2006
Nouvelle Fondation
Document : Extrait de l’autobiographie d’Eric Hobsbawm
« Un observateur engagé »
Un grand entretien avec Eric Hobsbawm devait initialement ouvrir notre dossier « Intellectuels et communismes ». Nous étions heureux et honorés que les propos d’un des plus grands historiens contemporains, témoin privilégié de ce qu’il a lui-même appelé le « court XXe siècle », en éclairent les enjeux et les perspectives. Malheureusement, une mauvaise chute au cours d’un déplacement à l’étranger l’a contraint à reporter le rendez-vous qu’il nous avait accordé à son domicile londonien. La rédaction de FondationS souhaite un prompt rétablissement à Eric Hobsbawm et prie ses lecteurs de bien vouloir l’excuser de ce contretemps. Ils trouveront la primeur de cette entrevue dans notre prochain numéro.
L’aimable autorisation des Éditions Ramsay nous permet de publier en lieu et place un extrait de Franc-Tireur (une grande partie du chapitre 16, intitulé « Un observateur engagé »), le dernier ouvrage d’Eric Hobsbawm. Parue en 2005, cette autobiographie retrace avec érudition et passion l’itinéraire du spécialiste du « très long siècle » (1789-1914), qui s’est aussi passionné pour l’étude de la classe ouvrière anglaise, les aspects culturels et économiques préfigurant les formes modernes de résistance de la lutte ouvrière, et la genèse des nationalismes
[1]. L’historien, qui n’a jamais abandonné ses idéaux marxistes malgré les coups portés par le socialisme réel, traite ici de la période où son influence en tant qu’intellectuel communiste a été la plus décisive dans le débat idéologique britannique, grâce en particulier à sa participation à la revue Marxism Today. L’occasion pour lui de livrer sa propre analyse de l’effondrement du Labour Party dans les années 80, du succès du thatchérisme, du néolibéralisme, et sa conception d’une stratégie électorale gagnante à gauche.
T.H.
« I. […] Rétrospectivement, force est de le constater, je n’ai guère eu d’activités spécifiquement politiques après 1956, ce qui est surprenant si l’on considère ma réputation de marxiste engagé. Je ne suis pas devenu une figure emblématique du mouvement pour le désarmement nucléaire. Je n’ai pas pris la parole devant de grandes foules à Hyde Park, comme Edward P.Thomson. Je n’ai pas défilé en tête de manifestations publiques comme Pierre Bourdieu à Paris. Je n’ai pas non plus, comme Noam Chomsky en 2002, fait sortir de prison un éditeur turc qui avait publié l’un de mes articles, en offrant de le rejoindre sur le banc des accusés lors de son procès. Certes, je n’ai ni la stature ni l’aura médiatique de ces amis, mais, même pour quelqu’un de moins célèbre, comme moi, il y avait bien des choses à faire. Je n’ai même pas participé activement, après 1968, à l’âpre bataille qui fit rage dans le petit Parti communiste britannique entre les « durs », fidèles à l’Union soviétique, et les eurocommunistes - conflit qui allait détruire le Parti en 1991. (J’ai, bien sûr, exprimé ouvertement mes positions à ce sujet.) Pour l’essentiel, à part quelques conférences ici et là, mon activité politique a consisté à écrire des livres et des articles, notamment pour Paul Barker, le plus original de tous les éditeurs, qui faisait encore les beaux jours de la revue New Society. Ma contribution fut celle d’un historien, ou d’un journaliste amateur, marxiste. Cette dernière qualification ainsi que le fait que je me sois spécialisé dans l’histoire du mouvement ouvrier conféraient naturellement à mes écrits une dimension politique. Mais même mes articles les plus politiques des années 60 et 70 n’étaient qu’indirectement liés à l’actualité.
Aussi n’étais-je guère préparé quand vint le moment où, pour la première et la seule fois de ma vie, je fus appelé à jouer un rôle très secondaire sur la scène politique britannique. À partir de la fin des années 70, et pendant une dizaine d’années, je fus fortement impliqué dans des débats publics concernant l’avenir du Parti travailliste et la nature du nouveau « thatchérisme » (au tout début d’une succession ininterrompue de gouvernements conservateurs, qui allait durer dix-huit ans). La plupart de mes contributions ont été réunies en deux volumes d’écrits politiques.
