Nouvelles FondationS
Fond. G. Péri

I.S.B.N.en cours
176 pages

p. 138 à 158
doi: en cours

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Histoire : Le rapport Khrouchtchev, 25 février 1956

n° 1 2006/1

2006 Nouvelle Fondation Histoire : Le rapport Khrouchtchev, 25 février 1956

La réception du XXe Congrès dans la région de Gorki

Jean-Paul Depretto Chercheur associé au Cercec, professeur à l’université de Toulouse-Le Mirail. Auteur (direction de l’ouvrage) de Pouvoirs et société en Union soviétique, Éditions de l’Atelier, collection « Mouvement social », 2002; et de Pour une histoire sociale du régime soviétique (1918-1936), L’Harmattan, coll. « Pays de l’Est », 2001.
Le texte est né du travail que j’ai effectué en 2003-2004 dans le cadre d’un projet qui associait le Centre russe de l’EHESS, l’Institut d’histoire de la Russie (Moscou) et les Archives de Nijni Novgorod [1].
Cette collaboration a déjà donné lieu à la publication de trois volumes de documents d’archives portant sur les rapports entre société et pouvoir dans la région de Nijni Novgorod [2]. Je vise ici un objectif précis : étudier les réactions au Rapport secret de Khrouchtchev, telles qu’elles se sont exprimées au lendemain même du XXe Congrès, au cours des réunions organisées pour discuter des résultats de ce Congrès. Les documents examinés proviennent des archives du Parti communiste de la région (oblast’) de Gorki : ce sont, entre autres, des comptes rendus ou des procès-verbaux (protokoly) de réunions tenues au niveau de l’oblast’, d’une ville ou d’un district (rajon). La perspective adoptée est celle de l’histoire sociale « par en bas » : il s’agit d’essayer de capter la parole populaire à propos d’un événement, un peu à la façon dont procède Arlette Farge pour les Parisiens du XVIIIe siècle [3], afin d’écouter les « petites voix [4] » des « subalternes », « noyées dans le bruit des commandements étatistes », entreprise qui se heurte à de redoutables difficultés, mais qui se révèle féconde, du moins je l’espère. Je ne me résigne pas, en effet, à ce que « l’homme des classes inférieures » demeure « silencieux [5] ».Vu les sources utilisées, on entendra avant tout les avis de communistes, mais je fais l’hypothèse (à vérifier) que dans l’ensemble, les réactions de ces derniers ne différaient guère des points de vue des « sans-parti ». Il faut insister d’emblée sur les limites de ce texte :
– Il utilise exclusivement des sources écrites : je n’ai pas mené d’enquête d’histoire orale.
– J’ai envisagé la déstalinisation comme événement du temps court et non comme processus étalé dans le temps.
– Rien ne prouve que les conclusions tirées de cet exemple local soient généralisables [6].
L’historiographie du sujet a été fortement renouvelée grâce à l’ouverture des archives au début des années 90. Mais avant d’examiner ces recherches récentes, il faut mentionner pour mémoire quelques travaux un peu anciens publiés en France avant la disparition de l’URSS.
Dans un ouvrage paru à l’occasion du vingtième anniversaire de l’événement, le soviétologue Branko Lazitch décrit brièvement les modes de diffusion du Rapport secret en URSS mais ne s’interroge pas du tout sur les réactions de la population [7] : il se limite à une vision d’en haut. Les frères Medvedev, qui prennent davantage en considération la société, portent un jugement tranché [8] : « En URSS, le rapport de Khrouchtchev jouit d’un soutien total dans l’ensemble de l’intelligentsia et dans la masse des permanents du parti, et par la suite il fut la principale base de sa popularité. » Mais ils ajoutent : « En Géorgie, cependant, la première réaction de la population fut négative, et une tentative de manifestation antigouvernementale eut lieu à Tbilissi. Cette manifestation fut dispersée avec l’aide de l’armée et il y eut de nombreuses victimes (…) » Dans son utile anthologie de textes sur le XXe Congrès, Roger Martelli est très bref, voire sibyllin, sur l’attitude des Soviétiques [9] : « Les échos en URSS furent, semble-t-il, considérables et les réactions fort diverses selon les situations locales, avec quelques indices spectaculaires (?). »
Hélène Carrère d’Encausse définit la déstalinisation comme « la mémoire retrouvée d’un peuple » et « la renaissance morale d’une société [10] » : dès 1956, « la conscience des hommes, que la peur avait presque détruite, se réveille ». À propos du Rapport secret, elle écrit [11] : « Devant ce texte, les réactions variaient, allant de l’indignation et du désespoir le plus profond au refus de croire ; mais nul ne pouvait rester indifférent. » Mais elle n’indique pas sur quelles preuves elle fonde ce jugement.
C’est Georges Haupt qui a mené la réflexion la plus approfondie sur cette question : lors d’un colloque sur le XXe Congrès organisé par René Girault (mars 1976), il a tenté d’explorer les répercussions de cet événement sur les mentalités collectives, « terme fluide, mal défini » utilisé « faute de mieux » pour désigner « l’ensemble complexe des systèmes de représentations, de valeurs, de croyances, d’attitudes et de comportements [12] ». Il souligne d’abord que « le XXe Congrès a été ressenti comme un séisme dans certains secteurs de la société soviétique, notamment dans l’intelligentsia. Par les espoirs qu’il suscite (…), il provoque une vague d’enthousiasme et d’optimisme [13] ». À terme, il a eu deux conséquences [14] :
1. Une opposition émerge à l’intérieur et à l’extérieur du Parti communiste.
2. « À travers des prises de position diverses (…), des manifestations sociales, politiques ou littéraires (…), se fait jour un fait longtemps camouflé ou nié, à savoir : la société soviétique est partagée entre des courants et tendances divergents quant aux idées, aux méthodes, aux aspirations. »
G. Haupt est cependant prudent : il note que ses sources (documents officiels, textes du Samizdat, biographies de dissidents ou de « libéraux » des années 60) « rétrécissent considérablement le champ d’investigation et privilégient un milieu restreint qui ne constitue souvent qu’une frange de ce que nous continuons à appeler, à tort ou à raison, l’intelligentsia. Dans quelle mesure leur comportement est-il le reflet de l’ensemble de la société soviétique [15]? ». L’historien se heurte ici à une sérieuse difficulté : comment ausculter les attitudes à l’égard du XXe Congrès dans la classe ouvrière, cette « grande silencieuse »? Que signifient les « manifestations populaires prostaliniennes » des années 60 [16]?
G. Haupt conclut en relativisant la portée de « l’événement du XXe Congrès », qui « ne pouvait pas se répercuter profondément sur les structures mentales » : de ce point de vue, il ne soutient pas la comparaison avec la « Grande Guerre patriotique », qui a ébranlé de façon profonde et durable la vie de tous les Soviétiques [17].
Qu’a apporté l’ouverture des archives? Dès 1993, N.A. Barsukov a examiné « l’envers » du dégel, en s’appuyant sur des documents des archives du Parti communiste (RTsKhIDNI et du TsKhSD). Selon lui, la discussion du Rapport secret a provoqué une « effervescence des esprits », un développement de la « libre pensée démocratique [18] » que les autorités se sont empressées de qualifier d’antisocialiste et d’écraser, en recourant à des exclusions de communistes et en utilisant l’article 58 du code pénal (« crimes contre-révolutionnaires [19] »). Les propos cités par N.A. Barsukov dépassaient en effet ce qui était toléré par le pouvoir en matière de critique du « culte de la personnalité » : voici, par exemple, un petit échantillon des questions posées à l’historienne A.M. Pankratova, alors membre du Comité central, lors de ses neuf conférences sur « Le XXeVongrès du parti et les tâches de la science historique » (Leningrad, 20-23 mars 1956 [20]) :
« Qu’a été notre État pendant presque trente ans : une république démocratique, ou un État totalitaire avec un pouvoir personnel illimité, ou, peut-être, les deux ? « Qu’y avait-il chez nous de 1934 à 1956 : la dictature d’une classe, d’un parti, du Comité central ou la dictature militaire d’un seul individu? (…)
« Le culte de la personnalité n’est-il pas favorisé par le parti unique et par la fusion presque complète des organes du pouvoir et des organes du parti? »
Le public d’Anna Pankratova était composé d’intellectuels : selon les rapports officiels, chercheurs, écrivains, artistes et étudiants étaient les principaux auteurs de propos « antisoviétiques ». Toutefois, on trouve aussi mention d’ouvriers critiques : « Dans notre pays, partout et en tout lieu c’est le chaos et le cauchemar, dans les journaux on écrit une chose, mais en réalité c’est terrible à voir, les gens vivent mal [21]. »
Paru deux ans après, l’article de M.R. Zezina est consacré à la période 1953-1956 [22]. La mort de Staline et les premières réhabilitations font reculer la peur de s’exprimer librement : dès 1955, des conflits surgissent entre comités de parti et communistes de base dans les milieux universitaires de Moscou et de Leningrad [23]. Le Rapport secret provoque des manifestations en Géorgie, qui commencent le 5 mars : dans le reste de l’URSS, sans prendre cette forme extrême, la désapprobation de la critique de Staline prédomine, même si la voix des défenseurs de Staline ne se fait entendre que faiblement [24]. Mais il en va autrement au sein des unions de créateurs, des établissements d’enseignement supérieur et des institutions scientifiques, où le XXe Congrès suscite des débats très animés; dans ce contexte politique, les cadres du PCUS préfèrent se taire. L’effervescence de l’intelligentsia contraste avec le calme qui règne en général dans le monde ouvrier : à l’usine, les « propos antisoviétiques » provenaient plutôt d’ingénieurs, de collaborateurs de journaux d’entreprise ou de secrétaires de comités du parti [25]. s, cette opposition ne doit pas être exagérée : on note des cas de destruction par des ouvriers de monuments à Staline, de fabrication de tracts et d’affiches antistaliniens. À la différence de N.A. Barsukov, M.R. Zezina insiste sur la modération de la répression [26]. Elle évoque brièvement les réactions à l’intervention soviétique en Hongrie : les protestations ont été rares; selon un témoignage, les ouvriers de l’usine automobile de Gorki étaient mécontents de l’attitude officielle envers Staline [27]: « Staline n’aurait pas laissé faire l’effusion de sang en Hongrie. Mais les dirigeants Khrouchtchev (sic) perdu contenance et ne savent que faire avec leur direction collective. »
Elena Zubkova a consacré un chapitre de son livre à « l’impact social » de la critique de Staline [28]. Elle souligne que les cadres communistes étaient avant tout préoccupés des formes extérieures d’expression : ils demandaient aux comités de parti de leur indiquer les réponses à des questions du type : que faire des portraits de Staline? peut-on utiliser ses œuvres dans la propagande et l’enseignement ? sont-elles encore considérées comme des classiques du marxisme [29]? La réaction du public s’exprimait souvent par des doutes, des réflexions et des questions : beaucoup de gens ne pouvaient se satisfaire des explications de Khrouchtchev, qui mettaient en avant la seule responsabilité de Staline. D’après les informations parvenant au Comité central, les anciens soldats restaient les plus attachés à Staline ; la masse des réactions favorables au Rapport secret venait de l’intelligentsia et des étudiants [30]. L’auteur signale que les communistes de l’usine Staline (Leningrad) ont demandé au Comité central d’ôter le corps du Guide du mausolée et de débaptiser l’entreprise [31], mais nous ignorons de qui émane cette initiative : ouvriers, ingénieurs, responsables communistes locaux? E. Zubkova constate elle aussi que les manifestations de protestation ouverte contre l’intervention soviétique en Hongrie ont été « peu nombreuses » et « isolées [32] ». En décembre 1956, une lettre confidentielle du Comité central affirma que les artistes et les étudiants étaient soumis à l’influence de « l’idéologie étrangère » et conclut : « La dictature du prolétariat doit traiter les éléments antisoviétiques sans pitié. » Les écrivains (Dudintsev, Pasternak, etc) furent les premières victimes de la campagne contre le « syndrome hongrois [33] ».
Alexandre Pyjikov consacre la section (razdel) 8 de son livre Le Dégel khrouchtchevien aux « aspects socio-psychologiques de la vie sociale [34] ». Il souligne l’importance des changements survenus dans la « conscience de masse » après mars 1953 : les gens exigeaient avec insistance le respect de leurs droits. C’est ainsi qu’en janvier 1956, à Klaipeda, la milice a été confrontée à des désordres causés par ses violences; en octobre, des « émotions » massives visèrent aussi la milice à Slaviansk (oblast’ de Stalino) : la majorité des personnes arrêtées pour participation à ces événements étaient des ouvriers [35]. Selon A.V. Pyjikov, il n’y aurait eu que deux grèves en URSS entre 1953 et la fin des années 50, mais dans les charbonnages du Donbass la « résistance passive massive » aurait conduit les autorités à faire des concessions aux mineurs [36]. Lorsqu’ils discutent les textes officiels, les communistes de base font état de préoccupations liées à la vie quotidienne : ainsi, Fedorov, ouvrier de Lenvodput’, déclare [37] : « Ces derniers temps, sont apparues beaucoup de lettres diverses du CC du PCUS, mais le minimum vital des travailleurs reste bas. Les prix des marchandises augmentent, mais le salaire baisse. Peut-être, quelqu’un fait cela spécialement. Et chez nous cela peut finir comme en Hongrie. »
Dans son livre, A.V Pyjikov n’analyse pas les réactions au Rapport secret, sauf dans le cas des jeunes : la réaction de ces derniers n’a pas été uniforme, mais pour la majorité absolue, ce fut un « vrai choc ». Voici le témoignage de V Osipov, futur dissident [38] : « Le rapport de Khrouchtchev nous a été lu à une réunion fermée du komsomol dans la salle Communiste de l’université de Moscou dans la rue Mokhovaia. Au mur étaient accrochés quatre portraits : Marx, Engels, Lénine, Staline. Naturellement, je fus bouleversé par ce rapport. Aussitôt, tout prit le signe “moins”. »
En fait, l’auteur s’intéresse avant tout aux origines du mouvement dissident : c’est dans cette perspective qu’il examine les « humeurs » de la jeunesse étudiante et ses initiatives autonomes après la mort de Staline : mouvement poétique, théâtre amateur, publication de journaux et revues illégaux [39], etc. Il a d’ailleurs publié en 2003 un article sur les « sources de la dissidence [40] », où il est essentiellement question des étudiants; il signale cependant au passage que dans le foyer de l’usine Fraise (Moscou), les jeunes se divisaient en deux camps opposés à propos du Rapport secret : les uns qualifiaient Staline de « saboteur » et ont enlevé son portrait du mur d’une des chambres; les autres se méfiaient de l’information officielle sur ses crimes [41]. Un autre article de la même année apporte quelques éléments nouveaux par rapport au livre de 2002, par exemple sur la « crise » du komsomol, qui au milieu des années 1950 avait du mal à recruter dans beaucoup d’usines employant surtout des jeunes [42]. A.V Pyjikov soutient aussi que dans les années 50-60, la confiance de la société envers le pouvoir a diminué : à l’appui de cette thèse, il cite un extrait d’un rapport consacré aux réunions du PC après le XXe Congrès [43] : « Les communistes critiquent vivement de nombreux cadres du parti, des soviets, des syndicats et de l’économie pour violation des normes léninistes de comportement, infatuation, morgue, éloignement des masses travailleuses et attitude incorrecte à l’égard de la critique. »
A.V Pyjikov a traité spécifiquement le thème qui nous intéresse ici dans un livre antérieur [44]. Selon lui, « les résultats du XXe Congrès ont engendré toute une palette d’opinions, de jugements, de pensées [45] » : les discussions et les rumeurs liées au Rapport secret faisaient pratiquement oublier les autres décisions de ce Congrès. Les admirateurs de Staline refusaient d’accepter ce tournant politique : ainsi, un certain Pobedonostsev, habitant d’Erevan, écrivait dans une lettre [46] : « En lisant la résolution du CC du PCUS “Sur le culte de la personnalité”, j’ai été indigné plus d’une fois. Cette résolution a été écrite par Khrouchtchev pour rabaisser Staline, mais Staline vivra éternellement dans l’histoire, dans les cœurs de l’humanité progressiste. » D’autres, en sens contraire, poussaient la critique de Staline au-delà des limites fixées par Khrouchtchev : A.A. Alekseev, chercheur dans un institut de Leningrad, déclarait par exemple, lors d’une réunion de militants communistes [47] : « (…) Chez nous, il est admis que l’Inquisition a été une très grande honte de l’histoire des peuples, mais l’Inquisition espagnole pâlit devant ce que nous avons connu. Quelle échelle avons-nous donc connue ? Chez nous, l’échelle est beaucoup plus grande. Et comment donc pouvons-nous dire tranquillement que cet homme [Staline] mérite l’indulgence parce qu’il était un communiste convaincu? (…) »
On a assisté au développement d’une réflexion sur les causes du « culte de la personnalité » et les facteurs qui ont favorisé son développement. Des adhérents de base ont soulevé la question de la responsabilité des proches de Staline, dont Khrouchtchev lui-même : de telles mises en cause leur ont valu des sanctions, qui pouvaient aller jusqu’à l’exclusion du parti. Quant à Staline, un Moscovite nommé Solov’ev qualifiait sa politique à partir de 1929 de « trotskiste »; le Professeur A. Jebrak, de son côté, le considérait comme un « paranoïaque typique », atteint de délire de la persécution [48]. Mais beaucoup de gens accusaient l’appareil du parti et de l’État, car il apparaissait comme le principal bénéficiaire du régime politique créé par Staline [49] : « En ce qui concerne les grands mérites de Staline devant le peuple et son immense autorité, ce ne sont pas les simples ouvriers ou paysans qui les lui ont créés, mais les cadres du parti, ce pour quoi il les a généreusement récompensés » (Kniazev, Kazan).
