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Nouvelles Questions Féministes

2008/3 (Vol. 27)

  • Pages : 168
  • ISBN : 9782889010202
  • DOI : 10.3917/nqf.273.0016
  • Éditeur : Editions Antipodes

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Le statut des femmes en Algérie constitue un enjeu aussi bien pour le régime colonial français que pour les nationalistes algériens. Pour l’État français, il sert à inférioriser la société des dominé·e·s ; pour la société algérienne, menacée de disparition par la colonisation, il sert à affirmer et maintenir l’identité collective, d’où la crainte d’une assimilation par les femmes, cheval de Troie des valeurs étrangères. Cette peur est pourtant injustifiée quand on considère le peu de changements entrepris par l’administration coloniale dans la situation des femmes pendant la colonisation. L’irruption des femmes algériennes dans la sphère politique dans les années 1950 et notamment leur engagement dans l’action armée change le discours sur leur rôle. Cependant, malgré ce passage de la condition d’objet au statut de sujet, elles ne peuvent que se couler dans le moule nationaliste et elles n’ont pas la possibilité d’affirmer des revendications spécifiques.

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La colonisation est une totalité négative pour les Algérien·ne·s. Le colonialisme français a pour premier objectif en Algérie de s’emparer des terres. Ce but, atteint par la violence des armes et les expropriations imposées aux populations rurales, se traduit par une paupérisation généralisée. Le code de l’indigénat, adopté le 28 juin 1881, assujettit les autochtones à un ensemble de mesures répressives qui limitent leur liberté de réunion et de circulation et sanctionnent le refus d’obéissance ou l’irrespect à l’égard des représentants de l’autorité coloniale. Les Algérien·ne·s, considéré·e·s comme « sujets français », sont privé·e·s de la citoyenneté à part entière puisqu’ils et elles « ne jouissent ni des droits civils, ni des droits politiques » (Weil, 2005 : 95). Pour acquérir la nationalité française avec tous ses droits, ils et elles sont soumis·es à une procédure de naturalisation individuelle depuis le senatus-consulte[1][1] Acte voté par le Sénat et ayant valeur d’une loi sous... du 14 juillet 1865 [2][2] Il y eut très peu de naturalisations. Charles André... sur « l’état des personnes et la naturalisation en Algérie » [3][3] Bulletin des Lois N° 1315..

Le statut personnel des Algérien·ne·s, pierre d’achoppement ?

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La naturalisation impose l’abandon du statut personnel [4][4] L’ensemble du droit des personnes et de la famille,... de « l’indigène musulman ». Les règles régissant le mariage, le divorce et les successions sont estimées rédhibitoires pour l’acquisition de la nationalité française. Le djebr (droit du père de contraindre son enfant mineur au mariage), le mariage de très jeunes filles, la polygamie, la répudiation et l’inégalité successorale sont jugées archaïques et non conformes aux valeurs de la République. Bien qu’ils et elles aient la même religion que les colons, même les Algérien·ne·s chrétien·ne·s, en très faible nombre [5][5] Ce sont des convertis dont le nombre précis n’est pas..., sont obligé·e·s de se soumettre individuellement à cette procédure, ce qui révèle l’approche ethnique du pouvoir colonial par rapport à l’ensemble des natifs et des natives d’Algérie [6][6] La seule exception de naturalisation en masse est celle....

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Le colonisateur dévalorise la société algérienne notamment par la mise en accusation du statut des femmes. Pour l’idéologie coloniale, le statut des femmes musulmanes fonctionne comme un symbole négatif qui confirme l’identité inférieure du colonisé, ce qui justifiera la négation des droits politiques : « Manipulé comme élément d’une stratégie politique et rhétorique, le statut des femmes dans l’islam allait à l’encontre de l’idée que l’assimilation à la France était souhaitable, voire même possible » (Clancy-Smith, 2006 : 27). Cette position de supériorité est paradoxale puisque, dans le même temps, les femmes françaises sont sous le joug du code Napoléon qui énonce leur incapacité juridique. Nombre d’articles du Code civil définissent l’autorité, le devoir de protection du mari et le devoir d’obéissance de l’épouse. Les femmes sont soumises aux autorisations de l’époux pour tous les actes à caractère financier, n’héritent pas de leur conjoint et sont plus lourdement sanctionnées en cas d’adultère. Par ailleurs, elles n’obtiendront le droit de vote qu’en 1944. On peut émettre l’hypothèse que cette hiérarchisation explicite entre les statuts des femmes algériennes et françaises participe au processus d’invisibilisation de la domination subie par les femmes françaises.

