2006
Nouvelle Fondation
Histoire : Le congrès du PCF à Lille, 20-27 juin 1926
Un Parti à la croisée des chemins
Serge Wolikow
Professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne. Vice-président de l’université de Bourgogne, directeur de la Maison des sciences de l’homme (MSH) de Dijon. Parmi ses publications : Cultures communistes au XXe siècle. Entre guerre et modernité, (dir. avec Jean Vigreux), La Dispute, 2003 ; et Moscou, Paris, Berlin, 1939-1941.Télégrammes chiffrés du Komintern, (dir. Avec Bernhard Bayerlein, Mikhaïl Narinski et Brigitte Studer), Éditions Tallandier, 2003.
Au moins deux raisons font des congrès du Parti communiste français des moments privilégiés de son histoire. D’abord, parce que le PCF assigne à ses congrès un rôle plus important que d’autres organisations. Ensuite, parce que les historiens, cédant à la facilité, puisent largement dans les documents de congrès qui forment un corpus de textes facilement accessibles.
D’où la place disproportionnée qu’occupent les congrès dans certaines histoires du PCF! Mais s’il convient de ne pas surestimer l’événement, on ne peut l’ignorer. Ce qui nous intéresse, c’est de le situer dans l’évolution politique du PCF car il est en premier lieu le produit de celle-ci. Mais il cristallise également cette évolution et la donne à voir dans un bref moment historique, en cela il est toujours événement même si ces travaux n’apportent rien de neuf.
Moment d’une évolution, un congrès du PCF est plus que le simple reflet de celle-ci. Bien sûr, même si les statuts le stipulent, ce n’est pas l’ensemble de la politique du parti qui est alors décidée! Dans ce domaine, le processus de décision ne coïncide pas en général avec la périodicité des congrès. Le congrès a un rôle spécifique : il légitime à l’issue des débats préparatoires une politique dont les termes ont été largement diffusés dans le parti. Il fournit, sous une forme concentrée, l’exposé d’une orientation à laquelle durant la période suivante les militants pourront se référer : c’est ainsi que le congrès unifie l’activité du parti.
Le V
e Congrès ne retient guère l’attention des ouvrages les plus anciens
[1].J. Fauvet se borne à affirmer qu’alors le parti frappe de droite et de gauche et que « le congrès de Lille consacre les progrès de la bolchevisation et de la politique de Sémard et Thorez
[2] ».
Le
Manuel consacre une peu plus d’une page à l’événement et le caractérise comme « une nouvelle étape » dans la liquidation des tendances opportunistes. Il n’oublie pas de préciser ensuite que les erreurs gauchistes ont été de nouveau condamnées. « Le congrès précise la ligne politique », est-il affirmé sans plus de précisions. Au bout du compte les auteurs du
Manuel retiennent que ce congrès a confirmé la réorganisation entreprise depuis 18 dix-huit et a rappelé la lutte nécessaire à la fois contre l’opportunisme et le sectarisme
[3].
Robrieux consacre un assez long passage à ce congrès qu’il ne relie pas tant à l’activité du parti qu’à celle de l’Internationale. Procédant à une longue description fondée sur les comptes rendus de
L’Humanité, il estime que c’est un congrès « boukharinien ». Les différences de tonalité des interventions retiennent son attention bien davantage que la teneur des débats et des orientations finalement adoptées
[4]. Stéphane Courtois et Marc Lazar évoquent rapidement le congrès de Lille en insistant sur la constitution d’une direction regroupée autour de Sémard sans s’attarder sur les travaux du congrès en tant que tels
[5].
En définitive, le seul ouvrage qui se livre à une réelle analyse des travaux de ce V
e Congrès est celui de Carr
[6]. Il en détaille le déroulement et relate la nature de quelques débats, avec cependant une propension à plaquer des considérations générales qui faussent l’appréciation de l’événement. Il valorise, par exemple, la question syndicale en évoquant les difficultés structurelles de la CGTU de 1924 à 1928, sans relever pour autant ce qu’il y a, en 1926, d’original dans l’orientation en faveur d’un syndicalisme révolutionnaire de masse enraciné dans les luttes revendicatives.
Dans la série des congrès allant de la fondation du parti à la consécration du Front populaire, le Ve Congrès occupe une place à part. Ni fameux ni ignoré, il est resté méconnu, sans cependant être oublié. Il demeure, longtemps après la Seconde Guerre mondiale, comme un point de repère dans la mémoire communiste. M.Thorez, secrétaire général, évoque son intervention comme jeune responsable à l’organisation lors de ce Ve Congrès.
Ce congrès détonne dans la série. Il est différent des précédents, car ses travaux ne comportent ni affrontement violent, ni anathème idéologique, ni exclusion. Il est celui d’une organisation politique devenue plus cohérente. Il tranche également avec les congrès suivants : contrairement à eux, il est encore marqué par des débats contradictoires et des réflexions autocritiques auxquels participent aussi bien les délégués des régions que les dirigeants du parti. L’unité de pensée qui, au bout du compte, se dégage de ces travaux est respectée par les délégués, mais n’est pas un monolithisme imposé par la direction.
La préparation. Prise en charge par le bureau d’organisation, la préparation du congrès est relativement longue, en raison notamment du report de sa date d’ouverture, initialement prévue pour la fin du mois de mars
[7]. À l’origine, ce congrès devait, dans l’esprit de la direction, faire le bilan victorieux de la bolchevisation. Mais la crise interne qui secoua le parti en novembre 1925 et les modifications opérées après le 2 décembre changèrent la signification du congrès en lui conférant des dimensions nouvelles
(voir également page 159). Durant tout le début de l’année 1926 le PCF est accaparé par des discussions sur son fonctionnement, son orientation et son mode de direction. Mais la rectification globale de son activité résulte d’un processus bien peu linéaire. Les contradictions, les avancées et les reculs ne manquent pas jusqu’au Comité central (CC) des 6 et 7 avril 1926 qui, au lendemain d’une réunion de l’Internationale communiste (IC) à Moscou régla en principe les problèmes de direction
[8]. À partir de ce moment, les difficultés internes se déplacent du niveau central vers l’échelon régional ou local. La préparation du congrès est l’occasion, pour les simples adhérents, de discuter des difficultés rencontrées par le parti depuis un an. Cette discussion, essentiellement centrée sur les problèmes internes, est encouragée par la direction et particulièrement le bureau d’organisation dirigé par Thorez.
La discussion publique qui s’ouvre dans les colonnes de
L’Humanité et les pages des
Cahiers du bolchevisme est peu abondante, mais révélatrice de l’ouverture voulue par la direction. Les tribunes de discussion accueillent ainsi des points de vue fort différents, tant sur les questions d’organisation que sur la nouvelle formule de
L’Humanité ou encore la politique de unique.
L’Humanité même une longue déclaration, très critique, d’opposants qui s’insurgent contre la direction du parti. Les neuf signataires de ce texte sont d’ailleurs publiquement désignés et reconnus comme appartenant à une tendance « centriste » dirigée par Humberdot et Morin, tous deux cadres du parti dans la Région parisienne
[9].
La préparation du congrès suscite des discussions souvent vives. Dans les principales régions, des documents substantiels sont élaborés par les directions sortantes. Ainsi, dans le Nord, le rapport moral, présenté le 1
er juin 1926 à la conférence régionale, comprend une analyse serrée de la situation du parti, un bilan de son activité, une réflexion sur les erreurs commises et les faiblesses persistantes, enfin, une tentative pour dégager les nouvelles possibilités politiques ouvertes par la mise en
œuvre du Front unique avec les socialistes. Ce ton, volontairement lucide et réaliste, rompt délibérément avec les accents volontaristes de l’année précédente
[10]. En Région parisienne, la participation des militants à la préparation du congrès est plus importante. La conférence régionale, par son ampleur et ses discussions, annonce le congrès. Pour la première fois, depuis la réorganisation du parti en cellules et rayons, se tient une conférence de la Région parisienne. Elle rassemble près du quart des adhérents de tout le PCF. Quelques mois auparavant, les différents courants d’opposition y étaient particulièrement actifs comme les assemblées d’information, tenues en janvier l’avaient montré. La direction régionale craint, après les conférences de rayon dominées par les opposants, que ceux-ci trouvent une forte audience en dépit des points marqués depuis cinq mois par la nouvelle politique du parti.