La discussion du rapport secret s’accompagnait souvent de vives attaques non seulement contre l’héritage du despote, mais aussi contre le PCUS et le marxisme-léninisme dans son ensemble. Le Comité central recevait de nombreuses régions des informations concernant la découverte de textes (de tracts, entre autres) « antisoviétiques ». Des lettres étaient adressées à sa revue théorique, Kommunist, qui mettaient l’accent sur l’absence de liberté dans les kolkhozes ou affirmaient qu’en dépit des déclarations officielles, les travailleurs soviétiques étaient exploités.
Au total, A.V. Pyjikov conclut, en s’appuyant sur la correspondance envoyée au Comité central, que la dénonciation de Staline « fut soutenue avec ardeur par l’intelligentsia [50] ».
Iouri Aksiutin a lui aussi étudié les réactions de la société soviétique au Rapport secret [51]. Il montre qu’on rencontrait les nuances les plus diverses, au sommet du Parti communiste comme dans la masse du peuple [52] : approbation conformiste de la ligne officielle, défense de Staline ou au contraire désir d’aller plus loin que Khrouchtchev dans la critique du « culte de la personnalité ». Les réunions de niveau régional se déroulaient en général comme sous Staline, mais ici ou là ce mécanisme bien réglé connut des exceptions et des cadres prenaient des positions un peu plus originales : ainsi, à Orël, le président du comité exécutif du soviet régional déclara [53] : « L’arbitraire monstrueux, la violation de toutes les normes et de la morale commis par Staline - tout cela nous donne le droit de poser la question de la conviction et de l’esprit de parti de Staline. Visiblement, en expliquant peu à peu cette question dans la population, nous devrons reconnaître que Staline n’est pas digne de rester dans le mausolée à côté de Lénine », et il conclut, sous les applaudissements : « Il y a vraiment beaucoup d’ordures, il y a vraiment beaucoup de sang sur lui pour qu’on lui accorde un tel honneur. »
Lors de la même réunion, la parole fut donnée à deux fonctionnaires réhabilités : le premier raconta ses vingt-deux mois en prison, où il connut « tortures et humiliations », et exprima la conviction que ces « temps terribles ne reviendraient plus »; le second, réprimé pour s’être opposé à une dépense de 54000 roubles consacrée à un portrait de Staline, proposa de « poser la question de la possibilité, à l’avenir, de la présence (ou non) d’un portrait de Staline dans les institutions ».
Dans les assemblées de militants des districts et des villes, les écarts par rapport aux orientations officielles étaient plus fréquents qu’au niveau régional. À Leningrad, A.A. Alekseev, chercheur déjà cité, communiste depuis 1920, expliqua [54] : « (…) Que peut-on comparer à la monstrueuse exploitation féodale qui avait lieu au temps de la domination de Staline, quand ses paroles divergeaient de son action? (…) Les kolkhozes sont au bord de la misère… » Et de proposer de « juger Staline à titre posthume devant un tribunal du parti » : lors du vote, 4 personnes sur 750 ont levé la main pour soutenir sa proposition.
À Molotov, Pavlov, secrétaire du comité de parti de l’usine Staline, met en cause les pratiques politiques : « Chez nous, les présidiums des réunions sont concoctés dans les bureaux; les listes pour le vote secret aux élections des comités de parti sont discutées aux séances plénières des conférences à la vitesse de l’éclair; lors de la préparation des meetings, des grandes réunions, nous considérons comme obligatoire la vérification par le parti des textes des interventions des cadres de base, etc. Ce n’est pas correct, ce n’est pas léniniste ! »
Cette critique lui valut une vive attaque du secrétaire du comité de district, Galanchine : l’affaire fut arbitrée par le bureau du comité régional, qui donna tort à Galanchine, qualifiant son comportement de « nerveux et incorrect ».
Des voix favorables à Staline se faisaient aussi entendre : ainsi, dans un district du Daghestan, un président de kolkhoze, ancien responsable local du MGB, estimait « tout à fait injustifié et inadmissible » de décrier Staline : personne n’approuve sa mise en accusation, le peuple est indigné [55].
Dans les organisations de base du PCUS, tous ces points de vue se sont fait entendre encore plus fortement, selon Iouri Aksiutin, mais les exemples qu’il donne concernent principalement l’intelligentsia de Leningrad : écrivains, chercheurs, enseignants de l’Université [56]. Ces milieux semblent avoir été particulièrement réceptifs à la critique de Staline : une partie de ces intellectuels trouve Khrouchtchev trop timide. Le 3 avril, le Comité central a adopté une résolution non publiée sur la discussion des résultats du XXe Congrès : son contenu est repris dans un éditorial de la Pravda intitulé « Le Parti communiste l’a emporté et l’emporte grâce à sa fidélité au léninisme » (5 avril 1956). Il s’agit clairement de donner un coup d’arrêt aux « excès » : le texte s’en prend à des « éléments pourris isolés (qui) sous couvert de condamner le culte de la personnalité essaient de mettre en doute la justesse de la politique du parti ». L’article attaque nommément des personnes qui ont émis des jugements critiques et déplore que des organisations communistes aient fait preuve de « libéralisme » à l’égard d’« humeurs petites-bourgeoises [57] ». Mais les « excès » ont continué et le 16 avril un rapport adressé au secrétariat du Comité central constatait : « Aux réunions de quelques organisations du parti, ont lieu des interventions démagogiques et même hostiles, qui ne reçoivent pas toujours une riposte résolue et une appréciation politique. »
Et de citer à titre d’exemple les propos tenus à l’université de Leningrad par Gaevski, monteur en électricité, communiste depuis 1918, pour qui le culte de la personnalité résultait d’une orientation du Comité central; il soulignait en même temps la coupure entre ce dernier et la masse du parti. Ces critiques n’ont provoqué aucune réaction de la base; le recteur de l’université et le secrétaire du comité de district ont dû se charger de rappeler la « ligne ». D’autres cas étaient plus graves aux yeux du régime, dans la mesure où ils débouchaient sur des « actions antisoviétiques » : ainsi, le jeune communiste B. Generalov, mécanicien dans une centrale électrique de la région d’Arkhangelsk, ayant une formation supérieure inachevée, a diffusé parmi les ouvriers trois tracts appelant à dissoudre le PCUS et à poursuivre en justice son Comité central [58]. I. Aksiutin conclut que la société soviétique n’était pas prête à la déstalinisation : en 1964, Khrouchtchev a perdu le pouvoir « non seulement parce que les comploteurs se sont montrés plus rusés et plus adroits, mais aussi parce que la “voix du peuple” n’était pas de son côté [59] ». Outre les archives, l’auteur s’appuie sur les résultats d’enquêtes menées entre 1994 et 1997 par des étudiants de la faculté d’histoire de l’université pédagogique de Moscou : 568 personnes ont été interrogées sur leur attitude, quarante ans auparavant, à l’égard des accusations lancées contre Staline. Voici les résultats :
  • approuvaient la dénonciation de Staline : 163 (28,7 %) ;
  • désapprouvaient : 185 (32,6 %) ;
  • n’étaient pas au courant, avaient une attitude indéterminée, ambiguë, ou indifférente : 220 (38,7 %).
Malheureusement, la troisième catégorie est un fourre-tout statistique : elle amalgame des attitudes qui n’avaient pas le même sens. En outre, nous ne connaissons pas la composition exacte de l’échantillon et ne pouvons donc juger de sa représentativité : I. Aksiutin reconnaît que du point de vue de la sociologie, il est difficile de considérer ces résultats comme vraiment représentatifs [60].
Il me semble que par-delà leurs différences d’appréciations, deux idées essentielles se dégagent des travaux des historiens russes :
Les réactions de la société au Rapport secret n’ont pas été uniformes, mais en raison de la nature des sources utilisées, nous saisissons principalement l’état d’esprit des communistes.
C’est surtout l’intelligentsia qui s’est emparée de la critique de Staline, en essayant parfois de la pousser plus loin que ne le voulait Khrouchtchev. Il faudra s’interroger sur ce qui apparaît à tort ou à raison comme une évidence, le relatif silence des catégories populaires : est-ce un effet des présupposés des chercheurs, des biais des sources officielles? ou bien les « subalternes » (nizy) s’exprimaient-ils d’autre façon? Mais la meilleure synthèse sur la question est sans doute l’article de la chercheuse anglaise Polly Jones qui a étudié la « démythologisation » de Staline, en s’appuyant sur les archives centrales (GARF, RGALI, RGANI, RGASPI, TsKhDMO) et provinciales (région de Volgograd [61]).
Elle souligne que le Rapport secret tranchait sur le ton dogmatique de la rhétorique stalinienne et fournissait peu de directives claires. De ce fait, la réforme de l’éducation s’est faite dans l’improvisation et la confusion : les enseignants ont dû bricoler une nouvelle version de l’histoire soviétique à partir d’instructions vagues. La situation était la même pour le traitement réservé à l’iconographie du culte : aucune politique nationale cohérente n’a été définie : selon les endroits, les monuments étaient enlevés ou préservés, provoquant la désorientation des citoyens. Ces derniers ont réagi au Rapport secret avec une diversité inattendue ; l’attitude la plus fréquente a été de demander des éclaircissements sur un discours difficile à interpréter, puisqu’il accusait Staline des crimes les plus graves tout en insistant sur ses mérites. Des modes de pensée binaires se manifestaient dans de nombreuses questions : Staline était-il un héros, un uchitel’ ou un vrag naroda? À Stalingrad et à Rostov, certains ouvriers étaient convaincus que le vojd’ défunt était un ennemi. À l’occasion, on suggérait de le punir à titre posthume. Un deuxième type de réactions, qui se rencontrait surtout dans l’enseignement supérieur, était plus critique à l’égard des intentions du régime : pour ces communistes, Khrouchtchev avait accusé Staline de tous les maux afin d’éluder les interrogations sur le rôle du parti pendant toutes ces années. D’aucuns allaient plus loin et réclamaient des réformes politiques (élections pluralistes, liberté de parole), nécessaires pour « surmonter pleinement le culte de la personnalité »; ils furent sanctionnés sans pitié. Enfin, le Rapport secret a été attaqué, parfois avec virulence, par des défenseurs de Staline, qui invoquaient notamment ses mérites militaires, vigoureusement contestés par Khrouchtchev, et s’exprimaient assez souvent dans des lettres anonymes. Polly Jones conclut que toutes ces attitudes, malgré leur surprenante diversité, allaient le plus souvent à l’encontre des intentions des dirigeants : la déstalinisation a échoué, parce qu’elle a été largement mal comprise et n’a pu mobiliser la population autour de ses idées centrales. De ce fait, Khrouchtchev dut adopter une attitude plus modérée sur Staline, qui fut formulée dans une résolution du Comité central datée du 30 juin 1956 et publiée par la Pravda le 2 juillet [62].
N.S. Khrouchtchev a lu son fameux rapport [63] le 25 février 1956, lors de la séance du matin; cette séance fermée n’a pas été sténographiée et le Rapport n’a pas été discuté, mais les délégués l’ont approuvé « à l’unanimité [64] ». Le Congrès décida aussi de ne pas publier le Rapport, mais de l’envoyer aux organisations du parti [65]. Il fallut alors mettre au point la version écrite officielle de ce texte, ce qui prit plusieurs jours : le 1er mars, N.S. Khrouchtchev présenta le résultat de ce travail au présidium du Comité central. Nous ne savons pas dans quelle mesure il reprenait l’intervention orale de Khrouchtchev, car pour l’instant on n’a pas découvert dans les archives d’enregistrement au magnétophone de son discours : il est possible que le premier secrétaire ait improvisé par endroits [66]. Le 5 mars, le présidium du Comité central adopta une résolution « rigoureusement secrète » dont voici le texte intégral [67] :
« 1. Ordonner aux comités de région, de pays et aux Comités centraux des partis communistes des républiques fédérées de faire connaître le rapport du cam(arade) Khrouchtchev N.S. au XXe Congrès du PCUS “Sur le culte de la personnalité et ses conséquences” à tous les communistes et membres du komsomol, mais aussi aux militants sans-parti ouvriers, employés et kolkhoziens.
« 2. Envoyer le rapport du cam(arade) Khrouchtchev aux organisations du parti avec la marque “non destiné à la presse”, en enlevant de la brochure la marque “rigoureusement secret”. »
Le Rapport secret a donc en principe été lu aux sept millions de communistes et aux dix-huit millions de membres du Komsomol. Les réunions des organisations du parti ont parfois été ouvertes aux « sans-parti ». Il est arrivé aussi que le discours de Khrouchtchev soit divulgué lors d’assemblées syndicales : dans ce cas, tout le personnel en prenait connaissance [68]. Mais le texte a parfois été rendu public par extraits seulement, voire mis sous le boisseau : ce fut le cas pour les étudiants d’un tekhnikum de Staryj Oskol, qui furent cependant informés de son contenu grâce aux cours d’un professeur, et dans certaines organisations d’école du komsomol. Il est difficile de dire quelle proportion de la population totale a entendu le Rapport secret : citons, avec les réserves de rigueur, les chiffres fournis par les enquêtes déjà citées des étudiants de l’université pédagogique de Moscou (voir supra [69]) :

Date de l’enquête1996199719981999
Ont entendu
personnellement le texte
à une réunion du parti
ou du Komsomol33%18%25%33%
N’ont pas entendu
le rapport, mais ont appris
son contenu par d’autres33%15%32,5%33%

Pour la seconde catégorie, les sources d’information ont été diverses : discussions lors de réunions postérieures au XXe Congrès, cours de formation politique, récit d’un parent, émission d’une radio étrangère [70].
Dans l’esprit des dirigeants soviétiques, le Rapport secret devait être écouté silencieusement et ne donner lieu à aucune discussion; en outre, il était interdit de prendre des notes. Mais nous savons par les comptes rendus officiels des réunions que des débats ont eu lieu.
