Nouvelles FondationS
Fond. G. Péri

I.S.B.N.2916374027
176 pages

p. 65 à 75
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Dossier : Pensées politiques - Sciences humaines et politique

n° 2 2006/2

2006 Nouvelle Fondation Dossier : Pensées politiques - Sciences humaines et politique

Histoire et politique autour d’un débat et de certains usages

Gérard Noiriel Spécialiste de l’immigration et des mouvements ouvriers, Gérard Noiriel est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, directeur de la formation doctorale « science sociale » (Normale Sup-EHESS), codirecteur de la collection Socio-histoire chez Belin. Il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages. Dernieres publications : Réfugiés et sans-papiers, Hachette Pluriel, 2006 ; Le Creuset français, Seuil, coll. Point Histoire, 2006. Nicolas Offenstadt Historien, maître de conférences, Paris-I. Dernières publications : Concurrence des passés : Usages politiques du passé dans la France contemporaine (avec Maryline Crivello, Patrick Garcia, Loïc Vadelorge), publications de l’université de Provence, coll. Le Temps de l’histoire, 2006 ; Les Mots de l’historien (avec Grégory Dufaud, Hervé Mazurel), Presses universitaires du Mirail, Toulouse, 2005.
En février 2005 était voté par l’Assemblée nationale, en deuxième lecture, un projet de loi « portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés ».
Revenant sur l’analyse que la France faisait de son passé colonial, la loi qui allait s’ensuivre entrait en contradiction avec le principe d’une nécessaire indépendance de la recherche historique : les parlementaires imposaient d’autorité ce que les historiens devaient penser et dire de l’histoire. Comme à peu de moments, la crise provoquée par cette intrusion brutale de la volonté des parlementaires dans le champ de la science historique, a rappelé combien l’histoire, telle qu’elle s’écrit et telle qu’elle s’enseigne, constitue un enjeu politique. Un enjeu qui s’éclaire depuis quelques années de cette lumière particulière que l’on appelle le « devoir de mémoire ». Après un bref exposé contextuel Gérard Noiriel et Nicolas Offenstadt présentent un ensemble de textes écrits et échangés à l’occasion de la mobilisation des historiens contre la loi du 23 février 2005. Textes qui donnent un aperçu, presque photographique, de l’état de la réflexion collective des historiens sur les rapports de leur discipline avec la politique.
J.-A. N.
Le Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH) est né au printemps 2005 [1] sous l’impulsion de quelques universitaires et professeurs du secondaire pour réagir contre les multiples pressions qui s’exercent aujourd’hui sur l’enseignement et la recherche en histoire. L’événement principal qui a motivé cette démarche, c’est la loi du 23 février 2005, dont l’article 4 stipule : « Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit. »
La pétition lancée contre cette loi, dès le mois de mars 2005, à l’initiative de Claude Liauzu, spécialiste d’histoire coloniale, a d’emblée rencontré un grand écho dans le milieu des enseignants [2]. En quelques semaines, plus de mille signatures ont été recueillies. L’initiative a été immédiatement relayée et amplifiée par la Ligue des droits de l’homme et par plusieurs syndicats d’enseignants. Mais les partis de gauche n’ayant pas combattu cette loi au Parlement ont refusé, au départ, de soutenir la démarche des historiens. L’intervention de ces derniers dans l’espace public a même été ressentie, par certains dirigeants politiques, comme une menace qu’ils ont tenté de contrer en discréditant les promoteurs de cette pétition. Le ministre délégué des anciens combattants, Hamlaoui Mekachera, n’a pas hésité à affirmer que la contestation de la loi du 23 février 2005 était née d’« une interprétation complètement absurde » du texte, imputable à un « pseudo-historie [3] ».
La virulence des réactions montre bien l’importance politique des enjeux de mémoire dans la France d’aujourd’hui. On peut faire l’hypothèse que l’affaiblissement du mouvement ouvrier, en marginalisant les analyses en termes de classes sociales, a facilité la politisation des questions identitaires. Les « pieds noirs », la « communauté juive », la « communauté antillaise », les «jeunes issus de l’immigration postcoloniale », etc., sont constamment mis en scène dans le débat public, comme des acteurs collectifs que les discours mémo-riels ont pour fonction de réhabiliter. Cette tendance est renforcée par la façon dont les journalistes traitent les questions historiques. Pour qu’elles suscitent leur intérêt, il faut qu’ils puissent les transformer en « affaires », en mettant en scène des victimes et des coupables, des « tabous » et des secrets d’État. Alimentés par l’actualité politique internationale (terrorisme islamiste, conflits du Moyen-Orient, etc.), le traitement journalistique du passé contribue à nourrir les polémiques qui opposent constamment les groupes de pression mémoriels à travers les porte-parole, parfois autodésignés, de ces groupes. Dans un tel contexte, les historiens professionnels travaillant sur les questions qui intéressent les entrepreneurs de mémoire sont soumis à des pressions de plus en plus fortes, qui peuvent aller jusqu’à des actions judiciaires. Alors que la mobilisation contre la loi du 23 février continuait, un « Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais », entamait ainsi une action en justice contre O. P.-G., spécialiste de la traite, à la suite des propos qu’il a tenu dans le Journal du Dimanche (12 juin 2005) [4]. S’inter-rogeant sur la loi Taubira [5], il y affirmait notamment « Les traites négrières ne sont pas des génocides. La traite n’avait pas pour but d’exterminer un peuple […] Il n’y a pas d’échelle de richter des souffrances ».
La protestation des historiens contre la loi du 23 février 2005 n’est devenue un problème politique que progressivement. Ceci pour deux séries de raison. La première est d’ordre diplomatique. Les États issus de l’ancien empire colonial français, notamment l’Algérie [6], ont réagi très vigoureusement contre cette mesure. Partout dans le monde elle a été sévèrement jugée et interprétée comme une volonté de réhabiliter la colonisation. Mais c’est surtout la mobilisation massive des élus et de la population des DOM-TOM qui a mis le gouvernement en difficulté. Les partis de gauche ont découvert à ce moment-là le caractère néfaste de cette loi et se sont mobilisés pour sa suppression. La majorité de droite a préféré néanmoins confirmer son vote au Parlement plutôt que de se désavouer. Pour sortir de l’impasse, le Président de la République a confié au président de l’Assemblée nationale une mission ayant pour but d’évaluer « l’action du parlement dans les domaines de la mémoire et de l’histoire ». Dans son intervention du 9 décembre 2005, il a déclaré : « Dans la République, il n’y a pas d’histoire officielle. Ce n’est pas à la loi d’écrire l’histoire. L’écriture de l’histoire, c’est l’affaire des historiens ».