Toute l’affaire est née d’une graine semée fortuitement en septembre 1978 dans les pages de Marxism Today, « revue théorique et de discussion » du Parti communiste. Cette publication allait jouer un rôle inattendu et important dans le débat politique des années 80, sous la direction de son nouveau rédacteur en chef, mon ami Martin Jacques. Chauve, adepte du jogging et amateur de courses de motos, c’est aussi un brillant « entrepreneur » politico-intellectuel et un ex-professeur d’université. Marxism Today publia le texte d’une conférence que j’avais donnée aux rencontres annuelles des Marx Memorial Lectures (conférences sur Marx), sous le titre « La marche en avant du Labour a-t-elle été stoppée ? ». Au départ, je ne la concevais pas comme une intervention politique, mais comme une étude historique marxiste des étapes qu’avait traversées la classe ouvrière britannique depuis un siècle. Je soutenais que l’ascension apparemment irrésistible, mais en dents de scie, du mouvement ouvrier britannique pendant la première moitié du XXe siècle semblait s’être arrêtée. On ne pouvait plus attendre des syndicats et du Parti travailliste qu’ils accomplissent le destin historique qui leur avait été assigné autrefois. Ne serait-ce que parce que l’économie moderne avait changé, divisant profondément le prolétariat industriel et diminuant le nombre de ses membres. Si ma conférence avait une intention politique, elle visait la direction du Parti travailliste sous Harold Wilson, Premier ministre de 1964 à 1970, et de nouveau en 1974-1976. Wilson s’était retrouvé aux commandes lors d’une brève remontée du Labour et avait été incapable d’en tirer profit. Toujours est-il que mon article « La marche en avant du Labour a-t-elle été stoppée ? » lançait un avertissement : à la fin des années 70, le mouvement ouvrier allait connaître de graves difficultés.
Exaspéré, Ken Gui, membre du conseil général du Trade Union Congress (organisme regroupant tous les syndicats britanniques) et peut-être le principal dirigeant syndical du Parti communiste britannique, prit d’emblée pour cible un extrait de mon article. Mes commentaires sur la forte montée du corporatisme chez les ouvriers avaient en effet provoqué son courroux. J’avais fait observer que la combativité des syndicats, si évidente dans les années 70, avait essentiellement pour but de satisfaire les besoins économiques catégoriels de leurs membres. Même sous une direction de gauche, cette combativité ne signifiait pas forcément une reprise de la marche en avant du mouvement ouvrier. Bien au contraire, écrivais-je, « il me semble que nous assistons à une division des ouvriers en sections et en groupes, dont chacun défend ses propres intérêts économiques, sans tenir compte des autres ». Dans une économie mixte, ces groupes ne misaient pas sur les pertes infligées aux patrons par les grèves, mais sur la gêne qu’ils occasionnaient à leurs concitoyens - mettant ainsi la pression sur le gouvernement afin qu’il négocie. Une telle stratégie, outre qu’elle accroissait les risques de frictions entre les divers groupes de travailleurs, risquait d’affaiblir la position du mouvement ouvrier dans son ensemble. Tous ceux qui avaient respiré l’air des années 70 en Grande-Bretagne, avec ses joyeuses grèves à répétition, savaient que la combativité ouvrière y créait de fortes tensions entre syndicats et gouvernements. Cette vague montante atteignit son point culminant à l’automne et à l’hiver de 1978-1979. Toutefois, étant assez éloigné de la scène politique de la gauche travailliste en milieu ouvrier, je fus surpris que, l’année suivante, ma conférence déclenche une controverse politique et intense dans
Marxism Today. Sans le vouloir, j’avais touché quelques points sensibles. Et la réaction fut d’autant plus vive que, quelques mois après la parution de l’article, le gouvernement travailliste, affaibli et aux abois, fut nettement battu aux élections générales par les conservateurs - menés par le nouveau général en chef de la classe adverse, Margaret Thatcher. Lorsque la dernière critique de mon article parut dans
Marxism Today, l’ère Thatcher avait déjà commencé. Et quand le débat postélectoral sur mon article prit le relais du débat préélectoral, et que les deux furent publiés en 1981 dans un livre parrainé par
Marxism Today et les Éditions Verso, le Parti travailliste avait connu la scission des « sociaux-démocrates
[2] » - et luttait pour survivre.
Rétrospectivement, les illusions de la coalition hétéroclite des diverses gauches, qui ont failli détruire le Parti travailliste entre 1979 et 1981, sont plus difficiles à comprendre que les fantasmes de pouvoir des dirigeants syndicaux, qui l’avaient sapé dès la fin des années 60. Depuis la grève générale de 1926, la classe dirigeante britannique avait pris soin d’éviter toute confrontation directe avec les syndicats, c’est-à-dire avec les quelque 70 % de citoyens qui se considéraient comme des ouvriers. L’âge d’or de l’économie d’après 1945 avait même émoussé le tranchant de l’antisyndicalisme viscéral des patrons d’industrie. Pendant vingt ans, ils avaient pu satisfaire les revendications des travailleurs sans réduire leurs profits. Les années 70 commençaient à inquiéter les politiciens et les économistes, mais ce fut une période triomphante pour les dirigeants syndicaux : ils avaient bloqué les projets d’un gouvernement travailliste qui voulait limiter leurs pouvoirs, et avaient victorieusement affronté par deux fois un gouvernement conservateur en déclenchant une grève nationale des mineurs. Les dirigeants syndicaux, conscients qu’il fallait bien fixer une limite au marchandage des revendications, cherchaient à acquérir une position de force pour négocier la « politique salariale » avec le gouvernement.
