Poème rendu impossible par les mots du langage [2]
politique qui le hantent
mais dont les arbres de la forêt de la Berbeyrolle
maintiennent le combat
par son toujours maquisard « Don qui ? »
Ô forêt
seul langage inventé par la terre
pour parler au soleil
Dans les grammaires possibles de l’Univers
l’homme qui (pendant les congés payés)
se fait bronzer le visage
entre-t-il en concurrence ?
L’homme ne parle aux forêts
que pour les détruire
S’il vante
l’affirmation chlorophyllienne
c’est pour dire
que l’arbre se nourrit de sa verticalité
contrairement aux assassinats
de végétaux et d’animaux
dont il s’alimente
pour « être »
« Etre »
pour les cinq noms de guerre de Georges Guingouin
c’est s’illuminer de destins d’étoiles
pronomalisés : je, tu, nous, vous, ils, elles
Destins que nous ne pouvons que retrouver
lorsque sur les cartes de gendarmerie
les forêts
deviennent le mot « maquis »
Même avec des restants de barbe gauloise
la Résistance (en dépit des mots politiques qui l’habitent)
est toujours individuelle
à la fois homme seul, et seul homme
Même s’il se multiplie
comme il en va d’Auguste Blanqui
lorsqu’il s’invente éternité par les astres
Pourtant, au moment où il l’écrivait
dans la prison Fort du Taureau
tout
contact visuel
avec
l’extérieur
lui était retiré à perpétuité
Sur sa rétine
ne pouvait figurer que l’intérieur d’une cellule de prison
En Langage Juridique d’époque il devint
l’homme « interdit de fenêtres »
Devons nous faire
des cinq noms de Résistance
de Georges Guingouin
les cinq fenêtres de l’éternité par les astres
dans l’au-delà desquelles, les noms (toujours secrets)
pour le dire
Raoul
l’Orage
le (lo) Grand
le Chêne
Bootstrap
deviennent (encore aujourd’hui)
polygraphie de l’Univers ?
Il y eut aussi «Vieux Marronnier »
c’était à l’époque, où le pacte germano-soviétique
servait de pensée, aux mots que l’on disait politiques
«Vieux Marronnier » fut remplacé par
le « Fou dans
les bois ».
Parallèlement, les mots du Langage Juridique,
en tenue bleu horizon, des vainqueurs de Verdun,
transformèrent les cinq noms de la Résistance
en deux condamnations à mort
et une, à la détention perpétuelle.
Mais lorsque ceux-ci à la libération
se transformèrent, en autant de « non-lieux »
les mots du langage politique (droite, et gauche,
complices en bleu, blanc, rouge)
tentèrent dans la prison de Brive
de transformer le mot fou
en celui de cadavre…
Contrairement à leurs chansons
les lendemains ne chantaient pas
Georges Guingouin attendra trente ans,
sous l’identité d’instituteur à Saint-Gilles-la-forêt,
pour que les journaux reparlent du maquisard.
La mort de l’instituteur, ils l’annoncent
mais avec des mots devenus fleurs
(compagnon de la libération…
…Préfet du maquis)
Ô Raoul !
(lo) Grand !
l’Orage !
Boostrap !
le Chêne !
les mots qui avaient voulu votre lynchage
faisaient, à ce moment là, de l’instituteur de Saint-Gilles-la-forêt
le grand REHABILITÉ
Les forêts ont fait de leurs verticalités, la marque
de leur présence dans l’Univers des mots.
Et Raoul a fait de ces verticalités
(à partir de l’appel de Charles de Gaulle à la B.B.C.)
les portées tendues vers le ciel,
avec les combats maquisards
comme notes de musique d’une symphonie à inventer
Successivement
les cinq noms de Résistance furent les clefs de gamme
mais l’instituteur de Saint-Gilles-la-forêt
blessé de guerre et évadé de l’hôpital
pour répondre à l’appel
en fut toujours la musique.
De bergerie avec moutons en bergerie sans moutons,
pour commencer
les cinq noms de Résistance
se succédèrent en endossant les habits multicolores des quatre saisons.
Entre eux, liberté, égalité, fraternité
n’étaient plus que les sacristains en deuil
de cérémonies passées.