Ce discours a eu des effets immédiats à l’intérieur du monde des historiens. Peu de temps après, une nouvelle pétition, initiée à Sciences-Po, a été rendu publique par une déclaration du 12 décembre 2005 et signé d’abord par dix neuf personnalités, demandant l’abrogation de toutes les lois mémorielles (loi dite Gayssot contre le négationnisme, loi dite Taubira sur la traite et l’esclavage…), au nom de la « liberté de l’histoire ». Ces lois auraient en effet « restreint la liberté de l’historien [7] ». Plusieurs autres pétitions et textes ont circulé dans les semaines suivantes, émanant de collectifs d’enseignants du secondaire, de juristes, parfois opposés à l’amalgame opéré par la prise de position des « 19 ». Dans le même temps, un grand nombre de débats ont été organisés en « interne » par des historiens affiliés à des associations de spécialistes et sur leurs sites de discussion. Les documents que nous avons rassemblés ici permettent de faire comprendre ce qui fait la spécificité du CVUH par rapport aux autres sensibilités qui se sont exprimées au cours de cette affaire. Schématiquement, on peut distinguer trois grandes tendances.
La première réunit ceux qui ont estimé que la meilleure façon de combattre la loi du 23 février 2005 et de s’opposer aux groupes de pression mémoriels consistait à mobiliser les enseignants et les chercheurs dans le cadre de leurs organisations professionnelles et des associations de spécialistes, comme la Société d’histoire moderne. Ces historiens sont souvent très critiques à l’égard de leurs collègues qui interviennent dans l’espace public sur des questions d’ordre historique. Ce genre d’initiatives est à leurs yeux inutile, voire condamnable, car ils y voient une forme de narcissisme ou de prétention intellectuelle, contraire aux valeurs tacites que défend la communauté des historiens.
La seconde tendance est à l’opposé de la première. Elle rassemble les historiens qui ont été à l’initiative de la pétition des 19, contre l’ensemble des lois mémorielles. Lorsqu’on examine la liste des signataires de ce texte, on voit d’emblée qu’elle repose sur une définition de l’« historien » qui n’a pas grand-chose à voir avec le monde des « professionnels ». Parmi les 19, on ne trouve aucun enseignant du secondaire et très peu d’enseignants-chercheurs encore en activité. La plupart des universitaires qui ont lancés ce texte sont des professeurs émérites, plusieurs d’entre eux sont membres de l’Académie française ou occupent des fonctions éminentes dans des institutions culturelles. Les autres signataires sont des journalistes ou essayistes. Les 19 sont donc très représentatifs de l’élite culturelle française, située au cĹ“ur des réseaux de pouvoir qui lient le journalisme, l’édition, l’université et les sommets de l’État. On comprend que pour ces personnalités, le véritable historien, ce n’est pas l’enseignant-chercheur de base, mais l’écrivain qui s’intéresse au passé. C’est la raison pour laquelle cette pétition met l’accent sur la liberté de l’histoire. L’historien-écrivain est un « intellectuel » qui cherche à mobiliser l’opinion publique contre l’État, en dénonçant toutes les lois qui traitent du passé comme des atteintes à la démocratie, une mise en cause intolérable de la liberté de penser. Logiquement, la pétition des 19 met donc sur le même plan les lois qui condamnent le racisme, l’esclavage, les génocides, et une loi qui fait l’apologie de la colonisation.
Comme on pouvait s’y attendre, bien que la réaction des 19 ait été tardive (puisque la mobilisation des enseignants-chercheurs avait commencé dès le printemps 2005), elle a été aussitôt massivement relayée par les journaux, les radios et les télévisions. Les journalistes qui écrivent des livres d’histoire, et les universitaires qui tiennent des rubriques régulières dans la presse, se sont aussitôt reconnus dans cette démarche. Ces réactions sont très instructives sur la façon dont fonctionnent les relations de pouvoir dans le monde intellectuel français. Une action militante, soutenue au départ uniquement par des enseignants et des chercheurs de « base », inquiets de l’intrusion du pouvoir politique dans leurs activités professionnelles, est devenue un sujet digne d’intérêt pour les élites (parmi les 19, deux seulement ont signé la pétition contre la loi du 23 février 2005), uniquement lorsque le président de la République est entré en scène. La politisation de l’affaire a en effet créé un enjeu nouveau : qui sont les interlocuteurs légitimes du chef de l’État ? Autrement dit : qui a le droit, dans ce pays, de parler au nom des historiens? La mobilisation des réseaux de pouvoir a permis de marginaliser ceux qui s’étaient lancés dans l’action dès le printemps 2005, pour faire croire au grand public que les 19 représentaient l’ensemble des historiens. Cette propension de l’élite à parler au nom de l’histoire n’est certes pas nouvelle. Mais jusqu’ici, cette position de porte-parole autoproclamé n’avait jamais été vraiment contestée collectivement par d’autres historiens.
C’est ce qu’ont commencé à faire les historiens regroupés au sein du CVUH. Ils représentent une troisième tendance dans la discipline qui a beaucoup de points communs avec la première évoquée. Néanmoins, les membres du CVUH refusent de s’enfermer dans leur « tour d’ivoire » car ils estiment que l’histoire n’est pas l’apanage des seuls universitaires. Dans une démocratie, ce sont toujours les citoyens qui ont le dernier mot. Les enseignants et les chercheurs doivent donc « rendre des comptes » en intervenant dans l’espace public pour défendre les acquis de la recherche, la fonction critique et les idéaux de la science. L’expression « comité de vigilance » est un clin d’Ĺ“il au Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA), créé en 1934. Nous ne pensons pas pour autant, bien évidemment, que nous serions dans un contexte comparable à celui des années 30, ni que l’histoire de ce comité soit exemplaire. Nous ne prétendons pas qu’il existerait aujourd’hui en France des menaces sérieuses sur la démocratie. Le point commun entre notre comité de vigilance et son prédécesseur réside dans la volonté de ne pas faire de l’activité professionnelle repliée sur elle-même l’horizon unique de notre travail, au mépris des enjeux sociaux qui nous impliquent directement, à la fois comme historiens et comme citoyens.
Appeler à la « vigilance » face aux usages publics de l’histoire ce n’est donc pas se placer en position d’expert pour arbitrer, au nom de LA vérité historique, les querelles sur le passé qui ont lieu sur la place publique. Au contraire, notre démarche incite les historiens à davantage de modestie. La posture critique que nous défendons est tournée d’abord contre les gens de notre propre milieu, ceux qui détiennent le privilège de parler en public. Fort de notre propre expérience d’enseignants-chercheurs, nous estimons que les connaissances spécialisées que nous produisons sont souvent inutilisables, en tant que telles, par les acteurs de la scène publique, parce que les problèmes scientifiques ne sont pas des problèmes politiques (au sens habituel du terme).
Si tous les historiens respectaient les principes de l’histoire-problème tels que Marc Bloch et Lucien Febvre l’ont définie, ils ne risqueraient guère d’être incriminés par les lois mémorielles. C’est pourquoi, comme le souligne ici Bruno Belhoste, il nous paraît abusif d’ameuter l’opinion en affirmant que « la liberté de l’histoire » serait menacée par ces lois. À nos yeux, seule la loi du 23 février 2005 est antidémocratique, car c’est la seule qui a voulu contraindre les enseignants et les chercheurs à prononcer des jugements de valeur sur l’histoire (cf. les aspects « positifs » de la colonisation). Nous avons d’ailleurs obtenu gain de cause sur ce point, puisque le chef de l’État a finalement lui-même demandé le déclassement de cet article 4, en contradiction avec l’article 34 de la Constitution qui stipule qu’il n’appartient pas au législateur de définir le contenu des programmes d’enseignement et de recherche.