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Pour les juristes français, le système juridique en Algérie est inférieur. Pendant les cinquante premières années de la colonisation, l’administration tente de prendre le contrôle des juridictions musulmanes. Mais ce qui réussira pour les domaines pénal et commercial [7][7] Par le décret du 10 septembre 1886, remplacé par celui... n’aboutira pas en matière de statut personnel. Des essais de codification tentent d’unifier petit à petit le corpus juridique en se coulant dans la logique du droit musulman. Confrontés à un système complexe de plusieurs juridictions : malékite [8][8] Le malékisme est l’une des quatre écoles du droit musulman..., ibadite [9][9] Doctrine musulmane localisée dans le M’Zab (sud de..., droit coutumier berbère [10][10] Ensemble de règles (qanun) inspirées du droit musulman,..., avec leurs propres magistrats (qadis), les juristes français [11][11] Le doyen Morand est chargé par l’État en 1905 de codifier... essaient de retrouver les principes orthodoxes au détriment d’une riche jurisprudence. Par exemple, la disposition de « l’enfant endormi » est supprimée (Bontems, 1982 : 644). Inscrite dans l’école malékite, cette possibilité pour une femme de déclarer un enfant né jusqu’à cinq ans après son veuvage (ou en cas de long éloignement du mari) comme l’enfant de son mariage permettait une régulation sociale. Ainsi, des femmes qui avaient eu des relations sexuelles en dehors du cadre prescrit du mariage n’étaient pas accusées d’adultère ; elles pouvaient rester intégrées dans le groupe familial et donner une filiation paternelle (seule reconnue) à leurs enfants. Il ne s’agit pas d’ignorance : les musulmans qui ont donné au monde les plus grands médecins savent la durée réelle d’une gestation. Pour preuve, toujours dans le droit malékite, le délai de viduité imposé avant le remariage d’une veuve ou d’une divorcée pour déterminer la paternité de l’enfant à naître n’est que de trois menstrues. Mais on peut imaginer l’effroi de juristes français devant cette offense à la paternité biologique. Les qadis pouvaient aussi utiliser le procédé du talfiq qui consiste à s’inspirer de plusieurs écoles pour en combiner les solutions et améliorer la jurisprudence. Enfin, le système juridique existant offrait des possibilités de recours dont les femmes n’hésitaient pas à se saisir pour se défendre en cas de conflit (Grangaud, 1999).

Quels changements pour les femmes sous l’administration coloniale ?

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Le colonisateur qui déplore le sort des Algériennes va-t-il pour autant améliorer leur situation ? Examinons deux indices de statut qui nous permettront de répondre à cette question : la scolarisation et le droit de vote. En ce qui concerne la scolarisation, les lois Ferry, lois scolaires françaises rendant l’enseignement primaire obligatoire (1881) et gratuit (1882), sont étendues à l’Algérie en vertu du décret du 13 février 1883, mais omettent « momentanément » les filles musulmanes. À la veille de l’indépendance, dans les années 1950, seulement 4 % des filles scolarisables vont à l’école (10 % pour l’ensemble des enfants algériens et 97 % pour les enfants européens) alors qu’un « plan de scolarisation » a été lancé par le décret du 27 novembre 1944. Les quelques centres de formation ouverts notamment à l’occasion du Centenaire, en 1930, confinent les filles et les jeunes filles aux tâches ménagères (cuisine, repassage) ou artisanales (tissage de tapis, broderies…) et leurs effectifs sont symboliques. C’est ainsi que les centres Bons Pasteurs d’El Biar ou de Miserghin comptaient 125 filles, les Centres de formation familiale et ménagère de Bône (Annaba) 80 filles et de Philippeville (Skikda) 60 filles. Les filles sont exclues de la scolarisation, encore plus que les garçons : en 1962, à l’indépendance de l’Algérie, 90 % des femmes sont analphabètes.

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Le chapitre du droit de vote est tout aussi sombre : alors que c’est à Alger qu’est signée l’ordonnance du 21 avril 1944 qui accorde le droit de vote aux femmes françaises, les Algériennes en seront privées jusqu’au 28 septembre 1958 pour le scrutin constitutionnel. Pourtant l’article 4 de la loi du 20 septembre 1947 portant statut organique de l’Algérie est sans équivoque : « Les femmes d’origine musulmane jouissent du droit de vote. » Les modalités d’exercice de ce droit devaient être fixées par l’Assemblée algérienne qui débattra de la question seulement le 13 décembre 1949, après une proposition du député communiste René Justrabo datant du 2 décembre 1948. Les délais aussi bien que la teneur des débats révèlent les réticences du législateur à accorder le droit de vote aux Algériennes : « Ce projet […] semble […] difficile à réaliser dans certains cas. Par exemple celui des femmes musulmanes habitant des douars éloignés, ou celui des musulmanes dont les maris, non encore évolués, n’admettraient pas l’émancipation. » [12][12] Archives Alger, Fonds GGA, IBA/ELS-010 1052. Les travaux sur la question du droit de vote des femmes algériennes qui devaient se poursuivre n’ont jamais eu de suite. Du 16 mars au 3 avril 1953, à l’occasion de l’examen, par le Conseil économique et social de l’ONU, des recommandations établies par la Commission de la Femme, la France est critiquée pour ne pas assurer la mise en œuvre des droits politiques des femmes des territoires sous tutelle. Dans une note au ministre de l’Intérieur, Mme Lefaucheux, déléguée française lors de la 5e session du Conseil, alerte les autorités : « Il me semble, pour ma part, profondément regrettable, lorsque certains États de la Ligue arabe accordent aux femmes le droit de vote, de constater le manque d’intérêt manifesté par la France pour ses citoyennes musulmanes. Notre pays aurait avantage à faire preuve d’initiative dans ce domaine de l’évolution féminine que de nombreuses Algériennes étudient attentivement à travers une documentation émanant uniquement du Caire. » [13][13] Archives Alger, Fonds GGA, IBA/ELS-010 1052. Aucune réforme sérieuse n’est donc envisagée par l’administration coloniale pour améliorer le sort des Algériennes.