Les rites de la clandestinité, ils les plantèrent
comme autant d’arbres, le long des quatre rivières
Corrèze
Vézère
Creuse
Vienne
Sur le Plateau aux Mille Sources
le mont Bessou
et le Puy Pendu
devenaient à chaque tombée de nuit
deux points d’interrogation.
Interrogations qui s’étendaient, à toute la terre limousine.
Les mots des villes et ceux des campagnes
ne pouvaient plus se référer aux unijambismes
des lois républicaines.
Les grammaires qui leur étaient habituellement
soumises ne s’inventaient plus
qu’en une mêlée de tocsins contradictoires.
Les mots d’ordre politique n’étaient plus
que des louchants derrière des lunettes mal ajustées
qui s’inventaient « prise de pouvoir ».
Bleu, blanc, rouge se retrouvaient en cendres
autour des feux de l’armistice
Gauche, et droite ne s’affrontaient plus que
dans des carrefours sursaturés d’interdits.
Avant même d’avoir un sens, les cinq noms
de la Résistance étaient pris dans de fausses
grammaires de luttes de classe.
– pacte lavalo-stalinien
– pacte germano-soviétique
– intronisation gauche-droite du recordman
bleu-blanc-rouge, en nombre de soldats fusillés
pendant la bataille de Verdun (Pétain !)
Pour
Raoul
l’Orage
lo Grand
le Chêne
Bootstrap
en train de s’inventer au milieu des moutons
dans les bergeries qui accueillent un homme en fuite,
le point d’interrogation est partout
? ? ?
(Etre le jour ?) (Etre la nuit ?) (Etre un pays ?)
A un pays occupé
pris dans les quatre saisons
dont l’ « être » est de tourner en rond, sans milieu
seules les couleurs peuvent répondre.
Le pays pour lequel Georges Guingouin entre en
Résistance est privé de la couleur, tel un chant
illuminant l’espace, pour la réinventer.
Ce que les dadaïstes ont fait avec les mots,
les marchands de tableaux l’ont dépassé,
inventant à la couleur, des cercueils
sous forme de lave-bouteilles
et de pissotières.
Il faudra attendre la Libération
pour que la couleur
son chant
et son poème
réapparaisse sur un tableau.
Ce sera le Cyclope,
qui surgit, chaque jour, à
Eymoutiers
d’un volcan maquisard.
Défiant le Temps, et l’Espace,
comme si c’était une vieille habitude à conserver,
la Résistance trouve son « être » à Eymoutiers.
Immense armoirie de la fraternité
La réunion des trois couleurs en pleine tragédie guerrière
fut dite avec des initiales
F.T.P + A.S = F.F.I
(franc tireur et partisan) (armée secrète) (forces françaises de l’intérieur)
Les mots politiques se sentent obligés de concéder
GAUCHE + DROITE = TROIS COULEURS
(flottant ensemble dans
les joies de tout un pays libéré)
Georges Guingouin laisse alors aux historiens
ses cinq noms de la Résistance
pour devenir
maire de Limoges
L’union devient réunion des mots de droite, et de gauche
en plainte contre les cinq noms de la Résistance
pour assassinat
complicité de meurtre
incendie
destruction
Les juges qui les ont déjà condamnés
(sauf le juge Didier qui a refusé toute participation
à l’intermède pétainiste)
sont les mêmes.
Donc
ils ne peuvent que reconfirmer
les condamnations à mort.
BLANC et ROUGE
endossent le tutu de la haine
et se mettent à danser avec fureur
mais BLEU se révolte
Les cinq noms de Résistance de Georges Guingouin
sont faits
Compagnons de la Libération.
Et les juges (toujours les mêmes) jouent du tambour
à l’infini avec le mot NON – LIEU.
Pour retrouver les messages du tricolore
les couleurs vont se planter derrière la barricade des mots
LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE
[…]
Devons-nous faire des cinq noms de Résistance
de Georges Guingouin
les cinq fenêtres de l’éternité par les astres ?
Tout commence dans la cour de la gare d’Eymoutiers
avec les débris de la botteleuse du ravitaillement général.
Les paysans doivent y déposer leur foin, et leurs herbes,
que les pierrots lunaires de Vichy
expédient aux bêtes à cornes, germaniques
Raoul fit de la destruction des botteleuses
dans toutes les villes limousines
(où elles étaient entreposées)
l’acte premier de la Résistance (dite « des forêts » à l’époque).