À la différence des 19, le fait que le Parlement légifère sur le passé ne nous semble pas contraire à la démocratie, car toute action politique relative au passé concerne la mémoire collective, et engage donc l’ensemble des citoyens. En tant que citoyens ordinaires, nous pouvons parfaitement défendre ou combattre telle ou telle de ces lois, mais nous ne pouvons pas essayer d’imposer notre point de vue aux autres citoyens en arguant de nos compétences d’historiens. Ce n’est pas à la loi d’écrire l’histoire, mais ce n’est pas aux historiens de faire la loi.
 
MATÉRIAUX
 
 
1. Manifeste du comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (cvuh)
Adopté le 17 juin 2005
En tant que chercheurs et enseignants en histoire, notre rôle principal consiste à élaborer et à transmettre des connaissances rigoureuses sur le passé. Celles-ci résultent d’une analyse critique des sources disponibles, et répondent à des questions qui ont pour but de mieux comprendre les phénomènes historiques et non pas de les juger. Mais les historiens ne vivent pas dans une tour d’ivoire. Depuis le XIXe siècle, le contexte politique et social a joué un rôle essentiel dans le renouvellement de leurs objets d’étude. Les luttes ouvrières, le mouvement féministe, la mobilisation collective contre le racisme, l’antisémitisme et la colonisation, ont incité certains d’entre eux à s’intéresser aux « exclus » de l’histoire officielle, même si la France est restée à la traîne de ces mutations.
Il y a donc un rapport étroit entre la recherche historique et la mémoire collective, mais ces deux façons d’appréhender le passé ne peuvent pas être confondues. S’il est normal que les acteurs de la vie publique soient enclins à puiser dans l’histoire des arguments pour justifier leurs causes ou leurs intérêts, en tant qu’enseignants-chercheurs nous ne pouvons pas admettre l’instrumentalisation du passé. Nous devons nous efforcer de mettre à la disposition de tous les connaissances et les questionnements susceptibles de favoriser une meilleure compréhension de l’histoire, de manière à nourrir l’esprit critique des citoyens, tout en leur fournissant des éléments qui leur permettront d’enrichir leur propre jugement politique, au lieu de parler à leur place.
• Les enjeux de mémoire aujourd’hui. Les tentatives visant à mettre l’histoire au service de la politique ont été nombreuses depuis un siècle. Le nationalisme et le stalinisme ont montré que lorsque les historiens et, au-delà, l’ensemble des intellectuels renonçaient à défendre l’autonomie de la pensée critique, les conséquences ne pouvaient être que désastreuses pour la démocratie. Au cours de la période récente, les manipulations du passé se sont multipliées. Les « négationnistes », ces « assassins de la mémoire » (Pierre Vidal Naquet), ont cherché à travestir l’histoire de la Shoah pour servir les thèses de l’extrême droite. Aujourd’hui, l’enjeu principal concerne la question coloniale. Dans plusieurs communes du sud de la France, on a vu apparaître des stèles et des plaques célébrant des activistes de l’OAS qui ont pourtant été condamnés par la justice pour leurs activités antirépublicaines. Tout récemment, le gouvernement n’a pas hésité à adopter une loi (23 février 2005) exigeant des enseignants qu’ils insistent sur « le rôle positif» de la colonisation. Cette loi est non seulement inquiétante parce qu’elle est sous-tendue par une vision conservatrice du passé colonial, mais aussi parce qu’elle traduit le profond mépris du pouvoir à l’égard des peuples colonisés et du travail des historiens. Cette loi reflète une tendance beaucoup plus générale. L’intervention croissante du pouvoir politique et des médias dans des questions d’ordre historique tend à imposer des jugements de valeur au détriment de l’analyse critique des phénomènes. Les polémiques sur la mémoire se multiplient et prennent un tour de plus en plus malsain. Certains n’hésitent pas à établir des palmarès macabres, visant à hiérarchiser les victimes des atrocités de l’histoire, voire à opposer les victimes entre elles. On voit même des militants, soucieux de combattre les injustices et les inégalités de la France actuelle, se placer sur le terrain de leurs adversaires, en confondant les polémiques sur le passé et les luttes sociales d’aujourd’hui. Présenter les laissés-pour-compte de la société capitaliste actuelle comme des « indigènes de la République », c’est raisonner sur le présent avec les catégories d’hier, c’est se laisser piéger par ceux qui ont intérêt à occulter les problèmes fondamentaux de la société française, en les réduisant à des enjeux de mémoire.
Il existe beaucoup d’autres domaines où les historiens sont confrontés à ces logiques partisanes. La multiplication des « lieux de mémoire » dénonçant les « horreurs de la guerre » ou célébrant « la culture d’entreprise » tend à imposer une vision consensuelle de l’histoire, qui occulte les conflits, la domination, les révoltes et les résistances. Les débats d’actualité ignorent les acquis de la recherche historique et se contentent, le plus souvent, d’opposer un « passé » paré de toutes les vertus, à un présent inquiétant et menaçant : « Autrefois, les immigrés respectaient “nos” traditions car ils voulaient “s’intégrer”. Aujourd’hui, ils nous menacent et vivent repliés dans leurs communautés. Autrefois, les ouvriers luttaient pour de bonnes raisons, aujourd’hui ils ne pensent qu’à défendre des intérêts “corporatistes”, encouragés par des intellectuels “populistes” et irresponsables ».
Nous en avons assez d’être constamment sommés de dresser des bilans sur les aspects « positifs » ou « négatifs » de l’histoire. Nous refusons d’être utilisés afin d’arbitrer les polémiques sur les « vraies » victimes des atrocités du passé. Ces discours ne tiennent compte ni de la complexité des processus historiques, ni du rôle réel qu’ont joué les acteurs, ni des enjeux de pouvoir du moment. Au bout du compte, les citoyens qui s’interrogent sur des problèmes qui les ont parfois (eux ou leur famille) directement affectés, sont privés des outils qui leur permettraient de les comprendre.