La construction du mythe de l’assimilation par les femmes

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Pourtant il existe un mythe de l’assimilation par les femmes, moyen de conquête idéologique, qui fait peser sur elles une suspicion injustifiée : « Convertir la femme, la gagner aux valeurs étrangères, l’arracher à son statut, c’est à la fois conquérir un pouvoir réel sur l’homme et posséder les moyens pratiques, efficaces, de déstructurer la société algérienne » (Fanon, 1959 : 20). Un autre fait qui participe à la construction du mythe de la dilution de la société algérienne par les femmes se situe un siècle plus tard, à la veille de l’indépendance. Il s’agit de la mise en scène du dévoilement des femmes sur la place du forum d’Alger et dans d’autres villes (Oran et Philippeville/Skikda) en mai 1958, supposée illustrer la « fraternisation » entre « Européen·ne·s » et « Musulman·ne·s » pour maintenir l’Algérie française. La suspicion vient aussi des timides réformes, entreprises très tardivement, par le premier ministre Debré et par Nefissa Sid Cara [14][14] Nefissa Sid Cara, née à Sétif, est députée en 1958... avec l’ordonnance du 5 février 1959 [15][15] L’ordonnance de 1959 n’était pas applicable aux personnes..., soit à la veille de l’indépendance. Elles se limitent à fixer l’âge minimum au mariage et à instaurer le divorce judiciaire. Rappelons que le Code de statut personnel tunisien, promulgué le 13 août 1956, va bien plus audacieusement de l’avant en abolissant la polygamie et en accordant le droit égal au divorce. Mais l’administration coloniale, pour n’accorder aucun droit aux Algériennes, se réfugie régulièrement derrière le respect de la religion et des coutumes des colonisé·e·s. Effectivement, la teneur du Traité de capitulation, signé par le dey d’Alger le 5 juillet 1830, engage la France à ne pas porter atteinte à « la liberté des habitants de toutes classes, leur religion, leurs propriétés, leurs commerces, leurs industries ». On sait ce qu’il en a été de ces engagements. Même les biens habous (biens de main-morte servant à l’entretien des lieux de culte, au financement de l’enseignement religieux et de l’action de bienfaisance) sont confisqués dès 1830, ce qui a pour conséquence de détruire tout le réseau d’éducation qui leur était attaché.

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Le maintien du statut personnel, présenté par l’administration coloniale comme une faveur, entre en fait dans le cadre du régime discriminatoire imposé aux Algérien·ne·s : « ni liberté, ni égalité, ni universalité de la loi » (Le Cour Grandmaison, 2005 : 235). De plus, vu le statut des Françaises à l’époque, on voit mal l’administration coloniale engager une libération des femmes qui aurait porté en germe sa propre remise en cause. Si on fait le bilan des années de colonisation du point de vue des femmes, on voit bien qu’elles n’ont bénéficié d’aucune mesure favorable particulière et que leur situation a été encore plus pénible que celle des hommes.

La charge du statut personnel

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Pour les Algérien·ne·s, le statut personnel prend une importance vitale. Avec la destruction de l’infrastructure économique et du réseau culturel précolonial, ils et elles se retrouvent en position d’assiégé·e·s et se replient. Au cours du XIXe siècle, les lois foncières d’expropriation, par la rupture de l’indivision et les séquestres, atomiseront la société traditionnelle. La famille devient le dernier refuge ; conserver la structure familiale en état est un enjeu de survie. Le statut personnel est le point de ralliement autour duquel se cristallise le sentiment d’appartenance à une communauté différente de la communauté dominante ; il devient le vecteur de résistance à l’assimilation. Dans le mouvement nationaliste algérien, il y a consensus pour le maintien du statut personnel. Lors du 1er Congrès musulman algérien, le 7 juin 1936, l’Association des Oulémas [16][16] L’Association des Oulémas, fondée en 1931, revendique..., mais aussi la Fédération des Élus [17][17] La Fédération des Élus, fondée en 1927, composée de..., pourtant réputés assimilationnistes, et même le Parti communiste s’accordent sur ce point [18][18] Point N° 3 de la Charte revendicative du Congrès m.... Le mouvement nationaliste dans son ensemble est en effet alimenté par la religion, qui renforce la cohésion des colonisés, et le statut personnel devient, par un glissement, le symbole de l’islam tout entier. Le processus d’altérisation produit un « nous », dont le cœur est le statut des femmes.