À Darius (Desassis) revint la destruction
de la botteleuse de Meymac.
Il la détruisit
mais fut arrêté au moment même où il la détruisait.
Don qui ? avait lié connaissance avec Darius dans la prison
de Tulle – il devait d’ailleurs y mourir (avant son départ
pour un KZ) de maladies que seuls les juges d’instruction
de l’époque savaient inventer.
Son grand exploit à Tulle fut la fraternisation des détenus (A.S. + F.T.P.).
Aussi pour les gardiens, à chaque tentative de rébellion
la présence de Darius allait de soi.
Et comme s’il s’était agi d’un rite cathare, à chaque tentative
de soulèvement en prison, Darius se retrouvait au
mitard. Dans les souvenirs de Don qui ?, le mitard,
certains jours, cessait tout rapport avec la carcéralité
pour devenir monastère taoiste (même sans
Voie). Il fallait, pour maintenir le moral haut,
rendre la prison créative, les maquisards enfermés
s’engageaient dans de subtiles discussions avec
les arbres qui entouraient la prison de Tulle.
Don qui ? se souvient de Darius, parlant au chêne qui se
trouvait dans l’axe de leur fenêtre. Le printemps 42
s’annonçait froid démuni de toute sympathie. Mais
dans les mitards fleurissaient les dialogues, comme une
résistance contre les organismes destructeurs de l’Espace
et du Temps…
[…]
Raoul
l’Orage
le Chêne
(lo) Grand
Bootstrap
Pourquoi ne chantent-ils pas la Marseillaise ?
Chacun de ces noms de guerre,
au moment de leur contact, avec la feuille de papier blanc, destinée au
poème
doivent-ils devenir un tract
avec encre, et pinceau au milieu
des moutons des bergeries limousines ?
Et l’histoire du manuscrit
dévoré dans la bergerie de la Berbeyrolle
« LES ARBRES A LA CONQUÊTE DU CIEL »
Nous voici de nouveau
devant les couleurs qui inventent le monde pour nous dire au moment où, nous les nommons,
(avec les têtes transanimales des fonctionnaires de Vichy) :
– La Marseillaise a perdu ses couleurs
Plus de bleu
Plus de rouge
Le blanc est devenu un sacristanat d’église effondrée
allumant des cierges qui essaient de croire
à une cérémonie funèbre bien entretenue.
Comment le rapatrier dans un étendard avec
leurs arbres et leur verticalité combattante ?
Raoul le Chêne (lo) Grand
l’Orage Bootstrap
y ont déjà allumé par-dessus
comme des étoiles
Nietzsche
Makhno Gramsci
Même si elles éblouissent
elles indiquent la voie
(comme le TAO)
Le Mont Bessou et le Puy Pendu continuent à s’interroger
mais leur point d’interrogation est dans l’impossibilité
de s’ajouter à une couleur.
Même tricolores, les couleurs sont toutes devenues
spectaculaires
et marchandes
Les quatre rivières limousines ne parviennent pas
à dire si elles coulent sur la terre
ou à travers les jours du calendrier.
Les rivalités fluviatiles Jaunes et Bleues
contemporaines des moutons buvant l’encre noire
se sont figées dans l’histoire de la Longue Marche
Il fallait miser sur ce qui vient seul lorsque ce qui vient seul
qu’un chant au printemps.
a les mêmes couleurs
Son chant d’espérance recommencée
Raoul
Le Chêne l’Orage Bootstrap
(lo) Grand
à qui l’on s’adressait comme à une montagne
taillée dans un mystérieux bouddha.
En plein tour cycliste du Limousin, au cours de la dernière étape, les coureurs
sont arrêtés par un groupe armé.
Ils doivent grimper sur des camions (spécialement prévus pour eux) et qui les
conduisent au stade de Limoges où le public attend le sprint final…
Ce n’est pas le sprint qui se présente mais les couleurs réconciliées fraternisant sur les maillots.
– Tout le monde était vainqueur ce jour-là, dira le chef maquisard.
Les couleurs (cessant d’être commerciales comme sur tous les maillots de coureur cycliste) ont triomphé toutes ensemble.
Le spectateur limougeau comprend ce jour-là que la Résistance guérillère intronise tous les groupes de Couleur, dans une autre forme de victoire.