La conférence de la Région parisienne réunit plus de deux cents délégués représentant quarante-huit rayons qui se retrouvent quatre jours durant à raison de trois séances quotidiennes
[11]. Dans son rapport moral, qu’il présente au nom de la direction, Costes, le secrétaire, dresse un bilan nuancé de l’activité du parti dans la région. Il rappelle les campagnes contre le fascisme et la guerre coloniale, son action en faveur de l’unité syndicale, ses initiatives de Front unique, ainsi que la lutte menée contre l’opposition de droite, hostile à la réorganisation.
Mais il évoque également les fautes commises au cours de celle-ci avec leurs conséquences sur les effectifs : la perte de vieux militants non compensée par l’arrivée de nouveaux adhérents inexpérimentés, le manque d’activité des communistes dans les syndicats. Pourtant, le nombre des adhérents reste à peu près stable, avec 13570 cartes placées en novembre 1925, contre 12843 l’année précédente. Les opposants interviennent pour critiquer la grève du 12 octobre et dénoncer le centralisme exagéré. Il n’y a là rien de nouveau, mais le plus important est sans doute que ces interventions aient pu être tout simplement présentées.
Le deuxième jour, Costes appuyé par Sémard répond aux critiques, mais il prend soin d’ajouter qu’il « était heureux des débats », tout en demandant un vote sans réserve du rapport moral. Celui-ci est finalement adopté par 191 voix, 34 voix avec réserve, et une voix contre. Les deux premières journées sont principalement occupées par l’évocation du passé et les deux suivantes consacrées à la situation nationale et internationale, ainsi qu’à la politique du parti. Costes remarque que « sans doute, la situation en France n’est pas immédiatement catastrophique et n’a rien de commun avec celle de l’Allemagne en octobre 1923, mais le parti français n’a pas le droit de se laisser prendre aux dépourvu ».Au centre de son orientation, explique-t-il, il y a le Front unique pour lequel le parti doit agir sans cesser de développer son programme. La lutte contre le fascisme réclame la constitution d’accords plus larges, des « accords circonstanciels » avec des forces politiques extérieures au mouvement ouvrier afin d’organiser des ripostes communes, notamment des meetings.
Ce rapport qui se donne explicitement comme objectif d’obtenir une approbation unanime suscite des critiques contradictoires. Les uns, tel A. Marty mettent en cause la nouvelle formule de L’Humanité parce qu’elle atténue, selon eux, le caractère de classe de la politique du parti. D’autres, tel Morin, au nom de leur tendance « centriste », se défendent de confondre dans leurs critiques les erreurs du passé et les nouvelles orientations, mais réaffirment leur scepticisme quant à leur réalisation concrète.
Costes répond en souhaitant que les membres du parti fassent « enfin la paix à l’intérieur de l’organisation » et en réclamant le concours de tous pour le nouveau comité régional. Sémard confirme cette orientation et lance un appel à la collaboration de tous pour la bonne marche du parti. La résolution politique présentée à la Conférence précise et développe cette idée
[12]. En séance de nuit, la composition du groupe dirigeant suscite divers commentaires dont celui de Gaillard, dirigeant régional et aussi membre du CC, qui estime qu’« au prochain congrès, Suzanne Girault et Treint devront faire partie du CC mais non du BP ».
Finalement, l’adoption quasi unanime de la résolution, l’élection de la nouvelle direction et la désignation de la délégation parisienne au congrès concrétisent un soutien élargi à la politique du parti. Cela exprime également la volonté d’associer aux responsabilités de direction des militants continuant d’avoir des désaccords tel Morin, élu au comité régional et délégué à Lille, bien qu’il anime une tendance critique.
Organisation et déroulement. À Lille, le 20 juin au matin, le V
e Congrès du PCF commence. Le lieu et le cadre dans lequel il se trouve ont de quoi dépayser les trois cents délégués arrivés des différentes régions françaises
[13]. La métropole du Nord n’est-elle pas le bastion d’une social-démocratie qui prétend à elle seule incarner tout l’héritage du mouvement ouvrier? Le congrès se tient en plein centre de la ville, dans un vaste bâtiment dont l’appellation indique sa vocation. Cette « Salle des Ambassadeurs » abrite, au fond d’un grand jardin, les réunions les plus diverses : deux ans auparavant, la Seconde Internationale n’y a-t-elle pas tenu congrès? Bien sûr, cette localisation a une signification politique : il s’agit d’affirmer en terre socialiste la présence des communistes et de renouveler l’image du Parti communiste. La direction du PCF veut représenter de manière inédite ce que sont désormais les communistes.
La décoration intérieure en apporte un témoignage supplémentaire. Significative est la première phrase venue sous la plume du journaliste de L’Humanité relatant la nature et la portée de l’événement. « Il y a quelque chose de neuf dans le parti », avant de décrire par le menu l’agencement des lieux
[14]. Le Parti communiste se pose en héritier du mouvement socialiste à ses débuts. Le buste de Jules Guesde, dans le vestibule, fait face à la table de contrôle des mandats, placée sous une grande banderole annonçant le congrès. Dans la salle elle-même, il y a les tentures et les drapeaux rouges, le buste blanc de Lénine et une grande banderole disposée en vis-à-vis de la tribune : « Le communisme libèrera le monde », y est inscrit. Sur les murs latéraux, deux autres banderoles rappellent l’importance de la tradition révolutionnaire française d’avant 1914. « La lutte de classes doit être la règle de nos agissements de tous les jours, de toutes les minutes. » C’est la phrase de Jules Guesde prononcée précisément à Lille en 1900 dans sa controverse avec Jean Jaurès. « Un communiste français doit connaître les
œuvres de Lafargue et les ouvrages de Jules Guesde » déclare Zinoviev qui, sur une autre banderole, donne l’aval de l’Internationale à cette évocation des sources françaises du communisme. Enfin des panneaux, disposés tout autour de la salle, présentent ce que
L’Humanité désigne comme un véritable musée révolutionnaire. Ils présentent, par le biais d’affiches, diagrammes, brochures et journaux, l’activité du parti et de ses organisations de masses. Ainsi, des diagrammes sur les effectifs, des cartes du découpage régional, voisinent avec les documents qui illustrent l’action du Secours rouge, de l’ARAC, des coopératives ou encore des syndicats de locataires. Les délégués, arrivés de toute la France et logés dans les différents Hôtels de la ville, se retrouvent donc au matin du 20 juin dans cette salle pour la première séance du congrès.
Avant d’examiner ses travaux, il faut évoquer la grande manifestation populaire organisée ce même jour au c
œur de la grande cité du Nord pour célébrer politiquement l’événement. L’image d’une foule ouvrière compacte, traversant la ville derrière une fanfare et une forêt de drapeaux rouges, occupe, le lendemain, la une de
L’Humanité
[15]. Elle est corroborée par les informations policières
[16]. Sans doute, les chiffres divergent, puisque le journal communiste évoque trois à quatre mille personnes pour le défilé et la police « mille cinq cents personnes environ », mais ce n’est pas l’essentiel. Les uns et les autres attestent de l’importance de la foule. Les sources policières évaluent à quatre mille l’assistance au meeting qui se tient ensuite dans la grande salle de l’Hippodrome.
Dans cette foule, outre les communistes, il y a des « sympathisants et curieux », selon la police, mais également des socialistes, aux dires de Vaillant-Couturier, qui s’adresse explicitement à eux par un discours enflammé et les appelle à rejoindre les communistes dans leur action révolutionnaire.
Placé sous la présidence du député communiste, Clotaire Delourme, vieux militant guesdiste, le meeting dure deux heures au cours desquelles des dirigeants du parti prennent successivement la parole. Les interventions typées correspondent à la personnalité et aux fonctions de chacun. Cachin, vieux militant socialiste d’avant-guerre, rappelle, comme le président, l’épisode historique au cours duquel, vingt-six ans auparavant, dans la même salle, J. Guesde et J.Jaurès ont débattu de leurs conceptions respectives du socialisme. Personne plus que le directeur de L’Humanité n’a l’autorité pour dénoncer l’évolution de la SFIO et de l’IOS au regard de la tradition socialiste et dire que le PCF en est désormais le véritable dépositaire. Thorez, plus jeune, évoque avec émotion les difficultés de l’action communiste dans le Nord face à la puissance des socialistes. Il dénonce « l’exclusive prononcée contre le Parti communiste par la formidable organisation réformiste » et affirme avec force son espoir dans le rapprochement entre ouvriers socialistes et communistes. Doriot, dans un bref discours, exalte le rôle des communistes et notamment celui des jeunes contre les guerres coloniales. Sémard critique les dirigeants socialistes qui cherchent des accommodements avec le patronat au lieu d’organiser le Front unique contre le fascisme. Reynaud, « au nom de la classe ouvrière de la Région parisienne », célèbre le rôle de la CGTU et de la lutte pour réaliser l’unité ouvrière. Après le discours de Vaillant-Couturier, un jeune dirigeant communiste du Nord, F. Bonte, fait acclamer un ordre du jour qui vient en conclusion du meeting
[17].
