Négociations
De Boeck Université

I.S.B.N.9782804102876
226 pages

p. 7 à 9
doi: 10.3917/neg.011.0007

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n° 11 2009/1

2009 Négociations

Introduction

Arnaud Stimec Maria Bonnafous-Boucher
Ce numéro spécial de la revue Négociations est consacré aux articles sélectionnés à partir de la soixantaine de communications qui furent présentées à la 3e Biennale Internationale de la Négociation dont la thématique fut « Risques et négociations : recherche et applications ». Cet événement portant sur la négociation a réuni plus de 250 chercheurs représentant 19 pays, il s’est tenu les 14 et 15 novembre 2007 à NÉGOCIA, l’école de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris dédiée à la négociation commerciale et aux métiers commerciaux.
Concernant la thématique « Risques et négociations », le rapprochement des deux termes correspond à deux volets d’une problématique originale :
- La négociation peut être perçue comme étant une activité risquée car elle aménage des préférences initiales de deux parties en désaccord qui choisissent cependant et volontairement de s’accorder sur une certaine combinaison de leurs intérêts et préférences. Toute négociation comporte donc des risques liés par exemple au bien-fondé et aux conséquences des concessions consenties par chaque partie, ou au respect de la parole donnée ;
- Et la négociation peut être aussi considérée comme étant une activité s’exerçant dans des contextes risqués, ou devenus plus risqués, voire dangereux (car indéterminés).
Les résultats de la 3e Biennale Internationale de la Négociation ont montré la pertinence et l’actualité du choix de la thématique : « Risques et négociations ».
- Une pertinence épistémologique
Le rapprochement entre certaines notions ou faits s’est révélé à chaque fois fécond. En effet, l’épistémologie des sciences sociales a souvent valorisé l’intérêt de l’analogie, de la comparaison, du décloisonnement ou de la quête d’interdépendances. La revue Négociations, depuis sa création en 2004, apprécie et cultive cette approche décloisonnée, ainsi de: « Délibération et négociation », volume 2005/2 ; « Négociations et médiations », volume 2006/2 ; « Identités, reconnaissance et négociations », volume 2007/2.
En effet, proposer une conjonction entre « risques et négociations » revient à faire converger des interrogations ou interroger des convergences. Pour quelles raisons la problématique du risque et de sa gestion (qui occupe depuis quelques années le devant de la scène de la négociation tant auprès des chercheurs que des praticiens), est-elle contemporaine d’un intérêt équivalent celui du négocié, du « compromissoire » et de la difficile construction d’intérêts conjoints ?
Autrement dit, en rapprochant « risques » et « négociations », n’explorons-nous pas deux dimensions à la fois conjointes et causales de la modernité : le risqué et le négocié ? Et la société du risque, comme le titrait en 1986 l’ouvrage du sociologue allemand Ulrich Beck, peut se comprendre comme l’une des causes de la généralisation de l’autre : « l’âge de la négociation », pour reprendre l’expression de William Zartman en 1978. Quand le risque social, naturel, politique, technologique ou environnemental s’amplifie dans les faits ou dans les esprits, n’y a-t-il pas nécessité, pour tous les acteurs et décideurs concernés, d’accroître les débats et les échanges, de réfléchir aux formules de compromis, ou de confirmer de fragiles régulations sociales ? Pensons aux exemples de Tchernobyl, à la destruction des tours jumelles du World Trade Center, ou du refus de la Constitution européenne, aux grèves des cheminots français ou des sidérurgistes belges.
Inversement, quand l’autonomie et l’initiative des individus deviennent prépondérantes, quand les acteurs sociaux se pensent comme des sujets, qu’ils préfèrent le négocié à l’imposé, n’y a t-il pas, en filigrane le surgissement de risques nouveaux ? N’y a t-il pas alors risque de transgressions sociales, de refus des normes et des décisions collectives, ou encore de dysfonctionnements dans nos organisations (chacun n’en faisant plus qu’à sa tête et au nom de ce qu’il pense être son intérêt) ? Le rapprochement de ces deux problématiques « risques et négociations » n’est donc pas surprenant face au surcroît de négociations devenant risqué, du fait de leur prolifération face à l’émergence de risques nouveaux (ou bien d’une sensibilité sociale nouvelle à la question du risque), appelant un surcroît de négociations entre experts, pouvoirs institués, citoyens ou victimes.
- Actualité des travaux de recherche
Là aussi, le travail s’est révélé fécond. Que ce soit à propos du secret et de la transparence en négociation (Colson, Pruitt), du bluff stratégique (Kremenyuk), de la décision politique en organisation (Lassale-de Salins), l’examen de ces problèmes, « à la lumière » du risque, semble renouvelé. La négociation a été ainsi examinée dans des situations particulièrement délicates : multilatéralité (Pfetsch, Lassalle de Salins), questions identitaires (Deloffre, Zartman), recherche de la paix (Wennmann), risques majeurs d’affrontement généralisé (Kremenyuk) ou de terrorisme (Görzig). Or, si ces situations peuvent apparaître parfois extrêmes, elles enrichissent des négociations particulièrement d’actualité comme celles associées au débat public dans la conduite du changement collectif (Kaufman, Thomassian). In fine le risque demeure indissociable de la négociation, quel que soit le domaine comme le montrent les contributions variées de ce numéro spécial.
L’appréhension probabiliste du danger – ce qui est la définition même du risque : la probabilité d’être exposée à une menace – varie selon les cultures, les époques, les individus, les thèmes de négociation. C’est pourquoi nous avons souhaité rendre compte de cette variation, dans ce numéro, en privilégiant des approches novatrices et originales (le coût de la paix et des médiations internationales, la négociation avec les terroristes ou des groupes perçus comme tels) et la diversité culturelle (des auteurs russes, états-uniens, belges, français, allemands sont représentés ici). Cette diversité nous a conduit à proposer, à titre exceptionnel, un numéro bilingue composé pour moitié d’articles écrits en anglais (mais accompagnés de résumés en français).
Nous souhaitons au lecteur autant de plaisir et d’intérêt que nous en avons eu à composer ce numéro. Quant aux auteurs dont les communications n’ont pas été retenues, nous tenons à leur dire qu’une sélection est toujours difficile à réaliser. Le comité de rédaction a dû choisir les contributions lui apparaissant les plus significatives parmi les soixante-cinq communications tout en veillant à la cohérence générale du sommaire.
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