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AuteursFlorence Giust-Desprairies[*] [*] Florence Giust-Desprairies, professeur université Paris...
suitedu même auteur
André Lévy[**] [**] André Lévy, professeur émérite de psychologie sociale,...
suitedu même auteur
Ce numéro de la revue, consacré au système scolaire, paraît dans un moment où des réformes sont entreprises pour apporter des solutions à un système d’enseignement qui serait en crise, mal géré, inadapté. Elles devraient donc, à tout prix, être menées à bien, malgré les résistances qu’elles rencontrent chez les acteurs concernés, et notamment un corps enseignant qualifié de conservateur, imprégné d’idéologie et animé par le souci de défendre ses prérogatives et ses intérêts. Mais on peut se demander si cette « crise de l’enseignement » ne constitue pas surtout l’envers d’une crise plus générale d’une société en mutation, marquée par l’accroissement des écarts culturels et sociaux, le déclin des valeurs, le culte de la performance, l’incertitude quant à son avenir.
2 Dans un contexte où de nombreux ouvrages, articles de presse et revues spécialisées sont consacrés à ces questions, était-il utile d’ajouter une nouvelle publication ?
3 En répondant positivement, notre intention est d’apporter notre contribution à une approche de la complexité des questions posées dont les modes de traitement qui en sont faits nous apparaissent bien souvent faire symptôme. Au-delà des déclarations affichant la volonté de renforcer l’égalité des chances, respecter la diversité des publics, donner plus d’autonomie aux établissements, rationaliser leur gestion, rétablir l’autorité des maîtres, lutter contre la violence, revaloriser les connaissances… nous avons souhaité éclairer les contradictions plus profondes qui obscurcissent une réflexion sur les finalités de l’éducation dans la société d’aujourd’hui.
4 La question qui s’est d’abord posée, à nous, était de savoir s’il était pertinent de se ressaisir de la notion de crise, si souvent utilisée pour nommer les malaises de l’école. Le texte dont nous présentons un extrait ci-dessous, nous a encouragés à le faire :
5
suite. »
6 Ce regard, bien qu’ancien, paraît d’une étonnante actualité, l’« hypermodernité » actuelle n’a rien à envier à la « modernité » de celle évoquée dans cet extrait et si les questions que nous nous posons aujourd’hui ont des contenus actuels, celle de la finalité de l’école dans son lien au projet de société se pose toujours avec autant d’acuité.
7 Venant d’horizons divers – professeurs en sciences de l’éducation, chercheurs, directeur d’iufm, psychosociologues intervenant dans les établissements scolaires, philosophes… –, les auteurs ayant contribué à ce numéro s’accordent en effet à penser que les causes des difficultés rencontrées actuellement tant par les enseignants que par les autres acteurs des établissements sont à chercher, non seulement du côté du système d’éducation lui-même, mais aussi dans ce qui est à l’œuvre à l’intérieur de la société française, et plus généralement dans la crise de sens qui l’affecte.
8 Devant le constat de la difficulté croissante des enseignants à enseigner, Dominique Ottavi analyse la crise des finalités de l’éducation dans notre culture. C’est au niveau des principes de l’éducation que ces dernières lui semblent devoir être analysées : les espérances n’animent plus le projet éducatif. L’individu en formation est aujourd’hui incité à se plier à de nouvelles normes, tandis que l’horizon du progrès collectif s’est effacé des consciences.
9 Florence Giust-Desprairies analyse, quant à elle, comment les usages qui sont faits dans le champ scolaire des termes désignant l’hétérogénéité et leur hyperconvocation constituent une nouvelle modalité de neutralisation du divers qui ne permet pas de penser l’imbrication de l’injustice sociale et de la disqualification culturelle. Elle favorise la représentation d’une liaison entre différence et violence qui participe à produire des phénomènes de désocialisation dans les établissements scolaires.
10 Se plaçant d’un point de vue philosophique, Brigitte Frelat-Kahn met l’accent sur les contradictions de valeurs qui sous-tendent les modes d’organisation de l’école. On ne sait plus que croire, quel sens il faut privilégier, entre la prise en compte des spécificités culturelles et psychologiques et la visée d’universalité, entre une tradition mettant l’accent sur les objets de savoir et celle insistant sur les compétences, entre une conception politique centralisatrice et son incompatibilité avec une société multiple.