Les années 70 furent donc l’heure de gloire à la fois des luttes syndicales et des fractions de gauche dans les syndicats. Le Parti communiste était certes faible, sur le déclin, divisé entre les « durs », fidèles à Moscou, et une direction eurocommuniste, et de plus harcelé sur sa gauche par de jeunes militants trotskistes. Mais il n’en a pas moins, paradoxalement, joué un rôle plus important sur la scène syndicale que jamais auparavant dans le passé - sous la direction de Bert Ramelson, organisateur hors pair chez les ouvriers d’usine. (Sa femme, Marian, ouvrière du textile du Yorkshire, également remarquable, portait un vif intérêt à l’histoire et avait ardemment soutenu le Groupe des historiens du Parti.) Ainsi, le Parti communiste ne se contenta pas d’accompagner la combativité ouvrière des années 70. La gauche des syndicats avait la bénédiction de deux personnalités incontestables de la maison : Hugh Scanlon, du Syndicat des mécaniciens (Engineering Union), et Jack Jones, un ancien des Brigades internationales devenu dirigeant du Syndicat des transports (Transport and General Workers Union).
Sous la conduite de Bert Ramelson et de Ken Gui, elle coordonna la lutte des syndicats contre les deux tentatives du gouvernement Wilson de leur rogner les ailes. En outre, le renversement tant espéré du rapport de forces au sein du Syndicat national des mineurs (qui était encore très puissant) s’était enfin produit dans les années 60. Le Yorkshire avait basculé à gauche, propulsant sur la scène nationale le jeune Scargill, un protégé du Parti communiste à l’époque. Avec les solides bastions communistes du pays de Galles et de l’Écosse, la gauche récoltait désormais plus de voix que les non moins solides bastions acquis aux modérés dans le nord-est de l’Angleterre. La période entre 1970 et 1985 fut marquée par les grandes grèves nationales des mineurs, victorieuses en 1972 et 1974, mais désastreuses en 1984-1985 - grâce à l’effet combiné de la volonté de Mme Thatcher, qui était déterminée à détruire le syndicat, et des illusions de son dirigeant de l’époque, Arthur Scargill. Or la fameuse conférence que j’ai donnée à l’automne de 1978 coïncida avec le point culminant des tensions entre les syndicats et le Parti travailliste. L’illusion du pouvoir syndical, véhiculée par les dirigeants et les militants de gauche, a alimenté un rêve encore plus néfaste, à savoir que la gauche socialiste pouvait conquérir la majorité dans le Labour Party, et donc influencer de manière décisive tous les futurs gouvernements travaillistes.
Une coalition hétérogène, regroupant les tendances de gauche au sein du Labour Party et les révolutionnaires « entristes » qui l’avaient rejointe, s’était unie derrière le projet suivant pour prendre le contrôle du parti sous la bannière de l’ex-ministre Tony Benn, qui affichait des positions de plus en plus radicales. Si les luttes ouvrières étaient souvent soutenues par la base des syndicats, dont les effectifs battaient tous les records, les militants politiques opéraient dans le vide : les ouvriers s’intéressaient de moins en moins à la politique, votaient moins aux élections et n’adhéraient guère au Parti travailliste. En fait, la stratégie des militants politiques reposait sur la capacité des petits groupes à se mouvoir au sein d’une base généralement passive et à s’emparer de sections locales du Labour Party. Puis on espérait, en usant du « vote en bloc » des syndicats de gauche aux conférences du Parti, imposer une direction et une politique plus radicales. Cette stratégie était parfaitement praticable. Elle a même presque réussi. Mais ces militants se trompaient en croyant qu’un parti travailliste ainsi conquis par une minorité bigarrée de gauchistes sectaires resterait uni, gagnerait en influence électorale, et mènerait une politique apte à faire face à l’attaque des guerriers de Mme Thatcher, au service de la classe adverse, dont ils sous-estimèrent systématiquement la force.
Cette illusion conduisit au désastre. De nombreux électeurs traditionnels - un tiers de ceux qui déclaraient appartenir à la classe ouvrière - abandonnèrent le Labour et votèrent pour les conservateurs. Ceux qui allaient former le Parti social-démocrate, et constituer pendant quelques années une alliance avec le Parti libéral, faillirent recueillir plus de voix que le Parti travailliste. Deux ans et demi après la victoire des conservateurs de Mme Thatcher, le Labour avait perdu un électeur sur cinq et ne jouissait plus du soutien majoritaire d’un seul groupe de la classe ouvrière - même chez les travailleurs non qualifiés et les chômeurs. Et ce à une époque où le gouvernement conservateur lui-même avait perdu des voix depuis l’élection de 1979. Comme je l’écrivis alors : « Le triomphe de Thatcher est un sous-produit de la défaite du Labour. » Mais je dénonçais aussi « le refus de certains, à gauche, de regarder en face les faits désagréables », et cette dernière remarque en froissa plus d’un.