Les travaux du congrès. Ouvert le dimanche 20 juin, le congrès s’achève le samedi suivant après une semaine de travaux et quatorze séances plénières. Le rapport moral qui revient sur l’activité du parti des dix-huit derniers mois, c’est-à-dire depuis le précédent congrès, provoque une longue discussion qui occupe la moitié de la semaine. Ensuite, le rapport de Sémard sur la situation nationale et internationale ne suscite pas de vifs débats sauf sur quelques questions internationales. Enfin, les responsables des secteurs de travail du parti interviennent puis sont suivis par les rapporteurs des commissions avant l’élection de la nouvelle direction et l’adoption des diverses résolutions, le 26 au soir. L’impact du congrès est limité en raison des événements qui secouent la vie politique française. L’instabilité gouvernementale, la spéculation monétaire, la crise du cartel des gauches, se nourrissant réciproquement, occupent largement le devant de la scène. Dans ce contexte, le congrès du PCF ne parvient pas à occuper la une de la presse. La faiblesse de l’écho accordé par les journaux à l’événement exprime aussi une certaine perplexité devant un congrès différent des précédents.
La plupart des journaux,
Le Temps par exemple, ne consacrent que quelques lignes à l’événement, alors qu’ils ont abondamment rendu compte du IV
e Congrès en janvier 1925. Cachin dénonce sans délai « le silence de la presse bourgeoise » interprété comme une « tactique d’étouffement
[18] ». Seul de la grande presse,
Le Matin publie plusieurs articles sur les débats du congrès malgré une hostilité méprisante. Un article se félicite de « la crise de confiance » qui atteint les militants, un autre dénigre personnellement Sémard par une vive attaque mettant en doute les capacités intellectuelles du secrétaire général du parti sur un ton de basse polémique
[19]. Les articles des jours suivants conservent le même style pour évoquer l’isolement des anciens dirigeants. « Le tandem capitaine Treint-S. Girault est cassé
[20] », ou l’intervention d’Humbert-Droz : « Moscou parle et exécute
[21] ».
Au lendemain du congrès
Le Quotidien, qui n’a jusque-là accordé qu’une place minime à l’événement, lui consacre un assez long article dont la tonalité, assez neutre, est celle de l’analyse sans passion. Titrant « Tout ne va pas pour le mieux dans le Parti communiste
[22] », le journal tire argument des débats et des diverses critiques pour considérer que le congrès n’a pas été satisfaisant. Selon l’article, l’heure de S. Girault et de Treint est bien passée, mais la nouvelle direction du parti, face aux critiques, a répondu sans vigueur et sans réussir à convaincre. En somme, il n’y a dans la presse que peu d’informations sur ce congrès, si ce n’est quelques appréciations péremptoires et fortement négatives. Pour
L’Humanité, à l’opposé, ce congrès resterait comme « le premier grand congrès communiste de France », marqué non par les luttes internes d’un champ clos, mais par une discussion libre entre communistes, suivi d’un accord général avec les orientations de la direction
[23].
Une nouvelle orientation. Les travaux de ce congrès nous montrent l’état du Parti communiste, sa réflexion, son activité, son organisation et ses militants. Ils permettent aussi d’entrevoir, indépendamment de la conscience qu’en ont ses membres, les difficultés et les contradictions du parti. Moment spécifique de l’activité du PCF, ce Ve Congrès est autant un aboutissement qu’un point de départ. Les travaux du congrès, édités en un fort volume de sept cents pages, peuvent être lus en fonction de quelques grandes interrogations.
Dans quelle mesure l’orientation politique nouvelle, élaborée au printemps 1926, se retrouve-t-elle dans le congrès? Au moment où la crise politique française s’aggrave, les contradictions apparues quelques semaines auparavant entre les analyses du PCF et celles de l’IC persistent-elles? Quelle est, enfin, la situation du parti après les secousses qu’il a subies depuis que le renouveau est engagé?
Le rapport d’ouverture, présenté par Sémard, n’apporte pas d’élément inédit, mais confirme l’orientation progressivement élaborée depuis le 2 décembre. Il s’agit d’abord de « liquider le passé », indique Sémard
[24]. Ainsi, la diminution des effectifs est liée, reconnaît-il, aux erreurs commises lors de la réorganisation du parti en cellules. Le recours à des méthodes purement administratives pour l’affectation des adhérents, l’activité débridée des cellules a provoqué le départ d’anciens adhérents déroutés, mais aussi celui de jeunes militants dont l’enthousiasme est vite retombé en raison de la répression, et faute d’une vie réelle des cellules. « Une cause de diminution qui, à mon sens, est la plus importante, c’est que cette réorganisation s’est faite sans liaison suffisante entre le travail de réorganisation lui-même, les tâches politiques et le travail théorique au sein du parti
[25]. » Est-ce le souci de ne pas abonder dans le sens des opposants, l’impossibilité de critiquer directement des mesures patronnées par l’IC, ou seulement la volonté de ne pas créer désormais d’illusions sur un redressement rapide? Toujours est-il que le secrétaire général se refuse à rendre la direction du parti responsable de l’affaiblissement. Non sans une certaine lucidité, il signale que le problème est difficile à résoudre, car il s’agit en fait de faiblesses chroniques. « Ce n’est pas là un défaut qui soit imputable à la direction, ni une faute de la direction : cela tient à l’état général, à la situation générale de notre parti. »
De nombreux délégués interviennent pour dire les difficultés du parti et signaler les erreurs commises avec des accents critiques et une liberté de ton qui sonnent de façon nouvelle. Les méthodes de direction, fortement centralisées à Paris, sont mises en cause par Guyot, délégué de la région Centre
[26]. Mathieu, du Limousin, après avoir évoqué l’envoi dans sa région d’instructeurs incompétents, affirme : « Il y a eu faute de la part de la direction d’envoyer ces camarades
[27]. » Cette tendance à mettre en cause la direction est relevée par le secrétaire de la région bordelaise, Pichon, qui en souligne les dangers au niveau local lorsque la rectification de la politique suivie jusqu’alors n’est pas faite. Pour lui, le gauchisme a fait beaucoup de mal
[28]. Désormais les dirigeants régionaux ne doivent plus se contenter de critiquer, mais ils doivent participer à l’élaboration des décisions et à l’ensemble de l’activité du parti.
D’autres délégués ne modèrent pas autant leurs critiques, tel celui qui inventorie les mots d’ordre incohérents, successivement proposés aux militants en 1925. Ayant ainsi mis en cause l’inconséquence, voire la légèreté de certains dirigeants, Nérac, de Bordeaux, se refuse à oublier ceux qui ont commis les erreurs. «Je ne veux pas dire que nous condamnons systématiquement tous les camarades qui ont été au Comité central, mais tous ceux qui se sont rendus responsables des faits que je qualifie de fait de carence
[29]. » Ces critiques répondent aux v
œux de Sémard et à l’orientation de la Lettre ouverte appelant les cadres du parti à s’exprimer et à relever les erreurs sectaires. Mais elles illustrent surtout le besoin de la nouvelle orientation sans en discuter le bien-fondé. L’intervention de R. Jean prend de ce point de vue un relief particulier puisque figure importante du parti, dont Manouilski lors de sa venue à Paris avait déploré qu’il ait été éloigné de la direction, il prononce un discours très critique.
L’Humanité titre : « Renaud Jean demanda un changement de méthodes dans l’organisation du parti
[30] ». Le député du Lot-et-Garonne se livre à une critique qui englobe l’activité parlementaire, le mauvais fonctionnement du Comité central, la réorganisation hâtive et irréaliste, avant de s’inquiéter de la baisse des effectifs. Il approuve, non sans un certain scepticisme, l’orientation présentée par Sémard en manifestant son souci que le parti prenne en compte les réalités politiques nationales ou locales. Selon lui, il faut recentrer davantage l’activité du parti sur le département, stabiliser les structures d’organisation et élaborer un programme positif qui établisse une « liaison meilleure que par le passé des revendications partielles des différentes catégories de travailleurs ». Après avoir annoncé qu’il va voter le rapport moral, il conclut, sous les applaudissements : « Si j’avais à rédiger une thèse, si j’avais à rédiger une motion pour dicter son devoir au Comité central, j’aurais rédigé cette thèse ou cette motion d’une façon bien simple : “Dans le Parti communiste, tout le monde avec les masses!”