Légalité (impossible dans les sports) a gagné, elle est arrivée la première.
La fraternité applaudit et construit un triomphe L’un des noms de Georges Guingouin l’emporte
– (Lo) Grand !
– (Lo) Grand !
– (Lo) Grand !
La liberté, toujours indéfinissable, n’est pas là.
On la prévoit pour la Libération – (Lo) Grand
sera alors élu maire de Limoges.
Et les noms de Résistance s’abîmeront
dans le manque de légende chanté par
la Marseillaise sur la barricade reconstituée
de la Liberté, l’Egalité, la Fraternité.
Bleu, blanc, rouge
éliront chacun la joie de la retrouvaille
(mais pas leurs mots politiques).
Le pouvoir se prend dans les villes – que vient y faire Georges Guingouin avec
des noms de Résistance ?
Les mots politiques sont des tronçonneuses.
Et les tronçonneuses se mettront à l’Å“uvre
contre l’ancien « fou des forêts »
Cinq plaintes
en meurtre, complicité d’assassinat incendies, vols, détournement
Raoul
(Lo) Grand
l’Orage
le Chêne
Bootstrap
partent avec Georges Guingouin
dans les prisons de Brive et de Toulouse.
Tentative politique de les tronçonner
en avançant le prétexte
qu’ils sont (donc qu’il est, lui, Georges Guingouin)
déjà morts.
Une fois de plus, l’Homme des maquis, résiste.
Peu importe.
Les éternels tronçonneurs de Spartacus
pensent, le moment venu, de s’unir
avec les mots du Langage Juridique.
En tant que personnes – les juges
qui avant la Libération, ont déjà
condamné à mort les cinq noms de la Résistance
n’ont pas changé, après.
Dans la logique de leurs langages
ils ne peuvent que reconfirmer
les condamnations à mort déjà prononcées.
D’ailleurs, le Blanc et le Rouge
ne dansent-ils pas, unis
comme sur la musique d’un nouveau pacte germano-soviétique ?
C’est compter sans le Bleu des messages londoniens.
De Gaulle fera des cinq noms de Résistance de Georges Guingouin
des Compagnons de la Libération.
Les juges, contrairement aux prévisions des tronçonneurs,
se mettront à jouer du tambour
avec le mot NON-LIEU répété à l’infini contre
les plaintes déposées par les mots politiques.
Raoul
l’Orage
(lo) Grand
le Chêne
Bootstrap
faut-il en faire une gerbe d’étincelles
et la syllabiser en mot au cœur tendre,
que Morelly inventa,
et suspendit
comme un panier de fleurs ardentes,
au-dessus de chaque rêve de paysan.
Bien avant la Révolution (1789),
Morelly est un professeur
qui allume la flamme
devant chaque mot porteur d’idées.
Il en fait même un livre
le COMMUNISME
Son élève, Gracchus Babeuf, prophète de l’Egalité,
offre le mot « Communiste » et tous ses possibles
à la Révolution
mais la Révolution s’est fiancée à la guillotine
(et comme s’il s’agissait d’une vieille habitude à ne pas perdre)
le décapite sur le champ.
On l’appellera « Conspiration des Egaux ».
Gracchus Babeuf a perdu sa tête
mais pas son mot-phare de l’égalité entre les hommes.
Le mot communisme survit,
mais étant donné les nombreuses voies
qui, à l’époque,
croient déjà tisser le destin de l’homme,
il survit devenant amalgame de rails toutes directions.
Les passagers, pour les wagons qui glissent
sur ces rails, ne manquent pas
(surtout lorsqu’ils sont faits
par les journaux de la lutte des classes
porteurs de sacs à malices électorales).
[…]
Il survit à la manière d’un aimant
qui ne se déplace plus, près de la bobine en cuivre,
alors que c’est en le faisant
que Faraday a découvert l’électricité
et changé la vie des hommes.
Immense plaque granitique
le Plateau aux Mille Sources
(parfois travesties en vaches)
invente un paradis perdu
et reconquis
par les cinq noms toujours en guerre
de Georges Guingouin
Raoul
l’Orage (lo) Grand
le Chêne
Bootstrap
En vous
il y avait la lampe à pétrole
le fléau à battre le blé
le cadran solaire
la pelle à vanner
les compostes pour cueillette
des centaines d’objets
rapatriés
de plusieurs siècles de labeur limousin.