Le 28 février 1956,le secrétaire du comité de parti de la région de Gorki a envoyé au Comité central un rapport « sur les meetings de travailleurs (…) consacrés à l’achèvement des travaux du XXème Congrès [71] ». Dans ce texte, il annonce que ces meetings se sont tenus la veille « dans toutes les entreprises, dans les kolkhozes, MTS, sovkhozes, établissements d’enseignement et institutions de la région [72] ». Ces assemblées se déroulent selon le rite habituel : « les travailleurs des villes et des villages » approuvent avec ardeur les décisions du Congrès; « des centaines d’ouvriers » s’engagent à dépasser le plan [73]. Les propos tenus lors de ces réunions témoignent du paternalisme du régime : « Les ouvrières de la fabrique d’habillement n° 1 remercient ardemment le parti pour son grand souci des besoins des travailleurs [74]. »
Dans ce compte rendu du principal dirigeant de la région, il n’est fait aucune allusion au Rapport secret ou même à la critique publique de Staline par Mikoyan [75].Tout est conforme aux habitudes prises par le parti bolchevique depuis au moins 1927 : unanimité obligatoire et absence de tout débat politique. On peut même affirmer que toute politique est absente : il n’est question que de tâches économiques à exécuter [76]. Il est significatif que ce rapport rappelle par son contenu un texte antérieur concernant « les réactions des travailleurs de la région de Gorki à l’ouverture du XXe Congrès du PCUS [77] » : tout se passe, à la lecture de ces deux documents, comme si le déroulement de ce Congrès n’avait rien apporté de neuf. Mais, dès le 12 mars, une « information » sur la diffusion du Rapport secret auprès des communistes montre que le XXe Congrès a bien été un événement, au sens que Hannah Arendt donnait à ce mot, car il a introduit de « l’imprévisible », de « l’indéductible [78] » : en l’occurrence, il a suscité une prise de parole et l’expression d’un début de pluralisme [79]. Les communistes étaient « exceptionnellement » nombreux à ces réunions sur le Rapport secret; certains d’entre eux sont intervenus pour affirmer « les grands mérites » de Staline « devant le parti et l’État », « malgré ses erreurs [80] »; en sens inverse, une victime du « sadisme de la bande de Beria », arrêtée « sans motif », a affirmé partager « entièrement et pleinement le point de vue du cam(arade) Khrouchtchev sur le culte de la personnalité et son caractère nuisible pour le parti et l’État [81] ». Beaucoup se demandaient pourquoi on n’avait pas « pris de mesures pour réprimer le culte de la personnalité au temps de Staline [82] » et s’interrogeaient sur l’impuissance des autres dirigeants face à ce phénomène. La nécessité d’ôter les portraits de Staline et de retirer son corps du mausolée a été évoquée à plusieurs reprises [83] ; un président de kolkhoze annonce qu’il va enlever « tout de suite » l’image du Guide. Il importe toutefois de ne pas surestimer la nouveauté introduite par le XXe Congrès, comme le montre le sténogramme d’une réunion des militants (aktiv) régionaux du PCUS, qui s’est tenue le 13 mars 1956. Pendant deux heures, Ignatov, secrétaire du comité régional (obkom), a lu un long rapport qui occupe presque la moitié du sténogramme (54 pages sur 119, soit 45 %) ; étaient présentes dans la salle 1 626 personnes; 31 d’entre elles se sont inscrites pour intervenir dans les discussions, mais 15 seulement ont pu le faire, le président ayant fait voter l’arrêt des débats [84]. Ces quinze personnes se répartissent de la façon suivante [85] :
  • dirigeants régionaux du PCUS et du Komsomol : 3;
  • cadre subalterne du PCUS : 1 ;
  • cadres de l’État : 9, dont 4 directeurs d’entreprise et 2 présidents de kolkhoze;
  • ouvrier : 1 ;
  • profession inconnue:1.
Les catégories populaires sont presque absentes : les kolkhoziens présents dans la salle sont muets, les ouvriers aussi, à une exception près. Même silence chez les intellectuels des villes et des campagnes. Ce sont donc surtout des « notables soviétiques » qui s’expriment; l’État est mieux représenté que le parti, ce qui semble à première vue paradoxal. Les milieux économiques prédominent, surtout si l’on ajoute que le responsable de l’ obkom (comité régional) est chargé de la construction mécanique. On notera au passage que les secrétaires des comités de parti des établissements industriels, représentés dans la salle, ne prennent pas la parole. Fort classiquement, les directeurs des deux principales entreprises de Gorki, Sazanov (usine automobile Molotov) et Liapin (Krasnoe Sormovo) sont présents : leurs interventions sont centrées sur des questions liées à la production et n’abordent pas de thèmes politiques. Sazanov constate que mécanisation et automatisation sont partielles et ne diminuent pas beaucoup l’importance du travail manuel; il note qu’en 1955,les réclamations des consommateurs portant sur la qualité des voitures de tourisme se sont accrues. En outre, les prix de revient des bicyclettes sont plus élevés qu’à Kharkov; il conclut en soulignant les difficultés d’approvisionnement des entreprises [86]. Liapin se plaint aussi de l’irrégularité des livraisons : les retards dans l’arrivée de l’équipement bloquent l’introduction de nouvelles techniques, malgré les prêts consentis par la Banque d’État. Il déplore que les autorités de tutelle imposent à Krasnoe Sormovo de fabriquer du matériel agricole, au détriment de sa vocation de chantier naval [87]. Il n’est pas davantage question du « culte de la personnalité », ni de la discussion du XXe Congrès par les jeunes, dans l’intervention de Staroverov, secrétaire du comité régional du komsomol. Il évoque les efforts de son organisation pour inciter garçons et filles à revenir travailler de façon permanente dans les kolkhozes et signale que l’usine automobile emploie un assez grand nombre de jeunes ayant une formation secondaire, et les utilise mal ; évoquant les loisirs, il déplore au passage l’alcoolisme et le hooliganisme, « assez fréquents » dans la jeunesse [88].
Les participants à cette réunion ont voté à l’unanimité, sans la modifier, une résolution de trois pages approuvant les décisions du XXe Congrès : un paragraphe de la première page est explicitement consacré au « culte de la personnalité »; la fin du texte y revient implicitement, en insistant sur le respect de la légalité, des « normes léninistes de la vie du parti » et la lutte contre « le dogmatisme et la scolastique [89] ». Dans son long rapport, Ignatov aborde à deux reprises des sujets liés à la critique de Staline (l.40-42 et 49-50). Il fait référence au Rapport secret et annonce : « Dans les jours qui viennent, tous les communistes seront informés de tous ces matériaux. »
Il résume fidèlement le discours de Khrouchtchev, en mettant l’accent sur les aspects suivants :
  • la violation des règles de fonctionnement du PCUS;
  • les répressions massives contre des « communistes honnêtes»;
  • l’expulsion des Tchétchènes, Ingouches et Kalmouks : « Il est vrai que parmi ces peuples, il y avait des félons et des traîtres, mais cela ne donnait aucun fondement à l’utilisation de la répression contre des peuples entiers, y compris les vieillards, les enfants, les femmes»;
  • le retard de l’agriculture et son état d’abandon, « aussi liés au culte de la personnalité de Staline »;
  • l’exagération des mérites de Staline pendant la guerre de 1941-1945;
  • son rôle négatif dans la rupture avec la Yougoslavie.
Quant aux conclusions pratiques à tirer de ces critiques, il insiste surtout sur le « renforcement de la légalité socialiste », dont le moindre affaiblissement est utilisé par les ennemis de l’État soviétique, comme la bande de Beria : le PCUS a réhabilité les gens condamnés à tort, établi son contrôle sur la Sécurité d’État et renforcé les pouvoirs du procureur.
À la fin de la réunion, Ignatov « a répondu aux questions posées [90] » : notre document n’en dit pas plus, mais un autre texte nous apprend que le présidium a reçu de la salle quelques billets sans doute anonymes posant les questions suivantes [91] : pourquoi le problème du culte de la personnalité est-il apparu maintenant, et pas plus tôt ? où regardaient les membres du Bureau politique, quand ils voyaient les actes incorrects de et pourquoi ne le corrigeaient-ils pas ? que faire des portraits, des bustes de Staline - les laisser ou les enlever? que faire des travaux de Staline et peut-on les utiliser dans le travail de propagande ? Comment parler de Staline aux enfants dans les écoles?
Ces billets mêlent des demandes d’explications gênantes pour les dirigeants, à qui sont demandés des comptes, et des questions pragmatiques, posées probablement par des cadres du PCUS ou des enseignants, qui, désorientés, attendent des orientations, voire des instructions : malheureusement, nous ignorons tout des réponses qui leur ont été faites.
Arrêtons-nous maintenant sur deux interventions, qui se détachent des autres par la place qu’elles accordent au culte de la personnalité ». La première, due à Durkin, « rédacteur » d’une maison d’édition régionale, se caractérise par une tonalité fort critique, caustique même, provoquant des rires dans la salle; c’est, probablement, pourquoi une des deux versions conservées de ce texte a été tronquée [92]. Durkin s’approprie le discours officiel sur le « culte de la personnalité » pour critiquer avec précision les pratiques et les dirigeants locaux [93] :
« C’est que, camarades, il y avait jusqu’à récemment dans le comité régional du parti des cadres qui agissaient selon le principe de Tarass Boulba : “Je t’ai engendré, je te tuerai aussi.” Le cam(arade) Morozov aimait répéter : “Regardez donc, nous vous avons promus, (…) nous pouvons vous révoquer et vous chasser.” /Animation dans la salle/. À moi, il est vrai, il m’a appliqué une formule délicate, en disant : “Nous ne nous mettrons pas en travers de ton chemin, s’ils t’envoient travailler quelque part en Asie centrale.” /Rires/. »
Le « culte de la personnalité » conduit à l’étouffement de la critique : sur ce point, Durkin prend pour exemple la façon dont un simple journaliste de la Gorkovskaya Pravda a été « outragé » pour avoir critiqué l’ancien rédacteur en chef [94]. Il entraîne aussi « l’oubli des intérêts » des salariés, ainsi qu’une tendance à travailler pour la parade : par exemple, le soviet de Gorki a construit de belles maisons, mais a oublié les bains. Les dirigeants locaux négligent les préoccupations des masses; il est temps aussi d’en revenir à « la tradition léniniste » d’écrire des articles et des livres politiques pour le peuple [95]. Bref, le discours de Durkin fournit un intéressant aperçu sur l’exercice du pouvoir dans une province soviétique ; cette peinture très vivante des responsables de Gorki utilise aussi le registre de la dénonciation morale, fustigeant « l’égoïsme, le carriérisme, l’obséquiosité, le despotisme, l’amour du pouvoir, le désir d’inspirer la peur, d’épier, d’effrayer [96] ». Interrogeons-nous un instant sur les motifs qui ont présidé aux coupures opérées dans son texte : il est probable que son discours a déplu en raison de son refus des généralités creuses. Ainsi, contre les attaques de la Literaturnaya Gazeta, il prend clairement la défense de M. Cholokhov [97], « presque le seul écrivain qui n’a pas succombé au culte de la personnalité » : son roman Ils ont combattu pour la patrie n’encense pas Staline, mais montre de simples soldats, « les vrais héros » de la guerre. Plus grave peut-être, il met les points sur les i en ce qui concerne les pratiques politiques soviétiques [98] :
– Lors d’une conférence locale du parti, les hôtes « ont été très minutieusement filtrés » et les journalistes n’ont pas été invités sous prétexte que le bâtiment était trop petit.
– Les rapports présentés lors des réunions sont souvent ennuyeux « à tuer les mouches » : « Les membres du présidium, surmontant l’assoupissement, sont obligés de dessiner des chevaux dans leur bloc-notes. » Durkin cite en exemple l’époque de Lénine : en 1918, a été publié le sténogramme de la Ve Conférence bolchevique de la région de Nijni Novgorod : « Dans ce document figurent tous les rapports, toutes les interventions, toutes les répliques. Il faut supposer que ce compte rendu a été édité sans les littérateurs assermentés qui à notre époque, très récemment, lissaient tellement les discours des orateurs que ces derniers ne s’y reconnaissaient pas. »
Concluant cette conférence de 1918,Kaganovitch insistait sur le rôle des masses, qu’il opposait aux personnalités, aux guides, aux héros. Rappelant cette prise de position, Durkin constatait : « Mais nous, jusqu’à une période récente, nous disions : “Seigneur, seigneur, aide-nous et pardonne-nous, notre clair soleil, notre grand guide.” Et les simples gens disaient en leur for intérieur : “Eh bien, l’alléluia a commencé.” /Applaudissements/. » Malgré son intervention très critique, Durkin a été « élu » membre de la commission de rédaction de la résolution [99]; Ignatov l’a approuvé quand il a dit espérer que ses remarques sur certains collaborateurs de la Gorkovskaya Pravda ne seraient pas censurées par le journal [100].
Le second discours que nous examinerons a été prononcé par A.M. Godyaev, tourneur à l’usine Krasnoe Sormovo, communiste depuis 1943, qui battait des records de rendement et a été délégué au XXe Congrès : il ne s’agit donc pas d’un ouvrier ordinaire. Son texte atteint une longueur d’environ quatre pages et demie, dont une sur le « culte de la personnalité »;le reste est consacré aux problèmes de son entreprise [101]. Il commence par évoquer la vie quotidienne : le district de Sormovo, qui s’est beaucoup agrandi, souffre d’une pénurie d’eau et de moyens de communication. À Krasnoe Sormovo, le ministère a réduit de moitié les crédits sociaux, malgré un « manque aigu de surface habitable » : à ce rythme, il faudra vingt-quatre ans pour satisfaire les 4800 demandes en souffrance. Mais il s’étend surtout sur des questions technologiques : il plaide pour l’introduction dans toutes les entreprises d’une nouvelle méthode de découpage des métaux, utilisant la céramique minérale, au lieu des alliages durs, ce qui revient moins cher et présente ce progrès comme une affaire d’État;personnellement, il a initié trente personnes à cette façon moderne de travailler.
Une partie de l’équipement de Krasnoe Sormovo est vieillie :
« À côté de nouvelles installations de coulage de l’acier (…), il existe de vieux ateliers de fours Martin, qui ont été les premiers construits en Russie [102]. » Plusieurs obstacles s’opposent au progrès technique à l’usine :
– Les instances supérieures, même le ministère, planifient des équipements dont l’amortissement dure plus de dix ans.
– Les bureaux d’études sont coupés de la vie ; les jeunes formés par les instituts connaissent la production surtout par les livres et par ouï-dire ; leurs enseignants ne sont plus à la page.
Cette mentalité technicienne me paraît typique d’une élite de travailleurs qualifiés de l’industrie : elle fait penser au « saint-simonisme ouvrier » de la France d’avant 1914, analysé par Michelle Perrot [103].
Godyaev affirme ensuite : « Les ouvriers écoutent et discutent avec très grand intérêt et attention le rapport du cam(arade) Khrouchtchev sur le culte de la personnalité et ses conséquences. »
Faut-il y voir une phrase toute faite? Il est difficile de trancher sur ce point. Toujours est-il que l’orateur lit le Rapport secret au prisme de sa vie à l’usine : « (…) si nous avons eu de tels dieux qui ont été célébrés chez nous en leur temps, non sans notre aide peut-être, nous avons maintenant de petits dieux locaux, qui ne tiennent compte ni de l’opinion des ouvriers ni de celle du collectif, mais mettent plus haut que tout leur propre moi ».
Godyaev constate que le « culte de la personnalité » a influencé l’attitude des cadres subalternes, qui attendent des ordres d’en haut : « s’il y a une orientation, une indication, il se remuera ». Il se demande aussi s’il était possible de faire connaître plus tôt au pouvoir central les « pensées, humeurs et exigences » d’en bas et répond que c’était « très difficile et impossible », car les organisations de Moscou « étaient séparées par une grande distance de la vie immédiate ». Son intervention se termine par une déclaration de confiance envers le PCUS.