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Sur la question du statut des femmes, colonisateur et mouvement national sont dans un processus interactif qui renforce l’un et l’autre. Les Algériennes se retrouvent alors prises dans une double contrainte : celle du colonialisme et celle du patriarcat de leur société et du pouvoir colonial. On pourrait objecter que cette approche est anachronique et que la revendication de droits pour les femmes est de l’ordre de l’impensé politique pour l’époque. Pour répondre à cette observation, il faut examiner la conjoncture. Dès la deuxième moitié du XIXe siècle, le monde arabe et musulman (du Maghreb jusqu’à l’Asie) est traversé par un débat sur la nécessaire réforme de l’islam, la Nahda. Confronté au déclin de l’Empire ottoman et à l’agression coloniale, les intellectuels arabes et musulmans de ces pays s’interrogent sur des problèmes politiques, culturels et sociaux, dont la question des femmes. Pour rester dans l’aire « Afrique du Nord » (le Maghreb plus l’Égypte), il faut rappeler qu’en 1897 Qacem Amin publie Tahrir el Mar’a (Libération de la femme), suivi en 1900 de El Mar’a el Djadida (La femme nouvelle). En 1913, Mansour Fahmi, Égyptien lui aussi, publie La condition de la femme dans la tradition et l’évolution de l’islamisme. En 1930, Tahar Haddad publie en Tunisie Notre femme dans la loi et la société, mais il sera attaqué par son maître de la Zitouna Abdelhamid Ben Badis, un des dirigeants des Oulémas algériens qui, s’il est favorable à la scolarisation des filles comme le prouve le réseau d’enseignement qu’il développe dans les années 1930, ne souhaite pas de modifications du statut des femmes. En 1903, la publication Les droits des femmes de l’Algérien Kamel Mohamed Ibn Mustapha, dans la même veine que les autres réformistes, ne rencontre pas d’écho en Algérie.

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Les femmes ne sont pas en reste et s’organisent : en 1924, l’Union des femmes égyptiennes publie une brochure réclamant l’abolition de la polygamie et une véritable procédure de divorce. La même année, la Tunisienne Manoubia Ouertani dénonce le voile. Justement, en 1924 et en 1929, Nadjet Ben Othman et Habiba Menchari apparaissent dévoilées sur la tribune publique du Parti Destour. En 1930, se tient à Damas le premier Congrès des femmes d’Orient pour revendiquer une série de réformes dans l’esprit de l’égalité des sexes. En Turquie, avec les Tanzimat (les réformes), les femmes obtiennent le droit de vote en 1934, bien avant les Européennes. En Algérie, L’Entente, organe hebdomadaire de la Fédération des Élus, entame le débat sur le statut de la femme et du voile dans quelques numéros de janvier 1938 à juin 1939, mais se cantonne finalement à des revendications de scolarisation des filles. Ainsi, en Algérie, colonisateur et nationalistes sont en retrait par rapport au niveau des débats et des réalisations dans certains pays arabes et musulmans.

Les femmes dans les luttes nationalistes

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Dans les années 1950, avec l’irruption de femmes sur la scène politique et notamment dans l’action armée, la problématique change. Alors qu’on ne s’y attend pas, des femmes saisiront la possibilité d’agir dans la lutte nationaliste. Bien qu’exclues des lieux de conscientisation nationalistes (partis, associations, mouvements scouts, cafés, clubs sportifs), elles sont formées par la discrimination ethnique subie personnellement ou par le groupe, l’exclusion, la répression, la paupérisation. Filles, sœurs, épouses, elles entendent les hommes de la famille agiter les idées nationalistes. Après les massacres de mai 1945, dont elles ont été témoins et où nombre d’entre elles ont perdu des membres de leur famille, les réunions de femmes à l’occasion de fêtes (mariages ou circoncisions) donnent lieu à des moments de recueillement et de chants patriotiques. À partir de 1956, des femmes montent au maquis, parfois de leur propre initiative, parfois sans en aviser leur père, pour des raisons de sécurité, certaines partent aussi avec leur mari. Elles surprennent même le Front de libération nationale-Armée de libération nationale (FLN-ALN) [19][19] Le Front de libération nationale (FLN), créé en 1954.... Les responsables sont attentifs à ce que la participation des femmes à leur propre demande ne vienne pas heurter les conceptions de l’ensemble des militants. La Plateforme de la Soummam, document issu du Congrès du FLN du 20 août 1956, leur donne alors comme rôle de sensibiliser les femmes, d’aider les familles et d’accomplir des tâches de soin :

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« Il est donc possible d’organiser dans ce domaine [des femmes], avec des méthodes originales propres aux mœurs du pays, un redoutable et efficace moyen de combat : a) soutien moral des combattants et des résistants ; b) renseignements, liaisons, ravitaillement, refuges ; c) aide aux familles et enfants de maquisards, de prisonniers ou d’internés. »

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On utilise donc leurs fonctions « naturelles » de reproduction de la force des combattants et leur invisibilité pour l’ennemi. Nefissa Hamoud, déléguée du FLN au Congrès international des femmes à Copenhague en 1960, le décrit ainsi : « Ce sont des femmes jeunes, traînant leur bébé qui cherchent apparemment des sarments de bois et qui en réalité font le guet, épient l’ennemi. » [20][20] El Moudjahid, 65, 1960, p. 4. Les femmes qui ne se cantonnent pas au rôle attribué et montent au maquis sont alors sous un strict contrôle social. Mme Kettaf, moudjahida, se rappelle dans un témoignage [21][21] Cahiers maghrébins d’histoire (Oran), 4, juin 1989,... : « Vis-à-vis des maquisardes, il y a eu trop de paternalisme, il y a eu des moments où on s’est dit : pourquoi je ne suis pas née homme ? On en a souffert de ce paternalisme. »

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Mohamed Teguia (1988 : 497) relève que « certaines wilayate[22][22] Wilayate, pluriel de wilaya : région militaire. En... interdisaient toute vie matrimoniale et le puritanisme deviendra si sévère que des hommes et des femmes mourront pour n’avoir pas observé les règles d’abstinence établies ». Il y a des mariages arrangés, le FLN-ALN se substituant aux pères des maquisardes. En avril 1957, une note aux commissaires politiques demande de renvoyer les jeunes filles qui montent au maquis sans l’autorisation du père (Seferdjeli, 2007). À la fin de l’année 1957, ordre est donné d’envoyer les maquisardes en Tunisie et au Maroc. La raison donnée par l’état-major est la virulence des combats qui ne permet plus leur présence dans les maquis. Réfugiées à Tunis ou à Casablanca, mises sous une surveillance rigoureuse, elles auront à s’affirmer pour pouvoir agir librement : faire des études, travailler [23][23] Voir le témoignage de Zoulikha Bekkadour recueilli....