• La nécessité de l’action collective. Il est vrai qu’un certain nombre d’entre nous ont tiré depuis longtemps la sonnette d’alarme dans des livres ou des articles de presse. Mais ces réactions individuelles sont aujourd’hui insuffisantes. L’information-spectacle et l’obsession de l’audimat poussent constamment à la surenchère, valorisant les provocateurs et les amuseurs publics, au détriment des historiens qui ont réalisé des recherches approfondies, prenant en compte la complexité du réel. Pour résister efficacement à ces entreprises, il faut donc agir collectivement. C’est pourquoi nous appelons tous ceux qui refusent que l’histoire soit livrée en pâture aux entrepreneurs de mémoire à rejoindre notre Comité de vigilance. Deux domaines de réflexion et d’action nous semblent prioritaires :
1. L’enseignement de l’histoire. Le débat actuel sur l’histoire coloniale illustre un malaise beaucoup plus général concernant l’enseignement de notre discipline, et l’énorme décalage qui existe entre les avancées de la recherche et le contenu des programmes. Il faudrait commencer par établir un état des lieux, pour réduire le fossé entre recherche et enseignement, réfléchir à une élaboration plus démocratique et transparente des programmes, pour que les différents courants de la recherche historique soient traités de façon équitable.
2. Les usages de l’histoire dans l’espace public. Il va de soi que notre rôle n’est pas de régenter la mémoire, Nous ne nous considérons pas comme des experts qui détiendraient la Vérité sur le passé. Notre but est simplement de faire en sorte que les connaissances et les questionnements que nous produisons soient mis à la disposition de tous. Pour cela il faut ouvrir une vaste réflexion sur les usages publics de l’histoire, et proposer des solutions qui permettront de résister plus efficacement aux tentatives d’instrumentalisation du passé.
2. Appel pour une vigilance sur les usages publics de l’histoire [8]
Par Michel Giraud (CNRS), Gérard Noiriel (EHESS), Nicolas Offenstadt (université Paris-I), Michèle Riot-Sarcey (université Paris-VIII)
Dix-neuf personnalités viennent de signer un texte sur « la liberté de l’histoire ». Il n’était sans doute pas inutile de rappeler au grand public les principes sur lesquels repose notre discipline. Néanmoins, nous nous interrogeons sur le bien-fondé de cette initiative tardive.
La pétition lancée le 25 mars 2005 contre la loi du 23 février 2005, dont l’article 4 affirme que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord », appelait déjà tous les démocrates à condamner un texte voulant imposer « une histoire officielle, contraire à la neutralité scolaire ». Cette pétition a été signée par plus de mille collègues.
On peut donc regretter qu’à l’exception de deux d’entre elles, ces dix-neuf personnalités n’aient pas marqué dès ce moment-là leur souci de défendre la « liberté de l’histoire ».
Nous sommes satisfaits de constater qu’aujourd’hui, elles réclament elles aussi la suppression de l’article de loi en question. Malheureusement, en exigeant dans le même temps l’abrogation des lois du 13 juillet 1990 (loi dite Gayssot, tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe), du 29 janvier 2001 (relative à la reconnaissance du génocide arménien) et du 21 mai 2001 (reconnaissant la traite négrière et l’esclavage en tant que crime contre l’humanité), leur texte ne fait qu’aggraver la confusion entre histoire et mémoire, au lieu de clarifier les choses. Il ne nous paraît pas possible que des historiens puissent, au nom de la « liberté de l’histoire », s’affranchir des normes, aujourd’hui reconnues par les plus hautes instances internationales, qui font de la condamnation et, encore plus, de la prévention des génocides et des crimes contre l’humanité une impérieuse nécessité. Cette démarche ouvre une brèche dans laquelle le pire peut s’engouffrer. Le Front national a d’ailleurs immédiatement saisi l’occasion de cette proclamation d’une « liberté de l’histoire » pour exiger à nouveau l’abrogation la loi Gayssot.
Nous tenons donc à rappeler avec force que la connaissance scientifique de l’histoire et l’évaluation politique du passé sont deux démarches nécessaires dans une société démocratique, mais qu’elles ne peuvent pas être confondues. Il n’appartient pas aux historiens de régenter la mémoire collective. Par ailleurs, la « liberté de l’histoire » ne se limite nullement à la question du rapport à la loi. Nous devons nous interroger aussi sur les relations que les historiens entretiennent avec le journalisme, avec le monde associatif et la classe politique. La mission que le chef de l’État a confiée au président de l’Assemblée nationale « pour évaluer l’action du Parlement dans les domaines de la mémoire et de l’histoire » est l’occasion d’ouvrir une vaste réflexion sur toutes les dimensions de cette « liberté de l’histoire ». Ce débat ne doit pas être monopolisé par quelques personnalités académiques ou médiatiques car personne n’est habilité dans ce pays à parler au nom de tous les historiens. C’est la raison pour laquelle nous avons créé un Comité de vigilance sur les usages publics de l’histoire qui rassemble déjà un grand nombre d’enseignants et de chercheurs, animés par le souci de défendre l’autonomie de l’histoire et désireux de participer à la réflexion collective sur les usages du passé dans le monde d’aujourd’hui.
Nous appelons tous ceux qui partagent ces préoccupations à rejoindre notre comité de vigilance.
3. À propos de la « liberté de l’historien [9] »
Par Gérard Noiriel (EHESS)
Certains collègues ne comprennent pas pourquoi nous ne soutenons pas l’appel des 19 personnalités demandant l’abrogation des lois du 13 juillet 1990 (loi dite Gayssot, tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe), du 29 janvier 2001 (relative à la reconnaissance du génocide arménien), du 21 mai 2001 (reconnaissant la traite négrière et l’esclavage en tant que crime contre l’humanité), et du 23 février 2005 (affirmant le « rôle positif» de la colonisation), au nom de la « liberté de l’historien ».
Le principal argument invoqué pour justifier cette initiative tient à l’inquiétude suscitée par la multiplication « des procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs ». Je partage pour ma part ces préoccupations. C’est même pour y répondre que nous avons créé notre comité de vigilance. Mais on ne combattra pas efficacement ces dérives en dénonçant ces lois au nom de la « liberté de l’historien ».
Les signataires de cet appel affirment que l’histoire est une démarche scientifique parce qu’elle « établit les faits ». Je ne pense pas que ce soit le meilleur critère pour distinguer histoire et mémoire. Comme l’a montré Marc Bloch, l’histoire est une démarche scientifique quand elle s’efforce de comprendre et d’expliquer les phénomènes, alors que la mémoire privilégie les jugements sur le passé. Les parlementaires qui ont adopté les lois que rejettent aujourd’hui ces 19 personnalités sont intervenus sur des problèmes de mémoire collective. Ils n’ont nullement prétendu définir la « vérité historique ». Demander l’abrogation des lois qui introduisent, d’une manière ou d’une autre, un jugement politique sur des événements passés, parce qu’elles remettraient en cause « la liberté de l’historien », c’est attribuer à ce dernier le pouvoir exorbitant de régenter la mémoire.
C’est pourquoi notre manifeste se contente de défendre l’autonomie de la recherche et de l’enseignement historiques et non pas « la liberté de l’historien ». Nous nous sommes mobilisés contre l’article 4 de la loi du 23 février 2005 car il porte atteinte à cette autonomie, en imposant des jugements de valeur (relevant donc de la mémoire) dans l’enseignement et la recherche historique, alors que notre rôle est de comprendre et d’expliquer le passé. Aucune des autres lois citées dans « l’appel des 19 » n’avait franchi ce pas. La seule qui intervient directement dans nos affaires est la loi Taubira dont l’article 2 précise : « Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent. » Mais cette formulation n’exige pas des historiens qu’ils renoncent à leur mission propre qui est de comprendre et d’expliquer le passé.
