it receives to report on collective research experiences that result from opting for interdisciplinarity. In opening the journal to American colleagues as in the past two issues, NSS seeks to attract researchers from countries outside France. Yet this is not enough. We invite our readers to use the opportunity of their involvement in international scientific networks to encourage foreign researchers to submit papers to us in the form of articles, forums or reports illustrating other research experiences on the relationships between natures, sciences and societies. Indeed, NSS must also contribute to the emergence of the new area of scientific activity which, as mentioned in a recent editorial, builds a “planetary science” from the trading of ideas.

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In keeping with the initial aims and scope of the journal, our editorial choices seek to answer the new challenges of a research faced with the urgent need for an alternative development of human societies. The current developments we want to submit to a critical analysis also include experiences towards a different democracy where mastery over collective choices for us and for future generations would replace the quest for absolute control over the objects that surround us and the techniques we develop. Provide better answers to the questions posed by human societies to science and technology, as well as to the challenges set by sciences and techniques to human societies : these are amongst many others the tasks our journal ambitions to fulfil with, and thanks to, its readers.

Plan de l'article

  1. Natures Sciences Sociétés : an editorial objective tuned to current concerns

Pour citer cet article

Billaud Jean-Paul et al., « Natures Sciences Sociétés : l'actualité d'une ambition éditoriale », Natures Sciences Sociétés 1/ 2006 (Vol. 14), p. 1-3
URL : www.cairn.info/revue-natures-sciences-societes-2006-1-page-1.htm.

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