2006
Nouvelle Fondation
Analyse : Parti socialiste européen (PSE)
Quel Parti pour quelle Europe?
Gerassimos Moschonas
Professeur assistant en analyse politique comparée au Département de science politique et d’histoire de l’université Panteion (Athènes). Ouvrage récent : In the Name of Social Democracy,The Great Transformation : 1945 to the Present,Verso, Londres, New York, 2002, et en français La Social démocratie de 1945 à nos jours, Éditions Montchrestien, collection Clefs, 1994.
En janvier 1957, à Luxembourg, à l’initiative du PvdA hollandais, le Bureau de liaison des partis socialistes de la Communauté européenne a été créé
[1].
La première structure socialiste européenne à visée transnationale était ainsi mise en chantier. La novation qu’apportait cette initiative consistait en la mise en place d’une coopération interpartis qui jusque-là ne s’opérait que par l’intermédiaire des parlementaires socialistes de l’Assemblée commune de la CECA.
Le PSE avant le PSE : du bureau de liaison à l’union. Le Bureau ne fut jamais une véritable organisation transnationale et son rôle fut minime et sans impact réel sur la vie des partis nationaux. Sous l’angle de l’intégration organisationnelle, le Bureau de liaison, comme il est indiqué par son nom, fut donc une structure peu compacte, peu complexe, peu contraignante, proche du modèle de l’Internationale socialiste. Il faut toutefois souligner que le Bureau a montré un degré relativement élevé de cohésion programmatique (notamment après le tournant de Bad Godesberg du SPD et l’engagement résolu des sociaux-démocrates allemands en faveur de la construction européenne). Idéologiquement assez cohésif, le Bureau a élaboré une sorte de projet politique pour l’Europe de l’époque. Ce projet - et plaidoyer - européen était la clé de voûte de la coopération socialiste jusqu’au début des années 70. Certes, la division des socialistes du continent en deux groupes, ceux qui plaidaient en faveur de l’intégration communautaire (les Six) et ceux qui étaient plutôt « libre-échangistes » (notamment : les Britanniques, les Scandinaves et les Autrichiens), a réduit largement la représentativité du Bureau. Il reste que le programme du Bureau, pas toujours solidement charpenté et le plus souvent incapable de décrire les moyens et les transitions, allait au-delà du statu quo communautaire de l’époque : il a affirmé clairement comme objectifs politiques de longue haleine la création des « États-Unis d’Europe » (option fédérale), l’élargissement géographique de la communauté et la construction de l’Europe dans une direction plus à gauche. En s’attaquant sans complexe à certains problèmes, en ne masquant pas ses choix derrière un écran de fumée rhétorique, le Bureau de liaison (rebaptisé en 1971 Bureau des partis socialistes de la Communauté européenne) a produit un guide programmatique pour les socialistes communautaires de la « petite Europe » des Six. Ce guide fut son apport le plus important.
L’Union des partis socialistes de la Communauté européenne (UPSCE), fondée en avril 1974, succédant au Bureau de liaison, s’est voulue une réponse organisationnelle ambitieuse à la relance de la dynamique communautaire de l’époque, notamment à l’élargissement des communautés européennes (effectif en 1973) et à la perspective des premières élections européennes au suffrage universel direct. Or, en dépit de ses visées transnationales, l’Union, également connue sous le nom anglais de Confederation of the Socialist Parties of the EC (CPS), n’a pu retrouver la cohérence politique du socialisme communautaire des années 60. L’affiliation du Labour britannique, des sociaux-démocrates danois et des travaillistes irlandais a fait perdre en cohésion ce qui avait été gagné en représentativité. En outre, le tournant à gauche de certains partis pendant les années 70 (et leur attitude critique à l’endroit de la CEE) a libéré des tendances centrifuges, peu propices aux stratégies de type transnational, que ce soit pour l’Europe ou pour la construction de l’organisation partisane elle-même. L’impossibilité de formuler un programme commun pour les élections européennes de 1979 (les partis membres se cantonnant à un simple « Appel aux électeurs »), la révision des statuts de l’Union en 1980 (dans une direction favorisant le consensus et l’autonomie des partis nationaux), ou les quatre ans de retard du premier congrès de l’UPSCE (qui s’est tenu en 1979) illustrent parfaitement les difficultés qu’a rencontrées l’UPSCE. De fait, l’Union se trouve loin des déclarations fédéralistes des sociaux-démocrates communautaires des années 60, loin aussi du PPE, qui marque dès le départ sa détermination, affirmée dans les statuts, pour la fédéralisation de l’Europe. Non seulement les socialistes n’ont pas su diriger le processus de construction de la Communauté européenne mais ils ont donné d’eux-mêmes, notamment pendant les années 70, l’image d’une famille politique divisée et à engagement « européiste » incertain.