Un rapport adressé au Comité central du PCUS (Département des organes du parti pour la RSFSR) et datant au plus tard du 3 avril 1956 dresse un bilan de la discussion qui a eu lieu « dans tous les villes et districts de la région et dans plus de 2 500 organisations de base (…) [104] ». Il souligne la « grande présence » et la « haute activité » des communistes : les réunions de militants ont rassemblé au total 17597 personnes; 658 ont demandé la parole et 496 sont effectivement intervenues, soit 2,8 % des présents. Des chiffres portant seulement sur une partie de la région indiquent des ordres de grandeur comparables [105] :

PrésentsOntSont
demandé la paroleintervenus
8 districts de Gorki6000nonplus de 100
et environréponses(1,6 %)
villes de Dzerjinsk
et Bogorodsk
5 districts19986759 (2,9 %)
Ville de Bor9895735 (3,5 %)
et 2 districts

Il ressort de ces données que les intervenants ont été peu nombreux; même si l’on y ajoute ceux qui ont posé des questions lors de la discussion, il reste que seule une minorité a donné son avis. Que pensaient les autres?
Changeons maintenant de focale et examinons les différences internes à la région. Nous savons qu’en URSS, il existait un immense fossé entre les villes et les campagnes et que le PCUS était peu implanté parmi les kolkhoziens. Un rapport consacré à deux districts ruraux de la zone forestière (Krasnye Baki et Varnavino [106]) présente cette particularité étonnante de ne souffler mot du « culte de la personnalité » : cette thématique officielle était-elle trop éloignée des préoccupations locales ? ou la proximité des dirigeants locaux paralysait-elle la critique? Toujours est-il que pas un seul paysan n’a pris la parole.
Intervenants à Krasnye Baki : 3 présidents de kolkhoze; le directeur de la scierie « Udarnik »; le président du comité exécutif de district ; peut-être d’autres (non identifiés) ».
Intervenants à Varnavino : « plusieurs responsables d’exploitations forestières ; le directeur d’une MTS [station de machines agricoles NDLR] ; plusieurs présidents de kolkhoze ».
Les discours tenus confirment d’abord ce que nous savons de la pénurie dans les campagnes soviétiques [107] : « Dans les magasins du district, il est impossible d’acheter des aiguilles à coudre et d’autres marchandises de première nécessité. » Ils ont aussi mis en lumière les tensions entre institutions et les plaintes qui en résultaient :
– Plusieurs présidents de kolkhoze ont déploré que le comité de parti et le comité exécutif du district « comme avant, s’occupent peu des kolkhozes en retard et voient en eux seulement le mauvais, mais ne remarquent pas (…) les aspects positifs, ne suggèrent pas aux directeurs de MTS d’être plus souvent dans les kolkhozes, d’étudier plus profondément leurs besoins et de réagir plus vite à leurs demandes ». Ils ont aussi souhaité que ces deux instances « renoncent à l’envoi de plénipotentiaires dans les kolkhozes » et fassent davantage appel à la responsabilité des dirigeants de ces derniers [108] ; ils demandaient à la fois plus d’aide et moins de tutelle.
– Un directeur de MTS « a exprimé des réclamations à l’égard des organisations régionales parce qu’elles approvisionnent mal les MTS en pièces de rechange pour les machines agricoles, n’organisent pas la production de charrues, de herses, de cultivateurs et autres machines agricoles pour en fournir assez aux MTS et aux kolkhozes ».
– La MTS ne remplit pas « ses obligations contractuelles avec les kolkhozes sur la livraison d’engrais minéraux, le transport de fourrage et autres travaux d’hiver », ont déclaré à leur tour plusieurs responsables d’exploitation collective [109].
Ces zones rurales ne s’occupaient pas seulement d’agriculture ; elles s’adonnaient aussi à l’exploitation de la taïga. Le combinat Gorkles (« Forêt de Gorki »), qui en a la charge, est critiqué par le directeur de la scierie Udarnik : il ne s’intéresse pas à l’entreprise, qui attend depuis deux ans l’installation d’une scie mécanique. En outre, son activité n’est pas contrôlée par le département de la construction et de l’industrie forestière du comité régional du parti. Plusieurs cadres mettent sévèrement en cause le même combinat : les exploitations forestières « n’ont pas de métal pour réparer les machines »; « pendant tout l’hiver, elles n’ont pas distribué de moufles aux ouvriers », qu’elles n’approvisionnent pas de façon satisfaisante en produits alimentaires et en marchandises industrielles. La convention collective discutée par les ouvriers prévoyait la construction d’un club et de bains, ainsi que la fourniture de combustible au personnel, mais les dirigeants du combinat ont supprimé ces engagements [110].
Mentionnons aussi au passage que le président du comité exécutif du district de Krasnye Baki est intervenu sur le rôle des députés des soviets locaux : beaucoup d’entre eux n’entretiennent que de faibles liens avec leurs électeurs et n’organisent pas de réunions pour rendre compte de leur activité ; sur ce points, les députés des instances supérieures ne montrent pas le bon exemple [111].
Le cas des districts de Krasnye Baki et de Varnavino est-il unique? Nous disposons d’un second rapport [112], consacré à quatre districts agricoles [113] : Semenov, Ton-kino, Khmelevitsy et Sosnovskoe auxquels il faut ajouter un district de Gorki : Kirov. Le « culte de la personnalité » y est mentionné une seule fois, à la fin du texte, pour dire que « les intervenants ont exprimé leur satisfaction des mesures adoptées par le Comité central du PCUS, exposées dans le rapport du camarade) Khrouchtchev [114] ». Certes, nos données sont lacunaires, mais elles semblent indiquer que pas un seul kolkhozien n’a pris la parole.
Intervenants à Semenov : « le directeur d’une fonderie de fonte; un communiste de profession non indiquée »; à Tonkino : « pas d’informations » ; à Sosnovskoe : « huit personnes, dont un président de kolkhoze et un directeur de MTS, le secrétaire du comité de parti du district »; à Khmelevitsy : « deux présidents de kolkhoze, autres intervenants non identifiés ».
Dans le district de Semenov, à en croire le rapport, il n’a pas été question d’agriculture. Le directeur de la fonderie des Trois Communistes, située à Semenov même, a décrit les difficultés de son entreprise : à cause de l’organisation qui en est chargée, l’électrification des postes de travail progresse lentement; il en va de même pour la mécanisation et pour l’équipement des nouveaux ateliers. Un communiste, dont nous ignorons la profession, a dénoncé des gaspillages : les usines de lin manquant de capacité, la paille de lin est stockée à ciel ouvert et pourrit [115]. En revanche, dans les trois autres districts, la discussion a tourné essentiellement autour des questions agricoles. À Tonkino, les participants au plénum élargi du comité de parti ont critiqué les méthodes bureaucratiques de direction : le premier secrétaire du district et les cadres qui l’entourent jugent de la situation des kolkhozes d’après des rapports (svodki), sans se rendre sur place [116]. La préparation des ensemencements de printemps a pris du retard dans le district de Sosnovskoe : à nouveau, c’est MTS qui est mise en accusation, par plusieurs orateurs [117]. Le directeur de cette MTS, quant à lui, s’en prend au comité régional du PCUS, qui demande trop peu aux savants : il n’exige pas d’eux une présence plus fréquente dans les kolkhozes, ni une aide pratique à l’application des découvertes scientifiques dans l’agriculture. Dans un esprit voisin, un secrétaire du comité de parti du district souligne que les responsables de l’Institut d’agriculture n’ont pas tenu parole : ils ont organisé un seul séminaire d’« économie concrète » à la MTS et s’en sont tenus là [118]. La réunion des militants communistes du district de Khmelevitsy a été dominée par les interventions de deux directeurs de kolkhoze. Le premier, Berezine, a insisté sur les réformes faites dans son exploitation : réduction du personnel administratif, modification des normes de production, instauration d’un nouveau système de paiement du travail. Ensuite, Berezine et son collègue Sokolov ont demandé que les coopératives industrielles augmentent leur production de roues, de télègues (charrettes) et autre matériel agricole ; ils ont aussi souhaité que les coopératives de consommation assurent la vente de chaussures en caoutchouc et de salopettes ouatinées pour les éleveurs [119].
Toutes ces interventions concernant l’agriculture présentent un point commun frappant : elles sous-estiment la gravité de la situation de l’agriculture soviétique et n’établissent jamais de lien entre la situation présente et le passé récent. Pourtant, dans son Rapport secret [120], N.S. Khrouchtchev avait affirmé la responsabilité de Staline en la matière : « La répugnance de Staline à considérer les réalités de l’existence et le fait qu’il n’était pas au courant du véritable état de la situation dans les provinces peuvent trouver leur illustration dans la façon dont il a dirigé l’agriculture. »
Dans les documents que j’ai pu lire, cette éclaration n’est jamais reprise. Il est tout au plus question de « liquider le retard de l’agriculture dans la région [c’est moi qui souligne] [121] », ce qui n’a pas la même portée. Nous avons la chance de disposer du procès-verbal d’une réunion des militants de Pavlovo (district et ville [122]) : les uns viennent de la campagne, les autres de petites agglomérations (Pavlovo,Vorsma [123]). Le thème du « culte de la personnalité » est évoqué à plusieurs reprises, mais de façon très générale [124]. Seuls prennent la parole des cadres de divers niveaux. Des présidents de kolkhoze expriment des griefs contre la ville [125] : « En pleins travaux d’été, les usines de Pavlovo nous envoient, en règle générale, des gens dont une partie importante ne travaille pas consciencieusement (…) » « Une usine de Dzerjinsk a construit dans notre kolkhoze des silos et des serres, mais ce ne sont pas des bâtiments, c’est du pur rebut. »
Le président du soviet de Vorsma évoque les difficultés de sa petite ville [126] : les entreprises ne construisent pas de logements, ou peu; les matériaux de construction et le bois de chauffage manquent ; dans le commerce, on ne trouve ni gruau ni pâtisserie confiserie. Le secrétaire du parti de Pavlovo-ville brosse un tableau aussi sombre de la situation [127] : les usines, où prédomine le travail manuel, obtiennent de mauvais résultats; le bâtiment a des coûts de revient élevés, malgré la mauvaise qualité ; plus de la moitié des logements construits au cours du 5e plan (1951-1955) l’ont été par le secteur privé. Deux interventions évoquent un monde ouvrier presque inconnu, celui des coopératives industrielles (artels) de la métallurgie, fabriquant des objets de consommation courante (couteaux) : travail physique pénible, hygiène et sécurité négligées (absence de ventilation), mauvaises conditions de vie, entraînant des maladies pulmonaires [128]. Ces ouvriers étaient employés aux travaux agricoles dans les kolkhozes l’été. Les loisirs constituaient pour les communistes locaux un autre sujet de préoccupation : Pavlovo n’avait qu’un cinéma; les prolétaires, en particulier les jeunes, n’avaient pas d’endroit où passer le temps « de façon civilisée [129] » (kul’turno) : « Certains d’entre eux vont au restaurant, se saoulent, d’où des violations de l’ordre social, du hooliganisme, etc. »
Le secrétaire du Komsomol de Pavlovo se plaint que la Maison de la culture de l’usine Staline ne se préoccupe que de commerce et organise des danses payantes au détriment de toute autre activité [130].
Je crois donc avoir démontré que le thème du « culte de la personnalité » est faiblement présent dans les organisations communistes de la campagne ; nous avons vu que c’était aussi le cas à Pavlovo. Prenons un autre exemple de petite ville : à Bor, pourtant proche de Gorki, il brille par son absence. Ce sont les préoccupations liées à la vie quotidienne qui dominent : logement, aménagement urbain, insuffisances de l’approvisionnement à la campagne, faiblesse du travail éducatif et culturel dans les villages, longs retards dans la livraison de pain aux ouvriers d’une entreprise de tourbe [131]. À Gorki et dans deux villes voisines, Dzerjinsk et Bogorodsk, ces soucis matériels apparaissent aussi : un ouvrier signale l’absence de ventilation dans son atelier de menuiserie, qui nuit à la productivité du travail ; à Bogorodsk, un immeuble de logements n’est toujours pas construit, car le comité exécutif de la région n’a pas donné d’argent; dans le district Kouibychev (Gorki), les services médicaux sont en mauvais état et il manque environ deux cents places dans les crèches [132]. Mais on assiste également à des tentatives pour tourner le thème du « culte de la personnalité » contre les dirigeants de tout niveau [133] :
– Un mécanicien du dépôt de la gare de Gorki-triage déclare que le « culte de la personnalité » « s’est répandu aussi à la base » et dénonce « des chefs qui exigent le respect, chacun d’entre eux même pour des remarques inoffensives menace d’imposer, de rétrograder dans le travail (…) ».
– Deux communistes du district Kouibychev (Gorki), « blâmant le culte de la personnalité, ont critiqué vigoureusement le président de l’Union régionale de consommation (…) parce qu’il ne supporte pas la critique et les remarques, (…) bafoue la démocratie coopérative, en abolissant de sa propre autorité les décisions du présidium de direction ». Par la même occasion, ils s’en prennent aussi au nombre exagéré de chefs et à la dilapidation de l’argent des coopératives.
– La plus virulente est sans doute une ouvrière de la bourrellerie-sellerie (Bogorodsk) : « Elle a entendu que Lénine est intervenu de manière (…) mordante contre les manifestations du culte de la personnalité [134], ne craignait pas de dire franchement la vérité (…), mais pourquoi les membres du Bureau politique ont-ils eu peur de Staline? Le culte de la personnalité (…) s’est répandu même à la base, dans la production, où l’on peut toujours entendre des chefs et des contremaîtres des mots comme “mon secteur”, “mon atelier”, “mes ouvriers”, “je suis le patron, ce que je veux, fais-le”, etc. »
Nous sommes ici en présence, me semble-t-il, d’une authentique tentative pour prendre la parole [135], exprimer des revendications, en s’appropriant un mot d’ordre diffusé par le pouvoir. Cette appropriation n’est pas le monopole des ouvriers : ainsi, le directeur de l’usine « Krasnyi Yakor » explique que « le culte de la personnalité gâte les gens (…), engendre l’irresponsabilité (…) », puis s’en prend à un de ses collègues [136]. Ses propos font écho à un passage du Rapport secret qui évoque brièvement la bureaucratisation résultant du culte de Staline [137]. De même, bien qu’il ne cite aucun dirigeant, le secrétaire du comité de parti de la direction des chemins de fer de Gorki a pu se sentir encouragé d’en haut à réclamer la réduction de l’appareil administratif et le transfert « dans la production » du personnel superflu : des mesures dans ce sens ont été élaborées en 1954, mais deux ans plus tard elles n’étaient pas encore appliquées [138]. Dans son rapport public au XXe Congrès, N.S. Khrouchtchev avait en effet appelé à poursuivre la diminution des effectifs du personnel de gestion administrative, commencée en 1954-1955, et à transférer ces gens dans les usines, les mines, les kolkhozes [139], etc.
Dans le district Kirov (Gorki), les « dirigeants du parti et de l’économie » ont été accusés de s’entretenir peu avec les ouvriers, de ne guère écouter leur voix et de réagir lentement aux critiques. Un ajusteur communiste de l’usine Krasnaya Etna leur a reproché de donner leur accord à la fabrication de faux records de production; le secrétaire de l’organisation territoriale du parti a soulevé la question de l’impunité des cadres de l’État-parti, qui les encourage à violer la loi et cité les noms de coupables à Gorki même [140]. Dans un autre district (Jdanov) de la capitale régionale, c’est le président du comité exécutif de la ville qui a été mis sur la sellette pour avoir parfois négligé les plaintes de travailleurs et s’être rendu trop rarement dans les entreprises; à la même réunion, il a été rappelé que les députés des Soviets suprêmes d’URSS et de RSFSR doivent rendre compte régulièrement de leur activité à leurs électeurs. Ces « humeurs antibureaucratiques » s’exprimaient aussi à la campagne,j’en ai déjà cité des exemples plus haut : dans le district Zalesnyi, par exemple, l’on se plaignait que les dirigeants communistes locaux connaissent mal la situation dans les kolkhozes; ailleurs, on déplorait qu’ils ne discutent pas souvent avec les simples paysans [141].