En bref, l’avenir - et peut-être l’existence même du Parti travailliste - était en jeu dans les années suivant la victoire des conservateurs en 1979. Les nouveaux « sociaux-démocrates » escomptaient sa fin et espéraient le remplacer par une alliance, voire une fusion, avec le Parti libéral. Je me souviens de l’événement - un dîner chez Amartya Sen et sa femme, Eva Colorni. Bill Rogers, un de leurs voisins de Kentish Town, arriva en retard en s’excusant : il sortait d’une réunion avec les autres membres de la « bande des quatre » (Roy Jenkins, David Owen et Shirley Williams, qui finirent tous par accéder à la Chambre des lords) ; ils avaient rédigé la déclaration à l’origine de ce qui allait devenir, quelques semaines plus tard, le Parti social-démocrate. Celui-ci fut rejoint par de nombreux travaillistes des classes moyennes et des professions libérales, dont certains sont retournés au Parti travailliste quand ce dernier interrompit sa fuite en avant suicidaire.
Par ailleurs, la gauche militante et de nombreux intellectuels socialistes, comme mon ami Ralph Miliband (dont les fils devinrent des figures importantes dans les cabinets du Premier ministre Tony Blair et du chancelier Gordon Brown), considéraient que le Labour était mort tant qu’il ne serait pas conquis et prêt à devenir un « véritable parti socialiste » - quel que fût le sens que l’on pouvait donner à cette formule. Je provoquai la colère de mes amis en leur faisant remarquer qu’ils ne cherchaient pas sérieusement à battre Mme Thatcher. Peu importaient leurs idées : « Ils ont agi comme si nous étions sous un gouvernement travailliste analogue à ceux qui s’étaient succédé depuis 1947, et qui n’étaient pas seulement insatisfaisants, mais pires encore que les conservateurs - mais en l’occurrence les conservateurs, c’était la bande à Thatcher. » La question était posée : pouvait-on sauver le Parti travailliste ?
Il fut sauvé, en fin de compte. Mais de justesse, au congrès du Labour en 1981, quand Tony Benn se présenta à l’élection pour la vice-présidence du Parti et fut battu sur le fil du poteau par Denis Healey. L’avenir du Parti demeura incertain jusqu’à l’élection de 1983, qui vit Neil Kinnock succéder à Michael Foot (qui avait été élu en 1980, comme candidat de la gauche, également contre Healey). À la veille de cette élection, je pris la parole lors d’une réunion organisée par la Fabian Society ou Marxism Today, je ne me rappelle plus. Kinnock ne manqua pas de s’y rendre (il inscrivit, sur un exemplaire de mon livre, ses « très chaleureux remerciements ») ainsi que, si je me souviens bien, David Blunkett et Robin Cook, qui faisaient alors partie de la gauche non « benniste ». À l’heure où j’écris, Blunkett et Cook sont des piliers du gouvernement travailliste depuis 1997. En dépit de ses limites, Neil Kinnock, dont j’ai fermement soutenu la candidature, sauva le Parti travailliste du sectarisme. Après 1985, quand il eut exclu la tendance du groupe trotskiste qui publiait The Militant, l’avenir du Parti était sauvegardé.
C’est la seule occasion qui me fut donnée de rencontrer Neil Kinnock en personne, si l’on excepte l’interview qu’il m’accorda pour Marxism Today par la suite. Je dois dire que je sortis déprimé de cet entretien, et pessimiste quant à ses qualités de futur Premier ministre. Il est donc absurde, comme l’ont fait les journalistes de l’époque, de lier mon nom au sien (le « gourou de Kinnock »). Néanmoins, si le nom d’un intellectuel marxiste qui n’était même pas membre du Parti travailliste a pu, à certains moments du combat pour la survie de ce parti, servir la cause de ceux qui voulaient le sauver, on peut y trouver une raison politique cohérente. J’étais un des rares observateurs qui avaient prédit de graves difficultés au Labour, ce qui me conférait un statut dans la controverse.
J’étais également un de ces (non moins rares) intellectuels socialistes qui étaient ouvertement sceptiques quant au projet de conquérir le Parti travailliste, et j’ai polémiqué contre les partisans de ce projet avec passion et, je l’espère, avec efficacité
[3].
Les temps étaient difficiles, et, pour ceux qui s’opposaient aux sectaires, il était fort utile de pouvoir citer quelqu’un qui était connu de la plupart des militants du Parti travailliste - du moins de ceux qui lisaient des livres et des revues -, auréolé d’un passé long et incontestable dans l’extrême gauche, comme marxiste. En effet, en 1980 et 1981, des changements statutaires avaient permis aux gauchistes sectaires de gagner ce qui paraissait être une majorité stable dans le Parti travailliste, et le destin du Parti leur était ainsi offert sur un plateau. Son avenir dépendait essentiellement de la capacité des modérés de détacher du camp des sectaires un nombre suffisant de militants de la gauche travailliste, au moins à des moments cruciaux.