Peut-on pour autant parler de correction brutale du sens donné par les socialistes à la construction européenne - et à la construction du pilier partisan -depuis plusieurs années? Certainement pas. L’institutionnalisation des sommets de chefs nationaux de parti est le fait de cette période. Un mécanisme se met ainsi en place (il est décidé en 1987 que les conférences au sommet auront lieu deux fois par an et précéderont les réunions du Conseil), pour lier, ne serait-ce que de façon médiate, les objectifs des partis socialistes à l’agenda du Conseil européen
[2]. La méthode de constitution de groupes de travail pour élaborer certains aspects de la politique de l’UPSCE, qui sera étendue et renforcée durant les années 90, date aussi de cette période. Par ailleurs, notamment pendant la seconde moitié des années 80, les divergences idéologiques et programmatiques deviennent moins fortes et une certaine « atmosphère d’intimité » commence à s’installer, souvent au plus haut niveau, au sein de l’Union. Compte tenu de cette tendance à une meilleure coordination et à une intensification des échanges, la création du PSE en 1992 s’inscrit dans le droit fil des dernières années de l’expérience de l’Union.
Les difficultés de l’UPSCE - par moments aussi son impuissance et sa paralysie - émanent de la situation réelle du socialisme en Europe et consacrent l’impossible cohésion de ce dernier. Elles émanent aussi du fait que les partis membres « ne prennent pas au sérieux » l’UPSCE, selon l’expression de Guy Spitaels, dernier président de l’Union
[3]. Au fond, les difficultés de l’UPSCE marquent la fin des anticipations optimistes, politiques ou scientifiques, concernant la dynamique des fédérations européennes de partis. La convergence des différentes approches et idées au sein de ces dernières ne pouvait se faire que lentement, plus lentement que prévu, par un processus graduel et selon une méthode qui ne heurterait pas de front le poids des intérêts nationaux. Les péripéties de l’UPSCE (le développement fastidieux de la première période, la progression lente de la seconde moitié des années 80) ont
démontré les vertus de l’approche pragmatique.
Le PSE : un bilan positif. La création du Parti des socialistes européens (PSE) en novembre 1992, devenu dans sa dénomination française Parti socialiste européen au singulier depuis 2001 (en anglais la dénomination Party of European Socialists n’a pas changé), constitue une nouvelle étape dans la coopération des socialistes communautaires. L’objectif clairement affiché par les promoteurs de cette réforme interne fut de créer « un instrument politique permettant aux instances socialistes d’exercer une influence décisive dans la Communauté européenne » en s’orientant vers la création d’un « parti véritable
[4] ». Et ceci dans un cadre d’accélération du processus d’intégration, suite à l’adoption de l’Acte unique européen (1987) et du traité de Maastricht (1992), mais, aussi, dans un cadre de politisation accrue du processus en question. En outre, l’internationalisation des marchés et des contraintes économiques, qui a fait perdre à la gauche « la maîtrise des solutions » au niveau national, ont amené les élites sociales-démocrates à se tourner davantage vers l’Europe. La valorisation progressive, intellectuelle et idéologique de l’échelon supranational par les élites sociales-démocrates et par une fraction croissante du peuple de gauche est une évolution qui pourrait désormais être qualifiée de
décisive : le développement ultérieur du PSE prend appui sur ce nouvel état d’esprit qui influence les options et la culture (et les « bonnes » actions à entreprendre) des partis membres. Les partis nationaux commencent peu à peu à « prendre au sérieux » les europartis.