Dans tous ces cas, il n’était fait aucune allusion au « culte de la personnalité »; il n’en est pas moins significatif que cette critique des cadres s’exprime à l’occasion de la discussion des résultats du XXe Congrès : Khrouchtchev ne s’en était-il pas pris avec vigueur aux « bureaucrates », en citant un poème satirique de Maïakovski [142]? Évidemment, comme l’a montré l’histoire de l’URSS sous Staline, ces thèmes « antibureaucratiques » sont ambigus : ils peuvent exprimer une authentique protestation de la base, mais aussi être utilisés par des responsables à des fins politiques ou dans le cadre de batailles internes à la bureaucratie [143].
Il existait en tout cas une limite à ne pas franchir dans la critique : c’est ce qui fut rappelé dans une résolution secrète du Comité central (3 avril), déjà citée, intitulée « Sur les sorties ennemies aux réunions de l’organisation du parti du laboratoire thermotechnique de l’Académie des sciences de l’URSS sur les résultats du XXe Congrès [144] ». Était visée une réunion tenue à Dubna les 23 et 26 mars, où l’on avait entendu des propos « subversifs [145] » :
« Nous parlons de la force du parti et du pouvoir du peuple, mais cela n’existait pas. Avec Staline, nous serions allés au fascisme (…) Nous répétons encore aujourd’hui le culte de la personnalité, en portant aux nues Khrouchtchev, nous n’avons pas discuté “avec intelligence” au congrès son rapport sur le culte (…) Khrouchtchev nous a entassé un grand nombre de faits de toutes sortes, mais il nous faut comprendre pourquoi on ne l’a pas fait au congrès (…) » (G.I. Chtchedrine, technicien).
« Le peuple est impuissant, c’est pourquoi un petit groupe de gens a réussi à établir sa dictature… Armer le peuple peut être la mesure la plus radicale pour surmonter les phénomènes négatifs dans notre vie » (R.G. Avalov, chercheur).
Mais c’est l’intervention du jeune physicien Ju. F. Orlov, qui a été au centre des débats : « Notre pays est socialiste, mais non démocratique. Nous avons tort de comparer le socialisme avec le capitalisme, alors pourquoi ne pas le comparer avec le régime esclavagiste? (…) Chez nous, il y a une situation où la propriété appartient au peuple et le pouvoir à un tas de coquins (…) Notre parti est pénétré d’un esprit de servitude. La majorité des membres du parti s’adaptent, il en a été ainsi au XXe Congrès (…) Les séances du Soviet suprême produisent une triste impression. Il est comique de dire que le rapport du c(amarade) Khrouchtchev sur le culte de la personnalité n’a pas été discuté au Congrès. Pour l’essentiel, dans notre parti tout est resté comme avant : le vieil esprit de flagornerie, notre appareil de l’État et du parti regorge de gens comme ça. La presse est faite d’aventuriers et d’opportunistes. En la personne de la Sécurité d’État nous avons élevé un enfant qui nous tape sur la gueule. » Or, malgré les efforts du présidium, la résolution condamnant ces interventions a obtenu seulement deux voix de plus que le texte alternatif, qui les soutenait. C’était intolérable et l’organisation communiste du laboratoire thermotechnique fut dissoute, mesure rare, justifiée ainsi [146] : « [Les communistes du laboratoire] ont dénigré le caractère démocratique de l’ordre soviétique, ont vanté les fausses libertés des États capitalistes, ont lutté pour répandre dans notre pays l’idéologie bourgeoise ennemie. »
La résolution du 3 avril recommandait d’exclure du PCUS Orlov et ses camarades, ce qui fut fait [147], et de mener à l’avenir la discussion du XXe Congrès de façon à ne pas tolérer de semblables « sorties ennemies ». Son contenu fut repris le 5 avril dans un texte de la Pravda déjà cité, qui dénonçait nommément Avalov, Orlov, Chtchedrine et un certain Nesterov [148]. Le Comité central l’envoya en province, avec l’ordre d’organiser des réunions fermées du parti à ce sujet [149].
C’est dans ce contexte qu’est organisée à l’intention des communistes de Gorki-ville une séance de lecture de trois articles de la Pravda [150] : deux éditoriaux, « Pourquoi le culte de la personnalité est-il étranger à l’esprit du marxisme-léninisme ? », « Le Parti communiste l’a emporté et l’emporte grâce à sa fidélité au léninisme » et la traduction d’un document chinois intitulé « Sur l’expérience de la dictature du prolétariat », tiré du Quotidien du Peuple.
D’après le compte rendu, sept personnes ont pris la parole [151]. Artemov, ouvrier de la fabrique de confection n° 2, note : « Même nous, communistes du rang, avions remarqué que dans les dernières années de sa vie, Staline encourageait beaucoup le culte de la personnalité, portant par là un dommage considérable au parti et au pays. » Il s’affirme en accord avec « la lutte contre le culte de la personnalité, pour liquider plus rapidement ses conséquences ».
Il n’est pas sans intérêt de signaler au passage les déclarations de Ryumantseva, secrétaire du parti de la même entreprise : l’article chinois a suscité « un grand intérêt » chez les communistes : il expose « de façon correcte et accessible l’activité positive de I.V. Staline dans les années après la mort de VI. Lénine » et « met en lumière ses erreurs dans les dernières années de sa vie ». Korovine, chef d’atelier de la fabrique de confection n° 7, affirme, comme Artemov, son approbation de la ligne officielle. Les autres interventions sont beaucoup plus agressives. Un cadre syndical s’en prend aux contestataires en ces termes : « Nous sommes obligés d’élever la vigilance politique et de donner une riposte décidée à des gens comme Avalov, Orlov, Nesterov, Chtchedrine et autres, qui ont essayé d’utiliser la démocratie interne du parti pour diffamer notre parti. »
Les trois enseignants qui interviennent ensuite sont tout aussi sévères. Pour Kuznetsov, vice-recteur de l’université d’État, celui qui ose douter de la justesse de la politique des autorités « ou pire encore considérer notre démocratie comme moins parfaite que la démocratie américaine, celui-là n’est pas digne du titre de membre de notre Parti communiste ». Aux yeux du directeur adjoint de l’Institut pédagogique, Ermakov, le XXe Congrès ne marque pas un « tournant thermidorien » : celui qui juge ses décisions « insuffisamment démocratiques » « n’a pas sa place dans les rangs du PCUS ». Ces gens « sont des ignorants qui ont passé toutes les bornes ou même de vrais ennemis de notre patrie ». Quant à Zaitsev, professeur d’histoire du parti à l’Institut médical, il « exige non seulement la condamnation des interventions antiparti d’Avalov, de Neste-rov, de Chtchedrine et autres, mais aussi leur exclusion des rangs de (notre) parti » et reprend telle quelle à leur encontre une phrase de la Pravda du 5 avril [152].
Cette réunion constitue un très clair avertissement quant aux risques que courent les communistes qui se permettent d’aller plus loin que les autorités dans la critique de Staline. Pourtant, le lecteur a l’impression d’un certain flottement chez les dirigeants lorsqu’il prend connaissance d’un rapport envoyé par le comité régional du PCUS à Moscou [153], concernant l’« iconoclasme » (Polly Jones). Lors de réunions de militants, « beaucoup de communistes » demandaient aux rapporteurs s’il fallait enlever les portraits et les statues de Staline : il leur était répondu qu’ils étaient libres de garder ou d’enlever les images du Guide (Vojd’) ; afin de rassurer leur public, les rapporteurs précisaient même que personne ne serait poursuivi pour « iconoclasme [154] ». L’auteur du rapport ajoute que « sur cette question, ni le comité régional, ni les comités de ville, ni les comités de district du parti n’ont donné aucune autre indication à quiconque » : il semble donc probable que Moscou n’avait pas envoyé de directives claires à ce sujet, peut-être parce que les sommets du pouvoir étaient divisés sur ce point. Selon le même texte, l’« iconoclasme spontané » dans les lieux publics a été très limité [155] : seuls deux cas sont cités : « Dans l’école secondaire n° 1 de Gorki et dans l’école secondaire de Chakhounia [156], après avoir écouté le rapport du c(amarade) Khrouchtchev “Sur le culte de la personnalité” (…), les travailleurs de ces écoles ont aussitôt enlevé tous les portraits, bustes et bas-reliefs. »
L’auteur mentionne aussi la dégradation de statues de Staline (des bras cassés) par des jeunes, mais lui dénie toute signification politique, en attribuant à ses auteurs des « motifs de hooligans ».
Jusqu’ici, j’ai le plus souvent cité des propos tenus lors de réunions par des hommes ou des femmes (rarement) dont nous connaissons le nom et, souvent, la profession : il s’agit d’une parole individuelle filtrée par l’institution [157]. Mais il existait en URSS une pratique qui consistait à poser des questions aux rapporteurs après leur exposé : on écrivait ces questions sur des morceaux de papier que l’on faisait parvenir au présidium. Elles étaient vraisemblablement anonymes, ce qui explique sans doute qu’elles donnent l’impression d’une plus grande liberté de ton : c’est un avantage pour l’historien, qui a l’impression (peut-être fallacieuse) d’un « accès direct à la parole vive [158] », mais il a son envers, car nous ne connaissons pas l’identité de leurs auteurs. De plus, elles sont parfois difficiles à interpréter aujourd’hui : si certaines d’entre elles trahissent clairement une façon de penser, ce n’est pas toujours le cas. Les communistes cherchent d’abord à s’informer sur le déroulement du XXe Congrès [159] : « Le rapport du c(amarade) Khrouchtchev sur le culte de la personnalité a-t-il été discuté ? Si oui, qui est intervenu sur cette question? »
«Y avait-il des représentants de partis communistes d’autres pays à la séance fermée du Congrès le 25 février?»
D’autres demandent des précisions sur le contenu du Rapport secret :
« Le cam(arade) Khrouchtchev N.S. a dit (…) que la formation du culte de la personnalité avait été favorisée par des gens à double face [160] (…) et des chanteurs d’alléluias. Qui donc le c(amarade) Khrouchtchev sous-entendait-il, peut-être certains littérateurs, artistes, compositeurs, qui ont avec tant de zèle exalté la fausse grandeur de Staline ? »
La critique de Staline suscite des interrogations dans son principe même : « décrier » Staline, n’est-ce pas pour Khrouchtchev se « décrier » lui-même? D’ailleurs,fait remarquer un autre, les dirigeants se contredisent : « À la première séance, les délégués ont honoré la mémoire de Staline en se levant. Comment cela se concilie-t-il avec le rapport du c(amarade) Khrouchtchev sur le culte de la personnalité?»
La diffusion à grande échelle d’un discours prononcé lors d’une séance fermée, contraire aux habitudes, étonne : « Par quoi expliquer une si large popularisation du rapport du c(amarade) Khrouchtchev sur le culte de la personnalité ? »
On cherche à mesurer les conséquences pratiques du XXe Congrès :
« Pourquoi dans certaines institutions enlève-t-on les portraits de Staline ? Est-ce que vraiment il est rayé du nombre des personnalités éminentes? »
« Peut-on maintenant enlever les portraits (…) de Staline et détruire et brûler tout, pour sa barbarie ? Mais poursuivra-t-on en justice pour cela? »
« Peut-on utiliser comme manuel le Bref cours d’histoire du parti?»
Des valeurs jusqu’alors respectées par la société risquent de se trouver remises en cause [161] : « Que faire des insignes des lauréats des prix Staline ? des médailles Pour la victoire sur l’Allemagne, Pour un travail courageux pendant la Grande Guerre patriotique, et d’autres?»
Khrouchtchev avait bien perçu un danger de sa critique de Staline : que la population ne demande des comptes aux proches de Staline, dont lui-même. Aussi, dans le Rapport secret, insiste-t-il sur le fait que les membres du Bureau politique ne pouvaient rien entreprendre contre Staline [162]. Apparemment, sa thèse a rencontré un certain scepticisme, puisque des communistes reviennent sur la question :
« Comment ont réagi les membres du Bureau politique (…) à l’activité de Staline dans les dernières années de sa vie, pendant la guerre comme avant la guerre, en commençant par le XVIIe Congrès du parti? Y a-t-il eu des tentatives de leur part pour faire revenir le Comité central du parti à un travail correct, et aussi pour rectifier Staline, et si cela n’a pas été fait, alors pourquoi?»
« Malenkov était plus proche de Staline que les autres, comment s’est-il comporté pendant les répressions de masse, est-il intervenu à la séance fermée? »
Les communistes cherchent ainsi à s’expliquer ce qui est arrivé à leur pays; c’est pourquoi ils ne s’intéressent pas seulement aux responsabilités des proches de Staline. Ils posent aussi d’autres questions sur le passé : « Qui parmi les spécialistes militaires a souffert de la répression stalinienne? Qui Lénine avait-il en vue pour le poste de secrétaire général à la place de Staline? »
Cette tentative de compréhension s’appuie parfois sur des mythes historiques [163]: « Par quoi s’explique que Staline ait demandé à être libéré de son poste de secrétaire général lors du Plénum (…) du Comité central et de la Commission centrale de contrôle du 29 octobre 1927, mais qu’on ne l’ait pas accepté ? » Mais le rappel d’une simple vérité suffit à mettre en difficulté les thèses officielles : « Qui dirigeait le pays jusqu’en 1953, Staline ou le Parti communiste? Si c’était le parti, pourquoi a-t-il permis l’outrage (izdevatel’stvo) au peuple?»
Bien sûr, il se révèle difficile de ne pas recourir aux étiquettes si souvent utilisées sous Staline : « Comment considérer Staline par rapport à la patrie, comme un ennemi du peuple ou encore comment? »
L’écoute du rapport secret débouche aussi sur des critiques de l’action de Khrouchtchev : « Pourquoi le Congrès n’a-t-il tiré aucune conclusion des abus de pouvoir dans le parti, les soviets et l’armée commis par Staline et quelles voies de correction de ses abus sont adoptées, pour l’instant elles sont encore insuffisantes, me semble-t-il. »
Les cadres sont à nouveau mis en cause : « Combien d’ouvriers sont élus au Comité central du PCUS ? » Leur opportunisme est dénoncé : « Cam(arade) Nekra-sov, n’est-ce pas vous qui, rendant compte du XIXe Congrès, avez parlé de vos impressions personnelles sur l’activité de Staline, son énergie bouillonnante. Vous avez vous-même flagorné. Est-ce que vous ne faites pas maintenant l’éloge de Khrouchtchev? (…) » Leur rôle sous Staline pose de délicates questions à la fois éthiques et politiques : « Que faire de ceux qui sur ordre de Staline ont battu des gens, les ont torturés et martyrisés? C’est que beaucoup d’entre eux sont maintenant très prospères et touchent pour cela de solides pensions et ont reçu depuis longtemps des décorations pour coups, des titres pour des “dénonciations” expertes. »
Deux questions manifestent ouvertement des aspirations égalitaires fidèles aux idéaux d’Octobre 1917 : « Du temps de Lénine, sur sa proposition, fut introduit un “maximum de parti” dans le paiement du travail et cela a favorisé le rapprochement des dirigeants avec les masses, mais maintenant, quand on s’approche du communisme, la différence de salaire a fortement augmenté. N’est-il pas temps de mettre de l’ordre dans cette affaire?»
« Comment sont liés au principe léniniste de paiement du travail les traitements élevés des ministres, des grands dirigeants du parti et de l’économie, les colis des députés? Est-ce que cela n’empêche pas la solution de grandes questions, est-ce que ce n’est pas un des moyens d’étouffer la critique [164]? »
Les conclusions de Polly Jones tenaient en cinq points [165] :
1. Le Rapport secret manquait de clarté, créant confusion et désorientation chez les Soviétiques, qui ont adopté des attitudes diverses;la réaction la plus répandue dans la population a été de demander des éclaircissements.
2. La pensée stalinienne, caractérisée par une dichotomie manichéenne entre héros et méchants, était profondément enracinée dans les esprits : le Guide de la veille devient alors un « saboteur » ou un « ennemi du peuple ».
3. Les nouvelles images négatives de Staline sont attaquées, souvent avec méchanceté, par des citoyens qui invoquent notamment ses mérites militaires.
4. Une partie de l’intelligentsia estimait que Khrouchtchev n’allait pas assez loin dans la critique de Staline, se contentant de le « diaboliser » et refusant de reconnaître les responsabilités du Parti communiste.