[31] »
Finalement, seul le député Gauthier met en cause la nouvelle organisation en cellules. Son intervention, critique contre toute la politique du parti, reste sans écho. Thorez l’ignore, mais répond longuement aux interrogations de R.Jean. Il admet qu’un des dangers est celui du repli du parti sur lui-même et plaide pour une activité beaucoup plus ouverte en direction des ouvriers. Il reconnaît d’autre part l’inefficacité des découpages organisationnels opérés l’année précédente et affirme qu’il faut désormais « tendre à constituer dans le cadre de chaque division administrative de l’Etat bourgeois un organisme solide du parti
[32]. »
C’est implicitement reconnaître l’importance du niveau départemental, rappelé par R. Jean. Thorez expose ainsi une conception élargie de la politique qui, sans doute, n’est pas originale, puisqu’elle a déjà été envisagée les mois précédents. Depuis que la bolchevisation du parti a été engagée, c’est cependant la première fois qu’un dirigeant du PCF traite publiquement de la diversité des formes politiques en France, avec toutes les conséquences sur l’activité du PCF. « Notre politique se fait dans l’usine, mais elle se fait aussi dans la localité, elle se fait aussi dans le café, elle se fait également à la campagne. Nous savons que la politique se fait également dans les cantons : elle se fait autour de la foire mensuelle ou encore annuelle, lorsque tous les petits paysans des villages environnants viennent au marché du chef-lieu de canton. Elle se fait dans le cadre du département et le Parti communiste qui ne fait pas sa politique dans les nuages doit tenir compte absolument de toutes ces réalités
[33]. »
Ce réalisme, désormais au centre de la nouvelle orientation, guide les réflexions sur la pratique du parti. Sémard consacre ainsi près de la moitié de son rapport au Front unique et aux alliances. Il justifie le besoin d’une activité de masse renouvelée en évoquant la puissance persistante, souvent sous-estimée, du Parti socialiste et de la CGT Dans ce domaine, le PCF a échoué en 1925,reconnait-il
[34].
Sémard s’inscrit dans la ligne des rectifications opérées lors du CC du 2 décembre et des travaux du VI
e Plénum de l’IC. Il explique l’intérêt d’une politique d’alliances larges. « Notre but, c’est de réaliser toutes les alliances possibles et profitables pour le prolétariat
[35]. » Cet objectif n’est pas sans poser de nombreux problèmes à un parti qui a, l’année précédente, au cours de la « bolchevisation », cultivé son identité en affirmant ses différences par son mode d’organisation et ses mots d’ordre. Mettre l’accent sur les alliances, n’est-ce pas escamoter l’identité du parti? Sémard reconnaît que des fautes ont été commises lorsque « certaines régions ont appliqué un Front unique beaucoup trop élargi, et le parti s’est trouvé noyé au milieu des éléments de gauche ». Ceux qui demeurent réticents à l’égard de la rectification ont, à plusieurs reprises, épilogué sur la capacité du PCF à rester lui-même dans le cadre d’initiatives communes. Humbert-Droz, quelques jours avant le congrès, met en garde le Bureau politique contre la tendance au compromis avec des forces non ouvrières
[36]. L’insistance avec laquelle Sémard explique qu’il faut « employer à plein la tactique de Front unique » prend, dans ce contexte, un relief particulier, d’autant qu’il avance l’idée d’alliances allant au-delà des seules organisations ouvrières. « Il faut que lorsque nous en avons la possibilité, nous réunissions tous les éléments susceptibles d’être dressés contre la bourgeoisie et contre le fascisme
[37]. » Bien que se référant à l’Internationale, le secrétaire du parti va au-delà de ce qui a été conçu à Moscou, lors du VI
e Plénum, au sujet des « alliances temporaires avec les classes moyennes » dans un cas précis tel que le 1
er Mai ou la lutte contre le fascisme. Sur ce point, ces propos ne manquent pas d’audace, puisqu’il préconise la création de « comités communs » pour agir contre le fascisme.
Ces propos ne suscitent pas de vifs débats, mais quelques délégués signalent les risques courus dans les régions où le parti est faible. Ainsi, Barette, du Nord-Est, relate diverses actions antifascistes lors desquelles les communistes n’ont pas toujours réussi à s’affirmer comme tels
[38]. S’il y a peu de critiques, il n’y a guère plus d’interventions pour illustrer positivement les idées présentées par Sémard. Pour les uns et les autres, qu’ils soient d’accord - c’est la majorité - ou qu’ils restent réticents, la pratique du Front unique et des alliances est encore très récente et hétérogène. En fait, seule la Région parisienne, où le PCF a une influence dominante à gauche, a obtenu certains résultats positifs. Dans les autres régions, si les initiatives n’ont pas manqué, les succès restent limités.
La nouvelle orientation bénéficie d’une large approbation dans la mesure où elle corrige des erreurs dont les traces ne sont point effacées. Mais en même temps, elle fait apparaître des lacunes idéologiques et des faiblesses organisationnelles précédemment masquées.
La difficile maîtrise de l’analyse stratégique. La discussion sur le rapport moral ayant duré bien plus longtemps que prévu, c’est seulement au matin du quatrième jour que Sémard présente un long rapport qui analyse successivement la situation internationale et la situation politique française. Les commentateurs de la presse non communiste insistent sur le manque d’originalité d’un discours qui reprend les thèses de l’Internationale
[39]. Sans aucun doute, la démarche générale est celle adoptée trois mois plus tôt, lors du VI
e Plénum. Rien d’étonnant puisque le PCF avait été partie prenante de ces travaux de l’Internationale communiste ! Pour autant, l’exposé de Sémard n’est pas une simple traduction des textes de l’IC. Il évoque, non sans une certaine ironie, les deux perspectives tracées par Zinoviev, dès le V
e Congrès de l’IC, où il avait envisagé soit une maturation rapide, soit un développement lent des processus révolutionnaires internationaux. «Vous allez me dire que dans ces deux perspectives, il y en a pour tout le monde
[40]! » Sans doute n’est-ce qu’une apostrophe insérée dans une argumentation justifiant le bien-fondé des analyses de l’IC sur la précarité de la stabilisation, mais elle exprime ainsi les réticences face à une analyse incertaine. Sémard, loin de réexposer seulement les thèses de l’IC, passe en revue la situation politique des grands pays européens et le rôle qu’y jouent les différents partis communistes. Après s’être attardé sur les difficultés du mouvement ouvrier anglais, il insiste sur le reclassement des partis qui « s’opère en Angleterre comme dans tous les autres pays » et évoque les possibilités nouvelles de renforcement du PCGB
[41]. Cet optimisme relatif est conforté par l’évolution de la situation politique allemande dans laquelle Sémard puise des raisons d’espérer pour le PCF. Le PCA n’a-t-il pas réussi à développer un large mouvement de masse avec les socialistes pour protester contre l’indemnisation des anciens princes? Les résultats du référendum, 15 millions de voix contre, sont communiqués en séance aux congressistes et vigoureusement applaudis. Sémard note que c’est l’amorce d’un mouvement de Front unique destiné à s’élargir. Le PCA en est devenu l’artisan efficace et prouve, par là, sa rupture avec ses errements gauchistes
[42].
Sémard insiste également sur le renforcement de l’hégémonie américaine au plan international, en Europe, par le biais, notamment, de la pénétration financière. Par ailleurs, il affirme la consolidation économique, sociale et politique de l’URSS, dénonce l’impuissance de la SDN et le fiasco des conférences internationales sur le désarmement.