Cette tactique devait être proposée par la gauche, d’autant plus que, depuis 1983, le candidat de rechange le mieux placé était Denis Healey, ex-ministre de la Défense et chancelier de l’Échiquier. Healey incarnait tout ce que détestaient les militants de la gauche du Parti travailliste, et il n’essayait même pas de cacher son mépris à leur égard. Dans les bagarres politiques, il s’était forgé la réputation - justifiée - d’être un dur de dur.
Aujourd’hui, sous la direction de Tony Blair, le Labour penche tellement à droite de sa position traditionnelle qu’il y a désormais probablement moins de divergences entre Healey et moi quand nous conversons ensemble - comme des personnes âgées qui aiment se remémorer le bon vieux temps. Et des divergences, il y en eut entre nous, depuis notre première rencontre dans l’organisation étudiante du Parti communiste. Selon les critères des années 70, il était l’homme de la droite du Labour Party. Dans sa vie privée, il était et reste plein de charme, d’une haute intelligence, et cultivé - sous ses inimitables sourcils broussailleux. Il est l’auteur d’un des rares livres de Mémoires écrit par un homme politique britannique qui se lit avec plaisir. Mais le personnage public était plus facile à respecter qu’à aimer. Il aurait certainement fait un bien meilleur chef politique que les autres candidats, même si les sectaires auraient tout fait pour l’abattre. Étant donné la situation à l’époque, il est probable que seul un dirigeant crédible de la gauche pouvait sortir le Parti travailliste de la crise.
Michael Foot, qui l’a battu, n’avait pas l’étoffe d’un leader de parti ou d’un Premier ministre, et n’aurait pas dû être élu à la direction. Il était, et demeure, un homme merveilleux. Pendant des années, nous nous rencontrions à l’arrêt du bus de Hampstead que nous prenions ensemble (j’allais à l’université, et lui se rendait à la Chambre des communes ou au siège du journal Tribune). Ce vieux monsieur à la silhouette fine, de plus en plus voûté, était vêtu de façon banale et boitait légèrement. Je le revois secouant avec passion sa tête chenue. Ses moyens de locomotion étaient les transports publics et la marche à pied - il appartenait à la génération des grands intellectuels britanniques randonneurs.
Il fut ministre, brièvement, dans les années 70, mais la voiture de fonction ne faisait pas partie de son ego. […] Toutefois, quelques mois plus tard, il devint clair que Benn n’était absolument pas qualifié pour être le chef du Parti travailliste. Il avait tout misé sur les sectaires.
En janvier 1981, un congrès extraordinaire remit les destinées du Labour à la gauche. Les détails de cette affaire importent peu. Il était désormais évident que seule sa propre stupidité politique pouvait empêcher Benn d’accéder rapidement à la tête du Parti travailliste. Sachant à quel point le Labour était profondément divisé, quiconque avait un minimum de flair politique aurait joué la carte de la générosité, de la réconciliation et de l’unité. Mais Benn préféra lancer un appel triomphaliste à la gauche travailliste victorieuse, lui proposant de prendre le pouvoir et de l’exercer en l’élisant, lui, contre Healey, à la tête du Parti. Une approche plus conciliatrice aurait-elle permis d’éviter la scission des futurs sociaux-démocrates?
Nul ne saurait le dire. Mais l’identification totale de Benn avec les sectaires de gauche exigeait qu’il fût battu. C’est du moins ce que souhaitaient tous ceux qui refusaient la marginalisation du Parti travailliste et sa transformation en chapelle révolutionnaire. Il fut en effet battu, de justesse. Il se retira dignement et défendit, en tant que député sans portefeuille, la Constitution, les libertés civiques. Il continua à faire de la propagande pour le socialisme, mais sa carrière d’homme politique était terminée.
II. Mes interventions dans le débat politique eurent presque toutes pour cadre la revue Marxism Today. Qui aurait pu deviner que ce modeste mensuel allait connaître au cours des années 80, malgré ses liens connus avec le Parti communiste, un tel succès dans le monde des médias et de la politique - et pas seulement à gauche ?
D’éminentes personnalités conservatrices, comme Edward Heath, Michael Heseltine, Christopher Patten, ont écrit dans ses colonnes ou lui ont accordé des interviews. Ce fut aussi le cas d’un jeune politicien travailliste peu suspect de sympathiser avec la gauche, élu au Parlement en 1983, et qui déclara être un fidèle lecteur : Tony Blair. La plupart de ceux qui allaient devenir des personnalités clés du futur gouvernement travailliste se sont exprimés dans Marxism Today : Gordon Brown, Robin Cook, David Blunkett, Michael Meacher. La revue fut sévèrement attaquée par les partisans de la ligne dure dans le Parti communiste, qui était en passe d’être détruit par ses propres luttes internes et l’effondrement des régimes communistes.