Il est vrai que toutes ces lois sur la mémoire peuvent affecter indirectement la recherche et l’enseignement de l’histoire. Mais cela n’est pas nouveau. Les interventions politiques dans l’appréciation des événements du passé ont toujours existé en République. On peut certes critiquer ces lois. Mais il faut le faire en tant que citoyen et pas en tant qu’historien. C’est pour des raisons politiques que je refuse, pour ma part, qu’on mette sur le même plan une loi qui fait l’apologie de la colonisation avec celles qui condamnent le racisme, l’esclavage, les persécutions de masse.
Croire qu’il suffirait d’abroger des lois traitant du passé pour mettre fin aux dérives mémorielles actuelles est une grave illusion. Si nous respectons les principes qui définissent notre fonction d’enseignant-chercheur, nous ne risquons pas d’être condamnés par un tribunal, en application de ces lois. La principale menace qui pèse sur nous, c’est d’être soumis à la vindicte publique, d’être dénoncés comme des « ennemis du peuple » par des groupuscules qui manipulent la mémoire pour leurs propres intérêts et qui cherchent à porter atteinte à notre honneur, à notre réputation de chercheur et de citoyen. La suppression de ces textes n’empêchera pas ces processus. Au lieu de se lancer dans une campagne qui va diviser la profession, nous mettre en porte-à-faux face aux organisations progressistes, mieux vaut réfléchir aux moyens de défense collective que nous pouvons mobiliser pour combattre toutes ces pressions.
4. Lettre adressée le 14 décembre 2005 à un signataire de l’appel des 19 historiens
Par Bruno Belhoste, historien des sciences, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-X Nanterre
Cher collègue et ami,
J’ai lu hier l’appel des 19 historiens que vous avez signé, intitulé « Liberté pour l’Histoire ». Je voudrais vous dire pourquoi, en tant qu’historien comme en tant que citoyen, je n’approuve pas le contenu de cet appel, en dépit des noms très éminents et respectables qui l’ont lancé.
Je voudrais indiquer d’abord que je partage avec vous les principes que vous rappelez en préalable : l’histoire n’est ni une religion, ni la morale, ni la mémoire, ni un objet juridique. Il n’appartient à aucune instance officielle de définir la vérité historique et la politique de l’État n’est pas la politique de l’histoire (encore que je ne sois pas sûr de comprendre ce que cette dernière proposition veut dire). D’accord sur tout cela. C’est la suite qui ne va pas : en vous appuyant sur ces principes, vous dénoncez quatre lois, la loi Gayssot, la loi sur le génocide arménien, la loi Taubira et la loi récente sur la colonisation, qui restreindraient, selon vous, la liberté de l’historien en lui imposant ce qu’il doit dire. Si c’était vrai, vous auriez certainement raison. Mais est-ce vrai? Examinons chacune de ces lois. La loi Gayssot interdit toute discrimination fondée sur l’appartenance ou la non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion. Il n’est pas question d’histoire là-dedans, sauf que la loi insère à la loi sur la presse un article punissant ceux qui auront contesté l’existence d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité, tels que définis par le Tribunal international de Nuremberg. Est-ce là, selon vous, ce qui porte atteinte à la liberté de l’historien? Ce serait reconnaître un négationniste comme un historien. Le pensez-vous? La loi sur le génocide arménien se réduit à un seul article : « La France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915. » Si je comprends bien, il faudrait abolir la loi purement et simplement. Cette reconnaissance vous scandalise ? Pensez-vous vraiment qu’elle porte atteinte à la liberté de l’historien? Croyez-vous qu’elle interdise d’étudier ce génocide avec la même objectivité que la Shoah? Est-ce un travail d’historien de nier ce qui est évident? Ou bien doutez-vous vraiment de l’existence de ce génocide ? La loi Taubira « reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité ». Le crime contre l’humanité étant imprescriptible, trouvez-vous si scandaleux de définir ainsi le traitement infligé aux ancêtres (pas si lointains) de certains de nos compatriotes (le Statut de Rome de la cour pénale internationale place l’esclavage parmi les crimes contre l’humanité) ? Cela porte-t-il atteinte à la liberté de l’historien? J’imagine que vous pensez surtout à l’article 2 de la même loi : « Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent. La coopération qui permettra de mettre en articulation les archives écrites disponibles en Europe avec les sources orales et les connaissances archéologiques accumulées en Afrique, dans les Amériques, aux Caraïbes et dans tous les autres territoires ayant connu l’esclavage sera encouragée et favorisée. » Mais en quoi cet article porte-t-il atteinte à la liberté de l’historien? Est-ce exorbitant de demander pour ces sujets « la place conséquente qu’ils méritent » dans l’enseignement et la recherche ? Est-ce là vraiment imposer une histoire officielle ?
J’en arrive à la dernière loi, qui a mis le feu aux poudres, celle du 23 février 2005, ou plus précisément à son article 4 : « Les programmes de recherche universitaire accordent à l’histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu’elle mérite. Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place émi-nente à laquelle ils ont droit. La coopération permettant la mise en relation des sources orales et écrites disponibles en France et à l’étranger est encouragée. » Est-ce que cet article et la loi dans laquelle il est compris sont comparables aux autres lois? S’agit-il ici d’événements qualifiés de génocides ou de crimes contre l’humanité? Demande-t-on seulement d’accorder à la présence française outre-mer la place qu’elle mérite (formulation reprise de la loi Taubira : ce n’est évidemment pas un hasard) ? Mettez-vous sur le même plan « le rôle positif » et « la place conséquente » ? Ne voyez-vous pas que l’auteur de cet article a volontairement calqué son texte sur l’article 2 de la loi Taubira, alors que la question est non seulement incomparable mais incommensurable, et qu’il a ajouté le qualificatif « positif» qui en change entièrement la portée.
J’estime qu’en mettant l’article 4 de la loi du 23 février 2005 sur le même plan que les lois précédentes, vous entrez, hélas, exactement dans le jeu de ceux qui l’ont rédigé.