Le secrétaire général évoque les problèmes du PCF dans la seconde partie de son rapport qu’il débute par des considérations sur les transformations de l’économie française, directement inspirées par les schémas de l’IC. L’industrialisation, la concentration capitaliste modifient les rapports sociaux et entraînent la croissance du prolétariat, la domination renforcée de la grande bourgeoisie et le déclin des classes moyennes. Parallèlement, d’anciennes formes politiques deviennent périmées;les partis des classes moyennes entrent en crise, le parti radical se divise, le Parti socialiste s’embourgeoise. D’où le pronostic de Sémard : « Nous allons à la formation de nouveaux groupements politiques. » Enfin et surtout, le grand patronat et la haute finance soutiennent des organisations fascistes pour développer la répression contre la classe ouvrière. Le secrétaire du parti insiste sur les déchirements du Parti radical, les derniers retournements politiques, les pressions des milieux financiers nationaux et internationaux. D’abord, « les grandes organisations industrielles placent de plus en plus le pays sous la domination de la haute finance intérieure et de la haute finance américaine en particulier ». Ensuite, la grande bourgeoisie « s’efforce de pousser le gouvernement à droite, on a réclamé pendant quelque six mois la constitution d’un gouvernement d’union sacrée, d’union nationale
[43] ». Cette appréciation ne débouche cependant pas sur une position claire. D’un côté Sémard rappelle et justifie l’attitude du parti qui s’est déclaré prêt à soutenir un gouvernement de gauche qui prendrait de véritables mesures anticapitalistes
[44]. Mais d’un autre côté, il précise que ce discours n’est plus d’actualité dès lors que le Bloc des gauches se disloque. En définitive, il discerne mal la solution politique nouvelle qui pourrait être mise en place. Bien qu’il perçoive les pressions de la grande bourgeoisie en faveur d’une large coalition gouvernementale d’union nationale et malgré une longue analyse des contradictions du Parti radical, Sémard n’envisage pas la possibilité d’un renversement complet de majorité avec une alliance des radicaux et de la droite sous la direction de celle-ci. Dès lors, il n’escompte pas de changement politique avant l’automne!
L’extrême confusion et l’instabilité de la situation politique expliquent en partie cette appréciation erronée. Celle-ci exprime surtout la difficulté du PCF à faire des propositions de caractère gouvernemental aux autres partis de gauche sur des objectifs limités. L’IC avait rappelé à plusieurs reprises que le mot d’ordre de gouvernement ouvrier et paysan devait toujours lier directement les revendications immédiates et les objectifs révolutionnaires
[45].
L’évolution politique apparaissait d’autant plus incertaine que le PCF n’avait en définitive que peu de prise sur elle, d’où le caractère général de son discours dès qu’il s’agissait des perspectives d’action.
En revanche, on est frappé par la précision des développements consacrés par Sémard à l’orientation nouvelle du parti et à ses effets pratiques. Il insiste ainsi tout particulièrement sur le travail de masse politique et syndical pour gagner les classes moyennes et la paysannerie comme alliés du prolétariat. « Autrement, faisons attention, parce que la petite bourgeoisie, dans une situation de crise en développement, dans une situation difficile, si nous ne la gagnons pas, elle peut très bien s’orienter du côté de la grande bourgeoisie pour résoudre la crise par des voies réactionnaires. Vous comprendrez là toute l’importance de notre besogne, de notre tâche parmi les classes moyennes
[46]. » « Il faut, [conclut-il], que nous gagnions de vitesse » le fascisme en plein développement dans ces couches. Il termine en insistant sur les possibilités de mobilisation et de rassemblement du parti, dès lors qu’il aura définitivement surmonté ses problèmes internes. Or, précisément, les travaux du congrès allaient montrer qu’il en demeurait beaucoup.
Une discussion décousue. La discussion qui suit le rapport de Sémard est à la fois vivante et riche, confuse et désordonnée. Un grand nombre de délégués traitent de la stratégie du parti ou de la situation nationale ou mondiale. Mais ces interventions sont souvent assorties de remarques sur les problèmes internes de direction, ce qui biaise le débat. Il n’y a pas de débat général autour de quelques questions, mais une succession d’interventions suscitant des réactions et des réponses plus ou moins vives.
Les questions internationales sont, à deux reprises, au centre de la discussion avec les interventions de Gauthier puis de Treint. Chacun, bien que de manière différente, exprime des désaccords politiques. Le premier, député, se fait le porte-parole du courant dit de « droite » qui, désormais passé à l’extérieur du parti, le critique systématiquement. Le second, longtemps dirigeant de premier plan, est fortement discrédité et refuse d’assumer seul la responsabilité des erreurs commises. Il tente en plus de s’imposer en présentant sous une forme très construite des considérations sur l’évolution de la situation mondiale.
L’intervention de Gauthier marque le congrès, en raison de sa longue diatribe contre l’Internationale et le parti bolchevik dont il annonce de nouvelles divisions qu’il rapproche des débats dans la direction du PCF. Il se livre ainsi à des interrogations provocatrices. « Quelle est la politique du parti français, puisqu’il prétend représenter la politique de l’Internationale? Est-ce la politique du V
e Congrès, de Zinoviev? Pourquoi avoir continué la discussion dans le parti? Est-ce la politique de Staline? Il n’y a pas eu de congrès international. Est-ce la politique de Zinoviev, de Trotski? Je n’en sais rien. En France, est-ce la politique de Suzanne et de notre camarade Treint? Est-ce celle de Sémard? Lorsque je dis politique, c’est la tendance, parce que en réalité, il y a des tendances dans notre parti
[47]. »
Cette intervention ne reçoit, dans le congrès, aucun soutien et discrédite davantage l’action de ceux qui refusent la nouvelle orientation du parti. Elle provoque la réaction de nombreux délégués qui réfutent autant l’attitude de Gauthier que le contenu de ses propos. Rappoport, bien placé pour cela, rappelle les origines de la position exceptionnelle du parti russe en se référant à l’exemple de la Révolution française longtemps phare des révolutionnaires au XIX
e siècle. Il ajoute que cette position exceptionnelle résulte, en définitive, essentiellement de l’échec des révolutions dans les autres pays. Sémard qui répond longuement à Gauthier, y trouve l’occasion d’exposer publiquement des réflexions issues de son expérience des derniers mois. Tout en reconnaissant et justifiant le rôle dirigeant et souverain de l’IC, il précise la façon dont, selon lui, il s’exerce. « Il ne s’agit pas d’une soumission automatique, ce n’est pas le couperet qui fonctionne contre les communistes des sections de l’Internationale communiste
[48]. » Allant plus loin, il évoque la décision du dernier congrès, le XIV
e du parti bolchevik où « il est dit que, désormais, il fallait que les différents partis de l’Internationale eussent une grande liberté pour se déterminer ». Cela le conduit à envisager une évolution au terme de laquelle les sections de l’IC auront une plus grande autonomie
[49].
À propos de la situation dans le parti russe, Sémard dénonce, non les indications de Gauthier, mais le procédé qui consiste à aller chercher ses renseignements auprès de Souvarine. Ultérieurement, Sémard reconnaît qu’il a été surpris par la précision des informations données et qu’en fait certaines d’entre elles provenaient de Jacob, délégué du PCF à Moscou, qui, présent au congrès a pris parti pour Zinoviev et Trotski. Toujours est-il que le secrétaire du parti explique pourquoi, vu l’état du parti, le report de la discussion sur la question russe, décidé par l’Internationale et le PCF, a été une mesure justifiée. Désormais, le parti étant consolidé, la discussion va pouvoir s’ouvrir après le congrès sans précipitation ni transposition mécanique des clivages
[50].
Les questions internationales, abordées par Treint, sont d’une autre nature, puisqu’il envisage l’avenir des relations entre les grandes puissances capitalistes d’Europe et d’Amérique du Nord. Selon lui, les contradictions entre les État-Unis et le Royaume-Uni passent au premier plan et laissent entrevoir, depuis les accords de Locarno, le développement d’un antagonisme entre des pays capitalistes européens et les États-Unis. Son propos s’inscrit dans un discours qui aborde de façon lapidaire et sentencieuse toute la politique du PCF.
L’ancien leader du parti affirme brièvement son accord avec l’orientation suivie depuis le 2 décembre et donne des conseils sur la politique à suivre. Loin d’accepter la responsabilité des erreurs dénoncées alors, il mentionne publiquement les divergences qui se font jour au sein de la direction du parti. Se donnant le beau rôle, il réclame pour lui et Doriot la paternité du changement d’orientation. « Avec Suzanne, avec toute l’ancienne direction, avec l’ensemble du parti, j’ai commis des fautes. Mais avec Doriot, j’ai été de ceux qui ont pris l’initiative de les corriger le 2 décembre, malgré les résistances de Suzanne…
[51] » Il ne craint pas de relater la manière dont les autres dirigeants ont été qualifiés trop rapidement de « résistants », malgré leurs hésitations. « Le camarade polonais qui, le 2 décembre, a qualifié Sémard, Crémet et Thorez de résistants a eu tort. Mais ces camarades doivent bien reconnaître qu’ils ont eu à ce moment des hésitations. » Ces derniers propos ne provoquent pas, chez ceux qu’ils visent, de longue réponse. Suzanne Girault, seule, réplique : « Treint aurait pu s’abstenir de rappeler ces choses-là
[52]. » Mais à son tour, elle apporte des précisions sur le rôle qu’il a alors joué avec Doriot, lors de la Conférence nationale. Elle estime qu’ils ont posé la question d’une rectification de la ligne sur le Front unique « inopinément devant cette assemblée, en cherchant à faire apparaître les autres membres du BP comme “résistants” sur cette question ». S. Girault évoque cet épisode en reconnaissant sa responsabilité dans les erreurs commises et son éviction du groupe de direction. Pour autant elle manifeste des réticences face à la nouvelle orientation !