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Engagées dans les luttes nationalistes, on ne retrouve pas les femmes dans les instances de responsabilités et de direction militaire et politique. Il n’y a que très peu de femmes commissaires politiques et aucune femme au CNRA (Conseil national de la révolution algérienne) [24][24] Organe de direction du FLN de l’intérieur. créé en 1956, alors que de l’avis général, Nefissa Hamoud était en capacité d’occuper cette responsabilité, compte tenu de son niveau et de ses activités. Secrétaire générale de l’Association des femmes musulmanes, créée en juillet 1947 dans une visée nationaliste par des femmes qui ont fait partie des premières cellules féminines clandestines du PPA (Parti du peuple algérien) [25][25] Le PPA, fondé en 1937 après l’interdiction de l’ENA..., elle était médecin et fut, de ce fait, chargée de former les personnes affectées au maquis pour soigner les blessés. Arrêtée, puis relâchée, elle rejoint le maquis en wilaya III (Kabylie).

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Malgré sa gêne, le FLN se rend vite compte que le thème de la participation des femmes est rentable pour sa propagande. Tout d’abord, elle permet de démontrer la popularité de la lutte : ces femmes sont la vivante démonstration du ralliement du peuple à la juste cause. De plus, les procès, les exactions et les tortures qu’elles subissent vont susciter un écho médiatique international retentissant et la mobilisation d’intellectuels français [26][26] Jacques Vergès et Georges Arnaud (1957). Pour Djamila.... Ainsi, Djamila Bouhired, condamnée à mort, fait l’objet d’une campagne internationale et devient la figure emblématique de la lutte algérienne pour l’indépendance.

L’émancipation dans l’action armée et par l’action armée ?

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Dans les années 1950, les nationalistes commencent à exprimer le problème de la condition des femmes, mais refusent d’articuler les luttes en développant la thèse de l’évidence de la libération des femmes à l’indépendance. Dans un article d’El Moudjahid, l’organe du FLN, du 25 mai 1958 (p. 2), on peut lire : « L’Algérienne n’attend pas d’être émancipée, elle est déjà libre parce qu’elle participe à la guerre de libération dont elle est aujourd’hui l’âme. » Le 22 juillet 1958 (N° 27, p. 2), El Moudjahid renchérit : « Quatre ans de Révolution algérienne ont bouleversé la condition de la femme algérienne. » L’émancipation par la guerre est expliquée par une militante qui, dans une interview publiée par El Moudjahid le 1er novembre 1960 (N° 72, p. 4), donne sa vision de l’avenir :

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« Depuis 1954, il y a eu beaucoup de changements. Dans la plupart des foyers, les hommes sont absents, en prison, au maquis ou morts. Les femmes ont appris à se débrouiller seules, elles travaillent, elles s’occupent de leur budget, de leurs enfants. C’est un fait acquis – à l’occasion de la Révolution, fait sur lequel il est impossible de revenir. Les habitudes changent aussi, les cas de jeunes filles qui se marient selon leur choix se multiplient, et les gens l’admettent beaucoup plus facilement qu’autrefois. Je crois que les hommes comprennent qu’ils ont intérêt à donner des responsabilités à leurs femmes et qu’ils leur laisseront une part d’initiative, même quand la paix sera revenue. »

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En 1959, dans Sociologie d’une Révolution, Frantz Fanon développe la thèse de la libération automatique des femmes à l’indépendance. Pour lui, la guerre a remis en cause les structures traditionnelles [27][27] Selon le même raisonnement, Fanon fait de longs développements... et les femmes auraient conquis leurs droits en contribuant à libérer le pays. La réussite dans les faits ne semble pas aussi éclatante puisqu’en juin 1962 le texte du Congrès de Tripoli du FLN reconnaît qu’il « existe une mentalité inégalitaire quant au rôle de la femme ». Comment pouvait-il en être autrement quand, pendant la période coloniale, les valeurs de la société traditionnelle ont été figées et que les femmes n’ont pas revendiqué leurs droits ? Mais l’analyse historiographique adopte en général une hiérarchie des valeurs qui tend à minorer le rôle vital, pour la nation, joué par les femmes dans la préservation et la transmission de l’identité algérienne, au prix de la mise sous le boisseau de leurs propres aspirations.