5. La déstalinisation a échoué : Khrouchtchev a été contraint d’annuler une grande partie de sa critique de Staline, principalement par peur du dissensus.
Mes recherches dans les archives de Nijni Novgorod confirment la diversité des attitudes face au Rapport secret et la volonté d’obtenir des explications sur son contenu. En revanche, le poids du manichéisme, réel, ne me paraît pas devoir être exagéré ; la défense de Staline, si elle existe, n’est finalement pas si fréquente, mais peut-être cela tient-il à mes sources :je n’ai pas utilisé de lettres anonymes [166]. Il ne faut pas oublier, en effet, qu’à ce moment-là, l’apologie du dictateur était exclue par la ligne officielle et se réfugiait sans doute en partie dans des canaux d’expression ne relevant pas de l’espace public. Il reste qu’aucune des questions posées lors des réunions n’indique une volonté de réhabiliter Staline. Quant à l’intelligentsia, mes documents en disent trop peu pour qu’il soit possible de conclure. Je ne sais si à l’échelle de l’URSS, la déstalinisation a échoué, mais j’ai plutôt le sentiment qu’à Nijni Novgorod, cette opération est restée pour l’essentiel sous le contrôle des autorités, qui ont réussi à la maintenir dans les limites souhaitées.
Il semble d’ailleurs qu’il ne faille pas exagérer l’ampleur des discussions autour du « culte de la personnalité » ; ce fait apparaît avec netteté à la lecture de documents émanant des organisations communistes d’entreprise : en février-mars 1956, par exemple, le XXe Congrès ne figure même pas à l’ordre du jour des réunions du comité de parti de l’usine automobile, qui s’occupe essentiellement de questions personnelles ou d’intérêt local (concernant la production [167]). Au chantier naval Krasnoe Sormovo,le sténogramme d’une assemblée générale du parti indique que le tourneur Godyaev, déjà cité supra, a évoqué le XXe Congrès, où il était délégué : il a été frappé par le fait que Khrouchtchev, Boulganine, Molotov et d’autres s’entretenaient avec des communistes « du rang [168] ». Selon lui, la question du « culte de la personnalité » « agite sérieusement tout le collectif et les membres du parti » ; à Sormovo, beaucoup de gens « se considèrent comme supérieurs au collectif, aux lois ». Et de citer le mauvais exemple de Smirnov, ancien secrétaire du comité régional, qu’il oppose à l’actuel, Ignatov Mais le sténogramme consacre beaucoup plus de place aux questions de production [169]. Les intervenants évoquent les problèmes sociaux et donnent leur avis sur les responsables [170] :
  • en 1954-1956, les sommes accordées par le ministère pour la construction de logements ont diminué ;
  • la charge de travail n’est pas suffisante pour occuper les ouvriers très qualifiés : il faut donc transférer ailleurs ces excédents de main-d’œuvre, mais les intéressés font appel à la justice ou à la commission des tarifs et des conflits;
  • au laminoir, les courants d’air causent beaucoup de maladies, :
  • les dirigeants des ateliers sont insensibles aux besoins des travailleurs, ce qui engendre un grand nombre de plaintes;
  • des dirigeants syndicaux sont sous la coupe des chefs d’atelier.
Ce dernier point fait écho au XXe Congrès, où N.M. Chvernik [171] avait critiqué « l’attitude conciliante de nombreux organes syndicaux à l’égard des responsables économiques qui n’appliquent pas les conventions collectives. Il faut combattre avec résolution ces insuffisances. Les ouvriers et les employés veulent voir dans leurs syndicats des défenseurs de leurs intérêts contre ceux qui violent les lois soviétiques [172] ».
Trois séries de documents fournissent des indices qui semblent confirmer la place limitée des débats sur le « culte de la personnalité » et la priorité donnée à la mise en cause des cadres locaux. La première concerne des « remarques critiques » émises au cours de discussions consacrées aux résultats du XXe Congrès [173] : le « culte de la personnalité » est évoqué explicitement une seule fois [174] : « À la fabrique de confection n° 2, un intervenant a dit lors d’une réunion : les conséquences du culte de la personnalité ne sont pas surmontées dans l’organisation du parti de Gorki. Lors de l’inauguration du tekhnikum de la confection, les cam(arades) Tuzov et Proskurine ont promis de l’aide pour l’attribution d’un local pour le tekhnikum de la construction. Maintenant, le c(amarade) Tuzov n’occupe plus son ancien poste, et le cam(arade) Proskurine refuse de tenir sa promesse, en donnant pour motif que le cam(arade) Tuzov n’a pas négocié cette question avec lui. Ils donnent de l’importance à leur propre personne, mais ne prêtent aucune attention à une affaire d’État. »
Une fois de plus, les cadres sont mis sur la sellette [175] : « À la réunion, il a été dit que le XXe Congrès est très attentif aux conditions matérielles de vie des travailleurs, mais que le Comité du PCUS et le comité exécutif (des soviets) du district Kouibychev (ville de Gorki) manifestent peu ce souci. »
La deuxième série de documents provient des dossiers du département régional d’agit-prop. Son responsable, A. Gorev, dresse dans un texte de sept feuillets le bilan du « travail d’agitation de masse pour expliquer aux travailleurs les décisions et matériaux du XXe Congrès, les mobiliser afin de réaliser les tâches fixées par le Congrès [176] » : il s’étend sur la situation de l’agriculture, soulignant que des kolkhozes ont introduit un nouveau mode de paiement des paysans, l’avance mensuelle (deux à cinq roubles par journée de travail ou trudoden’). Mais il n’est pas question de Staline. Le même dossier contient un plan-guide de leçons sur le XXe Congrès, destiné aux écoles politiques, cercles, séminaires et écoles du soir : ces leçons sont regroupées en trois grandes rubriques : situation internationale de l’URSS (3-4 cours), situation intérieure (5-6 leçons), le Parti communiste (2-3 cours). Aucun thème lié au « culte de la personnalité » n’y apparaît [177]. Un autre dossier de l’agit-prop porte sur les journaux locaux; on y trouve notamment neuf rapports [178]; chacun d’eux expose les résultats de l’examen critique d’un organe d’entreprise différent. Bien sûr, leur lecture ne remplace pas un dépouillement exhaustif de ces publications, mais elle donne le sentiment que le contenu de ces journaux était assez étroitement axé sur la vie de l’usine ou du trust : le fameux discours de Khrouchtchev y brille par son absence et même, à une exception près [179], le XXe Congrès. Tout se passe comme si les comités de parti, qui exerçaient une censure vigilante sur cette presse, avaient voulu enfermer les salariés dans un cercle de préoccupations limité à leur lieu de travail.
La troisième série de documents éclaire les résultats d’élections internes au PCUS qui se sont tenues à l’automne 1956 [180] : on a voté à bulletins secrets, au moins dans certains cas. À Gorki, environ un tiers des communistes présents ont pris la parole, ce qui représente une proportion élevée [181]. Un thème revient sans cesse : la mise en cause des petits responsables du parti et des cadres d’entreprise, accusés d’être coupés de la base et sourds aux plaintes. L’impatience est grande à l’égard de ceux « qui manifestent de l’infatuation et de la morgue, ne tiennent pas compte de l’opinion des masses, ne se soucient pas de la culture et de la vie quotidienne des travailleurs et n’assurent pas une direction convenable du parti ou de l’économie [182] ».
La grossièreté envers le personnel figure en bonne place parmi les griefs avancés : dans un atelier de l’usine automobile, il est même question de « comportements inhumains à l’égard du travailleur » et d’« outrages aux ouvriers et aux contremaîtres, allant jusqu’à des humiliations [183] ». Mentionnons au passage la dénonciation de l’alcoolisme, qui, il est vrai, ne concernait pas que les chefs [184].
Quels ont été les résultats de ces élections ? Notre source ne fournit pas de données complètes, mais seulement des indications partielles sur les personnes qui n’ont pas été élues : c’est le cas pour plus de quatre-vingts responsables du parti et de l’économie à Gorki [185], mais, pris isolément, ce chiffre n’a pas grand sens. Nous savons seulement qu’« il est arrivé beaucoup de nouveaux camarades » à la suite de tous ces scrutins [186]. Dans le district de Kanavino, sept personnes (directeurs d’usine, chef de gare, etc.) n’ont pas été élues, dont trois pour grossièreté [187]. À l’usine automobile (« forge »), il en a été de même pour le chef de bâtiment [188] Chepelev et le secrétaire de l’organisation du parti Zaitsev : il leur était reproché de ne pas avoir lutté contre les violations de la discipline du travail. Mais la liste des critiques ne s’arrêtait pas là [189] :
« Le bureau du parti ne s’est pas occupé de planifier le salaire des ouvriers, qui selon une déclaration de [trois] membres du PCUS baisse chaque année, ce qui permet d’importantes économies à la forge, alors que le rebut cause de grandes pertes. »
« Les cam(arades) Chepelev et Zaitsev se sont coupés des ouvriers, se montrent insensibles envers eux, n’examinent pas leurs besoins, ne réagissent même pas aux plaintes, à cause des mauvaises conditions de travail et de vie le turnover est élevé, surtout chez les jeunes. »
Dans un atelier de l’usine Staline (Gorki), les communistes n’ont recommandé la réélection d’aucun des membres de l’ancien bureau du parti [190]. On aimerait connaître la portée exacte de cette « épuration douce », mais elle est difficile à mesurer : il faudrait comparer ces élections aux précédentes. Nous ne disposons pas d’informations qui permettent de saisir l’impact de ces éliminations de cadres sur les rapports d’autorité dans l’entreprise ; quoi qu’il en soit, leur fréquence ne doit probablement pas être surestimée [191].
Conclusion. Qu’apportent les archives régionales de Nijni Novgorod utilisées ici? Elles offrent d’abord des aperçus sur la vie quotidienne et les dysfonctionnements permanents du système soviétique : pénuries, à-coups de la planification, tensions entre bureaucraties, etc. ; de ce point de vue, elles confirment un tableau déjà connu et pourraient intéresser des spécialistes d’histoire économique et sociale. Elles permettent ensuite de saisir sur le vif la domination des cadres locaux de l’État-parti, dans leur interaction avec la population [192]; ces relations de pouvoir déséquilibrées se manifestent avec une particulière netteté à la campagne. Cette domination se traduit par une tendance à monopoliser la parole lors des réunions, de sorte que le Parti communiste apparaît d’abord comme une caisse de résonance des plaintes et des revendications des cadres [193]. Les archives doivent être lues en tenant compte de cette réalité : les règles de fonctionnement du PCUS ont pour effet de filtrer la parole venant d’en bas. Les historiens russes que j’ai pu lire négligent trop souvent ce fait et se contentent d’extraire tel ou tel propos critique de son contexte, comme si l’on saisissait ainsi l’authentique « voix du peuple ». En fait, celle-ci ne réussit à percer que de temps en temps; on ne saurait parler d’une « opinion publique », inexistante, mais plutôt de nastroenija comme on dit en russe [194] (littéralement « humeurs ») ou d’avis sur… Le retentissement à court terme du XXe Congrès a été réel, mais limité [195] : il ne pouvait en aller autrement après les vingt-cinq ans de règne de Staline, caractérisés par la destruction de la politique. On a vu que lors des réunions, nombre d’interventions se limitaient à des questions économiques ou techniques et ne mentionnaient même pas le Rapport secret de Khrouchtchev. Quand le thème du « culte de la personnalité » était évoqué, il était surtout lu à partir de préoccupations locales : sa critique servait à mettre en cause tous ceux qui détenaient quelque pouvoir : supérieurs hiérarchiques dans l’entreprise ou cadres du parti [196]. Que la « base » s’en prenne aux « petits chefs » n’était pas un phénomène nouveau : les campagnes d’« autocritique » de 1928-1929 et 1936-1937 avaient déjà produit semblable résultat.
En dénonçant la « grossièreté » (grubost’) et les « outrages » (izdatel ‘stvo) commis par les autorités [197], les « subalternes » (nizy) affirmaient leur revendication de dignité. Cette protestation contre la grossièreté avait des racines anciennes : elle se faisait déjà entendre à Nijni Novgorod en 1928-1930 [198]. Sous l’Ancien Régime, depuis la fin du XIXe siècle, les ouvriers en grève insistaient très souvent sur l’exigence d’être traités avec politesse par leurs employeurs [199] ; la même volonté s’est exprimée pendant la révolution de 1917 [200]. Ce souci de dignité et cette importance accordée aux questions morales constituent une caractéristique durable des mentalités populaires russes au XXe siècle [201]. ●
 
NOTES
 
[1]Cette ville s’est appelée Gorki de 1932 à 1991.
[2].A. KulakovJ-.P. Depretto (sous la dir.) Obshchestvo i vlast’Rossiiskaia provintsiia, t. 1, 1917-milieu des années 30, Moscou-Nijni Novgorod-Paris, 2002, 635 pages;A.A. Kulakov,A.N. Sakharov (sous la dir.), t. II, 1930-juin 1941, Moscou-Nijni Novgorod, 2005, 1152 pages et t. III, juin 1941-1953, Moscou-Nijni Novgorod, 2005, 1080 pages.
[3]Arlette Farge, Dire et mal dire. L’opinion publique au XVIIIe siècle, Le Seuil, 1992.
[4]Expression empruntée à un chef de file du courant des Subaltern Studies, l’historien indien Ranajit Guha, voir son article «The Small Voice of History », dans Shahid Amin et Dipesh Chakrabarty (sous la dir.) Subaltern Studies IX Writings on South Asian History and Society, Delhi, Oxford University Press, 1996, p. 3. Sur ce courant historiographique, voir Isabelle Merle « Les Subaltern Studies. Retour sur les principes fondateurs d’un pro-jet historiographique de l’Inde coloniale », Genèses, septembre 2004, pp. 131-147.
[5]Je cite ici F. Furet, pour qui « l’homme des classes inférieures n’existe pour l’historien que perdu dans l’étude démographique ou sociologique ».Voir « Pour une définition des classes inférieures à l’époque moderne », Annales ESC n° 3, 1963, p. 459. Carlo Ginzburg a critiqué cette thèse dans Le Fromage et les vers. L’univers d’un meunier du XVIe siècle, Flammarion, 1980, p. 15.
[6]J’ai présenté mon travail au séminaire de Claude Pennetier et Bernard Pudal le 14 janvier 2006 :je remercie tous les participants à la discussion dont les remarques ont enrichi le présent article.
[7]Branko Lazitch, Le Rapport Khrouchtchev et son histoire, Le Seuil, 1976, pp. 16-17.
[8]Roy et Jaurès Medvedev, Khrouchtchev, les années de pouvoir, F. Maspero, 1977, pp.82-83.Voir aussi p. 86.
[9]Roger Martelli (éd.), 1956, Le Choc du XX Congrès du PCUS, Éditions sociales, 1982, pp. 28-29.
[10]Hélène Carrère d’Encausse, 1956, La Déstalinisation commence, Complexe, 1984, pp. 6 et 57.
[11]Ibid., p. 56.
[12]Le XX Congrès. Mythes et réalités de l’Europe en 1956, Institut d’études slaves, 1977, p. 31.
[13]Ibid., p. 32.
[14]Ibid.,p. 34. L’auteur cite un article de C. Frioux.
[15]Ibid., pp. 34-35.
[16]Ibid., p. 64.
[17]Ibid., pp. 36-37.
[18]N.A. Barsukov « L’envers du Dégel essai historico-documentaire) », Kentavr n° 4, 1993, pp. 131 et 136.
[19]Ibid., pp. 140-141.
[20]Ibid., p. 137.
[21]L’intéressé, un ajusteur, fut exclu du PCUS. Ibid., p. 138. Un autre rapport signale deux ouvriers mécontents : l’un a accroché un « tract antisoviétique » à une palissade, l’autre envoyé une « lettre antisoviétique » à un journal. Ibid., p. 141.