Et c’est ainsi que la Résistance
qui dans le dictionnaire n’est que
« un phénomène physique s’opposant à une action, ou un mouvement »
devient un moment de l’univers polyphonique
contre tous les savoirs arrêtés de l’homme.
Les cinq noms de Résistance
chaque fois que nous les prononçons
deviennent les champs infinis
des forêts maquisardes.
Les couleurs de Rebeyrolle
sur chaque branche d’arbre
battent des ailes.
Dès que le soleil paraît, c’est le Cyclope
qui, de forêt en forêt, crie vers nous.
L’illustrer, c’est reprendre le dialogue avec le chêne
du mitard de la prison de Tulle.
[…]
Pourquoi (lo) Grand
à son deuxième printemps, dans les forêts limousines,
décrivait-il aux espagnols de la bataille de Madrid
abandonnée par son gouvernement (de gauche)
les chemins de l’espérance ?
Les paysans sont immanquablement nos pères
c’est à ce qu’ils sont devenus
que nous devons nous adresser
si nous voulons rattraper le buffle
qui en ce moment
erre dans l’immensité paysanne
Et pouvoir enfin
gagner la guerre espagnole
qu’ensemble nous avons perdue
Parlait-il du buffle de Lao Tse, et de sa Longue Marche ?
C’était l’époque où Chou Teh devant ses paysans réunis
chantait, avant de partir en opération.
Ce n’est pas la transformation
du monde extérieur qui
peut changer quoique ce soit
mais la transformation
de l’attitude de l’homme
devant la réalité
qui peut tout
Corrèze
Creuse
Haute-Vienne
les arbres ne peuvent pas dire :
– ce sont trois départements
Ils disent :
– c’est la terre entière
et les cinq noms de Résistance donnent leur accord
A la mairie de Limoges, Georges Guingouin est pris
entre les deux.
Le tricolore est planté sur la terre vietnamienne
Destruction
Dévastation
Dans la forêt
des maquis se forment
A quelle couleur s’adresser
au bleu ?
au blanc ?
au rouge ?
Ils sont tous en tenue camouflée
Quelle réalité un « maire » peut-il faire surgir
pour arrêter l’assassinat d’hommes solidaires
de leurs arbres ?
Redevenir « (lo) Grand » ?
mais pour faire quoi ?
Aujourd’hui « (lo) Grand » est réduit au mot « maire »
Et le « maire » cesserait de l’être
s’il descendait dans la forêt de la Berbeyrolle
dire aux arbres sa fraternité.
Il redeviendra « le fou dans les bois » comme
l’en avaient accusé les mots du langage politique
quand en Corrèze
Creuse
Haute-Vienne
les forêts devenaient maquis.
Mais venus de l’autre côté de l’Atlantique
ceux qui ont déjà anéanti quelques millions d’indiens
et leurs forêts
interviennent
Leur aviation s’invente un langage
avec l’extermination des forêts
par les toxiques
Même détruites les forêts deviennent shakespeariennes
elles se mettent en marche :
En même temps que les mots d’adieu
les journaux
diffusent que les forêts vietnamiennes aujourd’hui
sourient
avec toute la sagesse d’un feuillage
les destructeurs s’en vont
qui va repousser
Optimisme ? Ou infamie ?
Les deux. Les tueurs sont partis mais pas les toxiques
Georges Guingouin
doit-il redevenir l’Orage,
comme sur le Mont Gargan,
né des bottes secouées de Gargantua,
où la lande sèche
– genêt et bruyère -
résiste aux assauts des bois
Mais comment intervenir sur les plateaux limousins
dans des dialogues supposés d’arbres et d’anciens maquisards.
Ils ont toute la tristesse de la fausse joie
qu’entretiennent le bleu, le blanc et le rouge
derrière désormais la fausse barricade
de liberté, fraternité, égalité.
Du temps de l’Orage
la Joie était
– l’odeur de la châtaigneraie
– le murmure de la source porteuse de vie
– la cabane retrouvée du feuillandier la vieille forge (à l’état d’exploits supposés)
– aux pieds d’un étang
La Corrèze, la Vienne, la Vézère
n’en étaient plus que le commentaire
[…]
« Tu restes avec nous ! »
Raoul
l’Orage
(lo) Grand
le Chêne
Bootstrap
vous restez avec nous
Le disaient déjà vos compagnons condamnés
dans le couloir des visiteurs du soir.