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Le voile en est l’illustration. Frantz Fanon décrit le mouvement par lequel la société algérienne se soustrait au regard de l’occupant et exprime ainsi son refus de la situation coloniale : « On se voile par tradition, par séparation rigide des sexes, mais aussi parce que l’occupant veut dévoiler l’Algérie » (1959 : 52). Il s’agit de puiser les ressources dans ce qui permet de renforcer l’opposition, définie par le colonisateur comme le statut spécifique des femmes. Ainsi, une jeune militante interrogée par El Moudjahid[28][28] 1er novembre 1960, N° 72, p. 4. sur les réformes Sid Cara de 1959 (voir plus haut) répond : « Les femmes, en majorité, ne s’y intéressent pas parce que ce sont des décisions prises par les Français. Les femmes algériennes sont actuellement ‹ en état d’hibernation › à l’égard de ces problèmes, elles ne pensent vivre d’une vie telle qu’elles l’entendent qu’après la victoire de la Révolution. »

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Le discours politique algérien en général, qu’il soit celui de l’État ou des autres acteurs politiques, entretient avec régularité la thèse, inscrite dans la mémoire collective, de « la participation de la femme algérienne à la lutte pour l’indépendance » et des sacrifices qu’elle a consentis. Mais il omet un sacrifice qui n’est ni celui de leur vie ou de celle des membres de leurs familles, ni les tortures physiques ou morales qu’elles ont subies, mais celui de leur liberté. Il faut parler de ce sacrifice occulté par le discours stéréotypé : « Les femmes ont participé à la libération de leur pays. » Ce qui n’est jamais dit, c’est comment les Algériennes ont sacrifié leur liberté pour la libération du pays, par nécessité. On refuse de reconnaître l’acceptation par les femmes de ne pas remettre en cause leur statut, parce que justement il était la pierre angulaire de la préservation de l’identité nationale à laquelle il devait conférer de la force. Les témoignages des moudjahidate soutiennent que, dans le contexte de la lutte pour l’indépendance, il était impossible pour elles d’attaquer leur propre communauté et de risquer de l’affaiblir dans un temps où toutes les forces devaient être mobilisées. Il fallait s’engager inconditionnellement. Mamia Chentouf, présidente de l’Association des femmes musulmanes algériennes, résume : « Il n’était pas question alors, ni un peu plus tard au cours de la lutte armée, de réclamer des droits spécifiques pour la femme, alors que le peuple en entier, hommes et femmes, ployait sous le joug colonial. C’était le peuple en entier qui était appelé dès cette époque-là à se mobiliser dans un seul but : l’indépendance nationale. » [29][29] Témoignage publié le 21 janvier 2007 sur le portail...

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Dans une société dominée, la lutte contre l’ordre colonial ne permet pas la remise en cause des rapports sociaux de sexe, surtout quand ces mêmes rapports sont utilisés comme moyen de différenciation avec les dominants. Préserver la « personnalité algérienne » devient le rôle assigné aux femmes. Elles sont un vecteur déterminant de la conservation et de la continuité de l’identité algérienne qu’elles transmettent : l’histoire familiale (le nom véritable et pas celui attribué par l’état civil français [30][30] Loi du 23 mars 1882 portant constitution de l’état..., le souvenir de la terre des ancêtres, autrement dit les racines), l’histoire de la répression, la langue parlée, la religion. C’est ce rôle fondamental pour la survie de la nation qui les pénalisera : « L’exclusion féminine voit son évidence renforcée par son caractère à la fois religieux et national patriotique. » (Gadant, 1995 : 83)

Rendre compte de l’ampleur de l’action des femmes

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Aujourd’hui, pour percevoir le rôle essentiel des femmes dans la lutte de libération nationale, il faut adopter un regard élargi, une démarche renouvelée : réinterroger les textes (publications des partis et organisation, médias, chansons, poésies et autres productions culturelles), procéder à des enquêtes orales pour libérer la parole des femmes et des hommes agissant à l’époque. Ce devoir de restitution, pour faire revivre ce que le récit historique officiel et la mémoire collective ont enfoui, est le travail de toutes et de tous : femmes et hommes acteur·e·s, témoins, chercheur·e·s, ensemble, doivent sortir de l’oubli ces nuances pour une connaissance plus complexe du passé.

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En effet, on interroge le plus souvent les modalités de participation des femmes au processus indépendantiste à partir des modèles masculins. Les analyses historiques sont essentiellement consacrées à la lutte armée et reprennent à leur compte les classifications institutionnelles et les outils de recensement traditionnels. Djamila Amrane, dans son étude Les Femmes algériennes dans la guerre (1991), utilise le fichier du ministère des Moudjahidine avec la hiérarchisation fidayate[31][31] Pluriel de fidaya : femmes engagées dans la guérilla..., moudjahidate[32][32] Pluriel de moudjahida : femmes militantes et solda..., moussabilate[33][33] Pluriel de moussabila : femmes qui assurent les tâches..., qui est sous-tendue par la valorisation de l’action armée, valeur virile. Les femmes ne représentent alors que 3,1 % du total des moudjahidine. Fatma-Zohra Saï a recherché les femmes dans les partis ou les organisations : dans son livre Mouvement national et question féminine (2002), elle ne peut que constater leur faible représentation. Le Dictionnaire biographique des militants nationalistes algériens, 1926-1954 de Benjamin Stora (1982) ne compte que six noms féminins. Un mouvement de relecture des matériaux déjà travaillés et un élargissement des modalités classiques de l’action politique via les organisations et la lutte armée permettraient de rendre mieux compte de ce que fut l’action effective des femmes pour l’indépendance de l’Algérie. Mais l’enjeu va au-delà de rendre justice à une catégorie de la population. Il s’agit de lever l’hypothèque qui pèse encore sur le mouvement des femmes, selon laquelle elles auraient représenté une menace pour la survie de la nation. Aujourd’hui encore, le mouvement des femmes est prisonnier de ce passé et toute revendication de droits ou d’égalité est dénoncée, par le pouvoir algérien aussi bien que par les islamistes, comme atteinte aux valeurs authentiques de la nation et comme dépersonnalisation. Les moudjahidate affirment qu’elles n’avaient pas d’autres possibilités, face à une occupation si destructrice, avec le risque d’annihilation de toute une société et de sa culture, que de mettre au second plan, en attente, les revendications de droits des femmes. Les femmes devaient-elles faire les frais de la stratégie de résistance de la société algérienne ? Les hommes, dans le mouvement nationaliste, se sont saisis des idées de liberté et d’égalité pour les retourner contre l’occupant, mais sans les étendre à toute leur société, y compris aux femmes. Force est de constater qu’il en résulte la mise à la trappe de l’aspiration de justice et de liberté des Algériennes après l’indépendance.