[22]MR. Zezina, « La thérapie de choc : de 1953 à 1956 » Otetchestven-naia Istorija n° 2, 1995, pp. 121-135. MR. Zezina a aussi consacré un article au problème de la liberté de création pendant le Dégel.Voir « De l’histoire de la conscience sociale de la période du Dégel », dans Vestnik Moskovs-kogo Universiteta, série 8, Histoire n° 6, 1992, pp. 17-28.
[23]Ibid., p. 124.
[24]Ibid., pp. 126-128.
[25]Ibid., p. 129.
[26]Ibid., p. 130.
[27]Ibid., p. 131.
[28]Elena Zubkova, Russia after the War. Hopes, Illusions and Disappointments, 1945-1957, New York-Londres, M.E. Sharpe, 1998, ch. 18, pp. 178-190.
[29]Ibid., p. 186.
[30]Ibid., p. 189.
[31]Ibid., pp. 187-188.
[32]Ibid., ch. 19, p. 197.
[33]Ibid., p. 198.
[34]Alexandre Pyjikov, Khrushchevskaia « ottepel’ », Olma-Press, Moscou, 2002, pp. 259-289.
[35]Ibid., pp. 277-278.
[36]Ibid., p. 275.
[37]Ibid., p. 272 (discussion de la lettre du Comité central sur le renforcement du travail idéologique, envoyée en décembre 1956).
[38]Ibid., p. 278.
[39]Ibid., pp. 278-288.
[40]A.V Pyjikov, « Les sources de la dissidence. La jeunesse après le XXe Congrès du PCUS », Svobodnaia Mysl’ n° 12, 2003, pp. 77-85. Sur la naissance dans le PCUS d’une opposition intellectuelle suscitée par le XXe Congrès, voir R.G Pikhoja, Sovetskij Sojuz : istorija vlasti1945-1991, Novosibirsk, Sibirskij khronograf, 2000, p. 131.
[41]« Les sources de la dissidence », art. cit., p. 77.
[42]A.V Pyjikov, « Aspects sociopsychologiques de la vie sociale dans les années du Dégel », Svobodnaia Mysl’ n° 6, 2003, p. 109.
[43]Ibid., p. 110.
[44]A.V Pyjikov, Politicheskie preobrazovaiya v SSSR (50-60-e gody),Académie des sciences de Russie, Moscou, 1999, pp. 94-115.Voir aussi son article, « Le XXe Congrès et l’opinion publique », Svobodnaia Mysl’ n° 8, 2000, pp. 76-85.
[45]Politicheskie preobrazovaniya…, op. cit., p. 95.
[46]Ibid.
[47]Ibid., p. 97.
[48]Ibid.,p. 100.
[49]Ibid., p. 101.
[50]Ibid., p. 113.
[51]Iourii Aksiutin, « Du nouveau sur le XXe Congrès du PCUS », Ote-chestvennaia Istoriia n° 2, 1998, pp. 108-123.
[52]Ibid., p. 119.
[53]Ibid., pp. 114-115.
[54]Ibid., pp. 115-116.
[55]Pour une opinion similaire à Molotov (district Staline), voir Ibid., p. 116.
[56]Ibid., pp. 117-118.
[57]Pravda, 5 avril 1956, p. 3.Tous les communistes ainsi dénoncés ont été chassés du PCUS; après la parution de cet éditorial, un « technologue » de Leningrad a eu ce commentaire : « Il semble que le parti a eu peur de la critique qui s’est exprimée (…). Est-ce que vraiment après cela tu parleras sincèrement? ! » Voir N.A. Barsukov, « L’envers… », art. cit.,p. 135. Le jeune physicien Iouri Orlov, futur fondateur du groupe moscovite de surveillance des accords d’Helsinki, faisait partie des cibles de la Pravda; il perdit son poste de chercheur à l’Académie des sciences. Voir ses Mémoires : Particules de vie, Montricher (Suisse), Éditions Noir sur Blanc, 1994, pp. 124-125.
[58]Iourii Aksiutin, « Du nouveau… », op. cit., p. 119.
[59]Ibid., p. 120. Dans une autre contribution, I. Aksiutin se montre plus nuancé : « La majorité de la population, à la différence de l’intelligentsia, n’a jamais compris ni approuvé le brusque tournant de la louange et de la déification du “grand leader et maître” à sa dénonciation. » Voir « Popular Responses to Khrushchev » dans WTaubman, S. Khrushchev et A. Gleason (sous la dir.), Nikita Khrushchev, New Haven-Londres,Yale UP, 2000, p. 191.
[60]Pour des compléments à ces enquêtes, voir Iourii Aksiutin, Khrushchevskaia « ottepel’ » i obshchestvennye nastroeniia v SSSR v 1953-1964gg., Rosspen, Moscou, 2004, p. 173 et surtout pp. 178-183, où l’on trouvera un aperçu des réponses données par les personnes interrogées.
[61]Polly Jones, « From Stalinism to Post-Stalinism : De-Mythologising Stalin, 1953-1956 » dans Harold Shukman (sous la dir.) Redefining Stalinism, Frank Cass, Londres, 2003, pp. 127-148.
[62]Traduction française de cette résolution intitulée « Surmonter le culte de la personnalité et ses conséquences », dans Roger Martelli (éd.) 1956…, op. cit., pp. 249-267.
[63]Ce Rapport n’était pas présenté au nom du Comité central, mais au sien propre.
[64]XX s’ezd Kommunisticheskoi Partii Sovetskogo Soiuza, Stenograficheskii otchet, t. II, Politizdat, Moscou, 1956, pp. 402 et 498; A.A. Fursenko, V Iou. Afiani, « Le rapport de N.S. Khrouchtchev au XXe Congrès du PCUS “Sur le culte de la personnalité et ses conséquences” (de l’histoire de sa préparation et de son édition) », Arkheograficheskii ezhegodnik za 2001 god, Nauka, Moscou, 2002, pp. 70-72.
[65]Voir l’ouvrage collectif Doklad N.S. Khrushcheva o kul’te lichnosti Stalina na XX s’ezde KPSS Dokumenty Rosspen, Moscou, 2002, p. 250 (document n° 22).
[66]R.G. Pikhoja, op. cit., p. 128.
[67]Doklad N.S. Khrushcheva o kul’te lichnosti…, op. cit., p. 253 (document n° 25).
[68]Non communiste, l’écrivain Lydia Tchoukovskaïa a pris connaissance du Rapport lors d’une réunion de l’Union des écrivains, voir Lydia Tchoukovskaïa, Entretiens avec Anna Akhmatova, Albin Michel, 1980, p. 278.
[69]I. Aksiutin, Khrushchevskaia « ottepel’ », op. cit., pp. 173-174.
[70]Selon les Souvenirs de R.I. Pimenov, le Rapport secret aurait aussi circulé en samizdat : cette forme de diffusion non autorisée a constitué l’un des chefs d’accusation contre ce jeune mathématicien, arrêté en mars 1957 pour « agitation et propagande antisoviétiques », voir Pamyat’ Istoricheskii Sbornik, fascicule 2; Moscou 1977 - Paris 1979,p. 161.
[71]GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l.87.
[72]Ibid.
[73]Ibid.,l.89.
[74]Ibid., l. 88. Sur les remerciements aux dirigeants, voir Jeffrey Brooks, Thank you, Comrade Stalin ! Soviet Public Culture From Revolution to Cold War, Princeton University Press, Princeton, 2000.
[75]XX S’ezd Kommunisticheskoi Partii Sovetskogo Soiuza. Stenograficheskii otchët, Politizdat, Moscou, 1956, t. 1, p. 323.
[76]GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 88-89.
[77]Ibid., l.83-86.
[78]Voir Anne Amiel, Hannah Arendt Politique et événement, PUF, collection « Philosophies », 1996, p. 42.
[79]GOPANO, f.3, op.2, d.416, l.90-92.
[80]Ibid, l. 90-91 ; voir aussi l.91 les positions d’un professur de l’enseignement secondaire, vieux membre du parti.
[81]Ibid., l.90.
[82]Ibid., l.91.
[83]Ibid., l.90.
[84]GOPANO, f. 3 op. 2 d. 416 l.93 et d. 320 l. 115.
[85]Ibid., d. 416 l. 93 et d. 320 l.58-115.
[86]Ibid., d.320,l.96-98.
[87]Ibid., l.109-111.
[88]Ibid., l.105-107.
[89]Ibid., l.117 et 119.
[90]Ibid., l.115.
[91]Ibid., d. 416,l. 96.
[92]Ibid., l. 99-101 (extraits du discours, où les coupures pratiquées ne sont pas indiquées) ; d. 320,l. 91-94 (version longue).
[93]Ibid., d. 320, l.92.
[94]Ibid., l.92-93.
[95]Ibid., l.93-94.
[96]Ibid., l.92.
[97]J’ignore de quel article de la Literaturnaja Gazeta il s’agit, mais au XXe Congrès M. Cholokhov a prononcé un discours très critique envers ses collègues, en particulier Surkov et Fadeev, dirigeants de l’Union des écrivains.Voir XX S’ezd Kommunisticheskoi Partii Sovetskogo Soiuza, op. cit., t.I, notamment pp. 580 et 585-586.
[98]GOPANO, f.3, op. 2, d. 320, l. 93-94.
[99]Ibid., l.95.
[100]Ibid, l. 93 : réplique non reproduite dans Ibid, d. 416,l. 100.
[101]Ibid., d. 320 l. 73-77 : texte complet. Les extraits figurant dans le dossier 416 (l. 97-98), qui concernent exclusivement les aspects politiques, n’ont pas subi de coupures. A.M. Godyaev était délégué au Congrès « avec voix délibérative », voir XX s’ezd Kommunisticheskoi Partii Sovetskogo Soiuza, op. cit., t. 2, p. 514, n° 250.
[102]L’entreprise a été fondée en 1849.
[103]« Le regard de l’Autre : les patrons français vus par les ouvriers (1880-1914) » dans Maurice Levy-Leboyer (sous la dir.), Le Patronat de la seconde industrialisation, Cahier du « Mouvement Social » n° 4, Éditions ouvrières, 1979, pp. 300-302 (années 1880).Voir aussi p. 304 sur le mouvement syndical au début du XXe siècle.
[104]GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 132-133.
[105]Ibid., l. 105, 114 et 124.
[106]Ibid.,l. 125-127. Les deux communes se trouvent au nord de la région de Nijni Novgorod. Ce compte rendu concerne aussi la ville de Bor (l. 124-125).
[107]Ibid, l.126.
[108]Ibid., l.125.
[109]Ibid, l.126-127.
[110]Ibid, l.126.
[111]Ibid. Khrouchtchev avait rappelé à l’ordre les soviets sur ce point, voir XX S’ezd Kommunisticheskoi Partii Sovetskogo Soiuza, op. cit., t. 1, p. 92.
[112]GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416, l. 114-116.
[113]Les trois premiers sont situés au nord de l’oblast’, le dernier au centre-sud-ouest :je remercie l’historien russe Mikhaïl Zelenov (Nijni Novgorod) de son aide sur les questions de géographie.
[114]Ibid, l.116.
[115]Ibid, l.115.
[116]Ibid.
[117]Ibid
[118]Ibid.,l. 116.
[119]Ibid.,l. 116.
[120]Branko Lazitch, Le Rapport Khrouchtchev…,op cit., p. 140. La résolution du XXe Congrès sur le rapport du Comité central parle de « l’abandon [zapushchennost’] d’une série de branches de la production agricole ».Voir XX S’ezd Kommunisticheskoi Partii, op. cit., t. 2, p. 418.
[121]GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 134.
[122]Ibid, f. 1985, op. 26, d. 136,l. 53-72.
[123]Ces deux communes sont situées au sud-ouest de Nijni Novgorod.
[124]Nous savons que le public a posé des questions au premier secrétaire régional du parti : malheureusement nous ignorons lesquelles.
[125]Ibid.,l. 56-58.Voir aussi une autre intervention sur le thème « l’union des ouvriers et des paysans n’existe pas », l. 64-65.
[126]Ibid., l.61-62.
[127]Ibid., l. 66-70.
[128]Ibid., l.65-66.
[129]Ibid., l.65-66.
[130]Ibid., l.61.
[131]GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 124-125.
[132]Ibid., l.105-106.
[133]Ibid., l.107.
[134]Allusion au début du Rapport secret de Khrouchtchev, qui rappelle l’opposition des « classiques du marxisme-léninisme » au culte de la per-sonnalité.Voir Branko Lazitch, Le rapport Khrouchtchev…,op. cit., pp. 53-55.
[135]Sur la parole singulière comme événement historique, voir Arlette Farge, Quel bruit ferons-nous ?, Les Prairies ordinaires, 2005, pp. 23, 86, 154, 173 et 190.
[136]GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 107.
[137]Branko Lazitch, op. cit., p. 140.
[138]GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 105-106.
[139]XX S’ezd Kommunisticheskoi Partii Sovetskogo Soiuza, op. cit., t.I, p. 92.
[140]GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 114.
[141]Ibid., l.135.
[142]XX S’ezd Kommunisticheskoi Partii Sovetskogo Soiuza, op. cit., t.I, pp. 45-46.Voir aussi l’intervention de D.T. Chepilov, ibid., p. 211.
[143]GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 133-134 pour des exemples de tensions dans la bureaucratie économique.
[144]N.A. Barsukov « L’envers du Dégel », art. cit., p. 135.
[145]Jurij Aksjutin, Xruchtchevskaja « ottepel’ »…, op. cit., pp. 175-176; R.G. Pikhoja, op. cit., pp. 131-132. Notez qu’il date la résolution du Comité central du 5 avril et non du 3 ; il s’agit probablement d’une erreur, puisque son contenu est intégré à l’éditorial de la Pravda du 5.
[146]M.R. Zezina, « La thérapie de choc : de 1953 à 1956 », Otetchestven-naja Istorija n° 2, 1995, p. 130.
[147]On obligea les autres communistes à se faire réenregistrer ; le chef du département politique du laboratoire fut démis de ses fonctions.
[148]Pravda, 5 avril, p. 3.
[149]N.A. Barsukov, art. cit., p. 135.
[150]28 mars, pp. 2-3 ; 5 avril, pp. 2-3 ; 7 avril, pp. 2-4. Le lecteur en trouvera une traduction française dans Roger Martelli (sous la dir.) 1956…, op. cit., pp. 239-248 et pp. 279-291.
[151]GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 139-141.
[152]Page 3.
[153]Ce rapport date probablement de la première moitié d’avril 1956; il a pour destinataire le Comité central du PCUS (Département des organes du parti pour la RSFSR).
[154]Ceci confirme les remarques de Polly Jones sur le rôle de la peur, voir « From Stalinism to Post-Stalinism… », art. cit., p. 132.
[155]GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 142.
[156]Cette ville est située au nord-est de la région de Nijni Novgorod.
[157]Arlette Farge, Quel bruit… ?, op. cit., p. 158.
[158]Ibid., p. 159.
[159]GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 109-110 et l. 137-138.
[160]Dvuruchniki : épithète typiquement stalinienne, employée au moment de la Grande Terreur, et qui ne figure pas dans le texte de Khrouchtchev. Voir Doklad…, op. cit.,p. 108.
[161]GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 108.
[162]Branko Lazitch, Le rapport Khrouchtchev…, op. cit., pp. 120 et 145-149.
[163]Le Plénum s’est tenu du 21 au 23 octobre 1927; il a exclu Trotski et Zinoviev du Comité central. Le recueil KPSS v rezoliutsiiakh i resheniiakh s’ezdov, konferentsii i plenumov TsK, t. 4 (1926-1929), Politizdat, Moscou, 1984, pp. 214-250 ne mentionne pas cette proposition de Staline, mais seule une enquête dans les archives du parti bolchevique permettrait d’affirmer avec certitude qu’il s’agit d’une légende.
[164]GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 109-110 et l. 137-138.
[165]« From Stalinism… », art. cit., p.130-136.
[166]Pour cette période, les archives de Nijni Novgorod n’ont pas conservé de lettres adressées aux journaux.
[167]GOPANO, f. 39, op. 6, d. 350,l. 1-2 : procès-verbaux numéros 24 à 28 (6-27 mars).