Le couloir de la prison ainsi nommé
l’était par allusion
aux exécutions annoncées, la veille,
par une distribution de lait caillé
dans des cubes en carton, où
figurait une superbe vache limousine, dans le regard
de laquelle, les condamnés maquisards disaient
au revoir aux quatre rivières
leurs arbres
et aux mille sources du plateau
Le matin,
au moment où dans le couloir des Visiteurs du Soir,
étaient réunis (par des bipèdes en uniforme)
les condamnés qui devaient partir.
Ceux qui restaient
(pour combien de temps encore ?),
tassés derrière la porte de la cellule, chantaient
Ceux qui partaient, s’unissaient à eux
CE N’EST QU’UN AU REVOIR MES FRERES
CE N’EST QU’UN AU REVOIR MES FRERES
OUI NOUS NOUS REVERRONS MES FRERES
CE N’EST QU’UN AU REVOIR
Résistants morts,
ce chant vous le continuez encore aujourd’hui
et les (encore) vivants
le chantent avec vous
Les Mille Sources continuent à dire aux forêts
– Vous êtes la verticalité du chant des partisans,
habillé en couleurs des quatre saisons—
Les étoiles interviennent de nouveau, elles ne sont
plus faites de camaraderie politique
mais de compagnonnage maquisard
Le communisme fut d’abord un nom magique que Morelly
mettait en musique sociale
dans son code de la nature
– égalitarisme absolu
– suppression de la propriété privée
– fraternité agraire de la répartition
Babeuf en fit un chant de la terre que chaque homme
devait chanter, et il fit de chaque homme
une note de musique potentielle
que tout se vive en couleurs
comme, plus tard, avec le Cyclope de Rebeyrolle
C’était l’éternité par les astres, Blanqui l’avait entrevue
derrière les fenêtres de sa prison…
On s’attendait, dans le temps et dans l’espace, à une symphonie de la joie de vivre
ce fut le brouhaha.
Les mots pour la prise de pouvoir politique
prirent le dessus.
Les clefs de sol (ou de fa) furent remplacées
par des têtes de dirigeants
(mise en garde de Rosa Luxemburg à Lénine
« contre l’obscur culte du Baal qui nous cancérise »).
Face à eux, dans les maquis
les chênes
s’investissaient de la sagesse du roseau.
Ils ont plié, mais ils ne se sont jamais rompus.
Tout autour, la végétation de la Berbeyrolle
chantait
à la manière des jardins de Yang Kouei-fei
et de Liu You Lan répondant à travers
l’immensité chinoise
aux idéogrammes que traçait la Longue Marche
lorsque sur des milliers de lis, les hommes
de la terre venaient demander à Mao-Tse
– que faire ?
– Planter des arbres, était la réponse
Les soirs où la nature, et le maquisard,
s’investissaient l’un de la pensée de l’autre,
font désormais partie des temps passés.
Que peut dire l’arbre limousin après la mort
de Georges Guingouin ?
Le chant des condamnés du quartier « visiteurs
du soir » le chantent encore aujourd’hui
(pour qui veut l’entendre) toutes les rivières
que les arbres bordent
« Oui, nous nous reverrons mes frères… » Et c’est un appel à tous les maquis.
Ô forêts Ô rivières Ô maquis
Ô l’Orage
Ô le Chêne Ô (lo) Grand
Ô Raoul Ô Bootstrap
RELATIVITE DE TOUTES LES CHOSES DE LA CREATION,
L’espace n’a pas trois dimensions
et le temps n’est pas une entité séparée.
Les mots politiques ne sont pas traîtres,
ils ont le même destin que les mots d’autres provenances.
Qui le fait ce destin ? L’homme
Est-ce un malheur ? Les maquis ont toujours rêvé
l’homme plus grand que l’homme, même
s’il est souvent plus petit.
Cela voudrait-il dire que les mers sur lesquelles
il navigue, et les terres sur lesquelles il avance
en feront toujours, pour n’importe quel
transport, d’ignorantes boussoles ?