Je voudrais, pour terminer, revenir à la signification des dispositions législatives jugés « indignes d’un régime démocratique », pas moins : dire de la Shoah ou du massacre des Arméniens qu’ils sont des génocides et que ce sont des crimes contre l’humanité, comme la traite des esclaves et l’esclavage, est-ce de l’histoire au sens de l’histoire que nous, les historiens, faisons ? Évidemment non. L’appel, faisant la même erreur qu’il dénonce, confond le devoir de mémoire et de vigilance avec le travail historique. J’estime, pour ma part, qu’un Parlement a le droit et probablement aussi le devoir de déclarer, au nom des citoyens qu’il représente, quels sont les génocides et les crimes contre l’humanité. Qui pourrait d’ailleurs le faire légitimement à sa place? Et j’estime que l’histoire que l’on enseigne dans nos écoles est aussi un enseignement de civisme et qu’il n’est pas scandaleux de demander aux enseignants de donner à des pages douloureuses de notre histoire l’importance qu’elles méritent. L’historien travaille dans un autre registre. Je ne vois rien dans les lois que vous dénoncez qui puisse gêner réellement son travail. Car l’historien n’a pas à juger, il n’a pas à dire ou à nier que tel ou tel événement est un crime contre l’humanité, il doit comprendre, et éventuellement instruire ceux qui auront, dans la sphère du droit, à qualifier les faits qu’il étudie et analyse. Libre à lui, en revanche, de mettre en lumière les conditions, le contexte, les causes, les conséquences de ces crimes (puisqu’ils sont ainsi qualifiés).
D’ailleurs j’aurais aimé connaître les cas précis où des historiens ont été empêchés de faire leur travail par les lois que vous condamnez. Qui sont-ils? Que font-ils? […]
5. Lettre adressée à la rédaction de la revue l’histoire (2 janvier 2006) et restée inédite
Par Marcel Dorigny (université Paris-VIII), membre du Comité pour la mémoire de l’esclavage et du Comité de réflexions et de propositions pour les relations franco-haïtiennes
Votre revue a décidé de diffuser la pétition de certains historiens qui demandent, sans détour, l’abrogation des lois qualifiant de génocide le massacre des Arméniens et de crime contre l’humanité la traite négrière et l’esclavage colonial; cette même pétition demande d’un même élan l’abrogation de la loi Gayssot, qui est certes plus compliquée car la qualification de crime contre l’humanité de l’extermination des Juifs ne vient pas de cette loi, mais des attendus du tribunal de Nuremberg. Cette loi, en revanche, fait de la négation de l’existence de la Shoah un délit pénal.
Loin de faire l’unanimité des historiens, cette pétition pose de graves problèmes que je veux souligner avec force.
On peut certes considérer que l’histoire des crimes nazis relève de la libre analyse des seuls historiens. Mais ces historiens peuvent-ils pour autant se mettre en dehors de leur temps et faire abstraction des sensibilités des victimes et de leurs descendants en ouvrant la voie à une possible contestation de la réalité du crime? À l’opposé de cette orientation, nous croyons pouvoir affirmer que la société a le devoir de répondre aux légitimes exigences de reconnaissance du crime contre l’humanité qu’a été la politique d’extermination menée par le IIIe Reich et ses complices. C’est à ce devoir que répond la loi Gayssot, non en restreignant la liberté des historiens, mais en interdisant la négation de la réalité des crimes.
De plus, si l’on se place au plan international, serait-il opportun d’ouvrir la voie aux propos négationnistes sur l’existence de la Shoah, en abrogeant en France cette loi, au moment où le président de la République islamique d’Iran tient les propos les plus insensés à ce sujet? Quant à la loi Taubira, qualifiant l’esclavage et la traite négrière de crimes contre l’humanité, faut-il se ranger derrière l’argument selon lequel il serait absurde que les Grecs d’aujourd’hui se repentent de l’esclavage organisé par leurs lointains prédécesseurs du temps des cités? Un tel argument n’a aucune pertinence : y a-t-il aujourd’hui une communauté identifiable qui puisse se dire directement issue de ces esclaves-là? Non, assurément. Alors qu’à l’évidence des dizaines de millions d’Afro-Américains, y compris les Français des Antilles, sont le résultat direct de la traite négrière et de l’esclavage colonial et que leur quotidien reste profondément marqué par cette histoire douloureuse et récente. Ne peut-on pas comprendre la différence entre des situations historiques éloignées l’une de l’autre de plus de deux millénaires ? Enfin, la loi votée le 10 mai 2001 n’est pas une loi de repentance mais de reconnaissance d’un passé tragique. Vouloir abroger la loi Taubira, au nom de la prétendue atteinte à la liberté de l’historien, est le signe manifeste d’une dramatique méconnaissance des réalités des sociétés d’outre-mer d’aujourd’hui, dans leurs revendications identitaires profondes, lesquelles ne dépendent pas des jugements portés par les historiens; c’est ignorer combien cette loi a été l’aboutissement des nombreuses et anciennes revendications de ces sociétés, à travers leurs élus, leurs syndicats et leurs associations. En prétendant obtenir l’abrogation de cette loi, les signataires veulent-ils mettre le feu aux îles et renforcer les rangs de ceux qui parmi les originaires des DOM refusent aujourd’hui l’appartenance des Antilles, de la Guyane et de la Réunion à la République française en proclamant que cette République n’a jamais fait de place à leur histoire singulière dans sa mémoire nationale ? Il faut être lucide : revenir sur cette reconnaissance par la loi des pratiques criminelles de la traite négrière reviendrait à ouvrir un boulevard aux discours populistes et démagogiques de personnages troubles et dangereux, dont chacun peut mesurer les effets pervers des propos outranciers tenus sur les ondes ou diffusés à travers pamphlets et manifestes.
À vrai dire, les éminents historiens signataires de ce manifeste seraient beaucoup plus crédibles s’ils s’étaient prononcés publiquement contre l’article 4 de la loi du 23 février 2005, qui veut imposer une vision positive de la colonisation; or, seuls deux d’entre eux ont eu ce réflexe. Les autres, sous prétexte de la défense de l’indépendance menacée de l’historien, se jettent dans la mêlée et de spectateurs passifs de la mobilisation contre cet article extravagant veulent se faire acteurs du dernier acte, en faisant pression sur la commission Jean-Louis Debré chargée par le président de la République de « réécrire » l’article litigieux. Il n’est pas possible de vouloir se « débarrasser » de législations - votées à l’unanimité des représentants du peuple - qui sont de véritables actes de politique internationale de la France (en direction des Arméniens, des Antillais, des Guyanais et des Réunionnais, mais aussi des Noirs du continent américain dans son ensemble), sous le prétexte d’éliminer du même coup cet article honteux qui fait de la France la risée du monde entier, car personne aujourd’hui, hors les lob-bys habituels, n’ose voir dans les conquêtes coloniales un fait positif!
Mettre sur le même plan l’article 4 du 23 février dernier et les lois citées plus haut est un amalgame choquant. En qualifiant de crime contre l’humanité des faits solidement établis, organisés par des États et dirigés contre des communautés humaines en tant que telles (Juifs, Noirs ou Arméniens), la loi n’interfère pas dans la recherche historique. Ce qui n’est pas le cas du trop fameux article qui prévoit l’enseignement du rôle positif de la colonisation, en usant d’un euphémisme qui ne trompe personne.