11 Magdalena Le Prévost s’appuie sur une analyse de discours pédagogiques et de recherches mettant en exergue des notions comme l’hétérogénéité, la diversité, la mixité, l’égalité des chances, pour tenter de déterminer quel a été l’impact de ces nouvelles références, introduites dès les années 1970, parallèlement à des dispositifs tels que le collège unique, du point de vue de la démocratisation de l’école. Elle constate que, paradoxalement, la multiplication des critères de différence contribue à un aplatissement des registres de l’identité, et au camouflage des dynamiques inégalitaires.
12 Les trois articles suivants s’intéressent davantage aux difficultés telles qu’elles se posent concrètement dans le fonctionnement de l’école.
13 Situant le problème au niveau de l’établissement scolaire, Danielle Hans fait référence à une intervention qu’elle a menée dans un tel cadre, et note que les structures organisationnelles et les représentations collectives qui y sont attachées font obstacle à la prise en compte de l’hétérogénéité des populations scolaires, contribuent à son déni, et empêchent de penser l’établissement comme une collectivité.
14 Dominique Gelin analyse de façon critique la réforme engagée pour la formation des enseignants du second degré, expliquant pourquoi, compte tenu des résistances qu’elle suscite en raison de son caractère ambigu, ainsi que des limites budgétaires, elle risque de manquer son objectif, c’est-à-dire répondre aux enjeux actuels de l’enseignement.
15 Sur la même question de la préparation des enseignants débutants, Clarisse Lecomte, à partir d’une observation menée dans un centre de formation, insiste sur les remaniements subjectifs impliqués par les débuts dans le métier. Elle montre pourquoi et comment un travail d’accompagnement clinique de ces enseignants novices peut les aider à affronter ces problèmes, plus qu’un apprentissage centré sur les gestes professionnels.
16 Deux articles enfin suggèrent des pistes selon lesquelles l’école, ou l’institution scolaire de façon plus générale, pourrait être repensée, pour répondre aux rigidités organisationnelles, idéologiques et psychologiques qui obèrent son fonctionnement et pèsent, de façon parfois insupportable, à la fois sur ceux qui en ont la charge, et sur ceux, les élèves, qu’ils ont en charge. Proposant de se décentrer du lieu clos que représente l’école, ils tentent de redéfinir la place et le rôle qui devraient être le sien dans l’ensemble de la société.
17 Ainsi, Françoise Hatchuel, tout en invoquant à son tour la question de la diversité, la situe non entre élèves, au sein d’une classe, mais entre générations, appelées à cohabiter, compte tenu de l’évolution démographique. Garantir une égalité réelle tout en respectant la filiation ; assumer une fonction de transmission, en constituant un lieu de passage ; telles seraient pour l’auteur les conditions nécessaires pour que l’école aide les enfants à vivre et à se constituer en sujets humains, et celles permettant à la société de survivre et de se perpétuer.
18 Rejoignant ce propos, et rappelant la distinction nécessaire, mais souvent éludée, entre les principes qui fondent l’organisation de la scolarité, qui privilégient la rationalité et l’universalité, et ceux de l’éducation permanente, axée sur les processus groupaux et les dimensions affectives du développement des individus, Jacques Ardoino et Guy Berger veulent souligner leur complémentarité. Ce serait, pour ces auteurs, la conjugaison de ces deux modalités de formation qui permettrait à l’école de se dégager des contraintes artificielles de l’institution, pour s’ouvrir à la société.
19 Enfin, lors d’un entretien avec Florence Giust-Desprairies, le sociologue François Dubet revient sur l’ensemble des questions qui affectent le système éducatif en France. Il interroge le sens que prend dans la société française la notion de « crise de l’école » et passe en revue à la fois les profondes transformations qui touchent le système scolaire et les raisons culturelles pour lesquelles on résiste à reformer un modèle conçu pour une élite sociale alors que la population scolaire s’est considérablement élargie et diversifiée, raisons qu’il rapporte au fait que l’école a hérité d’une fonction de salut qui est celle de l’Église, ou encore aux rigidités mentales, institutionnelles ou étatiques.
Notes
[ *] Florence Giust-Desprairies, professeur université Paris VII Denis-Diderot. giustdesprairies@wanadoo.fr
[ **] André Lévy, professeur émérite de psychologie sociale, levy.nehmy@gmail.com
[ 1] Charles Péguy (1904), cité par Jacques Julliard dans Le Nouvel Observateur de septembre 1990.
POUR CITER CET ARTICLE
Florence Giust-Desprairies et André Lévy « Introduction », Nouvelle revue de psychosociologie 1/2010 (n° 9), p. 9-12.
URL : www.cairn.info/revue-nouvelle-revue-de-psychosociologie-2010-1-page-9.htm.
DOI : 10.3917/nrp.009.0009.