Face aux contradictions de la phase précédente, le PSE a clairement contribué au ressourcement, à la réorganisation et à l’approfondissement de la coopération au sein du socialisme européen. Le PSE s’est imposé et s’est graduellement reconnu comme le centre organisationnel incontestable de coordination des socialistes au niveau de l’UE.
Parti plus homogène que l’Union, le PSE paraît même, aujourd’hui, plus unifié et mieux armé que le PPE (dont la stratégie d’englober le plus grand nombre possible de partis conservateurs a remis en question sa capacité « fédéraliste »), pour mener des actions « cohérentes » au sein des institutions européennes. On est loin de la période des années 70, ou du début des années 80, quand l’adoption du manifeste électoral s’avérait un exercice périlleux : cette adoption est désormais « une routine
[5] ». On est loin aussi de l’époque où le Labour britannique, traditionnel « fauteur de troubles » au sein de l’Union, manifestait à toute occasion une humeur eurosceptique et mettait systématiquement en scène sa spécificité identitaire. Il est à cet égard caractéristique qu’un Britannique, Robin Cook, ait été élu président du parti en 2001. Aujourd’hui, tous les partis membres du PSE sont plus ou moins favorables à l’intégration européenne (au prix de différences importantes) et la convergence des opinions sur les grands dossiers et choix politiques (comme l’économie) est plus grande. Les socialistes ne sont plus ni si désunis ni « à la traîne de l’intégration ».
Outre la tendance à la convergence programmatique, le parti dispose d’une plus grande capacité opérationnelle dans ses transactions avec les autres acteurs du jeu européen, notamment à travers les réunions au sommet et le groupe socialiste au sein d’un Parlement européen à compétences élargies. À cet égard, les réunions des leaders socialistes nationaux, sous la forme de la Conférence des leaders (reconnue dans les statuts, depuis 1992, comme un organe du PSE), ou sous celle des meetings pré-Conseil, irrégulières dans les années 70 et 80, se sont faites régulières et se tiennent à un rythme très soutenu dans les années 90. Le premier président du PSE, le Flamand Willy Claes (1992-94), et son successeur, l’Allemand Rudolf Scharping (1995-2001), ont beaucoup contribué à ce fonctionnement sans discontinuité ainsi qu’à la réforme interne de ces sommets visant à inclure un plus grand nombre de participants. Ces réunions, lieux de concertation et d’arrondissement des angles, contribuent à la création d’un
ethos de coopération au plus haut niveau ainsi qu’à une certaine « européanisation » du clivage gauche-droite. Mais l’apport le plus important - au-delà de l’effet intégratif - de ces réunions, c’est qu’elles exercent une certaine influence sur l’agenda du Conseil et, par cette voie-là, sur la prise de décisions au sein de l’UE. Certes, si la plupart des initiatives programmatiques du PSE (menées à terme par les groupes de travail dont l’importance est nettement renforcée dans le PSE) ont été jusqu’à la phase de décision au sein du parti (adoption par les leaders, les Premiers ministres, les ministres de l’Économie et des Finances du PSE ou par le congrès du parti), rares sont les initiatives qui ont été adoptées par le Conseil européen
[6]. Il n’en reste pas moins que les rencontres au sommet sont devenues un élément moteur pour la revitalisation du PSE, tout en signalant, par certains de leurs aspects, la réintroduction et le renforcement d’une logique de type intergouvernemental dans le fonctionnement interne du parti
[7].
Il faut souligner, aussi, que le PSE assume davantage que par le passé le rôle, selon l’expression de Robert Ladrech, de l’« organisation focale » entre les partis nationaux et le groupe parlementaire. De fait, le PSE semble actuellement mieux placé pour influencer les prises de position des parlementaires socialistes (qui traditionnellement possèdent une forte autonomie politique et logistique), notamment à travers le renforcement des liens de contact et de collaboration entre le président du groupe et les instances dirigeantes du parti. En outre, l’« esprit de parti » - le sentiment d’appartenance à une organisation transnationale qui dépasse les murs de l’hémicycle - se fait de plus en plus fort parmi les parlementaires socialistes.