L’un des griefs avancés pour condamner ces lois se résume en l’accusation de pécher par anachronisme -assurément péché mortel pour un historien. Que faut-il en penser? Le cas de la traite négrière et de l’esclavage colonial, pour ne prendre qu’un exemple, montre combien cette accusation est mal fondée : le mouvement abolitionniste du XVIIIe siècle a bel et bien utilisé ce vocabulaire pour dénoncer ces pratiques alors légales et encouragées par les États eux-mêmes. Condorcet a dénoncé « un crime contre l’espèce humaine » et Mirabeau a qualifié traite et esclavage de « crimes des nations », autrement dit de crimes d’État, codifié par un appareil législatif et réglementaire imposant, faisant l’objet d’une fiscalité particulière et bénéficiant même « d’encouragements » versés par le Trésor public aux négriers. Les exemples pourraient être multipliés. Quant à l’article 4 du 23 février 2005, il doit être purement et simplement abrogé : il n’est pas de même nature et relève tout simplement de la résurgence de la nostalgie coloniale qui se manifeste dans plusieurs milieux français d’aujourd’hui. Une telle nostalgie ne représente pas, c’est le moins que l’on puisse en dire, une vision de l’histoire du monde tournée vers l’avenir!
Donc, vous l’avez compris, je ne rejoindrai pas cette estimable cohorte de collègues et je continuerai de faire en sorte que ces lois, emblématiques de la conscience humaine, restent en vigueur et mieux encore soient imitées par d’autres États. Il n’est pas inutile de rappeler que l’ONU et l’Unesco sont sur le point d’adopter des textes qualifiant, eux aussi, la traite négrière et l’esclavage de crimes contre l’humanité. Une revue comme L’Histoire, au lieu de s’engager dans un combat aussi partisan, devrait, à l’opposé, ouvrir ses colonnes aux points de vues pluriels qui se manifestent dans le monde de la recherche historique, qui est loin d’être unanime derrière la pétition que vous contribuez à diffuser.
6. À propos de l’histoire des traites négrières et, plus généralement, des positions contrastées des historiens [10]
Par Catherine Coquery-Vidrovitch, Professeure émérite (Histoire de l’Afrique, université Paris-VIII)
Chers amis,
Bien entendu, il est, plus qu’inadmissible, idiot de porter plainte contre Olivier Pétré-Grenouilleau, qui est un historien sérieux, et dont les propos dans le journal ne sont pas aussi meurtriers que la façon dont certains les ont interprétés (Olivier Pétré-Grenouilleau, Les Traites négrières, essai d’histoire globale, Paris, Gallimard/Bibliothèques des histoires, 474 pages, 32 euros). C’est donc tout à l’honneur des historiens modernistes que de protester en ce sens auprès du tribunal. Cela dit, nous serions tombés bien bas en France si le tribunal ne classait pas sans suite cette affaire ridicule. Les « spécialistes » de la colonisation et de l’histoire de la traite sont en France divisés, mais dans l’ensemble ne participent pas à une pétition générale qu’ils estiment ne pas poser le problème de façon informée, car les choses se succèdent très vite chez les spécialistes où il s’agit plutôt de tables rondes, d’articles de fond, dans un cadre de très grande susceptibilité des partenaires (aussi bien des descendants d’esclaves que de colonisés), si bien qu’on s’engage dans une querelle franco-française sans bien en sentir tous les affects, qui sont énormes. Nous sommes dans l’histoire immédiate autant que dans l’histoire des traites, et les incompréhensions se multiplient si on se lance dans pétitions et contre-pétitions sans bien en mesurer tous les enjeux. C’est un dialogue de sourds qu’il faudrait éviter.
Quant à O. P.-G, c’est un érudit, qui connaît bien la littérature anglo-saxonne qu’il a étudiée dans son livre. Celui-ci est une somme remarquable, dont on trouve des critiques intelligentes et mesurées, mais sérieuses, sur Internet, notamment par Pap Ndiaye (maître de conférences à l’EHESS, spécialiste d’histoire noire-américaine, pourtant peu gâté, lui aussi, sur le Web !) et Marcel Dorigny (maître de conférences à Paris-VIII, spécialiste de l’histoire des Caraïbes) - c’est-à-dire deux historiens parmi les mieux à même d’évaluer cet ouvrage en France. Globalement je suis d’accord avec eux, et ils sont mesurés tout en étant parfois sévères.
Sévères parce que, tout en étant un historien de qualité, Pétré-Grenouilleau a des réflexes, disons, « hexagonaux » et cela pointe parfois. Cela n’a bien entendu rien de condamnable, on a le droit d’être historien indépendamment de ses opinions quelles qu’elles soient (sauf négationnistes) et son livre n’est attaquable que dans des discussions entre spécialistes.
Mais la confusion entretenue réside ailleurs; ce n’est pas sur son livre, inattaquable autrement que par ses pairs, qu’il est attaqué en justice (contrairement à ce que même un directeur du CNRS, philosophe de surcroît, a récemment affirmé dans une pleine page de « Rebonds » de Libération) : la plainte porte explicitement sur ses propos publiés dans le Journal du Dimanche, qui sont plus maladroits qu’erronés, contrairement aux commentaires qui en ont été faits en l’écourtant : que les traites négrières soient de nature différente, parce que la Shoah était faite pour tuer les gens, et la traite pour les faire travailler, c’est vrai en théorie, mais discutable dans la pratique, non seulement parce que les camps d’extermination nazis étaient aussi des camps de travail et que tous les camps de concentration n’étaient pas des camps d’extermination, mais précisément parce qu’il y a un lien entre la très grande mortalité des Noirs au XVIIIe siècle (jusqu’à 20 % par an par endroits, avec évidemment des chiffres variables et discutés) et l’activité du commerce des esclaves (à différencier de l’esclavage qui était un statut) : les négriers étaient probablement fort satisfaits d’avoir constamment à renouveler le stock d’esclaves sur un marché très demandeur. La mortalité des esclaves a énormément baissé aux USA début XIXe siècle, pour des raisons complexes : progrès de l’hygiène sinon de la médecine, interdiction de la traite (1807) donc nécessité de protéger le « cheptel » (causes ou conséquences, ou les deux à la fois), baisse de rentabilité du commerce de contrebande de plus en plus aléatoire ? L’attitude « froide » de O. P.-G. a donc rendu furieux des Antillais, et a entraîné sur le Web un déluge d’insultes de la part de gens dont la plupart ne sont pas historiens, et tout s’est envenimé. Il faut aussi se souvenir que colonisation et esclavage sont unis dans la mémoire des Antillais, tandis qu’en Afrique ou en Indochine la colonisation a commencé quand la traite s’arrêtait…
À ce propos, je voudrais souligner un manque de compréhension de l’autre qui m’a frappée dans le texte de Henry Rousso paru dans Le Monde, dont les historiens dans l’ensemble le félicitent. En qualité d’historienne de l’« autre », je le trouve discourtois, de façon involontaire car inconsciente : parler de l’esclavage comme d’un « passé qui nous est aussi étranger » car « d’il y a quatre siècles », tandis que la Shoah demeurerait le seul, en somme donc valable « souvenir… érigé en symbole universel de la lutte contre toutes les formes de racisme », c’est privilégier sans même s’en rendre compte la « communauté blanche » (tout aussi « com-munautariste » que les autres : être majoritaire, n’est-ce pas synonyme d’universalité?) : aux Antilles, départements français, il reste encore de vieilles gens dont les arrière-grands-parents (voire, dans de rares cas, les grands-parents) sont nés esclaves dans le royaume de France. Cela ne leur est pas étranger - et cela n’est pas étranger non plus à Françoise Chandernagor puisqu’elle en parle encore. Comme le remarque O. P.-G., on choisit effectivement l’ancêtre que l’on préfère, mais ceci, en revanche, est universel : chacun se fabrique son petit mélange identitaire personnel. La mémoire de l’esclavage demeure écorchée, à chacun son symbole, et en qualité de citoyens français, respectons à ce titre les symboles des uns et des autres; ce qui n’interdit en rien par ailleurs de juger que, de quelque côté que ce soit, ces symboles sont parfois utilisés à tort et à travers. Pour moi, ancienne « enfant cachée », j’assume les deux symboles et je ne les mets pas en concurrence en en préférant un plutôt que l’autre, ce qui dénoterait le mépris de la souffrance des autres. À chacun sa souffrance, mais toutes les souffrances sont des souffrances, et il n’y a pas d’échelle de Richter comme l’a écrit O. P.-G. lui-même dans l’interview incriminée, même si en revanche le paragraphe précédent est assez maladroit dans son énoncé…
Les historiens (indifférents dans l’ensemble à l’histoire des autres en général, et même des nôtres pour l’histoire spécifique des Caraïbes dont les spécialistes sont rares en France métropolitaine) sont sensibles au déluge d’insultes sur le Web (mais Internet n’est pas une source pour les historiens, et il faudrait supprimer Internet si on veut en supprimer les horreurs!), ils ne sont guère sensibles au contexte, dans lequel il faut avancer avec intelligence et délicatesse de façon à tenir compte de tout, y compris du contexte des débats sur la colonisation et le fameux article 4 de la loi de février 2005 intimant aux enseignants ce qu’ils devraient enseigner à l’école sur les « bienfaits de la colonisation ».