Mais sa direction politique, qui avait fermement soutenu le « printemps de Prague » et le « communisme à l’italienne », lui fournit son appui politique et financier aussi longtemps qu’elle le put. (Marxism Today disparut à la fin de 1991 avec le Parti communiste et l’URSS.) Ainsi, à une époque de crise du Labour Party, le débat sur son avenir avait lieu dans une revue communiste, dont le succès tenait surtout à l’esprit politique et au flair journalistique de Martin Jacques. Sa décision d’ouvrir ses pages à des écrivains fort éloignés de la ligne du Parti communiste, et de l’orthodoxie des vieux marxistes, fut un coup de génie. Mais nous avons aussi bénéficié du désarroi profond qui régnait dans l’univers politique et intellectuel britannique à l’ère Thatcher. Le centre gauche était particulièrement déboussolé, et même les conservateurs entraient en Terra incognita. Que fallait-il faire, et que pouvait-on faire, dans cette nouvelle ère? Comment, et où, pouvait-on en discuter ? La revue offrait un espace où l’on pouvait aborder ces questions en dehors des cadres établis. Avec l’arrivée de Mme Thatcher (« le Grand Spectacle du toujours plus à droite », comme l’appela Stuart Hall dans l’article de 1979 où il inventa le terme de « thatchérisme »), on était dans une nouvelle donne. Et Marxism Today le disait ouvertement, avant les autres.
Rien de plus évident, rétrospectivement. Au XXe siècle, l’ère Thatcher fut ce qui ressemblait le plus à une révolution culturelle sur le plan politique, social et culturel - et cette révolution n’augurait rien de bon. Disposant d’un pouvoir incontrôlé et centralisé, sans précédent pour un gouvernement dans une démocratie parlementaire, le régime thatchérien s’efforça de détruire tout ce qui, en Grande-Bretagne, s’opposait à la marche en avant d’un capitalisme débridé, avide de profits maximaux et mâtiné d’égocentrisme national - en clair, cupide et chauvin. Le thatchérisme était mû par la croyance justifiée que l’économie britannique avait besoin d’un coup de pied aux fesses, mais surtout par un sentiment de classe, par ce que j’ai appelé 1’« anarchisme de la petite bourgeoisie ». Il était dirigé à la fois contre le mouvement ouvrier et les classes dirigeantes traditionnelles, y compris donc la monarchie et les institutions établies du pays. Tout au long de ce travail de démolition, qui a remporté de nombreux succès, le thatchérisme a éliminé la plupart des valeurs traditionnelles britanniques et rendu le pays méconnaissable. La majorité des membres de ma génération se sent probablement comme cet ami américain venu en Angleterre pour y passer sa retraite, après une carrière universitaire dans le Massachusetts, et à qui l’on demandait si les États-Unis lui manquaient.
Il répondit : « Pas autant que la Grande-Bretagne que j’ai connue à mon arrivée ici la première fois. » C’est là que réside la raison profonde de la contestation généralisée, voire de la haine viscérale, envers Thatcher, dans les milieux intellectuels et culturels du pays : ainsi, la majorité de la classe moyenne ayant fait des études supérieures est devenue dissidente, comme en témoigne le refus de l’université d’Oxford d’accorder un diplôme honoris causa à la « Dame de fer ». Tout cela n’a pas entravé le succès idéologique de la religion thatchérienne, selon laquelle les affaires publiques et privées de la nation devaient être confiées à des businessmen sachant faire du business, avec des business methods. Le triomphe du thatchérisme était d’autant plus navrant qu’il n’était nullement fondé (après 1979) sur une conversion en masse de l’opinion publique. Il était dû, pour l’essentiel mais pas exclusivement, à la profonde division qui régnait chez ses adversaires. Il n’y eut pas, dans les années 80, de vague électorale thatchérienne comparable à celle qui porta Ronald Reagan aux États-Unis.
Le Parti conservateur est toujours resté minoritaire dans l’électorat. Mes propres appels à un accord électoral entre le Labour et l’alliance entre les libéraux et les sociaux-démocrates, ou au moins à un « vote tactique » systématique des électeurs anticonservateurs, furent (bien entendu) rejetés par les uns et les autres. (J’ai été le premier à introduire le terme de « vote tactique » dans le débat électoral.) En fin de compte, ces électeurs, faisant preuve de plus de sagesse et de sens tactique que les partis, se rendirent en grand nombre aux urnes - et à bon escient. Ce qui rendait la situation si frustrante, c’est que ni le Parti travailliste ni l’alliance entre les libéraux et les sociaux-démocrates n’avaient de solution politique à offrir. Le thatchérisme restait la seule stratégie sur le marché, si je puis dire. Il ne nous restait plus qu’à espérer que ce gouvernement deviendrait si impopulaire qu’il finirait par perdre contre n’importe quelle opposition. C’est bien ce qui est arrivé - mais dix-huit ans plus tard.
Nous avons averti l’opinion : bien des dégâts commis par la révolution thatchérienne pourraient se révéler irréversibles. Là aussi, nous avons vu juste.
