Nouvelle revue de psychosociologie
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I.S.B.N.9782749208275
244 pages

p. 181 à 182
doi: en cours

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Hommages

n° 4 2007/2

2007 Nouvelle revue de psychosociologie Hommages

Hommage à Maurice Jeannet

Eugène Enriquez Vincent Hanssens André Levy
Il y a quelques semaines nous avons eu la tristesse d’apprendre le décès de notre ami Maurice Jeannet, survenu après une longue maladie. Psychologue, profondément attaché à son pays, la Suisse, et à ses valeurs de tolérance et de fraternité, il fut, durant de très nombreuses années notre compagnon fidèle dans l’aventure de la psychosociologie. Avec sa personnalité hors normes, alliant rigueur, humour et originalité, il a ainsi contribué de façon essentielle aux expériences menées dans le cadre de l’arip, puis au moment de la fondation du cirfip. Son enthousiasme et la profondeur de sa pensée ont marqué de nombreuses générations de psychosociologues, en France, mais aussi en Suisse, comme professeur de psychologie sociale à l’université de Lausanne.
Son intérêt pour la psychosociologie n’est venu qu’après une longue expérience de consultant spécialisé dans la sélection des cadres. Psychologue de formation classique, expérimentale, il a su se dégager des illusions générées par cette orientation de pensée, et oser conduire, dans un ouvrage novateur et iconoclaste, une critique sans concession de la pratique même qui le faisait vivre. C’est ainsi qu’il a été conduit à s’intéresser à la psychosociologie clinique et à la psychanalyse, abandonnant progressivement son premier métier pour se consacrer essentiellement à celui de consultant et de formateur.
Dans un important article publié en 1985 dans la revue Connexions, il règle définitivement ses comptes avec la position expérimentaliste en psychologie, en montrant que celle-ci travaille sur des sujets abstraits, réactifs, dans des situations où le social et le psychologique sont considérés comme disjoints. Idée qu’il exprime à nouveau, mais de façon plus directe, dans ce langage cru, mais non sans humour, qu’il aimait tenir, dans la leçon d’adieu qu’il prononça devant ses étudiants au moment de prendre sa retraite de professeur à l’université de Lausanne où il avait exercé pendant vingt ans. « J’ai en effet toujours trouvé moralement suspect et scientifiquement scandaleux que, s’agissant d’entreprendre une recherche, certains psychologues se révèlent proprement infoutus d’éviter de mentir à leurs sujets, de soudoyer des compères et de se livrer avec leur aide à un trafic d’infâmes manipulations. »
Dans ce discours d’adieu, Maurice Jeannet donnait aussi à ses étudiants une leçon d’humanisme et d’humilité : « J’ai essayé comme j’ai pu de vous sensibiliser à la position clinique. Dans ce sens, j’ai tenté de dépasser quelques illusions et le caractère souvent mortifère des savoirs établis. Ce n’est assurément pas toujours facile ni toujours acceptable. Je me suis demandé quelquefois si j’avais raison. Un sociologue m’a dit un jour que le fait de travailler sur les illusions pouvait avoir un effet démobilisateur, mais je n’ai jamais compris, démobilisateur de quoi ? S’il s’agit d’illusions mortifères, je pense que j’ai eu raison. S’il s’agit au contraire de parterres de fleurs bleues et d’illusions motrices, je me suis partiellement trompé. Si je me suis trompé, je crois qu’on me pardonnera un jour parce que j’étais de bonne foi et que je l’ai, je crois, toujours fait avec humour. »
Le souvenir que nous laisse Maurice Jeannet est celui de ce travailleur infatigable, acharné, n’abandonnant jamais sa tâche de psychologue et d’homme, tâche qu’il comparait lui-même à celle de Sisyphe, d’un Sisyphe conscient de son destin, sachant qu’il n’y échapperait pas, mais heureux.
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