[168]Ibid.,f. 1244, op. 12, d. 185,l. 13-14 et 16-17.
[169]Ibid.,l. 18-23, 24-26, 32-37, 43-44 et 45-48.
[170]Ibid.,l. 15-16,27-29,53 et 38-39.
[171]Il était alors président du Conseil central des syndicats soviétiques (VCSPS).
[172]XX S’ezd Kommunisticheskoi Partii Sovetskogo Soiuza. Stenograficheskii Otchët,opcit., t. 2, p. 165.
[173]GOPANO, f. 30, op. 11, d. 207,l. 76-77, 80-81 et 84-85.
[174]Ibid, l.85.
[175]Ibid., l.77, 81 et 84.
[176]Ibid.,f. 3, op. 2, d. 427,l. 87-93.
[177]Ibid, l.96.
[178]Ibid., d. 434,l. 99-107, 114-136 et 140-144.
[179]Ibid, l.134.
[180]Ibid.,f. 30, op.11, d. 207,l. 107-131.
[181]Ibid., l.107. Le district Sovetskij de la ville signale cependant la « faible présence » aux réunions, cf.l.118.
[182]Ibid, l.111-112.
[183]Ibid.,l.112,115, 119, 121,124; 129 (grossièreté envers des cadres); 130.
[184]Ibid.,l. 121, 123, 125 et 128.
[185]Ibid, l.112.
[186]Ibid, l.114.
[187]Ibid, l.115.
[188]Un bâtiment regroupait plusieurs ateliers.
[189]Ibid, l. 120-121. Pour d’autres exemples, voir l. 121-123 et 125.
[190]Ibid, l.124.
[191]oir Ibid., l. 117 pour le cas du district Sovetskij (Gorki). Sur l’élection des comités de parti au niveau des districts et des villes (fin novembre-décembre 1956), voir Yu.V. Aksiutin, A.V. Pyzhikov, Poststalinskoe obsh-chestvo : problema liderstva i transformatsiya vlasti, « Nauchnaya kniga », Moscou, 1999, p. 137 : en plusieurs endroits, il y eut plus de candidats que de places à pourvoir, ce qui se traduisit par l’élimination de responsables locaux : ce fait inquiéta la direction du PCUS.
[192]Sur la « domination comme pratique sociale », voir Thomas Linden-berger (Hg.), Herrschaft und Eigen-Sinn in der Diktatur. Studien zur Gesell-schaftsgeschichte der DDR, Köln-Wimar-Wien, 1999, pp. 21-23.
[193]Voir l’exemple de Pavlovo, où ils revendiquent une réforme administrative, consistant à fusionner les comités de parti du district et de la ville; cette demande figure dans la résolution adoptée : GOPANO, f. 1985, op. 26, d. 136,l. 57-58, 60, 62, 64 et 72.
[194]Voir le titre du livre d’Aksiutin cité supra.
[195]Selon M.S. Gorbatchev, dans un district rural de la région de Stavro-pol, le « thème du culte suscitait un vif écho » chez certains, surtout parmi les jeunes, les intellectuels ou les gens touchés par la répression stalinienne. Voir ses Mémoires, Éditions du Rocher, 1997, pp. 90-91 ; version russe Zhizn’ i reformy, Livre 1, Novosti, Moscou, 1995, p. 84.
[196]Sur l’opposition entre les simples citoyens et les chefs à Leningrad dans les années 30, voir Sarah Davies « “Us against Them” : Social Identity in Soviet Russia, 1934-1941 », The Russian Review, vol. 56, n° 1, janvier 1997, notamment pp. 71-72 et 79.
[197]Ibid, pp. 80-81 et 83-84.
[198]Jean-Paul Depretto, « Les ouvriers de la région et le pouvoir soviétique (1928-1932) », article en russe dans A.A. Kulakov,AN. Sakharov (sous la dir.), Obshchestvo i Vlast’. Rossiiskaia provintsiia, t. 2 1930-juin 1941, Moscou-Nijni Novgorod, 2005, pp. 676-677.
[199]Mark D. Steinberg, Voices of Revolution, 1917, Yale University Press, 2001, p. 23 ; voir aussi Leopold H. Haimson, «The Problem of Social Identities in Early Twentieth Century Russia », Slavic Review, vol. 47, n° 1, printemps 1988, p. 8 ; et Russia’s Revolutionary Experience, 1905-1917, Columbia University Press, 2005, p. 117.
[200]Marc Ferro, La Révolution de 1917. La chute du tsarisme et les origines d’octobre,Aubier, 1967,pp. 172 (revendications de la classe ouvrière) et 199 (aspirations des soldats).
[201]Je n’entends nullement affirmer par là que le souci de dignité soit spécifiquement russe : il jouait par exemple un rôle important dans le mouvement ouvrier français avant 1914.
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Cette ville s’est appelée Gorki de 1932 à 1991. Suite de la note...
[2]
.A. KulakovJ-.P. Depretto (sous la dir.) Obshchestvo i vlas...
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[3]
Arlette Farge, Dire et mal dire. L’opinion publique au XVII...
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[4]
Expression empruntée à un chef de file du courant des Subal...
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[5]
Je cite ici F. Furet, pour qui « l’homme des classes inféri...
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[6]
J’ai présenté mon travail au séminaire de Claude Pennetier ...
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[7]
Branko Lazitch, Le Rapport Khrouchtchev et son histoire, Le...
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[8]
Roy et Jaurès Medvedev, Khrouchtchev, les années de pouvoir...
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[9]
Roger Martelli (éd.), 1956, Le Choc du XX Congrès du PCUS, ...
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[10]
Hélène Carrère d’Encausse, 1956, La Déstalinisation commenc...
[suite] Suite de la note...
[11]
Ibid., p. 56. Suite de la note...
[12]
Le XX Congrès. Mythes et réalités de l’Europe en 1956, Inst...
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[13]
Ibid., p. 32. Suite de la note...
[14]
Ibid.,p. 34. L’auteur cite un article de C. Frioux. Suite de la note...
[15]
Ibid., pp. 34-35. Suite de la note...
[16]
Ibid., p. 64. Suite de la note...
[17]
Ibid., pp. 36-37. Suite de la note...
[18]
N.A. Barsukov « L’envers du Dégel essai historico-documenta...
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[19]
Ibid., pp. 140-141. Suite de la note...
[20]
Ibid., p. 137. Suite de la note...
[21]
L’intéressé, un ajusteur, fut exclu du PCUS. Ibid., p. 138....
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[22]
MR. Zezina, « La thérapie de choc : de 1953 à 1956 » Otetch...
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[23]
Ibid., p. 124. Suite de la note...
[24]
Ibid., pp. 126-128. Suite de la note...
[25]
Ibid., p. 129. Suite de la note...
[26]
Ibid., p. 130. Suite de la note...
[27]
Ibid., p. 131. Suite de la note...
[28]
Elena Zubkova, Russia after the War. Hopes, Illusions and D...
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[29]
Ibid., p. 186. Suite de la note...
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Ibid., p. 189. Suite de la note...
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Ibid., pp. 187-188. Suite de la note...
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Ibid., ch. 19, p. 197. Suite de la note...
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Ibid., p. 198. Suite de la note...
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Alexandre Pyjikov, Khrushchevskaia « ottepel’ », Olma-Press...
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Ibid., pp. 277-278. Suite de la note...
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Ibid., p. 275. Suite de la note...
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Ibid., p. 272 (discussion de la lettre du Comité central su...
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Ibid., pp. 278-288. Suite de la note...
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A.V Pyjikov, « Les sources de la dissidence. La jeunesse ap...
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« Les sources de la dissidence », art. cit., p. 77. Suite de la note...
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A.V Pyjikov, « Aspects sociopsychologiques de la vie social...
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A.V Pyjikov, Politicheskie preobrazovaiya v SSSR (50-60-e g...
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Politicheskie preobrazovaniya…, op. cit., p. 95. Suite de la note...
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Iourii Aksiutin, « Du nouveau sur le XXe Congrès du PCUS »,...
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Pour une opinion similaire à Molotov (district Staline), vo...
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Ibid., pp. 117-118. Suite de la note...
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Pravda, 5 avril 1956, p. 3.Tous les communistes ainsi dénon...
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Iourii Aksiutin, « Du nouveau… », op. cit., p. 119. Suite de la note...
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Ibid., p. 120. Dans une autre contribution, I. Aksiutin se ...
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Pour des compléments à ces enquêtes, voir Iourii Aksiutin, ...
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Traduction française de cette résolution intitulée « Surmon...
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Ce Rapport n’était pas présenté au nom du Comité central, m...
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XX s’ezd Kommunisticheskoi Partii Sovetskogo Soiuza, Stenog...
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Voir l’ouvrage collectif Doklad N.S. Khrushcheva o kul’te l...
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R.G. Pikhoja, op. cit., p. 128. Suite de la note...
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Doklad N.S. Khrushcheva o kul’te lichnosti…, op. cit., p. 2...
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[68]
Non communiste, l’écrivain Lydia Tchoukovskaïa a pris conna...
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[69]
I. Aksiutin, Khrushchevskaia « ottepel’ », op. cit., pp. 17...
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Selon les Souvenirs de R.I. Pimenov, le Rapport secret aura...
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GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l.87. Suite de la note...
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Ibid., l. 88. Sur les remerciements aux dirigeants, voir Je...
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XX S’ezd Kommunisticheskoi Partii Sovetskogo Soiuza. Stenog...
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Ibid., l.83-86. Suite de la note...
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Voir Anne Amiel, Hannah Arendt Politique et événement, PUF,...
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GOPANO, f.3, op.2, d.416, l.90-92. Suite de la note...
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Ibid, l. 90-91 ; voir aussi l.91 les positions d’un profess...
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GOPANO, f. 3 op. 2 d. 416 l.93 et d. 320 l. 115. Suite de la note...
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Ibid., d. 416 l. 93 et d. 320 l.58-115. Suite de la note...
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Ibid., l.105-107. Suite de la note...
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Ibid., l.117 et 119. Suite de la note...
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Ibid., d. 416,l. 96. Suite de la note...
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Ibid., l. 99-101 (extraits du discours, où les coupures pra...
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Ibid., d. 320, l.92. Suite de la note...
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Ibid., l.93-94. Suite de la note...
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J’ignore de quel article de la Literaturnaja Gazeta il s’ag...
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GOPANO, f.3, op. 2, d. 320, l. 93-94. Suite de la note...
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Ibid., l.95. Suite de la note...
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Ibid, l. 93 : réplique non reproduite dans Ibid, d. 416,l. ...
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Ibid., d. 320 l. 73-77 : texte complet. Les extraits figura...
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« Le regard de l’Autre : les patrons français vus par les o...
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GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 132-133. Suite de la note...
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Ibid.,l. 125-127. Les deux communes se trouvent au nord de ...
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Ibid. Khrouchtchev avait rappelé à l’ordre les soviets sur ...
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Les trois premiers sont situés au nord de l’oblast’, le der...
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Branko Lazitch, Le Rapport Khrouchtchev…,op cit., p. 140. L...
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GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 134. Suite de la note...
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Ibid, f. 1985, op. 26, d. 136,l. 53-72. Suite de la note...
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Ces deux communes sont situées au sud-ouest de Nijni Novgor...
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Nous savons que le public a posé des questions au premier s...
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Ibid.,l. 56-58.Voir aussi une autre intervention sur le thè...
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Ibid., l. 66-70. Suite de la note...
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Ibid., l.65-66. Suite de la note...
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GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 124-125. Suite de la note...
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Ibid., l.105-106. Suite de la note...
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Ibid., l.107. Suite de la note...
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Allusion au début du Rapport secret de Khrouchtchev, qui ra...
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Sur la parole singulière comme événement historique, voir A...
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Branko Lazitch, op. cit., p. 140. Suite de la note...
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GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 105-106. Suite de la note...
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GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 133-134 pour des exemples de...
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N.A. Barsukov « L’envers du Dégel », art. cit., p. 135. Suite de la note...
[145]
Jurij Aksjutin, Xruchtchevskaja « ottepel’ »…, op. cit., pp...
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[146]
M.R. Zezina, « La thérapie de choc : de 1953 à 1956 », Otet...
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On obligea les autres communistes à se faire réenregistrer ...
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Pravda, 5 avril, p. 3. Suite de la note...
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N.A. Barsukov, art. cit., p. 135. Suite de la note...
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28 mars, pp. 2-3 ; 5 avril, pp. 2-3 ; 7 avril, pp. 2-4. Le ...
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GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 139-141. Suite de la note...
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Ce rapport date probablement de la première moitié d’avril ...
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Ceci confirme les remarques de Polly Jones sur le rôle de l...
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GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 142. Suite de la note...
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Cette ville est située au nord-est de la région de Nijni No...
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Arlette Farge, Quel bruit… ?, op. cit., p. 158. Suite de la note...
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GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 109-110 et l. 137-138. Suite de la note...
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Dvuruchniki : épithète typiquement stalinienne, employée au...
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GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 108. Suite de la note...
[162]
Branko Lazitch, Le rapport Khrouchtchev…, op. cit., pp. 120...
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[163]
Le Plénum s’est tenu du 21 au 23 octobre 1927; il a exclu T...
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GOPANO, f. 3, op. 2, d. 416,l. 109-110 et l. 137-138. Suite de la note...
[165]
« From Stalinism… », art. cit., p.130-136. Suite de la note...
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Pour cette période, les archives de Nijni Novgorod n’ont pa...
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GOPANO, f. 39, op. 6, d. 350,l. 1-2 : procès-verbaux numéro...
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Ibid.,f. 1244, op. 12, d. 185,l. 13-14 et 16-17. Suite de la note...
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Ibid.,l. 18-23, 24-26, 32-37, 43-44 et 45-48. Suite de la note...
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Ibid.,l. 15-16,27-29,53 et 38-39. Suite de la note...
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Il était alors président du Conseil central des syndicats s...
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XX S’ezd Kommunisticheskoi Partii Sovetskogo Soiuza. Stenog...
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GOPANO, f. 30, op. 11, d. 207,l. 76-77, 80-81 et 84-85. Suite de la note...
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Ibid, l.85. Suite de la note...
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Ibid.,f. 3, op. 2, d. 427,l. 87-93. Suite de la note...
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Ibid, l.96. Suite de la note...
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Ibid., d. 434,l. 99-107, 114-136 et 140-144. Suite de la note...
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Ibid.,f. 30, op.11, d. 207,l. 107-131. Suite de la note...
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Ibid., l.107. Le district Sovetskij de la ville signale cep...
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Ibid, l.111-112. Suite de la note...
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Ibid.,l.112,115, 119, 121,124; 129 (grossièreté envers des ...
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Ibid.,l. 121, 123, 125 et 128. Suite de la note...
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Ibid, l.114. Suite de la note...
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Ibid, l.115. Suite de la note...
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Un bâtiment regroupait plusieurs ateliers. Suite de la note...
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Ibid, l. 120-121. Pour d’autres exemples, voir l. 121-123 e...
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Ibid, l.124. Suite de la note...
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oir Ibid., l. 117 pour le cas du district Sovetskij (Gorki)...
[suite] Suite de la note...
[192]
Sur la « domination comme pratique sociale », voir Thomas L...
[suite] Suite de la note...
[193]
Voir l’exemple de Pavlovo, où ils revendiquent une réforme ...
[suite] Suite de la note...
[194]
Voir le titre du livre d’Aksiutin cité supra. Suite de la note...
[195]
Selon M.S. Gorbatchev, dans un district rural de la région ...
[suite] Suite de la note...
[196]
Sur l’opposition entre les simples citoyens et les chefs à ...
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[197]
Ibid, pp. 80-81 et 83-84. Suite de la note...
[198]
Jean-Paul Depretto, « Les ouvriers de la région et le pouvo...
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[199]
Mark D. Steinberg, Voices of Revolution, 1917, Yale Univers...
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[200]
Marc Ferro, La Révolution de 1917. La chute du tsarisme et ...
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[201]
Je n’entends nullement affirmer par là que le souci de dign...
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