Il était facile, en théorie, d’analyser cette situation de façon réaliste, et d’ignorer les « cris de trahison lancés contre ceux qui persistaient à voir le monde tel qu’il était ». Dans la pratique, c’était dur. Bien des personnes contre qui j’écrivais étaient des camarades (ou au moins d’ex-camarades) et des amis. À part Stuart Hall et moi-même, Marxism Today ne pouvait compter ni sur le soutien des intellectuels de l’ancienne gauche ni sur celui de la nouvelle (post-1956). La plupart des intellectuels socialistes et marxistes, extérieurs au milieu de Marxism Today, nous étaient hostiles, notamment des personnalités prestigieuses comme Raymond Williams, Ralph Miliband et les éminences de la New Left Review. Je fus dénoncé dans des meetings syndicaux. Cela n’est pas étonnant. Pour de nombreux syndicalistes, la ligne de Marxism Today signifiait la trahison de la politique et des espoirs traditionnels des socialistes, voire de la révolution prolétarienne qu’espéraient encore les trotskistes.
On pouvait même considérer qu’elle était déloyale envers la classe ouvrière organisée, qui subissait de plein fouet la violence de l’appareil d’État et d’un gouvernement menant une guerre de classe. Ce fut notamment le cas lors de la grande grève nationale des mineurs de 1984-1985, qui suscita la sympathie de toutes les forces de la gauche (ainsi que de bien d’autres gens) - et la mienne aussi. Bien sûr, les illusions propagées par la direction extrémiste du syndicat, qui jouait sur une rhétorique militante et sur la tradition ouvrière qui refuse de céder au milieu d’une bataille, menaient les grévistes et les communautés minières à la déroute. Mais nous-mêmes n’étions pas insensibles à la puissance incantatoire de la phraséologie utilisée par le mouvement. Ainsi, Marxism Today tenta d’évaluer les dégâts après la grève avec un minimum de réalisme, mais ne put se résoudre à admettre l’ampleur de la défaite.
Ce fut là le triste destin des socialistes en Grande-Bretagne, à partir de la moitié des années 70. Tout se délitait pour les sociaux-démocrates réformistes et modérés, ainsi que pour les communistes et les autres révolutionnaires. Marxistes et non-marxistes, révolutionnaires et réformistes, nous avions cru qu’en dernière analyse le capitalisme était incapable de créer les conditions d’une vie décente pour l’humanité. Il n’était ni juste ni viable à long terme. Un système économique socialiste alternatif, ou du moins sa préfiguration, une société dédiée à la justice sociale et au bien-être universel, pouvait lui succéder - si ce n’est aujourd’hui, du moins à l’avenir. Et le mouvement de l’histoire allait dans ce sens, grâce à l’action de l’État et des services publics dans l’intérêt des classes salariées, implicitement ou explicitement anticapitalistes. Cette perspective n’a jamais paru aussi plausible que dans l’immédiat après-guerre : même les partis conservateurs européens se déclaraient anticapitalistes, et des hommes d’État américains prônaient la planification étatique. Mais dans les années 70, aucune de ces hypothèses ne paraissait convaincante. Et après les années 80, la défaite de la gauche traditionnelle, tant politique qu’intellectuelle, était indéniable. Nos écrits (et donc les miens) tournaient souvent autour du thème « What’s Left ? » (« Que reste-t-il à gauche? »).
Paradoxalement, le problème était plus urgent dans les pays non communistes. Dans presque tous les régimes communistes, l’effondrement d’un « socialisme réel » largement discrédité, et qui était le seul à exister encore officiellement, avait éliminé de la scène toutes les autres variantes. En outre, on comprend aisément que les habitants de ces pays plaçaient leurs espoirs, fussent-ils utopiques, dans un capitalisme occidental qu’ils ne connaissaient guère, mais qui était clairement plus prospère et efficace que leurs systèmes en panne. C’est en Occident et dans les pays du Sud que la critique du capitalisme restait convaincante, surtout quand elle visait le capitalisme du laisser-faire, dit « ultralibéral », de plus en plus dominant, prôné par les multinationales, béni par les théologiens de l’économie et soutenu par les États.
Marxism Today voyait bien que le refus pur et simple de reconnaître que les choses avaient radicalement changé, malgré sa charge émotionnelle (« Les lâches peuvent bien fuir et les traîtres ricaner, nous continuerons à brandir le drapeau rouge »), ne tenait plus la route. C’est bien pourquoi la gauche traditionnelle du Labour, qui avait toujours été présente et avait joué un rôle significatif (quoique rarement décisif) dans l’histoire du Parti travailliste, disparut de la scène après 1983. Elle n’existe plus. D’un autre côté, nous ne pouvions accepter - jusqu’à l’arrivée de Tony Blair à la tête du Parti, nous ne pouvions même pas envisager - la solution alternative du New Labour, qui acceptait la logique et les résultats pratiques du thatchérisme, et abandonnait délibérément tout ce qui pouvait effrayer les électeurs décisifs des classes moyennes les ouvriers, les syndicats, les entreprises nationalisées, la justice sociale, l’égalité - sans même parler du socialisme.