Globalement, le PSE en tant que structure pour la coordination de l’action socialiste en Europe a convaincu : il en a fait la preuve par le renforcement de son influence, par la rénovation de son organisation, mais aussi par l’inclusion du plus grand nombre possible de partis nationaux dans ses rangs. En outre, il a prouvé sa capacité à construire la cohérence de ses propres élites. Comme le cercle étroit historique des « socialistes communautaires » tend désormais - après le dernier élargissement - à s’identifier au cercle large des « socialistes européens », le PSE représente l’ensemble du socialisme en Europe. Le chemin parcouru par rapport à l’UPSCE n’est donc pas négligeable. La volonté d’adhésion au parti, pleinement confirmée pendant l’élargissement de 2004, fait du PSE un point de référence important et obligé pour les partis - et les leaders - socialistes nationaux. Le PSE est un outil pour les partis membres : il crée un lien entre les partis individuels de telle sorte que toute tentative pour « agir européen » doit être collective
[8]. Le PSE a beaucoup de faiblesses, mais il constitue une structure importante pour la coordination de l’action socialiste en Europe.
Un parti faible. Le sort des europartis est directement lié à leur position dans deux champs : d’abord, le champ proprement européen (le système politique/l’édifice institutionnel de l’UE), ensuite, le champ des scènes politiques nationales. Les europartis, dans le champ proprement européen, occupent globalement une position faible - quoique nettement plus forte que par le passé (points de référence obligés pour les partis nationaux, plus grande capacité opérationnelle dans leurs transactions avec les autres acteurs du jeu européen, renforcement global des groupes et de leur cohésion interne au sein du PE). Comme l’écrit Paul Magnette, « le modèle communautaire rejette, dans ses caractéristiques les plus profondes, la forme classique du parti politique ». Dans le champ des scènes nationales, leur position est également faible et, en même temps (et en partie), une position d’extériorité (pas d’influence politique significative sur les partis nationaux, peu reconnus par les opinions publiques nationales comme de véritables forces politiques). Cependant, dans ce dernier champ - aussi - leur position est aujourd’hui renforcée, comme le montrent l’inclusion du plus grand nombre possible de partis nationaux dans leurs rangs, leur plus grande visibilité, et leur rôle de légitimation de certaines options ou situations politiques dans les scènes nationales (deux exemples : a. l’appartenance au PSE fut un argument politique important dans le discours de certains partis sociaux-démocrates de l’Europe centrale et orientale pendant les élections européennes de 2004 ; b. les cadres et le leader du PSE ont plaidé activement pour le « oui » au référendum français, en intervenant systématiquement sur la vie interne du Parti socialiste français). La faiblesse et le renforcement (les europartis se sont renforcés tout en demeurant faibles) marquent la dynamique contemporaine des fédérations européennes des partis. Ils marquent aussi la dynamique du PSE.
De fait, si le bilan du PSE est positif, il pâtit pourtant de faiblesses significatives qui sont largement révélatrices des limites de la construction européenne. Tout d’abord, le PSE agit largement en vase clos : il n’a pas de contact organisationnel direct avec les sociétés européennes, n’exerce pas d’influence politique directe sur les élites des partis nationaux et le seuil de visibilité publique n’a pas encore été franchi, loin s’en faut. Certes, notamment depuis 1997 - où la tenue du congrès du PSE immédiatement après les victoires de Tony Blair et de Lionel Jospin a bénéficié d’une importante couverture médiatique –,les congrès et les rencontres au sommet trouvent une petite place sur les écrans de télévision et dans les pages politiques des journaux. Mais le PSE n’a pas encore l’image et la reconnaissance d’un acteur réel dans les opinions publiques en Europe, ce qui a été confirmé par l’« européanisation défaillante » de la campagne européenne de 2004. Ensuite, la production programmatique (dont le traditionnel manifeste électoral) du PSE est le plus souvent formulée en termes généraux et indécis qui brouillent la clarté du message. Le caractère fréquemment déclaratoire de cette production est le signe d’une construction transnationale immature. Le PSE - comme les autres europartis - demeure une structure faible, guère susceptible de fonctionner comme une véritable force politique. Ce qui, par ailleurs, a incité le nouveau président du PSE, le Danois Poul Nyrup Rasmussen, élu en avril 2004 à la tête du parti (à une très courte majorité et après un duel l’opposant à l’Italien Giuliano Amato
[9]), à reprendre à son compte l’objectif fondateur de 1992 et à affirmer sa volonté de « faire du PSE un vrai parti européen ». La tâche sera sans doute ardue.