Sur ce point, j’ai aussi trouvé que les 19 historiens signataires brouillaient les pistes en mettant tout dans le même plat, du négationnisme à ce que l’historien doit enseigner à l’école (cette dernière intrusion étant intolérable). J’ai néanmoins trouvé l’article dans Le Monde par Mme Chandernagor convaincant dans sa mesure. Des lois sur les crimes contre l’humanité ne me choquent pas (en qualité d’historien, ce n’est pas notre rôle spécifique de décider ce qui est ou non crime contre l’humanité), ce n’est peut-être pas non plus celui du Parlement, mais pas plus le nôtre, à nous historiens, sinon en qualité de citoyens comme les autres : ce que nous avons à faire, c’est apporter les faits, les preuves ou les dénégations aux instances (généralement internationales) décidant au vu de ces démonstrations ce qui peut ou ne pas être crime contre l’humanité. En revanche, comme le remarque Mme Chandernagor, faire intervenir dans la loi l’honneur des descendants (et non plus seulement celui des acteurs et victimes eux-mêmes) est une erreur, qui s’explique par le contexte politique, par le déni dont effectivement les Français noirs estiment avoir souffert. Tout cela est bien compliqué. Je pense que c’est la raison pour laquelle les spécialistes ont été assez rétifs à partir en guerre ouverte, et qu’il ne faut pas non plus être tout feu tout flamme dès que l’on songe à étendre les crimes contre l’humanité au-delà de la Shoah, qui fut probablement le pire crime, mais pazs le seul. Étant d’origine juive moi-même, je ne peux guère être taxée d’antisémitisme en écrivant cela! Voilà, en tous cas, mon avis. â—Ź
 
NOTES
 
[1]Sa première réunion s’est tenue à l’EHESS le 18 mai 2005. Le Comité ne s’est formalisé que progressivement à l’initiative des auteurs de ce texte et de l’historienne Michèle Riot-Sarcey. Son action a été rendue publique en novembre-décembre 2005, à travers un communiqué et différentes interventions dans la presse, que l’on peut retrouver sur le site http :/ /cvuh.free.fr, rubrique « Les échos du CVUH ». La première réunion publique, en conformité avec son souhait d’être un large forum, s’est déroulée à la Sorbonne le 4 mars 2006. Elle a consisté en un dialogue entre les historiens et le public autour de thèmes controversés ou du moins discutés dans l’espace public.
[2]Elle est publiée dans Le Monde du 25 mars 2005 sous le titre, « Colonisation : non à l’enseignement de l’histoire officielle ».
[3]Entretien publié par le journal d’Alger, Le Citoyen, 15 septembre 2005. Voir la réponse de chercheurs dans L’Humanité du 22 septembre 2005 : « Le retour des “professeurs de trahison”? » Voir aussi la réponse de T. Le Bars et C. Liauzu, occasionnée par les propos partisans du ministre, dans Le Monde du 12 mai 2005.
[4]Le collectif convoque une conférence de presse le 16 juin 2005 pour présenter les actions à mener contre l’historien.
[5]Loi n° 2001-434 du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité.
[6]Voir notamment Le Monde du 11 juin et du 1er décembre 2005.
[7]Voir Le Monde du 14 décembre 2005 qui décide de mettre en première page cette intervention.
[8]Cette prise de position a été envoyée au Monde qui ne l’a pas publiée en tant que telle mais en a donné un court résumé dans un article plus général, « M. Sarkozy prend date sur le terrain de la mémoire », 25/26 décembre 2005. Elle a, en revanche, sous d’autres formes, été publiée par L’Humanité du 21 décembre 2005 et dans Sud-Ouest du 7 janvier 2006.
[9]Texte inédit.
[10]Lettre primitivement adressée à la Société d’histoire moderne et contemporaine dont les discussions ont été intenses sur l’« affaire Pétré-Grenouilleau », en étant parfois peu informées sur cette partie de notre histoire selon Catherine Coquery-Vidrovitch, qui a amendé légèrement ce texte par la suite.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
Sa première réunion s’est tenue à l’EHESS le 18 mai 2005. L...
[suite] Suite de la note...
[2]
Elle est publiée dans Le Monde du 25 mars 2005 sous le titr...
[suite] Suite de la note...
[3]
Entretien publié par le journal d’Alger, Le Citoyen, 15 sep...
[suite] Suite de la note...
[4]
Le collectif convoque une conférence de presse le 16 juin 2...
[suite] Suite de la note...
[5]
Loi n° 2001-434 du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance ...
[suite] Suite de la note...
[6]
Voir notamment Le Monde du 11 juin et du 1er décembre 2005. Suite de la note...
[7]
Voir Le Monde du 14 décembre 2005 qui décide de mettre en p...
[suite] Suite de la note...
[8]
Cette prise de position a été envoyée au Monde qui ne l’a p...
[suite] Suite de la note...
[9]
Texte inédit. Suite de la note...
[10]
Lettre primitivement adressée à la Société d’histoire moder...
[suite] Suite de la note...