Nous voulions un Labour réformé, non une Thatcher en pantalons travaillistes. Cette perspective disparut quand le Parti travailliste perdit de justesse les élections de 1992. Je ne suis pas le seul à me rappeler cette nuit électorale comme la plus triste et la plus désespérée de ma vie politique.
La logique électoraliste des politiciens dont le programme se résume à se faire réélire en permanence et, après 1997, la logique de gouvernement nous ont écartés de la scène de la politique « réelle ». Certains jeunes turcs de Marxism Today ont rejoint les cercles du pouvoir. Quand, un an et demi après le retour des travaillistes au pouvoir, Martin Jacques fit paraître un numéro unique de la revue pour analyser la nouvelle « ère Blair », un de ces « parvenus » nous toisa, Stuart Hall et moi, du haut de son donjon de Downing Street, comme si nous étions des séminaristes contemplant la société « de l’extérieur, sans le moindre sens d’appartenance ou de responsabilité » ; il nous reprocha, en tant qu’intellectuels, d’être incapables d’« allier la critique, la vision et le sens pratique ». Bref, « la critique ne suffisait plus ». Le temps des hommes politiques réalistes et des technocrates de gouvernement était venu. Et ces deux sortes de personnages devaient opérer dans une économie de marché et s’ajuster à ses exigences.
Dont acte. Mais notre point de vue - du moins, le mien - était et est toujours que, si la critique n’était pas suffisante, elle restait plus essentielle que jamais. Nous critiquions les néotravaillistes, non pas parce qu’ils acceptaient les réalités de la vie dans une société capitaliste, mais parce qu’ils se pliaient aux dogmes idéologiques de la théologie dominante de la libre concurrence. À commencer par le postulat qui détruit les fondements mêmes des mouvements visant à améliorer les conditions de vie des citoyens et, par conséquent, la raison d’être des gouvernements travaillistes.
Ce postulat suppose que la société ne peut fonctionner efficacement que si elle est mue par la recherche du profit personnel, c’est-à-dire si tous les individus se comportent comme des chefs d’entreprise. Le néolibéralisme voulait séduire les patrons et leur ôter toute réticence vis-à-vis des syndicats et du Labour Party afin de remporter l’adhésion des électeurs de la classe moyenne politiquement indécis, mais qui jouent un rôle décisif. La critique du néolibéralisme était d’autant plus nécessaire qu’il invoquait l’autorité d’une « science économique » de plus en plus identifiée aux intérêts du capitalisme international, et consacrée pendant près de vingt-cinq ans par le prix Nobel d’économie. Il fallut attendre la fin du siècle, quand celui-ci fut décerné à Amartya Sen, puis à Joseph Stiglitz, critique hardi du « consensus de Washington », pour que soient reconnus des économistes qui n’adhéraient pas à l’orthodoxie dominante; et il fallut également (c’est du moins ce qu’on dit) que les électeurs des prix Nobel en sciences naturelles expriment leur opposition à la partialité idéologique systématique d’un prix censé récompenser la qualité du travail d’un scientifique pour que, là aussi, les choses commencent à changer. Peut-être, avec l’éclatement des bulles spéculatives de cette fin de siècle, les années 1997-2001 ont-elles rompu le charme de l’intégrisme de la libre concurrence. La fin de l’hégémonie mondiale du néolibéralisme a été prédite et annoncée depuis longtemps, et par moi-même aussi plus d’une fois. Il a déjà commis trop de dégâts. » ●
[1]
Parmi les livres d’Eric Hobsbawn publiés en français citons :
L’Âge des extrêmes, histoire du court XXe siècle, Éditions Complexe/
Le Monde diplomatique, 1999 ;
L’Ère des révolutions (1789-1848),
L’Ère du capital (1848-1875),
L’Ère des empires (1875-1914), tous publiés chez Hachette Littératures, coll. Pluriel ;
Les Enjeux du XXIe siècle, entretien avec Antonio Polito, Éditons Complexes, 2006.
[2]
L’auteur fait allusion au Social Democratic Party (Parti social-démocrate) créé en 1981 suite à une scission dirigée par Roy Jenkins dans le Parti travailliste. Après s’être allié avec le Liberal Party (Parti libéral) aux élections de 1983 et 1987, il a fusionné avec ce dernier en 1988, et la nouvelle organisation s’appelle les Liberal Democrats (les démocrates libéraux) (
N.d.T.).
[3]
« Le syndicalisme, avec toutes ses limites, ne peut jamais négliger les masses, car il les organise par millions en permanence, et doit les mobiliser assez souvent. Mais la gauche peut fort bien s’emparer du Labour Party à court terme sans se référer aux masses. Une telle opération pourrait, en théorie, être menée à bien par […] quelques dizaines de milliers de gauchistes et travaillistes de gauche déterminés - à la suite de réunions, de résolutions et de votes. L’illusion du début des années 80 fut de penser que l’organisation peut remplacer la politique »,
in Martin Jacques et Francis Mulhern (dir.),
The Forward March of Labour halted?, Londres, l98l, p. 173).