Les propos de Treint sur les questions internationales focalisent le débat toute l’avant-dernière journée du congrès, puisque Crémet, Doriot, Girault, Sémard et Humbert-Droz lui répondent. Les questions abordées sont indéniablement importantes, mais elles présentent également l’avantage d’empêcher que le débat avec Treint s’engage sur la politique passée. En fin de compte on discute fort peu de la situation politique française et de l’action du parti. Celle-ci fait cependant l’objet d’un certain nombre d’échanges critiques.
Les critiques de Marty et des autres. A. Marty critique à plusieurs reprises l’activité parlementaire du parti et son fonctionnement. Tout en déplorant le manque de rigueur et d’organisation du travail parlementaire, il met ouvertement en doute la nécessité d’un élargissement des instances de direction. Stigmatisant l’inefficacité du Comité central élu au précédent congrès, il réclame la constitution d’une sorte de super-bureau politique dont l’autorité renforcée s’imposerait aussi bien au groupe parlementaire qu’aux différents organismes du parti
[53]. A. Marty est, dès cette époque, un personnage politique original et singulier. Il fait la leçon à tout le monde et multiplie les critiques avec une assurance qu’il a de la peine à dissimuler : « On me dit que je critique toujours, j’admets qu’il peut y avoir des erreurs dans ce que je dis, mais il s’y trouve peut-être des choses justes. » Et pour distinguer ses critiques de celles émises par des opposants tel Gauthier, il ajoute : « Mes critiques sont faites de manière à corriger les fautes commises et non pas à discréditer le parti
[54]. »
Les fautes qu’il dénonce concernent l’activité du parti en matière d’organisation, d’action contre la guerre et de propagande. Tout en approuvant la nouvelle formule de
L’Humanité, destinée selon lui à donner au journal « une figure plus agréable », il met en cause sa ligne politique qu’il faudrait « transformer » sans délai. De son point de vue, l’organe central du parti ignore ou minore les luttes ouvrières au détriment du fait divers ou de l’information sportive
[55]. Tout en affirmant qu’il votera « sans réserve » le rapport moral, A. Marty se place, par ses critiques, en position de retrait. Son attitude, faite d’expectative, traduit un désaccord sur la politique suivie depuis le 2 décembre car il la suspecte d’amoindrir la combativité du parti.
R.Jean et Rappoport, deux autres grandes figures du parti, présentent des critiques et des interrogations qui vont à l’opposé de celles du mutin de la mer Noire. L’un et l’autre déplorent le déclin des effectifs du Parti communiste qu’ils opposent à l’augmentation de ceux de la SFIO. Renaud Jean, un des rares députés restés depuis le Congrès de Tours, s’interroge sur les errements organisationnels de l’année 1925. Pour lui, l’abandon du cadre départemental au profit de celui de la région « morte depuis cent cinquante ans » est une erreur qu’il convient d’effacer en reconstruisant des organisations départementales. Il préconise, pour répondre aux difficultés du PCF, des remèdes qui ont le mérite de la clarté : simplifier le fonctionnement du parti en limitant les instances intermédiaires, lier son action aux revendications populaires et mettre au point un programme positif Il approuve les changements opérés dans les méthodes de direction. Selon lui, il faut que le Comité central joue un rôle plus important grâce à des réunions régulières où les décisions les plus importantes doivent être prises.
Sur de nombreux points, il se situe à l’opposé d’A. Marty, mais il se retrouve d’accord avec lui pour déplorer les carences de l’activité parlementaire et se plaindre d’être, comme député communiste, livré à lui-même. Le député du Lot-et-Garonne, tout en approuvant le rapport moral, se fait l’écho de ceux qui sont restés plus ou moins à l’écart durant la période de la « bolchevisation ». Son approbation de l’orientation nouvelle ne signifie pas la disparition de toutes ses réticences. Mais en définitive, l’important, pour les dirigeants du parti, est que R.Jean appuie la politique nouvelle. D’où leur réaction mesurée à ses propos souvent fort critiques.
Sémard et Thorez répondent brièvement aux diverses critiques et consacrent davantage de temps à exposer les mesures souhaitables pour répondre aux questions en débat, notamment celles concernant les tendances et les structures d’organisation. Tout en affirmant le caractère irréversible de l’organisation en cellules, seulement contestée par Gauthier, ils reconnaissent la nécessité d’une meilleure prise en compte des réalités politiques et sociales au niveau des villes et des départements
[56].
Le ralliement de la tendance Humberdot-Morin. Le problème des tendances est posé par les interventions de Humberdot et de Morin qui, durant toute la préparation du congrès, se sont présentés comme les chefs de file d’un courant « centriste ». Cette appellation ne leur est d’ailleurs pas refusée puisque, après avoir envoyé un texte critique à l’IC, ils ont signé un texte dans la tribune de discussion de L’Humanité à la veille du congrès et qu’ils y sont ensuite envoyés comme délégués.
D’entrée, ils développent leur position et se félicitent que Sémard ait repris certaines de leurs critiques. N’ont-ils pas dénoncé la centralisation excessive, la disparition du débat et les modalités simplistes de la réorganisation. Tout en prenant acte de l’orientation nouvelle, ils sont restés longtemps sceptiques. Les anciens dirigeants demeurant en place, ils n’ont pas cru à sa mise en
œuvre. Or ils sont pris à contre-pied par la préparation et le déroulement du congrès. Ils constatent que la direction du parti semble décidée à promouvoir effectivement une orientation nouvelle et qu’elle reprend largement leurs remarques critiques grâce auxquelles ils ont conquis une certaine audience dans le parti, mais ils ne peuvent plus espérer la garder. Aussi, tout en ne cachant pas leur amertume, ils déclarent apprécier les prises de position de Sémard
[57]. Ils s’affirment prêts à collaborer aux activités de direction sous réserve que la discussion ne révèle pas de désaccords politiques fondamentaux sur le centralisme démocratique. « Si nous sommes d’accord, comme vous nous avez demandé de collaborer avec vous et que nos camarades ont accepté de le faire, à la conférence de la Région parisienne, il n’y a pas de raisons pour que nous le refusions au congrès du parti
[58]. »
Progrès et faiblesses. Les dernières séances sont dominées par l’intervention d’Humbert-Droz qui parle en tant que représentant de l’Internationale. Bien que séjournant depuis quelque temps en France, il prononce un discours dans lequel il ignore les débats du congrès mais sermonne ses délégués.
Il rappelle l’analyse de l’IC sur la stabilisation, critique les positions de Treint, avant d’en venir à la situation française. Il exhorte le PCF à sortir des supputations tactiques et des spéculations sur la situation en URSS. « Pour vous, parti français, la grosse question n’est pas de savoir si le parti est derrière Zinoviev ou derrière Trotski, mais de savoir comment il sera contre la bourgeoisie française. » Il se dit « étonné que dans ce congrès ne passe pas davantage le souffle de l’usine et de ces vagues de grèves qui depuis quelques mois agitent le pays
[59] ». Ces remarques, dures pour le PCF, expriment publiquement l’état d’esprit des dirigeants de l’IC à son égard.