Références

  • Amrane-Minne, Danielle Djamila (1991). Les femmes algériennes dans la guerre. Paris : Plon.
  • Barrière, Louis-Augustin (1993). Le statut personnel des musulmans d’Algérie de 1834 à 1962. Dijon : Centre Georges Chevrier pour l’histoire du droit, Editions universitaires de Dijon.
  • Bontemps, Claude (1982). « L’influence française dans le projet de code de la famille algérienne ». Revue algérienne des sciences juridiques, économiques et politiques, XIX (4), 625-645.
  • Clancy-Smith, Julia (2006). « Islam, genre et identités dans la fabrication de l’Algérie française, 1830-1962 ». Nouvelles Questions Féministes, 25 (1), 25-40.
  • Fanon, Frantz (1959). Sociologie d’une révolution. Paris : Maspéro.
  • Gadant, Monique (1995). Le nationalisme algérien et les femmes. Paris : L’Harmattan.
  • Grangaud, Isabelle (1999). « Le qâdhî, la femme et son prétendant (Constantine, XVIIIe siècle) ». Clio, 9, 57-66.
  • Julien, Charles André (1972). L’Afrique du Nord en marche. Paris : Julliard (3e éd.).
  • Lalami, Feriel (2003). « Femme dans la guerre » et « En écho à un itinéraire ». In Nicolas Bancel et al. (dir.), De l’Indochine à l’Algérie, la jeunesse en mouvements des deux côtés du miroir colonial, 1940-1962 (pp. 94-111). Paris : La Découverte.
  • Le Cour Grandmaison, Olivier (2005). Coloniser, exterminer. Paris : Fayard.
  • Saï, Fatma-Zohra (2002). Mouvement national et question féminine. Oran : Dar el Gharb.
  • Seferdjeli, Ryme (2007). « Les femmes dans l’Armée de libération nationale : le mariage et/ou l’action ? ». Colloque Pour une histoire critique et citoyenne. Le cas de l’histoire franco-algérienne, 20-22 juin 2006, Lyon, ENS LSH, http://ens-web3.ens-lsh.fr/colloques/france-algerie/communication.php3?id_article=261 (page consultée le 9 juin 2008).
  • Stora, Benjamin (1982). Dictionnaire biographique des militants nationalistes algériens, 1926-1954. Paris : L’Harmattan.
  • Teguia, Mohamed (1988). L’Algérie en guerre. Alger : OPU.
  • Weil, Patrick (2005). « Le statut des musulmans en Algérie coloniale. Une nationalité française dénaturée ». In Association française pour l’histoire de la justice, La Justice en Algérie : 1830-1962 (pp. 95-109). Paris : La Documentation française, Collection Histoire de la justice.

Notes

[1]

Acte voté par le Sénat et ayant valeur d’une loi sous le Second Empire.

[2]

Il y eut très peu de naturalisations. Charles André Julien (1973 : 33) les évalue à 2500 de 1865 à 1934. Une fetwa (avis théologique) de 1931 du cheik Ben Badis assimilait la naturalisation à une apostasie.

[3]

Bulletin des Lois N° 1315.

[4]

L’ensemble du droit des personnes et de la famille, y compris le droit de succession.

[5]

Ce sont des convertis dont le nombre précis n’est pas connu. Selon Patrick Weil (2005 : 103), une étude de Bonnichon les évalue à plusieurs centaines et celle de Bastier à quelques milliers.

[6]

La seule exception de naturalisation en masse est celle de 37 000 Algériens juifs qui, avec le décret Crémieux du 24 octobre 1870, ont été naturalisés Français (sauf ceux du M’zab et du Tidikelt : décret du 7 octobre 1871).

[7]

Par le décret du 10 septembre 1886, remplacé par celui du 17 avril 1889, le qadi (magistrat) était limité au statut personnel ; on lui enlève toute compétence pénale et commerciale (voir Barrière, 1993 : 21).

[8]

Le malékisme est l’une des quatre écoles du droit musulman sunnite. Elle est majoritaire en Algérie.

[9]

Doctrine musulmane localisée dans le M’Zab (sud de l’Algérie).

[10]

Ensemble de règles (qanun) inspirées du droit musulman, mais dans lequel les femmes sont exhérédées.