Est-ce par hasard, que le seul langage, avec lequel l’homme
a donné aux mathématiques une réalité,
soit la physique des particules, ou (comme le disent les journaux)
la bombe atomique ?
Que répondent les rivières du Plateau aux Mille Sources ?
Faut-il construire un BARRAGE
avec des mots non politiques pour dire
limousine
la Résistance
de Raoul
(lo) Grand
l’Orage
le Chêne
Bootstrap
?
Les quatre rivières
nées des mille sources
font
aussitôt
IRRUPTION
sur les
pages blanches
du poème
– Les églises de Templiers qui continuent à écrire l’Histoire
comme une suite de massacres qui s’interpellent
– Les landes de bruyère
– La loutre qui doit sa survivance aux infractuosités rocheuses
– Les châtaigniers en brigades de la lutte contre la faim
– Le Tricolore des villes : Rouge des grès
Bleu des lauzes
Vert des vignes sur les murs.
Les bruyères qui forment un décor de rêve
pour la danse des libellules.
Les herbages où le regard des bovins de race limousine
devient la pensée du paysage.
[…]
Maquisard Guingouin
par une coïncidence qui tient du poème, en train de se chercher,
veillent tes compagnons tombés
Les veillées se continuent avec
les linaigrettes, pneumonanthes et canneberges
des tourbières
Lorsque avec eux, vous vous réunissiez sous le chêne,
le sourire de Gramsci (dans sa prison,
écrivant à ses enfants)
était sur tous les arbres de la forêt
Les noms de Résistance devenaient des couleurs.
Don qui ? pouvait de nouveau dire le Cyclope
avec le chardonneret (marron, gris, jaune)
le canard (jaune, noir)
le tarin (rouge)
le bouvreuil (orange, bleu, jaune, noir).
Les mots du poème
sont atteints de la maladie de l’Homme toutes les fois qu’il croit faire la Révolution
mais sans pouvoir s’éloigner
du regard bleu obscur de la vache limousine
dans le couloir des « visiteurs du soir »
(n’est-ce point dû à la relativité
pour qui la « force de gravité »
a comme effet de courber « le temps » et « l’espace » ?)
Cinq fois Georges Guingouin
jaillissant
comme un bouquet de fleurs roses de bruyère
dit que les combats du maquis
sont un parfum
dont les arbres portent la verticalité
Les mille sources du Plateau
se mettent aussitôt à chanter
La Corrèze
La Creuse
La vézère
et la Vienne
en sont la portée
[…]
Qu’est-ce qu’un maquisard ?
une bouteille jetée à la mer
Avec quoi dans la bouteille ?
une façon de caricaturer l’Europe, mais
lorsque la caricature devient un art
comme dans un dessin de Raymond Moretti
Hors l’équation circonstancielle (mais nécessaire)
FTP + AS = FFI
se sont retrouvés au coude à coude
• les survivants des brigades internationales
• les espagnols de la bataille de JARAMA et du passage
des Pyrénées
• les soviétiques déserteurs de l’armée Wlassov
• les allemands venant y continuer la révolte des gladiateurs
ressuscitée par Rosa Luxemburg
• les anglais parachutistes (S.A.S.)
• les polonais (juifs)
• les roumains (tziganes)
• les réfractaires du service du travail obligatoire
(alsaciens, bretons, lyonnais)
• et même un monégasque (Don qui ?) illimité
L’Histoire n’est pas un éternel recommencement
mais une fuite dans les langages.
[…]
Parmi les mots inhabituels qui nous rendaient visite,
il y avait ceux qui se disaient rouges (koulaks,
sovkhoze, kolkhoze). Ils s’installaient chaque
fois dans nos discussions comme des vacanciers.
Le futur pleurait en eux
ne faisaient plus qu’un
Le soleil
la lune
les étoiles
ne faisaient plus qu’un
Les lettres d’Antonio Gramsci
lues à voix haute, aux arbres
pendant les heures de garde
nous remplissaient de la conscience
que les cinq noms de Résistance de Georges Guingouin
étaient une barricade
la même que celle de Madrid
le même combat, le même futur à chaque instant créé
(Lo) Grand
Bootstrap Le Chêne
L’Orage
Raoul
Cinq jardins cheng
avec toutes les fleurs
dont Liu You Lan
disait chaque jour