La lucidité critique d’Humbert-Droz à l’égard du PCF se combine avec une analyse de la situation politique française qui, pour le moins, manque de finesse et d’originalité comme en témoigne ce rapprochement entre la situation française et celle de l’Allemagne de 1922
[60]. Du nouveau gouvernement Briand-Caillaux, il dit qu’il est directement orienté contre le prolétariat. « Il est certain que le gouvernement qui vient d’être constitué est un gouvernement à la main forte, au poing tendu contre la classe ouvrière française
[61] » Il pronostique qu’il va stabiliser la monnaie aux dépens des travailleurs français en faisant baisser leur niveau de vie comme Mussolini en Italie ! Dès lors, l’affrontement de classe ne peut que grandir « dans la rue et dans les usines ». Humbert-Droz a visiblement le souci de mettre en garde le PCF contre ses illusions à l’égard du Parti socialiste, « jouet dans les mains de la bourgeoisie ». Il s’inquiète aussi des risques que comporte la politique de Front unique et insiste sur les limites à lui apporter. Il explique aux communistes français qu’ils ne doivent jamais accepter « des restrictions à notre droit de critique ». Il s’inquiète également des actions communes avec les organisations de la petite bourgeoisie qui, en France, après l’Italie, ne font rien pour battre le fascisme. Tout en mettant l’accent sur la nécessité d’une activité de masse, notamment économique, Humbert-Droz critique l’élargissement des alliances politiques auxquelles le PCF s’est risqué durant les derniers mois
[62].
Cette intervention d’Humbert-Droz marque fortement les dirigeants communistes français qui lui en tiennent durablement rigueur, car ils ont le sentiment que le représentant de l’IC n’a pas bien mesuré le redressement auquel ils se sont consacrés depuis six mois.
Les dernières séances du congrès sont dédiées à l’audition des rapports élaborés par diverses commissions constituées pour préciser la position du parti sur l’activité syndicale, l’immigration, la paysannerie, les classes moyennes, les femmes, les colonies, la jeunesse, le mouvement sportif, etc. Successivement présentés et approuvés, ils ne donnent pas lieu à discussion, bien qu’ils soulèvent nombre de questions. Faute de temps, car le congrès a déjà été prolongé, le débat n’est plus possible. Ces textes, rapidement élaborés, ne présentent pas d’originalité particulière et illustrent la nouvelle démarche du parti centrée sur l’activité de masse. Ils prennent ainsi en compte les revendications spécifiques des diverses catégories de travailleurs afin de préciser ce que doivent être, dans chaque domaine, les objectifs et les mots d’ordre des communistes.
Le nouveau comité central. L’ultime moment du congrès est celui de l’élection du Comité central, précédée de l’annonce par Sémard des décisions de la commission politique. Il est décidé, en premier lieu, que le Comité central, pour mieux jouer son rôle, se réunira moins fréquemment, une fois par mois et non plus tous les quinze jours tandis que ses effectifs sont portés à quatre-vingts membres. L’élargissement est géographique puisque les dirigeants des grandes régions y figurent désormais. Il est également organisationnel, puisque les dirigeants des syndicats ou des organisations de masses, telles que l’ARAC, doivent également en faire partie. Il est enfin politique, car s’y trouvent des dirigeants qui, à l’image de R.Jean, n’ont pas ménagé leurs critiques ou leurs réticences à l’égard de la politique suivie en 1925. L’ampleur de ce mouvement est accentuée par la mise à l’écart du Comité central de certains « camarades qui portent plus particulièrement les responsabilités des fautes passées
[63] ». Enfin Sémard indique que la commission politique a souhaité que Treint et Girault soient écartés du prochain Bureau politique. Il est prévu que les treize membres du Bureau politique, plus le secrétaire de la Région parisienne et celui de la Jeunesse communiste, seront épaulés par un secrétariat qui aura à s’occuper des problèmes matériels de la direction.
En réponse à A. Marty qui réitère ses doutes, Sémard défend les modifications opérées. Depuis le précédent congrès, la tenue des Comités centraux élargis s’est toujours révélée positive en donnant une place nouvelle aux dirigeants provinciaux et à tous ceux qui exercent des responsabilités dans le mouvement ouvrier. Cette nouvelle conception de la direction a progressivement mûri en réaction contre les méthodes employées au temps où Girault et Treint dirigeaient. L’élargissement confère au travail de direction une plus grande efficacité, nécessaire pour mettre en
œuvre l’orientation approuvée par le congrès et pour consolider le parti. «J’ai la conviction que le Comité central élargi à quatre-vingts membres est nécessaire pour l’examen des grands problèmes politiques et de la situation révolutionnaire, vous comprendrez qu’il ne faut pas toujours laisser aux mêmes militants toute la responsabilité et que le Bureau politique a besoin de s’appuyer sur un solide Comité central. Qu’il ne soit pas composé seulement de quelques camarades et parfois des seuls membres du Bureau politique ou des secrétaires des différentes sections de travail du parti
[64]. » Envisagée depuis la fin de 1925, la modification du fonctionnement de la direction est désormais réalisée grâce à un collectif élargi dont la structure, Comité central, Bureau politique, secrétariat, est assez lourde. Mais, en contrepartie, elle doit garantir contre un retour aux anciennes méthodes exagérément centralisées et personnalisées.
En définitive, le Congrès se termine mieux qu’il n’a commencé. Il a été l’occasion d’une large discussion dans un climat qui, dans l’ensemble, est resté serein. Sans doute des faiblesses du parti sont apparues, notamment celle de l’organisation, encore très inégalement consolidée. Puissant dans quelques rares régions, le PCF reste extrêmement faible dans la plupart. Fortement secoué en 1925, il est en voie de stabilisation sous la direction de Thorez, dont la stature nouvelle s’affirme dans les discussions sur les statuts. Face aux critiques nombreuses le groupe de direction apparaît uni. Sémard, Thorez, Crémet, Doriot ou Monmousseau tiennent un même langage d’où toute trace de leurs récentes divisions a disparu. Le déroulement du Congrès, l’élection du nouveau Comité central confirment donc l’orientation adoptée six mois auparavant. Il est bien, comme les dirigeants du parti l’écrivent dans L’Humanité, un congrès de consolidation. Cependant, celle-ci reste limitée et relative. La dégradation de l’organisation a été stoppée et l’activité du parti se relève, mais sa capacité d’intervention demeure faible et ses analyses encore hésitantes. Cette fragilité est liée à la personnalité des dirigeants communistes français dont l’expérience est somme toute récente, du moins à des postes de haute responsabilité politique. On ne peut cependant ignorer la responsabilité de l’IC dans certaines faiblesses du congrès. Ainsi, les carences et les incohérences de l’analyse politique doivent beaucoup aux orientations dont Humbert-Droz s’est fait le porte-parole en s’inquiétant de l’élargissement exagéré du Front unique ou de l’éventuel soutien parlementaire communiste à un gouvernement de gauche.
Le Ve Congrès illustre en même temps les faiblesses persistantes et les progrès sensibles du PCF Cette dualité se retrouve les semaines suivantes, lorsque le Parti communiste, confronté au retour de Poincaré au pouvoir et à la faillite du cartel des gauches, lance une campagne nationale d’action qui assoit son audience. ●
[1]
Par exemple, G.Walter,
Les Origines du communisme, 1931, rééd. Payot, 1975, qui ne le cite pas comme tel.
[2]
J. Fauvet,
Histoire du PCF, t.I, Fayard, 1964, p. 74.
[3]
Manuel d’histoire du Parti communiste français, Éditions sociales, 1964, p. 179.
[4]
P. Robrieux,
Histoire intérieure du Parti communiste, 1920-1945, Fayard, 1980, pp. 250-260.
[5]
S. Courtois, Marc Lazar,
Histoire du Parti communiste français, PUF, 1995, p. 96.
[6]
E.-H. Carr,
Foundations of a Planned Economy, 1926-1929, vol. 3, Londres, 1976.
[7]
Voir Bureau politique, 19 janvier 1926, Rgaspi 517/1/364.
[8]
CC du 7 avril 1926. La constitution du groupe dirigeant autour de Sémard est confirmée, avec le retour de Cachin, l’élimination de Treint et Girault, la confirmation du rôle de Thorez et Doriot, et l’attention portée aux syndicalistes.
[9]
« Lettre adressée à l’Exécutif de l’Internationale », CB n° 25, mars 1926.
[10]
En témoigne la conclusion ainsi formulée : « Nous n’avons voulu faire de ce rapport ni un plaidoyer ni un dithyrambe. Nous avons exposé sincèrement les faits. Il y a dans la région du Nord près de trois millions d’habitants. Dans cette population, 600000 ouvriers et 200000 paysans, plus de 100000 ouvriers étrangers. C’est toute cette masse ouvrière et paysanne que nous avons à conquérir à notre influence. La tâche est rude, elle n’est pas impossible »>,AN F7 13 093.
[11]
Les 23 et 24 mai, la discussion porte sur le rapport moral, les 5 et 6 juin, sur la situation nationale et internationale et la politique du parti, AN F 13013.