Si donc le PSE a prouvé sa capacité à coordonner l’action socialiste au niveau européen, si son bilan est positif, il n’en reste pas moins que la distance à parcourir en vue d’une réelle cohésion au sein du socialisme en Europe demeure grande. Le PSE demeure un « parti de partis ». Il n’est pas assez développé en tant que structure transnationale pour influencer de manière déterminante la stratégie des partis socialistes nationaux. Et pour combler la plus importante lacune de l’action sociale-démocrate en Europe : l’absence d’un projet de gauche pour l’UE.
Le PSE après les référendums : un projet à construire. La construction européenne constitue un des plus grands changements dans l’histoire du continent européen et, si elle continuait son chemin, pourrait potentiellement s’avérer une démarche correspondante à celle de la formation de l’État-nation, mais en sens inverse. De même que cette dernière a créé des divisions politiques profondes (centre-périphérie, État-église, etc.) et des partis politiques (partis du centre, partis de la périphérie, partis chrétien-démocrates, etc.), il est possible que l’unification européenne générera ses propres clivages politiques et des conséquences significatives dans l’espace de compétition partisane. Les résultats des référendums en France et, surtout, en Hollande vont dans la direction de l’apparition et de l’affirmation d’une nouvelle dimension de compétition. Il est pourtant difficile de dire si les oppositions et fractures sur le front européen sont susceptibles de converger, de s’amplifier et de fusionner politiquement en un clivage plus large. Le clivage « européen », dont on entrevoit déjà certains signes mais qui demeure latent et potentiel (n’agissant jusqu’à ce jour qu’aux marges des systèmes partisans), ne remet pas en cause - ou pas encore - le clivage gauche-droite. Certes, les attitudes à l’égard de l’UE ne recoupent pas la dimension gauche-droite des alignements qui prévaut au plan national (et dans le Parlement européen
[10]). La prédominance de la dimension gauche-droite dans toutes les arènes électorales (nationales et européenne) n’est pas sérieusement contestée. Ceci facilite la tâche du PSE.
En revanche, ce qui est sérieusement contesté est la direction de l’unification européenne. Les deux « non » à la Constitution européenne sont de ce point de vue caractéristiques et, peut-être, prémonitoires. Ils ne constituent pas un accident de parcours (comme le suppose une partie des élites bruxelloises). Or, le PSE ne paraît pas en mesure de se poser - et de s’imposer - comme un pôle d’attraction capable de contribuer à la fois à l’accélération du processus d’intégration et à la mise en avant d’un « européisme populaire ». Cette double incapacité est due à la situation des partis nationaux socialistes (absence de projet, divisions), elle est aussi le fait du système de gouvernance européen qui fait que le recul des partis au plan national reste sans véritable compensation au plan supranational. Les inquiétudes populaires actuelles et l’euroscepticisme qui se développe restent sans réponse politique efficace à gauche
[11]. Les propositions concrètes pour la promotion d’une « Europe sociale » sont rares, l’expression « Europe sociale » constituant un « slogan de tréteaux
[12] », sans impact réel sur les priorités politiques du PSE. Ainsi, l’offre programmatique européenne des sociaux-démocrates, dépourvue de grands thèmes alternatifs, est peu susceptible de structurer différemment les attitudes des couches populaires vis-à-vis de l’Europe
[13].