[11]

Le doyen Morand est chargé par l’État en 1905 de codifier cette diversité de législations. Une commission de codification du droit algérien est instituée le 22 mars 1905 par le gouverneur général de l’Algérie Jonnart.

[12]

Archives Alger, Fonds GGA, IBA/ELS-010 1052.

[13]

Archives Alger, Fonds GGA, IBA/ELS-010 1052.

[14]

Nefissa Sid Cara, née à Sétif, est députée en 1958 puis nommée, en janvier 1959, secrétaire d’État auprès du premier ministre (Michel Debré), chargée des questions sociales de l’Algérie. Elle est la première femme musulmane à participer à un gouvernement français.

[15]

L’ordonnance de 1959 n’était pas applicable aux personnes de rite ibadite (article 10).

[16]

L’Association des Oulémas, fondée en 1931, revendique la défense des valeurs arabo-islamiques, le développement de l’instruction en langue arabe et la liberté totale du culte musulman.

[17]

La Fédération des Élus, fondée en 1927, composée de notables, revendique la pleine citoyenneté et une représentation parlementaire.

[18]

Point N° 3 de la Charte revendicative du Congrès musulman.

[19]

Le Front de libération nationale (FLN), créé en 1954 pour engager la lutte armée, a une branche armée, l’Armée de libération nationale (ALN).

[20]

El Moudjahid, 65, 1960, p. 4.

[21]

Cahiers maghrébins d’histoire (Oran), 4, juin 1989, p. 89.

[22]

Wilayate, pluriel de wilaya : région militaire. En 1956, le FLN divise l’Algérie en six wilayate, plus la fédération de France, soit sept régions militaires.

[23]

Voir le témoignage de Zoulikha Bekkadour recueilli et analysé par Feriel Lalami (2003).

[24]

Organe de direction du FLN de l’intérieur.

[25]

Le PPA, fondé en 1937 après l’interdiction de l’ENA (Étoile Nord Africaine), est un parti indépendantiste.

[26]

Jacques Vergès et Georges Arnaud (1957). Pour Djamila Bouhired. Paris : Minuit ; Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi (1962). Djamila Boupacha. Paris : Gallimard.

[27]

Selon le même raisonnement, Fanon fait de longs développements sur les changements dans les rapports pères-fils, où il veut montrer que l’autorité change de camp.

[28]

1er novembre 1960, N° 72, p. 4.

[29]

Témoignage publié le 21 janvier 2007 sur le portail Afriblog : « La femme algérienne et le 8 mars… un parcours d’épreuves et d’espoir », http://www.afriblog.com/blog.asp?code=bousselham&no_msg=4094 (page consultée le 9 juin 2008).

[30]

Loi du 23 mars 1882 portant constitution de l’état civil en Algérie. Au cours de l’inscription des patronymes par l’administration française, des familles furent dépossédées de leur nom agnatique et se virent attribuer des noms ridicules ou parfois infâmants dans une opération de dépersonnalisation visant à séparer l’individu de son groupe d’appartenance.

[31]

Pluriel de fidaya : femmes engagées dans la guérilla urbaine.

[32]

Pluriel de moudjahida : femmes militantes et soldates.

[33]

Pluriel de moussabila : femmes qui assurent les tâches de ravitaillement, d’hébergement et de liaison.

Résumé

Français

Le statut des femmes en Algérie a constitué un enjeu tant pour le régime colonial français que pour les nationalistes algériens. Pour l’État français, il permet d’affirmer la supériorité de ses valeurs et d’affermir sa domination ; pour la société algérienne, menacée par la colonisation, il devient une partie du socle identitaire. Mais l’irruption des femmes algériennes dans la sphère politique, et notamment par l’action armée, va changer le discours sur leur rôle. Prises dans ces contraintes, les Algériennes, malgré leur engagement dans les luttes pour l’indépendance du pays, n’ont pu, durant cette période, revendiquer un changement de leur situation.

English

The question of women’s status under french colonization of AlgeriaWomen’s status was a highly charged question, both during colonial rule of Algeria and for Algerian nationalists. For the French state, women’s assumedly low status in traditional Algerian society worked to reinforce belief in the superiority of French values and thus in the legitimacy of colonial domination. For Algerian nationalists shaken by the colonial experience, women’s status came to be seen as a foundation of Algerian social identity. However, the sudden emergence of Algerian women in the political sphere, and particularly in armed conflict, changed dominant discourse about their role. Caught up within the constraints of nationalism, Algerian women were not able to fight for a change in their status, despite their active participation in the struggle for independence.

Plan de l'article

  1. Le statut personnel des Algérien·ne·s, pierre d’achoppement ?
  2. Quels changements pour les femmes sous l’administration coloniale ?
  3. La construction du mythe de l’assimilation par les femmes
  4. La charge du statut personnel
  5. Les femmes dans les luttes nationalistes
  6. L’émancipation dans l’action armée et par l’action armée ?
  7. Rendre compte de l’ampleur de l’action des femmes

Pour citer cet article

Lalami Feriel, « L’enjeu du statut des femmes durant la période coloniale en Algérie », Nouvelles Questions Féministes, 3/2008 (Vol. 27), p. 16-27.

URL : http://www.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2008-3-page-16.htm
DOI : 10.3917/nqf.273.0016


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