[12]
« Le parti ne doit pas rester plus longtemps dirigé par une fraction (…) le groupe dirigeant doit devenir réellement un centre qui réunit toutes les forces actives des syndicats et des autres organisations, il doit également grouper autour de lui sur la plate-forme tracée par le CE de l’IC toutes les forces du parti »,
ibid.
[13]
L’Humanité du 21 juin titre : « Une splendide manifestation ouvrière a salué hier après-midi à Lille l’ouverture de notre V
e Congrès national. »
[15]
L’Humanité, 22 juin 1926.
[16]
Lettre du commissaire spécial au département du Nord, AN F7 13090.
[17]
« Les ouvriers de la région du Nord, réunis à l’hippodrome lillois dans un meeting grandiose, après avoir entendu les orateurs, approuvent le Parti communiste, seul capable d’assainir nos finances en faisant payer les capitalistes en faveur de la classe laborieuse. Demandent le Front unique pour lutter victorieusement contre la bourgeoisie et les ligues fascistes. Se séparent en demandant l’unité prolétarienne et en criant :Vive un gouvernement ouvrier et paysan ! Vive la révolution! »,AN F7 13 090.
[18]
L’Humanité, 24 juin 1926.
[19]
« Le camarade Sémard a de la mémoire, sinon des idées. Dans son discours, le nouveau secrétaire général du parti récite par c
œur sa leçon dictée par Moscou »,
Le Matin, 23 juin 1926.
[20]
Le Matin, 27 juin 1926.
[21]
Le Matin, 28 juin 1926.
[22]
Le Quotidien, 27 juin 1926.
[23]
L’Humanité, 29 juin 1926.
[24]
«Je crois en effet que la tâche principale de ce congrès sera de liquider le passé et d’examiner les faits pour en tenir compte et pour que de l’expérience des erreurs et des fautes commises sorte pour nous la possibilité de devenir un parti beaucoup plus fort »,
Ve Congrès national, compte rendu sténographique, Bureau d’éditions, Paris, 1927, p. 20.
[26]
« Dans notre région, nous avons considéré que nous pouvions nous passer de camarades de Paris et qu’il était de notre devoir de travailler par nous-même.»,
ibid, p. 138.
[28]
« Ce qui a déterminé les fautes administratives du Centre provient d’une mauvaise politique. Nos camarades du Centre ont eu pendant des mois une politique gauchiste et cela s’est traduit dans les procédés de mécanisation et dans l’envoi de camarades dans les régions. »,
ibid., p. 143.
[29]
V Congrès national, compte rendu sténographique, op. cit., p. 208.
[30]
L’Humanité, 22 juin 1926.
[31]
5e Congrès national, compte rendu sténographique, op. cit., p. 119.
[34]
« Par notre agitation et notre Front unique, nous n’avons pas suffisamment mordu dans la gauche du Parti socialiste »,
ibid., p. 13.
[36]
BP, 17 juin 1926, Rgaspi 517/1/365.
[37]
V Congrès national, compte rendu sténographique, op. cit., p. 19
[38]
D’où sa conclusion : « Front unique, d’accord, partout où c’est possible, partout où il peut profiter au parti et faire augmenter son influence. Mais il faut se dire adversaires du Front unique si, dans certains endroits, il fait disparaître le parti ou seulement même s’il lui fait perdre son influence»,
ibid., p. 138.
[39]
Le Matin, 27 juin 1926.
[40]
V Congrès national, compte rendu sténographique, op. cit., p. 297.
[41]
« Ce renforcement du mouvement minoritaire et du Parti communiste anglais est d’autant plus possible que les masses ouvrières évoluent, comme dans beaucoup de pays, vers la gauche et que les récents événements ne peuvent qu’en précipiter le rythme »,
ibid, p. 302.
[42]
« Le Parti communiste allemand a fait évidemment là la démonstration qu’il a corrigé le caractère gauchiste, dont il est atteint depuis quelques années… »,
ibid, p. 304.
[44]
« La position que nous avons prise au Parlement nous permet, dans certaines circonstances, de déterminer la majorité, nous fait un devoir de dire aux ouvriers : “Voilà notre position, nous sommes contre la réaction; au fond, vous voulez, vous pensez qu’un gouvernement de gauche est susceptible d’apporter des solutions financières, nous voulons que la démonstration de son impuissance, si vous ne l’avez pas encore comprise, soit faite. À un gouvernement de réaction, nous préférons, nous, donner un gouvernement de démocratie, de celle que vous réclamez, et nous vous disons : Si ce gouvernement applique les solutions financières qui pèsent véritablement sur le capital, il aura notre soutien.” C’est une façon de démasquer les chefs sociaux-démocrates et le Bloc des gauches au pouvoir, de les démasquer d’une façon beaucoup plus concrète aux yeux de la classe ouvrière. Cela a été notre position au cours de cette dernière crise, comme au cours de la chute du cabinet Painlevé », Sémard,
ibid., pp. 328-329.
[45]
Il précise que le parti « doit joindre ce programme de revendications immédiates au programme de revendications plus lointaines, jusqu’à la prise du pouvoir et à la constitution du gouvernement ouvrier et paysan, et quand, pour les solutions financières, il demande le monopole du commerce extérieur, la nationalisation des banques, le contrôle ouvrier, etc., il doit bien indiquer au prolétariat que ces revendications, qui paraissent être immédiates, ne peuvent pas être réalisées dans le cadre du régime capitaliste et que seul le gouvernement ouvrier et paysan est susceptible de les réaliser. Nous devons naturellement lier très intimement, très étroitement les revendications immédiates au programme de notre parti »,
ibid., pp. 333-334.
[49]
« C’est-à-dire que lorsque l’Internationale et le parti russe qui pèse d’un poids considérable dans ses décisions s’apercevront que les différentes sections de l’IC se consolident et se développent, qu’elles sont dans la bonne ligne, à ce moment, il leur sera donné beaucoup plus de liberté de détermination
»,ibid., p. 269.
[50]
« Le parti russe a déclaré, dans une résolution que j’ai sous les yeux, qu’il n’était pas désirable de transporter mécaniquement la discussion russe dans les différents pays.J’ai personnellement discuté de cette question avec Zinoviev et avec Staline et je leur ai dit que, dans la situation du parti français, une première tâche était de faire disparaître notre malaise intérieur, de consolider le parti, de lui donner une direction, de préparer le congrès national pour que celui-ci soit en mesure de discuter, ensuite. Quand la discussion sera ouverte et que nous aurons tout le matériel nécessaire en main, à ce moment-là, ce sera profitable pour notre parti, mais c’eût été une catastrophe de discuter et de se prononcer sans examen sérieux et de classer arbitrairement les militants, à la veille d’un congrès qui avait à fixer les perspectives et les tâches immédiates du parti français »,
ibid, p. 271.
[53]
«Je me demande s’il ne vaudrait pas mieux n’avoir que le Bureau politique que vous appelleriez “Comité central”, si vous voulez, à qui on laisserait la direction du parti, en tenant un Comité central élargi tous les trois mois»,
ibid., p. 168.
[55]
« C’est ainsi qu’on a publié, en première, un article sur le Tour de France, après tout secondaire au moment où le pain est à 42 sous, oubliant que c’est de cela qu’on parlait à Belleville et à Ménilmontant, et non pas du droit des coureurs »,
ibid., p. 158.
[56]
Voir ci-dessous.
[57]
« Nous sommes heureux de voir aujourd’hui que les critiques qu’il était si difficile de formuler et d’extérioriser autrefois sont reconnues justifiées, puisqu’on a modifié la ligne tactique du parti, la ligne politique suivie par le parti, exactement comme nous, nous demandions qu’on la modifiât »,
Ve Congrès national, compte rendu sténographique, op. cit., p. 84.
[60]
« Nous avons en France la même situation qu’en Allemagne en 1922, au moment où les prix en France sont encore inférieurs de deux, trois ou même cinq fois pour certains articles aux prix du marché mondial »,
ibid., p. 136.
[61]
La conséquence politique est que « l’opposition de la classe ouvrière ne se fera pas au Parlement, mais dans la rue »,
ibid., p. 536.
[62]
« Je crois que le parti français l’applique surtout sur le plan de la lutte ouvrière avec les autres partis, mais pas suffisamment encore à la base, dans l’usine, le plan du Front unique doit être moins dans les réunions publiques qu’à l’usine
»,ibid., p. 538.
[63]
Sont cités notamment Calzan, Sauvage, Cadeau, Désusclade,
ibid., p. 619.