Les partis sociaux-démocrates et socialistes ont toujours à mettre en Ĺ“uvre un projet transnational pour l’Europe. Ce projet, concret, moderne et adapté à la nouvelle donne créée par les référendums, doit être en mesure de capter l’attention des couches défavorisées des sociétés européennes. Faire du PSE un « vrai parti » et à projet social européen attirant sont les deux faces de la même démarche stratégique. Cependant, ce type de démarche buterait sur les orientations (et les divisions) des partis socialistes nationaux et sur la logique de fonctionnement du système institutionnel de l’UE. Une telle démarche stratégique comporte donc des ruptures, elle comporte des risques organisationnels et politiques importants. Elle va, en outre, contre l’approche pragmatique et prudente qui a défini historiquement la construction partisane du PSE (et des autres europartis). La cartographie organisationnelle et idéologique du PSE actuel et toute la culture communautaire (aucune institution n’est régie par une logique majoritaire ou une coalition stable) ne sont pas de nature à favoriser des évolutions spectaculaires au sein du PSE et de son groupe. â—Ź
·
G. Devin, « L’Union des partis socialistes de la Communauté européenne. Le socialisme communautaire en quête d’identité », dans I Socialisti e l’Europa (ouvrage collectif), Coll. Socialismo Storia, Milan, Franco Angeli, 1989, pp. 265-290.
·
R. Ladrech, Social Democracy and the Challenge of European Union, London, Boulder, 2000.
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P. Magnette, Les Contraintes institutionnelles au développement des partis politiques européens, Internet, site non précisé.
[1]
Ce texte est une version modifiée et enrichie d’une publication parue en 2005 sous le titre : « Parti Socialiste Européen (PSE) » dans Y. Déloye (sous la dir.),
Dictionnaire des élections européennes, Économica, 2005, pp. 530-536.
[2]
S. Hix et U. Lesse,
Shaping a Vision. A History of the Party of European Socialists, 1957-2002, Brussels, Party of European Socialists, 2002, pp. 29, 42-43.
[3]
E. Kulahci,
Le Parti des socialistes européens et le défi de légitimité socio-économique de l’UE, thèse de doctorat, Université libre de Bruxelles, Département de sciences politiques, 2003, p. 80.
[4]
Guy Spitaels,
Rapport d’activité de l’Union, 1990-1992.
[5]
Hix et Lesse,
op. cit., p. 83.
[6]
Kulahci,
op. cit.
[7]
G. Moschonas,
In the Name of Social Democracy The Great Transformation : 1945 to the Present, New York, Verso, 2002, pp. 272-274.
[8]
R. Ladrech, « Les changements programmatiques dans le Parti des socialistes européens (PSE) », dans P. Delwit (sous la dir.),
Où va la social-démocratie européenne ?, Bruxelles, Éditions de l’ULB, 2004, pp. 53-61.
[9]
Compétition en elle-même neuve compte tenu du fait que jusqu’à présent l’élection du président du PSE était bouclée d’avance.
[10]
S. Bartolini, « Clivages politiques européens », dans Y. Déloye (sous la dir.),
Dictionnaire des élections européennes, Économica, 2005, pp. 105-107.
[11]
81 % des ouvriers ont voté « non » au référendum français du 29 mai 2005 (voir Perrineau, pp. 241-242). Le « non » ouvrier est extraordinaire-ment massif pour une période d’affaiblissement de la culture et de l’identité ouvrières et montre une frustration profonde des couches le plus populaires à l’égard de l’UE.
[12]
Bellec, « Europe sociale », dans Y. Déloye (sous la dir.),
op. cit., pp. 275-279.
[13]
Voir Grunberg, G. Moschonas, « Le vote socialiste : les bénéfices du vote-sanction dans une élection de second ordre » dans P. Perrineau (sous la dir.),
Le Vote européen 2004-2005, De l’élargissement au référendum français, Presses de Sciences-Po, 2005, pp. 173-205.